mercredi 19 juin 2019

La fabrique du producteur : Emmanuel Laurentin !

Je me dois de faire précéder ce coup de chapeau au producteur historique de France Culture à une très grande voix de radio qui s'est éteinte hier à 97 ans : Zappy Max ! Vous pourrez retrouver la verve de l'ancien animateur de "Ça va bouillir" sur Radio Luxembourg en lien sur le mot "Zappy…". Ce pourrait être une voix oubliée mais, pour les amoureux de radio de plus de cinquante ans, il est le modèle idéal d'une radio populaire, inventive, joueuse et en phase avec son public ! Salut Zappy, salut l'artiste ! Et puis cela fera sûrement sourire Emmanuel Laurentin, auditeur de RTL dans sa jeunesse, que ce billet qui lui est consacré soit illustré par la photo de Zappy !






















La semaine dernière bousculant les traditions, la directrice de France Culture, Sandrine Treiner, s'est présentée au micro de Guillaume Erner accompagnée d'Emmanuel Laurentin, producteur depuis 20 ans de "La Fabrique de l'histoire". Pour annoncer le départ d'Emmanuel de "La Fabrique" et de fait de la fin de cette émission-là et de son "atterrissage" au Grain à moudre (1). Il était bien de connaître assez tôt ce changement qui a remué la sphère historienne quelques jours après cette annonce inattendue. Laurentin aura donc eu son quart-d'heure warholien sans que ça n'entame ni sa discrétion ni son humilité.

Laurentin fit ses débuts à Radio France en 1986, dans la matinale de Jean Lebrun (France Culture) "Culture matin". Puis ce sera le remplacement opportun de Patrice Gélinet, fin 1996 pour animer "L''histoire en direct". En 1999, pour la première grille de la nouvelle directrice Laure Adler, Laurentin inventera "La Fabrique de l'histoire" en hebdo (le lundi), puis en quotidienne à partir de 2005 jusqu'à aujourd'hui.

Joli parcours, florilège d'invitées et d'invités, pour rendre l'histoire vivante et en prise  directe avec la société moderne et… actuelle ! Laurentin sans relâche a tenu vingt ans. Vingt ans c'est épatant mais quelque part ça doit vous faire vivre deux journées en une. Tant la recherche des sujets, la préparation, les lectures et la documentation représentent une somme de travail considérable. Bien sûr Laurentin pouvait compter sur une équipe (composée exclusivement de femmes, jusqu'à l'arrivée de Victor Macé de Lépinay) qui elle non plus n'a pas démérité. À quelle sauce sera-t-elle mangée à la rentrée ? Personne ne le sait ni même la directrice de la chaîne comme elle l'a annoncé dans la matinale d'Erner mi-juin.

L'histoire à France Culture a toujours eu une place de choix. Laurentin parti, c'est la "vieille école" qui tire son chapeau. Laurentin avait bénéficié de la transmission de ses devanciers (Le Goff, Farge, Perrot,…) et d'une certaine façon de Jean Lebrun, producteur de "La marche de l'histoire" sur France Inter. Ce doit être grisant pour Laurentin de réinventer une émission. Ce doit être grisant pour nous auditeurs d'y plonger bientôt nos oreilles quand nous désertions à la même heure quarante minutes d'actu à la sauce d'un grain moulu.




Alors, avant ses vacances qui j'espère lui permettront de faire le grand vide, un grand merci à Emmanuel Laurentin pour ses matins historiques qui, années après années, nous permirent souvent d'éclairer le présent. Merci à toute son équipe et bonne chance à chacun.



(1) 18h20-19h, à cet horaire il y aura une nouvelle émission, nouveau nom, nouvelle équipe, plutôt autour de l'actualité à travers le prisme de jeunes chercheurs en sciences humaines,

mardi 18 juin 2019

Lettre ouverte à Madame Sibyle Veil, Présidente Directrice Générale de Radio France…

Madame la Présidente Directrice Générale de Radio France,
Dimanche dernier Frédéric Martel, producteur à France Culture vous recevait, de 19h à 20h, dans "Puissance douce" (1). Je pense que vous êtes consciente de votre privilège de pouvoir disposer d'une heure de tribune sur une chaine publique d'un groupe que vous présidez. Vous aurez sans doute, lors d'un prochain Comité Social d'Entreprise Central (CSEC), l'occasion de proposer aux organisations syndicales de pouvoir faire part aux auditeurs de leur inquiétude face à votre plan stratégique 2019-2022 (2).



D'abord, pendant toute cette émission je vous ai écoutée, j'ai pris des notes mais, j'ai le regret de vous le dire, je n'ai pas entendu la radio. Je suis connu pour être un écouteur et donc je me pique d'avoir quelques qualités pour écouter(3). Je n'ai pas entendu la radio qui devrait battre en vous. Une radio qui me parlerait, qui me mettrait dans la confidence, qui m'assurerait qu'au-delà des chiffres que vous savez si bien asséner, notre histoire va se poursuivre. Au lieu de quoi, sans la moindre modulation, comme à l'Assemblée nationale et comme vous l'aviez fait devant le CSA il y a un an, vous avez dit la messe ou plutôt votre catéchisme. D'une vision technocratique et glaciale de l'avenir de la radio publique. D'ailleurs ce mot "radio" vous le prononcez si peu qu'on pourrait croire que vous l'avez déjà remplacé par le sémillant "audio". 

Pour faire bonne figure Martel avait invité trois journalistes (4). Ces derniers, très au fait de l'actualité de Radio France, ont eu beau vous poser des questions pertinentes vous avez répondu de cette façon qui va devenir votre marque de fabrique, avec les mêmes mots, défendant votre projet et incapable d'imaginer les alternatives qui existent et dont vous n'imaginez même pas vous saisir ! Martel cite l'article de Mauduit (5) dans Mediapart, vous rebondissez avec une pirouette mais ne répondrez pas à la différence d'évaluation qu'a fait le cabinet Tandem concernant les charges salariales prévisionnelles et celles de votre plan (ce qui a des incidences énormes sur les emplois qui pourraient disparaître). 


Je pourrai reprendre chacune de vos phrases et les remettre en question ! Vous psalmodiez vos mantras de façon très douce, vous pourriez être persuasive si nous ne savions pas que derrière la belle mécanique que vous appelez de vos vœux se cache un effroyable plan de destruction massive de la radio de service public. Vous faîtes votre des orientations impulsées directement par l'Élysée et par Bercy. Pour ne pas dire par Emmanuel Macron lui-même. Sur les bancs de la même école vous avez appris l'enfumage avec un verbiage dont personne (ou presque plus personne) n'est dupe.



Bérénice Ravache, Jack Dorsey















Preuve s'il en fallait une quand vous dîtes que l'écoute de Fip est confidentielle ! Faudrait savoir ! C'est votre sentence ce dimanche quand quelques jours plus tôt Bérénice Ravache directrice de Fip recevait Jack Dorsey, patron de Twitter. Alors pas si confidentielle que ça la radio qui dans deux ans fêtera ses 50 ans ? Dommage que dans cette école nationale d'administration on ne vous ait pas fait entendre les voix des dirigeants (du groupe ou des chaînes) qui vous ont précédée. Plusieurs parlaient radio sans grésiller mais avec un cœur qui battait pour un média qu'il devait défendre et développer.

Si cette lettre arrive jusqu'à vous en ce jour de grève, j'espère que vous la lirez. Je n'ai absolument aucune espérance qu'elle puisse vous mettre quelque doute que ce soit. Pourtant si vous aviez un peu moins d'assurance, un peu moins de certitudes, un peu moins de distance avec les salariés de Radio France, vous auriez pu écouter des femmes et des hommes qui vous auraient parlé radio. Pas numérique ! Radio. Ce formidable média que vous louez mais que vous ne connaissez pas et dont vous connaissez encore moins l'histoire intime.


Dimanche soir vous avez eu de la chance, Martel d'ordinaire perfide avec ses invités ne vous a pas gratifié d'un de ses mots qui ne font rire que lui, ni n'a essayé de vous mettre en difficulté. Vous avez bien fait d'aller là c'était sûrement le meilleur endroit ou vous pouviez être sûre de ne pas être contredite ! Autrefois (du temps de Peyrefitte, vous connaissez ce directeur de l'information à l'ORTF ?) suite à votre passage sur l'antenne on aurait parlé de radio d'État. C'est pareil aujourd'hui, grand commis de l'État vous accomplissez, avec beaucoup de zèle et de détermination, le fait du Prince. Pensez-vous vraiment que les auditeurs et le personnel vont avaler la couleuvre ? Non, et ils risquent de le dire assez fort si on veut bien (pour les auditeurs) leur donner les éléments du débat ou de votre projet stratégique.



La Maison de la radio, vue du ciel















Pour conclure, Madame, vous n'avez pas le droit de détruire Radio France. Vous devez accepter la contradiction et convoquer les auditeurs aux États Généraux de la radio publique qui seraient la suite logique de la consultation citoyenne d'octobre dernier. En aurez-vous le courage ? En aurez-vous l'audace ? En aurez-vous la dignité ?

À bon entendeur, salut !

P.S. : J'espère Madame que vous saurez conseiller à votre futur directeur de la musique, Didier Varrod, de ne pas avoir la maladresse de publier les "playlists de grève" comme ce dernier l'avait fait en juin 2015 pour France Inter,

(1) J'ai traduit en français pour que votre groupe soit en accord avec sa philosophie de la promotion et diffusion du français. Nous restons persuadés que Martel a une capacité énorme d'influence dans les médias et qui sait à Radio France ?
(2) Le Livre blanc "Radio France 2022, une nouvelle ambition de service public",
(3) Je réalise ce blog depuis juillet 2011 et ai publié 2060 articles sur la radio publique,

4) Amaëlle Guitonjournaliste à Libération, spécialiste des enjeux numériques. Emmanuel Paquettejournaliste à l'Express, spécialisé nouvelles technologies et médias. Gilles Fontaine journaliste à Challenges,
(5) "Crise à Radio France: un rapport dément les chiffres de la direction", 16 juin 2019,

lundi 17 juin 2019

Un gringalet dans un jeu de quilles…

J'écris ce billet samedi pour parution aujourd'hui. J'ai carrément le blues. Une machine infernale est en marche. Et à moins d'un changement de régime, je vois mal comment l'opération programmée d'extinction de la radio publique (fréquence historique) s'arrêterait. Bien plus que la mue c'est tout un esprit qui n'anime plus, ni les élites (de l'État au Ministère de la Culture, en pensant par la représentation nationale) qui n'écoutent pas les programmes de radio (je ne parle pas des infos), ni la pléthore de dirigeants (cadres en tout genre, directeurs de chaînes) qui managent cette entreprise audiovisuelle, Radio France, comme ils le feraient aussi bien (aussi mal) avec une start-up, une grande enseigne de distribution, où une boîte de téléphonie (sans fil). 



On nous a baratiné et cassé les oreilles, depuis cinq ans, sur les principales chaînes de Radio France en fin de chaque émission pour nous "vendre du podcast". Il fallait podcaster à tout va. Clicque, clique, clique. Quitte à ne jamais mettre une oreille dans sa bibliothèque qui, peu ou prou, ressemblait à la plus petite plateforme d'une enseigne de distribution alimentaire ! Une fois le podcast bien installé dans les mœurs médiatiques il ne restait plus aux dirigeants de Radio France qu'à roucouler, sûre qu'avec cette "option" ils allaient renouveler l'audience et attraper du "jeune" en moins de temps qu'il ne le fallait pour le dire.

L'affaire s'accompagnant de débauche numérique, de mots tarte à la crème -média global, radio filmée -, de communication syncopée, de roucoules au-delà de l'audible et d'auto-satisfaction que celle de Didier Varrod (1) pourrait apparaître comme humble (sic) ! L'affaire était entendue ou devait s'entendre "Le XXIe siècle serait numérique ou ne serait pas" ! Et bam on reçycle une pensée illustre de Malraux, on pose dans une galerie, on se surexpose chez Médiamétrie (un club à la mode) et on fait les yeux doux aux tutelles qui ont trouvé enfin une dirigeante à la hauteur pour "tailler dans le lard".

Ça c'est ce qui se joue sur les podiums médiatiques. Quand "vu et connu", apparaît en semelle de plomb (de chez Dior) un jeune loup spécialiste des boîtes mais pas de Graeme Allwright. Patatrac le joli château de cartes (numérique) que Laurent Frisch, Directeur du Numérique et de la Production (Radio France) nous vendait en toutes occasions s'écroule. Où l'on découvre que les podcast de Radio France ne sont pas assez "protégés" et peuvent être exploités et diffusés par d'autres opérateurs de musique et ou de podcasts. Gallet (2) a mis les pieds dans le PAF (Podcasts Audio Français) et à cause de lui on est en train d'assister à la retraite de Russie, Apocalypse now et à la Saint-Barthélémy réunis.



Les "petits" podcasteurs se rebiffent avant d'être mangés tout crus, les gros veulent encore plus de gâteau et Radio France profitant du "malaise" annonce sans barguigner l'ouverture aux co-productions comme ça, entre deux, dans la panique d'une gestion pour le moins légère d'autorisations pour tel ou tel de diffuser ses podcasts et l'interdiction pour d'autres (3). 

Alors que tout laisse entendre que la mue de Radio France file vers l'inexorable destruction massive des métiers, des savoirs-faire et des pratiques, pendant ce temps ailleurs dans le monde, d'autres petits génies inventent la radio de demain sans en faire tout un fromage. "Il s’agit d’une nouvelle liste de lecture Spotify qui associe le meilleur des émissions d’actualités, y compris la pertinence et la personnalité des hôtes, au meilleur de la diffusion audio en continu (à la demande, en lecture personnalisée et en découverte) », explique Spotify. « Celle-ci combine la musique que vous aimez avec des mises à jour mondiales pertinentes et opportunes issues de sources réputées – le tout dans une expérience d’écoute homogène et unifiée." (4) 

T'as compris ? Les dés sont jetés et pas que les dés (5) ! Une forte pluie va tomber ("A hard rain's a-gonna fall")
(À suivre)
Demain "Lettre ouverte à Sibyle Veil"…

(1) Le futur Directeur de la musique de Radio France (xème dirigeant récemment nommé) affirme avoir découvert la quasi totalité de la nouvelle chanson française dans son émission hebdomadaire de France Inter,
(2) Dans le rôle de St Innocent (aux mains pleines) le startuper a réussi non seulement à se mettre tout le monde à dos, renverser la table à Radio France et grimper sur son arbre roucouler avec dans son bec LE fromage, 

(3) Le 11 juin 2019, Laurent Frisch, annonce dans "Du grain à moudre" sur France Culture, [il est] "dans le champ des possibles d'accueillir les contenus d'autres producteurs" [que ceux de RF s'entend, ndlr]. Des coproductions pourquoi pas aussi …",

(4) Avec la nouvelle playlist intitulée Your Daily Drive, Spotify imite la radio avec de la musique et des podcasts sur l’actualité"" in "Comment Spotify pourrait tuer la radio traditionnelle", PresseCitron, 12 juin 2019. On notera "imite la radio" !

(5) Dans un article publié le 16 juin sur Mediapart, Laurent Mauduit écrit à propos de Sibyle Veil : "En assurant la promotion de l’une de ses proches à la tête de Radio France, Emmanuel Macron attend d’elle qu’elle se comporte comme une préfète. Qu’elle coupe dans les crédits comme dans les effectifs. Qu’elle fasse des économies sans trop se soucier des missions de service public." in "Crise à Radio France: un rapport dément les chiffres de la direction", 



Pour mémoire : "À tant d'idées, d'images, de sons,… à toutes ces rafales de suggestions déclenchées vers la foule secrète des esprits, bref à la radio fallait-il une maison ? Oui." Charles de Gaulle, 14 décembre 1963,
(Emmanuel Laurentin, producteur à France Culture, avait révélé pour les 50 ans de la Maison de la radio, qu'il avait retrouvé les notes de de Gaulle et que ce dernier avait biffé le mot "mission" pour le remplacer par "maison")

dimanche 16 juin 2019

Dimanche dans un fauteuil d'archives, 14

Par les temps qui courent… il vaut mieux ce dimanche démarrer par le grand Jimi. Gérard Tourtrol dans "Le rythme et la raison" sur France Culture brossait en 1990, le portrait du guitariste prodige. Quand je lis "le rythme" et "la raison" je trouve que ces deux mots ne riment plus du tout avec France Culture. Alors, tant qu'à faire d'aller à la boucherie, allons-y vraiment avec un boucher magnétique, nature, émouvant. Boucher, un métier de gestes et de figures (de style)… un peu comme un guitariste solaire !

 Rue des Archives/©Rue des Archives/CPA






















À dimanche prochain, 10h…

jeudi 13 juin 2019

FIP : je vous parle d'un temps…

J'ai beaucoup écrit sur la musicale de Radio France, sans jamais (?) employer le mot passe-partout que Gallet, l'ex de Radio France avait inventé de toute urgence pour essayer de démentir les gazettes qu'il y avait de la restructuration régionale dans l'air. C'était un temps, où son n°2 (1), Frédéric Schlesinger avait décidé de passer par "pertes et profits" les Fip et les animatrices de Bordeaux, Nantes et Strasbourg. Quatre ans plus tard la "nouvelle" Pédégère remet le couvert et laisse les personnes concernées dans une expectative absolue ! Trois p'tits chapitres pour trois façons d'aborder le sujet !














1. Veil a dit
Cette page (17) est extraite du Livre blanc "Radio France 2022, une nouvelle ambition de service publicqui a été présenté en Comité Social et Économique Central (CSEC) et au personnel jeudi dernier par la Pédégère de Radio France, Sibyle Veil. Si vous arrivez à lire que les Fip régionales sont confortées dans leur position, ouvrez vite un cabinet de voyance. Veil veut s'appuyer sur la diffusion du programme musical en dab+ pour justifier ce qu'elle ne nomme pas encore la fermeture des locales. Le paravent peut se lire ici :"Aller à la rencontre des acteurs culturels et des auditeurs pour renforcer les liens avec eux : délocalisation de l'antenne sur le territoire, organisation de Live à Fip à Paris et en région, organisation de Fip Tour (sic) (renforcement des liens avec les acteurs culturels qui osent la création et soutiennent les nouveaux talents), création d'un radio-crochet des programmateurs (re-sic)"

Un collectif d'auditrices et d'auditeurs et les animatrices des antennes de Bordeaux, Nantes et Strasbourg ont élaboré une contre-proposition qui, tenant compte de l'existant, permettrait aux antennes locales de rayonner en 5 grandes régions et de poursuivre et développer les partenariats culturels établis depuis plusieurs décennies. Pour l'instant la Pédégère n'aurait pas donné suite.



















2. Jack a dit
Forcément si le Pdg du réseau social Twitter s'esbaudit en septembre 2017 d'avoir croisé la meilleure radio du monde, chacun de s'enchanter d'un tel soutien et/ou promotion. Jack a remis le couvert la semaine dernière en s'invitant dans les locaux parisiens de Fip, prenant le micro pour délivrer sa playlist. C'est bien ! J'ai imaginé que quelques membres du personnel de Radio France pourraient aussi établir une playlist diffusable à l'antenne. J'ai interrogé plusieurs d'entre eux (20) en précisant qu'ils devaient choisir un titre entendu sur Fip ! Et voilà le travail ! À écouter absolument !



Au micro, une animatrice…













3. Dhordain a dit
Pour finir, cerise sur le gâteau, avec cette archive extraordinaire. En 1971, Roland Dhordain est patron de la radio au sein de l'Office de Radio et Télévision Française (ORTF). On est en juin 1971, France Inter Paris (Fip 514) a six mois (2). Dhordain le futé (il a été scout) imagine que pour les 4 semaines d'août et la première de septembre ce sont les animatrices de Fip qui vont prendre l'antenne de France Inter (soit genre 24/24 comme le disait le slogan!). Ça s'appellera France Inter Vacances (FIV). Je donnerai cher pour entendre à quoi ça a pu ressembler.

Aujourd'hui, on ne peut pas imaginer un seul instant qu'aucune des directrices des chaînes concernées n'ait assez d'audace, d'intuition et de bon sens pour oser ça ! Et oui le culot et la confiance de Dhordain en ses équipes ont fait des merveilles. Dhordain était un homme de radio !



(1) On leur donne des numéros sans doute pour qu'aucazou ils puissent se recycler dans les courses hippiques. C'est comme ça que le n°2 d'Europe 1 suite à une mauvaise entorse est forfait…
(2) Dhordain voulait utiliser une fréquence disponible à Paris pour faire du service et du radio guidage. Jean Garretto et Pierre Codou (les inventeurs de l'Oreille en coin, France inter) l'ont fait avec un slogan : Fip, 60 minutes de musique par heure.

mercredi 12 juin 2019

Gallet vient d'ouvrir une nouvelle boîte : Pandore !

"T'es sûr Fañch qu'elle s'appelle comme ça ? Oui oui j'suis sûr ! Tu sais, doute de rien le gazier, sous ses airs de premier d'la classe, avec sa morgue et son courroux il n'aime jamais autant qu'être arrogant et perfide". Donc Mathieu Gallet, l'ex de Radio France vient d'ouvrir sa plateforme logistique de podcasts et du même coup, sans rire, Pandore (un pote à lui !) la boîte qui va avec. Effets immédiat sur les internets ! Ça tire de partout et le startuper de rester sur sa superbe, mais en moins bien que Biolay.



Quel meilleur autre moyen pour attirer à soi, sur sa plateforme, des auditeurs payants que d'offrir gratos les podcasts des entreprises audiovisuels publiques, sans bourse délier ? Le managère de moins de cinquante ans, sans coup férir, l'a fait et en "bon" communiquant a été roucouler dans une émission de TV à forte audience (1). Médiocre communiquant en fait puisque c'est Yann Barthès, l'animateur du show, qui, citant Les Échos l'informe que Radio France va lui demander de retirer de sa plateforme les podcasts du groupe public. Et bam ! Gallet est maintenant un habitué des revers et pas seulement ceux de Roland Garros (oui, je sais c'est facile, mais bon ça fait du bien).

Et c'est là que la machine à effets démultipliés entre en scène (2). Je vous mets en lien ci-dessous quelques avis sur la question. Pour ma part je retiendrai que le personnage fidèle à sa légende n'a aucun scrupule, défie toutes les lois du "gentlemen's agreement", ironise mauvais pour garder la face, fais le beau tel le paon et rallie à son panache (blanc ?) une palanquée d'inféodés. Roucoule, roucoule, roucoulera bien qui roucoulera le dernier !

(1) Quotidien, TMC, 4 juin 2019, 
(2) Dans un long fil (thread) sur son compte Twitter, Joël Ronez (Binge audio) écrit le 5 juin : "Nous sommes dans un moment historique où le marché est fécond, créatif, vivant, et il y a mille choses à faire ensemble plutôt qu'avoir peur les uns des autres. Binge Audio co-produit aujourd'hui avec la Radio Télé Suisse (RTS), a des projets avec la BBC, et est prêt à bosser avec Radio France",

• Denis Verloes, "Le bras de fer Majelan-Radio France",
• "Vers la fin du libre service pour les podcasts de Radio France", Les Échos, 4 juin 2019, 
• Patrick Beja, "Controverses podcastiques",
• Le podcast est un média ouvert,
• L'appel de "Cochin" du podcast,

Ce billet a été écrit avant la diffusion de ce "Grain à moudre"


Dans les dernières minutes de l'émission Laurent Frisch, directeur du numérique à Radio France annonce : [Il est] "dans le champ des possibles d'accueillir les contenus d'autres producteurs [que ceux de RF s'entend, ndlr]. Des coproductions pourquoi pas aussi."… CQFD !

mardi 11 juin 2019

Mue de Radio France : en trois mots comme en cent… (3)

Voilà le troisième volet d'une série qui, à partir du Livre blanc "Radio France 2022, une nouvelle ambition de service public", a dressé quelques hypothèses sur l'avenir de la radio publique. Ce fameux Livre Blanc n'est pas tombé du ciel. Il est la synthèse de plusieurs années de mise en œuvre du sabotage du service public audiovisuel. Nouvelle Présidente (de Radio France) = nouvel habillage d'un objet de destruction massive. Rampant. "On" le verra tout à l'heure l'issue sera fatale… O tempora o mores…














Plateforme (1)
Voilà le grand mot lâché ! Avant, au siècle dernier il y avait la "Maison de la radio" inaugurée en décembre 1963 par Charles de Gaulle, président de la République. Un lieu unique pour la recherche, la création, la diffusion radiophonique. Maison n'est plus tendance. Et puis dans maison il y a famille. Et dans famille il y a racines. Dans plateforme il y a logistique, périphérique, mécanique. Vous la sentez la nuance ? Non ? Niveau température on passe juste du chaud au froid. De quoi attraper la crève.

Rappel : c'est aussi avec des mots, des slogans qu'on fait muter les sociétés. Le mot radio sera bientôt à ranger au musée. Le mot audio a pris le dessus. Audio ça parle aux jeunes. Radio c'était bon pour la TSF (Téléphonie Sans Fil) et le transistor. Audio c'est pop, podcast, vidéo et tout le toutim ! Right ? "On" guettera la future loi audiovisuelle pour voir si ce mot de légende, "radio", y a encore sa place. Plateforme c'est le mot (et le projet) pour faire disparaître le monde radiophonique d'avant. Les savoirs-faire et ceux qui en étaient dépositaires : les professionnels de la profession. Derrière numérique, "mot magique", ça va être le grand nettoyage, genre méga coup-de-balai. C'est inéluctable.

Dans quelques mois, lors d'une audition de la Pédégère de la holding audiovisuelle (2) par la Commission Culturelle de l'Assemblée nationale, une députée tentera : "Bon maintenant que vous êtes dématérialisés (sic), moderne, que les directeurs de chaînes ont disparu, que vous produisez des milliers d'heures de podcasts, des natifs, des étrangers (sic), des co-produits sur tous les thèmes, que vous êtes devenus la bibliothèque universelle de l'audio, à quoi ça sert de continuer à faire des programmes, d'employer des cohortes de cadres, de disposer d'un lieu aussi gigantesque alors que votre "Studio Radio France" vous suffit largement… ?" Imaginez la réponse de la Pédégère !

Ce n'est pas de la fiction c'est une hypothèse probable. Le principe même de radio avec des chaînes généralistes et thématiques est (sans l'écrire) remis en question. La production d'audio va être l'affaire des dix prochaines années et le support n'en sera plus la radio (ou à la marge). Nous sommes en 2022, le Livre Blanc a été appliqué à la lettre et aux chiffres surtout ! Quelque part dans les coursives souterraines de Radio France s'est écrit Le Livre noirC'était le mot de la…

FIN

à Radio France… le plafond de verre !

















(1) Page 26 du Livre Blanc,
(2) Et

Ajout de 19h
Laurent Frisch, directeur du numérique à Radio France vient d'annoncer dans "Du grain à moudre" sur France Culture, il est "dans le champ des possibles d'accueillir les contenus d'autres producteurs [que ceux de RF s'entend, ndlr]. Des coproductions pourquoi pas aussi."… CQFD !