mercredi 13 janvier 2021

La culture du chiffre…

Il fut un temps pittoresque où se rendre à la foire provoquait des sensations contrastées mais souvent combien séduisantes. L'ouïe était très sollicitée. Mais, malgré tout ce brouhaha on pouvait tomber en arrêt devant un bonimenteur et se régaler de sa faconde, de sa verve et de ses boniments. Même si, suprême grâce, on n'achetait rien. Les foires, dignes de ce nom, se dissipent mais les bonimenteurs, eux, n'ont pas disparu. Ils ont juste changé d'ère et de chansons. D'une présence, la radio, ils ont fait un produit, une marque, une courbe de croissance. Houspillant sans relâche les chiffres, traquant le moindre record (historique, forcément historique), titillant sur la braise (lire la concurrence) l'audience, seule et unique baromètre de qualité attestée. Comme si jamais un chiffre avait pu distinguer le sensuel, l'imaginaire, la couleur, le tempo, la joie et l'émotion.







Ce matin sur son compte Twitter (ci-dessus), Laurent Frisch, directeur du Numérique et de la Production à Radio France, n'a pas manqué d'annoncer ce qu'il devrait nommer "le chiffre du jour". Puisque, par la porte, la fenêtre, sur les réso, dans la presse et dans les couloirs de la Maison de la radio, il harangue les foules, les tutelles et ses supérieurs hiérarchiques.

La Pédégère, Sibyle Veil, n'est pas en reste qui manie les chiffres avec autant d'aplomb que le candidat Mitterrand et ses "110 propositions pour la France" à l'occasion des élections présidentielles de 1981. Hier c'était "60 actions/mesures" pour le programme "Égalité 360". Demain (à 8h) ce sera le chapelet et la prière autour des nouveaux chiffres d'audience Médiamétrie. N'en priez plus, la cour est pleine !

Quant au Directeur du Mouv, Bruno Laforestrie, Président du Comité Diversité de Radio France, il a inventé (tout seul ?) le projet 9-3. 9-3 à la mode département de Seine Saint Denis (1), mais qu'il serait opportun de nommer "9 cube" (avec un petit 3 accolé au chiffre 9). T'as raison Léon, trop d'la boule la jactance tip-top !

Tiens pour remettre les pendules à l'heure… et changer d'ère !

(1) "Nous allons aussi lancer Radio France 93, une unité de production multimédia implantée en Seine-Saint-Denis qui nous permettra d’y repérer de jeunes talents, de les former et de leur donner leur chance." Sibyle Veil, in l'interview au JDD du 10 janvier 2021.

lundi 11 janvier 2021

Maison de la radio, de la musique, du sport, de la culture, du numérique, de l'information, des petits chevaux de bois et de tout le reste…

Cool non, ce nom à rallonge ? Facile à retenir, facile à prononcer, facile à placer dans une conversation sérieuse ! Mais, Fañch pourquoi tant d'ironie ? Tout simplement parce que Sibyle Veil, Pédégère de Radio France a décidé de "renverser la table" et d'annoncer tout de go, dimanche 10 janvier, au JDD, ses projets pour Radio France (1). Au premier desquels, le changement de nom de la "Maison de la radio" (2). S'en suivra la présentation de soixante autres actions dans la semaine ! Au risque de tomber de l'armoire les salariés apprécieront sûrement que Veil soit montée sur la table avant de la renverser. Qu'il semble loin ce mois de janvier 2020 où conspuée par les salariés et le Chœur de Radio France elle avait du ravaler ses vœux et, penaude, quitter la scène…











Tout va mieux en 2021 ! Plus de grève, la Rupture Conventionnelle Collective actée (340 départs volontaires à l’horizon 2022), chiffres d'audience stratosphériques et autosatisfaction au plus haut sur l'échelle de Richter de l'autosatisfaction ! Quand les planètes sont si bien alignées comment se refuser d'engager ce qui devrait parachever la mue de Radio France. Adieu la radio vive l'audio ! On commence par le nom d'origine du bâtiment créé par Henry Bernard et inauguré en grandes pompes le 14 décembre 1963. On ne m'empêchera de voir derrière ce pléonasme absolu (Maison de la radio) "et de la musique" un gros lièvre. C'est pour "faire plaisir" à qui ? C'est pour "vendre quoi ?" C'est pour "préparer quoi ?".

La finalisation de la grande mue pour, à l'horizon 2022 (fin du mandat de Sibyle Veil), la création de : LA MAISON DE L'AUDIO ? Studios, moyens techniques et humains, plateforme multimédia. Et voilà, roulez petits bolides. Exit la radio. Bien joué ! Mal joué : la modernité à tout prix et l'absence de regards et d'analyses critiques sur les effets induits du numérique et ce particulièrement pour l'environnement (3).

Veil présentera cette semaine "60 actions qui concernent à la fois ce qui s’entend à l’antenne et ce qui se passe hors antenne." (JDD). En prenant une telle initiative - dont on peut imaginer qu'il pourrait y avoir des effets induits pour la télévision et les archives - n'est-ce pas une habile façon de se poser en chef de file de l'audiovisuel public ? Pour entraîner France Télévisions, France Média Monde et l'Institut National de l'Audiovisuel et engager, sans attendre, la préfiguration an actes de feu la holding "France Médias" ? Qui d'un coup de baguette magique pourrait renaître de ses cendres comme par hasard en 2022… après les Présidentielles ? Vous le saurez demain en lisant notre grand radio-feuilleton "Ça va finir (la radio) !"
(À suivre)

(1) Le Journal du dimanche, 10 janvier 2021, interview par Cyril Petit et Renaud Revel,
(2) Inaugurée par le Général de Gaulle, la Maison rassemblait plus de trente studios disséminés dans Paris et disposait de studios pour la télévision,
(3) Écouter le doc de D. Saltel "Comment dresser son smartphone", Arte radio,

jeudi 7 janvier 2021

6 janvier 1975, minuit, naissance de Radio France !

Un anniversaire peut en cacher un autre ! 5 janvier 1971 : naissance de FIP ! Quatre ans et un jour plus tard : naissance de Radio France ! Je l'ai écrit souvent sur ce blog, moins de 90 jours après son élection, en août 1974 Giscard dissout l'ORTF et la disperse façon puzzle en sept sociétés autonomes. Radio France est dévolue à la radio et regroupe : France Inter, France Culture, France Musique et Fip ! 

6 janvier 1975, Jacqueline Baudrier, Pdg de Radio France parle aux auditeurs
À sa droite : Yves Jaigu (France Culture), J. B.,  à sa gauche : Pierre Wiehn (France Inter)












Sa Présidente Jacqueline Baudrier qui a dirigé la rédaction de France Inter et est passée par la TV (1) s'exprime sur France Inter au flash de minuit… Madeleine Constant, en direct, vient juste de fermer France-Inter-ORTF.


Le 14 décembre 1974, Baudrier, au micro d'Yves Mourousi décrivait en détail ce que serait Radio France. Avec beaucoup de calme et de conviction on sent, avec l'intelligence de très bien connaître son suje,t qu'elle ne va pas baisser les bras devant la TV. "Aux heures fortes (de la TV) - 20/22h - la radio doit faire preuve d’imagination et chercher des voix (voies ?) nouvelles et attraper des publics spécifiques. iI y a là une carte à jouer et nous y réfléchirons en permanence.Baudrier pense la radio comme "le monde de l’imaginaire". Le ton est donné et bien donné (2).

On se pince de l'entendre dire "Je ne me lancerai jamais dans la course aux sondages" quand aujourd'hui Sibyle Veil, la Pédégère de Radio France, pour ses vœux au personnel ne va pas manquer d'égrener miyons et miyards d'auditeurs, de clics et autres internautes sur tous les supports !

Sympa de l'entendre citer les nouveautés sur Inter (3). Elle connaît bien les gens qu'elle cite. Rien à voir bien sûr avec la morgue d'un Gallet (ex-Pdg) ou les récitations désincarnées de Veil. France Musique et France Culture ne sont pas oubliées dans son projet. On sera surpris de sa clairvoyance et de son engagement pertinent pour valoriser et singulariser ces deux chaînes. Baudrier était du sérail et on peut dire que l'avoir choisie était un bon choix ! Ça a été l'avis de nombreux professionnels qui ont travaillé sous sa présidence.

Naissance prochaine de Radio France, 14 décembre 1974,


(1) Elle vient de passer 5 ans à la télévision. Directrice de l'information pour la deuxième chaîne en 1969, puis directrice de la régie de la première chaîne en 1972,
(2) Elle a nommé François Billetdoux, responsable de la prospective,
(3) Blanc-Francard (avec à la programmation Bernard Lenoir) animera "Cool". Madeleine Constant ("une voix de charme) "Aujourd'hui, c'est déjà demain" et Jean-Louis Foulquier "Studio de nuit".

mardi 5 janvier 2021

FIP 50…

Quand on aime la radio, que ce soit le cinquantenaire d'une chaîne ou les vingt ans d'une émission, une bonne façon de les fêter est sans doute de se remémorer "comment on en est arrivé là ?". Et comment, jour après jour, la petite musique des voix, des mots, une relation intime a pu à ce point se fixer dans la mémoire ?

À droite Claudine Giraud, à gauche…



Pour essayer d'y répondre on dispose sur sa table les petits morceaux épars, on rassemble trois photos, on griffonne à la hâte sur un bout de papier les mots qui font sens, on recontextualise, on se revoit à faire la vaisselle, à bêcher le jardin ou à faire la sieste sous les pommiers. C'était quand ? Pourquoi c'est si important ? Pourquoi on peut en faire une petite histoire ? C'est toujours ce que je me demande dix ans presque depuis que j'ai commencé à écrire ici en juillet 2011. 

Six mois auparavant, Gilles Davidas, produisait et diffusait sur Fip deux fois/jour (10h/18h) son feuilleton "Vous avez loupé Marie-Martine ?" (1) Marie-Martine ? Bisson : première animatrice de FIp en janvier 1971. J'ai réécouté samedi et dimanche dernier ce feuilleton qui avec de nombreux témoignages raconte la petite et la grande histoire de Fip. J'ai repris contact avec Julien Delli-Fiori et beaucoup échangé avec Davidas. Il manquait une seule pièce à mon puzzle… Kriss.

Delli-Fiori
"Je suis rentré à Fip au milieu du mois de février 1971. Vers les 15 ou 17, soit un mois après le début. Au moment où l'antenne s'arrêtait le vendredi soir pour reprendre le lundi matin. J'étais engagé pour faire le samedi matin. Ensuite notre superbe duo Codou - Garretto a obtenu le samedi après-midi, ensuite le dimanche."

Radio Fañch : "Comment ça se passait en cabine ?"
J.D-F : "Il y avait trois platines Clément, pour galettes 33cm et 45 t., deux techniciens et un chef  d'antenne (+ un préposé aux droits d'auteurs). Les programmateurs écrivaient manuellement la liste des thèmes choisis, environ 12 à 16 titres par heure. Pour préparer nos listes j'ai souvenir de deux heures au début. Ensuite carrément le même programmateur faisait une demie journée, et, à l'usage les chefs se sont rendus compte et, c'était vrai qu'il y avait un programmateur qui était trop branché "guitare"... Alors on a partagé par des tranches réduites à quatre heures pour équilibrer l'ensemble. Évidemment impossible de me souvenir des dates de ces changements."

Radio Fañch : "Et alors ?…"
J.D.-F. : "En 1982 , Jean Garretto [créateur et directeur de Fip, ndlr] propose aux six programmateurs de trouver une idée d'un rdv musical à partir de 19h ou 19h30-21h. Trois ont choisi le jazz : Jacques PantalacciPatrick Tandin et moi. Mais le hic c'était la charge d'emploi ! Et nous avons accepté. Sans cela "Jazz à Fip" n'existerait pas aujourd'hui. Quelques années plus tard grâce à Guy Breton [directeur de Fip 1991-1994, ndlr] nous avons obtenu un cachet."

Logo de lancement, 1971






Après 3h12 d'écoute des vingt épisodes de "Marie_Martine", non seulement j'ai bcp souri mais je me suis pris au jeu de ne pas lâcher l'affaire et de survoler quarante ans d'une seule traite ! C'est des noms que je retiens et d'autres que je (re)découvre. Tous ensemble c'est une famille, non ? Pas ce terme galvaudé, c'est une histoire qui par strates joue sur le thème de la transmission et du passage (de témoin) de façon tacite sans que ce soit annoncé aux culs des bus ni même au fronton de la Maison de la radio ! Enfin jusqu'à l'arrivée d'Anne Sérode (2014-2017) juste avant les émissions du soir et le raccourcissement de "Jazz à Fip". Un drame oui. Pourquoi bouleverser quelque chose qui marche si bien ? C'est la méthode Gallet/Veil ! Sans états d'âme et sans âme surtout !

L'âme, c'est Marie-Odile Monchicourt (animatrice à L'Oreille en coin, Fip et ex-chroniqueuse à France Info) qui l'incarne avec ce message "C'est pas parce que l'ennui est la mère de tous les vices qu'il faut en profiter Bd St-Michel" et, si on se souvient de sa voix c'est subtil, taquin et drôle ! Michèle Lussan (programmatrice à Fip aux tous débuts) se souvient des deux mois de répétition qui ont précédé l'ouverture de l'antenne et des nombreux programmes variés qu'elle a proposés à Codou et Garretto avant de trouver "la bonne formule". ! Et Jacqueline Baudrier (Pdg de Radio France 1974-1981) qui, en 80 vante, "FIp stéréo" (en Modulation de Fréquence).

Cet enthousiasme en prend un coup quand "Marie-Martine" (le feuilleton) nous rappelle les fermetures programmées des Fip de Marseille, Reims, Metz, Lyon, Nantes, Strasbourg,… avec les témoignages d'auditeurs ou des personnels concernés (1). Tout ça inscrit dans le "Plan bleu" de Cavada (Pdg 1999-2005) qui normalisera les locales en France Bleu et consacrera Fip et Mouv' comme variables d'ajustement. 

Voilà, Fip aura fêté ses 1an puis 10, 15, 20, 30, 40 et 50 ans. Aujourd'hui à l'antenne : 
17h/19h : Fip Story. De 19h à 20h30 : 50 ans de jazz à Fip avec Julien Delli-Fiori. 20h30/23h : Soirée anniversaire. Et dimanche sur Arte, Karambolage, un sujet consacré à Fip ! (2)

Et pour conclure, une autre "accroche" de Monchicourt :"En passant par La Rochelle avec vos sabots vous auriez été plus vite qu'en passant par Bastille avec votre auto". Ça, comme le révèle "Marie-Martine" c'était le fruit d'une cogitation poussée entre Kriss et Marie-Odile pour trouver la jolie pirouette qui détendrait l'atmosphère circulatoire ! (3)

(1) Quand Bordeaux, Nantes et Strasbourg finiront par y échapper jusqu'au 18 décembre 2020,

(2) J'ai pu le visionner. C'est court, pop et sympa et Jean Garretto aurait adoré l'accent allemand de Maija-Lene Rettig qui réalise le sujet. C'était son accent préféré !
(3) On notera que Marie-Odile Monchicourt s'est affranchie de la Lorraine en lui préférant… La Rochelle !

Et avec le son ! (Merci à Anthony Gouraud)

lundi 4 janvier 2021

4 janvier 1971, studio 167, 6ème étage de la maison ronde !

Ça bourdonne et ça butine, quai de Passy dans le XVIème arr. de Paris ! Demain mardi 5 janvier 1971, l'ORTF va lancer une nouvelle radio. En ondes moyennes et pour l'instant uniquement pour les Parisiens. La fréquence des 514m a déjà été utilisée pour les radios guidage de retour de vacances sur cette ancienne fréquence de l'armée. Il y a un peu plus d'un an Roland Dhordain, patron de la radio à l'ORTF, sollicite Jean Garretto et Pierre Codou, les fameux inventeurs de l'"Oreille en coin" en mars 1968 sur France Inter, pour créer une radio où les services seraient roi (radio-guidage, infos, culture et vie pratique). Une fois que leur est alloué un studio et des bureaux dédiés les deux producteurs se mettent au travail… "60' de musique par heure" sera le bon slogan retenu pour donner envie écouter une radio dont le modèle n'existe nulle part au monde (1).  À la veille de ses cinquante ans, j'ai envie de vous raconter autrement son histoire.










Janvier 2011. Julien Delli-Fiori, programmateur historique de la chaîne (il y est entré en février 1971), la dirige depuis février 2010. Nadine De Sousa-Provini (2) soumet l'idée d'un feuilleton pour fêter les 40 ans de ce qui s'était d'abord appelé France Inter Paris (FIP). En 20 épisodes, disponibles cette année-là à l'antenne à 10h et 18h et, sur le site de FIPGilles Davidas (réalisateur-producteur à Radio France) raconte dans "Vous avez loupé Marie-Martine…" (3) la petite et la grande histoire de Fip avec de nombreux témoignages et un indicatif d'Hugues Le Bars ! J'espère que demain on réentendra tout ou partie de ce feuilleton.

Décembre 2020. Les trois locales de Bordeaux, Nantes, Strasbourg vont fermer ! Les deux derniers jours d'antenne, les 17 et 18 je navigue à l'écoute de ces trois fréquences. À Bordeaux, Stéphanie Moussu, animatrice, finit sa journée (elle ne travaille pas le lendemain) ce sera sa dernière désannonce : 

"Il faut bien l'admettre, il y a plusieurs jours que je rumine cet ultime micro… J’ai pensé à faire des comparaisons avec la fin d’une histoire d’amour : Fip m’a quittée - "Dites-moi qu’elle est partie pour un autre que moi mais pas à cause de moi… "…

Et puis ce n’était pas tout à fait ça alors j’ai raturé, froissé des feuilles et balancé dans ma corbeille numérique les brouillons de ma révérence. Soudoyer un programmateur pour que nous écoutions "Lettre à France" m’est apparu comme un recours salvateur.

Telle un Polnareff romantique, je m’imaginais dire la langueur qui m’habite à imaginer vivre sans Fip. Il était une fois toi et moi n’oublie jamais ça, tout ça tout ça. Mon cerveau bouillonnait vous en êtes témoin j’ai même pensé à "This is the end " des Doors.

Finalement les blagues les plus courtes étant certainement les meilleures, j’arrêterai là mes comparaisons. Une blague qui aura duré quatre ans et demi tout même. Et que j’ai aimée avec passion. Fenêtre sur l’écriture, le théâtre et la musique de notre région qui sont aussi foisonnants et qualitatifs que leur peine est immense en ces temps de repli culturel.

Je jette mes quinze pages d’adieux et je garde celle-ci. Je signe tout de même à la fin, mes camarades consoeurs s’y sont appliquées avant moi. C’était Stéphanie Moussu, et le point final de sa dernière antenne… Je ne vous dis pas adieu mais un bel et franc au revoir… Reste à savoir où et quand ? Le mystère reste entier, comme l’espoir."

En tant qu'auditeur l'émotion aussi est perceptible et ce doit être le cas pour ceux qui depuis plus de quarante ans écoutent FIp à Bordeaux ! Le 30 décembre, j'ai échangé avec Stephanie pour comprendre ce que ça fait de lâcher le micro ! C'est un long processus qui passe du déni, au réel du compte à rebours, puis à la chute finale. Le constat amer de "ne plus être indispensable à la radio". Et puis comme un défi "Plus jamais n'est pas possible !".

À ce jour le sort de Stéphanie, comme celui d'autres animatrices n'est pas tranché ! Le silence radio des voix locales de Bordeaux, Nantes, Strasbourg, lui, depuis le 18 décembre à 19h  s'est installé. Demain 5 janvier 2021, Fip fêtera ses cinquante ans. Je serai à l'écoute toute la journée même si les infos, le guidage, la vie pratique ont fini, années après années, par quitter l'antenne.

Demain de 17h/19h : Fip Story. De 19h à 20h30 : 50 ans de jazz à Fip avec Julien Delli-Fiori. 20h30/23h : Soirée anniversaire. Et dimanche sur Arte, Karambolage, un sujet consacré à Fip !

(À suivre, demain)

(1) En inscrivant Fip dans l'onglet de recherche de ce blog vous trouverez de nombreux épisodes qui en content la saga !
(2) Assistante,
(3) Marie-Martine Bisson était la première animatrice de Fip ! 

vendredi 1 janvier 2021

Les vœux de Radio France. Des vœux ? Nan, juste de la com' bien corpo et bidon !

Sur twitter ce matin Radio France se fend d'une vidéo qui, outre la pédégère Sibyle Veil, met en scène des animatrices, animateurs, journalistes, musiciennes pour chacune de ses chaînes et formations musicales. Pourquoi elles ? Pourquoi eux ? Pourquoi les personnes déjà les plus exposées, les plus connues ont-elles acceptées d'en rajouter dans cette parodie de vœux qui ne peut ressembler qu'à une entreprise de com' banale, surjouée et qui plus est superfétatoire ?

Image extraite de la vidéo citée









Pourquoi ne voit-on jamais les collaboratrices spécialisées, les réalisateurs, les ingénieures du son, les attachés de production ? Pourquoi jamais toutes celles et ceux qui sans relâche font la radio et servent ceux qui, derrière le micro, prennent toute la lumière qui relègue dans l'ombre de formidables professionnel-le-s passionné-e-s. Pourquoi une seule animatrice de France Bleu (de l'antenne parisienne) quand environ mille-cinq cent personnes travaillent dans les quarante-quatre locales ? Pourquoi une seule animatrice de Fip ? Et les programmateurs de cette chaîne qui assurent sa renommée (et son audience) et qui va fêter ses cinquante ans, ils sont où ?

La question elle est vite répondue. Depuis 2014 et l'arrivée de Gallet comme Pdg, son ignorance absolue des métiers de la radio, qui vaut aussi pour celle qui lui a succédé, a précipité ces dirigeants hors-sol à singulariser et personnaliser un média quand, depuis ses origines, la radio est une œuvre collective et un travail d'équipe. Un bout de la chaîne manque et l'émission est "dépeuplée", comprendre infaisable, irréalisable, indiffusable. 

À n'avoir dans la bouche que les mots de collaborateurs et de service public, de ronds de jambe pour les tutelles (Finances, Culture) ces dirigeants sont incapables de valoriser la chaîne de production radiophonique. C'est tellement plus facile d'exposer des vedettes déjà surmédiatisées et souvent en poste aussi à la TV. Mais ça leur fait quoi à tous les autres d'être autant invisibles et ignorés ? Ça leur fait quoi de lire sur Twitter qu'une directrice de chaîne incite un des animateurs de sa grille à ne pas déserter la radio quand il annonce qu'il va quitter la TV (1) ? Il est donc si important que ça ?

Cette com' de supermarché inventée par les petits gourous des boîtes de communication qui ne différencient pas la lessive, du saucisson, d'un être humain, ça va encore durer longtemps ? Ces petits rois du consumérisme si vite adoubés cash par des manageurs de moins de cinquante ans qui n'ont de la radio qu'une image de "vedettes" quand vont-ils se renouveler ?

Cette vidéo de Radio France donne juste envie de gerber. C'est rien. De l'esbrouffe. Du marivaudage de pacotille. Du mépris pour les salarié-e-s acteurs de la radio. C'est bien mal augurer de la sauce à laquelle va être mangée la radio qui vit ses dernières heures avant de muer en plateforme où là, c'est sûr, il n'y aura plus que les vedettes pour assurer le service après-vente ! 

(1) Laurence Bloch, directrice d'Inter pour retenir Augustin Trapenard qui quitte Canal +.

69, année… radiophonique !

Ben voilà j'ai replongé dans les archives et je n'en suis pas encore sorti. Je me suis pris au jeu de réécouter et revoir celle proposée ci-dessous. Savoureuse. Dhordain, toujours lui, très pédagogique (ex-instituteur), explique ce qui en janvier - en plein milieu de saison - va changer dans la grille de France Inter… Il faut dire que le choc de 68 qu'Yves Guéna - Ministre de l'Information - a essayé, dès juin 68, d'amortir en nommant Roland Dhordain, directeur de la radio à l'ORTF, avait bien besoin de six mois pour permettre à la radio publique de retrouver ses marques ou d'en tester de nouvelles. La grille, inaugurée le 5 octobre 1968 avec de nombreuses nouveautés (et un ton plus "dans l'air du temps") rodée jusqu'à la fin de l'année a permis à Dhordain de la réajuster dès la reprise en janvier 69.











En ces temps audiovisuels préhistoriques, la Télévision (publique, il n'y en a pas de privée) consacre hebdomadairement un temps d'antenne à la radio publique (France Inter, France Culture, France Musique). C'est "Micros et caméras" qui filme la radio, les responsables, les animatrices et animateurs et quelquefois les émissions elles-mêmes. Le tout dans une forme un peu empesée et très didactique. Mais ce sont des archives indispensables car, sans cela, on ne peut pas compter sur la radio (ou si peu) pour se raconter… à la radio.

Pas sûr que dans cette vidéo animatrices et animateurs de radio aient été filmés dans le cadre habituel de leur studio. Chancel n'est pas à son affaire dans un fauteuil où il ne sait comment s'asseoir face au micro sur pied. Son interview de Miss France est déplorable. il commence par lui faire l'inventaire de toutes les célébrités qu'il a reçues (l'émission a démarré le 5 octobre précédent). Quelle délicatesse ! Quelle muflerie devrai-je dire !

Dhordain en verve parle - pour évoquer sa grille - de zone libre et de zone occupée ! Bigre ! On ne sait pas trop s'il faut en rire ou s'effrayer ! Et puis il évoque le concept de "radio élaborée" en opposition à des émissions de "disques". II lui a, assurément, manqué la formule "des pleins et des déliés". Et, en bon pater familiasbonhomme et attentionné, il règne sur son enfant "Inter" persuadé qu'il a la formule, même s'il reconnaît qu'il faudra encore lui apporter des aménagements (1). Le séisme de 68 est tout proche et Dhordain sait bien qu'il doit adapter "sa" radio à l'air du temps. Celle de papa a vécu. Les périphériques, RTL et Europe 1, ont le vent en poupe. L'âge d'or de la radio publique ne va pas tarder à poindre, mais ça c'est une autre histoire !

Meilleure année possible en 2021, mes chers auditeurs.

Micros et Caméras, 27 janvier 1969. 35' de télé pour parler radio, qui dit mieux ?


(1) La séquence avec Annick Beauchamp - Madame Inter - est surréaliste ! La caution/prétexte de la fillette pour appuyer sa présentation d'émission a du laisser perplexes plus d'une auditrice et plus d'un spectateur !