jeudi 23 février 2017

Passé les bornes y'a plus de limite…

Ce titre je l'ai emprunté à celui de l'émission hebdomadaire qu'animait Gérard Lefort sur France Inter (1), dans la joie et la bonne humeur et un certain délire créatif. Si Mehdi Meklat se revendique créateur artistique pour justifier l'innommable sur le compte twitter de Marcelin Deschamps, il nous faut bien constater que, là, les bornes ont été dépassées à la limite de l'abject.


©RogerWade















Hier matin, alors que les indignés-soutiens de Mehdi Meklat s'enfonçaient à élever le kid au statut de nouveau romantique et à absoudre toutes les fautes de ce diable-là, on est enfin sorti de la roucoule, de la parade, de l'infamie, du tour de passe-passe, de l'esquive, de la posture de l'autruche, de la demi-teinte, du mou, de la complaisance, du réflexe de caste, de l'absence de rigueur morale et intellectuelle, du renoncement désespéré et délirant à la juste dignité.

En effet mardi, il avait fallu supporter entendre sur les ondes (2) la super-groupie des kids (3), Pascale Clark, enfilant les perles et tricotant une légende bien lisse minorant ce qui parait-il s'entendait partout, comme elle l'écrit sur son compte Twitter "Les comiques font ça à longueur d'antenne et tout le monde applaudit." Pour autant France Inter ne pouvait pas, ne devait pas être Grosjean comme devant. Et puisque les médias étaient "éclaboussés" Sonia Devillers, productrice de L'Instant M sur France Inter, était bien placée pour ne pas transiger et dire tout haut ce que d'autres refusaient même de dire tout bas.




Sur le modèle des avanies politiques en cours, si on a un double maléfique où une phobie administrative, on pourrait donc au gré du laxisme ambiant disposer d'une immunité, particulièrement si, dans l'autre vie, l'autre rôle, l'autre statut, on est un agneau romantique. C'est ce que voulait défendre Clark au micro de Bruno Duvic comme sur son compte twitter, "À l'antenne Mehdi ne fut que poésie, intelligence et humanité". Et alors ceci excuserait-il celà ? Dans le monde de Pascal Clark oui visiblement.

Le chouchou des médias fut donc confronté, au réel de sa duplicité, de devoir assumer sa part de sordide, d'immonde et d'insupportable. N'en déplaise à Clark et ses postures morales à géométrie variable. La géométrie de la dignité a pris le pas sur celle du fatalisme et de la résignation. Slate, Le Monde, Europe1, Integrales, Causeur… Christiane Taubira ont remis les pendules à l'heure. 

Le kid a tombé le masque. L'horreur crue est apparue sous le ridicule d'un avatar grossier. Mais le kid n'en était plus un depuis longtemps et avait, surtout, passé l'âge de faire des (mauvaises) farces.

(1) Le samedi, de 1990 à 1996,
(2) Dans le journal de 13h de France Inter de Bruno Duvic,
(3) Nom que donnait Pascale Clark, productrice à l'époque sur Inter, à Mehdi Meklat et Badroudine Saïd Abdallah dit Badrou, chroniqueurs dans ses émissions.

mercredi 22 février 2017

Fip à l'italienne…

En "bon" auditeur de radio j'avais programmé d'écouter le "C'est Magnifip" d'hier consacré aux musiques italiennes. 20h j'étais sur le pont, prêt à ne rien faire d'autre qu'écouter. Mais voilà, la manie de faire partager l'écoute prend le dessus et, je commence un Live Tweet furieux… L'émission achevée l'auditeur satisfait part sans doute retrouver ses plumes et son oreiller. Le blogueur consciencieux part retrouver sa plume et son clavier…























Cette pochette de 33t ci-dessus (1) résume cette soirée Fip et c'est surtout celle que j'ai envie de retenir. Je n'écoute pas les soirées thématiques de cette chaîne même si la programmation est de qualité. Mais pour l'Italie je suis prêt à tout et surtout à prendre les bonnes ondes pour partir en voyage instantanément. Et si ça commence par "Svalutation" c'est la bonne accroche. J'ai un peu envie de le dire à la terre entière… et je l'écris avec mon oiseau bleu. 


Et comme d'hab' la musique ne peut pas ne pas croiser le cinéma italien, ou croiser une actrice italienne. Sophia Loren/Peter Sellers interprétant "Tu vo fa l'americano". On virevolte dans une "dolce vita" recomposée, magnifiée pour se la jouer même sans Anita Ekberg et Marcello Mastroianni. On se prend les années 60 et 70 aux tripes "24 Mila Baci", Little Tony. au cœur "Una lacrima sul viso" Bobby Solo. Au glamour radical "Se bruciasse la città
Massimo Ranieri. Aux étés amoureux "Storia d'Amore", Adriano Celentano. À la grâce absolue "Il nostro caro Angelo", Mina.


L'Italie est bouleversante et déclenche sans prévenir les frissons pour la langue, celle qui s'enroule sur les notes, les notes qui s'enroulent sur les mots, les mots qui s'enroulent sur la langue. Les émotions se télescopent au point de ranger au vestiaire les scories qui nous bouffent la vie. La radio a toujours eu ce pouvoir de diversion. Ce pouvoir magique de changer d'air… tout en gardant la chanson.


La musique est une communauté universelle. Des ondes universelles, Des émois et des vibrations sans cesse renouvelées. Sur Twitter on peut assez vite se reconnaître et parler la même langue, même si on peste de ne toujours pas parler l'italien. Mais, pour moi, à la radio l'indépassable restera les compères d'Easy Tempo, Thierry Jousse et Laurent Valero qui, depuis douze ans que l'émission existe sur France Musique, ont creusé le sujet, avec talent et brio.


Il est doux de rappeler à l'italienne qui passe qu'à l'été 2013, Laurent Valero nous proposa les samedis de juillet un "Boulevard des Italiens" assez magique pour que vous ayez envie d'aller y tendre l'oreille. Mais ce soir c'est "Allez viens" (Via con me) par Pierre Santini et Lada Redstar qui donne envie de prolonger le voyage, de tout réécouter via les vidéos You Tube, de s'engager dès demain à réécouter l'émission.

Et, avant d'essayer d'aller dormir, prendre au vol de l'oiseau bleu le conseil de l'Italienne…





(1) Vinicio Capossela, album Amera a sud (1994) et le titre diffusé "Che cosa é l'amore",

lundi 20 février 2017

Au loup Joffrin… et aux auditeurs-moutons qu'on plume !

Interpellé jeudi dernier sur Twitter pour écouter, Henri Maler, fondateur d'Acrimed (Action Critique Médias) dans la matinale de France Culture et, malgré toutes mes réticences pour cet "entonnoir politique" du matin, je lançais l'écoute. Beaucoup plus favorable, à priori, à l'analyse d'Acrimed qu'à l'animation invraisemblable d'Erner le matinalier qui, au bout de 18 mois, n'a toujours pas réussi à être crédible.













L'entretien démarre en mettant en exergue la parole (ronflante et sentencieuse) de François Fillon qui prêche pour une plus grande investigation de la presse pour débusquer les pratiques frauduleuses des politiques, on se pince. On se demande si ce reportage date de l'époque de sa première communion et on découvre, béat, qu'il est du 2 septembre 2016. Une fois de plus un politique, et non des moindres, montre le mépris qu'il a pour la mémoire de ses concitoyens.

Maler sur "l'Affaire" déclare : "… Les journalistes politiques se transforment en journalistes sportifs. Ils commentent les sondages ! C'est affligeant. Il y a une misère du journalisme politique qui vit dans un microcosme et dans un entre-soi permanent qui est tout à fait dommageable."
Erner : Justement, quel regard portez-vous sur cette campagne ?
Maler : Je viens de vous le dire !

Et bam ! Une fois de plus Erner a perdu une bonne occasion de se taire ou plutôt de poser une question qu'il n'avait pas préalablement prévu de poser. Amateurisme quand tu nous tiens. Maler : "… Pousser le journalisme politique à un tel degré d'ignorance, c'est quand même beaucoup. Le journalisme politique est autant refermé sur lui-même que les politiques eux-mêmes." Et là, on imagine bien Treiner (directrice de la chaine) et la rédaction se haussant du col et se disant "Ce n'est pas de nous qu'il parle.

Puis Maler évoque "la dépendance collective des rédactions vis à vis de l'actionnaire" (privé ou public). Public ? Maler, adroitement, enverrait-il un pavé dans la mare ? Quelle peut-être l'indépendance des rédactions de Radio France à l'égard de leur tutelle ? Maler poursuit "Il traine dans les rédactions le management d'entreprise." Bigre "le management d'entreprise" ? Non ? (1) "…Toutes les techniques de néo-management sont appliquées aux entreprises de presse" poursuit Maler, sans qu'Erner imagine un seul instant pouvoir être concerné.

Maler : "… Trente mille journalistes en France et, ce qui domine la profession c'est l'éditocratie, avec [des journalistes, ndlr] omniscients et spécialistes du commentaire." C'est marrant, ça me rappelle un certain Brice Couturier qui a son rond de serviette permanent à France Culture. "Le journalisme de commentaire écrase le journalisme d'information." Fin de la première partie.



Et on se pince encore quand on découvre que l'invité de cette deuxième partie n'est rien moins que Laurent Joffrin, éditocrate parmi les éditocrates, ex-membre du cercle libéral "Le siècle", directeur de Libération, liftier parmi les liftiers puisqu'il a passé sa vie professionnelle à faire des allers/retours entre Libération et feu Le Nouvel Observateur, devenu depuis l'Obs.

Si les journalistes de la rédaction de France Culture ne participent pas au choix de l'invité d'Erner dans sa matinale (2), ils feraient bien de ne pas apparaitre sur les pubs de la presse papier qui laissent entendre qu'ils sont partie prenante de ladite matinale. Erner a fait le choix de la facilité, pathétique et misérabiliste, d'inviter Joffrin ! Comme si, parmi les 29 999 autres journalistes de la place, il n'y en avait pas un pour se confronter à Maler. Erner et Joffrin ne se lassant jamais de citer Bourdieu, et les phénomènes de reproduction que le sociologue ne manquait jamais de dénoncer, on constate qu'ils reproduisent parfaitement une maxime "déontologique" suprême qui a fait florès : "Faites ce que je vous dis mais ne faites pas ce que je fais". Chacun des deux bateleurs se chargeant de l'appliquer à la lettre.

S'en suivent des échanges désastreux qui ont permis, in situ, de mettre en lumière la "méthode Joffrin" démontrée et prouvée par Maler qui, avec beaucoup de patience et de rigueur morale a supporté le fat et sa roucoule. Un Joffrin, narquois, méprisant, désagréable, sentencieux, arrogant, d'une malhonnêteté intellectuelle crasse, qui a gâché un entretien mettant en lumière les méthodes détestables d'un "quatrième pouvoir" corrompu par son idéal infini à se mettre en scène et à pavaner, plutôt que d'exercer un contre pouvoir indispensable à une démocratie, elle-même plus ou moins corrompue.

Alors je dirai Maler oui, Joffrin non. Et je veillerai dorénavant à ne plus jamais me laisser prendre au piège d'une annonce Twitter qui, derrière ses cent quarante signes cache la médiocrité d'une matinale, à l'animation douteuse et à la qualité culturelle désastreuse. CQFD.

On lira ici le compte-rendu de l'"échange" Maler/Joffrin par Julien Salingue d'Acrimed.

(1) On notera ici la totale indépendance d'Erner qui se garde bien de rappeler que le projet stratégique de Mathieu Gallet, Pdg de Radio France, est justement le management de cette entreprise, qu'avec son n°2, Frédéric Schlesinger il s'emploie à manager. Jusqu'à créer, et ce n'est qu'un début, une seule rédaction des sports pour l'ensemble des 7 chaînes du groupe,
(2) "Les Matins, Guillaume Erner et la rédaction de France Culture".

dimanche 19 février 2017

Manège d'été à France Musique… (25/35)











Pendant deux mois, cet été 2016, Laurent Valero et Thierry Jousse, séparément, nous ont offert deux heures quotidiennes de petits bijoux musicaux. Deux heures, de dix-huit à vingt heures, qui passent, fuient et puis, le vingt-six août c'est fini. Mais c'est quand même pas possible de laisser s'envoler une telle richesse dans l'éphémère. Alors, comme je l'ai fait moi-même (souvent l'émission à peine finie) je vous propose de réécouter chaque dimanche (idéal) un épisode de leur saga d'été. Juste avant de les retrouver ensemble à 18h, ce dimanche sur France Musique pour le nouvel "Easy tempo". 

Mardi 16 août. Pour ses "reprises en pagaille", l'annonce de Thierry Jousse attire mon attention : "
Shelly Manne and his Friends : Shelly Manne, batterie - André Previn, piano et Leroy Vinegar basse, interprètent "Ascot Gavotte". Diantre ! La gavotte qui n'est pas exclusivement une danse de chez moi, se dansait donc pour la comédie musicale "My fair lady" et me donne envie d'aller y regarder à nouveau car j'ai tout oublié de ce "passage là". 

Jousse envoie du jazz instrumental et ç'est pas trop ma tasse de thé quand à c't'heure je m'envoie un bon café du Mexique. C'est bon, ça swingue mais me manque la voix, l'histoire qui va avec. J'ai compris, à force d'écouter la radio, qu'une musique prend (pour moi) tout son sens quand elle raconte quelque chose, quitte à ce qu'en anglais ou en español je ne comprenne pas tout. Pour caricaturer, sans les paroles que chante Frankie (Sinatra), je n'accrocherais pas autant à sa musique.

Mais voilà, à l'approche, Lena Horne (et Gabor Szabo, à la guitare) "Watch what Happens !" et ça change tout absolument. Et la poursuite avec Rigmor Gustafson "You must Believe in Spring" donne d'autres couleurs à un set qui, exclusivement instrumental, risquait de me perdre dans les brumes de l'été ou de ce printemps qui approche. Maria de Medeiros (Dolce vita), Eva Cortes (Los Dias de Vino y Rosas), Nicki Parott (Moon river cha cha), Johny Hartman (A slow hot win) et Helen Merrill (Cavatina), terminent l'émission en donnant de la voix nous permettant de (re)découvrir des artistes qui ont à la fois l'air et la chanson.

S'il n'en était de sa voix et de son ton insupportables, Aurelie Sfez nous apprendra, dans sa chronique "Plages interdites", que deux ex-Beatles, Mc Cartney et son groupe Wings et Lennon, s'engageront en 1972 pour l'Irlande "assiégée" par l'Angleterre, et dénonceront l'agression du "Bloody Sunday" que l'Irlande du Nord vient de subir. Leurs chansons respectives seront censurées au Royaume-Uni (1).

(1) Wings "Give Ireland back to the Irish" et "Sunday Bloody Sunday"


N.B. : De façon temporaire, le nouveau site de France Musique ne permet plus l'export du player, donc il vous faudra aller là pour écouter l'émission du 16 août.

Et retrouvez les compères today á 18h 
sur France Musique pour un Easy tempo "Autour de Tom Jobim 3/3"

* Générique Ennio Morricone avec la voix d’Edda dell’Orso 
Une Voce allo Specchio, extrait de la BO de La Stagione dei Sensi.

lundi 13 février 2017

Mali : théâtre des opérations vs théâtre des acronymes…

Si je ne connaissais pas Raphaël Krafft, le producteur de la nouvelle série documentaire sur France Culture (1) sûr que je n'aurais pas été trainer mes oreilles sur ces nouveaux docs consacrés à l'armée française. La chose militaire me rebute suffisamment pour n'avoir aucune envie de m'intéresser à la grande muette. Muette quand ça l'arrange bien évidemment. Mais voilà je connais le vélocipédiste en campagne, le "Captain teacher", le passeur… et plus si affinités.

Au Mali, décembre 2016, © Raphaël Krafft,


















J'ai écouté ses quatre documentaires, réalisés par Guillaume Baldy. Et, très vite, je crois avoir compris que Krafft, qu'on pourrait croire fasciné par l'armée, est surtout fasciné par les hommes. En Afghanistan, monter une radio locale fut le bon "prétexte" pour comprendre ceux qui se sont dévoués à une cause. Les Français et les Afghans. Allant jusqu'à intégrer (à l'époque) la Légion étrangère, Krafft se met en jeu pour côtoyer l'armée ailleurs que dans les salons où l'on cause à voix très basse, ailleurs surtout que dans les casernes.

À l'écoute du premier épisode de la série, la chose qui m'a beaucoup frappé c'est le jargon militaire. Cette "novlangue", absolument hermétique au profane, faite d'acronymes utilisés tous les cinq mots que même les intéressés ont quelquefois du mal à traduire. Heureusement le producteur impose à ses interlocuteurs de décoder. Ces sigles traduits, l'hermétisme ou la stupéfaction demeurent. Mais c'est sûrement le meilleur moyen, même sans uniforme, de se reconnaître d'une caste, d'un clan, d'une "famille". "On en est" et, si on en est, on devient vite accro aux acro…nymes. Quelquefois le producteur lui-même ne peut/sait plus faire autrement.

L'autre chose surprenante c'est l'emploi du mot théâtre. Auquel on accole celui d'opérations. S'il est évident que "sur le terrain" les acteurs sont bien là, de quel jeu peut-il s'agir ? Le jeu de la mort… qui tue ? Krafft l'évoque particulièrement avec ces jeunes engagés de 20 ans (2) à qui il fait raconter l'attaque du 27 novembre 2016 qui a failli être meurtrière pour un soldat de l'armée française, "blessé alpha", dont le véhicule sauta sur une mine.
Krafft, jeune renard du désert, creuse son sillon et, dans sa quête permanente, va chercher loin l'humanité même là où "on" ne la chercherait pas. Les hommes (et une femme) qu'il a fait parler n'apparaissent pas comme "des guerriers avides de sang et de vengeance" mais plutôt comme des missionnaires dans le sens de remplir une mission : servir la France. À cela je ne suis pas sûr que le titre de la série soit juste. Plus que l'armée ce sont les hommes de l'armée qui sont le sujet.

Krafft veut comprendre. Un pied dehors, un pied dedans. En être sans en être. Un peu comme quelqu'un qui, passionné de radio, creuserait son sillon, sans jamais passer de l'autre côté… du micro. Là, au Mali, Krafft était au feu au risque de sa propre vie (du 8 au 16 decembre 2016). Au plus près pour comprendre les ressorts de l'engagement militaire quand on quitte son confort quotidien. Et où l'essentiel, l'eau, demande aussi de mener des opérations dangereuses de ravitaillement.

Krafft est descendu au plus bas de l'échelle d'un conflit. Un groupe, une patrouille, une compagnie. Aurait-ce été possible à Verdun, sur la ligne Maginot, sur les plages du débarquement, au Vietnam ? L'armée aurait-elle laissé faire ? Là, Krafft a tutoyé l'armée et demandé à ses principaux interlocuteurs d'en faire autant. Plus proche, plus humain. Ce n'est pas un slogan.


Le CdG, depuis l'hélicoptère Lynx © Raphaël Krafft















Sur le Charles de Gaulle (fin novembre 2016), on sent et entend Krafft impressionné par le pacha, le commandant Éric Malbrunot. Mais le producteur veut surtout nous faire vivre la fonction essentielle du porte avion. Et de décrypter et décrire le décollage des Rafale. Une mécanique de précision. Ici comme au Mali, l'ordre, des ordres. Le désordre, lui, a très peu sa place dans l'armée sauf quand un soldat reconnait "aime(r) être dans sa crasse" dans des conditions d'hygiène très aléatoires. 

Pour le désordre je pense à Prévert. Le poète aurait sûrement fustigé les acronymes en un poème cinglant, un autre inventaire fait de VBL, d'OPEX, d'ENSOM, de BOAT, de GATS, d'IED, d'HPM, de PVP, de MCD, de FACQ, de VAB… (1) Et surtout de mots anglais qui, ici aussi, se sont imposés dans le langage courant : checker, blast, warning shot et le pathétique "Mae West" (3). Prévert, toutefois, aurait sans doute été attendri par ce piou-piou, soldat qui humblement se décrit physiquement et explique pourquoi ses camarades l'ont affublé d'un tel sobriquet.

Reconnaissons à Krafft d'avoir su faire sortir les hommes de l'uniforme pour ne pas dire de l'uniformité.










(1) "L'armée française : des rues de Paris au désert du Sahara", du lundi 13 au jeudi 16 février, 17h,
(2) Le deuxième documentaire "Au Mali faire la guerre à vingt ans",
(3) C'est l'occasion de suggérer à Perrine Kervran, coordinatrice des documentaires de 17h, de veiller à ce que les désannonces signent "La série documentaire" plutôt qu'un acronyme, un de plus, un chouïa dépassé,

(4) Du nom de l'actrice américaine, "en référence à sa généreuse poitrine, les aviateurs américains de la Seconde Guerre mondiale avaient surnommé Mae West leurs gilets de sauvetage" (source Wikipédia).

dimanche 12 février 2017

Manège d'été à France Musique… (24/35)















Pendant deux mois, cet été 2016, Laurent Valero et Thierry Jousse, séparément, nous ont offert deux heures quotidiennes de petits bijoux musicaux. Deux heures, de dix-huit à vingt heures, qui passent, fuient et puis, le vingt-six août c'est fini. Mais c'est quand même pas possible de laisser s'envoler une telle richesse dans l'éphémère. Alors, comme je l'ai fait moi-même (souvent l'émission à peine finie) je vous propose de réécouter chaque dimanche (idéal) un épisode de leur saga d'été. Juste avant de les retrouver ensemble à 18h, ce dimanche sur France Musique pour le nouvel "Easy tempo". 

Lundi 15 août. Ce n'est pas un jour férié qui empêchera Thierry Jousse de plonger dans son cinéma. Et le noir plus précisément. Quand Jousse peut rapprocher ses deux passions il n'a pas l'ombre d'une hésitation. On est assez vite dans l'ambiance avec Buddy Morrow "San Francisco Blues"  et surtout avec le chouchou Henry Mancini interprété ici par Franco Ambrosetti pour "Theme from Peter Gunn". Jousse fait ses gammes et s'il nous venait la "bonne idée" de l'interroger sur les films évoqués par les musiques évoquées les seize jours qui restent au mois d'août ne seraient pas suffisant. 


Alors à défaut d'interroger le maître, je dois me rabattre sur la toile pour en savoir plus sur le film évoqué. Et art du lien et/ou de la transmission en désannonçant "Johnny Staccato" (Elmer Bernstein) par The Melody FourJousse signale que cette série interprétée par John Casavettes était diffusée fin à l'extraordinaire émission "Cinéma, Cinémas" (1) au milieu des années 80 sur la deuxième chaîne française. Alors pour garder sa place au soleil rien de mieux que Peggy Lee qui dans le film "Pete Kelly’s Blues"  chante "He Needs me" et "Sugar".

Du soleil au lounge il n'y a qu'un pas que Jousse sait nous inciter à faire au bon moment quand Cléo Laine interprète "The Servant : All Gone" (film magnifique de Joseph Losey). Là on est juste en émoi. Il faudra quand même garder un peu d'attention pour dans l'heure et demie restante, épouser le noir, quitte à fermer les yeux (sans s'endormir).

(1) De Michel Boujut, Anne Andreu et Claude Ventura, dont la musique du générique du début était celle de Frantz Waxmann pour une "Place au soleil" de George Stevens (1951). Les images étaient de Guy Pellaert qui avait dessiné des scènes cultes du cinéma mondial. Et pour ce qui concerne les portes ouvertes (de la Maison de la radio) par Lemy Caution, entre chaque séquence de l'émission, vous trouverez leur histoire ici.     


N.B. : De façon temporaire, le nouveau site de France Musique ne permet plus l'export du player, donc il vous faudra aller là pour écouter l'émission du 15 août.


Et retrouvez les compères today á 18h 
sur France Musique pour un Easy tempo "Autour de Tom Jobim 2/3"

* Générique Ennio Morricone avec la voix d’Edda dell’Orso 
Une Voce allo Specchio, extrait de la BO de La Stagione dei Sensi.

samedi 11 février 2017

Kriss, pas là, pas loin…

Kriss, Chantal Pelletier (et ma pomme) © G. Hamon






















Ça fait pas sept jours que nous avons, Chantal Pelletier et moi, rendu hommage à Kriss à l'occasion du 14ème festival Longueur d'Ondes. Sur la petite scène du Vauban ce dimanche 5 février, Kriss est là. Bien présente. On la voit au micro de l'Oreille en coin. (1) Elle est entre Chantal et moi et je suis dans mes p'tits souliers (baskets). Le jour J est arrivé. Il y a juste un an le 10 février 2016, Chantal m'avait donné son accord pour que nous rendions, ensemble, hommage à cette femme de radio.

Pendant un an, à trois reprises, nous avons imaginé notre séance, écouté à l'Ina de nombreuses archives. Chantal a préparé et sélectionné les textes de Kriss qu'elle lirait devant le public. Chaque fois, le cœur battant, de l'entendre si près de notre oreille, si près de nos souvenirs, si près du cœur et de son humanité indéfectible. Notre idée était bien de dresser un portrait sensible de celle qui en fit tant et tant, à longueur d'ondes, pendant quatre ans sur France Inter (2).


Vous trouverez ci-dessous l'intégrale de notre séance. Merci à Fabrice Derval d'Oufipo et à son équipe d'avoir réagi si vite pour permettre à ceux qui n'étaient pas présents de partager ce moment intense et émouvant. Je suis sûr que Chantal Pelletier vous aura donné et vous donnera envie de (re)lire Kriss. Et aussi de lire leur histoire commune, écrit par Chantal dans "À cœur et à Kriss" (3).


Voilà, comme l'an passé Pierre Wiehn, Claude Villers et Patrice Blanc-Francard, Kriss avait toute sa place dans "Dimanche dans un fauteuil". Salut Kriss on t'aime for ever.


(1) Merci à l'Ina et plus particulièrement à Dies Blau de nous avoir prêté cette belle photo de Kriss en 1972, où elle intervient dans "L'oreille en coin" de Jean Garretto et Pierre Codou,

(2) 2000-2004,
(3) Vous pouvez aussi vous rendre sur le site d'Oufipo pour y découvrir d'autres trésors sonores.