vendredi 22 septembre 2017

67/68 : une autre révolution culturelle… Les choses (3/44)

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Ici, le vendredi, jusque fin juin 2018, en complément du feuilleton "société" publié chaque lundi, je vous raconte, quelques faits marquant de "la vie culturelle" de l'époque. À travers les livres, les films, les disques qui ont marqué la révolution culturelle qui couve. Avec des archives audio radio en exclusivité, les sources de la presse nationale et régionale, et… mes propres souvenirs.


3. D'avoir les quantités d'choses qui donnent envie d'autre chose…
En 1993, dans "Foule sentimentale" Alain Souchon résume trente ans de consumérisme acharné pour "avoir les quantités d'choses". Vingt-huit ans plus tôt, chez Julliard paraissait "Les choses" de Georges Perec. Sous-titré "Une histoire des années 60" (1), l'auteur y décrit par le menu ces "choses-objets" avec lesquelles vivent ses deux protagonistes, dont celles bien modernes de ces années 60. Il présente "l'idée que ces jeunes gens se font du bonheur, les raisons pour lesquelles ce bonheur leur reste inaccessible - car il est lié aux choses que l'on acquiert, il est asservissement aux choses." (2).

Voir aussi l'article de Nicolas Santolaria "Déconsommation j'écris ton nom", le Monde 16 septembre 2017,




Dans la même veine consumériste, aux États-Unis, pour doper les ventes de disques, les Américains ont inventé les classements en tous genres (3). L'Angleterre n'est pas en reste bien sûr. Plus modeste, en France, à la radio c'est le hit-parade. En 67, celui de France Inter présenté par Gérard Klein, place en tête du classement plusieurs semaines consécutives Georges Brassens avec une longue chanson (7'18") "Supplique pour être enterré à la plage de Sète". Belle performance pour l'époque qui imposait des titres de trois minutes. Brassens devant les yéyé, Dylan, les Beatles. Dès septembre de cette année-là on peut aussi écouter en France (sur RTL, sur Europe n°1 et France Inter) un très grand succès américain "The letter" par The box tops. Dans les charts anglais Scott McKenzie est en bonne place avec "San Francisco" avant que notre Johnny des faubourgs ne le pilonne à la barbe à papa. 



(1) Julliard, 1965, Prix Renaudot,
(2) 4ème de couverture des "Choses",
(3) Le Billboard Hot 100, créé en 1958, comprenait à la base uniquement les ventes de singles (source Wikipedia)

La bande-annonce du film "Detroit" de  Kathryn Bigelow qui relate les émeutes du 23 juillet 1967… au cinéma le 11 octobre,

mercredi 20 septembre 2017

Bizot/Van Eersel, leur bande… Actuel

Vous le savez, je n'écoute pas les matinales radio, ces gaveuses d'info. Mais en août au hasard du bon tweet j'apprends que Patrice Van Eersel, ancien d'Actuel est au micro de Laetitia Gayet (France Inter) pour présenter son livre "L'aventure d'Actuel telle que je l'ai vécue" (1). Ni une, ni deux, je plonge mes esgourdes dans le bain de la free-press, d'un Bizot héritier, d'une génération dont je suis et de l'underground réunis. De quoi apprécier ce Van Eersel que j'ai forcément lu mais dont j'ai oublié le nom. C'est encore l'été et le bon moment pour remettre en scène de bons souvenirs de lecture (et + si affinités).



Dès le début de ce livre c'est le choc. Je n'ai jamais lu de récit où je suis à ce point dans l'histoire. Souvent au mot, à la phrase, à l'ambiance prêt. Bon, je suis plus jeune que l'auteur mais quand même ;-) "Actuel" pour moi c'est 1972 où, perdu hors de France, pour des obligations non-civiles, il n'y a plus d'autres choix que de s'évader, non pas dans l'herbe, mais dans une communauté de lecteurs qui refusent de s'enfoncer dans la belle société de consommation qui envahit et modélise tout. (2)

Van Ersel raconte de l'intérieur, avec beaucoup d'humilité et de joie, ces formidables années où sous le "patronage" (3) de Jean-François Bizot, il va participer à une entreprise de presse unique en son genre. En 500 pages "Pinocchio devenu journaliste" nous plonge au cœur d'une équipe (presqu'exclusivement masculine) qui a non seulement poussé ses rêves assez loin, les a réalisés et nous a fait découvrir, aussi, les rêves et les réalités des autres partout dans le monde. 

En 1970, quand Bizot rachète "Actuel" c'est un sas pour toute une jeunesse qui, pas complètement remise du chaos soixante-huitard, entend bien ne pas se laisser enfermer dans les modèles que la société bourgeoise, capitaliste et réactionnaire veut imposer vaille que vaille. Van Eersel décrit bien l'état de cette société et comment avec Bizot, et la bande Actuel, ils vont influencer et participer à une nouvelle société mais qui ne sera pas du tout celle qu'imagine Chaban (4).
Bizot en "tenue" punk sur le plateau d'Apostrophe
(Antenne 2) en décembre 1977, capture d'écran






















Bien plus que de nous raconter les années "Actuel", Van Eersel va pousser le bouchon à nous proposer une nouvelle narration de ses principaux reportages : croyances, espoirs, convictions et désillusions. Globe-trotter absolu et acharné, il montre que le compagnonnage autour de Bizot a non seulement créé une palanquée d'écrivains et de journalistes qui ont, entre autres participé à l'esprit Canal des origines, mais ont su grâce au phalanstère de Saint-Maur (5) mettre en pratique une idée communautaire d'un autre rapport au travail, à l'amitié et à la vie domestique.

J'ai dévoré ce livre et ralenti mon rythme plus on se rapprochait de la fin. Il allait bien falloir aborder la propre fin d'"Actuel" (1995) et celle de deux époques (6). Patrice Van Eersel est un écrivain mais aussi un formidable conteur avec autant d'empathie pour ses lecteurs que le conteur en a pour ses auditeurs. Souvent touchant, il a su tout au long du livre ne pas s'appesantir sur les désillusions (sans les nier) qui ont pu naître d'une telle expérience humaine. S'attachant le plus souvent à reconnaître les valeurs collectives ou individuelles qu'il a pu partager (7).

Quelle belle reconnaissance que la dernière phrase de son récit "Grâce à Actuel Pinocchio est devenu un vrai petit garçon." 
Avec du P. Van Eersel dedans (8)





















(1) Albin Michel, août 2017. Les connaisseurs reconnaîtront qu'avec la typo du titre "Actuel" choisit, Van Eersel a surtout été de la deuxième formule,
(2) Merci à mon si sympa pote arménien, dont j'ai oublié le prénom et le nom, de m'avoir fait découvrir ce mensuel pop et freak,
(3) C'est un mot pour rire mais qui dans sa racine contient "patron",

(4) "La nouvelle société", projet politique de Jacques Chaban-Delmas, Premier Ministre de Georges Pompidou élaboré entre autres par Jacques Delors et Pierre Nora, mais qui ne verra jamais le jour,
(5) L'immense propriété que Jean-François Bizot avait mis gracieusement à disposition de l'équipe,
(6) La première 1970-1975 et la seconde 1979-1995,


N°21, juin 1972 (9)





















(7) Un bonheur ne venant jamais seul merci à Philippe d'Ardèche de m'avoir prêté plusieurs numéros de la première et de la seconde formule,
(8) Le sujet "Qu'attendez-vous de l'avenir ?" sous-titré "Que se passe-t-il dans la tête des socialistes ?" en couv' du n°20 de juin 1981, est traité par J.F. Bizot et P. Van Eersel (en 3 pages + 1 col. sans aucune illustration). De l'élection de F. Mitterrand le 10 mai aux jours qui ont suivi. Je l'ai (re)lu bien sûr !
(9) En 10 ans "on" aura quitté la route pour penser l'avenir en combinaison de cosmonaute !

lundi 18 septembre 2017

68 : et si tout avait commencé avant… Routes de nuit (3/43)

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Jusque fin juin 2018, chaque lundi je vous raconte, ici, les prémices de ce qui a pu présider aux "événements" de mai 1968. Avec des archives audio radio en exclusivité, les sources de la presse nationale et régionale, les témoignages de quelques témoins précieux et… mes propres souvenirs.

Bernard Marçais et un pâtissier venu offrir…
 ses croissants et gâteaux aux animateurs de France Inter

3. Routes de nuits, ondes noctambules 
Roland Dhordain, homme de radio, directeur de France Inter, directeur de la radio à l'époque ORTF (1) a inventé à Paris-Inter, ancêtre de France Inter (1963), dès le 19 mai 1957, la "Route de nuit". Avec ses intuitions et son bon sens "scout" et après avoir testé ce qui deviendra le "radio guidage" il a voulu accompagner les routiers et tous ceux qui, la nuit, ne dorment pas. Dhordain a le sens du service chevillé au corps et au cœur. Le service public même. Avec cette émission Dhordain fait d'une pierre deux coups. Il fidélise de nouveaux auditeurs. Il prend, le premier, le sens d'une modernité en diffusant des émissions 24/24 (2).

Comme on l'entendra ci-dessous la radio accompagne les travailleurs de la nuit comme les insomniaques. Dans son livre, "Le roman de la radio" (La Table ronde) paru en 1983, Roland Dhordain écrit : "Le principe de "Route de nuit" a été arrêté quelques années auparavant [avant 1957, ndlr] quand Paris-Inter a été autorisé de fonctionner vingt-quatre heures sur vingt-quatre…" Las, en 2012 à la rentrée, le directeur de la chaine, Philippe Val, a décidé d'arrêter les émissions de nuit pour ne diffuser que des… rediffusions : "Priver les auditeurs d'un accompagnement vivant, c'est dévoyer l'esprit de service public. Cette spécificité du direct la nuit, qui faisait notre différence et notre fierté, va être sacrifiée sous des prétextes éditoriaux, masquant maladroitement les restrictions économiques décidées par la direction d'Inter sur cette tranche", estiment les syndicats de Radio France (3).

La radio qui collait au quotidien, à la vie diurne et nocturne, au flux ininterrompu de la vie des Français c'est fini. O tempora, o mores. On a pu se plaindre, à juste titre, pendant ses cinq ans de Direction des piètres qualités radiophoniques de Philippe Val. Cet ancien amuseur public ne faisait plus rire personne depuis longtemps et dans tous les cas se fichait bien du service public que la radio pouvait rendre la nuit. Décédé le 22 décembre 2010, Dhordain n'aura pas vu brader une partie du patrimoine de création radiophonique qui avait fait les belles nuits d'Inter. 

En 1968, il a toutes les cartes en main pour asseoir son autorité et imprimer sa marque durablement aux trois chaînes du service public "Inter, Musique, Culture". Il est du sérail, il a la confiance du gouvernement (il est gaulliste) et il compte bien reconquérir les auditeurs partis à la concurrence, à RTL et Europe n°1. C'est un défi à la mesure de son charisme et de son énergie, qu'il relèvera avec brio. 



En 1971, ci-dessous pour la télévision (Micros et Caméras, sûrement), Bernard Marçais, première voix de la nuit sur France Inter, dès l'origine de l'émission, avec Anne-Marie Duvernet, Roland Forez, Jean-Louis Foulquier, Claude André partent à la rencontre d'auditeurs. Ainsi Roland Forez (merci Gilles Davidas) et Jean-Louis Foulquier se retrouvent dans les halles de Baltard... et dans un "Routier" et Michel Tournier de témoigner de ses nuits !


(1) Nommé directeur de la radio en juin 1968, en pleine grève ORTF. Reconnu pour ses qualités d'animateur de radio et d'équipes de radio, 

(2) L'émission s'arrêtera en juillet 1973 pour laisser place à la rentrée 73 à trois "joyeux lurons" qui créeront "Canal 3-6 : Jean-Louis Foulquier, Jacques Pradel, Michel Touret, diffusée de 3h à 6h, qui durera deux saisons. À la rentrée 1975, Foulquier crée "Studio de nuit" minuit-3h avec sa très complice-réalisatrice Maryse Friboulet,
(3) CGT, CFDT, SNJ, Sud,

dimanche 17 septembre 2017

Repassez-moi l'Valero…

Bon, voilà qu'au détour de l'automne, le dimanche soir, quand ça dégueule des perles …d'inculture sur tant d'autoroutes radiophoniques, Laurent Valero, prince de l'éclectisme et des musiques de derrière les fagots vient nous faire avec, "Repassez-moi le standard" quelques exercices de style et autres vocalises sur un même thème. Sur France Musique. Une heure de pur délice.

Laurent Valero














Depuis 25 ans, Laurent Valero, swingue à la radio avec deux grandes qualités : l'humilité et la discrétion. Deux attitudes absolument rares dans l'audiovisuel. Auxquelles il faut ajouter une érudition solide. Depuis "Easy tempo" où je l'ai découvert, j'ai "tout" appris en musique. Valero a enrichi ma petite discothèque amateur. J'ai souvent tout arrêté pour l'écouter et dépenser une fortune sur… iTunes. "On l'appelle le dénicheur" Valero. Musicien lui-même, il est un des rares à programmer Romain Didier, Michèle Bernard ou Alain Leprest.

Il creuse les sillons beaucoup plus profond que sur ses 33tours envahissant son univers musical. Ses marottes à l'antenne sont délicates et savoureuses : Mina, Mancini, Bacharach. J'en passe et des meilleures ! Valero mériterait une quotidienne pour entretenir notre flamme de la chanson et de la musique populaire. Sans artifice, il révèle l'universalisme de la musique et ses bonnes ondes sur l'humanité. Il est un remède à la folie du monde. Il est la bonne joie qu'il est bon de porter en sautoir, matin, midi et soir.

Changez vos habitudes, changez vos dimanches et mettez dans un écrin ce dix-neuf heures pour mieux passer du jour au lendemain. Avec bonheur.

Le dimanche de 19 à 20 heures.

vendredi 15 septembre 2017

67/68 : une autre révolution culturelle… Le samouraï (2/44)

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Ici, le vendredi, jusque fin juin 2018, en complément du feuilleton "société" publié chaque lundi, je vous raconte, quelques faits marquant de "la vie culturelle" de l'époque. À travers les livres, les films, les disques qui ont marqué la révolution culturelle qui couve. Avec des archives audio radio en exclusivité, les sources de la presse nationale et régionale, et… mes propres souvenirs.

Jean-Pierre Melville


















À quelques jours de la rentrée des classes 67, je ne suis pas prêt d'oublier qu'aux premiers jours des vacances, début juillet sur la plage de Saint-Malo, j'ai participé aux "jeux" organisés par France Inter et Madame Inter. Première étape d'une tournée des plages, par, et avec la célèbre animatrice Annick Beauchamp. J'avais su, en écoutant la radio, le passage de cette tournée par la cité corsaire, lieu de résidence de mes grands-parents. Je ne pouvais pas louper ça ! À l'issue, Annick me choisit "parmi la foule" pour poser avec elle pour le quotidien régional. Preuve, s'il en fallait, de mon amour déjà indéfectible pour la radio.

Les programmes d'été de France-Inter, 1967 (À 2'34")



2. Le samouraï : Melville-Delon, un couple (cinématographique) parfait…
Le 20 octobre 1967, Jean-Pierre Melville avec "Le Samourai" signera son dixième film. Le premier "Le silence de la mer" est sorti vingt ans plus tôt. Il y a cinquante ans, il était assez rare que la radio (et la télévision de surcroit) parlent d'un film qui n'était pas encore sorti. Pourtant le 17 août dans le "Journal de Paris" (France Inter) Melville commence à donner quelques clefs.

En intégralité et exclusivité jusqu'au 30 septembre 




Delon est dans son rôle. Taiseux, froid, implacable. Melville dans le sien. Taiseux, invisible, implacable. Les deux hommes étaient faits pour se rencontrer. Ce film est un modèle du genre. Les silences font l'histoire. Rien de trop dans les dialogues. Images cadrées, musique de François de Roubaix. Pas étonnant que Jim Jarmush avec "Ghost dog" (1999) rende un hommage appuyé au "Samouraï" de Melville. Forest Whitaker, plus nonchalant, a la classe de Delon. Ce "Samouraî" n'est pas seulement culte, c'est un chef-d'œuvre. À voir et à revoir indéfiniment.

Le 30 août 1967 sort "La chinoise" de Jean-Luc Godard (bande-annonce ci-dessous). Dans l'air du temps, cinq jeunes gens (dont Anne Wiazemsky et Jean-Pierre Léaud) viennent de créer une "cellule marxiste-léniniste" et, de réflexions idéologiques en discussions philosophiques, ils décideront de passer à l'action. Si Melville esthétise une histoire de voyou, Godard politise son cinéma (1).

Bande annonce de "La chinoise"



En septembre 67, on commence à prendre toute la mesure du "Sgt Pepper lonely hearts club band" des Beatles. All you need is love…

(1) "Un an après" d'Anne Wiazemsky, Gallimard, 2015, raconte son année 68 avec Godard,

mercredi 13 septembre 2017

Plate-forme vs forme plate… ou les tribulations de l'audiovisuel public

J'étais gentiment en train de vous écrire un joli billet sur un nouveau truc à la mode - les plateformes - quand la nouvelle est tombée hier matin : le gouvernement va sucrer 80 millions aux sociétés de l'Audiovisuel public pour la prochaine année. Alexandre Piquard, journaliste au Monde annonce la répartition suivante : "Soit autour de 50 millions d’euros pour France Télévisions, 20 millions environ pour Radio France, 5 millions pour Arte et quelques millions d’euros pour France Médias Monde. Toutefois, des discussions entre ces entreprises et le gouvernement sont encore en cours, ce qui pourrait modifier l’impact de ces mesures."


Les futures plateformes audiovisuelles… en mer











Plateformes au risque de plates formes
Guilleret, primesautier, Mathieu Gallet, Pdg de Radio France annonçait le 30 août, lors de la Conférence de Presse de rentrée, la création d'une plateforme "France Musique" au mois de décembre. Vidéo, captations des concerts des orchestres maisons, ceux de l'auditorium, une offre classique… enrichie (sic). Et le rapprochement France Culture/Arte.

Le lendemain Mme Ernotte, Pdg de France Télévisions, pour ne pas être en reste, annonçait, lors d’un déjeuner avec l’Association des journalistes médias (AJM) "France Télévisions et Radio France vont lancer une «grande plate-forme numérique d’offre culturelle». Ce projet sera piloté par Sandrine Treiner, la directrice de France Culture et Michel Field, l’ancien directeur de l’information de France Télévisions, a-t-elle précisé." (2) Vous aurez noté que Gallet a évoqué Arte et France Culture. Ernotte, des collaborations plus larges, mais sans Arte dans son propos. Chacun de pousser ses pions.

Ça commence bien ! Voilà une communication par paliers ou par … plateformes, c'est selon. On résume : une plateforme France Musique, une plateforme Arte/FC, une plateforme culturelle. Trois plateformes donc, prêtes sur la… plateforme de lancement. Ben oui faudra bien vous y faire. La radio c'est fini, la télé aussi. Vive la plateforme. C'est chic non ? 
- "T'as regardé quelle plateforme hier soir ?
- La deux,
- La deux ? Tu veux dire FCACBINA (comme ça se prononce) (3)
- C'est ça, mais à un moment j'ai zappé sur la Une…"

Et l'État va certainement, béat et admiratif, laisser faire de belles usines à gaz, qui vont se superposer, se concurrencer, se damer le pion et plus si affinités. Les nouveaux apprentis sorciers de l'audiovisuel, Ernotte et Galet l'ont dit, ne veulent pas d'une "BBC à la française" (4), pas plus que de "France Média" le projet Macron d'un audiovisuel à une seule tête. Comprendre une seule structure globale : économies d'échelles, rationalisation des savoirs-faire, collaborations obligées. À la casse les doublons, triplons et autres quarterons de Pdg en retraite (forcée) (5)…


Signature du Com 2015-2019, Azoulay/Gallet
















Plates formes budgétaires
L'annonce du gouvernement et les 80 millions de budget en moins pour l'audiovisuel public vont sûrement mettre à plat, pour Radio France, les budgets, les beaux projets, les belles plateformes, la Radio Numérique Terrestre (dont Gallet ne parle jamais). Le Pdg va pouvoir exécuter les basses œuvres en continuant à diminuer les moyens de production, en accélérant les "mutations" des métiers (par exemple en mixant les métiers de réalisateur et de technicien-son, en technico-réalisateur), en radicalisant les émissions de studio, en diminuant drastiquement la fiction, les dramatiques, le documentaire.

Plus grave, par cette action brutale, l'État se déjuge. Il signe avec les sociétés audiovisuelles publiques des Contrats d'Objectifs et de Moyens (Com) quinquennaux et, ici, d'un gouvernement à l'autre, s'autorise de modifier les conditions d'engagement prises sous un autre gouvernement (6). Scandale moral au minimum. Forfaiture au maximum. Comment gérer sereinement des entreprises avec de telles épées de Damoclès au-dessus de la tête ? 

Mais ne serait-ce pas à terme une bonne stratégie et la bonne opportunité pour l'État de mettre les sociétés audiovisuelles au pied du mur ? En constatant que si chacun ne peut participer à l'effort collectif de 80 millions, il est temps de créer France Médias qui, de fait, dégagera beaucoup plus que ces 80 millions d'économies en dégageant les fameux doublons, triplons qui se constateront d'eux-mêmes.

En 1973, Arthur Comte, premier Pdg en titre de l'ORTF (Office de Radio et Télévision Française) démissionne sur un désaccord profond avec la tutelle, reprend sa démission et est finalement "démissionné" par le Premier ministre de l'époque, Pierre Mesmer, après seulement seize mois de présidence (Juillet 1972-Octobre 1973). Les paris sont ouverts ! Les Pdg actuels de l'audiovisuel public démissionneront-ils demain en grande pompe et tous ensemble ? Vous le saurez en suivant notre grand radio-feuilleton "Ça va bouillir" (7)…

Ajout du 15 septembre
Mme Nyssen, Ministre de la Culture, a annoncé que l'effort budgétaire pour les quatre sociétés de l'audiovisuel public ne serait "que" de 36 millions.
Arthur Comte, Jacqueline Baudrier,
derrière elle Jacques Sallebert,
à droite Pierre Sabbagh, ©Philippe Le Tellier

















(1) "Audiovisuel public : le gouvernement demande d’importantes économies supplémentaires", Le Monde, 12 septembre 2017,
(2) "Télés et radios publiques appelées à plus collaborer", Alexandre Piquard, Le Monde, 1er septembre 2017,
(3) France Culture-Arte-Culture Box-Institut National de l'Audiovisuel,

(4) Formule revendiquée et prônée, entre autres, par Franck Riester (Les Républicains-tendance Combatifs) ,
(5) Pour paraphraser Charles de Gaulle qui dans un discours célèbre pendant la guerre d'Algérie fustigea les généraux félons (Maurice ChalleEdmond JouhaudRaoul Salan et André Zeller), 
(6) Pour Radio France : 2015-2019,

(7) Feuilleton de Zappy Max sur Radio-Luxembourg (future RTL), sponsorisé par la lessive "Sunil" d'où le titre…

lundi 11 septembre 2017

68 : et si tout avait commencé avant… Révolution culturelle chinoise (2/43)

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Chaque lundi, jusque fin juin 2018, je vous raconte, ici, les prémices de ce qui a pu présider aux "événements" de mai 1968. Avec des archives audio radio en exclusivité, les sources de la presse nationale et régionale, les témoignages de quelques témoins précieux et… mes propres souvenirs.


2. En Chine : une révolution culturelle sanglante
En France, en septembre 1967, les trois semaines de congés payés, effectives pour la plupart des salariés, sont déjà loin (1). Reprendre le travail c'est aussi se souvenir qu'un important conflit a eu lieu en février. "À Rhodiaceta, usines de textiles artificiels, la grève commence le 25 février, à Besançon (3 000 salariés). Elle s’étend à Lyon-Vaise, à péage de Roussillon. Elle va durer cinq semaines. L’occupation des locaux entraîne un fort mouvement de solidarité local, notamment avec un comité universitaire de soutien ; et national, impliquant des personnalités du monde de la culture. La mobilisation sur place des travailleurs permet le développement d’une véritable effervescence." (2)

En Chine dès 1966, Mao Zedong, Président du Parti Communiste Chinois (1943-1976) lance la "Révolution culturelle". Un point d'orgue est atteint à l'été 67. En France des étudiants quittent l'Union des Etudiants communistes pour, dès décembre 1966, créer l'UJC-ML (Union des jeunesses communistes-marxistes-léninistes) proche des thèses de la Révolution culturelle de Mao. Ils s'emploient avec zèle à diffuser le "Petit livre rouge". Des intellectuels français commencent eux aussi à être tentés par les "Ombres chinoises".

En 67, avec quelques représentations caricaturales : la veste bleue des prolétaires chinois et son col Mao, Jacques Dutronc et son "Et moi, et moi, et moi" commencent à infuser la société française (3). Godard est raccord avec "La chinoise". Vingt ans plus tard, en mai 1987, dans les Nuits Magnétiques, inventées et coordonnées par Alain Veinstein sur France Culture, Laure Adler, productrice, revient avec de nombreux invités sur cette Révolution-là.

En intégralité et exclusivité ici jusqu'au 30 septembre… Bruits du monde


(1) Depuis 1956, deux semaines depuis 1936,
(2) 1967-1968, des grèves ouvrières annonciatrices, Charles Paz, Mai 2008, ESSF,
(3) Il faudra attendre 1974 pour que Jean Yanne nous propose sa pochade cynique et cinématographique "Les Chinois à Paris". 

vendredi 8 septembre 2017

67/68 : une autre révolution culturelle… Les vacances d'été (1/44)

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Les vacances de Monsieur Hulot, Jacques Tati 1953



1. Les vacances d'été : mythologie moderne
"Je me souviens" - pour reprendre le titre d'un livre de Georges Perec paru en 1978 - avoir lu que, dans les années 60, à la débauche du dernier jour de travail avant les vacances, les femmes d'ouvriers de chez Renault, venaient en voiture à la porte de l'usine attendre leur mari pour partir, qui vers l'Espagne, le sud de la France ou la Normandie (1). Dans la vidéo ci-dessous vous verrez que Lino Ventura, en 1959, égrène tous les mythes qui qualifient les vacances modernes des gens simples et, de fait, de quelques artistes (2).

En cet été 67, l'insouciance voudra sans doute que m'échappe la mort le 17 juillet de John Coltrane, saxophoniste qui enchantera mes oreilles quelques années plus tard (3). Pourtant dans la légèreté de l'été, les radios (RTL, Europe n°1, France Inter et RMC) s'en donnent à cœur joie pour matraquer sur leurs antennes les tubes yé-yé (4) du moment dans lesquels s'intercalent "Mellow yellow" de Donovan ou "Ma plus belle histoire d'amour" de Barbara. Le show-bizness nous impose d'avaler les chansons originales anglaises et nord-américaines traduites et adaptées pour ces mêmes yéyé ! Quand le suprême original nous échappe, à moins de courir les disquaires qui importent cette musique-là. "The Supremes" et leur chanteuse Diana Ross enchainent les succès fabriqués par la machine à tube de Motown "Holland&Dozier(5)



Ce 23 juillet 67, à part l'incident diplomatique provoqué par De Gaulle avec son "Vive le Québec libre", la France s'est surtout focalisée sur la victoire de Roger Pingeon dans le Tour de France. Dans le journal de 19h30 de France Inter les journalistes sportifs commentent la victoire du Français. Le décès de l'anglais Simpson dans le Ventoux est déjà "loin". À Buenos Aires en mai est paru "Cent ans se solitude" de Gabriel Garcia Marquez (à paraître au Seuil le 1er novembre 1968). Pablo Neruda, poète chilien reconnaît que c'est le roman de langue espagnole le plus important depuis Don Quichotte.

En exclusivité et intégralité jusqu'au 30 septembre



(1) Martine SonnetAtelier 62, Bazas, Le Temps qu'il fait, coll. « Corps neuf », 2009,
(2) Dans ses "Mythologies" (1957) Roland Barthes évoque le Guide Bleu, bible touristique d'Hachette, et aussi le Tour de France,
(3)  "Alabama" et "Aicha" sélection de Thierry-Paul Benizeau,

(4) Le 6 juillet 1963, suite au concert gratuit à la Nation (Paris), Edgar Morin, sociologue publie un long article intitulé "Une nouvelle classe d'âge" dans lequel il invente le terme de "yéyé" à partir du "yeah" anglo-saxon martelé dans les chansons rock and roll. Essayez donc "Love is like a heat wawe" (Supremes),

(5) Label fondé à Detroit - "Motor town" - par Berry Gordy en janvier 1959.

Les vacances de Lino Ventura (1959), 


lundi 4 septembre 2017

68 : et si tout avait commencé avant… "Vive le Québec libre" (1/43)

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Jusque fin juin 2018, chaque lundi je vous raconte, ici, les prémices de ce qui a pu présider aux "événements" de mai 1968. Avec des archives audio radio en exclusivité, les sources de la presse nationale et régionale, les témoignages de quelques témoins précieux et… mes propres souvenirs.


1. Il y a cinquante ans l'été courrait jusqu'en septembre…
La rentrée des classes cette année-là s'échelonne du 15 (un vendredi) au 18 septembre (un lundi). Les vacances scolaires avaient commencé le 24 juin… L'enfance et l'adolescence s'éparpillent en colo, en camps de jeunes et autres centres aérés. Les adultes qui peuvent s'offrir des vacances se répartissent en deux camps rédhibitoirement opposés : les juilletistes et les aoûtiens. Chacun persuadé d'appartenir à une caste bien identifiée. La classe populaire se pâme en juillet quand les classes moyennes et supérieures s'affirment en août. 

Avant les moissons et les vendanges, un "événement" conditionne et mobilise les Français. Le Tour de France, inventé en 1903, a un tel impact sociétal qu'Antoine Blondin, écrivain et chroniqueur sportif pour le quotidien L'Équipe, écrira "Le Général de Gaulle dirige la France onze mois sur douze, en juillet c'est Jacques Goddet" (1). En 1967, lors de sa cinquante-quatrième édition, le 13 juillet au cours de la treizième étape l'histoire retiendra la mort de l'anglais Tom Simpson due tant aux conditions d'ascension en montagne qu'à l'absorption d'amphétamines. La télévision retransmettra les images filmées en direct. Les "forçats de la route", par cet accident mortel, commenceront à faire éclater le mythe du héros pur et courageux.



Le 23 juillet, pour une dernière arrivée au Parc des Princes (Paris), c'est Roger Pingeon (France) qui endossera le maillot jaune de vainqueur. Donc, si l'on s'en tient à l'analyse de Blondin, De Gaulle aurait toute liberté pour se sentir en "vacances". Le Général a entamé depuis ce 23 juillet, un voyage officiel au Québec (2). Il visitera l'exposition universelle qui a ouvert ses portes le 27 avril à Montréal. Le 24 juillet, au balcon de l'Hôtel de Ville de Montréal, alors qu'aucun discours n'est prévu, de Gaulle conclut celui-ci d'un "Vive Montréal, Vive le Québec…, Vive le Québec libre…, Vive le Canada français et Vive la France". Ce "Vive le Québec libre" outre, qu'il choque et déstabilise Lester B. Pearson, Premier Ministre du Canada, inquiète la diplomatie internationale sur l'ingérence de de Gaulle dans un pays libre et souverain.

Les lundis de l'histoire, France Culture (en intégralité ici pendant 1 mois)



De Gaulle, donneur de leçons "des droits des peuples à disposer d'eux-mêmes ou à l'autodétermination" (3) doit faire sourire jaune les autonomismes en germe au Pays Basque (nord), en Corse ou en Bretagne. Les Québécois exultent, les Canadiens se renfrognent et la chanson québécoise va exploser en France avec Félix Leclerc, Gilles Vigneault et Robert Charlebois.

Pourtant à moins de 1200 km du Québec, à Detroit (Michigan) éclatent dans la nuit du 23 juillet de très grosses émeutes raciales. Martin-Luther King, leader du Mouvement des droits civiques aux États-Unis, écrira le 1er août dans le New-York Times : "Dans le cas présent, les émeutes ne sont pas un phénomène mais un mélange imbriqué de tendances diverses" (4).

Détroit, juillet 1967

(1) Le Général de Gaulle président de la République française a été réélu en décembre 1965 au suffrage universel direct, au deuxième tour après avoir été mis en ballotage au 1er tour par M. François Mitterrand, candidat unique de la gauche. Jacques Goddet sera directeur du Tour de 1936 à 1987,
(2) Voyage aller en mer sur le croiseur "Colbert" pour lui éviter d'atterrir à Ottawa, capitale fédérale du Canada et par-là, montrer son engagement moral et politique pour "La belle province",

(3) Droit international,
(4) In Cairn, voir aussi l'article de Judith Perrignon dans le Monde Magazine du 25 août 2017 "Detroit, la mémoire à vif". Dans le film "Motown, la véritable histoire" (2002) on voit quelques images. Cette nuit-là les "Funk brothers" enregistraient pour Motown et certains d'entre eux témoignent.


Ajout du 7 septembre 2017
Céline Loriou, future historienne, me signale : "À partir de la rentrée 1967, les auditeurs français pouvaient écouter (France Culture, le lundi) une série sur la décolonisation, "Les Dossiers de l'histoire". L'émission avait été créée l'année précédente et couvrait l'histoire contemporaine de manière plus large avant de décider de se recentrer sur la décolonisation. Tous les pays sont passés à la loupe : Inde, Indochine, Maroc, Congo... Ah non pas tous, rien sur l'Algérie. Avec les événements de 1968, plusieurs émissions semblent avoir été annulées ou au moins reportées, difficile de savoir donc si une émission sur l'Algérie était prévue ou si elle a eu lieu."

jeudi 31 août 2017

Un petit vent frais… et un autre tempo

Damned ! Le 31 du mois d'a-oû(t) et voilà qu'il va falloir tourner la page de l'été. Depuis la Saint-Barthélémy (24 août) c'est l'automne en biodynamie. Ce matin, un petit vent frais et un ciel bleu confirment qu'une autre saison s'installe. Ce sera aussi le cas pour ce blog qui, entamant sa septième, va prendre un autre tempo. À partir du 4 septembre, chaque lundi, je vous conterai dans un long feuilleton (qui vous tiendra en haleine jusque fin juin 2018) les événements qui, depuis septembre 1967, ont précédé ceux qui feront exploser la société française de mars à juin 1968. Tout ça à l'appui d'archives Ina (Institut national de l'audiovisuel) en exclusivité et dans leur intégralité. Chaque vendredi, ce seront les moments forts de la culture qui, pour la même période, ont aussi à leur manière, bouleversé les Français.



Mais, d'ici lundi, un petit regard dans le rétro. Les compères Valero&Jousse qui, pour cette rentrée, vont faire une pause (espérons courte) avec leur excellent "Easy Tempo" (1), et qui, tout l'été, nous ont accompagné pour nos retours de plage. En juillet Jousse…



En août, Valero



Mais vous pouvez vous faire toute la collec' qui commençait là. Et puis, l'émission de rentrée d'Augustin Trapenard, à cause de Bobby (Kennedy), de sa famille et de Marc Dugain.



Au revoir, à lundi…

(1) Jousse le samedi "Ciné tempo", Valero le dimanche "Repassez-moi le standard", France Musique… of course