jeudi 22 juin 2017

Youri, au plus haut des cieux…

D'emblée Marcel Zaidner me raconte une histoire (1). D'emblée Marie Chartron prend le relai (2). Comme d'hab', pour une histoire je peux tout arrêter. Ce soir "Creation on air" s'intéresse à Youri Gagarine (3). 

Youri Gagarine














Youri qui a marqué la "ceinture rouge" autour de Paris au point de parler de "Youri-sur-Seine". Et la langue russe de croiser la langue de la cité. Celle de Romainville, Drancy ou Colombes. Le mixage de ce doc sublime l'histoire originale que veut nous raconter Marie Chartron. L'histoire parallèle au mythe Youri Gagarine. Un prénom et un nom. Une icône. La propagande soviétique. La guerre froide. Et la conquête de l'espace qui fait rêver et qui assoit le prestige international de l'URSS, pour la conquête de l'espace.

Marie Chartron a imaginé son récit par ce nom du héros répété sur des établissements scolaires, des cités, des rues et peut-être des stades. Un nom qui a fait la fierté des communistes français. Raymonde Laluque, militante, ancienne directrice de l’OPHLM d’Ivry, parle de "satisfaction idéologique" à vénérer l'exploit que va tenter Gagarine, aux yeux du monde.

Marie Chartron en profite pour raconter l'"en marge", la petite histoire populaire en orbite autour du héros Gagarine. Un héros pour la vie et la cité ouvrière… Pour la fierté des humbles et une forme de reconnaissance pour leur condition. Quand, même en France, dans cette banlieue rouge, Youri viendra jusqu'à les visiter. 

Réalisation, Nathalie Battus, Mixage, Régis Nicolas.

(1) Organisateur de l’accueil de Gagarine à Ivry-sur-Seine,
(2) France Culture, 23h,
(3) Le 12 avril 1961, Youri Gagarine s’arrache à la pesanteur terrestre pour un vol en orbite de 108 minutes. 

mercredi 21 juin 2017

Sgt Pepper vs Sgt Paper…

Quelquefois il arrive qu'il me faille, quelques minutes avant diffusion sur les ondes, attraper un paper, écouter tendu et faire mon papier. Ce soir on pourrait dire que Sgt Pepper n'est pas encore mort à la radio (sur Fip ça donne aussi) puisqu'à 23h, France Culture diffuse "Sgt Pepper, suite" de quoi prolonger l'effet 1er juin et le cinquantenaire de l'album des Beatles. C'est heureux. Comme à chaque fois qu'année après année on réécoute les treize morceaux qui composent l'album avec la même joie d'écoute !

Fabrication de la pochette…















Jean-Michel Espitalier, écrivain, interroge une douzaine de musiciens, critiques, compositeurs, écrivains, plasticiens, sur les effets immédiats et différés que cet album a pu avoir sur leur imaginaire. Et c'est assez sympa de constater qu'"on" a tous quelque chose à dire. Comme si cet album essentiel nous permettait de dire des choses essentielles sur l'époque, le style, la folie, la joie, le délire, la fantaisie, l'invention et l'amour. Comme si, plus encore qu'un marqueur, ce disque était une façon d'induire notre propre tournant personnel de vie. Et si, bien plus que ses mélodies et ses paroles, Sgt Pepper faisait fusion avec un bout de notre histoire. 

Au cours du doc, la réinterprétation de plusieurs morceaux du disque est subtile et complète le récit. La puissance évocatrice de ces musiques est phénoménale tant elle a fixé la part du rêve. 67 une année charnière pour la fin des utopies, la fin du mouvement hippie, le début et la fin du "summer of love". The dream is over. Mais Sgt Pepper est toujours là ! Même si Jean Rouzaud parle de "dérive du rock n' roll", c'est ça qui est bon. Oui on est impressionné. C'est unique. George Martin a fait des prouesses. Les Fab Four sont montés au zénith. Et sur leur nuage les vibrations étaient excellentes.

Charmant d'entendre Rouzaud parler de notre "naïveté collective". Ben ouais, man. Et c'est ça qui est bon, frais et pop. La naïveté n'est plus c' qu'elle était. Yo ! Et puis si Hendrix, la galette à peine sortie en Angleterre, joue deux jours après le morceau Sgt Pepper devant les Beatles sur une scène anglaise, comment ne pourrait-on pas vénérer cette fanfare devenue mythique augmentée des riffs d'Hendrix ?

Barbara Carlotti a raison de parler d'album enfantin. "On s'amuse". Happyness (is a warm gun). "She's leaving home" est sucré et pétillant (1). Jouons. Jouons-nous des tristes, des aigris, de ceux qui préféraient les Stones, de ceux qui pensent Rock is dead, de ceux qui ne se laissent pas porter par les cithares indiens, et ne passent pas des heures devant la pochette en cherchant encore "qui c'est celui-là ?". Jouons encore et encore ces treize morceaux, en boucle. A night in the life. Cette nuit sera la plus courte. Espitalier a prolongé le rêve. Zyva. Je réécoute à 23 h. With the little help for my friends.

Par Jean-Michel Espitallier, réalisation Nathalie Salles Mixage : Bernard Laniel et Pascal Besnard 



(1) By Easy star all-stars feat Kirsty rock,

mardi 20 juin 2017

Un road movie radiophonique improvisé…

J'écoute ce doc un peu avant sa diffusion ce soir à 23h. C'est le principe de Radiodrama qui m'intéresse et surtout la curiosité échevelée, ébouriffée, élucubrée d'Alexandre Plank et Clemence Gross, réalisateur et assistante à la réalisation à France Culture. Plank un genre de Géotrouvetou ou Tournesol, avide d'expériences humaines, d'hors-cadre, d'ailleurs, de singulier et de pluriels. Avec en bandoulière sa fantaisie douce et folle !

Lors de l'enregistrement de "L'excursion"
Crédits : @Compagnie Opus - Radio France


















Je me laisse embarquer dans le mini-bus avec Lucette. Peu importe le fourgon pourvu qu'on ait l'ivresse ! Et dans ce road-movie de la Providence (Maison de retraite) et du co-voiturage, d'un vide-grenier PO-PU-LAI-RE et vivant, d'une panne de gasoil on pourrait se croire dans un remake frenchie de Paris-Texas (sans le peep-show), sauf que là il s'agit de rejoindre Brem-sur-Mer (en Vendée). On the road Lucette, salut et fraternité avec Germaine que "l'eau n'a pas tué jusqu'à présent". Elles "passent le temps" du passé et du présent. Et "l'horloge au salon qui dit oui qui dit non…".

Et bam on se prend "Rikita" en plein et la Georgette Plana sur le retour. C'est pop et frais. Y'a la guinguette. Lucette perdue. C'est Little miss sunshine ou "La vieille dame et la mer". Roulez vieillesse, Maladie d'amour et, sac à main. De l'humain simple qu'on attrape en bon chemin. On aimerait ça tous les soirs d'été en juillet et août sur France Culture. Des histoires de vie et de "Jeu d'Émile Euro", la colo des juniors ou celle des seniors. Des chansons rengaines et des coins de ciel bleu. Des girouettes multicolores et des illusions. La vie quoi !

Heureux qui comme Ulysse…  Alexandre, Lucette, Serge, Guillaume, Clémence et plus si affinités "On vous emmène à la mer", avant que "Blowin in the wind"…

Réalisation Ronan Letourneur et Alexandre Plank, Chef opérateur Claude Niort.

14 jours avant l'éclatement de l'ORTF : un débat à la télévision…

Le 7 août 1974, moins de trois mois après l'élection du Président de la République, Valéry Giscard d'Estaing face à François Mitterrand, la loi dite de l'"éclatement" de l'Office de Radiodiffusion et Télévision Française (ORTF, 1964-1974) est votée et s'appliquera au 6 janvier 1975. Quatorze jours avant, à la télévision (sans doute sur la première chaîne mais rien ne le précise dans la vidéo ci-dessous), "Les trois vérités" propose un "débat" (1) qui va tenter de montrer ce qui a présidé à la réforme de l'audiovisuel public. Cette vidéo est instructive pour montrer, comment, quarante-trois ans plus tard, les velléités de rapprocher plusieurs acteurs de l'audiovisuel public, principalement radios et TV, ressemblent à une drôle de "machine arrière". La casse de l'ORTF est un échec. Elle décrédibilise l'action d'un gouvernement qui, à l'époque, a agit avec dogmatisme pour "éparpiller" les forces syndicales et politiques qui régnaient à l'ORTF.

Fillioud, Bassi, Vivien, en scène… sur une chaîne de l'ORTF, capture d'écran.







Les amateurs de politique et d'histoire prendront la vidéo à son début. Les autres iront à 35'44" pour entrer dans le débat sur l'ORTF. Il est bon de noter que quatorze jours avant la loi on parle de six sociétés distinctes (2). Ce qui deviendra l'Institut National de l'Audiovisuel (Ina) n'a été imaginé que deux jours avant la discussion de la dite-loi, repêché presque par hasard. On voit bien là que, ni les politiques ni les journalistes de l'ORTF ne sont au fait de ce qu'est l'Office, au-delà de sa partie audible et visible à la radio et à la télévision. Quant à Vivien (3) et Fillioud (4) ils étayent presque toutes leurs démonstrations d'exemples télévisuels et jamais radiophoniques.

À écouter Vivien on comprend que l'ORTF était une "usine à gaz" ingérable, à écouter Fillioud on découvre l'opération politique qui couvait au minimum depuis 1968 avec la volonté de la droite de casser l'Office. Quant au téléspectateur j'imagine mal qu'il ait pu suivre longtemps ce débat absolument abscons et trop technique (particulièrement sur le budget alloué à l'Office). Fillioud en profite pour évoquer les propositions de la Gauche pour la réforme de l'ORTF dans le cadre du Programme commun de gouvernement avec les communistes (PCF) et les radicaux (PRG).

Cette vidéo est indispensable et précieuse pour qui veut comprendre l'évolution de l'audiovisuel public sous la Vème République et la mainmise de l'État sur l'information voire sur les programmes, quand bien même sera créée par le deuxième gouvernement socialiste de Pierre Mauroy, la Haute Autorité de la Communication Audiovisuelle (loi du 29 juillet 1982) (5). Fillioud pointe (1h53') l'"abandon des moyens nationaux de production" (6) qui ressemble fort à ce qui a, entre autres, été l'objet de la grève à Radio France en 2015. Ce même député évoque la carence de la loi en ce qui concerne le Service de la Recherche dont était responsable Pierre Schaeffer et qui n'existera plus en 1975. 

En 1974, un quarteron de giscardiens et quelques chiraquiens (7), pressés d'en découdre, ont défait l'audiovisuel public et ouvert la voie à la privatisation partielle ou totale de sociétés spécialisés. Depuis les gouvernements successifs auront, à la "petite semaine", orienté ou déstabilisé son développement, plus ou moins influencés par des responsables visionnaires, libéraux ou souvent plus soucieux de leur carrière que de la chose publique. Emmanuel Macron prendra dans les mois qui viennent des décisions qui se traduiront par une loi audiovisuelle dont le rapport Schwartz a jeté les bases en mars 2015.

(1) Avec exclusivement des hommes, et "déjà" Alain Duhamel, journaliste politique
(2) Radio France, 3 chaines indépendantes de télévision, la Société Française de Production (SFP), Télédiffusion de France, (TdF), 
(3) Président de la Commission de contrôle de l'ORTF,

(4) Porte-parole de la Gauche à l'Assemblée Nationale,
(5) Elle même remplacée par la Commission Nationale de la Communication et des Libertés, (CNCL), puis par le Conseil Supérieur de l'Audiovisuel (CSA),
(6) Pour la radio les studios moyens et les équipes de réalisation,

(7) Jacques Chirac était 1er Ministre (1974-1976),

Vidéo en exclusivité ici jusqu'au 26 juin 2017, 

lundi 19 juin 2017

Radio + TV : New deal… En marche !

Il aura fallu cet article d'Alexandre Piquard dans Le Monde (1) pour enfoncer le clou de ce que j'annonce depuis plusieurs mois. Par "petites touches" l'audiovisuel public se transforme depuis qu'Hollande, un soir de décembre 2013 a commis la "gaffe" d'envisager un rapprochement utile de Radio France et France Télévisions. Le lendemain de cette annonce, qui a surpris l'aréopage audiovisuel venu célébrer les 50 ans de la Maison de la radio, Aurelie Filipetti bafouille qu'il s'agirait plutôt de rapprocher les sites internet des deux sociétés. Trop fun. On se tape sur les cuisses et on s'inquiète d'un tel amateurisme de caciques croyant être capables de maîtriser un "sujet" qu'ils ne connaissent ni l'un ni l'autre. Pourtant dans l'ombre un personnage discret veille. Résumé de l'affaire.














Les étapes
•13 décembre 2013, F. Hollande joue (mal) "Au théâtre ce soir",
19 novembre 2014, M. Gallet (Pdg de Radio France) annonce pour France Info un "service global d'infos en continu qui mélangerait la radio, la vidéo et le numérique" (2),
17 décembre 2014, R. Pflimlin (Pdg de France Télévisions) annonce la création d'une chaîne numérique (3),
• 4 mars 2015, M. Schwartz publie son rapport sur "L'avenir de France Télévisions à l'horizon 2020", (4)
• 24 avril 2015, D. Ernotte (future Pdg de France Télévisions) évoque le développement d'une chaîne d'information numérique continue, (5)
• 1 septembre 2016, franceinfo, "média global", émet sur le canal 27 de la TNT,
• 17 mai 2017, nomination de L. Guimier, directeur aux antennes et aux contenus de Radio France.



La stratégie (de l'État)
Face caméra, les élites dandinent et roucoulent pour faire accroire qu'elles ont un projet pour l'audiovisuel public, Hollande pense sur son scooter, Filipetti a la danse de saint Guy. Dans le même temps les responsables de l'audiovisuel public s'engouffrent dans un projet qui, en plus de donner un très gros coup de projecteur à leur carrière, les excitent au point de croire que leur nom restera attaché à "cette-grande-réforme-que-tout-le-monde-attendait". De deux choses l'une, soit ils sont "innocents", soit ils nous prennent pour des innocents (6). 

Dans l'ombre, de hauts fonctionnaires (Schwartz), la Cour des Comptes affinent leurs analyses et rendent compte au Gouvernement d'un état de l'audiovisuel public dont d'aucuns pensent que le temps de la réforme en profondeur est urgente et vitale pour les finances publiques. L'État tape du poing sur la table, les élus d'opposition se répandent en rapports et autres incantations divinatoires (7) et suggèrent aux Pdg et autres impétrants aux fonctions de gestion de l'audiovisuel public de se mettre en marche pour :

 "Face aux défis à venir, et aux contraintes croissantes pesant sur les finances publiques, il paraît nécessaire que l'État pèse davantage sur le dispositif des médias de service public. Si tel n'était pas le cas, il sera difficile d'écarter la tentation d'un rapprochement organique entre les sociétés ayant appartenu jadis à la même entité" (Rapport Schwartz). L'étau se resserre.



Objectif lune
On est en France. Tout projet étatique suppose la construction de fusées ou d'usines à gaz. Ou de fusées propulsées au gaz. C'est là qu'entrent en scène les babillages de Gallet et Pfimlin, que Delphine Ernotte, à la vitesse d'une météorite, transformera et propulsera avec Radio France, pour rendre opérationnel le premier étage de la fusée appelée franceinfo (8). Ça c'est fait. Pour le deuxième étage Gallet monte au créneau des fois que le nouveau gouvernement voudrait se passer de ses services pour avancer "projet par projet". Il s'insère dans un dispositif que le nouveau Président de la République, Emmanuel Macron, souhaiterait sûrement plus radical.

Pour mener à bien ce nouveau déploiement ou redéploiement, la nomination de Laurent Guimier, comme numéro 2 tombe à pic. Si Frédéric Schlesinger n'avait pas quitté Radio France pour Europe 1, Guimier aurait sûrement, après trois années de "bons et loyaux services" (9), été désigné pour manager les projets de rapprochement RF/FTV. Sur le feu France Culture et Mouv'. 

Un caillou dans la chaussure
Un caillou ? Que dis-je, un rocher ? Derrière ces rapprochements plus ou moins annoncés, plus ou moins suggérés, se cache ce qui va faire beaucoup de bruit. Et bruit est un mot faible ! La fusion de France Bleu et de France 3. Et là on ne joue plus du tout dans la même cour. L'ensemble du territoire métropolitain est concerné. Des centaines d'emploi sont en jeu. Les élus locaux, départementaux, régionaux, la représentation nationale (député-es et sénateurs) sont proches de ces deux réseaux audiovisuels publics. Comme les usagers auditeurs-spectateurs eux-mêmes. Le chantre de ce rapprochement, Franck Riester (député LR, dans la précédente et la nouvelle assemblée) qui par deux fois (au moins), lors d'auditions publiques à l'Assemblée nationale, a interrogé le Président de Radio France sur cette "opportunité/nécessité". Gallet n'a jamais répondu. 

Piquard dans son article du Monde (1), rappelle que la Cour des Comptes en 2016 a incité à la rationalisation. Autant dire que ce troisième étage de la fusée risque fort, en l'absence d'une loi audiovisuelle, d'être "ralenti" pour ne pas dire bloqué par des mouvements multiples et variés. On verra à très court terme comment le Président de la République entend imprimer sa marque à un audiovisuel public pour le moins circonspect. Rappelons que dans la place, M. Schwartz est directeur de cabinet de la Ministre de la Culture, Mme Françoise Nyssen. Pourrait-on dire dans quelques mois que son rapport n'aura pas été vain ? Wait and see !

Merci à H.H. et L.E. pour leurs créations graphiques

Roland Dhordain père de la réforme de la radio…
et de France Inter






















(1) "Audiovisuel public : la feuille de route du gouvernement", Le Monde, 15 juin 2017,
(2) On notera le mot choisi "mélangerait", qu'on peut facilement étendre au "mélange des genres", 
(3) Le lecteur futé notera la concurrence qui s'engage entre les deux principales sociétés de l'audiovisuel public. Cette émulation sera le meilleur préalable pour l'État pour siffler la fin de la "course à l'échalote"…

(4) Et mon billet ici,
(5) À l'instar du rapport Schwartz, Ernotte prend l'"initiative" de piloter la future chaîne d'info numérique et imposer à Radio France de ne pas faire cavalier seul,
(6) Les deux mon capitaine,

(7) La réforme de l'audiovisuel public, son financement, France Médias ("le regroupement, à compter du 1er janvier 2020, de l'ensemble des sociétés de l'audiovisuel public au sein d'une nouvelle entité qui pourrait être dénommée "France Médias"), BBC à la française, Commission Copé (ou l'on parle "déjà" de média global en 2008, époque à laquelle Mathieu Gallet est directeur adjoint de cabinet de M. Frédéric Mitterrand,ministre de la Culture),

(8) "Deux points ouvrez l'info" dit le slogan !
(9) Bons chiffres d'audience radio, sacralisation des 30 ans le 1er juin 2017, co-création de la chaîne franceinfo,

mercredi 14 juin 2017

Tentative de description de choses entendues au carrefour des ondes d'un début de mois de juin

La semaine dernière, et jusqu'à dimanche, à défaut d'écrire (je lève le pied, sic) j'ai lu. Beaucoup et pas encore assez. Et j'ai aussi lu entre les lignes. Entres celles du Diplo, de La Croix (1). Et puis savouré "Honni soit qui Malibu" (2) et "Là où se termine la terre" (3). Et puis j'ai commencé à comprendre que le mot "radio", dans son acception pleine et entière, vivait des moments… inouïs, avant de passer à autre chose. La radio en fil continu et ténu c'est fini. Vive la radio à la demande, là où… se termine la radio.




En fait, j'ai encore mieux réalisé que "tout change" quand, le 2 juin au matin, la fanfare de Sgt Pepper avait quitté les ondes et qu"on" était passé à autre chose. Que le 3, le 2 était lui-même enterré. Quant au 4… ! La radio est devenue une formidable chambre d'écho permanente du culturel, du politique et de l'info. Le tout à la sauce Actu. Et bientôt à l'infotainment.. Et quoi de mieux pour commenter l'Actu que d'inviter artistes, chanteurs, écrivains, plasticiens, et autres acteurs comiques que sont les politiques qui, définitivement, ont acquis leurs ronds de serviette pour des petits déjeuners impératifs sur les chaînes généralistes qui ne savent plus "faire" sans ?

Misère totale. Restent quelques îlots d'histoire, de sciences, de fictions. Mais le grand laminoir de l'uniformité a déjà fait son œuvre. Et l'on se demande bien pourquoi en juillet, en août ou en septembre on ne pourrait plus parler de Sgt Pepper, du livre de Modiano sorti il y a trois ans et/ou de la dernière B.D. de Florence Cestac ? La tyrannie de l'éphéméride a stérilisé la mémoire et imposé un rythme et un ton qui siéent parfaitement à la société de consommation. La palette de l'offre qu'amplifie l'"Actu" est démentielle quand la palette de la demande saurait se contenter de quelques nouveautés annuelles. Rien ne vaut plus qu'au jour le jour !




Cette frénésie incantatoire et pathétique a définitivement fait muter la radio. Quelqu'un peut-il encore imaginer que Pierre Bouteiller, dès 1969, dans son magazine culturel de France Inter, Embouteillages, ne recevait pas chaque jour un invité et ne prescrivait pas à ses auditeurs les choix culturels imposés par ce qui deviendra les "industries culturelles". On était dans un autre tempo, guidés par la connaissance et la découverte pas par le marketing.

Je ne peux plus suivre cette tyrannie de l'Actu multi-facettes. Avaler dès potron-minet la loggorrhée des petites marionnettes politiques, quelques "événements" médiatiques superfétatoires, le tube de la vedette siglé Radio France, le conseil de ce qu'il faut absolument voir à la TV et, bien sûr, une très lourde dose d'humour, indispensable pour mieux "digérer tout ça" ! Pour m'éviter la noyade, pour ne pas dire être englouti sous l'info continue, je navigue entre les îlots des "Nuits de France Culture", de l'histoire sur Inter ou Culture, de la musique de Michka Assayas (Inter) ou des duettistes Valero&Jousse™ (Musique), de la création radiophonique ou du documentaire (4). 

Tout cela morcelé, éclaté, décalé, hors la "jolie boîte du poste", sans le lien du flux… permanent. Déchaîné. Émiettement finalisé. L'identité des chaînes ne repose plus que sur les matinales et les têtes de gondoles des matinaliers (5) et sur des Médiamétriques saisonnières, enfermées dans des chiffres et des classements strictement utiles à des fins marketing y compris pour le service public qui joue et revendique de jouer dans la même cour.

Vous comprendrez mieux alors, qu'aimant tant les histoires, je me sois régalé à lire "Honni soit qui mal y bu", d'une traite et, me demande encore pourquoi personne n'a sollicité Garnier pour raconter ses histoires de cinéma, de San-Francisco ou de Los Angeles. 

Mes chers auditeurs, je vais sortir de mon rythme d'écriture et en pente douce, descendre jusque fin juin. Le 26 je vous présenterai mon programme light de l'été et un début de teasing pour ce qui concerne la rentrée (saison 7). En attendant "Viva Perec".



(1) Avec un article dans "Le Monde diplomatique" sur le Chiapas, la CFDT, le bio et un peu de ketchup. Et le billet de François Sureau dans la Croix le 6 juin "Prends garde à la douceur des choses",
(2) "Honni soit qui Malibu", Grasset, 1996, (Et il n'y a pas de faute à "Honni"),
(3) De Désirée et Alain Frappier, Steinkis, Janvier 2017, 

(4) "L'atelier fiction","LSD" et "Creation on air", France Culture
(5) Fabienne Sintès est beaucoup moins mise en avant que ses confrères hommes, alors qu'elle anime la matinale de France Info depuis août 2014.

mardi 13 juin 2017

Layla, en arabe, ça veut dire la nuit…

Ça veut dire la nuit, "Mais c’est plus que la nuit, c’est l’ivresse de la nuit." Quelle plus belle définition pour raconter une histoire ? (1)

Lors de l'enregistrement de "Layla"
Alexandre Plank et Clémence Gross Crédits : @France Culture - RF





















La nuit commence bien ! Juillet 1998. Layla raconte. Au fil des mots, de ses souvenirs et de ses émotions. Du brut, du vrai, du sensible. Comme une nuit magnétique. Avec de la joie, une part d'insouciance et la vie simple qui court les rues. Qui renverse le jour. Qui bouscule l'établi. Layla tourbillonne. Chuchote, rit, pétille. Libre.

Au rythme du réel de cette création radiophonique j'ai pu écouter, sur le fil du rasoir du montage final, les vingt-cinq premières minutes. Séduisantes. Layla compose sa petite musique de nuit. Energique et vibrante. Alors, toutes les nuits on pourrait entendre à la radio les vibrations d'autres Layla, d'autres Émilie, d'autres Alexandre. D'autres singuliers. D'autres pluriels. Et les nuits succèderaient aux nuits. Du jour au lendemain. Avec des histoires d'ivresses nocturnes. D'ivresses pour la nuit, pour d'autres mots, d'autres paroles, d'autres images, d'autres silences, d'autres troubles. D'autres fantaisies. Douces. 

Comme Layla… ivre de vie.

(1) 23h, ce soir France Culture, L'atelier fiction…

lundi 5 juin 2017

Sgt Pepper : ma (petite) story…en fanfare

Quand il s'agit de diffuser, de faire découvrir de la musique la radio reste toujours très bien placée. Mais pourquoi pour le 50ème anniversaire de la sortie du "Sgt Pepper lonely heart club band" des Beatles, la radio (publique) s'est-elle pratiquement contentée de diffuser tout ou partie des 13 morceaux qui composaient l'album, mais sans presque rien dire de 'l'autour", de l'époque. Et surtout personne n'a cru bon de nous dire comment ce disque était diffusé à la radio (1) ? Et ce n'est pas parce que Radio France a conçu une jolie "expo" que ça exonère les chaînes publiques d'avoir creusé le sujet au-delà de l'écoute des chansons pop de cette inoubliable comète dans le ciel de 1967 (2).


Lennon/Harrison pendant les sessions d'enregistrement






















Si tout le monde s'est accroché à cette belle date du 1er juin 1967, personne pour autant ne se souvient, qu'à cette date, le huitième album des Beatles soit sorti en France. "On" parle plutôt de septembre. Les Beatles avaient beau être mondialement écoutables, la mondialisation industrielle en était juste à ses balbutiements. Passons. Si l'on doit l'exposition "Sgt Pepper Expérience" à Michel Orier, directeur de la musique à Radio France, à Marc Benaïche et à Benjamin Minimum, on peut se demander pourquoi, pour les 14,5 millions d'auditeurs des radios du groupe audiovisuel public, les chaines ne se sont-elles pas mises, en quatre et en sept, pour faire "The big journey for Sgt Pepper in Radio France" (3). Ça aurait eu de la gueule. Mais tout ça c'eut seulement été possible "avant le drame" !

Le drame ? Celui que l'ex-numéro 2 de Radio France, Frédéric Schlesinger, a provoqué en cloisonnant très hermétiquement les chaînes entre elles, avec la bénédiction du Pdg Mathieu Gallet (4). Schlesinger a cassé la transversalité pour sublimer la verticalité : le premier de la classe (Inter), la meilleure émission (son 7/9), le meilleur matinalier (Patrick Cohen). Dans ces conditions "valoriser les forces vives" d'un groupe, Schlesinger, du haut de sa tour (d'ivoire) et de ses intuitions éditoriales, n'en avait cure. Quand France Musique fait une journée Sinatra pour le centenaire de sa naissance, on se demande bien pourquoi l'événement planétaire du "Sergent Poivre" ne pourrait se diffuser harmonieusement sur les sept chaînes du groupe ? Hein pourquoi ?



Parce que les chaînes n'ont absolument plus l'habitude de travailler ensemble. Surtout la règle en vigueur c'est que les productrices-producteurs soient identifiés à une seule chaîne, une seule marque comme un produit, des fois que l'auditeur étourdi imagine un seul instant que Rebecca Manzoni ait rejoint France Culture ou que Philippe -hip/hop- Meyer fasse de l'esprit sur Mouv' (5). Faire ça ensemble, pourtant, ça aurait vraiment eu de la gueule. Imagine. John Lennon, Paul Mc Cartney, George Harrison, Ringo Starr, George Martin. Une journée entière dans la radio. Casser les grilles. Suivre la voie. Refaire l'histoire. Raconter par le menu. Du premier jour des cent-vingt-neuf de studio à la pochette hallucinante aux 87 personnalités. 15 heures pour 15 morceaux… Ça, ça aurait été une expérience ! I had a dream.

En 1967, dans mon propre souvenir, il était assez rare sur France Inter d'entendre des chansons en anglais dans la journée. Sauf au hit-parade avec Gérard Klein (19h25-19h55) et au Pop Club de José Artur bien sûr. Différent pour Europe n°1 qui a dû multidiffuser Penny lane, Strawberry fields forever et le titre Sgt pepper qui a donné son nom à l'album. Le flower-power n'avait pas atteint la France. Avant d'écouter l'Easy Tempo consacré à cet album-concept diffusé hier soir sur France Musique, j'ai eu envie d'appeler Thierry-Paul Benizeau, un ancien chroniqueur de l'émission qui m'a définitivement scotché avec son histoire d'Alison Steel.

TPB m'a raconté qu'à l'époque il était plutôt Stones. Fin 68, il est parti aux Etats-Unis et, ce n'est que quelques mois après la sortie de la "fanfare" des Fab four qu'il est entré dans le jeu et a apprécié la richesse et le travail des musiciens et de leur producteur George Martin. TPB reconnaît l'héritage classique des Beatles jusqu'à évoquer Purcell dont il imagine que gamins, John et Paul, n'ont pas pu ne pas entendre cette musique. Bénizeau vous parle et vous comprenez assez vite qu'il vous manque un gros chouïa de culture musicale. Nous sommes convenus de nous revoir et de détricoter "Sergent Pepper" (6).




Aujourd'hui 5 juin, les lampions se sont déjà éteints. Com' d'hab' tout le monde a sauté sur l'événement et "on" est passé à autre chose (7). Le 21 juin dans "Creation on air" sur France Culture, Jean-Michel Espitallier et Nathalie Salles, prendront la mesure du "Swinging london" et du "Flower power" réunis, autour du Sergent Poivre. Je ferai un billet ce jour-là que je mettrai en lien avec celui-ci. La mécanique médiatique est horripilante. Qu'à cela ne tienne je prolongerai ce cinquantenaire pendant tout l'été. En septembre je ferai un gâteau-pochette, j'achèterai 50 bougies et, si j'ai pu retrouver mon ampli Luxman, je passerais sur ma platine Thorenz, mon 33t en pâte rouge acheté au mitant des années 80. A day in the life…




Canal + n'a pas loupé le coche et a raconté une part de l'épopée Beatles le 31 mai en diffusant "Eight days a week".



(1) Je me souviens très bien dans l'émission "Faisons bon ménage" de Pierre Wiehn, en juin 67 d'avoir entendu "Micèle", je me vois dans ma chambre ce jeudi-là… Mais pour Sgt Pepper je n'ai pas de souvenir en juin…
(2) Le passionné pourra écouter le "Continent Musiques" que Matthieu Conquet a consacré samedi 3 juin au sujet, sur France Culture. Reconnaître en intro la voix inimitable de Jean Renoir est tout à fait touchant, voir aussi ,

(3) Si vous avez mieux en Anglais, je suis preneur. Ce sont les producteurs qui y ont été associés pas les chaînes en tant que telles,
(4) France Inter, France Culture, France Musique, Fip, France Info, France Bleu, Mouv'. Et je ne parle pas de la circulation physique à l'intérieur de la Maison de la radio. Dans l'esprit exactement contraire à ce que l'architecte Henry avait imaginé pour une circulation "ronde" des ondes et des personnels, plusieurs chaînes (Inter, Info) sont maintenant des bunkers inaccessibles à ceux qui ne disposent pas du "sésame… ouvre-toi",
















(5) Après qu'il lui fût demandé à la rentrée 2016 de choisir entre Inter et Culture, Meyer a appris fin mai qu'il ne lui serait proposé aucune émission à la rentrée prochaine sur France Culture et que son émission serait "réinventée" par d'autres,
(6) J'ai réalisé une interview de Patrice Blanc-Francard (France Inter) et de François Jouffa (Europe n°1) que je diffuserai à ce moment-là,
(7) Je n'ai pas commencé à me souvenir du Sgt Pepper quand l'industrie médiatique l'a décidé. Mi-février, je prenais contact avec Universal pour connaître les "festivités". 















Je n'ai pas encore lu le Hors Série des Inrocks "Psychédélisme et contestation, mais j'ai lu le n°1122. Et j'ai bien aimé y lire quelques stories. 


jeudi 1 juin 2017

The best heur' with Lebrun…

Oui je sais, le titre est ardu*. Mais pour les festivaliers de Longueur d'Ondes 2017, le moment était crucial. Comment le vieux chat des ondes, rusé et cajoleur, allait-il ronronner auprès de celle qui, dimanche après dimanche, joue l'apothicaire bienveillante pendant que tant d'autres disent la messe. Lebrun (1), sans doute pour créer plus d'intimité avec Bester (2), nous fit profiter de son meilleur profil, Bester jouant trois quart franc. Les acteurs sont en place. Le rideau est déjà levé. C'est parti.

Le chat et la … souris
(Oui je sais c'est facile mais c'était qd même tout à fait ça)



















Et le plus discret journaliste de Radio France de nous révéler que pour écouter en flux "Remède à la mélancolie" sur France Inter, il avait fini par quitter la messe à la même heure sur France Culture. Bigre, Eva a du rougir (j'étais loin de la scène) et Lebrun soulager sa conscience pour son ancienne maison où, pendant treize ans, il nous avait habitué à de jolies basses-messes (3). Bester montrera assez vite son sens de la répartie et de la bienveillance en affirmant que "se tourner vers les autres est le premier remède à la mélancolie". Pour autant Lebrun ne s'est pas aussitôt tourné vers nous…

Et Lebrun de jouer son jeu et de titiller en douceur et quelquefois sans nuance son interlocutrice, qui joueuse aussi ne désarme pas et répond avec humour, délicatesse, sens de la répartie et, surtout, répond sans répondre quand la question bouscule son intimité profonde. On notera d'ailleurs assez vite que Bester joue très bien à chat sans avoir besoin de percher sa voix. Quant à Lebrun, il se lèche les babines en racontant l'histoire du site de l'annexe de la Maison de la radio, Mangin et Blanche, le docteur des fous. Du pur Lebrun.

Mais la salle a été aux anges quand, avec culture et talent, Bester parla du ciel… breton. "C'est presque nietzschéen ce ciel breton. Ça nous dit que c'est une leçon de sagesse.Voilà tout ce qui co-existe, on peut pas y échapper. Si on est là pour admirer ce ciel on sera obligé d'avoir de la pluie et du soleil. Si on veut la belle lumière on ne peut pas esquiver la tempête. Et donc on doit tout accepter du réel…"

Au fil d'une belle heure on peut dire que le numéro a été parfait. Escarmouches, évitements, pattes douces, griffes légères, sourires charmants,… Eva, subtile, a tenu le grognard à distance d'une complicité trop visible, tout en se délectant de résister à n'être que souris. De la belle ouvrage qui, dans un lieu si austère nous imposait d'oublier le décor pour se concentrer sur l'accord… parfait ! Rideau.

* J'espère que j'aurai les félicitations du jury de Longueur d'Ondes



(1) Producteur de "La marche de l'histoire", France Inter, du lundi au vendredi, 13h30-14h,
(2) Productrice de "Remède à la mélancolie", France Inter, le dimanche, 10h-11h,
(3) Culture-Matin, 1986-1999,

mercredi 31 mai 2017

Audiovisuel public : big bang établi…

Mue accomplie, changement d'ère acté, passé dépassé… Ah la belle tautologie, "Le passé est derrière nous" ! En enfonçant allègrement cette porte ouverte j'en profite pour refermer celle de l'an 1 de l'audiovisuel public (1). Pour s'en tenir au XXème siècle on pourrait qu'il fut celui de : la création de la Téléphonie Sans Fil (TSF) qui a permis l'essor de la création radiophonique, de la Télévision qui sanctifia l'image "en direct" perpétuel. Ces deux institutions audiovisuelles marchaient côte à côte, l'une certaine de sa suprématie, l'autre ravissant encore les amoureux de la voix… sacrée. Jusqu'à qu'un bouleversement atmosphérique, sans précédent, incite les protagonistes à la fusion que nous n'hésiterons pas à appeler le big bang audio que quelques sorciers moderne appellent média global. 





Tentons une première approche des effets constatés : globalisation et émiettement. Le non visionnaire libéral Giscard (Président de la République 1974-1981) ayant explosé en vol le satellite de fabrication française ORTF à des fins dogmatiques et vengeresses (2), chacun avait pu croire que chaque société autonome née du démantèlement vivrait une vie éternelle. Paf ! Il n'en fût rien et quelques gourous de la modernité post-moderne (sic) se chargèrent de réinventer la globalité avec une très grosse dose de com' dedans, de quoi flatter les égos des petits rois et petites reines de l'audiovisuel qui ne sont en fait que de petits valets… serviles à cette modernité impensée.

Si je regarde ma propre évolution darwinienne sur l'échelle de mon écoute radiophonique le constat est sans appel. Après quarante d'écoute de la radio (3), non seulement je n'écoute plus que très peu d'émissions, je ne les écoute presque plus à la radio, mais surtout j'ai rompu le cordon ombilical (4) qui me reliait à ce média. Voilà donc l'émiettement en acte. Je sélectionne des émissions que j'écoute en streaming (et surtout pas en podcasts), je garde quelques rendez-vous quotidiens et hebdomadaires en flux, et je picore sur arteradio et autres sites de création audio. La radio qui occupait totalement ma vie n'occupe plus que quelques longues minutes par jour et quelques heures par nuit (5).

Je n'ai pas répondu aux sirènes de France Info qui voulait que je regarde la TV, pas plus que je ne répondrai à la "Mécano de la Générale" que s'apprêtent à nous faire ingurgiter france.tv et radiofrance autour de france.culture ou de la fusion France Bleu/France 3. Version soft : la radio change. Version hard : la radio c'est fini. On guettera du coin de l'oreille les zombies qui, armés de gourdins, vêtus de peaux de bêtes, traverseront villes, banlieux et campagnes, une antenne sur le toît de leur roulottes de romanichels, pour refaire de "la radio avec que des voix dedans". Ça s'ra comme les vinyls et ça redeviendra tendance en moins de temps qu'il ne faudra pour le dire…

Pas de nostalg' ni d'mélanco. Juste réaliste. Ma radio-activité a sans doute trouvé, à très court terme, ses limites…




(1) Et non pas l'An 01 de GéBé qui avait pour formule "On arrête tout,, on réfléchit et c'est pas triste". Pour ce qui est de l'audiovisuel public le moins qu'on puisse dire c'est que la réflexion collective n'aura pas eu lieu,
(2) Le 7 août 1974 la loi qui crée les 7 sociétés de l'audiovisuel public est promolguée. Elle officialise la fin de l'Office de Radio et Télévision Française (ORTF) pour le 31 décembre 1974 et la création de Radio France,
(3) Et pas que la radio publique,

(4) J'en connais une palanquée qui vont se taper sur les cuisses et me proposer d'aller m'allonger sur le divan de… Fogiel,
(5) Sur l'îlot "Les nuits de France Culture",

L'hymne à la radio-activité de Krakwerk,1976

lundi 29 mai 2017

Tout doit disparaître… les images, les symboles, le sens !

À la suite de mon billet sur le nouveau logo de Radio France (RF), Etienne Noiseau (Syntone) a commenté "La maison ronde a disparu du logo, il ne reste donc que... la marque ?". D'autre part, interrogeant le médiateur de RF sur la déclinaison de ce logo pour les chaines publiques, ce dernier m'informa que ce n'était pas à l'ordre du jour ! Du jour non, mais du surlendemain oui. Aujourd'hui nous apprenons que le désir de la Présidente de France télévisions, Delphine Ernotte, de changer le nom des chaines de son groupe, ajouté à la volonté de Mathieu Gallet, Pdg de Radio France, de faire évoluer "les chaînes de Radio France vers le média global", lire refaire le coup de France Info avec la TV, apparaissent comme les bons préalables à mettre en marche le grand mixer de l'audiovisuel public.

Maison de la radio et "poêle à frire"…


















Et si la grande idée c'était ça : faire "disparaître" la radio ! Pas le média en tant que tel mais sa représentation symbolique "autrefois" signifié par la "poêle à frire" qui elle-même représentait la forme à plat de la Maison de la radio (1). La fondre dans un bain bouillonnant d'images, de sons, de data, de réalité augmentée. Augmentée de la télévision. Voilà le progrès ! Les logos de Mouv', France Info et Radio France se sont déjà débarrassés de cette image qui incarnait le lieu emblématique de la fabrique de la radio. Prochaine étape France Culture ?

Alors que Gallet brame en direction de Macron "Les médias publics peuvent progresser ensemble sans être une BBC à la française", la mécanique de la mue lente s'instille aussi bien à france.tv qu'à radiofrance qui chacune préparent le terrain. Après le buzz de Treiner au Figaro, voilà qu'une agence de com "dessine" le "rapprochement" entre France 5 et France Culture. Une journaliste de Radio France s'inquiète "le nom France Culture n'appartiendrait-il pas à Radio France ?" Dans les faits si, et depuis novembre 1963. À cette époque, quelques jours avant l'inauguration de la "Maison de la Radio" par le Général de Gaulle, les trois chaînes de service public prenaient les noms de France Inter, France Culture, et France Musique (2).












France 5 muerait donc en… france.culture ? Bigre ! Et France Culture muerait-elle en chaîne de radio-tv ? Le fondu-enchaîné (c'est le cas de le dire) serait parfait. Il y aurait une chaîne "en moins" à France Télévisions et les deux partenaires montreraient qu'une nouvelle fois ils collaborent au point de fondre leurs médias respectifs. Ce qui préfigurerait ce nouvel ORTF suggéré de ses vœux par Marc Schwartz (3). Que c'est beau la politique… audiovisuelle. À la place de Gallet je calmerai mes ardeurs à jouer au Ministre de la Communication et à redoubler de zèle pour donner des signes au gouvernement de sa bonne volonté d'être "la bonne personne au bon endroit".

Faut-il rappeler à Mme Ernotte et M. Gallet que leur "association" opportuniste est très fragile et que leurs humeurs respectives peuvent mettre à bas leur tentation de refaire en loucedé l'ORTF ? Que l'un ou l'autre prenne la poudre d'escampette, comment peut-on croire que la remplaçante ou le remplaçant ait la même "vision" télé ou radio ? Les bidouilleurs d'un soir ne se substitueront pas à l'État et à sa responsabilité d'organiser et/ou réorganiser le service public audiovisuel. M. Schwartz est dans la place et beaucoup mieux… placé pour influencer la "réforme audiovisuelle". N'en déplaise aux protagonistes qui jouent leur carrière à court terme sans aucune vision globale et à long terme du service public.

Prochaine question à laquelle il faudra bien que quelqu'un réponde "les Contrats d'Objectif et de Moyens (COM) de Radio France et France Télévisions ont-ils acté ces orientations pour France Culture ? Et celle peut-être demain de Mouv' et France 4 qui fusionneraient en France Génération ?

Ajout à 9h15, tiens tiens la SNCF ne supportant plus de VGT passe à l'InOui. Effet de mode marketing et de communicants demeurés, radiofrancetélévisions n'échappera pas au désastre !

(1) Sise, 116 avenue du Président Kennedy, Paris,

(2) On avait échappé à trois noms cocoricos "France Bleu, France Blanc, France Rouge". Dhordain avait eu le souci d'harmoniser la "pagaille" de noms barbares : Paris inter, puis RTF Inter devient France InterFrance Culture, issue de la fusion de France III-National avec France II, et un court passage par RTF-Promotion et France Musique, ex-France IV Haute-Fidélité,

(3) Actuel Directeur de Cabinet de Mme Nyssen, Ministre de la Culture. Auteur du rapport en 2015 sur l'avenir de France Télévisions.