vendredi 31 mai 2019

La grande dépression (de l'audiovisuel public) : un genre d'Apocalypse now…

Le 20 mai dernier je concluais mon billet de mauvaises nouvelles par "Marche ou crève"… Certains de mes lecteurs peuvent imaginer a minima que j'exagère, a maxima que je cherche à faire du buzz ! Du quoi ? Non je ne cherche rien de ce côté-là. Minuscule fourmi (sic) dans la comète médiatique, je ne peux me contenter après huit années de critique radio de faire "gouzi gouzi, areu areu" comme m'y incitent les roucouleurs patentés et les officines de communication. Le flux continu des sept antennes de Radio France fonctionne aux petits oignons mais, derrière, se prépare la phase finale d'une mue qui de façon inexorable bouleversera l'audiovisuel public jusque dans ses fondements (1)



















Avant la mi-juin (2) le personnel de Radio France apprendra directement de la Pdgère Sibyle Veil à quelle sauce le groupe public va être mangé dès le début du second semestre de cette année. Avec un coup de massue initial des 60 millions d'euros à économiser d'ici 2022. Tous les indicateurs étant au vert pour Radio France, Veil peut fouler le tapis rouge de Cannes et assurer les tutelles (Culture/Finances). Elles peuvent compter sur elle. Toutefois pour jouer un remake d'"Apocalypse Now(3) il va lui falloir changer de costume. Tragique, forcément tragique !

En juin 1968, la révolution s'étiole, Yves Guéna devient Ministre de l'Information et nomme aussitôt Roland Dhordain, un homme de radio pour reprendre en main la "fraction" audio de l'ORTF. Pour s'occuper de radio, le gouvernement gaulliste fait appel à des professionnels de la profession. Pas à des technocrates ni à des diplômés de l'Ena. Dhordain qui avait fait ses preuves pour relancer France Inter face aux radios privées fut l'homme de la situation.

Aujourd'hui le gouvernement via une de ses officines (le Conseil Supérieur de l'Audiovisuel) nomme en mai 2018 une femme à la tête de Radio France, énarque, pour du passé faire table rase et organiser, avec l'étendard du numérique, un nouveau modèle de média audio débarrassé de toutes ses scories qui n'entrent pas dans le moule bien lisse que quelques prophètes/gourous ont façonné de leurs petits doigts agiles. Les économies risquant de se faire au détriment des :
- équipes de réalisation (producteur, réalisateur, ingé-son, technicien), 
- moyens pour élaborer les émissions, 
- déplacements hors-studios, 
- reportages, 
- documentaires, 
- Fip régionales, 
- émissions qui finiraient toutes à 23h … 

Il faudra très vite interroger les 127 000 personnes qui ont contribué à la consultation #MaRadioDemain pour savoir si elles valident les orientations qui vont être formalisées dans les semaines qui viennent. Mais ce n'est pas sur les chaînes de Radio France que les auditeurs pourront être informés des évolutions de la radio publique. Pourtant c'est de l'info ! Mais qui peut parler sur son média des infos qui concernent son propre média ! Personne. L'objectif de ce billet est, mes chers auditeurs, de vous informer un tout petit avant que le sujet n'envahisse… l'actualité !

Car on dirait qu'un mauvais remake de 2015 se profile. Mercredi dernier France Bleu était en grève pour dénoncer la marche forcée du filmage de ses quarante quatre matinales qui, progressivement jusqu'en 2021, seraient diffusées sur France 3 dès la rentrée 2019. Le SNJ (journalistes) de France Télévisions soutenait cette grève en déclarant : "La radio filmée n'est pas l'avenir de l'audiovisuel public". Pas sûr que les Pdgères Veil (Radio France) et Ernotte (France Télévisions) l'entendent de cette oreille. L'été sera chaud et la rentrée… bouillante.

Ce 31 mai, le député de Seine-Maritime Sébastien Jumel (Gauche Démocrate et Républicaine), a publié sur deux pages un communiqué de presse dont le titre est le suivant "Avec un plan d'économie multiplié par trois à 60 M€, le Groupe Radio France promis à une véritable saignée"



(1) Mise en œuvre par l'agile Mathieu Gallet (l'ex-Pdg révoqué par le CSA),
(2) Comité stratégique mardi 28 mai, Conseil d'Administration le 3 juin, CSE central 3 et 4 juin, annonce aux salariés le mercredi 5 juin, et le 12 juin audition de la Pdégère par la commission de la Culture, de l'Education et de la Communication du Sénat,

(3) De Francis Ford Coppola, Palme d'Or Cannes 1979. Peut-être dans le rôle du Lieutenant-Colonel Bill Kilgore tenu par Robert Duvall. Quand cette année à Cannes "Sibyl" (de Justine Triet) n'a pas reçu la Palme d'Or,

mercredi 29 mai 2019

Cunnilingus, Berl, gamètes : de la bouillie de chat à ingurgiter en moins d'un quart d'heure sur France Culture…

C'est sûrement une méthode scientifique validée par les experts : Treiner directrice de la chaîne, Erner animateur de la tranche (sic) 7/9. Lundi matin dans l'entonnoir de la matinale pour son dernier quart d'heure il faut faire entrer les chroniquailleurs Serrell, Belanger, Schwartzbrod (1). Les uns derrière les autres, sans pause, sans une once d'un petit silence ou d'un semblant de virgule. Ce n'est pas la première fois ici que je dénonce la bouillie de chat imposée à nos oreilles et à notre esprit, si tant est que notre esprit soit capable d'ingurgiter ces capsules dites culturelles qui nivellent par le bas (fond) le savoir, l'esprit critique et l'entendement !

















Pourquoi ces chroniqueurs ? Pourquoi ces chroniques ? Pourquoi à cet horaire ? Pourquoi les unes derrière les autres ? Pour changer de rythme ? Pour faire oublier l'invité qui s'exprimait juste avant ? Pour multiplier les points de vue ? Les points de vue de quoi ? De la pauvreté intellectuelle de Mathilde Serrell ? Des soliloques de l'écrivain Aurelien Bellanger ? De la grande difficulté de la journaliste Alexandra Schwartzbrod à se rendre audible ? Pour finir de meubler deux heures ? Parce que 7/9 ça se vend mieux que 7/8h45 ? Pour permettre à Erner de roucouler après avoir fait accroire qu'il était omniscient ? Pour plomber tôt le matin le désir d'un peu de légèreté (dans ce monde de brutes) et de subtilité ?

Autant de questions auxquelles ni Treiner, ni Erner (ça rime) ne sauraient répondre. Ces chroniquailles ne servent à rien vu la façon dont elles sont produites et exposées sur la chaîne ! Dans le cirque de la matinale, elles sont comme des clowns (tristes) elles font diversion, elles empêchent de se souvenir de cet instant fort où une femme, un homme viennent d'évoquer des points de vue ou des positions intéressants, sollicité par un bateleur que n'auraient pas renié Pierre Bellemare ou Guy Lux ! Cette matinale est une faillite et mon point de vue ne vaut pas grand chose vis à vis des chiffres d'audience que la directrice porte en sautoir et fait tinter aux oreilles des auditeurs chaque trimestre médiamétrique.

Non, non et non je ne me plierai pas à la tyrannie des mascarades d'Erner et, plus malin, je ferai sonner mon portable à 9h06 pour écouter la fanfare de "La fabrique de l'histoire"…

À bon entendeur…

(1) Respectivement parlant de "Abdellatif Kechiche, un troll sur la Croisette ?", "Emmanuel Berl ou l'émerveillement spinoziste" et "La levée de l'anonymat du don des gamètes"… Cette superposition ubuesque pourrait se traduire dans quelques jours par "Hélène et les garçons ou comment faire impression à la radio", "La détestation de la langue provençale chez Giono" et "Les hydroliennes feront-elles du vent ?"

mardi 28 mai 2019

Une madeleine radiophonique : une photo, une histoire, des illustrations sonores, une voix, un texte…

Hier matin en attendant "La fabrique de l'histoire" je m'impose l'écoute de la fin du programme précédent et suis très en colère. Je commence à rédiger un billet qui paraîtra demain quand un miracle sonore vint. Catherine de Coppet, productrice et documentariste, nous propose dès le début de la Fabrique un court documentaire sur "Migrant Mother" à partir de la photo de Dorothea Lange de 1936. Et là on se croit revenu au meilleur temps de France Culture à une époque où elle fabriquait des… bijoux.

© Dorothea Lange












Bien sûr le sujet qu'a choisi de Coppet m'intéresse mais il m'intéresse d'autant plus que le ton, le rythme, la façon de raconter sollicitent mon écoute. Pas d'autre choix que d'être attentif. Captivé. J'ai appris beaucoup de choses (et je l'ai déjà réécouté une fois). Captivé ce n'est pas rien. C'est pour le son radio être capable de s'imposer et se distinguer dans l'environnement ambiant, c'est soi-même résister aux sollicitations des réseaux sociaux, c'est remettre à plus tard la dégustation d'une biscotte craquante. Écouter c'est entrer dans l'histoire au point de constater le formidable moment de radio dont on voudrait qu'il ne s'arrête jamais.

C'est savoir donner du temps radiophonique à la contextualisation d'un événement (ici une photo). France Culture sait encore un peu (trop peu) s'y employer. En l'enveloppant du savoir-faire des producteurs, des réalisateurs et des techniciens. En élaborant un travail qui dépasse le recours facile au bavardage autour du micro. Méthode de plus en plus en vigueur à la radio publique pour justifier les économies budgétaires.

C'est par effet d'enchaînement se donner du temps à soi pour ne pas empiler l'écoute et rigoureusement sélectionner le bon grain de l'ivraie. C'est en parler autour de soi et faire la promotion de l'excellence quand elle devient de plus en plus rare ! C'est privilégier le fond et la forme quand la tendance néglige la forme au détriment du fond. C'est opposer la distinction à la litanie des audiences, des clics et des podcasts.

Pendant deux jours encore Catherine de Coppet proposera de décrypter une photo. Ce matin la photo de Willy Brandt à genoux à Varsovie en 1970, et mercredi celle de l'inscription "Ici on noie les Algériens" de 1961... (Les players d'écoute seront disponibles ici après la diffusion des émissions à l'antenne)

Vous pourrez réécouter le documentaire de Catherine de Coppet, avec des chansons de Woody Guthrie, (réalisation Thomas Dutter) en première partie de l'émission (jusqu'à 21'15")



Le deuxième documentaire de Catherine de Coppet 
"Willy Brandt : Der Kniefall von Warschau" 
(La génuflexion de Varsovie) de Sven Simon, 7 décembre 1970





Le troisième documentaire de Catherine de Coppet
"17 octobre 1961, les forces de police jettent à la Seine de nombreux Algériens, lors d’une manifestation pacifique organisée par le FLN"


© Jean Tixier, 1961/ L'Humanité



lundi 27 mai 2019

La théorie de la relativité appliquée à la TV ! Trop d'la boule…

P… pendant des années t'as attendu la fin des pubs à la télé pour regarder ton programme et t'endormir, pitoyablement, dans le canap' ! Demain grâce à Takis Candilis (FTV) tu pourras regarder la TV du soir le matin même de sa diffusion nocturne… à venir ! Alors là je veux immédiatement que la radio fasse pareil. OK ? Les Nuits Magnétiques dès potron-minet et Culture matin à 19h (1) ! Le "Jeu d'Émile Heureau" à 3h du mat'. "Repassez-moi le standard" à 8h et Ciné Tempo à 9 (2). "La fabrique de l'histoire" (Culture) à 20h et "La marche de l'histoire" (Inter) à 22h. "Les pieds sur terre" (Culture) à 10h. Le journal de 20h de France 2 à 4h du mat' et les roucoulades du bénévole de France Inter (Nagui) à 4h !



Non mais c'est vrai quoi ! C'est dingue, la notion de temporalité explose et l'on ne pourra bientôt plus jamais remettre les pendules à l'heure ! Ainsi parlait Zarathoustra (lire Takis Candilis, n°2 de FTV) : "Nous sommes sensibles aux remarques des téléspectateurs et à leur écoute. C’est pourquoi, à la rentrée, ils retrouveront sur notre site france.tv les émissions et créations du jour en avant-première dès 6 heures le matin. Ils découvriront le téléfilm de 21 heures dès le matin en « preview » ! En accord et en cohérence avec les nouveaux usages" (3).

Bon je m'en fous grave de la TV mais l'effet de mimétisme étant tellement fort sur la radio… Méf ! Par contre aucune nouvelle du projet qui devait permettre aux auditeurs de Radio France de composer un programme journalier à partir des chaînes de service public. «Un monde de Radio France » est la première étape d’une nouvelle offre qui permettra aux internautes, dès l’année prochaine, de se composer leur radio sur-mesure mise à jour en temps réel. Au cours du premier semestre 2018, il sera possible de se créer sa propre playlist à partir des quarante émissions de la sélection ainsi que de l’ensemble des émissions de Radio France." (4)

Quelqu'un aurait des nouvelles de ce sous-marin ? Petit rappel c'était à Radio France la période Gallet : méthode Coué + effet d'annonce = enfumage à tous les étages ! "L’idée est avant tout de s’adapter aux nouveaux usages, puisqu’il n’est pas question, pour l’heure, d’en tirer des revenus publicitaires", explique Mathieu Gallet aux Échos" (4). Vous aurez noté l'élément de langage, "nouveaux usages" ! Slogan agile, lyophilisé, à jeter dans n'importe quelle conversation permettant de vendre de la margarine pour du beurre. Insupportable époque de com' !

Jean Yanne, poète désenchanté résume bien (vidéo ci-dessus), quarante-cinq ans plus tard, l'effet pervers de la télévision. Mais ne craignons rien pour la radio "Tout le monde il est beau…"



















(1) Pour ceux qui me connaissent bien vous aurez compris mon clin d'œil à ces excellentes émissions disparues de la grille de France Culture, les deux en 1999… Et hors de question que j'écoute les émissions diffusées aujourd'hui aux horaires qui étaient les leurs à l'époque !
(2) France Musique : la première le dimanche à 19h (Laurent Valero), la seconde le samedi à 13h (Thierry Jousse),
(3) Le Parisien, 19 mai 2019,

(4) Radio France, 30 août 2017, blog de la médiatrice.

dimanche 26 mai 2019

Dimanche dans un fauteuil d'archives,11

Émouvant ici d'entendre (un peu) le bel accent de Francesca Fossati, productrice, dont ce n'est pas le métier principal (sauf pour quelques émissions d'été de France Culture) quant au quotidien elle œuvre dans l'ombre des émissions. Entre autres, "Les matins", période Marc Voinchet (2009-2015). "Maisons de famille" fait revivre un marqueur important de la vie de chacun d'entre nous, qu'on en possède une (maison de famille)… ou pas ! Ce sont de longues histoires mémorielles tissées de générations en générations qu'évoquent les cinq épisodes ci-dessous.
  
À Callelongue, Marseille, © A et O Jocteur Monrozier













À dimanche prochain, 10h…

lundi 20 mai 2019

Les nouvelles (radiophoniques) sont mauvaises d'où qu'elles viennent…

Il y a l'euphorie des résultats médiamétriques de Radio France d'avril dernier, quelques récompenses diverses et variées pour telle ou telle chaîne du service public et puis dans l'ombre, l'envers du décor. Revue de détails…



Comme un bruit qui courait…
Charlotte Perry, Antoine Chao et Giv Anquetil, trois "anciens" de "Là-bas si j'y suis…" animaient le samedi à 16h sur France Inter, une émission de reportages pour raconter autrement l'actualité sociale et culturelle en donnant la parole à ceux qui ne l'ont jamais ou si peu. Las, l'émission engagée et décalée dans la grille bien lisse de France Inter n'a semble t-il plus l'heur de plaire à Laurence Bloch la directrice de la chaîne. Sur son compte FB Charlotte Perry début mai écrivait : "Nous venons d’apprendre que l’émission "Comme un bruit qui court" que j’anime depuis cinq ans avec Antoine Chao et Giv Anquetil ne serait très probablement pas reconduite à la rentrée. Les raisons invoquées sont le « ratio nombre d’auditeurs/coût de l’émission » qui n’est pas atteint. L’émission n’est pas suffisamment « rentable » avec 600 000 auditeurs pour être maintenue à l’antenne…"

Ce ratio-là, annoncé comme tel, est juste révoltant. Il balaie au grand jour la notion même de service public et plombe pour longtemps toute tentative de création radiophonique en dehors des sentiers battus et rebattus du divertissement mainstream et du politiquement correct. Tenter, expérimenter, bousculer (les ordres établis) seraient donc des principes à ranger aux antiquités de la radiophonie. Le ratio de l'économie libérale a fait ici aussi sa basse œuvre de destruction massive. Avec l'objectif absolu de s'affranchir de l'offre pour ne plus répondre qu'à la demande. À la demande des gouvernements qui n'en peuvent plus d'accompagner la radio autrement que par des injonctions récurrentes d'économies, de rendement et de résultats tangibles d'auditorat. Pas de marges, pas de minuscule, pas d'indicible. Le ratio, juste le rationnel.

France Musique, 23h…
La valse continue ! Sur son blog de Médiapart, Jean-Jacques Birgé, compositeur de musique, écrit : "La direction de Radio France a décidé de supprimer les émissions Tapage Nocturne de Bruno Letort, À l'improviste d'Anne Montaron, Le Cri du Patchwork de Clément Lebrun, Couleurs du Monde de Françoise Degeorges... C'est tout ?! Probablement pas. La suppression des émissions de 23h semble actée, mais il y a d'autres créneaux horaires sur la sellette..." Si le directeur de France Musique, Marc Voinchet, s'explique via la médiatrice de Radio France, Emmanuelle Daviet, pourquoi cet effet d'annonce désastreux pour les producteurs concernés ? Pourquoi générer autant de stress quand les plaies et les souffrances suite à la longue grève de 2015 à Radio France ne sont ni refermées ni disparues ? Il n'y a pas de fumée sans feu… La méthode est grossière. Radio France, sûre de ses succès et de sa gloire, a choisi le meilleur moment pour donner des gages à la tutelle (Culture et Budget) et gommer tout ce qui ne rapporte pas du buzz, de la com' "positive" et de l'auditeur, au prix d'un formatage qui risque très vite de ne plus distinguer la radio publique de la radio privée. Ce jour-là pourquoi faudra t-il conserver la radio publique ? Cette dernière ayant sciemment et patiemment… scié la branche ! 


Avant le 1er janvier 1983, FR3 c'était aussi la radio !











France Bleu/France 3 : le grand mariage ou le grand ménage ?
Pourquoi tout d'un coup avant l'été 2018, les Pédégères de Radio France, Sibyle Veil et de France Télévisions, Delphine Ernotte se sont-elles mises en tête de bouleverser radio et télévision au point de mixer la radio dans la télé ? Pour élargir l'offre TV ? Assurément ! Pour, au final et à moyen terme, faire disparaître la singularité audio ? On peut le craindre. Pour ce qui les arrange les médias ont la mémoire très courte. Quand il était député (UMP/LR), Franck Riester, aujourd'hui Ministre de la Culture avait interpellé à plusieurs reprises, en audition de la Commission de la Culture de l'Assemblée Nationale, le Pdg de Radio France, Mathieu Gallet pour suggérer le rapprochement des deux entités radio et TV, France Bleu et France 3. Et qui est en charge aujourd'hui de la future loi audiovisuelle ? Le Ministre de la Culture lui-même. On voit bien qu'avec ou sans loi audiovisuelle (repoussée aux calendes grecques) l'allégeance des médias audiovisuels publics est totale. Les deux Pédégères ont annoncé de concert que la généralisation de la diffusion TV des matinales des 44 locales de Radio France est actée et serait complètement opérationnelle en 2022. Le cordon ombilical État/Audiovisuel public est solide et n'est pas prêt d'être coupé. Quant au CSA…

Du mimétisme en marche…
Depuis toujours, n'ayant pas de télévision, regardant très sélectivement quelques émissions, je me suis toujours intéressé à ce média et ai toujours lu ce qui le concerne. Dans son édition de samedi, Le Parisien, sous la plume de Carine Didier et François, Rousseau, publiait une interview de Takis Candilis, n°2 de France Télévision qui avait pour but de faire le point sur les "Émissions arrêtées, nouveautés... [et] ce que prépare France Télévisions à la rentrée". Dès le début de l'entretien Candilis annonce : "nous ne raisonnons plus chaîne par chaîne mais dans un souci de complémentarité." Aie ! Immédiatement cette phrase très lourde de sens pour la TV m'évoque la venue probable, prochaine de Dana Hastier (ex France 3) pour, auprès de Sibyle Veil, "harmoniser les programmes de l’ensemble des antennes de Radio France" .

La messe est dite. S'il n'est pas à l'ordre du jour de supprimer des chaînes de Radio France le sera peut-être demain celui de "ne plus raisonner chaîne par chaine". Adieu directrice-directeur de chaîne, responsables de programmes d'antenne et peut-être grand mix des noms historiques : France Inter, France Culture, France Musique, Fip… Avec ou sans nouvelle loi audiovisuelle la grande marche du mariage forcé radio/TV est à l'œuvre. Souhaitons qu'à l'instar de la révolution culturelle de Mao elle ne s'appuie pas sur sa doctrine "Marche ou crève" !


Fip à Strasbourg © David Marcelin













Quant aux Fip…  régionales (Bordeaux, Nantes, Strasbourg)
Dans ses rencontres avec les personnels de Fip et de Bleu en région, la pédégère de Radio France, Sibyle Veil, répète à l'envi que Fip est une antenne nationale et profitera progressivement d'une couverture RNT sur tout le territoire, sans jamais se prononcer sur les antennes régionales de la station ! Comprenne qui pourra ! Aux animatrices concernées d'attendre et voir…

À bon entendeur, salut !

Ajout du 23 mai 2019,
À 16h38, sur son fil Twitter Radio France annonce la nomination de Didier Varrod, cet animateur de France Inter qui avait fait ses débuts à la radio avec Jean-Louis Foulquier. Quelques jours après la longue grève de 28 jours à Radio France en 2015, celui qui était à l'époque directeur de la musique à France Inter, roucoule en vue de la publication en CD de la playlist de grève ! Sans honte, sans gêne et avec toute la morgue qui caractérise ce personnage

dimanche 19 mai 2019

Dimanche dans un fauteuil… d'archives, 10

Les histoires à réécouter font aussi la part belle à l'Histoire. Celle du retour à Minot est touchante car elle montre l'évolution fulgurante de la société moderne. Dans les années 60 les chercheurs distinguent et scrutent des sociétés rurales singulières (comme aussi à Plozévet en Finistère). Qu'en serait-il aujourd'hui de la singularité ? Idem pour la musique brésilienne ou la série de cinq émissions proposée par Jacques Erwan ressemble pour sa narratrice à un cours… d'université. On y apprend beaucoup de choses, y manquent peut-être l'enthousiasme et la joie propre à la musique brésilienne ?

Vinicius de Moraes















Histoire…



Musique…











À dimanche prochain, 10 h…

lundi 13 mai 2019

La disparition… ou presque, du vice Pdg d'Europe 1 !

Bien sûr il y a eu Perec et son formidable roman sans l'utilisation de la lettre "e". Celle de l'Office de Radio et Télévision Française (ORTF) en 1974 et celle des feuilles chaque fin d'automne ! Celle du vice-Pdg d'Europe 1 est plus inquiétante. Disparu ? Bien discret depuis le 27 avril par exemple où il n'a plus sur Twitter tenté, dans son style "Méthode Coué 2.0", de faire accroire à ses followers qu'"Europe 1 c'est naturel"… lement gagnant. Grâce sûrement à toutes les bonnes idées qu'il a eu pour faire une grille de programmes qui en moins d'une saison est déjà… grillée. Comme l'a très bien écrit Yann Hegann, l'ancien animateur de la chaîne, sur son compte Facebook "… peu importe qu’un dirigeant eut été un remarquable journaliste, excellent animateur ou brillant financier" encore faut-il qu'il ait le génie des programmes. CQFD. Seulement voilà, Guimier avait beau être journaliste on peut encore se demander pourquoi il pensait pouvoir prétendre à la direction de cette radio ? "Tentative de description de choses vues au carrefour"… Europe 1.

Viviane Blassel, Ivan Levaï, François Jouffa
"Radio libre" 1982-1983



















Pour remplacer Guimier on attend toujours la nomination imminente du romancier Guy Lagache… Ah non, c'est pas sûr ? Ah bon ? Pourtant après Schlesinger et Guimier, dans l'ordre des choses Lagache avait toutes ses chances. Un romancier à Europe 1 ça aurait de la gueule, non ? Des noms pour cette station il y en a eu, beaucoup (1). Des noms pour diriger aussi : Siegel (Maurice), Mougeotte (Etienne), Gildas (Philippe), Bellay (Jérôme), Elkabach (Jean-Pierre) de 1955 à 2008. Après ce fût le début du commencement de la bérézina.

Arnaud Lagardère, le Pdg actuel, propriétaire d'Europe 1 n'a sûrement pas les qualités de son père Jean-Luc qui avait acheté la belle affaire à Sylvain Floirat, industriel avisé qui pendant vingt ans (1955-1974) aura permis à la radio généraliste de la rue François 1er (Paris) de tutoyer les étoiles radiophoniques. Guimier venait à peine de naître. 

Pour ce dernier, sans doute, "refaire [du] Europe 1" consiste en un jeu de chaises musicales et à du marketing de supermarché à têtes de gondole ! Pour quel auditorat ? Les moins de quarante ans n'ont pas connu l'âge d'or. Quant aux autres ils se sont résignés ou ont fui vers d'autres ondes plus en phase avec les façons d'une généraliste. Guimier, la preuve en est faite, n'a rien inventé, rien révolutionné et surtout rien prouvé de ses capacités à diriger une grande radio avec autre chose que de l'info (2).

Le 10 mai dernier, Arnaud Lagardère au cours de l'Assemblée générale de son groupe y allait aussi de la roucoule. "Pour couper court, à nos amis des médias qui aiment bien en faire leurs choux gras, on ne vendra pas Europe1Je n'ai ni le temps ni le talent d'être l'opérationnel de la grille (3) et du plan d'affaires d'Europe 1, c'est la raison pour laquelle j'ai voulu nommer l'année dernière ou l'année d'avant Frédéric Schlesinger en avril. On a regretté que je le fasse trop tôt. Cette année je me laisse un peu plus de temps pour voir les répercussions de la grille de Laurent Guimier et on regrette que je le fasse trop tard. On est schizophrène dans le monde des médias (4). Je ne suis pas content des audiences et ça me rend d'autant plus déterminé à travailler à trouver une forme de solution. Je crois que j'ai une forme de solution sur le fond, la grille d'Europe 1, la qualité,…" (5)

De tels propos ne sont-ils pas un désaveu absolu et ne signent-ils pas la fin du match avec le coach ? Mais pendant ce temps les équipes qui font Europe1 n'ont d'autres choix que d'être dans l'expectative la plus totale ! C'est a minima de l'irresponsabilité managériale a maxima du mépris. Ni Lagardère, ni Guimier n'en sortiront grandi. Il faudra s'en souvenir si Radio France et/ou la tutelle avaient la velléité de rattraper Guimier par la manche !

Ce n'est pas par hasard que j'ai choisi la photo d'illustration en début d'article. Viviane qui avec cette émission retrouve un nom (le sien) comme le disait la promo d'Europe 1. Levaï pour sa verve à la revue de presse et Jouffa pour son éternel jeunesse, sa curiosité et ses passions musicales…

Pierre Bellemare et Sylvain Floirat à Europe 1
















(1) Abraham, Agnès, Alfonsi, Arnaut, Barbier, Bellemare, Besançon, Bigot, Biraud, Bonte, Bouteiller, Coluche, Cotta, Dabadie, Ducrocq, Filipacchi, Gildas, Hegann, Hubert, Jouffa, Julie, Kahn, Klein, Lancelot, Levaï, Maryse, Morice, Nay, Okrent, Paoli, Rouland, Simon, Soleil, Tenot, Viviane… et plus si affinités,
(2) A dirigé France Info de 2014 à 2018,

(3) Opéra Tionnel de la Grille, ça sonne bien ! Opéra, c'est son prénom ! 
(4) Maintenant il y aura jurisprudence : pour établir des grilles de programmes de radio il faudra au minimum être vice-Pdg. Patrice Blanc-Francard qui a été à la direction des programmes de 1988 à 1995 sourira sans doute…

(5) Extrait du discours de Lagardére sur une vidéo de l'AG des actionnaires postée sur Twitter le 10 mai par Anaël (@anaelgr).

dimanche 12 mai 2019

Dimanche dans un fauteuil… d'archives, 9

Ben tu penses il en faudra des lustres ! Pour quoi faire ? Redécouvrir les richesses de la radiodiffusion du XXème siècle ! Genre une époque où "Radio Podecas Tafiore" tentera de refaire de la … radio. Donc dans 5 minutes, pardon 50 ans, on redécouvrira "Les Nuits magnétiques" d'Alain Veinstein et cette source "inépuisable" de documentaires-reportages. Une véritable alternative au monopole de la TV. Un compagnonnage pour "Changer la nuit" et se faire "La belle" chaque soir…










4ème partie (introuvable sur le site des "Nuits")
https://podcloud.fr/podcast/les-nuits-de-france-culture/episode/nuits-magnetiques-la-belle-4-slash-5-1ere-diffusion-31-slash-03-slash-1983



Et autant vous dire que dans ces 7h30 de doc vous trouverez de belles pépites musicales ! Et comme dirait Otis Redding "Amen"…

À dimanche prochain, 10h… 

lundi 6 mai 2019

De l'impossibilité génétique de parler radio à la radio…

"L'Instant M", l'émission quotidienne de France Inter a le mérite et/ou l'intention de décrypter les médias. Le plus souvent le média TV et quand il s'agit de ce média-là de faire, de fait, la promotion d'une émission, d'une série, d'un plateau de débat ou d'un acteur (qu'il soit… acteur, réalisateur, dirigeant ou scénariste). En dix-huit minutes c'est un exercice acrobatique que de dépasser la forme pour s'attaquer au fond. Ben justement, le 24 avril dernier Sonia a tenté de s'intéresser "au fond" de l'œuvre de Jean-Luc Godard avec la collaboration de Frédéric Bonnaud directeur de la Cinémathèque. 

Belmondo sur fond d'affiches ciné…
"À bout de souffle", Godard 1959
















Bonnaud a d'abord usé ses fonds de culotte à France Inter (Charivari avec Rebecca Manzoni) puis avec sa bande (1), puis au Mouv' avant de partir diriger les Inrockuptibles. Devillers est donc en bonne compagnie et comme c'est une bûcheuse et qu'elle est cinéphile elle n'a pas peur de s'attaquer au monstre Godard. Vous écouterez son joli ping-pong avec Bonnaud ci-dessous.

Mais voilà au détour d'une phrase je n'ai pu m'empêcher de constater que la télévision + le cinéma + les images + Godard permettent de dire beaucoup de choses, mais sur la radio pas ? Comme d'hab' la radio sert la télévision, sert l'analyse des images et/ou du texte, mais qui et où peut-on trouver l'équivalent analytique pour la radio ? Nulle part ou presque ! Dans des revues très spécialisées, quelques festivals (2), travaux de recherche, quelques podcasts et, dans quelques archives de l'Ina. Et quelquefois… à la radio (3).

L'émission de Devillers prend toute sa saveur quand Godard dit "… on ne veut pas voir, la télévision ne veut pas voir. La télévision est mauvaise pour ça car ça part du texte et jamais des images. Donc on a besoin des images et ça fait peur". Sonia ajoute "À la télévision l'image ne sert plus à rien, on n'arrête pas d' [y] illustrer des propos". Si j'avais été dans le studio j'aurais crié (non pas "Aline pour qu'elle revienne") "Et à la radio, temple de l'écriture et de la voix, L'IMAGE À QUOI SERT-ELLE ?".

Si la télévision n'a rien su faire d'autre que d'illustrer des mots par l'image, elle a été encore plus incapable de valoriser la radio sans se servir très récemment, platement et bêtement, des images des matinales du média parlé. Ce qui a eu pour effet induit immédiat : de sur-valoriser les matinales (sondages) et de sur-valoriser les politiques qui en font le siège ! Mais qui parlera de ça à la radio ? "L'instant M" ? Pas facile pour Devillers d'être "juge et partie". Et surtout pas le site "Arrêt sur images" qui comme son nom l'indique…

Alors voilà j'aimerais beaucoup parler radio, de la radio, avec Godard car jusqu'à présent personne n'a eu la bonne idée de lui demander ce que ce média représente pour lui. Dans "À bout de souffle" Jean Seberg et Belmondo écoutent la radio à plusieurs reprises. C'est, dans les années 60 transistorisées, le média-roi au point qu'il ne peut pas ne pas être "dedans", in. Parlons-en !

Pour préciser le sens du titre de ce billet… Dans cette période de très forte mutation de la radio comment penser que celle-ci puisse à ce point être impensée par ses acteurs. Qu'elle ne soit pas mise en débats sur les ondes (au-delà de la parade de la restitution en train de se perdre dans les limbes de l'histoire)…



(1) La bande à Bonnaud, France Inter, 16h30-18h, saison 2006-2007… Une seule année pour une émission pétillante, critique et irrévérencieuse, ce qui aurait eu l'heur de déplaire à un certain Président de la République,
(2) Longueur d'ondes à Brest depuis seize ans, Trensistor à Lyon, 
(3) La fabrique de l'histoire (France Culture), La marche de l'histoire (France Inter), Radio Mémoire (Remonté/Depoux, France Inter), Les nuits magnétiques (France Culture).

dimanche 5 mai 2019

Dimanche dans un fauteuil… d'archives, 8

D'une certaine façon, Gérard Noiriel remet les pendules à l'heure sur les manifestations qui dégénèrent en revenant avec Zoé Varier dans "Une journée particulière" sur France Inter, sur celle du 23 mars 1979. Ce jour-là, la sidérurgie française lance un appel au-secours que les pouvoirs publics veulent "à tout prix" minorer. Pendant ce temps à Longwy… et à Radio Lorraine Cœur d'Acier.


Manifestation de sidérurgistes dans les rue de Paris, 
le 23 mars 1979. © AFP




Quant à Séverine elle peut être un exemple pour le journalisme, pour les femmes journalistes et pour les hommes qui sont encore très sur-représentés dans les médias… 



Et puis cet épisode de "La matinée des autres" où Francesca Piolot, avec un titre pirouette, raconte l'histoire de l'argent ou de la monnaie… 



À dimanche prochain, 10h…