lundi 20 mai 2013

La radio publique en mai 1968…












"En 1968, l’ORTF était en grève, télé et radio publiques muettes. Pour vivre en direct, minute par minute les événements du Printemps, les Français avaient donc l’oreille collée aux radios « périphériques », Europe 1 et la toute jeune et la toute jeune RTL. RTL, petite sœur de Radio Luxembourg." (1) Je me souviens très bien de tout ce que j'ai fait en mai 68, et particulièrement que je n'ai pas du tout écouté la radio. De fait, France Inter était en grève, silence radio, pas de ruban musical, et encore moins de play-list…

Pourtant le 20 mai, la radio parle aux français…


En ce mois de mai, les deux radios périphériques, RTL et Europe n°1 sont sur les barricades, à tel point que le préfet de police fera savoir à Jean-Pierre Farkas, directeur de l'info de RTL "Dites à votre ami Farkas de cesser de radioguider les manifestants, il nous complique la tâche.(2) En 2008, RTL a donc commémoré les "événements", en proposant un player avec onze sons d'archives (3). Europe 1, plus chiche propose 2'36" de sons d'archive du 10 mai. C'était bien la peine de se taper sur la poitrine et de crier "victoire" à l'information en continu (4).

Le 22 mai 1968, sur France Inter, "le programme de "musique ininterrompue" est interrompu" par un journal de 34'…

 
On pourra lire : "Mai 68, un entre deux dans l’histoire des médias et de la
radio en France", Jean-Jacques Cheval (GRER)

(1) Hervé Béroud, directeur de la rédaction de RTL, sur le site de la radio en avril 2008,
(2) in Acrimed
(3) Nous aurions aimé qu'RTL.fr ajoute une fonction export à son player !
(4) Rappelons que les archives d'Europe 1 sont en cours de numérisation et absolument inaccessibles…

dimanche 19 mai 2013

Là où finit la terre…

Île Molène






Il m'arrive de lancer une bouteille à la mer dans les archives de l'Ina, pour y trouver des choses… INAttendues. Hier, avant de mettre le cap sur La Manche, ma recherche était aussi vaste que la chanson de Charles Trenet… "La mer". Et vous ne serez pas surpris, parmi les différentes propositions, j'ai sélectionné l'archive "Là où finit la terre"… parce que ça me parle au cœur. Hors, il se trouve qu'il ya une dizaine de jours j'étais chez une amie fondue de radio, fondue d'archives, fondue de mer. Le document Ina (dont vous pouvez entendre un extrait ci-dessous) date de 1958. Je décide de tenter ma chance auprès de cette amie, aucazou !

Elle consulte dans son ordinateur, son index, régulièrement mis à jour, et trouve un enregistrement "Là où finit la terre", avec comme observation "achetée à la foire St Michel, Brest, 1973". (1) Elle file dans sa bibliothèque, trouve le petit boîtier plastique et me propose de venir illico.

Vous pouvez imaginer que l'écoute a été un moment tendu, avec l'inquiétude que la bande magnétique se déroule en dehors de son boîtier, que le son s'interrompe ou qu'il soit très altéré par la "vieillesse", voire inaudible. Les voix sont caractéristiques de l'époque, graves et solennelles. La lecture des dictons qui ouvre le documentaire "noircit le trait". "Qui voit Molène voit sa peine…"  On est dans le noir, la solitude et l'absence. Les veuves et les familles dans le deuil "permanent". Entendre un message de "Radio Conquet" et retrouver l'accent des femmes. La voix du narrateur, au ton de tragédie, pour évoquer les naufrages et autres échouages rituels des gens de mer ou de ceux de la côte. Les cimetières de bateaux. Et puis le mythe des îliens naufrageurs, le marquage des épaves rendues sur grève, les prières pour que "ça vienne de temps en temps", et le "don de Dieu" quand ça vient. 

Et le narrateur d'ajouter "et même leur radio n'est pas une radio comme les autres", (en référence à Radio Conquet), et en une jolie formule "le forum des îles c'est la café" (bistrot). 

J'étais avec eux à Molène, avec mes amis goémoniers ou dans le bistrot d'Erwan. J'étais un peu comme à la veillée quand Fine ou Job repassaient le passé. Ma bouteille à la mer n'avait pas mis longtemps à s'échouer sur la grève du Ledenez, l'ilôt de Molène aux vieilles baraques de goémoniers. Les ondes de 1958, elles aussi, avaient fini par "s'échouer" dans nos oreilles, comme la mer, la radio toujours recommencée.

(1) Comment, un tel documentaire de 1958 a pu lui aussi s'"échouer" sur une cassette audio, qui finira par être vendue par un enfant, dont elle se souvient qu'il n'avait pu, ni rien lui en dire, ni même lui avoir fait écouter… Elle même ne se souvenait plus du tout de son contenu.


 

samedi 18 mai 2013

Vous avez loupé (17)…

Un praxinoscope © Patrick Straumann













Voilà, pour ce samedi le retour du "Vous avez loupé" mélangé à un peu de florilège… Vous pourriez commencer par un tour de manège, ce mot a pour moi un pouvoir d'évocation extraordinaire. Pas tant pour l'attraction que pour la musique, ou pour le texte de Laura Alcoba. Il pourrait y avoir de l'enfance à courir dans le jardin du Luxembourg, à Paris, avec sa part de rire et sa part de mélancolie.

 
Mais pendant que la Cannes se métamorphose et se mue en cet immense Barnum avec hurleurs, équilibristes et autres clowns, il est quelques producteurs à France Musique qui savent dénicher sous le sable de la croisette "Les chansons du cinéma français". Thierry Jousse expert en "Cinéma song" nous donne à entendre quelques jolies choses qui ne tournent nulle part ailleurs. Montez sur le manège avec Anna Karina, Annie Girardot, Brigitte Bardot, Helena, Marie-France, Juliette Gréco, Nicole Croisille, Nico, et faites tourner la musique. Vous n'êtes pas prêts de redescendre… sur terre, si, avec Brasseur et Karina, vous reprenez en chœur  "La vie s'envole" (1).  

(1) Comme il serait bien là, l'hypothétique player de France Musique !

Ivre de vent et de légèreté, il ferait bon se poser dans une salle de cinéma rénovée. "Le Louxor", par exemple pour sa "gueule d'atmosphère" d'Égypte… mythifiée.



La radio filmée (2)
Comme quoi les archives de l'Ina () sont encore plus riches que la caverne d'Ali Baba. Je cherchais à vous proposer un son de Cannes, quand j'ai trouvé un "Masque et la plume"… filmé. Et filmé pour qui, pour FR3 !! Diantre, cela voudrait donc dire qu'en 1976 s'installait une certaine concurrence entre les deux médias, l'audio et le visuel. Quand donc ces "Masques" étaient-ils diffusés à la télévision ? Combien de temps l'affaire a t-elle duré ? Mes chers auditeurs, vos souvenirs m'intéressent.

Demain dimanche à 18h, une madeleine à la mer…

 

Et puis les Suisses sont moins stressés que les français, ils honorent le centenaire de la naissance de Charles Trenet le jour de sa naissance et pas dix jours avant… Clap à Benoit Duteurtre sur France Musique dans son "Étonnez-moi Benoît" du jour.

vendredi 17 mai 2013

Passionnant…

Il est assez rare que je mette en tête de chacun de mes billets ou articles un player de réécoute et bien une fois n'est pas coutume… je vous propose de commencer par écouter.



Passionnant, pourquoi ? Hier je vous proposais de prendre la mesure de la Révolution avec Christophe Prochasson et Jean Lebrun, aujourd'hui la mesure de la crise avec Pierre Rosanvallon. Comme si, en cette période troublée et incertaine, en pré-chauffe (et pas qu'au Trocadéro), les élites (et la presse) étaient sur le qui vive… L'analyse de Rosanvallon est à écouter et puis à méditer cette pensée d'Yves Bonnefoy, qu'il cite, "Le rôle de la poésie c'est de rendre le monde plus présent". Poètes sortez du bois ! Sous les pavés la poésie.

Puisque j'évoque les pavés, le 15 mars 1968, Pierre Viansson-Ponté écrivait en une du Monde : "Quand la France s'ennuie", titre prémonitoire s'il en fût quand, sept jours plus tard, "l'étincelle de la "révolution de mai" s'est allumée" sur le campus de l'université de Nanterre. Viansson-Ponté concluait "On ne construit rien sans enthousiasme. Le vrai but de la politique n'est pas d'administrer le moins mal possible le bien commun, de réaliser quelques progrès ou au moins de ne pas les empêcher, d'exprimer en lois et décrets l'évolution inévitable. Au niveau le plus élevé, il est de conduire un peuple, de lui ouvrir des horizons, de susciter des élans, même s'il doit  y avoir un peu de bousculade, des réactions imprudentes."

Viansson-Ponté avait parfaitement senti l'état de la France. Rosanvallon aussi. Plus tard ce sont d'autres émissions d'histoire qui parleront de 2013.

Mais au titre de l'histoire se replonger dans l'histoire de Libération en dit long, à sa façon, sur l'état de la France depuis 40 ans.

 

jeudi 16 mai 2013

Flamboyant…









L'affaire se passe à une heure de grande écoute. Chaîne publique. Le producteur/animateur de l'émission est connu. Mais dès le début de son émission, qui commence par une archive, on sent une "tension" pour engager un sujet qu'il connaît et maîtrise. Son "intro" est carrée, pensée, pesée et… écrite. Ne s'agit pas là de "faire la danseuse" et de résumer goguenard une quatrième de couverture promotionnelle. 

Il fait, comme celui dont il sera question, "claquer" ses phrases jusqu'au moment de saluer son invité. Il savoure particulièrement de mettre ce dernier face à celui qui va faire l'objet de l'émission, particulièrement parce que son invité n'a ni la même analyse, ni le même parti-pris, ni même le même engagement politique. Du billard. Voilà la tension. Tenir son affaire. Ne pas déborder en conjectures futiles. Le sujet rien que le sujet. L'invité est connu dans son milieu. Il répond aux "injonctions" du producteur avec clarté, précision et discernement. Le producteur ne lâche rien. Il pousse loin son invité et attend qu'il s'engage, se dévoile et donne les clefs des différentes écoles de pensée. Les questions fusent sans le moindre temps mort. L'invité doit se situer, situer celui dont on parle et montrer que des approches différentes et complémentaires nourrissent la pensée.

L'émission sait évoquer des sujets "graves", solides, plus légers et même quelquefois carrément dérisoires. Enfin "dérisoires" dans le titre, le sujet mais jamais dans sa conduite, pour toujours en faire une émission de très bonne tenue. Du billard, vous dis-je ! Le producteur tient son sujet d'aujourd'hui avec poigne, ça s'entend jusque dans son ton, plus "sec" que d'habitude, ne voulant rien perdre des secondes qui passeraient pour "rien". L'invité joue le jeu, à la limite de la complicité, du sourire, voire même d'une certaine connivence. J'aurai tendance à dire "il connaît l'oiseau". Cette joute intellectuelle est, pour l'auditeur qui aime le sujet, un vrai moment de radio. Elle oblige à une concentration absolue pour une écoute très fine.

Si l'invité, citant celui dont il est question, dit "Une œuvre, c'est une question bien posée", s'appliquant alors à la radio, on élaguerait bien vite ceux qui s'évertuent chaque jour à poser les mauvaises questions… Et s'agissant de ce producteur on voit bien qu'il a sa place chez les bons "questionneurs". Le florilège des bonnes questions posées ce jour-là ont rendu l'émission passionnante.

Une archive passe. S'en suit une liste prestigieuse de personnalités qui ont œuvré aux mêmes causes que celui dont le profil est évoqué. En cascade ces noms renvoient à des cercles intellectuels à la thématique connue, qui en leurs temps se sont rangés derrière une option politique pleine d'espoir, en mettant leurs talents respectifs au service de la cause. On est captivé, on marche dans l'affaire, certains ont du faire leur miel, d'autres leur pelote. Et d'inviter (en archive) un homme politique de premier plan, un des rares aujourd'hui à avoir cette culture-là (1). Le reste de l'émission sera de la même veine, l'invité affirmant ses convictions, tout en justifiant une vraie reconnaissance pour celui qui ne partageait pas les mêmes analyses que lui. Une émission excellente et brillante. À collectionner !

Voilà, mes chers auditeurs, je n'en dirai pas plus. 

Demain, la "suite" qui fera pendant à ce billet aura pour titre "Passionnant"…

(1) Savoureux de constater que l'interview a été réalisé par un producteur aussi très féru de la spécialité évoquée, mais sur une autre chaîne du service public.

 

mercredi 15 mai 2013

Comme ça au passage…














Ce matin j'avais décidé d'écouter "en direct" l'invité de la matinale de France Culture, Pierre Lescure. (1) Lescure est toujours aussi captivant, précis, pédagogique et calme. À son affaire pour défendre le rapport "Acte II de l'exception culturelle" qu'il vient de remettre au Président de la République… Pas question d'en parler ici, vous (ré)écouterez ici ! Et une synthèse là.

Mais j'ai bien écouté Lescure, quand sans crier gare, il a cité une tribune sur le cinéma que Nicolas Philibert venait de signer dans Le Monde (2). J'y cours aussitôt. Le titre de la tribune est explicite "Ne laissons pas la loi du plus fort priver d'écrans le cinéma indépendant", et je partage, ô combien, les préoccupations de ces cinéastes qui doivent faire face aux pieuvres que sont les majors (3). Mais d'évoquer Philibert me rappelait que très récemment Cahuzac l'avait "tuer" (4). En effet, le 2 avril la matinale était consacré au séisme, au tsunami, à l'apocalypse que venait de déclencher, la veille, l'homme capable de "mentir les yeux dans les yeux". Làs ! Exit Nicolas Philibert qui devait venir parler de son film "La maison de la radio" qui sortait le lendemain sur "tous" les écrans de France.

Pourquoi pas ! On imagine les railleries si France Culture était passée à côté de l'affaire ! Ah bon et pourquoi ? La matinale aurait pu être divisée en deux parties, mais reconnaissons volontiers que Cahuzac et son chapelet de gros sous méritait le traitement habituel fait aux invités. Pour autant, même si Philibert a pu ce jour là écumer les rédactions (France Info, Le Mouv', France Inter) (5), on se demande pourquoi quelques jours plus tard le documentariste n'a pas été réinvité ?

Marc Voinchet, anchorman de la matinale, connaît bien le cinéma et se serait fait un plaisir de parler cinoche avec Philibert et j'aurai beaucoup aimé entendre ce dialogue, pour voir si Voinchet, dépassant "la promo France Culture", aurait posé les termes de la critique cinématographique. Est-il trop tard ? Que non ! Et quand bien même le réalisateur ne reviendrait pas, pourquoi ne pas inviter ceux pour qui le film a été fait, les auditeurs de radio.

Alors Marc Voinchet seriez-vous prêt à recevoir dans votre matinale, pour parler de "La Maison de la radio" trois auditeurs qui ont la particularité de bien connaître la radio ? Hervé Marchais anime le blog "Le Transistor", Étienne Noiseau "Syntone" et ma pomme, celui sur lequel vous lisez ce billet. Deux d'entre nous ont écrit sur le sujet (6). Mais je n'ai entendu nulle part sur les chaînes du service public, l'avis des auditeurs. J'en ai recueilli quelques-uns.

Vous pourriez même insister pour que Philibert soit présent. La contradiction ne pouvant pas lui faire du mal à entendre. Car à part Libération (7), la presse à crié au génie, au prétexte que les "images auraient sublimé les voix". Oumpfff. Ce n'est pas notre avis. Mais rassurez-vous nous n'évoquerons pas celles du couloir aux parapluies, du garage de la flotte de véhicules siglés Radio France, pas plus que le runing-gag, pesant, mettant en scène Marie-Claude Pinson. Non, on vous donnera quelques points de vue de spectateurs de cinéma, auditeurs attentifs de radio.

Alors Marc Voinchet, banco ? Une dernière chose vous avez reçu Pierre Lescure dans un studio de radio, pourquoi n'avoir rien dit de sa période radio à RTL, RMC ou Europe 1 ? Ç'aurait été raccord, non ? Lui, quand il parle de radio, il n'a pas oublié : "Souvent aussi je m'endors avec "Les nuits du bout du monde" de Stéphane Pizella, diffusées sur Inter Variétés…" (8)

(1) L'invité pas le reste.
(2) Daté 8 mai, par un collectif de Cinéastes, membres de l'Association du cinéma indépendant pour sa diffusion (ACID),
(3) "Prenons la semaine du 13 février. Sur les 5 600 écrans que compte l'Hexagone, 4 693 étaient monopolisés par dix films. Avec un tel taux d'occupation, pas étonnant que ces films se retrouvent en tête du box-office",
(4) Pour l'orthographe se reporter au billet de dimanche 11 mai 2013,
(5) Pas bégueule Le Mouv', pourtant absente du documentaire ! 
(6) Voir ici, et les trois billets qui se succèdent ici et ,
(7) Philibert a refusé de répondre à Slate,
(8) in "In the baba", Pierre Lescure, Grasset, 2012, 

mardi 14 mai 2013

Succulent Gilles Jacob…




Le dandy Jacob joue et rejoue avec les mots et les évènements. Sa petite ritournelle sur Chabrol, lue ce matin par Christophe Bourseiller dans la matinale de France Musique, nous transporte ou nous renvoie vers tant d'images du cinéaste, qu'on imaginerait bien un petit film off, Super 8 couleur, sautillant des années 60, caméra tenue par Jacob et grand bon rire chaleureux d'un sacré Chabrol si humain.

"Je me souviens de faire chabro, et aussi de Fort Chabrol, je me souviens de Claude, un ancien légionnaire, une école de village, un gâteau de mariage, une grotte aux stalagmites, un briquet révélateur, une tartine d'enfant à la confiture de sang, un couteau à découper, une musique atonale, une institutrice adepte du yoga, un boucher jovial qui fait sa cour avec des bouquets en gigot, deux ou trois scènes d'horreur, une province balzacienne, et une fin rédemptrice, Le boucher, Chabrol à son meilleur".

in "Les pas perdus", Flammarion