mercredi 22 mars 2017

Les braqueurs… Miki (2/3)



1800 ème billet
J'ai braqué ma nuit. Je voulais pas écouter "ça" de jour. J'avais besoin du silence total et de la nuit. Noire et profonde. Pascale Pascariello me rattrape par la manche après m'avoir embarqué mercredi dernier avec François. Un choc. Un vrai. Miki c'est sa voix qui me surprend. Grave. Banale. Posée. Miki raconte sans jouer au truand. Comme s'il était gérant d'une PME de plasturgie (sic). Le folklore et le mythe du bandit vole encore en éclats mais sans que le récit de Miki n'en fasse d'éclats.

"Vous oubliez jamais votre premier baiser, votre première bagarre, votre première Roleix, votre premier braquage. Je m'en souviens comme si c'était hier." Mais quelle paisibilité pour dire tout ça. Quelle distance. Quel détachement. Et en même temps quel attachement à "cette vie dramatique" dit Miki… Pascariello insère ses "sons" graves au bon moment du récit, en accord parfait avec la gravité lourde et sourde de la vie de Miki. 

Ce récit est découpé au chalumeau. Avec le flamme bleue de la rage. La rage de réussir son coup. De gagner. Beaucoup d'argent. D'un seul geste. Avec la pulsion du gaz libérant une énergie décuplée. Miki joue facilement du flashback. Avec la même précision de narration que la précision de ses braquages. Au cordeau. Ou au scalpel. Net. Sans bavures. Et après son premier braquage 500 000 dollars pour Miki. Sur la table.

S'en suit après une arrestation, la prison et sept ans en suspens et la volonté farouche de rattraper le "temps perdu" et de "remonter au sommet". Toujours ce vocabulaire de la compétition. De la réussite. Du meilleur. Et l'adrénaline pendant le coup. "Vous sentez tous les battements de votre cœur. Dans votre ventre dans votre gorge. Ça vous résonne aux oreilles… Ça pulse dans votre veine à 200 à l'heure. Pendant un instant vous êtes un surhomme."

Mercredi prochain : Tito

 Rage de gagner. 







mardi 21 mars 2017

@ plus dans le bus…

Kenzo Tribouillard / AFP/Archives













Ce billet est dédié à Benjamin, Iris, Sophie, Margot, Laura et Bïa…

Ce titre colle à ma semaine à Paris. J'aurais pu choisir "Le piéton de Paris", car je l'ai arpenté à pied, la capitale. À pied et avec mes yeux qui ne savaient plus où donner de la tête. Ou "Le paysan de Paris" qui aurait fonctionné car j'ai chanté Aragon en marchant à petit pas comptés : "Que sais-tu des plus simples choses, les jours sont des soleils grimés…". Et mieux encore "Paris est une fête"… Car je me la suis fait cette fête d'Hemingway, avec l'idée de parler au passant qui passe… dans le bus. Et que ce soit le 48, le 72, le 63, le 70 ou le 87, je me suis fait quelques exercices de style pour saluer Queneau (1).

Mardi 14, Café Sarah Bernhardt, place du Châtelet. Je travaille sur mon "set" de Longueur d'Ondes (2018) qui nécessite rencontres, interviews et archives. On refait le match. Un beau match avec des prolongations, des buts (atteints), de beaux dribbles et une palanquée de ratons-laveurs, que Prévert n'aurait pas reniés. Mes deux oreilles sont en flux tendu et ma mémoire active. Mercredi 15, Radio France, Avenue du Général Mangin. Archives (papier). Je scrute, scrute et rescrute les programmes radiophoniques de France Inter. Je cherche et… je trouve.

Mercredi 15, Convention-Vaugirard. Je rencontre (avec G.) un grand bonhomme de radio. On vient lui parler de 1966. D'une catastrophe minière et d'un journaliste-poéte qui sur place fît des prouesses quand son Nagra en rade lui fit tenir l'antenne presque 40' au journal de 13h. Je compte bien vous raconter cette histoire avant l'été. Jeudi 16, Mangin.
je remets le couvert ou plutôt je soulève le couvercle des archives. Et je trouve. Et je trouve même, à côté, pour faire un prochain billet sur Madeleine Constant. Entre midi et deux, devant la porte B, de la Maison de la Radio, (je salue Marc Voinchet) et interviewe au téléphone Marie-Christine Le Dû sur Pierre Bouteiller.

Jeudi 16, rue Gros, Le bistrot-café. Rencontre avec Patrice Blanc-Francard (ex-producteur radio et ex-directeur de "Le Mouv''")pour parler musique et d'un évènement des sixties. Interview dans la boîte, à paraître en juin. Jeudi 16, Les Ondes, Rue Gros. Rencontre avec Chantal Le Montagner, assistante de Kriss pour "Portraits sensibles". Je venais chercher la réponse de l'auditrice qui le 5 février à Brest, nous demandait "Comment Kriss faisait t-elle donc pour découvrir toutes ses formidables personnes ?" . J'ai la/les réponses. Un billet suivra.

Vendredi 17, Maison de la radio. France Inter. Rencontre avec Jean-Baptiste Audibert pour parler de son métier de programmateur. Billet à venir. En partant il me conseille d'écouter le nouveau Drake, Camille, Juliette Armanet et The XX. J'ai commencé. Merci Jean-Baptiste. Vendredi 17, XVIIème arrondissement. J'interviewe un cador radio qui me parle (aussi) d'Europe n°1, des Beatles. Billet en juin. RV aux Ondes. Après ma rencontre, je salue Frédéric Lodéon au zinc. Il met un visage sur ce @radiofanch qu'il suit sur Twitter.













Dans le bus 83, je fais la connaissance de Benjamin D. (87 ans), jeune premier qui drague ostensiblement Iris et Sophie, en montrant sa photo N&B, d'une époque où les femmes se pâmaient en lui laissant leur n° de téléphone pour se revoir. Il en fait autant, leur donne deux petits bouts de papier avec toutes ses coordonnées, et propose aux deux jeunes femmes de leur faire une visite guidée du Luxembourg. Homme de radio, il file à RCJ (Radio Communauté Juive, 94.8 Paris) faire sa chronique hebdomadaire. J'ai juste le temps de dire à Iris et à Sophie que je fais ce blog-radio et que je raconterai lundi à 8H30 notre virée en bus. Qu'elles excusent ce léger différé de publication. 

Toute la semaine, dans le bus (plus de deux heures par jour), j'ai parlé avec des inconnus. Ils avaient tous le sourire. On a échangé sur des choses simples. Et surtout on a pas attendu pour se parler que ce soit un mot-d'ordre tendance.

Samedi 18, j'interviewe par téléphone Ivan Levaï pour parler de Pierre Bouteiller et de sa "note" aux producteurs. En soirée, chez K., je rencontre Margot, qui travaille dans une grande firme connue pour son moteur de recherche… tellement connu. Elle est linguiste et s'intéresse à la voix radiophonique (moi aussi ça tombe bien). On cause radio, Ferré… Dimanche, Montreuil. Avec deux vieux briscards de la radio publique, A. et G.,  on cause de "podcasts", de Mermet. Laura se souvient d'Isabelle Aubrac et des vaches de l'Aubret. On refait le match bien sûr, pas France-Galles, mais Radio-France.

Lundi matin, Brasserie l'Atlantique, Montparnasse. Avec Bïa on parle de l'avenir de la radio, celle en "in", celle possible en "out". On feuillette "Le Parisien". Elle lit mon billet publié hier. M'offre un croissant, un grand café et une tartine. Trop sympa ! J'ai passé une semaine magnifique avec ma muse. La radio. Celle que je porte en viatique, pour mes voyages permanents dans les ondes.

Merci à tous ceux qui m'ont accueilli, hébergé, restauré, écouté. Ma besace est lourde et mon cœur léger. J'ai des sons plein mon Zoom. Je reviendrai au temps des cerises et peu importe le temps, je chanterai à tue-tête Jean-Baptiste Clément




(1) Léon Paul Fargue, Gallimard, 1964. Louis Aragon, Gallimard 1926. Ernest Hemingway, Folio Gallimard 2012. Raymond Queneau, Gallimard, 1947, 

lundi 20 mars 2017

Bouteiller, un mur (de Berlin), des saltimbanques, Levaï et quelques PAD...

Marie-Christine Le Dû, journaliste, voix de Radio France et de la rédaction d'Inter a publié il y a quelques jours sur Twitter une "note" de Pierre Bouteiller (14 novembre 1989), époque à laquelle il était directeur des programmes de France Inter (1). Cette année-là, trois jours plus tôt, le samedi 11 novembre "La chute du mur de Berlin" était en cours. 11 novembre : jour férié en France. Et quel jour férié : l'armistice de La Grande Guerre. Un samedi férié, donne sans doute envie à quelques "travailleurs", travaillant d'habitude le samedi, de prendre la poudre d'escampette ! Le mur a commencé à tomber le 9 novembre. L'actualité déborde tout, surtout quand l'ordre mondial des choses est bouleversé… même un samedi férié en France.




La rédaction de France Inter est sur le pont et... sur le mur. Les "programmes"  de la journée (2) ont tous été enregistrés et mis en boîte (Prêts À Diffuser/PAD). Ivan Levaï, directeur de l'information (3) doit gérer, avec ses équipes, "en direct de Berlin" le flux des informations qui… affluent dans les flashs et les journaux de la journée. Il aurait besoin de "toute l'antenne". Il veut, il doit être sur le coup. Il ronge son frein, fulmine même. Il ne veut pas faire passer les auditeurs d'Inter à côté de l'histoire. Pas plus que sa radio. L'histoire ne se rattrape jamais. On peut imaginer les échanges téléphoniques entre Levaï et Bouteiller. Et leurs discussions in situ. S'en suivra la note de Bouteiller.

Pour vous remettre dans le contexte, mes chers auditeurs, j'ai réévoqué cette "affaire" ces jours derniers au téléphone avec Marie-Christine Le Dû et Ivan Levaï. Ces deux journalistes ont vécu cette journée particulière à la rédaction d'Inter, confirment les numéros d'équilibriste qu'il a fallu faire à l'antenne pour sortir du cadre trop étroit des flashs et des journaux, et au final mordre sur les programmes.

Replay
Les programmes qu'ils soient en direct ou en PAD s'élaborent longtemps à l'avance et prennent place sur une grille. Le samedi en 1989, et plus particulièrement l'après-midi, depuis 1968, "L'Oreille en coin" est à l'antenne (4). Un enchaînement d'émissions plus ou moins longues, élaborées, montées et ciselées. Les producteurs, Jean Garretto et Pierre Codou, en sont aussi ses créateurs. Le principe de l'Oreille est aussi d'interagir (Inter agir) ou pas, avec des éléments enregistrés et du direct au cours de la même émission. La même émission peut comporter une ou plusieurs parties enregistrées et une ou plusieurs séquences en direct. Tout se joue en fonction de l'esprit, du sujet, de la créativité des animateurs, du réal et des deux producteurs, au studio 125, chaque fin de semaine à la Maison de la radio, sise à Paris.

Pour ce samedi 11 novembre, "Garretto et Codou" (5) ont validé la diffusion en PAD et, de fait, "l'absence pour congés" des animateurs concernés. Pendant ce temps dans le "bocal" (6), à la rédac' on s'arrache les cheveux... Comment interrompre une émission enregistrée, à quel endroit, où reprendre... ? Ou ne pas reprendre ? La tension est palpable. Les tensions sont exacerbées. Les journalistes font leur boulot et imaginent les "saltimbanques", doigts de pieds en éventail à Palavas-les-flots (si, si c'est possible) ou au chaud devant une cheminée crépitante. 


I. Levaï ©Claude Truong Ngoc- 2013





















Ivan Levaï qui a commencé sa carrière à la radio publique en 1963 (7) ne conçoit pas la radio autrement qu'en direct. Pour lui "c'est une question de vérité que l'on doit aux auditeurs. On est là dans le même temps qu'eux et on leur raconte ce qu'on voit, entend, décrypte. Vivants. Comme l'auditeur vivant. Et surtout on fait pas semblant d'être là quand on est pas là !"

Avec cette conviction affirmée, Levaï est absolument dans la ligne du créateur de France Inter, Roland Dhordain. Suite à une précision que m'a apporté Pierre Wiehn (directeur d'Inter 1973-1981), Dhordain en fusionnant en 1963, France I (Ondes Longues) et Paris Inter (Ondes Moyennes) crée France Inter (et France Culture et France Musique), et formalise deux fondamentaux : le direct absolu et la continuité de l'antenne 24/24. Pour être au même rythme de la vie que celui des auditeurs.

Et, Levaï, avec la même conviction que celle qui l'animait dans ses revues de presse, ajoute : "La radio ne doit pas tricher. Dans la parole il y a celui qui parle. Mais la moitié du chemin c'est celui qui écoute." Et sensible à LA voix il poursuit : "La voix humaine n'est pas la même à l'aurore et au crépuscule." Alors, ces PAD avec quelles voix ?

Levaï "Que les programmes soient en PAD pourquoi pas ? Mais c'est du surgelé !". Marie-Christine Le Dû précise "Si une émission est bien enregistrée, on peut interrompre sa diffusion, si le réal(isateur) est là [en régie]. Le rédacteur-en-chef de l'info est présent aussi. On discute. Tout est concerté." 
`







Pour autant, depuis deux ans, France Info (8), première chaîne d'info publique en continu, émet sur une grande partie du territoire métropolitain. De l'info chaude. Alors, l'info bouillante... Le Dû reconnaît que "Inter et Info se sont mises en concurrence." Mais comment Inter pourrait-elle renoncer à couvrir un évènement planétaire, quand l'information est dans ses gènes ? Avant 1987, tant d'événements "spéciaux" ont donné lieu à tant de journées "spéciales" (9). Levaï affirme encore que "France Inter ce sont toutes les radios à la fois, mais France Info est vécue, en interne, comme une arme de combat contre Inter."

Bouteiller veut marquer le coup. Il écrit une note cinglante à ses équipes. L'année suivante pour la guerre du Koweit les journalistes de France Inter interviendront souvent au cours des émissions en direct, "l'info a pris l'antenne" au grand dam des animateurs et réalisateurs qui subissent et vivent mal ces intrusions qu'ils trouvent par trop intempestives. En 1999, Bouteiller  glose encore sur le sujet :



Un certain "mur" entre programmes et info subsiste. Et ce ne sont pas les incantations de tel ou telle, pour rapprocher les programmes de l'info, qui feront bouger les lignes. Les deux genres doivent cohabiter harmonieusement dans le respect mutuel des identités, journalistes et producteurs. La question est loin d'être réglée trente ans plus tard…

J'ajouterai à ce long billet une analyse personnelle. Puisque j'ai cité Dhordain, je pense que le premier âge de la chaîne, enlevé (élevé) par Dhordain, l'ex-scout, était celui du compagnonnage, du collectif et de la famille. Le deuxième âge serait celui de Pierre Bouteiller, celui des individus et des égos. Bouteiller étant lui-même une personnalité très forte et très… individuelle. Sa "note" aux producteurs était en décalage avec un esprit collectif qui avait déjà disparu. Quant à l'"Esprit Inter" nous en avons déjà parlé et nous ne manquerons pas d'en reparler bientôt.

Une anecdote très significative pour conclure…
C. Villers, journaliste et animateur












Gilles Davidas, ex-producteur et réalisateur à Radio France, m'a raconté l'anecdote suivante : "À la fin d'un flash, un journaliste de France Inter annonce "Prochain flash à midi, en attendant, Claude Villers et Monique Desbarbat, "Le tribunal des flagrants délires…" Furibard, une fois son émission terminée, Villers monte voir la Présidente de Radio France, Jacqueline Baudrier, pour lui dire qu'il ne fait pas une émission pour combler l'attente entre deux flash." CQFD

Michel Forgit, journaliste à France Inter
"Opération Radio-Terre"















(1) 1989-1996,
(2) Voici illustrée "toute l'histoire" de la radio publique :  depuis 1963, et son nom définitif de France Inter, la chaîne a toujours été co-dirigée par un directeur/trice des programmes et un directrice/teur de l'info, jusqu'à la direction d'Inter par Jean-Luc Hees (1999-2004) qui "régnait" alors sur les deux entités historiques. Il n'y avait "aucun" mélange des genres. En 1989, Bouteiller est directeur des programmes, Ivan Levaï directeur de l'info. Mais dans l'histoire populaire de la radio le directeur d'Inter c'est Bouteiller,

(3) De l'ensemble des rédactions de Radio France (1989-1996) et, pendant cette période, responsable de la revue de presse dans la matinale de France Inter (8h30),
(4) 1968-1990, 13h de programmes répartis le samedi après-midi, dimanche matin et dimanche après-midi,
(5) Pierre Codou est décédé le 2 décembre 1981. Jean Garretto a toujours souhaité qu'il reste associé à ce programme et son nom a toujours été bannoncé et désannoncé jusqu'à la fin de l'émission en septembre 1990.

(6) "Bocal", lieu de fabrication des infos (montage, mixage,…)
(7) Radio Télévision Française (RTF), qui deviendra Office de Radio Télévision Française (0RTF) en 1964,
(8) 1er juin 1987. Jérôme Bellay, premier directeur. Roland Faure est Pdg de Radio France et a favorisé la création de cette nouvelle antenne. 

(9) "Radio Terre", ou les premiers pas de l’homme sur la lune en juillet 1969, diffusés à la fois sur France Inter, France Culture, Inter Variétés en direct d’Apollo XI pendant 30 heures,

dimanche 19 mars 2017

Manège d'été… à France Musique (28/35)



Pendant deux mois, cet été 2016, Laurent Valero et Thierry Jousse, séparément, nous ont offert deux heures quotidiennes de petits bijoux musicaux. Deux heures, de dix-huit à vingt heures, qui passent, fuient et puis, le vingt-six août c'est fini. Mais c'est quand même pas possible de laisser s'envoler une telle richesse dans l'éphémère. Alors, comme je l'ai fait moi-même (souvent l'émission à peine finie) je vous propose de réécouter chaque dimanche (idéal) un épisode de leur saga d'été. Juste avant de les retrouver ensemble à 18h, ce dimanche sur France Musique pour le nouvel "Easy tempo". 

Vendredi 19 août. Rien que du jazz (2/2). Allez, et un Henry Mancini, un ! "Moanin" résonne un peu "Panthère rose" et ce pourrait-être une B.O. Tous les ingrédients sont là. Et ceux bien sûr du jazz instrumental. Bon, envoyer "Giant step" de Coltrane ici, interprété par Roland Kirk, et on entre en atmosphère. Fumées bleues, ambiances noires, tempo suave, le sax bouleverse les sens, enveloppe l'espace, propulse ailleurs. Jusqu'à ce que les chœurs "surprenants" les qualifie Jousse) s'en mêlent. On change d'univers. Plusieurs fois. Comme dans tous les "Retours de Plage". Ce "Giant step" on dirait un mix de l'histoire du jazz. Un collage réaliste. Et ça fait moins de 12 minutes que l'émission a débuté.


Là j'écris au point du jour. Et "Naïma" (Coltrane) d'Art Farmer colle aux premiers gazouillis des oiseaux, aux fenêtres qui baillent et aux ciels changeant minute par minute. Fin de la nuit, début du jour. C'est pareil. Le passage est ténu et le sax tient tout ça. Avec maestria. "My Favorite Things"  standard ? J'ai l'impression de connaitre ce morceau joué ici par Red Holt. Me démange un peu d'attendre "le retour des voix" qui ne retournent pas… Bien sûr The Man I Love (George Gershwin/Ira Gershwin) d' Eddie Cano est dans le ton de cet après-midi jazzy mais j'ai besoin de mots sur ces notes.

Farceur, Jousse m'"envoie" Midnight Sun, un genre d'"onomatopée"… André Minvielle/Fred Pallem & Le Sacre du Tympan jouent sur les mots, délirent et explosent le jeu. Ben voilà c'était pas compliqué pour me contenter… S'en suivra Helen Merrill with Gary Peacock Trio pour "The Thrill is Gone"  et on touche la grâce. Quant à Yusef Lateef et "sa" First Gymnopedia (Eric Satie), l'occasion de me rappeler qu'au milieu de la pop du début des 70', ce monsieur avait enchanté nos nuits enfumées, aussi bien que Davis, Coltrane ou les Jazz Messengers… Ultime clin d'œil à ces années, Jousse enverra trois morceaux de Lateef. Juste de quoi (re)vivre. Merci Thierry…

N.B. : De façon temporaire, le nouveau site de France Musique ne permet plus l'export du player, donc il vous faudra aller là pour écouter l'émission du 19 août.

Et today sur France Musique, retrouvez les compères 
à 18h pour un Easy tempo "Jazz in Paris"

* Générique Ennio Morricone avec la voix d’Edda dell’Orso 
Une Voce allo Specchio, extrait de la BO de La Stagione dei Sensi.

mercredi 15 mars 2017

Braqueurs… François (1/3)


















"Qu'est-ce qui lui arrive au Fañch ? Hier sur Phaune, aujourd'hui sur arte radio ?" Sur arte radio c'est loin d'être la première fois. Après écoute du teaser "Braqueurs", j'ai tout de suite voulu découvrir la série entière (1). Avec une urgence sensuelle d'écoute. Une urgence comme si j'avais l'intuition que je serais scotché ou désemparé. Et que, peut-être, sûrement, je n'avais jamais entendu ça. Écouter d'urgence pour vous en parler avant la mise en ligne aujourd'hui (2). Ce qui fût fait! 


On embarque avec François. On est tout suite avec lui. Pendu à ses lèvres. Il parle clair, net, calme. N'a pas l'air d'une "petite frappe". Mais d'un garçon plutôt raisonné et raisonnant. Pas raisonnable. Il évoque ses origines. Famille solide. Aisée. Les stéréotypes volent en éclat. On n'est ni dans le polar en noir et blanc cinoche des années 50, ni avec le bandit "engagé" à la Mesrine. François parle froidement de son accession au grand banditisme. Comme on entre dans les ordres étape par étape. Formé sur le terrain de… convoyeur de fonds. François raconte des coups, mais aussi des aventures avec un détachement propre au "métier".


Pascal Pascariello présente sa série : "En tant que journaliste, ce qui m’intéresse particulièrement c’est de provoquer la parole de ceux qui préfèrent l’ombre à la lumière. Faire tomber les non-dits pour interpeller l’auditeur. Originaire de Marseille, j’ai pu constater la publicité complaisante dont jouit le grand banditisme. « Nous, on a un code de l’honneur », m’expliquait un ancien du Milieu. Argument discutable… Pour cette série, j’ai souhaité explorer l’envers du décor, bousculer cet enthousiasme fantasmé, en allant questionner des auteurs de braquages, branche « noble » et admirée de la grande criminalité."

Ç'aurait pu être une fiction. Ce sont de "divers faits". Avec tous les ingrédients du genre. Et même l'ex-braqueur (le complice de François) devenu banquier. Ça ça passerait mal au ciné tellement c'est invraisemblable. Et pourtant c'est réel ! François raconte bien. Sans jouer, il est captivant. Et joue le jeu de l'interview et du récit. Il va même plus loin. Il analyse et reconnaÎt qu'un rien, "si on avait effacé l'ardoise" aurait pu le faire repartir du bon pied".

François considère son "activité" comme un travail. Décrit minutieusement les étapes et les points de blocage. On se prend à se pincer. Cette mécanique implacable appliquée avec sérieux et méthode rend perplexe. Tout juste si François n'annonce pas, bravache, vouloir créer "L'école du braquage" ! François : "Quand on dit "action" tout est au ralenti". Un film. Comme un film. Sans la pellicule. Sans trucage. One shot !

"Après le "feu" (de l'action), si tout s'est bien passé, il y a une jouissance proche de l'orgasme". La méthodologie de François est à l'œuvre, jusqu'au point de "non retour" ou au point sublime. Dépenser (sans changer de train de vie). Et mieux tenter la morale : "La cavale, c'est l'école du civisme" (sic). Une autre morale. La sienne. La leur.

J'ai beaucoup de mal à dire l'état dans lequel je me trouve après cette écoute. Fasciné par le "process" du braquage. Établi, modélisé, formalisé. Perplexe sur sa reproduction "soft". François semble particulièrement détaché. Exclusivement préoccupé d'une réussite à des fins personnelles pour laquelle il pousse très loin une progression au cordeau.

Puis il racontera sa mue… Fascinante et (in)vraisemblable. Pascal Pascariello a réussi un documentaire magistral, par son épure et sa vérité brutale.






(1) Une série documentaire de Pascale Pascariello (11 x 15 min), réalisée par Sara Monimart, qui paraîtra sur trois semaines consécutives,
(2) Si seulement on pouvait entrer dans une seule bécane tous les podcasts et/ou soundcloud pour y piocher à l'envi sa propre sélection… C'est dans l'air, patience !
Mercredi prochain : Mikki

mardi 14 mars 2017

Dans la phaune… (terrible phaune, le lion est mort ce soir)



C'est dimanche (dernier) que j'écris ce billet. La semaine a été terrible. Deux hommes de radio, deux voix ont largué les amarres qui les attachaient à cette vie terrestre monstrueuse et magnifique quelquefois. Deux musiciens aussi. Averty et Bouteiller ont largement participé à mon éducation musicale (1). Les deux m'ont appris à écouter la radio. Pas à me contenter d'un ron-ron d'accompagnement. "Girl talk" de Neal Hefti et "Moi j'aime le music-hall" de Trenet resteront respectivement la marque indélébile de Bouteiller et d'Averty et, quoi qu'il en soit, ma mémoire ne saura jamais effacer ces marques sensibles.

(1) Comme Bernard Lenoir, Patrice Blanc-Francard, Jean-Louis Foulquier, Julien Delli-Fiori, Laurent Valero, Thierry Jousse et Michka Assayas, 



Cette même semaine Clément Baudet, qui connaît mon addiction à la radio, sait aussi qu'il faut un peu me tirer l'oreille pour que je quitte l'autoroute de la radio publique pour accepter prendre les chemins buissonniers qui regorgent de fruits sauvages, de parfums envoûtants, d'une flore surprenante…  Quant à la phaune parlons-en. Immobilisé par une sciatique top-model, j'entrepris, dès réception de la collec' (8 mars), l'écoute continue des six créations sonores.

J'ai joué le jeu de l'ordre établi par Phaune radio. J'ai souri. Je connais cinq des artistes sur les six disponibles à l'écoute. Une certaine complicité d'affinités électives (2) existe déjà entre "nous". Je me régale d'avance. Play. On air. Cette collec' que commence Phaune est savoureuse d'intime et de sensible. Ces petites puces sautent de joie. Émossons garanties.

(2) "Affinités électives", Francesca Isidori, très belle émission hebdomadaire sur France Culture, jusqu'en juillet 2011,



Je ne connais pas autrement Alexandre Plank que dans son travail de producteur, de réal. Je l'ai vu, au four et au moulin, dans un "work in progress" du printemps dernier. Enthousiaste, curieux, attentif, disponible pour faire circuler la parole. Pas dans la posture académique du statut que confère un métier de radio. Plutôt dans une façon libertaire de faire "ensemble". On sent l'attachement sincère de Plank pour l'auditeur et pour la fonction radio. "La radio peut être un rempart, une lueur, un émetteur le foyer d'un contre-feu et le micro le porte-voix d'une génération, d'un peuple ou d'une classe sociale." Rien que pour ça, ça valait le coup de tendre l'oreille. Ça fait tellement de bien aux yeux, au cœur et aux esgourdes. Make in wawes.



Le grognard Gire (j'ai pas dit grognon), pas dupe de sa place dans la comète radio, ni de l'écrin dans lequel existe arte radio nous révèle un peu plus du personnage. Pas sûr que Silvain sache que comme lui (et comme moi) Pierre Lescure a été définitivement influencé par les sons et les conversations qui l'entoure au point de pouvoir garder une oreille disponible et curieuse en permanence. L'anecdote Laurie Anderson est plus que savoureuse. "Cette poésie du quotidien" serait donc le moteur de la créa d'arte radio. Dont acte. C'est une bonne définition. Pratiquement ce que ne fait plus la radio publique engoncée dans des méthodes et des normes d'où la poésie et le rêve ont absolument disparu. "Entendre quelque chose qui n'est pas encore là !" CQFD.



Connais pas ! Sorry ;-) "Le réel en mouvement permanent. Il faut que chaque matin soit une proposition de jeu (je ?)" Ça commence "trop" bien. Œuvrant parfois sous le pseudonyme Ocean Viva Silver, Valérie Vivancos sillonne les méandres artistiques et musicaux internationaux. Les sons de Meira Asher qu'elle nous donne à entendre révèlent une présence enveloppante, brute, crue. Vivante. Au réel du monde inconfortable. Les siens disent autrement tout ce qu'on n'entend jamais. Ce qu'on refuse d'entendre. Ou, ce qu'on a la flemme d'aller écouter ailleurs que sur les "majors" de la radio. C'est une bonne claque pour moi. Va être temps que je me bouge les méninges et que j'accepte la mue. Tation.



J'ai serré la main au Christophe, quand il y a trois ans j'étais passé au "local" rencontrer le pape de l'arte radio, l'autre. Rault c'est la petite fourmi laborieuse du buzziness. L'homme-son sans doute ! Et son…  homme par effets induits. Révélation. The very best revelation : "La radio c'est de la musique mais avec quelque chose en plus" Wouahh ! Peux pas dire mieux. C'est ça. C'est ça qui me porte. La musique "naturellement" et les histoires amoureusement. Envoyer "The Art Of Fugue, Contrapunctus 7, Per Augmentationem Et Diminutionem - J.S. Bach (Fretwork)" et moi aussi je vais envoyer du repeat. Je sais faire et je fais souvent. Sa réflexion sur "Ensemble" est le bon message du moment. Humain forcément humain aurait dit Marguerite (Duras).



La Sophie j'la connais en vrai. J'ai écouté sa "Loire" et son "Cargo". C'était beau. Très beau. Habité. Incarné. Pensé, rêvé, vécu. On s'est croisé au vent d'une plage à Quiberon. Sophie a créé les bonnes conditions pour s'enregistrer car l'ours pataud avait oublié son parapluie de… berger. (Yeah! c'est pas un bon mot Sophie… promis). "À la radio ce qui me fait décrocher c'est les voix trop lisses". Moi ce qui m'fait décrocher c'est quand les Inrocks se pâment face à l'ingénue. "Tendre une perche vers l'imaginaire"… Bien dit Sophie, surtout que ton métier te fait utiliser cette perche-là. Humble et réaliste, libre et curieuse Sophie dit "Il n'y a pas de il faut". Voilà la bonne méthode.




Preneur de son pour le cinéma. "Los gritos de mejico" sa création primée du prix Schaeffer par Phonurgia nova, je l'ai écouté bien sûr. Du bon, du brut et du pas truand. Pour autant ce Félix je peux pas dire que je le connais, hein ! Je découvre aussi le son du train de Chris Watson. Captif. Tendu. Je pense que Claude Villers (1), pour sa passion des trains et les reportages qu'il a réalisés sur le sujet aux E.U. aurait aimé chopé l'ambiance de ce train qui traverse le Mexique, de la côte Pacifique au golfe du Mexique. "Effacer les frontières entre la musique et le son" voilà aussi de quoi changer ses propres principes d'écoute. Félix est convaincant et pédagogue. Merci Felix pour dire tout ça si simplement. Et viva Balthazar !

(1) Producteur à France Inter pendant quarante ans (années 60, début 2000)




Mardi 21 mars. En v'là du son, en vl'à. Du son pour le son. Qu'on écoute parce qu'"il est là", mais que je n'aurais pas été chercher pour écouter. Je n'entends jamais ces sons-là sur mes lieux d'écoute et je ne connais ni Silvia Ploner ni Nicolas Perret. Je ne peux donc mettre d'images (physiques ou sonores) sur leurs mots. J'aurais d'abord envie de connaître leurs créations pour ensuite entendre la résonance (ou pas) avec leur histoire-choix sonores. À la différence des six premiers "Headphaune" je suis moins en "phase" avec les auteurs. Il me manque des clefs. Ici j'aurais aimé qu'on me présente les protagonistes.

Bon, grand bravo, pour cette série dont je regrette déjà qu'elle ne soit que… mensuelle. Entre chacun des "épisodes", ça va être long (trop). Ce sera une madeleine, qu'il faudra bichonner côté mémoire pour ne pas passer à côté. Les rézozozios feront c'qu'if. Hey Clément, si jamais je loupe le coche klaxonne, man. T'as vu, je résiste pas "longtemps" à mes habitudes. Z'yva. Je vais retirer (plus souvent) mes doigts de la prise FM. Merci à toi.

lundi 13 mars 2017

Le jour des seigneurs… Lebrun et Laurentin

F.L., A.C. Lainé, J. Lebrun, E. Laurentin, "on air"



















Ce qui est chic avec Longueur d'Ondes, le festival brestois de la radio, c'est que l'intervieweur peut se retrouver interviewé et lycée de Versailles. Jean Lebrun, producteur à France Inter avait, la veille de son passage au Vauban, interviewé sans mélancolie Eva Bester. Emmanuel Laurentin quant à lui s'était entretenu, le matin même, avec Gérard Davet et Fabrice Lhomme, les journalistes du Monde.

Dimanche 5 février, le Festival s'étire pour un autre tempo. Au cabaret Le Vauban, on a beau aimer Ferré, on ne fera pas l'injure à l'établissement de lui chanter la ritournelle du Ferré  "Merde à Vauban". Même si ça pourrait pas faire de mal à Vauban de s'en prendre plein les oreilles. On est cosy, formica et, en faisant preuve d'imagination, on pourrait se croire dans une cave existentialiste de Saint-Germain-des-Prés (Paris). 

Ben tiens l'existentialisme, justement on va s'y employer ! Ce vécu des hommes de radio Lebrun/Laurentin nous allons, Anne Claire Lainé (coordonnatrice du festival) et ma pomme, essayer de le faire découvrir au public. Vous dire (1) que pour préparer notre séance nous avons, Anne-Claire et moi, passé quelques heures aux archives. En essayant grâce à celles de Joëlle Girard (2) d'aller chercher leurs souvenirs d'enfance ou d'adolescence. 

Vous entendrez ci-dessous l'enregistrement… historique. Je souris encore quant au début de l'entretien j'annonce avoir contacté par téléphone Jean-Marie Borzeix, le directeur de France Culture, pour qu'il me raconte comment et pourquoi il a embauché Jean Lebrun. Laurentin se fendra d'un "C'est sérieux !". Ben disons que pour attaquer la face nord de ces deux statues radiophoniques, Anne-Claire et moi avions affûté nos petits piolets.

Sur la désannonce de notre "émission", les auditeurs de "Culture matin" (3) reconnaîtront la musique de Marc Perrone et son morceau à l'accordéon "Velverde" que le réalisateur Georges Kioseff avait arrangé.

(1) "Vous dire" la formule fétiche de Laurence Bloch quand, productrice à France Culture elle désannonçait ses émissions. Aujourd'hui Laurence Bloch est directrice de France Inter,
(2) "Sur le banc", Jeanne Sourza et Raymond Souplex, Radio-Luxembourg. "Bonjour M. Le Maire", Pierre Bonte, Europe n°1,
(3) 1986-1999, 7h-8h15, 7h-8h30.


dimanche 12 mars 2017

L'esprit public… sans Jean-Louis Bourlanges

Une fois n'est pas coutume. Exceptionnellement pas de feuilleton "Retour de plage" ce dimanche. Exceptionnellement je publie une tribune écrite par MM. Anglade et Mirlesse, suite à l'affaire "Jean-Louis Bourlanges" exposée par Philippe Meyer (1) dimanche 5 mars en introduction de "L'Esprit Public". Auditeur, j'ai tout de suite été alerté par le ton grave et inhabituel du producteur. Souffle court et voix blanche. Sa lecture des courriers de la directrice de la chaîne et de Bourlanges m'a laissé une véritable impression de malaise. Rien depuis n'est venu clarifier cette décision brutale. Je reviendrai bien sûr ultérieurement sur ce nouveau cas de censure, après celui qui avait frappé Alain Veinstein le 4 juillet 2014.

Le texte ci-dessous engage leurs auteurs. Je ne répondrai ici, ni sur le fond ni sur la forme. Une adresse pour les contacter est proposée en fin de tribune.

(1) L'esprit public, France Culture, 11h chaque dimanche.


"Messieurs les censeurs, rendez l’antenne à Jean-Louis Bourlanges !
Par Arthur Anglade et Alexandre Mirlesse
Chaque dimanche matin ou presque, depuis plus de quinze ans, l’essayiste et ancien député européen Jean-Louis Bourlanges était au micro de L'Esprit Public sur France Culture pour, selon la formule rituelle du producteur Philippe Meyer, “commenter l’actualité de la semaine écoulée”. “Était”, car il vient d’en être brusquement écarté.

Dans un message lu ce 5 mars à l’antenne, la directrice de France Culture Sandrine Treiner a motivé sa décision par “l’engagement public de Jean-Louis Bourlanges auprès d’Emmanuel Macron”. Celui-ci poserait à la chaîne “un problème insoluble”, tant pour “l’équilibre [des temps de parole] entre toutes les familles politiques” que pour “la crédibilité de[s] antennes” de Radio France. Déclaré persona non grata jusqu’à la fin de la campagne présidentielle, Jean-Louis Bourlanges vient d’annoncer, dans un mot d’adieu aussi digne qu’émouvant, son départ définitif de l’Esprit public.

Cette décision a profondément heurté tous ceux qui, comme nous, ont souvent admiré la verve de Jean-Louis Bourlanges, sa sincérité, sa hauteur de vues et sa culture éblouissante, sans toujours partager ses idées. Qu’il résulte ou non des protestations adressées à la rédaction de France Culture par des militants furieux de l’avoir entendu décrire leur candidat comme “sournois, arrogant et corrompu” (L’Esprit publicdu 12 février 2017, 26’30’’), son ostracisme nous interroge et nous inquiète, d’autant qu’il n’est justifié par  aucun argument valable.

Évacuons rapidement la question du temps d’antenne. Les recommandations du conseil supérieur de l’audiovisuel en la matière sont sans équivoque : pendant la pré-campagne (du 1er février au 19 mars), “les télévisions et les radios allouent aux candidats et à leurs soutiens des temps de parole ou d’antenne en tenant compte de leur représentativité et de leur implication effective dans la campagne”. N’entrent dans ce calcul que « le temps de parole d’un candidat, les interventions de soutien à sa candidature et l’ensemble des séquences qui lui sont consacrées, si celles-ci ne lui sont pas explicitement défavorables » (recommandation du 7 septembre 2016).

Même à supposer que M. Bourlanges s’implique “effectivement” dans la campagne d’Emmanuel Macron - ce qui reste à démontrer -, rien n’empêchait France Culture de “tenir compte” de ses interventions dans le calcul du temps d’antenne dévolu au candidat. D’autres chroniqueurs de l’audiovisuel privé et public sont déjà soumis à un régime analogue. De Roselyne Bachelot à Daniel Cohn-Bendit, ils sont nombreux à continuer d’officier sur les ondes malgré leurs sympathies politiques déclarées. Interrogé informellement par Philippe Meyer sur le cas particulier de M. Bourlanges, le CSA n’a d’ailleurs formulé aucune objection de principe à sa présence sur le plateau de L’Esprit public pendant la campagne présidentielle.

Les véritables raisons de la décision prise par France Culture sont donc à chercher ailleurs. Sous le vernis juridique, il s’agit bien d’un choix éditorial, que Mme Treiner pose en ces termes : “Comment une personnalité déclarée aux côtés d’un candidat pourrait-elle raisonnablement continuer à commenter la campagne électorale et donc son propre candidat et ses adversaires ? C’est évidemment impensable.”

Comme la plupart des sophismes, la question est tout à fait réversible. L’”impensable” ne serait-il pas que les intervenants de l’Esprit public - une émission dont l’objet même consiste à faire débattre des “spectateurs engagés” de sensibilités différentes - se voient refuser, pour cause de campagne électorale, le droit d’exprimer leur appréciation sur tel ou tel candidat ? Jean-Louis Bourlanges, il est vrai, a fait un pas de plus : il a souhaité publiquement l’élection d’Emmanuel Macron. D’aucuns salueraient un effort de transparence, propre à aiguiser l’esprit critique des auditeurs. Hélas, Mme Treiner voit les choses autrement.

Peu lui importe que Jean-Louis Bourlanges ait comparé M. Macron, quelques heures seulement après s’être prononcé en sa faveur, à des figures historiques aussi peu rassurantes (sous la plume d’un centriste) que le populiste général Boulanger ou le cryptofasciste colonel de la Rocque, dans une tribune pleine d’ironie et de mordant. Peu importe aussi qu’il ait dénoncé, quelques jours plus tôt, le “caractère sectaire” de son mouvement (L’Esprit public du 12 février 2017, 27’35”). Peu importe, enfin, qu’il ait soutenu en 2016 l’un des candidats aux primaires de la droite et du centre sans que personne ne s’en soit ému. Depuis son ralliement, le voilà comme frappé d’une présomption irréfragable de partialité envers le candidat d’”En marche !”, et sommé de se taire.

En prenant ce parti injuste, la direction de France Culture a joué l’esprit de géométrie contre l’esprit de finesse, le principe de précaution contre la liberté d’expression. Elle a offensé ses auditeurs en sous-estimant leur discernement. Elle a privé le débat politique d’une de ses voix les plus inspirées, particulièrement sur les questions européennes que Jean-Louis Bourlanges, fort de son expérience à Strasbourg et Bruxelles, excellait à faire comprendre au public le plus rétif. Elle a, surtout, cédé à une conception clanique de la politique, où le choix d’un candidat impliquerait nécessairement une dévotion absolue à sa personne et la mise en veilleuse de tout esprit critique. Conception à laquelle L’Esprit public, avec ses débats policés empreints d’honnêteté intellectuelle, d’attention bienveillante et de camaraderie, résiste vaille que vaille dans l’atmosphère toxique d’une campagne à nulle autre pareille.

Auditeurs aussi fidèles que critiques de l’émission depuis nos années de lycée, nous n’aurions jamais cru devoir un jour prendre la plume pour paraphraser ce que Jean-Louis Bourlanges a su dire, avec infiniment plus d’éloquence, dans ses derniers mots aux auditeurs. Si nous le faisons aujourd’hui, c’est pour appeler ceux qui partagent notre malaise à le faire savoir, via la pétition disponible en ligne, à la direction de France Culture. Sans ignorer les pressions auxquelles elle doit faire face ni les contraintes propres au service public dont elle a la charge, Mme Treiner s’honorerait en revenant sur sa décision. Il en va d’une certaine idée de la radio, de la démocratie, des libertés, du débat intellectuel ; d’une certaine idée, en somme, de l’esprit public."

Comitedesoutienbourlanges@gmail.com

Arthur Anglade est spécialiste des études publicitaires, 
Alexandre Mirlesse est diplomate et auteur d’un livre d’entretiens sur l’Europe 
En attendant l’Europe, La Contre Allée, 2009,
Ensemble, ils ont publié le livre satirique Vote et Tais-toi (Hugo, 2012) à l’occasion de la dernière campagne présidentielle.

Désolé pour la couleur rouge intempestive conséquence de l'import de texte !