vendredi 24 mars 2017

Logo, une autre façon de raconter une histoire de (Radio) France…

Le logotype d'une entreprise est le marqueur formel de son histoire et de son… évolution. Un logo identifie. Mais un logo ça parle aussi. Ça parle à ceux qui savent lire. Lire entre les signes, entre les lignes et, ici, entre les ondes. Sans bruit, le nouveau logo de Radio France est sorti. Sorti du chapeau (compte Twitter) de Laurent Frisch, directeur du numérique à Radio France. Depuis janvier 1975 et la nouvelle identité visuelle de Radio France (ex ORTF) il y aurait beaucoup d'histoires à raconter. Un jour…



Ce nouveau logo a une belle linéarité. Sobriété de la typographie. Bi-color. Un noir un peu dur que j'aurais remplacé par un gris. Un gris plus doux. Un gris souris. Ce logo est très proche de celui de franceinfo. Et c'est là que commence l'histoire. La nouvelle chaîne publique d'info en continu, qui a démarré le 1er septembre 2016, a adopté un logo linéaire, sobre et ponctué de… deux points (jaunes), qui sigle la radio comme la TV. 






Il y a moins de trois ans existait une belle unité graphique des sept chaînes de Radio France. Unité. Un mot fort. Explicite. Les petits carrés de la Maison ronde ça avait de la gueule. Des petites fenêtres de création. De toutes les couleurs de la création. Un bel ensemble. Une belle harmonie. Une belle chaîne… humaine. Un genre de symphonie. Lyrique. Là vous lisez entre les lignes, non ? Vous voyez le message ? Un bel ensemble je vous dis. C'est clair, non ? 

Tout ça c'était avant le drame ! Depuis Le Mouv' s'est mis en Mouv' et en… marge. La nouvelle identité visuelle de Radio France préfigure-t-elle une nouvelle identité visuelle des chaînes ? Non, me dit-on en haut-lieu. Bon. Mais alors pourquoi la maison-mère (1) se distingue-t-elle de ses enfants ? Hein, pourquoi ? Pourquoi a t-elle disparue la Maison (ou plutôt sa représentation graphique, en bas à gauche sur fond noir) ?  Cette "poêle à frire", symbole graphique de la radio publique.



"Radio France" sort de son carré. Pré-carré ? Et pourquoi ce carré se mute-il en ligne ? En ligne ? Mais parce que Radio France y est déjà… en ligne. Oui, mais en même temps la radio… elle se dé-li-né-a-ri-se. Alors ? Ben, wait and see, bouffi. Tu l'as dit ! Voilà tout ça c'est très julie. Oui julie, très julie. Passez une bonne fin de semaine. J'abonderai ce billet dès que des informations fiables me parviendront… la semaine prochaine. Adecias

(1) "À la radio fallait-il une maison", Charles de Gaulle, Président de la République, 14 décembre 1963, inauguration de la Maison de la radio, 

La radio est un objet oublié des politiques publiques… (2)

Voilà donc la suite de ce moment où, la Scam ayant réuni les auteurs et quelques professionnels de la profession, s'ouvre un vaste champ d'interrogations et de réflexions sur la radio, ses programmes, ses documentaires, ses auteurs, ses journalistes et quelques ratons-laveurs bien décidés à en être aussi (des auteurs bien sûr)… ! Bizarrement, France Culture n'était pas dans le "tour de table" animé par Laurent Valière (producteur à France Musique). 


"… susciter l'émotion et le rêve de rester notre complice."
Citation d'Alexandre Heraud, producteur radio,
in "Radio : quelle place pour les auteurs"
Scam, septembre 2016



















Pendant une heure quarante, les intervenants (1) vont s'efforcer de répondre à la question "Quelle radio demain ?". Après l'intervention de Martin Ajdari qui a donné lieu à la rédaction de mon billet d'hier, Patrice Gélinet confirme que "la bande FM est saturée" et en profite pour saluer Roland Faure (2) avec qui il avait créé le "club DAB+" (3). Quand à la Radio Numérique Terrestre (RNT), Gélinet rappelle qu'une fréquence RNT peut héberger jusqu'à 13 radios mais que, pour Radio France, l'État n'a toujours pas préempté de fréquences. À quoi ont donc servi les conseillers audiovisuels de l'Élysée ?

Laurence Bloch croyait (et, comme elle, l'ensemble des dirigeants de Radio France) que ce serait les données associées sur le site web de France Inter qui créeraient de nouveaux auditeurs. Hors, elle constate que ce sont les vidéos des humoristes qui font des millions de vues. Elle est convaincue que "La radio rend la télé figée" et a envie de dire aux producteurs "Venez comme vous êtes" [sans le maquillage et tout l'fourbi télévisuel, ndlr]
"Il faut qu'on continue à filmer la radio mais surtout qu'on ne fasse pas de la télé à la place de la radio. Il ne faut pas que la radio fonctionne en fonction de l'image. Point barre". C'est clair. CQFD.

L'humour, n°1 des podcasts de… France Inter 
Sur le podcast, Gélinet dit "il risque de faire disparaitre non pas la radio mais, la notion de chaîne de radio." C'est bien de le dire. 24 heures de podcasts consécutifs ne feront jamais de la radio. Et Bloch de révéler que "Le meilleur podcast ce n'est plus une émission mais le "retravail" sur tous les moments d'humour de la journée. C'est une proposition d'agrégation qui arrive en n°1" (4). On le voit bien ici, l'orientation éditoriale, - produire de l'humour et encore plus d'humour - a absolument influencé les programmes jusqu'à en ponctuer de nombreux, avec de plus en plus d'humoristes.

Ajdari, lui, enfonce le clou, en regrettant "Le manque de renouvellement de l'écriture radiophonique [est patent, ndlr] La tendance n'est pas à une prise de risque." Et Gelinet d'entériner "le recul de la fiction et du documentaire". Si je les relève ici c'est que ce sont des "balises", des "indicateurs de tendance". On ne pourra pas dire "on ne savait pas". Enfin, dans un débat public, des personnalités reconnues de la radio disent haut et fort autre chose que "On a vraiment la meilleure matinale de France", "Nos podcasts ont progressé de 40% ", "Nous avons tout changé et déjà nous constatons…". Des mantras psalmodiés 24/24 sur les rézozozios.


David Christoffel, producteur à Radio France
et directeur de "La radio parfaite"






















"Journalisation" de la radio
Avec un tel mot on touche le sommet du barbarisme, non ? Comment le débatteur a-t-il pu employer un tel mot ? On n'est plus dans l'entre-soi là, on est carrément à la cave ou au fond du trou ! Au-secours fuyons ! Tout ça pour parler des programmes faits par des journalistes vs ceux créés par des producteurs- auteurs ? Et peu importe que ce mot ait été utilisé dans le "Livre blanc" cité, qui a présidé à la rencontre. Il y a des limites à ne pas franchir pour la langue française. Pour Cécile Mégie : "La journalisation je la vis de manière négative et si on décloisonnait ?" (journalistes et producteurs, ndlr) 

Les voix de radio

Bloch veut s'appuyer sur les voix de radio qui ont toujours fait l'identité de France Inter. Et aussi retrouver la force de ces personnalités (elle cite les producteurs les plus emblématiques, Bouteiller, Villers, Chancel) à l'antenne. Rappelle "Le coup d'état, le coup d'éclat, le coup de génie de Veinstein (Alain) qui a créé [en 1978] "Les nuits magnétiques]. Trutat (Alain) "l'Atelier de Création Radiophonique", et d'une certaine façon "Le Pays d'ici" (5). Elle reconnaît aussi : "Sur France Inter je n'ai pas réusssi le doc. La restitution du réel sur une chaine généraliste c'est infiniment plus compliqué… Je n'ai pas trouvé le capitaine du bateau. "Un jour en France" (6) n'était pas aboutie".

Un CNR. CNR ? (Centre National de la Radio)
Très subtile proposition de Loïc Chusseau (Jet FM/Nantes) pour, à l'instar du cinéma (CNC), "créer une structure qui rapprocherait les auteurs des diffuseurs." Comment personne n'y a pensé plus tôt ? Bon, mais maintenant, on fait quoi de cette idée ? On propose à la Scam de "remettre le couvert" en septembre 17, sur ce seul sujet, en invitant le Ministère de la Culture, Radio France, Arte Radio, l'Institut National de l'Audiovisuel… ? Avec dans une très grande salle les auteurs… de toutes tailles. (Oumpff !)


Jean Nohain














Et pour fermer le ban… Lebrun Jean 
L'historien-journaliste-producteur-baroudeur sur les toits de Paris, du temps de Culture-Matin (7) a, dans son intervention, voulu nous "faire toucher du doigt" un certain paradoxe de la modernité. Je la reproduis dans son intégralité pour prendre le temps nécessaire de la réflexion.

"Jamais les moyens d'enregistrement ont été aussi légers, [en poids, pas en terme de choix stratégique "léger" fait aux moyens de production, ndlr]. Tout ce qui est produit [avec ces facilités d'enregistrement, ndlr] n'apparaît pas sur nos chaînes formatées qui penchent toutes vers la plus forte ligne de pente et, finissent par se ressembler les unes les autres. Il y a quand même un contraste dans l'histoire entre : 

La radio passée, qui s'est toujours appuyée sur toutes les innovations technologiques, c'est à dire que quand il y a eu des moyens de projection vers l'extérieur de la radio, - à l'époque héroïque des années trente, ou de Jean Nohain (8), au lendemain de la guerre on était dans les caves de Roquefort pour une pérégrination, sur les ponts de Paris dans les années d'après la Libération - chaque occasion était utilisée. Chaque transformation technique était mise en œuvre, ça donnait les camions-studios. À l'inverse, plus les studios se perfectionnaient, pour essayer d'atteindre une espèce de perfection sonore, plus on s'installait dans les studios pour en utiliser toutes les possibilités,
• [La radio d'aujourd'hui, ndlr] dont on a l'impression que toute la gamme de possibles n'est plus utilisée. N'est utilisé que le format devenu obligé de la convergence numérique et… de la radio visuelle. Un oxymore qui doit provoquer un silence éloquent dans cette salle.

Laurence Bloch lui répondra : "La radio visuelle c'est pas ça qui fait qu'il y a moins de reportage sonore. Si tu veux rendre intéressant ta visite dans la cave de Roquefort il faut vraiment des auteurs derrière. Faisons qu'il y ait une rencontre entre la cave de Roquefort et les auditeurs…" 

Allez, zou ! Prochaine rencontre auteurs-auditeurs-diffuseurs en septembre à Roquefort. Chiche la Scam ?




Bon quant à Pierre Wiehn, ce sera demain. C'est samedi, vous aurez le temps… de lire. Sa très courte intervention est, autant le reflet d'un directeur qui a animé les équipes de France Inter pendant presque toutes les années 70 et, un homme qui a le sens de la radio dans son acception humaine et universelle. De quoi prendre le temps d'en parler.
(À suivre, demain)




(1) Martin Ajdari (directeur général, DGMIC), Laurence Bloch (directrice générale, France Inter), Loïc Chusseau (Jet FM/Nantes), Patrice Gélinet (conseiller, CSA), Cécile Mégie (directrice, Radio France Internationale),
(2) Pdg de Radio France 1986-1989, directeur de l'information de Radio France 1979-1981 (Pdg Jacqueline Baudrier),
(3) Auquel devait aussi être associé Roland Dhordain, "papa" de la radio moderne et de France Inter en 1963. Le DAB + est une norme de radiodiffusion numérique,

(4) Et là on se pince quand on sait, qu'auparavant, c'était "La marche de l'histoire", Jean Lebrun, France Inter, qui était en haut du podium !
(5) Dont elle était productrice à France Culture, puis coordonnatrice .1984-1997,
(6) 2015-2016, Bruno Duvic, 10h-11h,

(7) 1986-1999, France Culture,
(8) Jean Nohain,dit "Jaboune", de son vrai nom Jean-Marie Legrand, animateur (radio et TV) et parolier français, 16 février 1900 à Paris et mort le 25 janvier 1981. 

jeudi 23 mars 2017

La radio est un objet oublié des politiques publiques… (1)

En diverses occasions j'ai l'occasion de faire référence à la journée de rencontres et de débats sur la création radiophonique, organisée par la Scam le 27 septembre 2016. Particulièrement pour citer l'intervention de Pierre Wiehn (1) qui m'avait été rapportée le jour même et, avec qui, j'avais échangé au téléphone dès le lendemain. Déçu de n'avoir pu participer à cette journée, j'avais oublié que je pouvais depuis longtemps la voir et l'écouter sur le site de la Scam, comme me le rappelait Hervé Marchon auteur de "Radio : quelle place pour les auteurs". Un état des lieux de la création radiophonique qui a été le support de cette journée d'échanges professionnels.



"La radio est un fait social créatif massif" (Martin Ajdari)
Le titre de ce billet emprunte aux premiers mots de l'intervention de Martin Ajdari (2) dès l'ouverture de la rencontre. Pour la première fois depuis très longtemps, au cours d'une rencontre publique, nous pouvons donc nous apprêter à écouter quelques constats, lucides et pertinents, tant sur le positionnement du média radio dans la société que sur sa place au sein de l'audiovisuel public. Alors que souvent aujourd'hui on ne dispose que de très peu d'études pour analyser la situation actuelle et encore moins de recherches pour imaginer quelques tendances prospectives à moyen terme (3). Il était temps alors d'entendre dire, et de reconnaître, que la radio serait le parent pauvre du mouvement audiovisuel actuel.

Ajdari constate que "…la radio est menacée depuis quinze ans par une concurrence de plus en plus intense d'offres audiovisuelles numériques. Ses points forts, l'information et la musique, ont été fragilisés par cette offre numérique." En annonçant que "la radio a une image vieillotte, vieillissante…" Ajdari a du surprendre l'assemblée, ou pour le moins la faire toussoter. Habituée qu'elle est à se conforter à une forme de slogan, digne de la méthode Coué, "la radio n'a jamais été aussi moderne et en phase avec la société". Bigre ! Les propos d'Ajdari remettent les pendules à l'heure et ont dû déciller ceux qui ronronnant sur les ondes n'appréhendent pas le média dans son environnement sociétal. 

Cette prise de hauteur (auteur !), face au sujet spécifique de la journée, montre immédiatement le retard que la France a pu prendre en terme de développement global du média. La radio s'étant attachée, depuis quinze ans, à muter de l'analogique au numérique, Ajdari pointe du doigt :
- l'archaïsme (en l'absence du RDS) de la recherche de fréquence quand, sur un parcours autoroutier, il faut tâtonner pour retrouver une chaîne en cours d'écoute,
- le poste de radio n'est pas un objet de la vie courante, ce n'est pas [plus, ndlr] un objet de désir comme le smartphone,
- il n'y a pas d'investissement marketing sur cet objet [a contrario des évolutions d'écran pour les téléviseurs] et les opérateurs industriels ne croient pas utile d'investir, particulièrement vu les tergiversations autour de la RNT et le renouvellement différé et coûteux du parc des appareils FM,

















Terribles constats qui mettent en lumière que les efforts portés par les opérateurs radiophoniques pour démultiplier l'accès de leurs programmes sur tous les supports sont sans doute l'arbre qui cache la forêt d'une évolution très lente depuis la révolution du transistor à la fin des années 50. Quant aux usages, Ajdari constate que "les 25-30 ans qui il y a 10 ans s'installaient dans la radio, aujourd'hui au même âge ne s'y installent plus. Ces phénomènes de non-renouvellement de générations sont parmi les plus préoccupants et doivent solliciter la créativité et l'innovation pour y répondre."

Il n'est pas vain de souligner les forces qu'Ajdari reconnait à la radio : "Si la radio reste un média de masse, sa force est l'individualisation de l'écoute. C'est le média de la fidélité, des repères, et de la confiance et donc de la prescription et de l'offre. C'est aussi la force de la proximité, de l'interactivité historique, de l'intimité et de l'imaginaire." Malgré un tel potentiel on constate que le nombre total d'auditeurs baisse, que sa population vieillit (Moyenne d'âge de France Musique, 68 ans), que la RNT n'a toujours pas décollé, que les modèles de programme, leur cadencement, leurs formats, leurs genres n'ont plus bougé depuis plus de 40 ans (4). 

Parallèlement la radio filmée sert surtout la promotion des matinales vers la télévision et les réseaux sociaux. Cela conforte les acquis du média qui y trouve à ces heures-là (6-9) ses meilleures audiences journalières. Le documentaire perd de plus en plus de terrain. Les invités, les chroniqueurs et les humoristes sont devenus les alliés de producteurs en mal de création, d'innovation et de renouvellement des genres. L'audience est devenue l'alfa et l'oméga de la pérennité d'un programme, d'une émission, voire d'une chaîne. L'auto-promotion permanente sur les réseaux sociaux a enterré la critique. La voix n'est plus du tout un critère de qualité ou de reconnaissance pour faire de la radio quand l'image veut ici tout sublimer au détriment de l'imaginaire.

Ajoutons les velléités politiques et l'agitation névrotique de muletas, tantôt "une BBC à la française", tantôt la reconstitution de ligue dissoute type "H.O.R.T.F." (Holding de l'Office de Radio et Télévision Française), tantôt les seuls Radio France et France Télévision en poussant au bout le premier étage de la fusée franceinfo et le dupliquant pour France Bleu-France 3 et + si affinités.



Mes chers auditeurs, alors que cette journée Scam n'a "commencé" que depuis 20' je n'ai ni évoqué son sujet principal, ni la belle idée et/ou suggestion de Pierre Wiehn. Il y aura donc une ou deux suites à ce billet. Mais en l'état on sent bien qu'il va falloir assez vite un big-bang de la radio publique. Un peu comme celui qu'avait su anticiper le Général de Gaulle en rassemblant tous les locaux disséminés dans Paris après la Libération et qui engagèrent la création de la Maison de la Radio inaugurée le 14 décembre 1963. Ainsi que les trois chaînes baptisées France Inter, France Culture et France Musique sous la responsabilité de Roland Dhordain.

Le temps des cathédrales est passé voici venir celui des mutations. Il est temps qu'un État responsable et visionnaire s'attèle à les prévenir et les accompagner. Hors depuis cinq ans, hormis les ronds de jambe du Président au cinquantenaire de la Maison de la Radio, des Assises qui nous ont laissé debout et l'absence de projets des candidats à la présidentielle, le développement radiophonique est figé. 

Pourvu que dès le mois de mai l'objet oublié des politiques publiques ne devienne pas l'objet enterré des politiques publiques.
(A suivre, demain)


Quelle radio demain ? par La_Scam


(1) Directeur de France Inter 1973-1981,
(2) Directeur général au Ministère de la Culture, direction générale des médias et des industries culturelles (DGMIC), ex-directeur général délégué à Radio France (2004-2009), 

(3) Quand nous devons nous contenter : 
- de l'autopromotion des radios par les radios elle-même, et de la communication systématique qui en découle,
- des miettes que la presse donne encore à lire à ses lecteurs couvrant, l'événement, les vedettes du micro (toujours les mêmes), les coups, le mercato, les "rentrées" et une prosternation trimestrielle pour le tout-puissant Médiamétrie, stigmatisant la disparition des analyses de fond du média par d'autres médias, 
- de suivre en direct les commissions "culture" de l'Assemblée nationale ou du Sénat quand, le Pdg de Radio France répond aux questions des parlementaires dans des exercices où le débat de fond est absent, où les orientations stratégiques sont survolées, et quand il s'agit le plus souvent de valider ou d'évaluer la situation du Contrat d'Objectifs et de Moyens (COM), qui lie Radio France et sa tutelle,

(4) Les heures et les formes des matinales sont figées, les formats tournent autour de 50/55', les soirées après vingt heures ne font preuve d'aucune innovation et sous prétexte de budget diminué, les nuits ne sont plus des lieux de création et d'accompagnement des publics qui "ne dorment pas",

mercredi 22 mars 2017

Les braqueurs… Miki (2/3)



1800 ème billet
J'ai braqué ma nuit. Je voulais pas écouter "ça" de jour. J'avais besoin du silence total et de la nuit. Noire et profonde. Pascale Pascariello me rattrape par la manche après m'avoir embarqué mercredi dernier avec François. Un choc. Un vrai. Miki c'est sa voix qui me surprend. Grave. Banale. Posée. Miki raconte sans jouer au truand. Comme s'il était gérant d'une PME de plasturgie (sic). Le folklore et le mythe du bandit vole encore en éclats mais sans que le récit de Miki n'en fasse d'éclats.

"Vous oubliez jamais votre premier baiser, votre première bagarre, votre première Roleix, votre premier braquage. Je m'en souviens comme si c'était hier." Mais quelle paisibilité pour dire tout ça. Quelle distance. Quel détachement. Et en même temps quel attachement à "cette vie dramatique" dit Miki… Pascariello insère ses "sons" graves au bon moment du récit, en accord parfait avec la gravité lourde et sourde de la vie de Miki. 

Ce récit est découpé au chalumeau. Avec le flamme bleue de la rage. La rage de réussir son coup. De gagner. Beaucoup d'argent. D'un seul geste. Avec la pulsion du gaz libérant une énergie décuplée. Miki joue facilement du flashback. Avec la même précision de narration que la précision de ses braquages. Au cordeau. Ou au scalpel. Net. Sans bavures. Et après son premier braquage 500 000 dollars pour Miki. Sur la table.

S'en suit après une arrestation, la prison et sept ans en suspens et la volonté farouche de rattraper le "temps perdu" et de "remonter au sommet". Toujours ce vocabulaire de la compétition. De la réussite. Du meilleur. Et l'adrénaline pendant le coup. "Vous sentez tous les battements de votre cœur. Dans votre ventre dans votre gorge. Ça vous résonne aux oreilles… Ça pulse dans votre veine à 200 à l'heure. Pendant un instant vous êtes un surhomme."

Mercredi prochain : Tito

 Rage de gagner. 







mardi 21 mars 2017

@ plus dans le bus…

Kenzo Tribouillard / AFP/Archives













Ce billet est dédié à Benjamin, Iris, Sophie, Margot, Laura et Bïa…

Ce titre colle à ma semaine à Paris. J'aurais pu choisir "Le piéton de Paris", car je l'ai arpenté à pied, la capitale. À pied et avec mes yeux qui ne savaient plus où donner de la tête. Ou "Le paysan de Paris" qui aurait fonctionné car j'ai chanté Aragon en marchant à petit pas comptés : "Que sais-tu des plus simples choses, les jours sont des soleils grimés…". Et mieux encore "Paris est une fête"… Car je me la suis fait cette fête d'Hemingway, avec l'idée de parler au passant qui passe… dans le bus. Et que ce soit le 48, le 72, le 63, le 70 ou le 87, je me suis fait quelques exercices de style pour saluer Queneau (1).

Mardi 14, Café Sarah Bernhardt, place du Châtelet. Je travaille sur mon "set" de Longueur d'Ondes (2018) qui nécessite rencontres, interviews et archives. On refait le match. Un beau match avec des prolongations, des buts (atteints), de beaux dribbles et une palanquée de ratons-laveurs, que Prévert n'aurait pas reniés. Mes deux oreilles sont en flux tendu et ma mémoire active. Mercredi 15, Radio France, Avenue du Général Mangin. Archives (papier). Je scrute, scrute et rescrute les programmes radiophoniques de France Inter. Je cherche et… je trouve.

Mercredi 15, Convention-Vaugirard. Je rencontre (avec G.) un grand bonhomme de radio. On vient lui parler de 1966. D'une catastrophe minière et d'un journaliste-poéte qui sur place fît des prouesses quand son Nagra en rade lui fit tenir l'antenne presque 40' au journal de 13h. Je compte bien vous raconter cette histoire avant l'été. Jeudi 16, Mangin.
je remets le couvert ou plutôt je soulève le couvercle des archives. Et je trouve. Et je trouve même, à côté, pour faire un prochain billet sur Madeleine Constant. Entre midi et deux, devant la porte B, de la Maison de la Radio, (je salue Marc Voinchet) et interviewe au téléphone Marie-Christine Le Dû sur Pierre Bouteiller.

Jeudi 16, rue Gros, Le bistrot-café. Rencontre avec Patrice Blanc-Francard (ex-producteur radio et ex-directeur de "Le Mouv''")pour parler musique et d'un évènement des sixties. Interview dans la boîte, à paraître en juin. Jeudi 16, Les Ondes, Rue Gros. Rencontre avec Chantal Le Montagner, assistante de Kriss pour "Portraits sensibles". Je venais chercher la réponse de l'auditrice qui le 5 février à Brest, nous demandait "Comment Kriss faisait t-elle donc pour découvrir toutes ses formidables personnes ?" . J'ai la/les réponses. Un billet suivra.

Vendredi 17, Maison de la radio. France Inter. Rencontre avec Jean-Baptiste Audibert pour parler de son métier de programmateur. Billet à venir. En partant il me conseille d'écouter le nouveau Drake, Camille, Juliette Armanet et The XX. J'ai commencé. Merci Jean-Baptiste. Vendredi 17, XVIIème arrondissement. J'interviewe un cador radio qui me parle (aussi) d'Europe n°1, des Beatles. Billet en juin. RV aux Ondes. Après ma rencontre, je salue Frédéric Lodéon au zinc. Il met un visage sur ce @radiofanch qu'il suit sur Twitter.













Dans le bus 83, je fais la connaissance de Benjamin D. (87 ans), jeune premier qui drague ostensiblement Iris et Sophie, en montrant sa photo N&B, d'une époque où les femmes se pâmaient en lui laissant leur n° de téléphone pour se revoir. Il en fait autant, leur donne deux petits bouts de papier avec toutes ses coordonnées, et propose aux deux jeunes femmes de leur faire une visite guidée du Luxembourg. Homme de radio, il file à RCJ (Radio Communauté Juive, 94.8 Paris) faire sa chronique hebdomadaire. J'ai juste le temps de dire à Iris et à Sophie que je fais ce blog-radio et que je raconterai lundi à 8H30 notre virée en bus. Qu'elles excusent ce léger différé de publication. 

Toute la semaine, dans le bus (plus de deux heures par jour), j'ai parlé avec des inconnus. Ils avaient tous le sourire. On a échangé sur des choses simples. Et surtout on a pas attendu pour se parler que ce soit un mot-d'ordre tendance.

Samedi 18, j'interviewe par téléphone Ivan Levaï pour parler de Pierre Bouteiller et de sa "note" aux producteurs. En soirée, chez K., je rencontre Margot, qui travaille dans une grande firme connue pour son moteur de recherche… tellement connu. Elle est linguiste et s'intéresse à la voix radiophonique (moi aussi ça tombe bien). On cause radio, Ferré… Dimanche, Montreuil. Avec deux vieux briscards de la radio publique, A. et G.,  on cause de "podcasts", de Mermet. Laura se souvient d'Isabelle Aubrac et des vaches de l'Aubret. On refait le match bien sûr, pas France-Galles, mais Radio-France.

Lundi matin, Brasserie l'Atlantique, Montparnasse. Avec Bïa on parle de l'avenir de la radio, celle en "in", celle possible en "out". On feuillette "Le Parisien". Elle lit mon billet publié hier. M'offre un croissant, un grand café et une tartine. Trop sympa ! J'ai passé une semaine magnifique avec ma muse. La radio. Celle que je porte en viatique, pour mes voyages permanents dans les ondes.

Merci à tous ceux qui m'ont accueilli, hébergé, restauré, écouté. Ma besace est lourde et mon cœur léger. J'ai des sons plein mon Zoom. Je reviendrai au temps des cerises et peu importe le temps, je chanterai à tue-tête Jean-Baptiste Clément




(1) Léon Paul Fargue, Gallimard, 1964. Louis Aragon, Gallimard 1926. Ernest Hemingway, Folio Gallimard 2012. Raymond Queneau, Gallimard, 1947, 

lundi 20 mars 2017

Bouteiller, un mur (de Berlin), des saltimbanques, Levaï et quelques PAD...

Marie-Christine Le Dû, journaliste, voix de Radio France et de la rédaction d'Inter a publié il y a quelques jours sur Twitter une "note" de Pierre Bouteiller (14 novembre 1989), époque à laquelle il était directeur des programmes de France Inter (1). Cette année-là, trois jours plus tôt, le samedi 11 novembre "La chute du mur de Berlin" était en cours. 11 novembre : jour férié en France. Et quel jour férié : l'armistice de La Grande Guerre. Un samedi férié, donne sans doute envie à quelques "travailleurs", travaillant d'habitude le samedi, de prendre la poudre d'escampette ! Le mur a commencé à tomber le 9 novembre. L'actualité déborde tout, surtout quand l'ordre mondial des choses est bouleversé… même un samedi férié en France.




La rédaction de France Inter est sur le pont et... sur le mur. Les "programmes"  de la journée (2) ont tous été enregistrés et mis en boîte (Prêts À Diffuser/PAD). Ivan Levaï, directeur de l'information (3) doit gérer, avec ses équipes, "en direct de Berlin" le flux des informations qui… affluent dans les flashs et les journaux de la journée. Il aurait besoin de "toute l'antenne". Il veut, il doit être sur le coup. Il ronge son frein, fulmine même. Il ne veut pas faire passer les auditeurs d'Inter à côté de l'histoire. Pas plus que sa radio. L'histoire ne se rattrape jamais. On peut imaginer les échanges téléphoniques entre Levaï et Bouteiller. Et leurs discussions in situ. S'en suivra la note de Bouteiller.

Pour vous remettre dans le contexte, mes chers auditeurs, j'ai réévoqué cette "affaire" ces jours derniers au téléphone avec Marie-Christine Le Dû et Ivan Levaï. Ces deux journalistes ont vécu cette journée particulière à la rédaction d'Inter, confirment les numéros d'équilibriste qu'il a fallu faire à l'antenne pour sortir du cadre trop étroit des flashs et des journaux, et au final mordre sur les programmes.

Replay
Les programmes qu'ils soient en direct ou en PAD s'élaborent longtemps à l'avance et prennent place sur une grille. Le samedi en 1989, et plus particulièrement l'après-midi, depuis 1968, "L'Oreille en coin" est à l'antenne (4). Un enchaînement d'émissions plus ou moins longues, élaborées, montées et ciselées. Les producteurs, Jean Garretto et Pierre Codou, en sont aussi ses créateurs. Le principe de l'Oreille est aussi d'interagir (Inter agir) ou pas, avec des éléments enregistrés et du direct au cours de la même émission. La même émission peut comporter une ou plusieurs parties enregistrées et une ou plusieurs séquences en direct. Tout se joue en fonction de l'esprit, du sujet, de la créativité des animateurs, du réal et des deux producteurs, au studio 125, chaque fin de semaine à la Maison de la radio, sise à Paris.

Pour ce samedi 11 novembre, "Garretto et Codou" (5) ont validé la diffusion en PAD et, de fait, "l'absence pour congés" des animateurs concernés. Pendant ce temps dans le "bocal" (6), à la rédac' on s'arrache les cheveux... Comment interrompre une émission enregistrée, à quel endroit, où reprendre... ? Ou ne pas reprendre ? La tension est palpable. Les tensions sont exacerbées. Les journalistes font leur boulot et imaginent les "saltimbanques", doigts de pieds en éventail à Palavas-les-flots (si, si c'est possible) ou au chaud devant une cheminée crépitante. 


I. Levaï ©Claude Truong Ngoc- 2013





















Ivan Levaï qui a commencé sa carrière à la radio publique en 1963 (7) ne conçoit pas la radio autrement qu'en direct. Pour lui "c'est une question de vérité que l'on doit aux auditeurs. On est là dans le même temps qu'eux et on leur raconte ce qu'on voit, entend, décrypte. Vivants. Comme l'auditeur vivant. Et surtout on fait pas semblant d'être là quand on est pas là !"

Avec cette conviction affirmée, Levaï est absolument dans la ligne du créateur de France Inter, Roland Dhordain. Suite à une précision que m'a apporté Pierre Wiehn (directeur d'Inter 1973-1981), Dhordain en fusionnant en 1963, France I (Ondes Longues) et Paris Inter (Ondes Moyennes) crée France Inter (et France Culture et France Musique), et formalise deux fondamentaux : le direct absolu et la continuité de l'antenne 24/24. Pour être au même rythme de la vie que celui des auditeurs.

Et, Levaï, avec la même conviction que celle qui l'animait dans ses revues de presse, ajoute : "La radio ne doit pas tricher. Dans la parole il y a celui qui parle. Mais la moitié du chemin c'est celui qui écoute." Et sensible à LA voix il poursuit : "La voix humaine n'est pas la même à l'aurore et au crépuscule." Alors, ces PAD avec quelles voix ?

Levaï "Que les programmes soient en PAD pourquoi pas ? Mais c'est du surgelé !". Marie-Christine Le Dû précise "Si une émission est bien enregistrée, on peut interrompre sa diffusion, si le réal(isateur) est là [en régie]. Le rédacteur-en-chef de l'info est présent aussi. On discute. Tout est concerté." 
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Pour autant, depuis deux ans, France Info (8), première chaîne d'info publique en continu, émet sur une grande partie du territoire métropolitain. De l'info chaude. Alors, l'info bouillante... Le Dû reconnaît que "Inter et Info se sont mises en concurrence." Mais comment Inter pourrait-elle renoncer à couvrir un évènement planétaire, quand l'information est dans ses gènes ? Avant 1987, tant d'événements "spéciaux" ont donné lieu à tant de journées "spéciales" (9). Levaï affirme encore que "France Inter ce sont toutes les radios à la fois, mais France Info est vécue, en interne, comme une arme de combat contre Inter."

Bouteiller veut marquer le coup. Il écrit une note cinglante à ses équipes. L'année suivante pour la guerre du Koweit les journalistes de France Inter interviendront souvent au cours des émissions en direct, "l'info a pris l'antenne" au grand dam des animateurs et réalisateurs qui subissent et vivent mal ces intrusions qu'ils trouvent par trop intempestives. En 1999, Bouteiller  glose encore sur le sujet :



Un certain "mur" entre programmes et info subsiste. Et ce ne sont pas les incantations de tel ou telle, pour rapprocher les programmes de l'info, qui feront bouger les lignes. Les deux genres doivent cohabiter harmonieusement dans le respect mutuel des identités, journalistes et producteurs. La question est loin d'être réglée trente ans plus tard…

J'ajouterai à ce long billet une analyse personnelle. Puisque j'ai cité Dhordain, je pense que le premier âge de la chaîne, enlevé (élevé) par Dhordain, l'ex-scout, était celui du compagnonnage, du collectif et de la famille. Le deuxième âge serait celui de Pierre Bouteiller, celui des individus et des égos. Bouteiller étant lui-même une personnalité très forte et très… individuelle. Sa "note" aux producteurs était en décalage avec un esprit collectif qui avait déjà disparu. Quant à l'"Esprit Inter" nous en avons déjà parlé et nous ne manquerons pas d'en reparler bientôt.

Une anecdote très significative pour conclure…
C. Villers, journaliste et animateur












Gilles Davidas, ex-producteur et réalisateur à Radio France, m'a raconté l'anecdote suivante : "À la fin d'un flash, un journaliste de France Inter annonce "Prochain flash à midi, en attendant, Claude Villers et Monique Desbarbat, "Le tribunal des flagrants délires…" Furibard, une fois son émission terminée, Villers monte voir la Présidente de Radio France, Jacqueline Baudrier, pour lui dire qu'il ne fait pas une émission pour combler l'attente entre deux flash." CQFD

Michel Forgit, journaliste à France Inter
"Opération Radio-Terre"















(1) 1989-1996,
(2) Voici illustrée "toute l'histoire" de la radio publique :  depuis 1963, et son nom définitif de France Inter, la chaîne a toujours été co-dirigée par un directeur/trice des programmes et un directrice/teur de l'info, jusqu'à la direction d'Inter par Jean-Luc Hees (1999-2004) qui "régnait" alors sur les deux entités historiques. Il n'y avait "aucun" mélange des genres. En 1989, Bouteiller est directeur des programmes, Ivan Levaï directeur de l'info. Mais dans l'histoire populaire de la radio le directeur d'Inter c'est Bouteiller,

(3) De l'ensemble des rédactions de Radio France (1989-1996) et, pendant cette période, responsable de la revue de presse dans la matinale de France Inter (8h30),
(4) 1968-1990, 13h de programmes répartis le samedi après-midi, dimanche matin et dimanche après-midi,
(5) Pierre Codou est décédé le 2 décembre 1981. Jean Garretto a toujours souhaité qu'il reste associé à ce programme et son nom a toujours été bannoncé et désannoncé jusqu'à la fin de l'émission en septembre 1990.

(6) "Bocal", lieu de fabrication des infos (montage, mixage,…)
(7) Radio Télévision Française (RTF), qui deviendra Office de Radio Télévision Française (0RTF) en 1964,
(8) 1er juin 1987. Jérôme Bellay, premier directeur. Roland Faure est Pdg de Radio France et a favorisé la création de cette nouvelle antenne. 

(9) "Radio Terre", ou les premiers pas de l’homme sur la lune en juillet 1969, diffusés à la fois sur France Inter, France Culture, Inter Variétés en direct d’Apollo XI pendant 30 heures,

dimanche 19 mars 2017

Manège d'été… à France Musique (28/35)



Pendant deux mois, cet été 2016, Laurent Valero et Thierry Jousse, séparément, nous ont offert deux heures quotidiennes de petits bijoux musicaux. Deux heures, de dix-huit à vingt heures, qui passent, fuient et puis, le vingt-six août c'est fini. Mais c'est quand même pas possible de laisser s'envoler une telle richesse dans l'éphémère. Alors, comme je l'ai fait moi-même (souvent l'émission à peine finie) je vous propose de réécouter chaque dimanche (idéal) un épisode de leur saga d'été. Juste avant de les retrouver ensemble à 18h, ce dimanche sur France Musique pour le nouvel "Easy tempo". 

Vendredi 19 août. Rien que du jazz (2/2). Allez, et un Henry Mancini, un ! "Moanin" résonne un peu "Panthère rose" et ce pourrait-être une B.O. Tous les ingrédients sont là. Et ceux bien sûr du jazz instrumental. Bon, envoyer "Giant step" de Coltrane ici, interprété par Roland Kirk, et on entre en atmosphère. Fumées bleues, ambiances noires, tempo suave, le sax bouleverse les sens, enveloppe l'espace, propulse ailleurs. Jusqu'à ce que les chœurs "surprenants" les qualifie Jousse) s'en mêlent. On change d'univers. Plusieurs fois. Comme dans tous les "Retours de Plage". Ce "Giant step" on dirait un mix de l'histoire du jazz. Un collage réaliste. Et ça fait moins de 12 minutes que l'émission a débuté.


Là j'écris au point du jour. Et "Naïma" (Coltrane) d'Art Farmer colle aux premiers gazouillis des oiseaux, aux fenêtres qui baillent et aux ciels changeant minute par minute. Fin de la nuit, début du jour. C'est pareil. Le passage est ténu et le sax tient tout ça. Avec maestria. "My Favorite Things"  standard ? J'ai l'impression de connaitre ce morceau joué ici par Red Holt. Me démange un peu d'attendre "le retour des voix" qui ne retournent pas… Bien sûr The Man I Love (George Gershwin/Ira Gershwin) d' Eddie Cano est dans le ton de cet après-midi jazzy mais j'ai besoin de mots sur ces notes.

Farceur, Jousse m'"envoie" Midnight Sun, un genre d'"onomatopée"… André Minvielle/Fred Pallem & Le Sacre du Tympan jouent sur les mots, délirent et explosent le jeu. Ben voilà c'était pas compliqué pour me contenter… S'en suivra Helen Merrill with Gary Peacock Trio pour "The Thrill is Gone"  et on touche la grâce. Quant à Yusef Lateef et "sa" First Gymnopedia (Eric Satie), l'occasion de me rappeler qu'au milieu de la pop du début des 70', ce monsieur avait enchanté nos nuits enfumées, aussi bien que Davis, Coltrane ou les Jazz Messengers… Ultime clin d'œil à ces années, Jousse enverra trois morceaux de Lateef. Juste de quoi (re)vivre. Merci Thierry…

N.B. : De façon temporaire, le nouveau site de France Musique ne permet plus l'export du player, donc il vous faudra aller là pour écouter l'émission du 19 août.

Et today sur France Musique, retrouvez les compères 
à 18h pour un Easy tempo "Jazz in Paris"

* Générique Ennio Morricone avec la voix d’Edda dell’Orso 
Une Voce allo Specchio, extrait de la BO de La Stagione dei Sensi.