mercredi 14 février 2024

Gaby & Léo…

Longueur d'Ondes. Brest. Dimanche 11 février. Café du Quartz. 10h30. David Christoffel m'interviewe sur mon petit bouc "60 ans au poste". Constatant que de nombreux extraits de chansons émaillent la rédaction de mes souvenirs radio, il a la bonne idée de m'interroger sur la place de la chanson dans ce long séjour au poste ! Hier comme une impulsion après avoir longtemps échangé avec un documentariste, j'ai eu besoin de plonger dans Ferré…



J'ai choisi Gaby pour toutes les images que les mots de Ferré percutent à ma mémoire. Avec sa part de nostalg' et sa part de mélancolie. Je traîne à Saint-Germain, je passe devant  le cinéma l'Arlequin (Rue de Rennes). L'Arlequin télescope le cabaret du même nom dans les années 50 (131 bis boulevard Saint-Germain, à l’angle rue du Four). Au dessus y'avait le bar "La Pergola" et Gaby qui le tenait.

Hé ! Gaby
Gaby Pergola, je te voyais
Ah la la...
Tes comptes, ta machine, ton crayon
Tu notais tout
Peut-être aussi le temps
Qu'il ferait demain ?
Pour ta bière, tant !
Pour ton whisky, tant !

J'y entre. Même si ce bar n'existe plus. Je m'assieds et dans un juke-box Wurlitzer je sélectionne "C'est extra". Léo vient s'asseoir, sourit et pose son paquet de Celtiques sur le formica. Il tapote le tempo de sa chanson. J'ose même pas chanter. Je fredonne dans ma tête. Léo a commandé deux bières. On trinque.

Et tu notais
Et je chantais
Pour... heu...
Pour quoi ?
Pour trois fois rien
Ha, Gaby, Gaby !
Ce Saint-Germain-des-Prés
Défait, soumis

Pour trois fois rien Léo, Gaby te payait. Comme pour trois fois rien les documentaristes sont payés. Tu trouves Saint-Germain-Des-Prés défait. J'ose pas te dire que tant de choses se défont. Tu murmures. Tu savoures ta bière à petites gorgées et tire sur ta Celtique. Tu plisses des yeux comme Pépé. Tu harangues Pergola qui note tes bières…

Ce pays défait, soumis
Depuis des siècles, triste
Avec tous ces Polonais debout
Je ne sais plus s'ils dansent
Ils ont peut-être envie

Tu récites ta chanson. Plus besoin de juxe-box ! Je t'écoute en boucle. J'ai besoin d'entendre tes mots. Ceux qui scandent ta chanson. "Ah, près du métro Mabillon" me rappelle Perec "Tentative de description de choses vues au Carrefour Mabillon le 19 mai 1978". je me souviens de son documentaire radio. Réalisé par Marie-Dominique Arrighi, Michel Creïs et Nicole Pascot.

Est-ce que tu veux que je te raconte ?
T'es mort, un jour, je l'ai appris
T'es mort, un jour, tu m'avais dit
Qu'il fallait que je m'en aille
De l'Arlequin
Ah, je portais bien ce nom-là
Ce nom-là

Voilà si je savais faire un documentaire… C'est ça que j'aurais envie de faire. Marcher sur les pas de Ferré, mettre en tapis sa chanson, rentrer au Pergola (ambiance), faire jouer le juke-box (le son de la pièce de monnaie, le son de la recherche du morceau…), le bruit des bocks sur le Formica, du briquet de Ferré, ses murmures et l'harangue vers Gaby. Si je savais…

Dans les draps que l'amour
Referme sur la nuit,
Tous les amis de monde
Ont droit qu'à leur cercueil
La foule vienne et prie,



mardi 13 février 2024

Le documentaire radiophonique… À terre ou à taire ?

Vendredi dernier, dans le cadre du Festival Longueur d'Ondes à Brest, la Société des Documentaristes de la Radio Publique (SDRP) proposait aux festivaliers de découvrir le métier de documentariste. Et comprendre les arcanes permettant "en bout de chaîne" aux auditrices et aux auditeurs d'écouter des créations radiophoniques élaborées. Créations pour lesquelles les documentaristes se dépensent "sans compter" et qui depuis plus d'un an exigent que Radio France refasse les comptes car… le compte n'y est pas, justement !

Photo de famille avec Salvador Allende en 1972
à Santiago du Chili © Rodrigo Gomez Rovira










Ces documentaristes (beaucoup plus de femmes que d'hommes) vont régulièrement, c'est leur métier, poser leurs micros dans les villages, les hameaux, dans les quartiers des villes, dans des fermes ou dans des institutions, dans les ports ou sur des bateaux, dans des îles ou juste au coin de la rue, sous un réverbère ou dans un refuge de montagne. Elles et ils le font avec passion, professionnalisme et conviction. Elles et ils le font bien au delà des jours qui leur sont alloués pour réaliser/produire ces documentaires qui nous prennent par l'oreille et qui bien souvent ne nous lâchent plus.

Alors, pour une fois, à Brest, ils et elles ont voulu nous faire entendre, à nous auditrices et auditeurs, "la fabrique du documentaire". Tout ce qui depuis l'idée jusqu'à la diffusion antenne additionne des petits bouts de temps émiettés, des gros bouts de temps consécutifs, et les dernières minutes essentielles à la finalisation. Avec la certitude, à chaque fois, d'avoir explosé le compteur-temps et l'amertume que tout ce temps en plus ne sera jamais rémunéré à sa juste valeur.

Vendredi, de façon très calme et très professionnelle, Jeanne, Roger, Anne, Geneviève et Kevin (*) ont déroulé à partir de situations et d'exemples vécus ce qui, avant même le tournage (enregistrements), demande une somme considérable de recherches (biblio, sources, contacts, …), d'écoutes d'archives, de premiers échanges avec les intervenants souhaités (soit au téléphone, soit sur place), d'écriture, de repérages, d'établissement des modalités de déplacement, d'hébergement et du tournage lui-même. Cette liste de choses à faire n'est pas exhaustive.

Au fur et à mesure que les cinq intervenants témoignaient de leur vécu bien réel, je mesurais encore plus la masse de travail préalable et indispensable à la partie, sans doute la plus agréable du documentaire, du tournage lui-même. Ce travail préalable insuffisamment reconnu en terme d'heures et de rémunération a fait écrire aux membres de la SDRP une tribune dans Libération le 6 janvier 2023. "ll n’est plus supportable pour nous que la première société de radiodiffusion de France, disposant d’une dotation de 623 millions d’euros de l’Etat et donc des contribuables, dissimule une bonne partie du travail que nous effectuons, dès lors que l’on œuvre dans des écritures radiophoniques élaborées." 











Ils affirmaient aussi dans la même tribune : "A titre d’exemple, un format documentaire d’environ une heure, pour France Culture, nous est payé 1 250 euros brut, soit environ 900 euros net pour dix jours de travail maximum déclarés (80 heures), là où nous ne mettons jamais moins de vingt jours en réalité (160 heures). Nous gagnons moins que le smic : 1 250 euros /160 h réellement travaillées = 7,81 euros brut, soit 5,62 euros net de l’heure !" Récemment Radio France a annoncé aux auteurs et autrices documentaristes une augmentation de 20% en juin 2024 soit la prise en considération de 12 jours pour réaliser un documentaire d'environ une heure. 

À quel prix ? À budget constant verra-t-on, dans les programmes, à la prochaine rentrée radiophonique, diminuer la part des documentaires de 20% ? Trois jours par semaine de La Série Documentaire au lieu de quatre ? Trois jours des Pieds sur terre ? La fin d'Une histoire particulière ? Le documentaire radiophonique (1) servant habilement de variable d'ajustement au risque d'effacer, petit à petit, un pan entier de l'histoire même de France Culture.

Alors nous, auditrices et auditeurs, on ne peut pas/plus se contenter et continuer jour après jour, semaine après semaine, mois après mois, années après années de fermer les yeux alors qu’on a les oreilles grandes ouvertes à l'écoute du documentaire radiophonique. Paysannes et paysans réclament le prix juste. Comme les professionnels de santé et ceux de l'Éducation nationale. Les documentaristes donnent souvent la parole à celles et ceux qui ne l'ont jamais comme un juste retour de la démédiatisation qu'ils subissent. Il serait temps à notre tour d'écouter et de soutenir les documentaristes et d'en relayer leur juste combat. C'est vital pour la survie de leur métier et pour le documentaire lui-même.

Il ne faudrait pas qu'une politique budgétaire de plus en plus contrainte incite à mettre à terre le documentaire ou de façon plus insidieuse à définitivement le faire taire.

(*) Les prénoms ont été changés. Douze documentaristes étaient à la tribune de cette session de Longueur d'Ondes.
(1) Un temps où dans "La fabrique de l'histoire" il y avait une fois par semaine un documentaire, d'une heure. Ici celui d'Aurélie Luneau et Véronique Lamendour , "Les Jeux Olympiques de Munich en 1972".

La première photo de ce billet est une de celles qui illustrait le documentaire d'Alain Devalpo pour son documentaire "Chili, l'autre 11 septembre", diffusé en trois épisodes les 9,10 et 11 septembre 2013 sur France Culture dans le programme "Sur les docks",

mardi 6 février 2024

Une heure de plus de nuit… le jour !

Accrochez-vous , petits bolides, la mise en abîme va démarrer !  En janvier 1985, Jean-Marie Borzeix, directeur de France Culture (1984-1997) initie la création des… Nuits de France Culture. Il confie l'émission à Jacques Fayet et "donne ainsi, entre mémoire et découverte, la possibilité aux auditeurs d'entendre et réentendre des programmes très anciens ou plus ou moins récents". Et surtout la mise en valeur d'un patrimoine radiophonique qui permettra de redécouvrir non seulement les archives de la chaîne mais aussi, quelques fois, celles de la Chaîne parisienne ou de Paris-Inter. En presque quarante ans l'occasion a été donnée aux insomniaques d'écouter des choses extraordinaires toutes les nuits.





En 2014 sous l'égide de Philippe Garbit, producteur de l'émission, Les nuits deviendront réécoutables sur le site de France Culture et/ou podcastables ce qui permettra à de nombreuses auditrices et auditeurs de les écouter… le jour ! Fin 2021 après vingt ans de bons et loyaux services à la production de cette émission Garbit prend sa retraite. Albane Penaranda qui travaillait déjà avec lui lui succède.

Petit à petit "Les nuits rêvées…", véritables créations autour d'une personnalité qui se raconte, la nuit de samedi à dimanche, contextualise des archives et nous permettent souvent une nuit de rêve, vont disparaître. Elles seront plus ou moins régulièrement rediffusées sur la chaîne la nuit. Jusqu'à ce que je découvre dimanche dernier la rediffusion des Nuits le jour et plus précisément le dimanche à 16h, une rediffusion de la nuit précédente. On notera la pirouette du titre digne de l'Almanach Vermot "Les nuits le jour"            

Vous suivez toujours ? Fallait oser ! Donc le Directeur des programmes, Florian Delorme, (re-re)recycle un programme créé pour la nuit, initialement diffusé dans la nuit du samedi au dimanche, rediffusé quelques années après les mêmes nuits de la semaine et dont une heure sera extraite pour être (re-re-re)rediffusée le dimanche de jour. 











Les grands manitous de la détemporalisation ont fini par réaliser leurs basses œuvres ! À ce rythme-là pourquoi ne pas pousser le bouchon encore plus loin ? Diffuser "Les matins" (7/9) de 19 à 21h, Les nuits de midi à 16h (1), de minuit à 4h "Les midis de Culture" suivis de "Les pieds sur terre" puis "Entendez-vous l'éco" pour "finir" de 15h à 16h par "Le book club" (en français dans le texte). Trop cool, trop fun, trop d'la boule, non ?

Chacun picorant, le jour ou la nuit dans des programmes de jour ou de nuit. Juste les derniers sursauts avant la plateformisation définitive ! Bien sûr animatrices/animateurs, journalistes et productrices/producteurs ne pourront plus ni dire bonjour ni bonsoir ! À moins que la nouvelle formule de politesse se décline en un "Bonjour/Bonsoir" lui même pouvant supporter la variante "Bonsoir/Bonjour".

De fait, nuits et jours ayant rallongé on vivra beaucoup plus longtemps de jour, de nuit. Allez… Bonjournuit et à demain si vous le voulez bien !!!!!

  • Ajout du mardi 6 février à 10h. Pour avoir échangé avec Albane Penaranda voilà ce qu'elle me précise : ""Les Nuits le jour" existent depuis la reprise début septembre et le principe n'est pas celui que vous décrivez. Vous êtes tombé sur une rediffusion, ce qui reste très exceptionnel. Dans cette case "les Nuits le jour" il y a essentiellement de nouvelles archives programmées en amont de la Nuit thématique du weekend suivant, pour l'annoncer. " Dont acte !

(1) Notons au passage que les Nuits ont perdu deux heures de rediffusion…

lundi 5 février 2024

On aura beau mettre trois personnes devant un micro…

Ça ne fera jamais une émission de radio. Particulièrement si celle-ci n'est ni pensée ni écrite. Or jusqu'ici "tout va mal" pour la directrice d'Inter, Adèle van Reeth qui voit au moins un de ses choix éditorial se prendre le mur. En proposant à trois femmes : Marie Misset, Maïa Mazaurette et Marine Baousson d'occuper la case de 17h du lundi au vendredi sur France Inter on se demande encore quel pouvait bien être le "concept" de cette émission ? À part celui du, de la sempiternelle invité-e, du bavardage intempestif, de la chronicroquette pour "meubler" le vide et d'un titre fastoche et tendance pipole "Jusqu'ici tout va bien" auquel peut s'ajouter "mal" . 












Une fois prise la décision en juin 2023 de ne pas reconduire les belges - Charline Vanhoenacker et Alex Vizorek - et leur comparses pour l'émission "C'est encore nous", qui avec des titres différents occupait la case de 17h de la généraliste de Radio France, se posait la question cruciale "quoi mettre à la place ?". 17 h : la belle case. Occupée longtemps par Jacques Chancel et sa "radioscopie" et quelques belles années par Daniel Mermet "Là-bas si j'y suis". 

Matthieu Noël, animateur de "Zoom Zoom Zen" à 16h fait vite savoir qu'ayant déjà remplacé Charline pour sa chronique quotidienne de 7h57 (1) il n'était pas question de la remplacer à 17h. Le jeu des chaises musicales n'a pas pris ! Alors que faire ? Si Madame Van Reeth a fait longtemps de la radio sur France Culture (2) cela lui donne t-il les compétences pour élaborer une grille de programmes ? Particulièrement après la longue direction de Laurence Bloch de 2014 à la rentrée 2022 (3) Professionnelle de la radio qui connait très bien toutes les arcanes de la radio publique.

Van Reeth va tenter l'improbable trio et l'alchimie tout aussi improbable d'une journaliste (Misset, ex Nova), d'une autrice (Mazaurette, chroniqueuse à Quotidien/TMC) et d'une humoriste (Baousson). Ben voyons Léon, s'il suffisait de mettre des gens devant un micro pour réussir une émission ça se saurait depuis cent trois ans que la radio existe ! Et je crois bien que c'est à Pierre Bouteiller que l'on doit cette sentence pour une pratique que je reprends en titre de ce billet.

Qui a d'abord été un 
feuilleton sur France Inter











Tout ça c'était avant le drame. Le 23 janvier, Mazaurette annonce quitter début mars le navire (l'esquif !) regrettant de ne pas avoir été cantonnée à son travail d'écriture et de chronique et que lui soient imposés des interviews. Nous en remettrons nous ? La diagonale du vide ayant été franchie laisser aux commandes un duo, y ajouter une tierce personne ou tenter un quarteron de parleuses en goguette ne changera pas grand chose à ce qui peut aujourd'hui être considéré comme un immense rien du tout ou un mépris absolu pour donner du sens à cette heure particulière en radio.

L'amateurisme attire et produit de l'amateurisme. France Inter fait le choix de ne plus s'intéresser au flux du direct et au rythme qui doit guider une grille du petit matin au grand soir à défaut de se poursuivre la nuit. Une seule chose compte la délinéarisation et la détemporalisation qui s'exécute dans le divin podcast. Alors que ce soit à 17h ou à 10 h le dimanche matin (le nouvel horaire du Masque et la Plume, rediffusé à 20h), le cadre horaire est devenu secondaire et sa progressive disparition pour structurer une grille participe de la mise en place de la plateformisation des antennes de Radio France. 

Les managères (de moins de cinquante ans) et autres gourous du numérique veulent gérer du stock, du stock et encore du stock (4). Alors les soubresauts des programmes n'ont plus beaucoup d'importance tant que les matinales à rallonge (5/10 sur Inter) et les fins de journées (18/20) font l'audience. Entre il s'agit de combler. Au risque des catacombles !!!!

(1) Charline a gardé le jeudi !
(2) Les chemins de la philosophie,
(3) Qui depuis cette date a en charge l'éditorial des sept chaînes de Radio France et un œil très attentif sur l'évolution d'Inter,
(4) Dont une masse phénoménale d'archives bientôt reformatées en "collection" et autres séries tendance "du moment".

mardi 2 janvier 2024

La maison de la radio… : un dictionnaire !

Aimez-vous les dictionnaires ? La question, un lendemain de fête, est sûrement plus appropriée que si je vous avais interpellé par "Aimez-vous les moules marinières ? Pour les dictionnaires j'ai le souvenir mémorable de mon arrière grand-mère qui épuisait les pages du dico dans son lit des matinées entières. Je ne me souviens pas qu'elle en fit profiter son entourage. J'ai lu (pouvais-je faire autrement ?) " Le dictionnaire amoureux de la Maison de la radio…" de Bernard Thomasson, journaliste à France Info. Je ne l'ai pas lu comme un roman, mais en picorant dedans plusieurs semaines consécutives…











J'ai méchamment commencé par corner les pages qui m'intéressaient le plus. Celles qui évoquaient le bâtiment inauguré le 14 décembre 1963 par le Général-Président de Gaulle (1). J'ai alors plongé dans l'Aluminium, l'Architecture, l'Avant-garde et Bernard (Henry) lui-même fondateur et architecte de l'édifice. Bâtiment appelé à ses débuts "Palais gruyère" qui, à lui tout seul, aurait mérité une entrée. Le bâtiment est sûrement pour son époque aussi révolutionnaire qu'a pu l'être le Pop-Club de José Artur dès 1965. (2)

Et nous voilà au Carrefour des putes !!!!! Bigre de bigre. Le lieu avait beau m'avoir été conté par Patrice Blanc-Francard lisez plutôt "Autour du studio 112, près d'une machine à café,… se jouait un incessant ballet d'allers et venues. Quelques acteurs patientaient avant d'enregistrer, certains sortaient d'une séance, … les autres bavardaient et refaisaient le monde ou leur métier. Et il y avait ceux donc qui espéraient convaincre un réalisateur pour, à leur tour, jouer dans une création. (page 131)." Heureux de faire connaissance avec Conterie, Léon, ingénieur général des télécommunications indispensable à la réalisation du bon fonctionnement de la Maison. C'est Conterie qui rédigea en 1952 le programme précis du concours d'architecture.

À la lettre F je me suis attardé sur les Fenêtres et les Foyers. Et pour Grèves il eut certainement été intéressant de faite témoigner d'anciens et actuels syndicalistes tant les grèves ont focalisé ou déjoué les mues de la radio publique : en 64 (ORTF), en 68 (Événements), en 1974 (éclatement ORTF), en 95 et quelques autres évoquées sur ce blog… Quant à l'Inauguration (du 14 décembre 63) elle révèle quelques anecdotes croustillantes.










À l'entrée Maison commune j'aurais aimé le témoignage de ceux qui y vivent. Celles, ceux "dans le noir", jamais nommé(e)s, jamais connu(e)s et qui font tourner la machine. J'allais dire 24/24. Ce n'est plus le cas depuis 2009. Pour Nuit on sait que le meilleur est derrière nous et que la puissance de ces ondes nocturnes ne pourra jamais être remplacée par des rediffusions ou des "audios" natifs !!!! L'Oreille (et l'imaginaire) y a perdu beaucoup et son entrée dans le dictionnaire distingue les maestros Codou et Garretto, ciseleurs d' "Une radio dans la radio" (1968-1990). (3)

Il faudra lire les pages sur les Studios, autant de ruches, certaines spécialisées et qui sont la grande force pour ne pas dire le joyau de la Maison de la radio. Si les Voix et Yann (Paranthoën) ne sont pas oubliés, on regrettera que les Réalisatrices et les Réalisateurs n'apparaissent pas pour la fonction vitale qu'elles, qu'ils représentent particulièrement quand la tendance économique serait d'en acter la disparition progressive !

N.B. : Jusqu'a preuve du contraire la Maison de la radio, de 1963 à 2021, s'est appelée ainsi pendant donc cinquante-huit ans. Les facéties sémantiques d'une direction… médiatique n'effaceront jamais ce qui relève du langage courant, de l'histoire, de la mémoire populaire et de l'affection que l'on peut porter à ce bâtiment.

(1) Moins intéressé par les points de vue et/ou souvenirs des personnalités que Thomasson a interviewé. Et écœuré par les quelques lignes futiles d'un Ruquier, peu reconnaissant pour un Bouteiller qui lui avait offert pour ses débuts, à la radio un boulevard le dimanche matin sur Inter,(2) Émission "prétexte" pour attirer dans ce XVIè arrondissement excentré de Paris les artistes qui venaient, au théâtre, au cinéma, au music-hall ou au cabaret, d'animer les soirées parisiennes

(3) Merci à Bernard Thomasson d'avoir cité mon blog et ma passion pour le sujet radio,

samedi 30 décembre 2023

Écouter la radio… Celles et ceux qui la font la nuit !

Longtemps, on peut même dire pendant des décennies, l'écoute de la radio résultait de postures fortuites ou appropriées. Dans un certain brouillard des petits matins, une oreille sur le son, un œil sur la pendule ou la montre. Dans la bulle de l'habitacle de la voiture, entre deux injures et trois feux orange bien murs. Puis dans sa propre bulle au casque (ou aux oreillettes). Ou, retour at home, dans son fauteuil ou son canap' pour savourer les mots, les dits et les tus. Et, en apothéose dans son lit, toute lumière éteinte pour entrer intégralement dans la radio, yeux ouverts ou fermés, oreilles en tension absolue. C'était aussi le temps où la radio s'adressait à tous et à chacun et où l'auditeur, l'auditrice pouvaient s'imaginer qu'on ne parlait qu'à lui, qu'à elle seule.











Les Nuits de France Culture (en flux) ou la sélection proposée pour les vingt ans de la chaîne  sont une bonne occasion de se mettre en condition optimale de réécoute. Et mieux, pour une série des Nuits magnétiques en quatre épisodes, jouer le jeu, quatre soirs d'affilée et écouter, un par un, chacun des documentaires qui composent l'ouvrage ou l'œuvre totale. Pour celle que je vais évoquer ça tombe bien puisque le documentaire a obtenu le "Prix Italia documentaire" en 1990.

"Gens du marais" de Jean-Pierre Milovanoff et Mehdi El Hadj est pour moi la quintessence de ces Nuits magnétiques qui ont enchanté nos fins de journée et, quatre soirs par semaine sur France Culture, nous ont propulsés dans l'au-delà. Au delà de l'actualité, au delà des tendances, au delà du blabla autour d'un micro (1). Et si tout commence (le mardi) par la présentation feutrée d'Alain Veinstein, grand ordonnateur de ces nuits-là, on peut dire alors que le magnétisme est à son apogée et qu'il va fonctionner pendant plus d'une heure chaque soir jusqu'au vendredi.

La nuit, pénétrer "à pas de loup" le marais poitevin… de jour. C'est possible et c'est presque envoûtant. L'art du documentariste et du réalisateur de nous prendre par l'oreille et nous faire pénétrer lentement dans un monde à part. Une périphérie. Une marge. Un îlot de "pas comme ailleurs". Un pays d'ici, de là, où l'on va pouvoir appréhender calmement la géographie, la sociologie, l'ethnographie, l'histoire et le fait divers étonnant, différent, singulier.

Cette semaine (de mardi 26 décembre à vendredi 29) j'ai chaque soir écouté les "Gens du marais". Ou plutôt réécouté puisqu'à l'époque (juin 1989) c'est sur un mot et un seul que mon attention avait été attirée (2). 

  • "Vous avancez à pas de loup, ciel dégagé, il est un peu plus de 22h40, en bordure des conches, ne faites pas attention aux frênes et aux saules taillés en têtards, ni aux sous-bois couverts de cariçaie. Ne réveillez pas le héron, la loutre, les rats musqués et ragondins, ces envahisseurs américains dont les berges ont à souffrir. Ne vous laissez pas surprendre par la faible épaisseur de l'eau et prenez garde au taux élevé de salinité, attesté par la présence de trèfle et d'orge maritime, ou de la guimauve officinale que colorent les fleurs de coucou et les orchidées. Sur fond de clapotis, mon gabare franchit allègrement les gonelles, nous faisons route vers le "Desséché" cette unité plate et nue, à laquelle j'ai la faiblesse de préférer le mouillé, ces mottes, ces plates, rigoles, mizotte, siques, trainou, portes à flots… Les lignes de peupliers se perdent dans les lointains où dorment d'infinis moulins et métairies insulées. Encore vingt-mille kilomètres de silence où pour l'amour d'une eau peu courante dont les ondes sont à mille lieues de celles de la radio. A-t-on déja entendu une sole ou un brochet parler ? Et les carpes ne restent-elles pas muettes comme des carpes même quand les grenouilles travaillent le dernier générique des Nuits magnétiques… ?" (3)
Comment alors résister à plonger nu dans ce documentaire ? Comment ne pas frissonner des atmosphères, des odeurs, des sons… ? Comment ne pas se sentir ailleurs, protégé, "insulé", pénétré des rites et façons des autochtones tranquilles, singuliers, à la marge du monde habité ? Comment ne pas avoir tant de mal à revenir les pieds sur terre ? Quand la meilleure façon est sans doute de se laisser envelopper par les brumes du marais. 

(1) Pratique délétère qui tient lieu aujourd'hui de "programme" quand l'audace, la créativité, le rêve ont pratiquement disparu des ondes,
(2) Le mot pigouille, perche servant à faire avancer les bateaux à fond plat, a été "repris" par les goémoniers du Finistère, qui dès les années 40, ont installé au bout d'une grande perche, une faucille pour faucher les algues de fond (laminaires). Par extension ces inscrits maritimes ont été surnommés les pigouyers ou pigouillers,

(3) Micro d'introduction d'Alain Veinstein le producteuur-coordonnateur des Nuits. Quelle poésie, quel brio de la langue, du langage vernaculaire et du transport immédiat in-situ sans avoir fait le moindre pas ! Ceci étant il m'a fallu l'aide de plusieurs dictionnaires pour écrire correctement "mizotte, siques, trainou, portes à flots" et surtout en comprendre le sens. Quelle belle leçon de patois !

mardi 19 décembre 2023

Les 60 ans d'Inter autrement, vraiment autrement…

Je les ai rêvés ces soixante ans d'Inter. Le sommeil est profond et le rêve interminable. Ma demande à la Directrice, Adèle Van Reeth, d'une nuit d’antenne entière… a été accordée. Six heures pour 60 ans on pouvait pas faire moins, si ? Et puisque le rêve est engagé j'ai proposé à trois réalisatrices et un réalisateur de m'accompagner pour cette belle fête de la mémoire (1).












On ouvre le programme avec Agathe Mella. Première directrice d’une chaîne de radio (d’abord à Paris-Inter puis France Inter, puis France Culture) et je rappelle l’hommage de Roland Dhordain à cette femme de radio. “C’est grâce à elle que les pères fondateurs de France Inter purent faire aboutir leur projet”. On l'écoute avec Philippe Caloni. C'est alors facile d'enchainer avec Pierre Wiehn (2) quelqu'un qui au micro et à la direction a connu "l'âge d'or" ou tout au moins un âge de création radiophonique exceptionnel. Par ordre d'entrée en scène on aurait du d'abord évoquer Roland Dhordain, le père de la réforme radio (période ORTF) et celui d'un dépoussiérage efficient de Paris-Inter pour installer dans le paysage, France Inter.











La voix d'Annick Beauchamp (Madame Inter), celle d'Anne Gaillard et de Clara Candiani qui a animé les émissions d'entraide et de partage "Les Français donnent aux Français". Mais dans ces presque débuts la chanson a une grande place sur Inter, dans toutes les émissions. Et le "jeune" repéré par Dhordain, Gérard Klein, virevolte avec la musique et le hit-parade. Les femmes à l'antenne se comptent sur les doigts d'une main. Il faudra attendre TSF 68 (L'ancêtre de L'Oreille en coin)…










Pas sûr qu'on joue le chronologique. On essaye de faire entrer au chausse-pied une décennie  par heure et à chaque fois choisir des témoins auditeurs/auditrices qui auront été chauffés à blanc depuis plusieurs mois pour donner le "meilleur" de leurs souvenirs. Mais surtout on envoie comme un inventaire à la Prévert des voix, des voix, des voix qui rythment les 24 d'heures d'Inter. Celles à l'antenne. Celles disparues.

30 mars 1968, 14h, la révolution radiophonique est au studio 125. Garretto et Codou viennent d'inventer ce qui deviendra L'Oreille en coin. 13h de programmes en trois tranches. Samedi après-midi, dimanche matin, dimanche après-midi. Difficile d'échapper au panache d'Artur. Pour clore la décennie 60 on se prendrait quelques Embouteillages et son bonjour goguenard !











Comment ensuite ne pas conter sur Gérard Sire ? On prendrait Le masque et quelquefois la plume. Et filer sur La route de nuit… L'ORTF éparpillée façon puzzle, il s'agissait d'entrer das la ronde et prenant Le temps de vivre avec Jacques Pradel on arrêtait tout pour écouter Françoise Dolto. Et, sans sommeil se dire qu'on appellerait "Allo Macha" enfin pas ce soir, demain peut-être. Car on attendait Groucho et ce fut Marx et Claude Dominique. Ses indicatifs/génériques sont des perles ciselées avec attention et amour. Marche ou rêve !

P. Jacques, M.O. Monchicourt, Kriss,
A.Gribes, E. Den, K. David







On entre dans les 80' et Eve raconte ! Et le dimanche Kriss, Agnès Gribes, Marie-Odile Monchicourt, Paula Jacques, Katia David… Et Foulquier de nuit. Brigitte Vincent et son 15-115. Et là, si on cite à l'antenne le réalisateur Gilles Davidas on en profitera pour évoquer la longue liste des réalisateurs et des réalisatrices qui, sans elles et sans eux, pas d'émissions à l'antenne. Et un joli duo pour un passé singulier (Winock/Dominique). Et Noëlle Breham entre deux pleins et trois déliés. Ah la nuit… la nuit !

Bernard Lenoir










Au début des 90' Bernard Lenoir est toujours fidèle au poste. Va donc voir Là-bas si j'y suis… disait Mermet et en Avant la zizique ! (et ce si bel indicatif que Claude Dominique aurait aimé faire et écouter. Pourquoi tu t'es barré Hugues Le Bars ?). Ce serait le moment de faire un melting pot de plusieurs indicatifs et de jouer, à l'endroit à l'envers du temps ! Et Paula Jacques, cosmopolitaine. Comment ne pas feuilletonner avec "Le perroquet des batignolles". Ou flâner quelques dimanches en roue libre (avec Kriss). Et bien entendu Michel Grégoire !

Kriss

Le siècle tourne ! On va se tirer quelques portraits sensibles ! Ou, l'oreille collée au poste, écouter sans bruit les Histoires possibles et impossibles de Robert Arnaut. Et deux mille ans d'histoire de Patrice Gélinet. Et puis si c'est Ouvert la nuit (avant qu'elle ferme)… Rappelle-toi Rebecca. Au risque de se prendre en pleine poire un Boomerang. Ou un zeste d'Instant M ou de Charline. Et monter la (ou les) marche(s) de l'histoire.

Bon j'en ai forcément oublié plein, mais on va tenir nos six heures. On mettra des chansons. Auditrices et auditeurs nous diront leur madeleine, on aura des voix qui viendront d'ailleurs et puis dans une sorte de chant choral on égrènera joliment les noms de cent femmes de radio ! Et on se remettra l'indicatif d'Hugues Le Bars… Le temps d'une chanson !


(1) Michèle Bedos et Maryse Friboulet et Marie-Christine Thomas et Gilles Davidas (Tu rêves Fañch ? Ben oui comme Claude Villers, du plus lointain de mes rêves),

(2) Journaliste, producteur, Directeur de France Inter, 1973-1981.