jeudi 31 août 2017

Un petit vent frais… et un autre tempo

Damned ! Le 31 du mois d'a-oû(t) et voilà qu'il va falloir tourner la page de l'été. Depuis la Saint-Barthélémy (24 août) c'est l'automne en biodynamie. Ce matin, un petit vent frais et un ciel bleu confirment qu'une autre saison s'installe. Ce sera aussi le cas pour ce blog qui, entamant sa septième, va prendre un autre tempo. À partir du 4 septembre, chaque lundi, je vous conterai dans un long feuilleton (qui vous tiendra en haleine jusque fin juin 2018) les événements qui, depuis septembre 1967, ont précédé ceux qui feront exploser la société française de mars à juin 1968. Tout ça à l'appui d'archives Ina (Institut national de l'audiovisuel) en exclusivité et dans leur intégralité. Chaque vendredi, ce seront les moments forts de la culture qui, pour la même période, ont aussi à leur manière, bouleversé les Français.



Mais, d'ici lundi, un petit regard dans le rétro. Les compères Valero&Jousse qui, pour cette rentrée, vont faire une pause (espérons courte) avec leur excellent "Easy Tempo" (1), et qui, tout l'été, nous ont accompagné pour nos retours de plage. En juillet Jousse…



En août, Valero



Mais vous pouvez vous faire toute la collec' qui commençait là. Et puis, l'émission de rentrée d'Augustin Trapenard, à cause de Bobby (Kennedy), de sa famille et de Marc Dugain.



Au revoir, à lundi…

(1) Jousse le samedi "Ciné tempo", Valero le dimanche "Repassez-moi le standard", France Musique… of course

mercredi 30 août 2017

Il vécut enfant et fit beaucoup d'heureux… par Sylvie Gasteau

Une voix, des livres, un homme. En quelques secondes, Sylvie Gasteau, donne le ton de son documentaire (1). Les mots lucides et bienveillants de Christian Pataud, une petit boite à musique qui joue l'International (Christian avait 10 ans en 1936) et le début suggérée d'une belle histoire… ou les tribulations de la "Méthode Pataud".


Christian Pataud





















"Dans une fente, un livre, j'en vois le dos, je m'écorche les ongles à essayer de le retirer. enfin, avec l'aide de la règle, en cassant un pupitre, j'y arrive. Je tiens le volume et je regarde le titre "Robinson Crusoë". Pataud voyage en sa bibliothèque, vogue même et nous refait quelques "Je me souviens" sensibles. "Rien que d'y penser je sens encore l'odeur de ce livre et c'est peut-être de là que m'est venu le goût de la lecture qui ne m'aura quitté".

Et le petit jeu sur la comptine "Trois tortues trottaient sur trois toits très étroits" nous renvoie aux origines de la lecture. Et de fil en aiguille le réel des souvenirs d'enfance croise la fiction romanesque et Pataud se souvenir de Pompon, taureau limousin préposé à la saillie. Sylvie Gasteau aime les gens simples et les histoires simples de vie. Et Pataud (re)vit spontanément ses souvenirs du Limousin des années trente, entremêlés de ses dialogues avec les enfants d'aujourd'hui sur la littérature… classique.

Quand on connaît Pataud on imagine bien sa tendresse pour les enfants comme la tendresse qu'il a pour sa propre enfance. Et Sylvie Gasteau est là, aux aguets de l'enfance, du pic et pêche (épeiche) martelant et du "Fantastique" Ray Ventura. Elle compose son ode à Pataud, le bon bougre, tendre, imprégné de ses bons maîtres d'école jusqu'à télescoper le tout avec le "Zéro de conduite" de Jean Vigo. Et Pataud de faire la leçon de choses aux enfants qui passent. Et avec conviction, tendresse et enthousiasme il fera son flashback sur "36". Un "36" vécu même s'il n'avait que 10 ans. La mémoire collective et l'histoire ont fait le reste.

Pour Pataud, tout est bon pour lire, même dans le maquis, à 17 ans, où il entreprit de lire… Marx et ses "doctrines économiques". Et, la guerre finie, lire et relire ce vers de René Char extrait de "L'âge cassant", "L'aubépine en fleur fut mon  premier alphabet". Pataud est un poète de Saint-Léonard-de-Noblat et même de l'universel. Pataud, presque cent ans, est livre au moins autant que bibliothèque. Envoyer du René Char c'est comme s'émerveiller d'Aragon. "Que sais-tu des plus simples choses les jours sont des soleils grimés…

Fantastiques : Pataud bon homme. Bon vivant. Libre et formidable passeur. Gasteau formidable passeuse. Libre et joyeuse. 

Le player de réécoute sera disponible, ici, quelques minutes après l'émission…

(1) Ce soir, France Culture, 23h, "Creation on air",

Tout un monde… de Radio France !

L'occasion avec ce titre de faire un clin d'œil à Marie-Hélène Fraïssé qui produisit de nombreuses émissions sur France Culture, sa dernière "Tout un monde" qui faisait la part belle aux "ailleurs" comme aurait dit Arthur Rimbaud… Aujourd'hui lors de la Conférence de Presse de "rentrée" de Radio France (1), suivie pour moi sur Dailymotion, Mathieu Gallet est venu annoncer une "nouvelle offre en ligne qui propose aux internautes une sélection des programmes de nos sept antennes. L’accès à nos contenus dans toute leur diversité est ainsi mis à la portée de tous, et permettra à chacun dans quelques mois de constituer sa radio sur mesure." Amen !


Capture d'écran















Heureux que, dès son introduction, Gallet nous annonce que "Radio France n'est pas encore en grève…" (2), agite son mot préféré de "média global" et veut "inventer la radio de demain" grâce à ces assistants vocaux (3) qui vont devenir l'alpha et l'omega des médias. "Je vois dans le développement des assistants vocaux une 3ème révolution : celle de la voix." Grâce à "la révolution de la voix" ? Vous avez bien lu "révolution de la voix", quand il est fait si peu de cas aujourd'hui de cette "voix". Quand nombre de personnes qui parlent au micro n'ont pas/plus de voix… de radio. Mais ce n'est plus la voix de radio dont on parle ici mais de la voix des assistants vocaux ! CQFD. On constatera aussi très vite, à voir cette conférence, que le syndrome "Césars/Oscars" a fini par infuser la grand-messe de la radio et que chacun s'emploie donc à citer, qui son collègue, son ancien directeur, sa partenaire et son raton-laveur mais là, il leur manque juste la poésie de Prévert.

S'ensuivra avec Laurence Bloch, directrice de France Inter, #friandises, #auto-célébration, #auto-congratulation, #auto-promotion (4). Bloch : "Le "7/9 l'essentiel de la chaîne". Tout est dit. Je ne serai donc plus l'auditeur essentiel d'Inter puisque je n'écoute pas ce 7/9. Antoine de Caunes présente sa nouvelle émission "Popopop" et annonce, sans rire, "la pop-culture c'est la contre culture". Au-delà de ce slogan facile on ne manquera pas de guetter tout ce qui, tous les jours, sera à "vendre" en cinéma, théâtre, éditions en tous genres, et musiques absolument pas pop, qui petit à petit risquent d'envahir l'émission (5).

Marc Voinchet directeur de France Musique synthétise "France Musique.fr, France Musique point barre". C'est un bon slogan surtout s'il n'augure pas d'un "France musique se barre". Car la plateforme qui sera inaugurée en décembre proposera une "offre" élargie à la vidéo. On le voit, comme l'a annoncé Mathieu Gallet, la radio mue au numérique, au tout numérique. Une façon discrète, adroite, "perfide" de basculer des ondes hertziennes aux "ondes numériques" et de changer la donne de la fabrique de la radio.

Derrière, "on" ne nous empêchera pas de penser que, petit à petit, se profilent une rationalisation binaire des moyens de production, des équipes, des savoir-faire et de l'"ADN" de la radio la "voix". Pas la "voix numérique" des assistants Google, Amazon et autres gadgets tendance. La voix qui a fait la radio, les animatrices/animateurs, les productrices/producteurs. Et je ne parle pas de… la "mue sociale".




Sandrine Treiner, directrice de France Culture, annonce "une étape significative. France Culture va devenir le coeur de l'offre audiovisuelle avec des partenaires comme les chaînes audiovisuelles publiques…" Tout est cité sauf le documentaire et l'histoire. Blabla fumeux d'Erner, et Treiner de lever le voile sur la "révolution France Culture" (c'est moi qui mets les guillemets) qui, après France Info, va être l'enjeu des rapprochements Radio France/FranceTélévision/Arte.

Pour Marie Richeux, qui va animer une nouvelle émission sur France Culture, "Un entretien d'une heure est une chose rare". Doit-on comprendre que Marie Richeux serait rare elle-même ? Comme d'habitude Richeux croit que la radio est née avec elle il y a une trentaine d'années. Faut-il que je liste ici ses prédécesseurs qui eux, depuis une cinquantaine d'années, ont accueilli et conversé avec d'autres voix connues et reconnues ? Par là, Richeux méprise ses auditeurs qui peuvent être un peu plus âgés qu'elle, cultivés, avoir de l'expérience et surtout de la mémoire.

Pour Fip, Bérénice Ravache, nouvelle directrice, veut rassurer les auditeurs et les équipes en "Région" (Bordeaux, Nantes, Strasbourg). Elle souhaite "renforcer sa présence en Régions, aller à la rencontre de ses auditeurs. Fip crée la surprise, et incite à s'habituer à ne pas avoir d'habitudes". Pour les émissions de soirées, en place sur la grille depuis un an," il s'agira de tirer dans quelques temps des conséquences éditoriales s'il le faut." Ravache précise aussi "avoir beaucoup de projets numériques".

Laurent Guimier, nouveau directeur des antennes de Radio France, résume la "philosophie" des assistants vocaux : "abolir l'écran et le clavier, soit un nouveau continent qui s'ouvre. Tout ce qui est sons, contenus, nourrira les interfaces de ces assistants vocaux et, ce pourra aussi, être du podcast native. Ce qui induit tout ce qui, alors, ne passera pas forcément à la radio". Comprendre nous allons "vendre" et occuper le terrain de cette autre révolution numérique même si cela ne concerne pas la diffusion radiophonique habituelle (6).



Pour conclure, lamentablement, cette Conférence de Presse, n'ayons pas peur de dire que la radio n'a pas été très fair-play, avec son pied de nez balourd aux "chers disparus", comprendre ceux qui ont quitté le groupe (8). Sur une musique de Franz Waxman du film "A place in the sun" (George Stivens) qui a, entre autres, servi de générique à la cultissime émission, là on peut le dire, "Cinéma, Cinémas"  de Boujut, Andreu et Ventura (Antenne 2).



(1) Sise à la Maison de la Radio (Paris), on se demandait bien ce qu'on allait pouvoir apprendre, vu que les sept chaînes de la maison avaient depuis le 25 août communiqué en long, en large et en travers, sur les nouvelles grilles de programmes, les "nouvelles" émissions, et autres nouvelles figures qui à défaut d'avoir une voix étaient déjà reconnues par "le" public,

(2) Suite au gag lourdingue de Daniel Morin en introduction visuelle de cette conférence, 
(3) "Selon la dernière étude Ovum, la planète comptera plus d’assistants digitaux vocaux que d’êtres humains en 2021" in Viuz,
(4) Laurence Bloch parle geek avec hashtag dans son texte…

(5) Ce que la page de l'émission contredit virtuellement : "La pop culture sous toutes ses formes : séries télévisées, bds, blockbusters, polars… Son esprit et son talent vont tenir en haleine les auditeurs !"
(6) Ce qu'inaugure France Culture dès le mois de septembre. Des podcasts originaux qui ne seront pas issus des émissions diffusées en flux !
(7) Schlesinger, Cohen, Perreau, Jouan, Vandel…

(8) Quant à Mouv', elle "renforce également son offre digitale et vidéo en lançant Mouv’ TV". La boucle est bouclée !!!!

lundi 28 août 2017

La radio expérimentale avant Saint-Gallet…

Autrefois, parmi les idoles, il y en avait une à la radio : Saint-Granier. Que dis-je une idole ? Un pape. Si je ne l'ai jamais entendu, en fin de carrière, sur les antennes de France Inter, - il avait commencé sur Radio Cité avec le radio-crochet-, je m'en souviens bien dans l'émission de Jean-François Remonté (1). C'était au cours de cet été du début des années 90, grâce à un indicatif dans lequel on entendait "Bonsoir, mes chers auditeurs, bonsoir", avec un ton un peu dépassé mais dont Saint-Granier avait fait sa marque de fabrique. Je ne ferai pas injure à l'homme de radio en associant, pour un billet seulement, le mot "Saint" et le patronyme du Pdg de Radio France, Mathieu Gallet. "La minute de Saint Granier" avait le mérite de la brièveté. Nous aurions préféré, auditeurs comme nombre de professionnels, que Gallet se contentât de paraître une minute, plutôt que, ne sachant rien de la radio, il roucoulât, tant et tant pour faire diversion en vantant les charmes du progrès et des assistants numériques.


Saint-Granier, @Unifrance films





















Imaginez un pâtissier, reconnu sur la place pour son tour de main, ses feuilletés et autres saveurs aux goûts subtils. La maison est centenaire. Mais voilà qu'au détour des années 10 (de deux mille, s'entend) un freluquet, à peine cultivé des choses essentielles de la pâtisserie, vient vanter les miracles de la machine mécanique, de la robotique, assistants essentiels des nouveaux-pâtissiers. Comme autrefois on faisait les nouveaux-philosophes, de bric et de broc. Las, le vieux pâtissier crédule marche dans la combine. La clientèle s'élargit. Maître-pâtissier, dont on a gardé le nom de prestige, a laissé la main à ce managère de moins de cinquante ans. Les enseignes et la "marque" poussent comme des champignons (hors-sol). Le goût, la façon, le style ont disparu et avec eux "la cerise sur le gâteau". Plus de cerise, moins de style, plus de goût. Quelques anciens clients avisés déchantent un peu, le dimanche, devant la vitrine, fredonnant tout bas, le temps… de ces cerises-là.

Je vous en parlais fin juillet, Mathieu Gallet a donc mis son dévolu sur les assistants numériques. Mais, devant la représentation nationale, il a eu beau gloser sur la chose, de cette chose il n'a rien dit si ce n'est qu'il n'y aurait plus d'autre alternative. De là viendrait le progrès ! Ce fameux progrès qui ne fait que progresser jusqu'à temps qu'il ne fasse… régresser. Mais nous n'en sommes pas là. Gallet a enfourché son nouveau cheval de bataille. Adieu veaux (écriture), vaches (son), cochons (montage), couvées (mixage)… le Pdg va course mener pour cette affaire-là et tant pis si c'en est fini de "la cerise sur la radio" .

Il n'y a pas si longtemps la radio expliquait… la radio et ses évolutions. 

  1. Roland Dhordain en 1969 (2),
  2. Yves Jaigu, directeur de France Culture (1975-1984), (3)
  3. Des techniciens-chercheurs pour la création d'un studio numérique en 1984, 
  4. Pierre Schaeffer en 1991 (voir player ci-dessous), 

Gallet, lui, n'a que faire des explications. Ces deux mots "magiques", assistant/numérique, doivent suffire pour emporter l'adhésion de la tutelle, des députés (qui votent les budgets), du personnel de Radio France et des auditeurs. Gallet n'est pas pédagogue, le mot est faible. Gallet est un pur produit numérique, le mot n'est pas trop fort. Ce pur produit, nommé par un CSA aveugle et béat, pourrait s'inspirer de ses prédécesseurs qui avaient à cœur de ne pas prendre les auditeurs pour des moutons et qui, comme Dhordain ou Schaeffer, avaient le souci de transmettre. Gallet dirige une entreprise de communication et n'est pas foutu de communiquer. Nous voilà bien et, ça fait déjà plus de trois ans que… ça dure. Dur !

Désolé mais le player à un bug semble-t-il !

L'évolution de la radio et ses perspectives en 1969 (Micros et caméras, ORTF)




(1) Réalisateur et producteur à Radio France, France Inter, été 1991, "Radio Mémoire",
(2) Directeur de la radio, époque ORTF, de juin 1968 à 1971,
(3) Le 13 janvier 1975, quelques jours après son entrée en fonction, dans une émission de France Culture, il dit sa vision pour la chaîne,

lundi 21 août 2017

La matinée des autres : une émission incarnée…

Hey, gringo, avant, tu sais quoi ? Les émissions à la radio ne se calaient pas forcément entre deux heures justes. Non ? Si ! À France Culture c'était comme ça avant le rapport Ténèze (1997), rapport assassin qui servit de bible à Laure Adler (directrice de la chaîne 1999-2005) en 1999 pour "mettre tout par terre" et, petit à petit, inciter les producteurs au talk, aux émissions en direct, plutôt que celles élaborées, ciselées dans les cellules de montage de Radio France (1).

Claude Mettra





















La nuit, tous les chats sont gris et la radio illumine leurs moustaches. Il reste encore sur France Culture ces Nuits qui, sept jours sur sept, explorent le patrimoine radiophonique. Philippe Garbit, leur producteur et son équipe, redonnent vie à des trésors qui, sans l'invention de ces rediffusions (2) seraient restés sur les étagères de l'Institut National de l'Audiovisuel (Ina). Récemment ce fut donc au tour d'une très ancienne émission "La matinée des autres" (3) de revenir en ondes. Et quelle émission.

Explorant le patrimoine ethnologique, chaque mardi, "La matinée des autres" était un enchantement de culture savante. Aiguisant la curiosité, donnant toujours envie d'en savoir plus, de lire et de s'instruire. L'émission diffusée récemment dans les Nuits (et que vous pourrez réentendre ci-dessous) en est la parfaite illustration. Bien au-delà du tango on croise l'histoire, la géographie, la sociologie, l'économie et la psychologie des… personnages. Je l'ai déjà réécoutée deux fois et y ai appris beaucoup de choses sur les effets, par exemple, de l'invention du fil de fer sur l'évolution socio-économique de la pampa argentine et de ses gauchos

Est-il besoin de dire que de nombreuses émissions de bla-bla, pas de talk, de bla-bla qui pullulent aujourd'hui sur France Culture n'apportent rien. Ni à la connaissance, ni à la culture, ni à la distraction. Elles comblent un "vide" et c'est ça qui est un comble ! Elles permettent à ceux-celles qui les font de croire qu'ils sont des médiateurs de culture, quand ils sont juste animateurs d'émissions d'invités qui n'en finissent plus de se succéder à l'antenne pour raconter ce que quelques jours plus tard, ou le jour même, ils raconteront ailleurs.

Il fut un temps où sur France Inter quelques animateurs facétieux et irrévérencieux se moquaient du ton, de l'emphase, de l'hermétisme et de l'entre-soi de la chaîne culturelle. Et même si Éric et Quentin dans Quotidien (4) moquent "méchamment" la chaîne, c'est plus une "image" qu'ils vilipendent qu'une réalité. Borzeix, en plus de treize ans de direction, avait su faire éclater les frontières de la culture et la rendre accessible à un public de plus en plus nombreux (5). La prétendue "modernité" de ses successeurs est juste un artifice, une illusion de communication, un manque absolu et tragique d'incarnation.



(1) Reconnaissons à Laure Adler d'avoir remis à l'antenne "La matinée des autres" (de 1999 à 2002) quand Patrice Géninet (1997-1999) l'avait supprimée,

(2) À l'initiative de Jean-Marie Borzeix, directeur de la chaîne 1984-1997, dès la rentrée 1984. Du lundi au vendredi minuit-6h, les samedi et dimanche 1h-7h. Producteurs initiaux : Jacques Fayet, Marc Floriot et Laurence Crémière. Avant le programme s'interrompait à minuit avec la "Marseillaise"…  Autant dire qu'en trente-trois ans il y a eu de quoi s'instruire !

(3) Cette émission a démarré à la rentrée 1977 (octobre sûrement). Elle fût diffusée à l'origine le mardi de 9h07 à 10h45, soit 1h38 (sic), produite à ses débuts par Claude Mettra. Le directeur de la chaîne était Yves Jaigu (1975-1984). On peut en profiter pour constater qu'en vingt-trois ans (1975-1997), France Culture a été dirigé par 2 personnes, quand, depuis 20 ans, ce sont deux femmes et quatre hommes qui en ont eu la responsabilité. Notons que c'est une femme, Agathe Mella (qui dirigea aussi France Inter), qui en fut la première responsable de 1973 à 1975.

(4) Dans l'émission télévisée de Yann Barhès sur TMC,
(5) Le débat, n°95, "France Culture : une singularité française", Jean-Marie Borzeix, Gallimard, mai-août 1997.

Une émission plus récente, de Marion Thiba (1996), réalisation de Jean-Claude Loiseau

vendredi 18 août 2017

Zappy day…

Jean Lebrun aime Zappy Max et j'espère que Zappy Max lui rend bien. Zappy Max, la star de Radio Luxembourg (ancêtre de RTL), que Lebrun aime inviter dans ses émissions de France Culture (1) et de France Inter. Sur cette chaîne, le 6 mai 2016, c'était donc le deuxième rendez-vous (rediffusé aujourd'hui à 13h30) des deux stars de la radio. Zappy, bon pied, bon œil. Lebrun matois, n'oubliant jamais que dans la cuisine de son enfance Radio Luxembourg avait une place de choix.




Lebrun depuis ses débuts à la radio (1982) nous a souvent montré qu'il avait des fourmis dans les jambes. Le hors-studio était son Graal. Sortir du cadre, se laisser surprendre (et surprendre), se colleter au réel que vivent les auditeurs voilà quelques axiomes qui font la patte Lebrun. Ces façons de faire vont bien au bateleur Zappy Max qui dès les années 50 arpentait les routes de France pour son radio-crochet. Le tonique animateur de la station de la rue Bayard à Paris ponctuait son bagou des refrains publicitaires qui en ces temps d'après-guerre enchantaient un public acquis à la publicité.

Lebrun constate en annonçant (dans son chapeau *) que Zappy en 1966, congédié par Jean Prouvost, nouvel actionnaire de ce qui deviendra RTL, aurait pu rentrer à la radio publique mais on craignait qu'il soit trop associé aux marques et aux slogans publicitaires qui auraient pu le "rattraper" à l'antenne. Le producteur de "La marche de l'histoire", qui n'en rate jamais une, en profite pour déclarer que Zappy venait trop tôt. Cinquante ans trop tôt quand même. Mais "MMA" par Zappy Max ça aurait eu une autre "gueule" !


L'hebdomadaire "Pilote" de René Goscinny
s'est associé à Radio Luxembourg pour raconter
en images le feuilleton de Zappy Max




















Heureusement qu'il existe un Lebrun pour rappeler à quelques productrices-producteurs que la radio ne date pas d'aujourd'hui. Zappy Max est le formidable témoin d'une radio joyeuse, distrayante et qui, à sa façon, a participé à l'éducation populaire des Françaises et des Français (et des Luxembourgeois). Fort du slogan du lessivier "Ça va bouillir", Zappy fait bouillir les cœurs et la marmite de Luxembourg (2). L'animateur attire les auditeurs autant que les annonceurs et Louis Merlin, le patron de la chaîne sait ce que publicité veut dire, à l'instar des grands du métier tel Marcel BLeunstein Blanchet (1906-1996), patron de Publicis, qui en rachetant Radio Cité, en 1935, avait trouvé un support formidable à la création radiophonique. 

Savoureuse "la bise à Zappy" qui a fait le personnage adulé du public comme quelques années plus tard, Georges Lourier sur France Inter. Ces deux "saltimbanques" caractérisent la radio bonne-humeur, proche des auditeurs, chez eux dans leurs villes et leurs villages. La radio est pour les citoyens un cordon ombilical beaucoup plus fort que le journal. Elle fait partie des "meubles" (3) et chaque Français vit avec, matin, midi et soir. Alors pas étonnant que Lebrun, biberonné aux ondes dès sa plus jeune enfance, transmette, à l'occasion de cette émission, joyeusement et avec tendresse, ce qu'il doit à Zappy Max (4) et à Louis Merlin de leur génie radiophonique.





Puisque que quelques échanges sur Twitter ont prolongé l'histoire, voici une affiche du Radio Circus de Radio Luxembourg (avec Zappy et sa célèbre moustache) et une archive Ina de 1967 sur le cirque "Pinder-Ortf"…




(1) "Travaux publics", 3 décembre 2004, à l'occasion du 2ème Festival "Longueur d'Ondes" de Brest,
(2) Radio Luxembourg est très vite devenue "Luxembourg" dans le langage populaire,
(3) Au sens propre et au sens figuré jusqu'à l'apparition du transistor…
(4) "L'Âge d'or de la Radio" éditions du Rocher, ,2004. "Mes quitte ou double" (Dreamland).

samedi 12 août 2017

Le temps d'une chanson…

Fallait pas, Fañch, fallait pas "mettre deux tunes dans le bastringue" et refaire le chemin à l'envers. Appeler Gilles Davidas et lui dire "C'était comment "Avec tambours et trompettes" ?", et au débotté, Janine Marc-Pezet, "Allez Janine, hop ! "En avant la zizique", raconte". Mais j'pouvais plus appeler François-Régis Barbry "La mémoire en chantant", Jean-Louis Foulquier "Y'a d'la chanson dans l'air"… (1) La chanson m'est entrée dans l'cigare en même temps qu'la radio. Un jeudi. Avant-hier. Depuis je chante et j'écoute chanter. Alors quand la chanson entre en ondes je tends encore plus l'oreille. Mais faut pas m'raconter d'sornettes. Faut pas. Faut juste (me) raconter une histoire et surtout savoir la raconter… Avec grâce et talent.

À Céline L., fidèle auditrice de radio et lectrice de ce blog *

Par Alain Poulanges





















"Avec tambours et trompettes" Jean-François Kahn (producteur) et Gilles Davidas (co-producteur et réalisateur), c'était le samedi matin à France Inter. La verve et la fougue de Kahn, la passion de Davidas. Un fait d'actualité au tamis de chansons. Ça virevoltait. L'érudition était là. Pas matraquée. Juste présente. Et l'Histoire prenait une autre tournure.

Quant à "En avant la zizique" le duo Poulanges/Pezet faisait des miracles avec une production au zénith. Alain à l'écriture et au micro, aux archives Janine butine. Et que ça swingue, troubadours. Et ça swinguait grave, léger, joyeux, nostalgique, vivant, enchanté. Il y a quelques semaines j'ai acheté à une amie une petite machine-à-laver-radio-cassettes-Cd-aspirateur. J'utilise pas encore la première et la dernière fonction, mais après avoir entendu Janine et son bel accent cévenol, j'ai fouillé dans le grenier de ma mémoire (2) et surtout dans ma malle radiophonique. J'ai (re)trouvé les neuf cassettes-émissions spéciales Léo Ferré. 1993 (3). Presque vingt-cinq ans. 

Vas-y mets la cassette en place. Attends quelques secondes avant d'enfoncer "Play". Vite fait le compte à rebours. Défilent les années. En mai 93, tu faisais le beau sur les quais Fañch, (sans Kazan, ça c'est pour Marc Voinchet !), tu chantais presque chaque jour "La mémoire et la mer". Chaque jour devant le Phare du Four qui sépare la Manche de l'Océan. Allez "En avant la zizique"… Et d'abord l'indicatif merveilleux d'Hugues Le Bars (4).



Cette émission c'était tout sauf les artistes en promo. Juste le temps d'une chanson. Et m'enquiller neuf heures de Ferré sur tous les tons (5). Cette nuit, ce matin j'y suis encore. La chanson c'est aussi la grande lessiveuse. Ça permet de raviver les souvenirs, d'en enterrer d'autres. Ça permet des images en sépia, en N&B et en couleurs. Ça permet de prendre un vers ou deux et d'y boire doucement. Pour voir. Pour voir si ça marche ou se convaincre que ça va marcher. Ça permet de s'envoler. Loin, haut. Très haut…

"La marée je l'ai dans le cœur qui me remonte comme un signe…" (Ferré)
 


* Céline me fit remarquer il y a quelques jours que "malgré tout" je n'avais pas trop lâché l'écriture cet été ! Ben si, un peu quand même.

(1) "Avec tambours et trompettes" 1978-1981 (Davidas n'a pas réalisé les 4 saisons de l'émission, ni celles de Vivaldi d'ailleurs), "En avant la zizique" 1992-1995, ces deux émissions sur France Inter, ainsi que "Y'a d'la chanson dans l'air" 1978-1982. "La mémoire en chantant", France Culture, le samedi matin, 1982-1995, 

(2) Clin d'œil à Karine Le Bail, "Les greniers de la mémoire", France Musique,
(3) Ferré mourra 2 mois plus tard, le 14 juillet…
(4) Un peu raboté à la fin, "Le temps d'une chanson", chanté par Gainsbourg, est ici cuté !
(5) Du 11 au 21 mai 1993, France Inter, 0h15-1h,

vendredi 11 août 2017

Summer of love… (5/5)

The end. Pas celle des Doors dans "Apocalypse now" de Coppola. Pas celle du "flower power" qui s'est éteint tragiquement à Altamont (E.U.) en décembre 69 au concert gratuit des Stones, avec la mort de Meredith Hunter, poignardé par un des membres du "service d'ordre" (Hells Angels). The end. La fin, aujourd'hui, du récit de Simon Rico sur le phénomène hippie. 14h59… On air… (1)


Janis sur l'affiche du film de Pennbaker…


















En introduction de ce dernier épisode, Simon Rico nous fait entendre le journal de France Inter du 7 décembre et constate que la mort d'Hunter est ignorée par les journalistes du journal. Il est bon de rappeler qu'en ces années-là la musique de "sauvageons" était enfermée dans le Pop-Club de José Artur. Il avait fallu la détermination de Claude Villers (2), en poste au bureau de l'ORTF (Office de Radio et Télévision Française) de New-York pour défier l'ordre de son chef Jacques Sallebert et se rendre en loucedé au festival de Woodstock (15-17 août 69). Ce que Sallebert appréciera le lundi suivant quand "Paris" attendra de pied ferme des reportages "live" de ce festival.

The dream is over et le "Sugar man" (Sixto Rodriguez) a beau faire le "bilan" de la désillusion de l'utopie libertaire des sixties, la descente sera dure à supporter. Les vieux démons n'étaient pas morts. L'impérialisme dominant raye de la carte les freaks, et autres babas-cools avachis, et se prépare à remettre le fric au-dessus de tout. En France, les communautés ont encore quelques beaux jours devant elles. Mais le récit de Rico fait l'impasse sur la place des femmes dans le phénomène Hippie, reproduisant les schémas traditionnels d'asservissement à l'homme. Les hippies n'accompagneront pas ce mouvement de libération en germe. Ce que révèle Barry Miles dès le début de son ouvrage "Hippies" (Octopus/Hachette, 2004).

Actuel, le mensuel de Jean-François Bizot, tiendra haut le flambeau de la free-press inspirée du modèle américain. En même temps, le folk et le revival de la musique bretonne (3), prolongeront quelques années l'utopie d'une nouvelle société. Pas tout à fait celle que Jacques Chaban-Delmas, Premier ministre du Président Georges Pompidou, veut en 1969, mettre en place et qui restera une idée politique sans lendemain. "She's a rainbow" (Rolling stones).


Amougies (Belgique), oct 1969, par "Actuel"















Maintenant quelques mots sur le principe de l'émission. Mais qu'est-ce que c'est cette "Série musicale d'été" sur France Culture ? Une séquence musique entrecoupé d'un récit ? Un récit sur des histoires de musique ? Je dirais après écoute attentive que le prétexte est de proposer cinq fois une heure de musique. De proposer un thème ou un sujet. Et de raconter une histoire. Il y a beaucoup de musique, qui s'en plaindrait ? Mais le récit paraît "court". "On" reste souvent sur sa faim. On voudrait en savoir plus. Si les musiques ont toute leurs place, elles sont connues et justifieraient, peut-être, d'apparaître en "fond sonore", en illustration. Faut-il les entendre toutes en intégralité au risque de noyer le récit ?

La musique "on" la connait, l'histoire un peu moins. Ou pas assez. Ou pas complètement. Alors pourquoi le récit ne prime t-il pas sur la musique ? Pourquoi quelquefois apparait-il "minuscule", trop à la surface de l'histoire connue quand il s'agit d'évoquer Billie Holiday ? Comment écrire encore sur un tel personnage sans friser la "banalité" ? C'est quoi ce "partage" entre "Grande traversée" et "Série musicale" ? Dans le premier cas une écriture (souvent) incarnée, dans l'autre un récit plus "léger", plus "facile", moins "fouillé" ? Je mets beaucoup de guillemets parce que mes points de vue ne sont pas tranchés. "Mes chers auditeurs", qu'en pensez-vous ?

Demain billet spécial "Summer of music" à 9h…



(1) J'avais écrit mon chapeau avant d'écouter l'émission en direct !
(2) Producteur à France Inter des années 60 aux années 2000,
(3) Alan Stivell participe aux "Hootenanny" de Lionel Rochman, à Paris (Boulevard Raspail si je me souviens bien !)

En 1991, "Rétro" proposait une émission de 25' sur "le mouvement hyppi", rediffusée le 26 juin dans les "Nuits de France Culture"…

jeudi 10 août 2017

Summer of love… (4/5)

L'histoire continue… Le "Summer of love" raconté par Simon Rico sur France Culture, depuis lundi, nous fait plonger dans la contre-culture qui a bouleversé la culture établie, rangée, esthétique, bourgeoise et officielle. En France, il faudra la prise en main d'"Actuel" par Jean-François Bizot en 1970 pour qu'on "commence à comprendre" ce qui s'annonce comme une révolution culturelle (sans Mao !) 14h59… on air.

Mai 1972






















Prendre, même à petite dose, du "Teenie Weenie Boppie" de France Gall et, le risque était grand de finir en H.P. (hôpital psychiatrique). "Ça se vend ça ?", aurait dit Coluche. Ce que la variétoche pouvait être con dans les années 60 (et 70) ! Cette façon de ridiculiser le LSD… ridiculisait les écervelés qui torchaient des paroles pour yé-yé ligotés par leurs maisons de disques, juste hallucinées par le fric facile qui dégoulinait à flot. Pas donné à tout le monde de poétiser avec "Lucy in the sky with diamonds" (Beatles).

Simon Rico reprend les origines de l'histoire des drogues dures qui finiront par installer une économie "parallèle" exponentielle et florissante. Le cannabis excite "Actuel" et va donner l'occasion d'un formidable mouvement de "retour à la terre" (en Ardèche et ailleurs) pour cultiver la petite plante d'ornement… psychique. Ferré, lui qui ne fume que des "Celtiques" chante "C'est extra". Il demande à son orchestrateur Jean-Michel Defaye "Compose moi quelque chose dans le style des Moody Blues, tu sais « Nights in white satin» ("Les moody blues qui chantent la nuit comme un satin de blanc marié"). Des bonnes influences du rock anglais, sans forcément avoir besoin de "Sister morphine" (Rolling stones).

Demain, pour le dernier épisode de la série "Hippie, hippie shake", je m'attacherai un peu plus à parler de la production de ces "Séries musicales d'été".
(À suivre)

mercredi 9 août 2017

Summer of love… (3/5)

Tiens j'entends une Harley-Davidson qui démarre (coucou Daniel Mermet, Là-bas si j'y suis) dans l'indicatif de "Summer of love" le troisième épisode d'"Hippie Hippie shake" dont Simon Rico a tissé le récit pour ce feedback sur les sixties, chaque jour sur France Culture… 14H59… on air.


Alain Dister


















Un peu "Break on Through (To the Other Side)des Doors ne peut pas faire de mal à notre "jeunesse" en lutte contre la traduction en français des meilleurs titres de la musique anglaise et américaine. Anthony, Dassin, Hallyday, Rivers, Gall et autres Vartan épuisaient notre patience à traverser la Manche ou l'Atlantique pour l'île de Wight ou pour Monterey ! Le "Summertime Blues" d' Eddie Cochrane nous permettait d'approcher les filles de très près, bien mieux qu'"en allant siffler sur la colline" au risque de laisser passer l'assassinat de Martin Luther King en avril 68. Même si les organisations d'éducation populaire nous tiraient par la manche.

Avec "We shall over come" (Joan Baez) on sentait bien qu'il allait falloir passer du seating baba à un peu plus de conscience politique. Mais au moins notre musique envoyait valdinguer la musique has been de nos parents même s'il y avait parmi de grands noms du jazz. On était mûrs pour changer le monde, une tonne d'utopies dans nos sacs à dos d'apprentis routards. La Californie et San Francisco étaient très très loin même si Maxime Le Forestier faisait de son mieux pour nous projeter dans sa "Maison bleue adossée à la colline…" Et on se fiche bien que Dylan ait abandonné sa gratte sèche pour une guitare électrique. Son "Subterranean Homesick Blues" est de la même veine.

Comment ne pas devenir anti-militariste avec un va-t-en guerre comme Johnson, Président des États-Unis "par défaut" qui, au Vietnam, envoie à la boucherie par "Phantom" entiers  la jeunesse américaine qui ne s'en remettra jamais. Alors l'hymne de Country Joe Mc Donald "I Feel Like I’m Fixin to die Rag" nous électrise quand au cinéma (octobre 1970) on découvre le Festival de Woodstock (août 69). Je l'ai écrit hieravec la musique, notre conscience s'aiguise mieux qu'avec tous les cours d'histoire poussiéreux de nos profs dépassés ou, avec la vision passive des "actualités télévisées" muselées par le gouvernement français de la France gaulliste.

"All together now", ce slogan, qui finira par se traduire en français dans les manifs, vient en écho du "Come togetherdes Beatles (Album "Abey road"), qu'à la rentrée 69 nous avons écouté mille et mille fois. La musique de ces années-là est non seulement le marqueur de l'émancipation des adolescents avec leurs parents, mais aussi celui d'un changement radical de modèle de société, même si le "changement" sera long, très long à venir à venir. "Soul sacrifice"
(À suivre)

mardi 8 août 2017

Summer of love… (2/5)

Hier j'ai ajouté une vidéo suggérée par le récit de Simon Rico pour le 1er épisode de "Summer of love" diffusé cette semaine sur France Culture à 15h. On y voit Philippe Labro, journaliste, directeur de RTL, parolier de Johnny et écrivain allant un peu vite en besogne en mettant à "la même sauce" beatnicks et hippies. Mais vu de France qu'importe. Cinquante ans après Rico revisite le phénomène. 14h59 : on air…


Barry Miles, Hachette, 2004




















Pas sûr qu'à l'instar de Steppenwolf, les hippies soient nés pour être sauvages (Born to be wild). Ou alors de doux sauvages. Pour juste remettre la nature au cœur de leurs errances communautaires et philosophiques. Du point de vue de l'époque le rock a déjà tout balayé. Le jazz garde sa place et ses aficionados. Sinatra est obligé de faire allégeance à Elvis. Quant aux garçons de plage (Beach boys) en tout genre ils sont bien obligés de se rendre à l'évidence, les Beatles sont dans le jeu mondial.

Simon Rico, le producteur de la série, nous raconte que, Rue de la huchette (Paris), chez "Popof", ce serait le lieu de "rassemblement" des beatnicks du monde entier. Beatnicks "précurseurs des hippies" qui courent après la liberté dans des sociétés occidentales verrouillées par la chape de plomb d'une morale conservatrice et réactionnaire. La musique "sans frontières" va, petit à petit, faire tomber les murs, les chapelles, la ségrégation raciale et… l'eau de rose. Mais la guerre du Vietnam plombe les finances des États-Unis et le moral des troupes, radicalise ses opposants, jeunes, qui refusent absolument d'approcher l'apocalypse infernal. Le combat pour les droits civiques aux États-Unis cristalise un conflit générationnel, résultat du baby boom d'après la deuxième guerre mondiale.

Au-delà des étymologies que brosse Rico, le mouvement hippie arrive au meilleur moment pour rejeter le consumérisme galopant, un capitalisme indécent, suggérer une prise de conscience écologiste et un regard émerveillé sur les philosophies orientales qui bouleversent les certitudes et les croyances… des Blancs. La beat generation est née. Chantée par Bob McFadden et Dor et racontée par Kerouac. Histoires croisées d'une Amérique (du nord) en pleine ébullition. Peace and love remplace God bless you. Et Dylan, un prophète, chante "The Times they are a Changin’… et les Byrds planent "Eight Miles High".
(À suivre)

Excepté l'adorateur français des "Ricains" retrouvez ici la play-list de l'émission…