lundi 24 novembre 2014

Les oreilles en coin… (blind-test)




Me pardonneront Jean Garretto et Pierre Codou les géniaux inventeurs de "L'oreille" (1) d'oser pour mon titre ce pluriel. Voilà que la semaine dernière tout au bruissement des audiences radio de Médiamétrie la télévision, une fois n'est pas coutume, s'intéresse à la radio. Canal + multiplie les attentions. Au Grand journal Sotto, Salamé, Morandini (2), au Petit (journal) Mathieu Gallet, Pdg de Radio France. Barthès (Yann), l'animateur de cette émission a une idée de génie. Puisqu'on accueille un responsable de la radio proposons lui un blind-test de voix de radio. 

Un peu comme faire reconnaître des accords de guitare à un guitariste, et des cris d'oiseaux à un ornithologue. Mais bon on est à la TV "le ras des pâquerettes" paye. Va pour le blind-test. Gallet lui-même, quelques jours plus tôt, proposait un blind-test aux animateurs du Mouv'. Le blind-test commence (3) et, patatrac, Gallet ne reconnaît pas la voix de Mermet (4). Barthès rappelle au Pdg qu'il a "viré" ce producteur et "patatrac-bis" les "résosocio" s'emballent. "Hein, comment, un Pdg n'est pas capable de reconnaître une voix légendaire de Radio France ?". Horreur, indignation, mépris.

Sur la page Facebook de Syntone, Marc Jacquin, éditeur chez Phonurgia Nova rappelle comment un ancien directeur de France Culture, Jean-Marie Borzeix (5), n'a pas reconnu "La guerre des mondes" mise en ondes par Orson Welles. Dans ce cas est-ce si grave ? Dans l'autre, celui de Gallet, est ce une affaire d'État (radiophonique) ? Gallet ne s'est jamais caché de ne pas avoir de culture radio. Il n'a pas postulé au poste de Pdg pour "faire de la radio" mais bien plus pour y faire du management et mettre en œuvre la radio du troisième millénaire. Sans doute ce qui a convaincu les sages du CSA de le nommer au poste qu'il occupe depuis le mois de mai.

D'une façon plus benoîte si Gallet n'a jamais écouté Mermet comment pourrait-il le reconnaître ? Aurait-il reconnu Albert Simon (Europe n°1), Fabrice (RTL), Super Nana (Carbone 14), Gérard Klein ou Kriss (France Inter), Jacques Paoli (Europe n°1), Philippe Caloni (France Musique) ? Presque impossible, Mathieu Gallet a 37 ans ! Plus proche de lui Noëlle Breham (France Inter), Wendy Bouchard (Europe 1), Claire Servajean ou Charline Vanhoenhacker (France Inter), Alba Ventura (RTL) reconnaissables ? Pas beaucoup plus.

Bien sûr on pourrait préférer, s'attendre, à ce qu'un Pdg d'une entreprise publique de radio connaisse le média sur le bout des doigts. Mais et Marc Jacquin, ne l'a pas évoqué, que pouvait-on attendre de Jean Maheu, conseiller-maître à la Cour des Comptes (6) nommé Pdg de Radio France en février 1989 ? Pourtant à peine nommé Maheu indique qu'il y a une voix de radio qui le touche mais ne peut pas dire son nom. On lui fait écouter plusieurs voix. Il reconnaît celle de Mermet et demande sur quelle antenne on peut l'entendre. Eve Ruggieri, directrice de France Inter, ira repêcher Mermet qu'elle a viré d'un revers de main quelques mois plus tôt (7).

Mermet pourra mettre à son CV d'avoir été adoubé par un Pdg et "renié" par un autre (8). Barthès s'est fait plaisir, il a réussi à piéger Mathieu Gallet un peu comme Bourdin (RMC) aimait piéger les ministres du budget en leur faisant faire une séance (désastreuse) de calcul mental. Société du spectacle ! 

Dans un sens on pourrait être gré à Barthès d'avoir joué à ce petit jeu car les blind-test de radio vont disparaître au fur et à mesure que la radio filmée va s'installer. À moins que le meneur de jeu se passe des images pour faire reconnaître les voix, ce qui serait une vision très passéiste d'une radio qui aura tout fait pour son "image"… de marque, ou de "démarque" c'est selon. 

(1) France Inter, 1968-1990,
(2) Sotto et Morandini (Europe 1), Salamé (France Inter),
(3) On me pardonnera de ne pas jouer le jeu du déroulement et d'en venir au fait,
(4) Producteur de radio depuis la fin des années 60, à France Culture puis à France Inter jusqu'en juillet 2014,
(5) 1984-1997,

(6) Février 1989-novembre 1992,
(7) Elle ne supportait plus d'entendre l'érotisme torride du producteur qui deux étés consécutifs avait affolé dans "La coulée douce", à l'heure de la sieste (15h), la libido des auditeurs. Grâce à la reconnaissance de Maheu Mermet créera "Las-bas si j'y suis" à la rentrée 1989,
(8) Ce n'est pas le Pdg qui n'a pas renouvelé le contrat de Mermet, mais la directrice de France Inter Laurence Bloch,

Aucun commentaire:

Enregistrer un commentaire