samedi 22 février 2020

Samedis après-midi… Pop-rock et plus si affinités !

J'ai, au chaud (depuis mai dernier), un billet concernant les samedis après-midi de France Culture (années 70 et 80). Mais c'est trop tôt (sic) ! J'ai quelques souvenirs de samedis qui sur W-RTL (RTL), "Rock of the 80'" (Pierre Lescure, Europe 1), et l'inévitable "Oreille en coin" m'allaient à ravir. Sur W-RTL j'ai découvert Sultans of swing, Dire Straits. Avec Lescure quelques groupes in, du moment (1980) et avec "L'Oreille" des histoires à n'en plus finir…



Flânant, ce matin, sur l'oiseau bleu, je découvre le compte d'@Alister, ci-devant rédac-chef de la revue Schnock. Je déroule jusqu'à trouver la référence à Grand Hotel Procol Harum. Bigre ! Whiter shade of pale a largement écrasé la production du groupe et ce Grand Hotel manquait à ma culture ! La chose est réparée. Mais voilà me croyant le D.J. ou le Nightfly de quelques nuits sur Radio Pikez (2018), je suis bien décidé à poursuivre mon après-midi zique.

Procol Harum m'évoquant Genesis je plonge dans Foxtrot. Ce disque, que j'ai usé nuit et jour, pendant des années me procure toujours autant de frissons. Peter Gabriel le formidable créateur de la chanson "Biko" est, avec ce disque de Genesis, au sommet de leur art. Supper's ready en est la preuve formelle. 



Alors plutôt qu'entendre rabâcher et geindre que les "jeunes" n'écoutent plus la radio. France Inter aurait pu "inventer" les samedis après-midi "Pop, rock et plus si affinités" avec des gens très bien comme Rebecca Manzoni, Michka Assayas et Bernard Lenoir, pour voir, et Blanc-Francard pour une rubrique "Father ans son", Trapenard pour le quart d'heure nostalg', Alister pour quelques histoires de vieux schnoques et Benizeau (Thierry-Pol). Et pi j'ajoute Delli-Fiori et Thierry Jousse. Une belle émission longue, foutraque et joyeuse. Ouais, France Inter aurait pu mais elle peut plus… Veut plus surtout !

Quant à France Musique enkystée dans "Classique et jazz" on ne peut rien en attendre d'autre que des miettes à la marge. Désolation absolue et regrets éternels de l'absence absolue de renouvellement.

Alors, pour accompagner en beauté ce samedi en devenir de printemps, Tom Misch que j'ai découvert l'an passé sur Fip (tout l'alboum est pop !)… 

vendredi 21 février 2020

Riester remplace au pied-levé le bon Dr Coué et sa méthode… (du même nom)

Coué n'en peut plus ! Il aimerait prendre sa retraite… À points nommés. Sa méthode a fait flores dans le monde entier. Remportant de nombreux prix internationaux, il n'a pas caché son désir de fuir les honneurs et les citations perpétuelles pour aller cultiver son jardin secret en Abyssinie ou à Créteil-Léchat, la la la ! Faisant ses visites depuis plus d'un an, le Ministre de l'Aculture a toutes les chances d'être élu par l'Académie au mois de mars prochain (1). Un récent article du Figaro (19 février) montrera au profane, s'il en était encore besoin, à quel point la propagande peut faire passer le commun de l'ombre à la lumière. État des lieux.

Maurice Thorez
à la une du "Time"



















À la grève, la grève…
Enguérand Renault, journaliste engagé au Figaro, relate dans un récent tract article comment M. Franck Riester, ci-devant Ministre de la Culture a, le 31 janvier dernier,  terrassé la bête, réduit l'hydre à trois têtes, anéanti le monstre rougeoyant, à mains nues et en… 63 jours quand même ! 

Extrait de la dithyrambe : "Au 60e jour de grève à Radio France, Franck Riester a reçu l’ensemble des représentants syndicaux ainsi que la direction du groupe audiovisuel public. Très ferme, il a rappelé que les économies demandées à Radio France seraient maintenues, qu’il soutenait la direction et qu’il ne se mêlerait pas des négociations à venir. Ce discours a porté ses fruits puisque trois jours plus tard, la CGT, dernier syndicat à maintenir son préavis de grève, suspendait le mouvement pendant les négociations sur la rupture conventionnelle collective.

C'est sûrement le "Très ferme" qui aura fait toute la différence ! Pourtant je ne me souviens pas avoir pu déceler qu'un lien de cause à effet puisse être attribué à la suspension de la grève, suite à la fermeté du ministre. Auquel cas je me demande pourquoi le dit-ministre n'a pas plus tôt usé de sa fermeté pour interrompre la grève dès le… 25 novembre ! Quel manque de perspicacité et de confiance en soi ! Attendre 60 jours pour recevoir les grévistes et les voir aussitôt "savoir arrêter une grève", de quoi faire se retourner dans sa tombe le grand Maurice (Thorez) inventeur de la formule (2) ! 

On pleure (à chaudes larmes) de lire ces lignes dignes du plus petit télégraphiste (3) ! Le Figaro défenseur acharné des causes… capital(es) ne se refuse aucun soutien partisan à un ministre absent, perdu et dogmatique par procuration. Madame Veil, pédégère de Radio France, aura sûrement apprécié l'appui inconditionnel du rubricard. Le Président de la République, quant à lui, ne regrettera plus d'avoir fait le choix audacieux d'un concessionnaire automobile à qui il aura su confier la culture audiovisuelle et plus… si affinités ! 

Les grévistes de Radio France n'ont sûrement pas manqué de rire (sous cape) découvrant - par la presse - l'influence irrésistible du Ministre sur leur vote souverain ! On vit une époque formidable ! Bis repetita placent ! On a hâte de lire les prochaines lignes d'Enguérand Renault quand, la grève ayant repris, il va trouver la bonne formule pour accuser, a minima, le réchauffement climatique et, a maxima, l'endoctrinement collectif du personnel de Radio France sûrement inspiré de la secte Moon. 

(1) Seul personne déclarée au moment où nous mettons sous presse… (sic),
(2) "Il faut savoir terminer une grève dès que satisfaction a été obtenue", Maurice Thorez, 11 juin 1936, suite aux accords de Matignon,
(3) En 1980, Mitterrand traite Giscard, Président, de "petit télégraphiste" (de Brejnev, URSS) quand ce dernier diffuse une information sur le retrait des troupes soviétiques d'Afghanistan. 

mercredi 19 février 2020

Le bureau des projets… Une légende ? (2)

Bien sûr j'aurais trouvé stimulant de titrer "Le bureau des légendes". Que serait venu faire un tel bureau à la radio ? Par contre le Bureau des projets a bien existé et ce n'est pas une légende ! Ce billet et le précédent sont motivés par l'amer constat que la direction de France Culture a finalisé et mis en place un système pour : normer, calibrer, compartimenter la création radiophonique. En l'enfermant dans des processus de contrôle a priori (se nichant de façon insidieuse), de hiérarchies et de mécaniques productives qui n'ont plus rien à voir avec le projet initial de la chaîne qui voulait s'ouvrir à toutes les cultures en multipliant les angles, les formes, et les voix qui en étaient les acteurs.



L'apologie du "tout et son contraire" va bien à France Culture et à sa directrice Sandrine Treiner. À grands renforts de tambours, on apprend que dès le lundi 17h, on peut télécharger les quatre épisodes d'une série documentaire (LSD, du lundi au jeudi, 17h) mais qu'en ce qui concerne "Une histoire particulière" il faudra à l'issue de la première partie (le samedi à 13h30) savoir attendre jusqu'au dimanche même heure pour entendre la seconde ! Pourquoi cette différence de traitement ? Le fait du Prince assurément !

Pour ce qui concerne LSD (acronyme qui nous a mis à genoux et a déclenché chez d'aucuns une séance de larme contagieuse) j'ai fait la démonstration à sa coordinatrice, Perrine Kervran, que 44 semaines x 4 jours représentaient un potentiel de 176 documentaires, soit dans l'absolu 176 producteurs tournants (1). La formule imposée "même sujet pendant 4 épisodes par la même personne" diminue le nombre de producteurs des trois quarts, sachant là aussi qu'une productrice-producteur peut potentiellement produire, deux ou trois LSD/an. Et pourquoi un producteur saurait produire 4 heures imposées sur un sujet quand quelquefois il pourrait être plus en phase avec une, deux ou trois heures ? Cette façon "éditoriale" c'est juste l'antithèse de la création. C'est un pouvoir sur la création individuelle. Quant au format imposé ce n'est plus une direction mais du dirigisme ! 

Et c'est là qu'intervient le "bordereau", le "formulaire", la "note d'intention" qui de quelque façon qu'on l'appelle, a supprimé l'échange informel, la dynamique d'une confrontation orale, la décision rapide particulièrement quand ça fonctionnait dans un processus de création collective, de compagnonnage, de responsabilité d'équipe. Autant dire un monde d'avant qui s'est effondré suite aux nominations de Mathieu Gallet, Sandrine Treiner et Sibyle Veil. Les trois font la paire pour progressivement gommer tout ce qui peut ressembler à une chaine singulière pour la diluer en une "généraliste" qui va bien finir par ressembler à France Inter et inversement.

Cette méthodologie des préalables à la décision de validation d'un projet, ce parcours sup, ces filtres aux ordres de l'éditorial tout puissant ·(2), ces processus de soumission a autant de hiérarchies cassent l'esprit même d'une création libre, originale, bouillonnante quand tant de préalables la brident, la contraignent, l'enferment dans des cases, des modèles, des formats (3). Insidieusement il s'agit de déposséder les équipes de réalisation du principe créatif. En assistant à la standardisation, au formatage et à l'absence absolue d'inattendu. Tout doit être lissé, polissé, cadencé dans une rythmique horaire qui ne laisse plus la place à aucune respiration, temps morts, silences (4). 



  • Le bureau des projetsCe n'est pas une légende, il a bien existé. Jean-Marie Borzeix, directeur (1984-1997) s'est souvenu (au téléphone hier) que "c'était un "bureau" informel. Une réunion plus ou moins régulière de quelques personnes, quelques producteurs. La parole était libre. Ça avait du commencer avec mon prédécesseur Yves Jaigu (1975-1984) et j'ai voulu maintenir ça. L'esprit était celui d'un service de manuscrit d'une maison d'édition. C'était un moment d'ouverture. Du bricolage, mais du bricolage qui permettait d'accueillir des gens qui étaient venus là par hasard." (5)
La contrepartie de cette casse historique d'une chaîne autrefois ambitieuse ce sont "des chiffres, des chiffres, oui mais des Médiamétrie". Avec en contrepoint cette chose sordide qu'on peut appeler en verlan Tchip, (very cheap) et qui donnera peut-être lieu bientôt à une journée grandiose sur la chaîne où des postulants à la création radiophonique viendront au casse-pipe avant d'être autorisés à la prochaine étape dite du "formulaire Cerfa" ! L'antithèse absolue du "Bureau des projets" qui, à jamais, restera dans la légende…

(1) Même si la même productrice ou le même producteur peut signer 3, 4 ou 5 docs dans l'année,
(2) Perrine Kervran pour "La Série documentaire", Christine Bernard pour "Une histoire particulière", "Toute une vie", Sonia Kronlund pour "Les pieds sur terre",
(3) Le mantra psalmodié pour vendre aux auditeurs "L'expérience" c'est juste de la com' bidon : "L’Expérience est un espace libéré des genres radiophoniques (magazine, reportage, documentaire, fiction...), qui s’en affranchit ou qui les mêle. C’est un temps d’expression du singulier."

(4) Ceux d'Alain Veinstein et de ses invités dans "Du jour au lendemain",
(5) À partir des témoignages recueillis, il semble que ce bureau ait fonctionné jusqu'en 1997 ou 1999. Après, il a aussi existé d'autres "lieux" où des projets qui ne trouvaient pas leur place dans une case pouvaient la trouver dans une autre.

Alain Veinstein, Photo L'Est Républicain















La dernière ! "Du côté du silence"… ("Du jour au lendemain"… 4 juillet 2014)

Rappel : cette émission censurée par d'Arvor n'a jamais été diffusée à l'antenne ! Suite à la manifestation des auditeurs elle a été rendue disponible sur le site de la chaîne, le lendemain 5 juillet. La journée rigolote et trop cool inventée par d'Arvor s'appelait "Chamboule tout" (sic) ! Aujourd'hui (février 2020) le lien d'export de l'émission est bridé !

mardi 18 février 2020

Le bureau des projets… Une légende ? (1)

C'est parti ! Je rassemble ici, pêle-mêle, la somme des entretiens que j'ai eus avec des autrices-auteurs, productrices-producteurs pour tenter de montrer l'évolution de la "décision pour validation d'un projet d'émission" à France Culture. La période couvre 1980-2020. Où l'on verra les évolutions de périodes où les artisans-artistes ou les artistes-artisans sont dans un rapport de confiance, de complicité créative et de "co-gestion" des projets. Mais tout ça c'était avant le drame. Avant que l'éditorial, sous forme de direction, vienne s'immiscer dans le cercle (des poètes en voie de disparition). Ou le début de la fin d'une forme artisanale de fabrique radiophonique. Et l'invention des formulaires à remplir en suivant une voie hiérarchique digne d'une administration sourcilleuse de la bonne circulation des Cerfa. Soit l'achèvement constaté de la mue de la radio publique.




Un jour d'octobre 2011, à la Gaité-Lyrique (Paris), Madame Treiner fut nommée directrice de l'éditorial de France Culture. Le sacre fut prononcé par Olivier Poivre-d'Arvor, directeur de la chaîne et Jean-Lux Hees, pédégé de Radio France (1). Les mots ont un sens. Les troupes n'avaient plus qu'à bien se tenir. L'éditorial dans une seule main (de fer), la besogne dans celles des productrices-producteurs, réalisatrices-réalisateurs, techniciennes et techniciens. Soit, ni plus ni moins que la dépossession formelle d'une part de la pensée et de l'élaboration d'une émission dans sa globalité. Une paille ! Une poutre dans l'édifice créatif d'une chaîne originale et singulière.

Pourtant la responsabilité d'Yves Jaigu, de Jean-Marie Borzeix, directeurs de la chaîne (2) était-elle moins engagée que celle de Treiner qui court après les chiffres quand les deux sus-nommés couraient après la culture. Toutes les cultures. Et faire prendre racine à la chaîne jusque dans les campagnes du "Pays d'Ici" ! Et puis avec ce coordonateur ou cette coordonatrice rencontré-e dans un couloir, échanger une idée, se reparler d'une aventure (3) qui commence à s'élaborer dans la tête (et déjà dans quelques formes de production) et avoir l'accord pour aller tourner. Sans autre forme de procédure lourde et fastidieuse.

Certaines-certains m'ont dit "On a commencé dans un bricolage joyeux, puis chemin faisant on s'est retrouvé dans une forme de compagnonnage. On était des artisans et des artistes. Il n'y avait pas de nomenclature à respecter. De l'échange informel, de la discussion orale individuelle ou collective, naissaient des projets. On fabriquait dans un mouvement d'entraînement collectif (le fameux compagnonnage). La direction, les responsables de programmes avaient confiance en nous, savaient qu'on engageait notre responsabilité d'auteur et celle de la chaîne. C'était un contrat moral tacite. Il n'y avait pas d'ingérence. On était libre de produire ce que nous avions, en équipe de réalisation, élaboré. C'était souple et simple. Stimulant pour la création."

Illustration pour le doc. de Sylvie Gasteau
"Âme te souvient-il ?" (2016), Fr. Culture

















Une autre atteinte à la création viendra de la diminution lente et progressive des producteurs tournants, que la directrice, Laure Adler (1999-2005) engagera sans modération. On tient mieux "ses" troupes si elles diminuent comme peau de chagrin. Plusieurs directeurs auront, à sa suite, la même inclination à "cerner de près" des producteurs qui, effet domino de leur diminution, aura pour conséquence la diminution de la diversité (de voix, d'angles, d'ouvertures, de sujets). Qu'il est loin (et oublié) le temps où J.M. Borzeix donnait "carte blanche" à Jean Couturier et Irène Omélianenko pour "Clair de nuit" (1985-1999, 1h, le samedi et le dimanche). Carte blanche ça veut dire sans le début du commencement d'une injonction éditoriale !

Et puis il ya eu ces rencontres fortuites, inattendues, surprenantes qui ont "spontanément" mis le pied à l'étrier à des autrices, des auteurs qui ont comme des écrivaines ou des écrivains produit des "essais" pour… essayer et, quelque fois, obtenir des prix prestigieux. C'était faire son expérience, sur la durée, soit l'exact contraire d'une émission au titre ambigu qui pourrait laisser croire à autre chose qu'un "one shot". Qu'un essai surtout pour tester la coproduction chère au directeur du numérique et de la production, Laurent Frisch !

Et puis aujourd'hui pour arriver à obtenir le "sésame" de la validation d'un sujet, les étapes pourraient ressembler à "Parcours Sup" que je traduirais ici par "Parcours supplémentaire pour justifier a priori d'une création radiophonique"… Avec un argumentaire écrit, le détail de la production et des modalités de réalisation. Un parcours "sans parole". Un comble à la radio !
(La suite, demain)

(1) On gravira une marche supplémentaire à la nomination par Mathieu Gallet, Pdg, de Frédéric Schlesinger (mai 2014), directeur éditorial des sept antennes de Radio France, 
(2) 1975-1984, 1984-1997,
(3) Qui pouvait même être aventureuse et donner de sacrés bons résultats…

lundi 17 février 2020

La fabrique de l'histoire… de la radio !

Alors voilà, hier dimanche, tout se passait bien. Grosse tempête à tribord, Damia à babord. Depuis vendredi, j'enquêtais minutieusement en vue d'un billet solide à publier ce lundi. Et voici que, tel l'archiviste fou, j'accumule des témoignages solides qui vont étayer mon postulat et renforcer quelques convictions sur la modernité absolue d'un mot de cinq lettres, annonciateur définitif du changement d'ère (sonore) dans laquelle nous venons définitivement d'entrer ! Mais, à cet apport massif d'informations utiles, il m'est indispensable d'associer un petit temps de décantation car ça bout, ça remue, ça chavire ! Ne reculant devant rien pour ne pas vous laisser, ce lundi, hagard et sans lecture, je vais, façon gonzo, vous raconter par le menu le off de ma quête qui, à la différence de Don Quijote de la Mancha, ne cherche pas/plus l'inaccessible étoile !

Pierre Chevalier, créateur de "Sur les docks", Fr. Cult.

















Si, il y a neuf ans, aux débuts héroïques de ce blog, modeste et génial, j'avais simplement eu l'idée d'une telle recherche, j'aurais très vite constaté que ma culture encore trop parcellaire de la radio (et mon très minuscule "carnet d'adresse") ne m'auraient jamais permis d'écrire autre chose qu'un bafouillage pour le moins léger. Tandis que là, fort de ma conviction j'appelle Marceline, Paule et Jacqueline (1) et je me régale. Pourquoi ? Je m'en vais vous le dire aussitôt !

Je me régale parce que les histoires qu'on me raconte, les époques (1980-2020), les personnes évoquées, je les connais. Je peux recoller les morceaux quand il manque des bouts, des noms, des situations. La grande histoire de la radio se tisse, se retisse, se développe. Le puzzle se construit à la mesure des mots comme des anecdotes. À la mesure des émissions évoquées et à celle des personnages qui ont participé de la légende (2). Josette, Alain, Pierre, Sylvie, Irène, Alexandra, Michel, Laura, Bertrand, Jean-Marie, Jean, Geneviève et bon nombre de ratons-laveurs (3). 

C'est un moment de grand bonheur de raconter, de se-raconter à deux, trois, dix voix l'histoire microscopique de la radio qui n'en finit pas d'en fabriquer la grande ! Et, alors que tout s'enchaine, s'imbrique, se construit on sent venir le trou béant, le précipice, le vide sidéral qui au début des années 2010 forcera la mue d'une radio publique aujourd'hui malmenée, déchirée et précipitée dans une forme de néant ou de négation de l'avant.

Vous le lirez demain, dans une si grande maison se fabriquait une radio artisanale avec sa part d'essais, de tâtonnements (expérimentaux, aurait dit Célestin Freinet), d'aventures et d'inventions créatives. Mes interlocuteurs n'ont dit "que" ça. Il n'y avait pas de "culs de bus" promotionnels, de kakemonos géants à la gloire de vedettes peoples, de chiffres d'audience psalmodiés à l'envi, d'adorations indécentes d'idoles de pacotille. Il y avait des contenus, des sons et des voix. Sans que ces voix aient besoin en permanence de monter sur la table pour, comme aujourd'hui, "vendre leur soupe".

Nous avons refait le film. En 16 et en 35mm. Quelques fois en Dolby stéréo. En essayant de comprendre comment on en était arrivé là. Comment et pourquoi ?
(À suivre)

(1) Les prénoms ont été changés…
(2) Ce mot vous sera utile demain quand j'entrerai dans l'histoire (pas moi bande de fadas, dans l'histoire que je vous conterai !!!),
(3) Tous les prénoms n'ont pas été changés…

dimanche 16 février 2020

Le bon plaisir de la radio… Damia (23)

Aujourd'hui quelques archives récentes et le joli documentaire d'Arte de Daniel Bernard vous remettront en lumière Marie-Louise Damien, dite Damia. Bien sûr ces chansons réalistes disent quelque chose d'une l'époque qu'elles ont dépassée pour s'inscrire dans la mémoire collective. Damia c'est aussi l'émotion d'une parole populaire avec sa part de tendresse et de mélancolie.

Damia














mercredi 12 février 2020

P.I.T.C.H.

Benoît Bories a eu beau alerter la communauté radiophonique francophone, rien n'a empêché qu'une séance de "Pitch" ait lieu lors du dernier festival "Longueur d'Ondes" à Brest (4-10 février). Le gotha "tendance" de l'éditorial fit office de jury. J'ai délibérément refusé d'assister à cette séance. Pour autant j'ai pu recueillir les commentaires de plusieurs personnes qui y ont assisté. La remarque la plus souvent reprise "C'est "The voice" sans les fauteuils tournants". Où l'on voit comment la télévision une fois encore s'est infiltrée par effraction dans les cerveaux disponibles et comment la radio et les éditeurs sonores se prêtent à ce jeu qu'à la fête foraine on appelle le "tir au pigeon", le "casse-pipes" et dans quelques campagnes reculées le balltrap.


Processus
Ce processus est sidérant. Bories : "Si je grossis à peine le trait, je dirais que le pitch est le développement néolibéral de la note d’intentions". Nous voilà avertis. K.O. debout ! Un festival de promotion de la radio a donc répondu aux sirènes les plus "mainstream" pour jouer avec une sélection d'autrices et d'auteurs tentant de faire éditer leur première œuvre ou celle qui leur tient à cœur. On aurait pu imaginer qu'ils bénéficient de bienveillance de la part de "professionnels de la profession" : éditeurs ou autrices et auteurs. On aurait pu imaginer au lieu qu'il y ait une gagnante ou un gagnant, que chacun reparte avec des conseils, des pistes de développement, des encouragements. Au lieu de quoi le spectacle (ouvert au public) a remplacé la recommandation. 
Misère absolue de ce jeu de massacre.


Intempestif
On imagine facilement que ce "Pitch" vulgaire et tendance va envahir toute la société. Pour obtenir un prêt bancaire, un emploi, une "promotion" et/ou une place pour faire partie du premier équipage sur Mars. Autant dire que la pollution du mot va être massive et donnera très vite envie de gerber. Il va s'en dire que toutes les autrices et auteurs sonores vont être confrontés à cette sélection digne de l'abattoir. Ce processus flippant va devenir un modèle, une norme, un acquis (pour qui ?) incontournable où la dilution de la pensée, la disparition de l'argumentation développée seront les nouvelles formes d'accession à la création.
Misère totale du procédé.


Temporaire
Temporellement le mot "Pitch" s'entend dans la TV, dans les talks-show et chez quelques communicants post-pubères. C'est un mot à agiter pour casser toute tentative d'exposé et d'argumentaire. Un genre de post-it sonore où s'inscrivent trente mots-clefs, six phrases de cinq mots et quelques interjections tendance comme "oups" et "du coup". Le temporaire vise l'incrustation durable.
Misère dégradante de l'écriture.


(de) Concours 
Le truc qui infantilise, qui une fois de plus sublime le podium, qui impose une hiérarchie au "mérite", qui césarise, qui oscarise, qui ridiculise ceux qui n'en sont pas, ceux qui repartent bredouilles. Ceux qui ne veulent pas être dans cette course-là, cette façon-là.
Misère au goût amer de la médaille en chocolat.


Hystérique
Jusqu'où la reproduction des modèles dominants ? Jusqu'où les puissants qui jugent, attribuent, imposent ? Jusqu'où les "faibles" qui travaillent, recherchent, créent ? Jusqu'où la facétie du spectacle ? Jusqu'où l'enfermement dans des stéréotypes absolus ? Jusqu'où cette écoute biaisée par des statuts de stars, de peoples, de "premiers de la classe" ? Jusqu'où cette absence d'égalité pour partager sereins, des sons, des voix, des idées ? 

Jusqu'où ces pitcheries ? Jusqu'où ?