lundi 24 décembre 2018

À haute voix : le bon plaisir de Jean Lebrun…

Le bon plaisir de prendre le temps d'écouter la radio, à son rythme (1), en s'installant aussi confortablement que pour voir un film… et savourer sans modération une écoute attentive. Je crois avoir décrit cette posture à de nombreuses reprises sur ce blog. Le bon plaisir… d'écouter et de se souvenir que ce même "Bon plaisir" inventé par Jean-Marie Borzeix et François Maspero sur France Culture en 1984 (2) enchantait les samedis après-midi d'une chaîne singulière qui n'avait pas encore pris le pari (stupide) du formatage engoncé à 60'. O tempora o mores me susurrerait à l'oreille Gilles Davidas (3). Donc j'ai pris le temps d'écouter l'"À voix nue" de Jean Lebrun et de le réécouter pour vous faire ce p'tit billet. Comme un conte de Noël, quoi !



Lebrun reçoit chez lui Johanna Bedeau et, si l'on est sûr de ne pas entendre le feu crépiter dans la cheminée, gageons que le frottement du briquet s'insérera à plusieurs reprises dans la conversation, rappelant à qui connaît bien le producteur radio qu'il n'a jamais lâché sa pipe… Attribut complémentaire du malouin loin de ses remparts balayés aux quatre vents, un œil sur Saint-Pierre et Miquelon, l'autre vers Combourg, lointaine campagne d'enfance. L'affaire étant campée plongeons gaillardement dans le premier entretien.

Fidèle à sa légende, de chat (perçant, l'intime des autres), Lebrun commence par esquiver ce qui pourrait nous faire entrer ex abrupto dans son enfance et, pour ménager sa pudeur, l'homme de radio nous annonce qu'il appartient "au plus profond de l'anonymat", histoire de nous rappeler qu'il n'appartient à aucune dynastie du savoir et encore moins à cette classe érudite qui se hausse en permanence du col dans les médias. Il parle à voix presque feutrée et donne l'impression de s'approcher du micro pour nous faire une confidence. Il justifie cet anonymat en nommant son patronyme qui en serait la marque absolue. Bedeau est prévenue on n'entre pas dans l'histoire Lebrun comme on dépouillerait les archives de sa généalogie. Il va falloir subtilement user de patience et d'écoute. Et Lebrun de très vite poser l'équation historique et politique "Je suis un enfant de dominé". Le conteur tisse et retisse, de quoi entrer cash dans le vif du sujet ! Son interlocutrice n'à plus qu'à laisser se dérouler l'histoire…


La Bretagne une terre d'où est parti Jean Lebrun, comme tant d'autres Bretons attachés à leur terre d'autant mieux qu'ils l'ont quittée. Voilà le meilleur prétexte pour un Lebrun qui ne voyage pas mais qui assurément à la bougeotte et craint comme la peste l'enfermement dans un studio (4). Lebrun de naviguer sur les flots de son grand-père charpentier de marine. Transition toute trouvée pour mettre le cap sur Saint-Pierre et Miquelon. Et Lebrun de nous téléporter "dans la France de la troisième République, une France disparue qui ressemble à l'île de Babar" quand nous aurions été tentés de n'y voir qu'un archipel lointain proche de l'histoire fabuleuse de Terre-Neuve et de la pêche à la morue. Le conteur se régale pour évoquer avec une gourmandise non feinte Giraudoux et Jean de Brunhoff un grand écart magnifique de culture et de poésie. Avec sa bonne part de fantaisie facétieuse. Et puis sentimental quand dans la foulée il évoque Claude Lucas (5)… et de conclure pour ce deuxième entretien "Je préfère rester au seuil de moi-même car l'intérieur est trop sombre." (Blondin)


Cette part sombre ce sera "ses" années Sida où Lebrun reviendra longuement sur l'accompagnement jusqu'à sa mort de son compagnon Bernard Costa, comme évoqué dans son essai "Notre Chanel" (6). Parcours difficile quand il faut, en même temps, garder un ton, un élan et une curiosité aiguisée pour animer chaque jour "Culture matin" la matinale de France Culture.


Et puis avant ce fut la presse écrite depuis les années collèges avec la ronéo et les stencils (système de reproduction… d'autrefois) ! Et de citer ses ainés Jacques Julliard (Le Nouvel Observateur) puis Jean-Marie Domenach (Esprit) qui avait une formule qui convient à Lebrun "Beaucoup de gueule et peu d'or"… Et au passage un petit coup de chapeau à Bruno Patino, ex-directeur de France Culture (2008-2010) avec une jolie formule pour la chaîne "Écouter, célébrer, transmettre". 

Et s'il n'avait pas été animer "La marche de l'histoire" dès février 2011 sur France Inter, Lebrun aurait arpenté les chemins creux de Bretagne dont on peut imaginer qu'ils auraient croisé de nombreux chemins buissonniers. On se délectera du coup de patte (de griffe) qu'envoie l'historien pour évoquer l'avenir de la radio : "On vit en studio et on diffuse depuis le studio et quand on va en extérieur c'est moins pour entendre les gens qui pourraient être nos interlocuteurs que pour devenir visibles et nous installer sur une tribune avec des projecteurs et le public à qui l'on demande d'applaudir la vedette de France Inter…" CQFD. Plus rien à voir avec la bande (ou l'école) à Lebrun au temps de Culture Matin, Pot-au-feu ou Travaux publics où le hors-studio était la meilleure façon d'être à l'écoute de la France, des français et… des auditeurs de France Culture, "pour un moment partagé" !


Et Lebrun d'insérer dans la conversation un de ses lieux de prédilection, Blumeray en Haute-Marne, "ouvroir d'histoires potentielles" qui nous aura valu quelques séances mémorables, joyeuses et fraternelles. Il y aurait tout un "pèlerinage" à faire sur les lieux radiophoniques qu'a exploré, tel un Tintin moderne, ce producteur de radio atypique et attachant. Et le titre de "Contanforain" (conter en marchant) colle parfaitement aux semelles de vent de notre infatigable vagabond, "archiviste du temps présent pour les temps futurs" qui aime "les gens qui se déplient". Et qui vient lui-même, chose très rare, de passer deux heures trente à se déplier.



Joyeux Noël à tous… et à Jean Lebrun…

(1) Sans obéir à la tyrannie du podcast, en replay sur le site de l'émission choisie,

(2) « Le Bon plaisir de… », programmé d'octobre 1984 à juillet 1999, s'inscrit dans la grille de programme issue de la réforme de France Culture lancée en octobre 1984 par Jean-Marie Borzeix alors directeur de la station. L'émission, très élaborée, est diffusée le samedi après-midi de 15h30 à 19h pour les saisons 1984-1985 à 1986-1987, de 15h30 à 18h30 pour les saisons 1987-1988 à 1997-1998 et de 15h30 à 17h pour la saison 1998-1999 (source : Archives nationales),

(3) Toujours jeune, producteur-réalisateur à France Inter et France Culture,
(4) Il est bon de rappeler ici la conviction de Philippe Caloni, homme de radio "La radio pourrait s'apparenter à une prison avec ses grilles (de programmes), ses chaînes, et ses cellules (de montage)…

(5) Auteur de "Suerte", pour cette émission de Culture Matin du 24 mai 1996, Lebrun avait réuni tous les anciens camarades de collège de Lucas, en pensant que ce dernier pourrait écouter l'émission en prison…
(6) Fayard, 2014.

vendredi 14 décembre 2018

Documentaire radio : péril en la demeure…

Vous noterez, mes chers auditeurs-lecteurs, que mon titre va parler de radio et pas du tout des autres formes audio qui diffusent du documentaire. La communication "moderne" a envahit l'information. Aujourd'hui n'importe quel Pdg-Pdgère d'une entreprise publique audiovisuelle peut dire ce qu'il-elle veut pour asséner ses "vérités" au détriment du réel. Plusieurs articles de ce blog l'ont démontré : la méthode Coué largement utilisée par Mathieu Gallet, l'ex-Pdg de Radio France a décomplexé les directeurs de chaîne qui se sont engouffrés dans la communication au risque de l'enfumage (a minima), des contre-vérités (a maxima). Il en va ainsi du documentaire à France Culture qui n'en finit pas, depuis plus de vingt-cinq ans, de perdre des heures de création et par là-même des heures de diffusion.
Photo de famille avec Salvador Allende en 1972
à Santiago du Chili © Rodrigo Gomez Rovira
















Cette image est extraite du documentaire d'Alain Devalpo et Jean-Philippe Navarre diffusé en 2013 sur France Culture (1). Il me fallait une image, j'ai choisi celle qui me touche le plus. Comme je l'ai écrit en début de semaine, Laure Adler, directrice de la chaîne de 1999 à 2005 a dézingué le documentaire et plusieurs principes de la "marque de fabrique" France Culture. Exit le plus possible les émissions élaborées, place au direct et uniformisation des formats à 60', soit l'heure devenue l'étalon de la bonne mesure audio. Ben voyons Léon ! 

Adler a passé par pertes et profits "Le bon plaisir" (3h), rabioté des heures à "La matinée des autres(2) et à l'"Atelier de Création Radiophonique" et bien d'autres au titre du "fait du prince" en l'occurence du fait de la princesse. Laure Adler s'appuyait sur le rapport d'un cadre de Radio France, Arnaud Teneze (3) qui n'y allait pas par quatre chemins pour suggérer la mutation de Culture en un genre de radio très formatée. Depuis Adler on assiste donc à la diminution progressive - et inexorable- du temps d'antenne pour ce genre radiophonique par excellence qu'est le documentaire.

À la rentrée 2018, la nouvelle grille de France Culture a supprimé 1h de "Creation on air" (4). Une pétition continue de circuler… Le personnel de Radio France se mobilise, essaye d'avoir un entretien avec Sibyle Veil, en vain, et Sandrine Treiner invente "L'Expérience"… qui sera à l'antenne en février prochain. Diantre en voilà un titre ! Et la ronflette suit : "C’est un espace libéré des genres radiophoniques (magazine, reportage, documentaire, fiction...), qui s’en affranchit ou qui les mêle…" Diluer le documentaire parmi les autres genres voilà bien de quoi le noyer une fois de plus. Dans le même temps Treiner annonce et décrète que le format sera d'une heure. C'est là qu'il convient de se taper sur les cuisses (et je l'ai fait pendant quelques minutes histoire aussi de me réchauffer) ! "Espace libéré" mon œil… Espace peut-être mais format ultra-conventionnel.


L'ourse Cannelle qui avait donné lieu à un documentaire
d'Irène Omélianenko ("Le vif du sujet")
 sur France Culture en 2004















À qui madame Treiner fera croire que la création pourrait être "libérée" si le format est imposé ? Pendant cette "heure libérée" pourquoi ne pourrait-on entendre différents formats, sur le même thème ou sur des thèmes différents comme autrefois "Les passagers de la nuit" de Thomas Baumgartner ? Treiner préfère jouer l'emphase et discrètement glisser que le format sera celui qu'elle impose. "On" n'est pas des gogos et nous ne sommes pas nés de la dernière pluie. Ce revirement après avoir "tué" une heure de documentaire ressemble à de la poudre aux yeux et en l'occurence de la poudre aux oreilles. De quoi sans doute mettre assez vite le feu aux poudres (5) ?

L'innovation n'aurait-elle pas été de tenter les multi-formats, de bousculer une "zone de confort", d'adapter une grille et d'en accepter les contraintes d'organisation humaine, de planning, de moyens techniques ?… De jouer vraiment la création sans limite. En un mot "oser", soit tout ce que la radio publique ne sait plus faire depuis très longtemps déjà. 

(1) Chili 1973 : la révolution Allende, "Sur les docks", du 9 au 11 septembre 2013,
(2) Les deux premières émissions citées ont fini par disparaitre de la grille sous le mandat d'Adler, 
(3) "France Culture, mission de réflexion", Janvier-Avril 1997, 98 pages. Teneze (1932-2002) a pratiquement fait toute sa carrière à l'ORTF puis à Radio France, 

(4) Coordonné par Irène Omélianenko, documentariste. Diffusées jusqu'en juillet 2018, le mercredi et le jeudi à 23h. Aujourd'hui le dimanche à 23h…
(5) N'en déplaise au journaliste de Libération, Jérôme Lefilliâtre, qui il y a quelques jours ne manquait pas de dithyrambe pour écrire : "À France Culture les nouveaux chemins de la croissance" (27 novembre 2018).

Ici, un p'tit coup de baume au cœur avec ce morceau de Tom Jobim rendu populaire par la grâce de Pierre Bouteiller pour l'une de ses dernières émissions de France Inter (je sèche je ne retrouve pas le titre de l'émission… Dites-le moi si vous savez ;-)


mardi 11 décembre 2018

Pêle-Mêle radio (sans image)…

Primo : pour la première fois depuis sept ans, je n'ai pas assisté à la Conférence de Presse de rentrée de Radio France. Les ronds-de-jambe des directrices-directeurs de chaîne ça suffit ! Deuxio : j'ai attendu d'avoir un vrai désir pour tourner le bouton du poste (sic). Troizio : j'ai compris que sans histoire d'amour (avec la radio) ça ne fonctionne pas. Je suis un grand sentimental, c'est vrai… Voilà ci-dessous quelques madeleines à se (re)mettre entre les oreilles…
Baez/Dylan à Monterey © Getty / Rowland Scherman
















Monterey Pop, retour vers la joie
Il y a des noms (Benizeau), des mots (Monterey Pop) qui vous filent le frisson. Vous ramènent à l'adolescence. Illuminent votre été et vous font oublier que le "swing" a bel et bien disparu. Le swing de l'insouciance, de tous les possibles et du rêve absolu. Alors Thierry-Paul Benizeau "rencontré" chez les compères Valero & Jousse a swingué l'été dernier sur France Musique. Mais surtout TPB a une culture musicale de haut vol et sait raconter les histoires ! Et ça, ça a fait beaucoup de bien pour la joie et le "revival"… Yeah. Vous êtes pas manchot, vous irez chercher là, les trois autres épisodes de la série.



Au tribunal des mots… justes
Toutes les élites qui roucoulent autour de l'audiovisuel public pourraient-elles tendre l'oreille vers ce documentaire de Sylvie Gasteau, sensible et humain et se demander si la prime à la culture ce n'est pas ça qu'il faut encourager, promouvoir et développer ? En clair, sortir de l'effet (numérique, médiatique) pour entrer dans le sens et… le partager.



Le vent du boulet
De façon insidieuse, sournoise et délibérée les directions successives de France Culture grignotent, depuis 1999, la part du gâteau documentaire. Cette rentrée voyait la sortie d'une heure de "Creation on air". Alors que dans le même temps Laure Adler, ex-directrice de France Culture (1999-2005), ne se lasse pas de pérorer dans les colloques radio où elle raconte comment elle a bouleversé l'identité de la chaîne. On ne saurait mieux dire… En décembre 2011, au Festival Longueur d'Ondes de Brest, Marion Thiba documentariste à France Culture constatait : "en 1995 : 23 heures par semaine de documentaire, en 2000 : 4 heures". Et en 2011/2012 : 12h30." Combien aujourd'hui ? (1) Il vaut mieux faire beaucoup de bruit autour d'un machin plutôt que de donner des moyens réels de création radiophonique à des producteurs tournants qui ont participé activement à l'excellence de la chaîne. À suivre… (Une AG du collectif de défense de la création radiophonique est prévue à RF jeudi prochain).

https://www.change.org/p/fran%C3%A7oise-nyssen-appel-%C3%A0-la-d%C3%A9fense-de-la-cr%C3%A9ation-radiophonique-sur-l-antenne-de-france-culture

Requiem pour l'auditeur lambda…
David Christoffel, producteur à Radio France s'est fendu d'un p'tit billet qui a du faire mal à quelques personnages radiophoniques. Un vrai régal de pertinence et d'analyse frappés au coin du bon sens.


Francis Lai














Des producteurs radio qui ne montent pas sur la table à tout bout de champ !
J'ai déjà cité dans ce billet Valero & Jousse. L'occasion m'est donnée d'enfoncer le clou. À l'occasion de la mort de Francis Lai en novembre dernier, compositeur prolixe de musique de film, Valero a pu montrer non seulement sa connaissance de l'œuvre du musicien, mais aussi lui rendre, avec tact et délicatesse, un hommage vibrant et sensible loin des pleurs et autres gérémiades théâtrales que répètent en boucle les pipoles audiovisuels pour les pipoles en tout genre. Vous trouverez sur la page de l'émission les liens vers un numéro ancien d'Easy Tempo où les deux compères narraient avec brio la story de l'enchanteur des films pour lesquels il avait créé la musique.

Voilà un petit tour de mes passions et autres inquiétudes. Je reste en embuscade en ce qui concerne la loi audiovisuelle qui pourrait au premier trimestre de l'année prochaine faire tomber de l'armoire un grand nombre de professionnels et d'auditeurs attachés à l'autonomie de la radio face à la télévision. Et puis je suis de près ce qu'il va advenir de "l'heure perdue" de Creation on air

PS : Renaud Revel nous annonce sur son blog que Mathieu Gallet (ex-Pdg de Radio France) est devant le Conseil d'État… ! Ah bon ? Il attend quoi ? Il fait quoi ? Le pied de grue ? Tout le monde s'en fout, non ?

(1) 9h50 de productions élaborées dont 10,2% sont de la création, soit 1h,

lundi 10 décembre 2018

RadioTV Prime…

Bon j'avais prévu pour ce retour - furtif, forcément furtif - de vous faire un petit pêle-mêle (je le publierai demain) de quelques impressions radiophoniques glanées au fil des mois depuis la rentrée. Et puis j'ai reçu (en pleine tronche) Culture Prim' ou l'invention du siècle par quelques gourous/devins de l'audiovisuel public. Enfin, quand je dis en pleine tronche, c'est l'annonce que j'ai pris au coin de l'oreille parce que va falloir quand même quelques lunes (rousses) avant que j'aille fureter par là-bas (si j'y suis pas).



Donc Sandrine Treiner, ci-devant directrice de France Culture et Michel Field, ci-derrière grognard audiovisuel sur le retour, sont venus jeudi dernier dans l'Instant M de Sonia Devillers sur France Inter, roucouler sur un machin sensé capter l'attention des jeunes (et moins jeunes) que la culture en général et sur les chaînes publiques audiovisuelles ferait fuir. Le numéro de duettistes était (presque) parfait pour vendre la sauce (amère) à l'ère du rapprochement -inexorable, forcément inexorable- des audiovisuels publics et de la sacro-sainte dévotion au numérique. 

Sonia Devillers a tant bien que mal (et plutôt très bien) tenté d'expliquer aux deux ténors que ce n'est pas tant la radio ou la télévision qui à travers leurs antennes publiques allait pouvoir tirer les marrons du feu mais bien plutôt la plateforme choisie qui, sans bourse délier, allait faire son miel et… plus si affinités. Treiner/Field, nouveaux maîtres du changement d'époque, insistaient pour dire tout le bien qu'on pouvait attendre de cette gymnastique culturelle à laquelle, n'en pas douter, la France connectée (et la francophonie) allait succomber… subito. Sans jamais avoir besoin d'identifier la/les source-s et encore moins de pouvoir les citer en référence. Rappelons qu'il s'agit de vidéos, d'images et de sons, la référence à la radio devenant de fait très très peu identifiable (le logo de France Culture comme des autres chaînes de Radio France ne dit en rien qu'il s'agit de radio !).

Pourtant, en creux, on peut sentir les dangers à court terme de ces mix-culturels, ces amalgames de savoirs en "capsules" qui pourraient bien inciter le législateur - économe - et en tête leur Ministre de la Culture, Franck Riester, de réaliser le grand mix de toutes les chaînes publiques de l'audiovisuel pour produire la RadioTV Prime, unique entité audiovisuelle qui petit à petit effacerait du PAF (paysage audiovisuel français) ses entités d'origine ? Science-fiction ? Je ne crois pas. Google prépare une radio sur-mesure dédiée à l'info à partir de sources diverses. Radio France a dans ses cartons la création d'une plateforme qui permettrait à l'auditeur de composer son propre programme à partir des sept chaînes du groupe public. Dans ce dernier cas, c'est l'étape intermédiaire avant le grand saut avec la TV.

Au titre de la modernité et du progrès la tentation va être grande de reconfigurer l'audiovisuel public sous ce type de "modèle" rationnel qui, à court et moyen terme permettra des économies de personnel, de moyens, d'intelligence, de créativité, de locaux et surtout de diversité. Que les dirigeants de radio s'inquiètent de la perspective de la fusion des audiovisuels publics est légitime, mais de là à offrir sur un plateau des "modèles" qui pourraient couler la radio dans le grand bain du "tout image" il y a un grand pas que Culture Prime pourrait inciter à faire. Gaffe ! Après la prime la D' (déprime)…
Capture sur la page de l'Instant M du 6.12.18











PS 1 : Surprenant que Sonia Devillers présente, "brusquement", Treiner comme la "boss" de France Culture et, que sur la page de l'émission cette dernière soit créditée des fonctions de journaliste et d'écrivain. C'est pourtant au titre de sa fonction à France Culture qu'elle a piloté le projet Culture Prime,

PS 2 : Toujours au titre des rapprochements radio/TV, Laurence Bloch directrice d'Inter envisage de confier aux humoristes de "Par Jupiter" une reprise TV du "Tribunal des flagrants délires" dont les essais TV à l'époque n'avaient pas donné de suite *. Je suggèrerai bien à la directrice de proposer à l'animateur bénévole de la tranche 11h-12h30 "Reine d'un jour" (Jean Nohain - Radio Luxembourg) et peut-être à Nicolas Stoufflet un remake d'Intervilles (la gaudriole de Guy Lux et Léon Zitrone).

* Je ne voulais pas alourdir ma note de bas de page mais sur la recommandation de GD je précise : Émission de Claude Villers au titre original (sur un concept déjà mis à l'antenne à trois reprises, deux avant guerre, une au début des années 60) créée avec costumes sur France Inter saison 1980-1981, puis 1982-1983.