vendredi 20 octobre 2017

67/68 : une autre révolution culturelle… Visconti/Melville (7/44)

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Ici, le vendredi, jusque fin juin 2018, en complément du feuilleton "société" publié chaque lundi, je vous raconte, quelques faits marquant de "la vie culturelle" de l'époque. À travers les livres, les films, les disques qui ont marqué la révolution culturelle qui couve. Avec des archives audio radio en exclusivité, les sources de la presse nationale et régionale, et… mes propres souvenirs.



7. Le masque et la plume, grande époque : Bastide, Polac, Charensol, Bory…
Voilà une bonne occasion d'évoquer une très grande émission de radio (1) qui a fait les très belles heures de la radio publique et quelques dimanches soirs savoureux. Je ne parle pas de l'époque moderne - depuis 1989 - qui fait tout son possible pour imiter (mal) l'émission originale et dont le titre suffit à faire glousser directeurs de programmes, directeurs de chaîne, Pdg… Comme s'il suffisait d'un titre pour garantir la qualité d'une émission. La bonne blague ! L'auditeur averti ne marche pas dans cette combine. Quant à la tarte à la crème des émissions "patrimoniales" - à géométrie variable, forcément variable - laissons ça aux manageurs de moins de 50 ans !

J'ai vu de nombreux Visconti mais pas l'Étranger. La critique est sévère et plusieurs avis semblent concordants. Tant qu'à faire d'écouter ce "Masque" on se réjouira d'entendre les avis sur "La marseillaise" de Renoir (3). Vous vous régalerez sûrement, si vous avez aimé le Samouraï de Melville, des avis éclairés des critiques et des nuances de Charensol qui classe le film en série B, Bory le classant en A ! Bory et le brio de son analyse qui soulignent que tout est dans le titre du film et qui le décrypte !

Le Masque et la plume du 5 novembre 1967, intégrale et exclu jusqu'au 31 octobre,



7.1. Arthur Penn, l'Amérique à contre courant,
En revisitant les films d'Arthur Penn, - Le gaucher, La poursuite impitoyable, Little big man,… - Michel Cazenave (producteur à France Culture) et Jacques Siclier (journaliste au Monde) donnent un éclairage sur l'Amérique des années 30 aux années 60. Bonnie & Clyde, réalisé en 1967 montre le contrepoint de l"American way of life" et, comme dans beaucoup de films de Penn, montre la place de la violence qui continue à faire le quotidien des sociétés modernes. Cazenave téléscope l'histoire du clan Barrow avec celle des "Raisins de la colère" de Steinbeck, et comment la jeunesse (et celle jouée par Bonnie et Clyde) ne supporte pas l'injustice et la misère. Comment aussi la propriété, valeur cardinale des États-Unis d'Amérique, commence à tourner dans les esprits en "La propriété c'est le vol". Cette maxime de Proudhon (philosophe et sociologue français, 1809-1865) agitera aussi les étudiants du quartier latin en mai 1968 (4).

Mardis du cinéma, 10 juin 1986, France Culture, intégrale et exclu jusqu'au 31 octobre,



Lucino Visconti à la sortie de l'Étranger, 21 octobre 1967 (JT, 20h)



(1) Émission créée en 1955 par Michel Polac et François-Régis Bastide sur Paris-Inter et à partir de 1963 sur France-Inter,
(2) Qui correspond au départ de Pierre Bouteiller qui animait cette émission, jusqu'à ce qu'il soit nommé directeur de France Inter,
(3) Qui participait à l'émission le 22 octobre 1967. Film de 1938 avec, entre autres, Louis Jouvet,
(4) En fin d'émission analyse du film "Georgia" qui revient sur les 60' aux E.U..

lundi 16 octobre 2017

68 : et si tout avait commencé avant… la gauche de la gauche (7/43)

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Chaque lundi, jusque fin juin 2018, je vous raconte, ici, les prémices de ce qui a pu présider aux "événements" de mai 1968. Avec des archives audio radio en exclusivité, les sources de la presse nationale et régionale, les témoignages de quelques témoins précieux et… mes propres souvenirs.

Une du 28 mai 1970, la Gauche Prolétarienne
(GP) est dissoute





























7. Gauchistes en embuscade…
Les étudiants (et quelques autres) n'ont pas attendu 1967 pour frétiller. En 1965, réélu après un premier tour qui l'a mis en ballotage face à François Mitterrand, le Général de Gaulle ne montre aucune attention particulière pour la jeunesse, qui commence à trouver étouffante une société cadenassée et réactionnaire à tous les étages du pouvoir. Avant que le même Mitterrand ne clame dans quelques mois "Dix ans ça suffit", d'aucuns pensent qu'un seul septennat aurait lui-même suffit. Las, de Gaulle à toujours le destin de la France en ligne de mire. Mais la France ne semble plus avoir de Gaulle en ligne de cœur et d'esprit.

Les étudiants pensent, théorisent, s'agitent à l'idée d'un "grand soir" qui verrait d'autres modèles de société "gouverner" la France. Les maoïstes sont sur le pont. Les communistes sur le front. Les socialistes divisés. Les gauchistes en embuscade. "Occident" casse la joie (1). 

La radio nationale appelée "Radio d'État" file doux (2). C'est une administration dirigée par des… administrateurs. Le ministre de l'Information (3) Alain Peyrefitte donne ses ordres à ces messieurs bien mis, bien gris et serviles à souhait. Le ministre redouble de zèle pour contenir tout ce qui pourrait laisser accroire que le Général s'est engagé dans une impasse. La France glorieuse ne fait (presque) pas grève, consomme les yeux fermés et s'enrichit à "vue d'œil". Ouvriers et paysans sont au coin du bois. Les étudiants étudient, les chercheurs cherchent, les femmes obéissent à leur mari et peuvent ouvrir un compte en banque (1965) sans leur autorisation. Le progrès est en marche et Macron n'est pas encore né. E la nave va....

Deux émissions de radio retracent l'histoire de la "Gauche prolétarienne".

France Culture, Nuits magnétiques : La gauche prolétarienne, 2 août 1986,



France Inter, Rendez-vous avec X, "Les Maos français", 7 juin 2008




(1) Mouvement politique d'extrême droite fondé en 1964. Qui sera remplacé en 1969 poar "Ordre nouveau". Formule pratique pour fustiger la réaction d'extrême droite contre l'extrême gauche, pour ne pas dire contre toutes les gauches...
(2) ORTF, Office de Radio et Télévision Française, section radio et France Inter en particulier, 
(3) Du 6 décembre 1962 au 8 janvier 1966, son seul titre de "Ministre de l'information" vaut toutes les analyses et, sa détermination à établir le "conducteur" du journal télévisé de l'époque en dit long de la façon dont le pouvoir voulait fermement verrouiller l'info et… pas que l'info. 


samedi 14 octobre 2017

Motown… usine à hits (suite et fin)

"Pendant longtemps, Motown c'était l'esprit de camaraderie, un côté grande famille. Quand j'ai acheté ma première maison, le père de Gordy est venu s'assurer que la tuyauterie était bien en cuivre." (1) J'ai consacré quelques nuits de septembre à lire la bible d'Adam White sur Motown. Mais ne pouvais pas m'en tenir au seul billet d'hier. La matière est trop riche et l'aventure tellement extra-ordinaire. En lisant il m'a fallu quelquefois me remettre à l'oreille les chansons ou les hits évoqués dans le récit de White. Cette somme nous en apprend beaucoup sur la radio et j'ai hâte d'en parler avec Thierry-Paul Benizeau qui nous a fait rêver avec l'histoire d'Alison Steele… Au début des années 60, Motown doit absolument convaincre les D.J's. de passer leur musique sur les ondes d'un maximum de radio locales et/ou nationales…

Adam White

















"Au moment où Motown trouvait son rythme créatif, la radio du début du rock'n'roll, qui reposait sur la personnalité de présentateurs en roue libre, cédait le pas à des cadres beaucoup plus définis. La musique était désormais choisie par des directeurs de programme, et non plus individuellement par les animateurs. C'était une des conséquences du gros scandale des pots-de-vin révélé en 1959 : quand il devint illégal de payer les animateurs radio pour qu'ils diffusent tel ou tel disque… la quête d'audience prit d'avantage d'importance : désormais, les disques ayant fait leurs preuves sur les stations R'n'B étaient souvent repris par les radios du Top 40." (2)

Ci-dessous, la série complète des simples des Temptations entrés dans le Top 20 entre 1964 et 1973 dont leur n°1 avec Diana Ross & The Supremes (pages 108 et 109)



On est bien aux États-Unis. La machine économique est dans les pas de la création musicale. Pour que les teenagers (et les adultes) achètent les disques il faut une promotion colossale en plus des tournées. White montre en détail le "processus" Motown, de l'amont (écriture des chansons) à l'aval (la distribution). Pour ce qui concerne la fabrication d'un hit il écrit : "Dès les premières mesures "My guy" [1964] vous harponne. Une première ligne de cuivres aussi chatoyante qu'un lever de soleil mène droit à une explosion de percussions, puis Mary Wells glisse avec désinvolture sur les claquements de doigts pour raconter une histoire (3) toute d'attachement et de fidélité. "Tout vient de ce premier vers, de ce "rien ne peut m'arracher", expliquait Smokey Robinson, son auteur et producteur. Robinson a ciselé des paroles associant amour, lettres et timbre-poste, l'illustration même de la logique narrative apprise de Berry Gordy dès leur première rencontre." (4)



Ce souci du détail, White le développe tout au long des 400 pages de ce livre. Mais pour ce qui va suivre préparez vos mouchoirs, vous n'allez pas tarder à entendre siffler le train. "Le développement mondial de Motown alla de pair avec un nouvel intérêt porté aux imports, du moins au travail de la star française (sic) Richard Anthony. Quelqu'un de Detroit - peut-être Gordy en personne, selon Anthony - avait entendu une démo de sa chanson "I don't know what to do"… Quand il apprit qu'on s'intéressait à lui à Detroit, Anthony fut tout excité, d'autant plus quand on lui annonça que Schiffer avait pris l'avion pour Paris. Anthony envoya une Thunderbird de sa collection personnelle pour amener l'avocat chez lui… Berry Gordy annonça la signature [du contrat] lors du vin d'honneur qui suivit le concert de l'Olympia "(5)

L'épilogue (page 376) est titré "Motownopoly" et en sous-titre "Vous êtes nommé Président de Motown ! Payez 25 dollars à chaque joueur." Tout est dit. Il était tentant d'adapter le célèbre jeu Monopoly d'origine américaine à la compagnie Motown avec toutes les étapes de création d'un hit. La cerise (de la reconnaissance) sur le gâteau ! Vous trouverez ici l'interview qu'Alan White a donnée à RFI et le "Reach out" des Four Tops  que le magazine "Rolling stone" a classé parmi les 500 plus grands chansons de tous les temps. 



(1) Otis Williams des Temptations in "Motown" par Alan White, Textuel, 2016, 
(2) Page 32,
(3) C'est moi qui souligne,
(4) Page 131,
(5) Page 187.
Michael Jackson
Newsweek magazine
6 Juillet 2009
(après son décès) 

vendredi 13 octobre 2017

67/68 : une autre révolution culturelle… Motown, l'usine à hit (6/44)

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Ici, le vendredi, jusque fin juin 2018, en complément du feuilleton "société" publié chaque lundi, je vous raconte, quelques faits marquant de "la vie culturelle" de l'époque. À travers les livres, les films, les disques qui ont marqué la révolution culturelle qui couve. Avec des archives audio radio en exclusivité, les sources de la presse nationale et régionale, et… mes propres souvenirs.


6. Motown, mythes et légendes…
Début 2009, la radio publique rend hommage à la maison de disques Motown, créée en janvier 1959 par Berry Gordy à Detroit dans le Michigan. Une "usine à hit" au milieu des usines automobiles les plus prestigieuses des États-Unis. Créée par un Noir qui se défendait de vouloir produire de la musique pour les Noirs, Motown a non seulement permis aux afro-américains de conquérir le marché de la musique, mais surtout d'entendre soul, R&B et pop sur quantités de radio dans l'ensemble des États-Unis. Ces radios locales, nationales qui, à l'époque, faisaient les carrières (et les ventes, bien sûr) des musiciens, chanteurs et autres groupes aux leaders charismatiques. Mais surtout Motown a été un acteur majeur de la déségrégation.

En France, en 1959, c'est surtout "Salut les copains" (1) qui va accompagner cette lame de fond, "exploitée" par les compagnies discographiques françaises qui proposaient aux chanteurs yéyé des textes français sur les musiques venues d'Angleterre et des États-Unis. La liste, ci-dessous, non-exhaustive, devrait vous faire rêver (2). Mais il y a un événement très grave qui a frappé "Motown" en 1967, ce sont les émeutes du 23 juillet qui ont plongé Detroit dans un apocalypse tragique.




en 2016, Adam White a publié , LA somme pour raconter l'épopée de Berry Gordy, Barney Ales et la myriade d'artistes Motown. Alors que "Detroit" le film de Kathryn Bigelow est sorti mercredi en France, White écrit dans le prologue de son livre (3) : "les flammes déchaînées qui s'élevaient de la 12ème Rue vers le ciel d'été, fournaise à 32°C, avaient exactement les mêmes couleurs que l'enseigne au néon surmontant le Chit Chat Lounge voisin. Seule la fumée noire s'élevant en spirales au-dessus du brasier rompait cet accord parfait entre flammes et électricité. Moins d'une dizaine de mètres les séparaient.

De l'autre côté de la rue, un autre incendie éventrait les devantures des boutiques. Celui-là était plus rageur, plus vif. Lui aussi gagna bientôt les toits. Au beau milieu de la rue, les gyrophares d'une voiture de police, seuls signes d'une quelquonque autorité à ce moment précis des émeutes de Detroit, en 1967".

Supplément spécial, demain, pour vous en dire 
un peu plus sur ce livre… 


(1) Émission de Daniel Filipacchi sur Europe n°1, 1959-1968,

(2) Les gendarmes, Claude François, Johnny Hallyday, Eddy Mitchell, Dalida, Régine,Françoise Hardy, Rika Zaraï, Richard Anthony, Sylvie Vartan, Lucky Blondo, Sheila, Hervé Villard, Line Renaud, Daniel Gérard, Les compagnons de la chanson, Nana Mouskouri, Nicoletta, Marie Laforêt, Hugues Aufray, Annie Cordy, Sacha Distel, Monty, Martin circus, Les chaussettes noires, Les chats sauvages, Dick Rivers, Patrick Topaloff, Jean-Jacques Goldman, Francis Cabrel, Claude Nougaro, Franck Alamo, Dave, Annie Philippe, Michèle Richard, Corinne Sinclair, Petula Clark, Nancy Holloway, Les vautours, Burt Blanca, Les surfs, Dany Logan, André Claveau, Henri Salvador, Michel Pagliaro, Mireille Mathieu, Ginette Reno, Serge Gainsbourg, François Valéry,… et plus si affinités !

(3) Édité en France par Textuel, traduction de Christian Gauffre, octobre 2016. 400 pages. Sublime mise en page, iconographie somptueuse, histoire extraordinaire. Rien moins !

lundi 9 octobre 2017

68 : et si tout avait commencé avant… Che Guevara (6/43)

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Chaque lundi, jusque fin juin 2018, je vous raconte, ici, les prémices de ce qui a pu présider aux "événements" de mai 1968. Avec des archives audio radio en exclusivité, les sources de la presse nationale et régionale, les témoignages de quelques témoins précieux et… mes propres souvenirs.


6. Che Guevara : médecin, révolutionnaire, icône
Il y a juste cinquante ans, le 9 octobre 1967, Ernesto Rafael Guevara est tué par l'armée bolivienne à La Higuera (Bolivie). Il a 39 ans. Avant que le portrait qu'en a tiré Alberto Korda ne devienne un poster qui s'affichera dans bon nombre de chambres d'étudiants, la CIA et l'armée bolivienne ne savent pas que cet assassinat fera du Che une icône aussi définitive qu'Einstein, Marx ou Marilyn. En 67, pour un jeune adolescent, la Bolivie, l'Argentine où est né le Che, Cuba où il participa aux côtés de Fidel à la Révolution cubaine, sont très loin. On ne discute pas encore de politique internationale aux repas dominicaux et encore moins de communisme.


Éditions François Maspero



















Un témoin de l'époque, Régis Debray était en Bolivie avec le Che, quelques mois avant que ce dernier ne soit arrêté et exécuté. Le philosophe français n'a que vingt-six ans et est un ami de Fidel Castro. Il n'en faut pas plus pour que des rumeurs de trahison s'installent. C'est peu dire que la littérature et le cinéma n'en auront jamais fini d'épuiser le sujet (1). À la radio, vingt ans plus tard, Robert Arnaut dans ces "Chroniques sauvages", sur France Inter, raconte le Che avec plusieurs invités.

En intégralité et en exclusivité jusqu'au 30 octobre



Régis Debray à Camiri en Bolivie (29 août 1967)


En France, François Maspero libraire à Paris, puis éditeur a publié dès le début des années 60, les textes d'Ernesto Che Guevara.













13 juillet 1967 à Paris François Maspéro 
Conférence de presse retour de Bolivie  
Crédits : François Maspéro - AFP

(1) Deux références parmi l'abondance. Livre : Jean Cormier, "Che Guevara, compagnon de la Révolution", première parution en 1996, nouvelle édition en 2017, 
Collection Découvertes Gallimard (n° 272), Série Histoire, Gallimard, Parution : 14-09-2017. Au cinéma "Carnets de voyage" de Walter Salles, 2004.

vendredi 6 octobre 2017

Valero par ci, Valero par là… Chega de saudade

Oui, je sais, vous allez vous dire "Valero ? Mais Fañch t'en as pas déjà parlé tantôt ?". Bien, y'en a qui suivent. Et alors j'ai bien parlé mille fois de France Culture, non ? Je peux bien évoquer deux fois (ou trois) Laurent Valero, non ? C'est qui le rédac-chef hein ? Bon je vous explique il se trouve que lors d'un récent voyage en train, j'eus l'occasion de recommander à ma voisine de siège quelques bonnes choses à se mettre entre les oreilles. Alors que les médias se sont emparés d'une nouvelle tarte à la crème dite "syndrome du dimanche", j'évoque, avec elle, ce doux moment sur France Musique où l'on tend à l'universel, au tour du monde permanent, à l'ivresse, à la joie. Et à la paix assurément. Pas moins les bicquets, pas moins. Assez pour désirer. 



Comment raconter une histoire sans se raconter d'histoires ? Voilà le tour de force auquel Valero parvient quand le bruit ambiant des causeurs est devenu inaudible. Valero fait parler les conteurs qui, ici, s'appellent des chanteuses ou des musiciens. Il pose l'essentiel, donne deux trois clefs, ouvre le coffre et nous embarque dans l'aventure d'un standard qui démultiplie la richesse des interprétations, arrangements, chants et autres instrumentaux inédits. Benêts (ou incultes c'est selon) si nous connaissons trois, voire quatre interprétations d'un standard c'est bien le bout du monde. Avec ça, vaniteux, on biche et quelquefois même on pérore ! Là, plus de quoi fanfaronner les bicquets, Valero nous donne de très grandes "leçons" de standards et ceux-ci prennent une tournure extraordinaire. 

"Chega de saudade"… J'en suis à ma troisième écoute pour écrire ce billet. Antonio Carlos Jobim e Vinicius de Moraes, sont à l'honneur (1). La légèreté et la douceur d'Elli Medeiros posent le tempo de l'émission. Le ton est donné et Elizeth Cardoso de chanter le désir jusqu'à le magnifier. Je prends le rythme, tape en mesure sur l'ordi, claque des doigts, et essaye même de siffler. Si quelquefois j'ai pu entendre l'originale, j'ai tout appris du standard méconnu. ¡ Y viva bossa y nova ! Se présentent alors Joao Gilberto, Dizzy Gillespie, Lalo Shifrin, Jon Hendricks, Jacqueline Boyer, Jacob Do Bandolim, La Banda Tropicalista do Duprat, Helen Merrill, Gary Burton, Tania, Stan Getz, Rolando Faria, Vinicius De Moraes, Elis Prodon et Carmen McRae, et Zimbo trio…

N'en jetez plus la cour (des miracles) est pleine. Y'a plus de dimanche, plus de lundi. Valero tisse l'instant, la joie simple du moment. Émouvant, transportant, vibrant. Remettez deux thunes dans l'bastringue et réécoutez tout ça plusieurs fois. ¡ Caramba !

Ce dimanche ne loupez pas à 19h, "La rivière de la lune" dite aussi "Moon river", Oscar de la meilleure chanson en 1962… (Audrey Hepburn,  Johnny Mercer, Henry Mancini, Blake Edwards, Truman Capote,…)



Et le 15 octobre "Everybody's talkin'" de Fred Neil…



(1) Diffusé dimanche 1 octobre, France Musique, 19h,

67/68 : une autre révolution culturelle… Woody Guthrie (5/44)

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Ici, le vendredi, jusque fin juin 2018, en complément du feuilleton "société" publié chaque lundi, je vous raconte, quelques faits marquant de "la vie culturelle" de l'époque. À travers les livres, les films, les disques qui ont marqué la révolution culturelle qui couve. Avec des archives audio radio en exclusivité, les sources de la presse nationale et régionale, et… mes propres souvenirs.

Woody Guthrie, 1912-1967

5. Cette machine tue les fascistes…
Pas sûr que Jacques Vassal, journaliste, spécialiste de musiques folk et populaire, ait en novembre 1967, dans Rock and Folk (1), écrit un papier sur le hobo solaire, merveilleux folk-singer américain de la première moitié du vingtième siècle qui, sur sa guitare, avait collé son credo "This machine kills fascists". Woody avait choisi son camp. Celui des déshérités, déplacés, exclus et autres abandonnés sur le bord de la route. Comme ceux décrit dans le livre de Steinbeck "Les raisins de la colère" et dans le film éponyme de John Ford (1940). La famille de Tom Joad (2) est contrainte de quitter l'Oklaoma (État d'où est originaire Guthrie) pour émigrer vers la Californie et tenter de retrouver travail et dignité.

Guthrie a écrit deux livres (3) qui racontent son parcours et ses engagements clairs contre la machine à broyer capitaliste. Dylan fera sa rencontre quelques semaines avant sa mort le 3 octobre 1967. On découvrira son fils, Arlo, dans le film du festival de Woodstock (août 1969) débarquant en hélicoptère (les routes sont bloquées) pour chanter "Coming into Los Angeles"… (4) Le 22 septembre 2000, "Surpris par… la nuit" d'Alain Veinstein sur France Culture, consacrait son émission au folksinger : "Le Protest Song : la révolte en chantant, de Woody Guthrie à Bob Dylan". Je guette quelle chaîne du service public rendra, ces jours-ci, hommage à Woody ?



(1) N°12 de novembre 1967. Je dis "pas sûr parce que, pour l'instant, je n'ai ni trouvé le sommaire de ce numéro, ni le n° ! Ce mensuel qui, en novembre 67, fête sa première année d'existence a été fondé par Philippe Koechlin (1938-1996). Son titre Rock&Folk donnait la garantie de rapprocher les aficionados de l'une et l'autre musique ou de les diviser à jamais et de les inciter à acheter… "Best",
(2) Bruce Springsteen en a fait une chanson, "The ghost of Tom Joad". Si vous aimez ce chanteur cette "Grande Traversée" de Judith Perrignon où il sera question de Tom Joad vous passionnera,

Réédition de 2012

(3) Ces deux livres ont été traduits par Vassal. Woodie Guthrie, En route pour la gloire : autobiographie, Albin Michel, 1973. Woodie GuthrieCette machine tue les fascistesAlbin Michel, 1978. "En route pour la gloire" a donné lieu à un film américain réalisé par Hal Ashby, sorti en 1976 et interprété dans le rôle de Guthrie par David Carradine (la ressemblance n'était pas frappante),

(4) J'ai choisi cette vidéo car on y voit Arlo à son arrivée à Woodstock, ensuite il y a d'autres extraits du festival. Août 69 : le mouvement hippie est presque mort. Le concert des Rolling Stones à Altamont (Californie) et le meurtre de Mérédith Hunter, fermera violemment la page de l'utopie du flower power.