jeudi 26 janvier 2023

Le sol s’effondre à Radio France, Sandrine Treiner quitte le navire…

J'étais assez tenté par "Treiner s'effondre à Radio France, le sol quitte le navire". Les deux événement sont concomitants mais pas liés(1). Alors que Treiner revendique d'avoir recruté de nombreuses femmes à différents postes de la chaîne de production, ce sont aussi des femmes (et des hommes) qui ont pu souffrir de son management. Quelques sirènes évoquent (et Treiner elle-même) qu'il est difficile de "gérer une chaîne quand on est une femme". C'te blague ! Je rappellerai ci-dessous les femmes qui ont géré des chaînes de radios publiques depuis le milieu des années 50. Madame Treiner elle-même a dirigé France Culture de 2015 à début 2023. Huit ans donc. Difficile de gérer une chaîne quand on est une femme ? 











Agathe Mella                         Paris-Inter et France Inter, 1955-1968, 
                                              France Culture 1971-1974,

Dominique Pensec               Fip (1994-2010),

Laure Adler                           France Culture, 1999-2005,

Christiane Chadal                    France Bleu, 2008 à 2010

Anne Brucy                           France Bleu, 2010-2012,

Anne Sérode                        Fip, 2014-2017,

M.Pierre de Surville              France Musique, 2014-2015, 

Laurence Bloch                    France Inter, 2014-2022,

Sandrine Treiner                  France Culture, 2015-2023

Bérénice Ravache               Fip, 2017-2021,

Adèle Van Reeth                 France Inter, 2022-

Soit onze femmes qui, depuis les années 50, ont dirigé une chaîne publique. Toutes, plus de trois ans, sauf Anne Brucy ! L'argument - léger - tombe donc. Trois femmes et six hommes ont dirigé France Culture. Depuis 1971, ces trois femmes ont dirigé 18 ans. Les hommes 34 ans, dont 13 ans pour Jean-Marie Borzeix.

Sur 11 Pédégés et Pédégères, trois femmes, Jacqueline Baudrier (1975-1981), Michèle Cotta (1981-1982), Sibyle Veil (2018-). Ni Jacqueline Baudrier, ni Michèle Cotta ne nommeront des femmes directrices de chaine.

Bien sûr à part les ténors, la mémoire collective est fragile et oublieuse ! Que ce soit Treiner qui évoque la difficulté des femmes à gérer une chaîne publique de radio tient donc de la farce quand, elle même a géré huit ans France Culture. Une fois de plus la communication utilisant des ressorts dans l'air du temps est pitoyable et mensongère.

(1) Samedi au cours de l'Hyper Festival, des dalles de sol se sont effondrées et ont fait 12 blessés

Agathe Mella

















J'aime à rappeler qu'après avoir quitté la radio, Agathe Mella, Vice-Présidente du Comité d’Histoire de la Radiodiffusion, mènera en 1987 dix entretiens sur la recherche radiophonique, diffusée dans Les Chemins de la connaissance sur France Culture (24 août/4 septembre 1987). À son micro Schaeffer, Henry, Billetdoux, Trutat, Farabet et Paranthoën… Mella avait pour elle la discrétion et la passion du média. Une femme de radio, absolument.

mercredi 25 janvier 2023

Que Sandrine Treiner démissionne, "ça raconte quelque chose de la société française"…

… Et de la radio publique. Les fanfaronnades ont leur limite. Les postures de l'auto-congratulation aussi. À quelques jours des résultats de l'enquête sur le management de Sandrine Treiner, directrice de France Culture, déclenché après les révélations de Libération au mois de septembre, la directrice a choisi de démissionner. Supputons que les charges retenues pourraient être lourdes. En tous les cas, cette "pirouette" porte le risque que l'intéressée et la direction se soustraient aux conclusions de l'enquête ! On veut savoir. Et débarrassés des chiffres mesurer comment, pied à pied, insidieusement une directrice de chaîne publique a pu, sans contrôle, désespérer France Culture au point de laminer le personnel en exerçant un contrôle éditorial indigne d'un lieu de création et de production artistique.










Madame Veil, Présidente de Radio France a, de fait, sa part de responsabilités. Aux affaires depuis 2017, on imagine assez mal comment elle a pu ne pas entendre ou déceler le malaise, les malaises qui affectaient les personnels de la chaîne et sûrement encore plus particulièrement producteurs-trices, réalisateurs-trices, créateurs et créatrices sonores. L'Arcom, elle-même, dans ses attendus sur la gestion de Radio France et sur son choix de reconduire Madame Veil à la tête de Radio France, à partir d'avril prochain, ne semble jamais avoir été émue par la situation révélée par Libération.

Aux effets permanents d'auto satisfaction et d'affichage de chiffres, plus mirobolants les uns que les autres, par la Présidence et les directrices et directeurs de chaîne, apparaît enfin derrière cet arbre magnifique une forêt en lente décomposition/dépression. L'auditeur et l'auditrice qui se contentent d'écouter la radio (c'est leur fonction) risquent à leur tour d'être désespérés qu'au XXIè siècle de tels comportements existent comme dans n'importe quelle société privée. 

Au bénéfice de l'âge nous gardons présent à notre mémoire les époques, 1975-1999, où des directeurs de chaîne avaient soif d'insuffler de la culture, des cultures dans une chaîne dont c'était la fonction cardinale. Yves Jaigu et Jean-Marie Borzeix se préoccupaient de culture et d'animer des équipes auxquelles ils laissaient leur autonomie, en confiance et en dialogues constructifs.

Nous ne manquerons pas, à notre modeste place, de tout faire pour que les résultats de l'enquête soient rapidement connus des auditeurs et des auditrices, eux aussi concernés (et consternés) par les dérives d'un management incontrôlé. 

mardi 24 janvier 2023

Le chat de Geppetto (Chat GPT)…

Sans doute quelques oreilles portées par la poésie, le rêve et quelques mots évocateurs de belles histoires ont pu se les boucher quand un nouvel acronyme barbare - GPT, Chat GPT - a commencé à envahir les médias et plus particulièrement en ce début d'année la radio publique. Geppetto et son chat pouvaient faire rêver. Chat GPT, donne des cauchemars.

Figaro, Geppetto in Pinocchio, Disney










Dans des chroniques roucoulantes (Serrell/Un monde nouveau/France Inter), dans (Le 9h10/Devillers/France Inter) une émission, ce jour-là, aux vertus pédagogiques et, le même jour, sentencieux, forcément sentencieux (Les matins/Erner/France Culture) on découvre avec Chat GPT, une nouvelle facette de l'intelligence artificielle (IA). (1)

Craignons que tant d'intelligences (artificielles) remplacent bientôt Serrell, Devillers, Erner et, tant qu'à faire, tout ceux qui œuvrent et fabriquent la radio publique. Ça n'arrivera pas, aucun risque. Madame Veil, Pédégère de Radio France est tout à fait d'ac pour muter la radio en audio et en faire un média social… forcément social. Et veillera à ce que l'IA n'aille pas jusque là ! Jusqu'à ce qu'un petit génie propose à l'occasion d'un podcastinge raout (2), de réaliser en IA un documentaire, une émission encore "jamais vue" comme le sollicite Radio France pour recruter de nouveaux talents.

Quant à Figaro et Geppetto soyez patients, leurs clones développés par une intelligence artificielle ne devraient plus tarder, pas plus que celui de Pinocchio. Après le chat, Mickey GPT serait du meilleur effet !

(1) Pour essayer de comprendre j'en ai quand même appris un peu plus en lisant "Intelligence artificielle : dans la tête des créateurs de ChatGPT", Alexandre Piquard, Le Monde, 22-23 janvier 2023, 
(2) Gilbert Denoyan, journaliste à France Inter, a longtemps présenté le journal de 13h et, a créé en 1991, l'émission Zappinge (en pleine euphorie du zapping TV). Avec Annick Cojean, du journal Le Monde, du lundi au vendredi de 9h à 10h elle se consacre à l'actualité de la télévision et à la critique des programmes.

lundi 23 janvier 2023

Beau geste : Pierre Lescure fait son cinéma…

Vendredi dernier, Sonia Devillers, recevait sur France Inter, Pierre Lescure pour parler cinéma (1), et comme souvent c'est, autant sa passion qu'il ne manquera pas d'évoquer que, les autours de sa vie qui font - et feraient - matière  à conversation. Sauf qu'ici, on subit l'exercice formaté de l'interview, ajouté à une intervieweuse qui aimerait en dire encore plus que celui qu'elle interviewe. Lescure répond et j'ai voulu creuser quelques uns de ces "autours".

Film de Douglas Heyes (1966)










Évoquer le cinéma avec Lescure, c'est forcément évoquer Canal +. Dont le premier directeur général peut avec gourmandise préciser l'excitation d'être face à la page blanche au tout début des années 80. Années 80 qui, pour préparer la fin du siècle, ont bien besoin d'une onde de choc pour réveiller la belle endormie télévision. La page blanche qui n'a pas, sur la durée, si bien profité aux créateurs radiophoniques à quelques exceptions près (2).

Évoquer les débuts de Canal, c'est évoquer Alain de Greef, le directeur des programmes qui, après avoir fait ses armes à l'ORTF, travaille à quelques émissions d'Antenne 2 et à la mythique Les enfants du rock où avec Lescure ils cisèlent les empreintes de plusieurs émissions à venir sur la chaîne payante. De Greef peut "En toute liberté, [il peut] enfin donner libre cours à sa conception de la télévision, où les émissions ne sont pas formatées et soumises à la sanction de l’audience." (3) 

"Pas formatées", "Soumises à la sanction de l'audience", ah ah ah ! On pleure. Aucun risque que la superformateuse Sibyle Veil, Pédégère de Radio France, ait le début du commencement d'un soupçon d'imagination pour visualiser l'exacte contraire du haut formatage qu'elle encourage et promeut sur les sept chaînes du service public. Quant à la sanction de l'audience ce n'est plus une soumission (ici librement consentie) mais une adoration absolue, une génuflexion permanente devant ce qui est devenu le seul indicateur-ligne-de-conduite de Radio France (4).

Comme quoi à bien écouter la radio, autour des questions "formatées" on en apprend beaucoup en parlant d'autre chose et de la télé, sur les effets boomerang que la radio ne manque pas de se prendre en s'inféodant, sans aucune soumission, à la tyrannie de l'audience en cultivant sa frilosité absolue pour ne pas oser la page blanche.

(1) France 2, le dimanche , 23h05,

(2) Je ne peux pas ici tenter une note de bas de page plus longue que le billet lui-même. Vous vous reporterez à l'onglet recherche sur ce blog et vous trouverez quelques billets sur “L'oreille en coin”, “Fip”, - deux absolues pages blanches -, Le Mouv' (page grise), et peu ou pas sur la folie "Carbone 14", Pacific FM (la radio créée par Claude Villers, explosée en plein vol), ou Nova (période Jean-François Bizot)…

(3) Le Monde, Daniel Psenny, 30 juin 2015,
(4) Avec la glorification des idoles au fronton de la Maison de la radio,

vendredi 20 janvier 2023

Mille milliards de mille (sabords)…

On imagine aisément que Laurent Frisch et Sibyle Veil, dirigeants de Radio France (1) font tout pour dupliquer la sentence du Capitaine Haddock (Hergé) et l'appliquer à leur course sans fin aux résultats d'audience des sept chaînes de Radio France. Ce jour il nous faudra nous contenter de "3 milliards", une poussière tombée dans le verre de whisky du fameux capitaine.

Sur Twitter ce jour, un peu avant midi








Mille milliards, un objectif de capitaines d'industries, Gafam et autres LVMH. Mais jusqu'à preuve du contraire la radiodiffusion, la création radiophonique et leurs diffusions par tous procédés - connus ou inconnus - ne sont pas des industries. Pas sous la bannière du service public en tout cas. Ou pas encore. Quelques gourous-béats, en quête de reconnaissance, cachés dans quelques bureaux de la rue de Valois (Ministère de la Culture) ont inventé le terme d'industries culturelles. Fort de ce paravent sémantique, les dirigeants de l'audiovisuel peuvent se réhausser du col et glousser (ou faire le paon) et, étaler comme la confiture, des méga tonnes de chiffres en constante progression.

À défaut de culture radiophonique, La culture, c'est comme la confiture : moins on en a, plus on l'étale, tout est fait pour nous rendre, nous auditeurs, complices de ces chiffres monstrueux à défaut de nous plonger dans les Lettres !

Quand, quelques clowns agitent les milliards de l'audiovisuel public, quelques cols blancs, eux, mieux que les crieurs de presse ou les bateleurs de foire vocifèrent ad nauseam des ribambelles de chiffres industriels, en vue sans doute, de l'entrée prochaine de Radio France en Bourse !

(1) Respectivement Directeur du Numérique et de la Production et Pédègère.

jeudi 19 janvier 2023

Janis Joplin forever…

Personne n'aurait sûrement eu l'idée de l'appeler J.J.  La petite comète blues a largué les amarres le 4 octobre 1970. C'était un dimanche. Sûr qu'au lycée le lendemain matin on est resté ahuris. On entre à peine dans l'histoire qu'elle en sort. Quinze jours après Jimi Hendrix, ça commence à faire beaucoup. On est mûrs pour le changement (de civilisation). On arbore le signe de la paix et on le dessine sur les murs. Peace and Love remplace Liberté, Égalité, Fraternité. On flotte au-dessus de tout. “Cours camarade le vieux monde est derrière toi" dessinaient nos jeunes aînés des Beaux-Arts de Paris, il y a deux ans, lors des “événements”. On ne veut pas croire que c'est fini. L'utopie, le commun, la liberté. La liberté de ne pas s'engouffrer dans une société qui dégueule en continu de produits de consommation dont beaucoup s'avèreront absolument inutiles. On se penche, éblouis, sur une petite bible de Jacques Massacrier "Savoir revivre" qui risque d'être bien utile dans les mois et les années à venir…

"Je suis une femme mauvaise et aucun homme ne trouve grâce à mes yeux. 
Je suis comme une tortue qui se cache sous sa rugueuse carapace."
(
Turtle bluesJanis Joplin)











Ce jour, Janis aurait eu 80 ans. Je crois que j'aurais été capable d'aller la rejoindre au Texas ou en Californie pour l'entendre jouer avec quelques uns et quelques unes de ses potes. Vous pouvez, vous, pendant et après avoir défilé, jeter un œil sur mon billet du 14 août 2011 et vous mettre dans les esgourdes les cinq épisodes d'une belle série de Jeanne-Martine Vacher "Sur la route de Janis Joplin", un road-movie que la productrice de France Culture avait réalisé à l'été 1995 et diffusé dès le 28 août de la même année. On y entend parler musique, contexte humain et sociologique et tisser l'histoire de celle qui n'avait pas manqué au cours de son passage sur terre d'écorcher l'humanité toute entière…




mardi 17 janvier 2023

La maison de…(la radio)

Grâce à Libération, dans son édition datée du samedi 14 janvier, on "apprend" page 33 qui est à l'initiative de l'ajout au nom "Maison de la radio…" Quel pouvoir ! Et tout de go, on se demande aussitôt pourquoi Jean-Pierre Elkabbach, Jean-Luc Hees, Ivan Levaï, Fabienne Sintes et Lætitia Gayet n'ont pas eux-mêmes proposé "La Maison de la radio et de l'information" ? D'ailleurs on se demande aussi comment à la base, le Général de Gaulle, en inaugurant le bâtiment en décembre 1963 a pu se contenter d'un lapidaire "Maison de la radio" ?










Il était tout à fait prédisposé à la nommer "Maison de la radio et de la communication". Roland Dhordain, à sa suite, directeur de la radio, aurait du insister pour "Maison de la radio, de la Culture, de la Jeunesse, des Sports et de la Musique", les productrices et producteurs qui prennent plus de place à l'antenne que leurs invités "Maison de la radio et de la Conversation". Les ingénieur-e-s du son "Maison de la radio et de la création sonore", les documentaristes "Maison de la radio et du documentaire", les plus humanistes "Maison de la radio et des civilisations". Les artistes "Maison de la radio et des arts".

Les humoristes "Maison de la radio, de l'humour, des farces et attrapes, de la satyre et des pieds nickelés". Les historiens et les géographes "Maison de la radio, de l'histoire et de la géographie". Les scientifiques " Maison de la radio, des sciences et des techniques". Les fans de Gotlib "Maison de la radio et du bric-à-brac", ceux de la bande dessinée "Maison de la radio et des p'tits miquets". Sans oublier les littéraires, "Maison de la radio, de la poésie, des livres et des écrits". Et les plus humanistes "Maison de la radio, des femmes et des enfants d'abord, des hommes aussi", sans oublier les bêtes " Maison de la radio et des animaux"… Les plus œcuméniques "Maison de la radio et du monde entier"… 

Ce qui au fronton de l'édifice inscrit
 
"Maison de la Radio, de l'Information, de la Communication, de la Culture, 
de la Jeunesse, des Sports, de la Musique, de la Conversation, 
de la Création sonore, du Documentaire, des Civilisations, des Arts, 
de l'Humour, des Farces et Attrapes, de la Satyre 
et des Pieds nickelés 
de l'Histoire et de la Géographie, 
des Sciences et des Techniques, du Bric-à-brac, des P'tits Miquets, 
de la Poésie, des Livres et des Écritsdes Femmes et des Enfants d'abord, 
des Hommes aussi, des Animaux et du Monde entier…
et plus si affinités "

… tournant sans fin autour du bâtiment circulaire. Qu'une femme ou un homme avisé résume, clair et net, par : 
Maison de la radio

CQFD !