lundi 30 avril 2018

68 : et si tout avait commencé avant… La publicité à l'ORTF (35/43)

En partenariat avec


Chaque lundi, jusque fin juin 2018, je vous raconte, ici, les prémices de ce qui a pu présider aux "événements" de mai 1968. Avec des archives audio radio en exclusivité, les sources de la presse nationale et régionale, les témoignages de quelques témoins précieux et… mes propres souvenirs.



Qu'est-ce qu'on se marre, mais qu'est ce qu'on se marre à écouter les débats "existentiels" de l'ORTF qui s'interroge le 10 avril 1968 sur la nécessité d'introduire la publicité à la télévision et à la radio. Ces messieurs, éminences grises, technocrates et autres affidés du pouvoir, pensent les choses "à la petite semaine" jamais de façon globale et prospective. Suivant leurs humeurs et celles des politiques qui n'imaginent pas autre chose qu'un service public aux ordres. Leur vision est d'abord administrative, étatique et hiérarchisée. La culture, la création et l'expérimentation restent "accessoires". Les saltimbanques inventent, les cols blancs régentent. Pierre Schaeffer est l'"électron libre" génial qui pousse très loin la recherche quand la majorité des décideurs souhaitent une TV de l'endormissement et de la passivité ultime.

J'ai choisi cette image des moutons parce que ce qui intéresse le plus la France Gaulliste, Pompidolienne et réactionnaire c'est la norme. NF (Norme Française). Label des labels qui fait florès sur les casseroles, sacs à déchets et autres filtres à café. Le Graal qui rassure et qui permet pour ce qui concerne l'audiovisuel public de verrouiller, calibrer, contrôler les écarts qui permettraient à une société adulte de réfléchir, d'imaginer et d'être actrice du changement. Halte danger. La télévision et la radio ne peuvent, ne doivent être, ni au service de l'émancipation ni à celui de l'éducation populaire. La formule "informer, éduquer, distraire" est le mantra qui cache la forêt du divertissement stérile. Une fois cette prière psalmodiée, envoyez "Intervilles, le tiercé et la Piste aux étoiles" et le tour sera joué ! Pompidou, devenu président de la République, peut plastronner deux ans plus tard avec sa formule "être journaliste à l'ORTF ce n'est pas la même chose que d'être journaliste ailleurs" (1). Garde à vous !

(1) "L'ORTF qu'on le veuille ou non c'est la voix de la France… Ceux qui parlent à la télévision ou à France Inter, parlent un peu au nom de la France…" Extrait de la Conférence de Presse ici,

L'introduction de la publicité de marque à l'ORTF, France Inter, Inter Actualités, 10.04.68, avec Jacques-Bernard Dupont, Directeur général de l'ORTF,

vendredi 27 avril 2018

67:68 : une autre révolution culturelle… Les shadoks (33/42)

En partenariat avec

Ici, le vendredi, jusque fin juin 2018, en complément du feuilleton "société" publié chaque lundi, je vous raconte, quelques faits marquant de "la vie culturelle" de l'époque. À travers les livres, les films, les disques qui ont marqué la révolution culturelle qui couve. Avec des archives audio radio en exclusivité, les sources de la presse nationale et régionale, et… mes propres souvenirs.



Le 29 avril 1968 à 20h30 précises un ovni télévisuel apparaît pour la première fois sur nos écrans télévisés. C'est un feuilleton imaginé par Jacques Rouxel avec la voix de Claude Pieplu. C'est pas de la radio, mais c'est quand même le Service de la Recherche de l'ORTF dirigé par Pierre Schaeffer. À cette époque (pas de télévision à la maison) mais en 1969 je croiserai cette "petite folie douce" sur un écran TV. C'est drôle et décalé mais ce n'est pas dans notre rythme d'adolescent. Après "TSF 68" le 30 mars et les Shadoks un mois après, on peut dire que ça bouillonne fort à l'ORTF, indépendamment de l'effervescence de la rue.






Les Shadoks "venaient de nulle part... et c'est là qu'ils allaient". Et cela leur prit 208 épisodes hilarants, haletants, passionnants, intelligents.L'Ina édite l'intégrale du célèbre feuilleton "Les Shadoks" qui divisa la France en deux il y a cinquante ans. (5 DVD, Durée totale : 11h 30min)

lundi 23 avril 2018

68 : et si tout avait commencé avant… La pédagogie et les étudiants (34/43)

En partenariat avec

Chaque lundi, jusque fin juin 2018, je vous raconte, ici, les prémices de ce qui a pu présider aux "événements" de mai 1968. Avec des archives audio radio en exclusivité, les sources de la presse nationale et régionale, les témoignages de quelques témoins précieux et… mes propres souvenirs.












34. La pédagogie et les étudiants de 68,
Voilà donc un temps où, à chaud (très chaud même), France Culture investissait les lieux de débats "existentiels", les "foco" aurait dit Che Guevara. On est fin avril 68, l'ambiance est surchauffée à Paris et dans les plus grandes villes de France. À Nanterre, plusieurs enseignants organisent un débat avec des étudiants. Plusieurs pavés seront lancés dans la mare de l'institution scolaire qui, et c'est le moins que l'on puisse dire, a du plomb dans l'aile. Cinquante ans plus tard "on" parle toujours de la même chose. L'institution "Éducation nationale" reste une "usine à gaz" où les expérimentations se font à la marge, jusqu'à ce qu'il soit temps de tirer la soupape.

En exclusivité et intégralité jusque fin mai
Débat à la Faculté des Lettres de Nanterre avec des étudiants (enregistré le 22 avril 1968 et diffusé le 9 mai 1968, France Culture, "Sciences  vécues". Essai de définition de la pédagogie, ses différentes formes. L'utilité des examens. Le caractère sociologique et politique de tout enseignement. Un étudiant propose d'arrêter l'émission, de faire la révolution et de parler ensuite de pédagogie. Des étudiants contestent le rapport pédagogique unilatéral actuel entre Professeurs et étudiants, demandent la suppression de la hiérarchie, de l'autoritarisme et du classement, et la destruction du système d'enseignement actuel, (note de l'Ina).



(1) Jean-Claude PAGES, Maitre de Conférence à la Faculté de Médecine, Marcel LAISNE, Professeur au Conservatoire des Arts et Métiers, Hélène BESTOUGEFF et Romain JACOUD, maîtres-assistants à la Faculté des Sciences, 

Toute une semaine de "La fabrique de l'histoire" sur Mai 68, France Culture, 
Épisode 1



vendredi 20 avril 2018

67/68 : une autre révolution culturelle… Henri Langlois s'explique (32/42)

En partenariat avec

Ici, le vendredi, jusque fin juin 2018, en complément du feuilleton "société" publié chaque lundi, je vous raconte, quelques faits marquant de "la vie culturelle" de l'époque. À travers les livres, les films, les disques qui ont marqué la révolution culturelle qui couve. Avec des archives audio radio en exclusivité, les sources de la presse nationale et régionale, et… mes propres souvenirs.

Henri Langlois
Henri Langlois et la Cinémathèque
Langlois a inventé les archives cinématographiques (1). La crise provoquée par son éviction en février 68 trouve une issue favorable le 22 avril lors sa réintégration. Deux ans plus tard dans Radioscopie, sur France Inter, on découvre la trempe de l'homme intègre et passionné par sa recherche. Chancel, son intervieweur (2), dans un système de pensée binaire qu'il affectionne, sans se départir de flagorneries appuyées, déroute Langlois qui ne s'en laissera pas conter.

(1) "En 1968, le ministre français de la culture André Malraux, qui, depuis 1958, a mis à la disposition de Langlois d'importants moyens financiers, décide de le priver de la direction administrative de la cinémathèque, tout en lui offrant la direction artistique. Au ministère de la culture, on reproche à Langlois de négliger complètement l'administration, la comptabilité et la gestion. D'être incapable de donner les informations établissant le droit de propriété de la cinémathèque sur certaines bobines. Et d'être si peu soucieux des conditions matérielles de conservation que des milliers de films se détériorent dans des blockhaus dont il refuse l'accès aux techniciens et à certains chercheurs3. Langlois est chassé de son poste et remplacé par Pierre Barbin, choisi et nommé par le ministère de la culture". (Source Wikipédia)

(2) Voir la longue série de 117 billets chroniquant les 117 Radioscopie du coffret publié par l'Ina en novembre 2015.

En intégralité et exclusivité jusque fin avril
Radioscopie, 8 juillet 1970

lundi 16 avril 2018

68 : et si tout avait commencé avant… La fin du politique (33/43)

En partenariat avec

Chaque lundi, jusque fin juin 2018, je vous raconte, ici, les prémices de ce qui a pu présider aux "événements" de mai 1968. Avec des archives audio radio en exclusivité, les sources de la presse nationale et régionale, les témoignages de quelques témoins précieux et… mes propres souvenirs.

Michel Butel (fondateur de "Lautre journal")









33. La fin du politique
Douze ans après la fin des "événements" du printemps 68, on appelle "à la barre" Cohn-Bendit, Michel Butel et André Glucksmann pour parler d'un délitement du politique qui fait florès à la fin de l'ère du libéral Giscard (1). Sur France Culture, depuis dix-huit mois un nouveau programme, "Nuits magnétiques" proposé par Alain Veinstein, offre de longs sujets ou de plus courts au début de la nuit, sur deux, trois ou quatre jours consécutifs, de vingt-deux heures trente à presque minuit.

Ce sujet, "la fin du politique" laisse entendre un ton un peu las, type oracle quand Cohn-Bendit s'exprime, la productrice (Françoise Levy, réalisateur Bruno Sourcis) n'ayant visiblement pas choisi de rendre dynamique la réflexion auprès de ces trois intellectuels (où sont les femmes ?). Dans la première partie, Cohn-Bendit (dans un monologue assez fastidieux) évoque entre autres, Plogoff (2) et reconnaît à la mobilisation populaire son engagement absolument politique.

En exclusivité et intégralité jusque fin avril
Nuits magnétiques, France Culture, 24 mars 1980, Parties 1 et 2





(1) Président de la République, 1974-1981,
(2) Commune maritime du Sud-Finistère (Pointe du Raz) où les petits génies d'EDF avaient prévu rien moins qu'édifier au pied d'une falaise en bord de mer, une centrale nucléaire alors que l'accident nucléaire de Three Mile Island (mars 1979) aurait du suffire à calmer l'ardeur des apprentis-sorciers du nucléaire français. François Mitterrand dès son élection (mai 1981) mettra fin à ce projet promis à l'Apocalypse,

vendredi 13 avril 2018

67/68 : une autre révolution culturelle… La mariée était en noir (31/42)

En partenariat avec

Ici, le vendredi, jusque fin juin 2018, en complément du feuilleton "société" publié chaque lundi, je vous raconte, quelques faits marquant de "la vie culturelle" de l'époque. À travers les livres, les films, les disques qui ont marqué la révolution culturelle qui couve. Avec des archives audio radio en exclusivité, les sources de la presse nationale et régionale, et… mes propres souvenirs.



La mariée était en noir
Le 17 avril 1968, sort le 9ème film de long métrage de François Truffaut "La mariée était en noir". La France n'est pas encore totalement bloquée par les "événements". Qui va encore au cinéma ? Les étudiants ?. Truffaut, prince de la nouvelle vague, ne va pas tarder à prendre position avec ses confrères au prochain Festival de Cannes. Et ne manque pas de soutenir Henri Langlois pour sa réintégration à la Cinémathèque.

L'archive ci-dessous vous permettra d'entendre Truffaut dans une interview pour "Le masque et la plume" évoquer son nouveau film. Dans Le Nouvel Observateur, le critique Jean-Louis Bory (membre aussi du "Masque et la plume") est élogieux : "Professeur Hitchcock, élève Truffaut, bravo. L'élève a regardé les leçons du maître, il les a assimilées. Le voici maître lui aussi. Et ce n'est que justice" (1).

L'interview de François Truffaut à 41'25" 
Le Masque et la plume, 5 mai1968, France Inter,

En intégralité et exclusivité jusque fin avril


(1) Source Wikipédia,

lundi 9 avril 2018

68 : et si tout avait commencé avant… Nanterre, la genèse du mouvement (32/43)

En partenariat avec

Chaque lundi, jusque fin juin 2018, je vous raconte, ici, les prémices de ce qui a pu présider aux "événements" de mai 1968. Avec des archives audio radio en exclusivité, les sources de la presse nationale et régionale, les témoignages de quelques témoins précieux et… mes propres souvenirs.










Nanterre : la folie, qui a commencé ?
Nanterre-la-folie est l'ancien nom de la gare voyageurs (aujourd'hui dédiée au fret). En 1988, France Culture pour une série d'été propose "Chroniques de mai", une série de sept émissions de Dominique Chagnollaud (1). La première revient sur la genèse du mouvement du 22 mars avec les témoignages (2) de ses principaux protagonistes (de chaque côté de la "barricade"). Tout s'est joué avec la rage d'étudiants prêts à en découdre face à un appareil d'État et universitaire enkysté dans ses certitudes, des procédures, des conventions, des normes sociales, des hiérarchies insupportables aux "enragés" comme aux étudiants voulant faire absolument sauter le verrou d'une société bloquée.

En exclusivité et intégralité jusque fin avril
Chronique de mai, 1er août 1988, France Culture,



(1) 2/De Nanterre à la Sorbonne : du 3 au 11 mai, 3/Étudiants et ouvriers : du 13 au 18 mai, 4/Un mouvement éclaté : du 18 au 24 mai, 5/L'apaisement ? : du 24 au 27 mai, 6/Tout est possible : du 28 au 29 mai, 7/Une fin provisoire : le 30 mai et après,

      (2) Romain GoupilJacques RémyRoland CastroAlain KrivineJacques SauvageotDaniel Cohn BenditRoger HoleindrePierre André TaguieffJacques TarneroHenriette AsseoRené Rémond,

      vendredi 6 avril 2018

      Jacques "Crabouif" Higelin… in memoriam

      Le poète meurt. La chanson remonte aux lèvres. Le chanteur fou, fan du fou-chantant Trenet. Libre. Ivre de générosité, de tendresse, de swing, de poésie et de sincérité. Higelin immortel avant même d'être mort. Présent, for ever, "Dans la salle d'attente de la gare de Nantes, j'attends…". Higelin a magnifié la chanson française avec du rock, du jazz, du blues, des rimes, du swing à la Trenet, du tempo à la Fats Waller. Une inquiétude créatrice. Une générosité sans limite. Une énergie à déplacer les montagnes ou à faire tomber les frontières… Avec quelque chose de l'enfance, intact, radieux et précieux.

      L'album Jacques "Crabouif" Higelin
      paru chez Saravah, la compagnie de P. Barouh





















      Revu et corrigé le 8 avril

      J'ai commencé au début des années 70 par ne pas supporter la voix de ce Grand Jacques-là. Mais j'ai très vite fait marche-arrière. Et tout attrapé de ce Pierrot lunaire. Sur le qui-vive de ses chansons. Je me souviens des yeux d'Adèle, réalisatrice à France Inter, pour "Y'a d'la chanson dans l'air" avec Jean-Louis Foulquier, quand elle évoquait la Fête de la Musique (la première, 1981) et un Jacques Higelin flamboyant… 

      Mais, vendredi dernier, Higelin à peine décédé, l'empressement des médias et de France Inter en particulier à vouloir témoigner dans l'urgence créait une certaine gêne même s'il était bon de se souvenir. Pourquoi cette débauche d'émissions si tôt ? Pourquoi déprogrammer "La marche de l'histoire" de Jean Lebrun après avoir consacré les vingt premières minutes du journal de 13h à l'événement ? Si Lebrun n'est pas spécialiste de chanson on peut imaginer qu'il aurait su faire témoigner les "spécialistes" ou les artistes voulant rendre hommage au poète-chanteur, avec un angle à la Lebrun !

      Idem pour l'émission du soir consacrée tous les vendredis à la chanson (1). Les artistes invités étaient sensibles, émouvants, vrais et les auditrices à l'antenne sincères et émouvantes tout autant (l'ensemble écouté en différé le lendemain). Pour autant pourquoi si vite ? Quand une amie, un copain, un parent meurt n'y a-t-il pas besoin d'un peu de silence, d'une nécessité absolue d'appréhender la séparation avec calme et recueillement. Accepter la mort c'est justement se préparer intimement à faire avec l'absence. La débauche d'archives et de témoignages immédiats bloque l'impérieuse nécessité de faire silence et de laisser remonter à son rythme les souvenirs, sans se faire imposer ceux que les médias ont choisi.

      Il en va tout autrement de la lecture de la presse. Libé samedi 6 avril a permis à la nuit de laisser remonter sa part de chagrin et d'émotions encore à fleur de peau. L'après-midi Le Monde, dans le bon tempo, accompagne la petite musique que l'on se joue depuis vendredi matin. Le long papier de Yann Plougastel m'a ému à plusieurs moments de la lecture. Je lis lentement, j'interromps quelques minutes pour penser ce que Plougastel réveille, pour ne pas aller trop vite à la fin, pour savourer encore un peu ces moments avec Jacques qui ont accompagné (ma) notre vie depuis l'adolescence.



      Et puis ce dimanche matin Antoine Sire poste sur Twitter la photo du billet de Kuêlan N'Guyen-Higelin, muse, compagne puis épouse d'Higelin, publié dans le Journal du Dimanche. Ce sont ces mots-là, écrits, qui touchent, bouleversent et permettent d'accompagner le deuil qu'il va bien falloir faire même s'il chante encore, même s'il chantera toujours cet éternel Pierrot lunaire. Lire n'est pas écouter. Lire, c'est accompagner une pensée, partager l'intime de ce que l'autre révèle, aider à trouver ses propres mots quand on pourra enfin commencer soi-même à dire au-delà d'une tristesse immédiate. Dans ces moments-là la presse écrite est indispensable.

      En douceur, depuis ce matin, j'ai commencé à écouter ses albums qui sont des marqueurs temporels d'un moment de vie "spécial" ou facilement identifiables. Pour chacun des albums d'Higelin je peux raconter l'histoire qui va avec. Ou comment bien plus qu'un chanteur et un poète il était un compagnon de route, de ma propre route musicale ou poétique, n'imaginant jamais que ce cheminent, si loin, si proche, puisse un jour s'arrêter.

      So long, Jacques…

      67/68 : une autre révolution culturelle… Pendant les grèves Paris-Roubaix continue… (30/42)

      En partenariat avec

      Ici, le vendredi, jusque fin juin 2018, en complément du feuilleton "société" publié chaque lundi, je vous raconte, quelques faits marquant de "la vie culturelle" de l'époque. À travers les livres, les films, les disques qui ont marqué la révolution culturelle qui couve. Avec des archives audio radio en exclusivité, les sources de la presse nationale et régionale, et… mes propres souvenirs.

      Eddy Merckx, Paris-Roubaix 68

      La ferveur populaire pour l'enfer du Nord
      Je vous propose un pas de côté. Alors que la tension et la pression montent en France en ce début avril 68 une grande manifestation populaire cycliste va pendant quelques heures faire diversion. Pour sa soixante sixième édition, la course magnifique captive toujours autant le public. Le dimanche 7 avril, le journal de 19h de France Inter consacre neuf minutes à l'événement. Le champion du monde Eddy Merckx a remporté l'épreuve, Poulidor est arrivé… sixième. Antonin Magne (ancien champion) directeur sportif de l'Équipe de France commente.



      Je voudrai vous donner l'occasion d'écouter un résumé fait par la télévision où le commentateur (ici l'ancien cycliste Robert Chapatte) décrit sur des images en différé ce qu'il sait déjà et voit et une création radiophonique par un maitre du genre Yann Paranthoën. Quand bien même la télévision pourrait disposer d'images en direct, ce média est toujours dans la description, l'analyse des comportements sportifs, la comparaison des résultats sur plusieurs courses et des supputations de podium à n'en plus finir.

      La radio fait la même chose (sans le support des images). Les deux médias sont dans une logique de couverture immédiate de l'actualité. 

      Journal télévisé de la nuit (2ème chaîne) du 7 avril 1968



      Mais quelque fois la radio va beaucoup plus loin et donne à voir (si ! si !) et à attendre ce que la télévision ne montre jamais et auquel la radio s'intéresse peu ou prou : l'autour. Tous les autours. De la préparation de l'événement côté sportif, côté public. De l'état de tension de la salle de presse. Des mouvements de foule. De l'ambiance au réel des bords de route ou du peloton… Des éclats de voix. Tous les éclats de voix. Et tout ça avec le son, les sons de la course. Si c'est Yann Paranthoën qui est à la manœuvre (1), le maître nous compose une symphonie où l'on se prend très vite à être dedans. Car cet inseigneur du son nous transporte d'un lieu à un autre au rythme trépidant de la course et quelquefois cahotant quand celle-ci aborde les fameux pavés. Quand les images forcent la passivité, ici, on se prendrait presque à être "actif" et comme un enfant émerveillé on ne voudrait jamais que la course s'arrête.

      En exclusivité et intégralité jusque fin avril
      "Yvon, Maurice et les autres et Alexandre, ou la victoire de Bernard Hinault dans Paris-Roubaix 1981" (Yann Paranthoën, Claude Giovanetti, ACR, France Culture, 11 juillet 1982)



      (1) Le Paris-Roubaix, qui a vu la victoire de Bernard Hinault le 12 avril 1981. Une version remontée de 45' obtiendra le Prix Italia en 1982.

      lundi 2 avril 2018

      2 avril 1974 : 21h58, Claude Villers au micro de "Pas de panique"…

      En ce qui me concerne depuis ce 2 avril-là je suis plus sensible au deux qu'au premier. Voilà l'affaire. Comme il le fait depuis septembre 1973, Claude Villers anime chaque soir "Pas de panique" une émission de deux heures sur France Inter, (20h/22h) du lundi au vendredi. Au mois d'août 73 alors qu'il prend ses vacances en Normandie, la bouchère du village au cours de sa tournée itinérante l'informe qu'il doit rappeler de toute urgence son directeur, Pierre Wiehn, à la Maison de la radio. Pour de vraies vacances Villers vit sans téléphone. Villers file à la Poste et appelle Wiehn. Ce dernier l'informe qu'il compte sur lui pour illico rentrer à Paris et préparer pour la rentrée une quotidienne avec comme comparse Patrice Blanc-Francard. Adieu veaux, vaches, cochons, couvées -Villers aime la bonne chair - et repos mérité (1).



      Ce mardi 2 avril 1974, l'émission a tenu ses promesses et le feuilleton "Le petit peintre viennois" (2) toujours aussi désopilant a continué à tenir en haleine les auditeurs fidèles à un Villers qui a créé un style à la radio et dont la voix sera une des images de marque de la chaîne… au temps de sa splendeur. En ce qui me concerne, ce soir-là, malgré ma fidélité à Claude Villers j'avais mieux à faire…

      En studio, Villers rassemble ses notes, et en pleine désannonce on vient lui apporter une dépêche AFP "Le Président de la République, Georges Pompidou est mort…" Panique en studio, Villers sait que dans quelques secondes après sa désannonce va être diffusé un message de "La ligue contre le cancer" (3). Il n'a pas d'autre solution que de faire des signes précis à sa réalisatrice Monique Desbarbat qui, peut-être juste à ce moment-là, la tête tournée quelques secondes, laissera filer l'annonce (4). Le journal de 22h va alors, pour évoquer Georges Pompidou, enfiler les perles…

      "Enfiler les perles" ? En ces temps héroïques, le soir à la Maison de la radio administrée comme… une administration, appelée méchamment "la radio d'État", (sise à Paris, XVIème) de nombreuses portes sont fermées. Pierre Lattes, l'animateur qui fait suite à Villers dans les programmes avec "Boogie" une émission de musique, court à grandes enjambées chez lui pour chercher des disques de musique classique pour remplacer sa programmation pop ! 

      Mais les journalistes sont mal, les éléments de bio et ou de nécro de Pompidou sont dans le coffre du rédac'chef et le coffre est fermé à clef. On appelle Pierre Wiehn le directeur de la chaîne chez lui, pas joignable. On appelle le directeur de la radio au sein de l'ORTF, Jacques sallebert, pas joignable. Pas plus que le rédac'chef. Les journalistes s'impatientent et veulent s'en prendre au coffre. Un vigile s'interpose. L'ambiance est très tendue. Pendant ce temps Europe n°1 et RTL font le job.

      Le rédac'chef finira par rentrer chez lui et rappliquer aussitôt à Inter. La nuit est bien avancée. Les journalistes vont pouvoir travailler le sujet. Il semble qu'après ce ratage il y ait eu une "jurisprudence" Pompidou. Dès lors (jusqu'avant l'arrivée du numérique), il y a toujours en régie une valise avec des disques classiques au cas où… (5)

      Merci aux apprentis journalistes, journalistes et autres blogueurs qui relateraient cet épisode mémorable de bien vouloir citer leur source !

      Olivier Nanteau, Claude Villers, Monique Desbarbat,
      Au temps de "Pas de panique" 1975, @Radio France























      (1) Blanc-Francard me confiera que la saison même pas commencée ils avaient tellement bossé pour la première émission qu'ils étaient épuisés…
      (2) Un certain Adolf H.
      (3) Le Président vient de mourrir d'un cancer qui le ronge depuis trois ans…

      (4) De la main droite et de l'index il simule en un geste circulaire la rotation d'une bande magnétique auquel il ajoute toujours de l'index le signe "non". Ah ! ah ! vous vous dîtes "trop fort le Fañch il devait y être pour être si précis…" ben non Claude Villers m'a raconté cet "événement" mais j'avais oublié de lui demander pourquoi il n'avait pu utiliser le "micro d'ordre" (présent en studio qui permet de communiquer avec la régie, avec aussi en régie un micro d'ordre pour communiquer avec celui ou celle au micro) qui lui aurait permis d'interrompre le lancement du message. Grâce à mes petits camarades (Guy Senaux et Gilles Davidas) j'ai donc obtenu la bonne réponse à mon interrogation… absolument existentielle à ma connaissance de la radio et de sa fabrique…

      (5) Quant à la discothèque rien n'aura changé à la mort de Claude François (11 mars 1978, un samedi) et pour celle d'Elvis (16 août 1977, un mardi). Pour ce dernier ce sont quelques auditeurs qui, à l'appel de Macha Béranger à l'antenne ("Allo Macha") sont venus apporter leurs 33 tours, permettant ainsi à Frantz Priollet (animateur) et Gilles Davidas (réalisateur) d'illustrer leur émission de nuitEn l'état actuel de mes sources je ne peux préciser le nom de leur émission d'été mais je porterai l'information… sourcée début juillet !

      68 : et si tout avait commencé avant… L'assassinat de Martin Luther King (31/43)

      En partenariat avec

      Chaque lundi, jusque fin juin 2018, je vous raconte, ici, les prémices de ce qui a pu présider aux "événements" de mai 1968. Avec des archives audio radio en exclusivité, les sources de la presse nationale et régionale, les témoignages de quelques témoins précieux et… mes propres souvenirs.


      17 mars 1965, Martin-Luther King à Montgomery
      (Alabama) ©AP


















      Quelquefois l'absence ! Pourquoi je n'ai absolument aucun souvenir de l'assassinat de Martin Luther KIng le 4 avril 1968 ? Le mercredi 3 avril c'est le début des vacances du "Groupe B" (aujourd'hui zone B). Je ne me souviens pas avoir quitté la Bretagne pour ces vacances-là. J'ai du, comme je l'évoquais dans un précédent billet, passer mes journées à la Maison des Jeunes et de la Culture. Mais là, pourtant, dans notre "foyer" d'éducation populaire, l'assassinat du pasteur noir, prix Nobel de la Paix avait sûrement été mis en avant mais il semble bien que je sois passé à côté. Vide intégral. Aucune image, aucun article de presse, aucun souvenir de discussion avec des adultes. À la maison je ne pouvais rien attendre d'une quelconque conscience politique ou militante. C'était "Waterloo morne plaine" à tous les étages.

      Pour écrire ce billet (hier) j'ai tenté me remettre dans le contexte. Le dossier spécial du Monde publié samedi allait bien m'y aider. Dans ce n°Nicolas Bourcier écrit : "Le 18 février 1957, King fait la "une" du Time. "Son plus grand génie est d'avoir su traduire en paroles, les aspirations des masses. King a transformé une bataille de siège de bus [celui de Rosa Parks, ndlr] en une guerre contre tout le système de ségrégation" constate Anne Braden, figure des mouvements civiques."

      Il y a déjà plusieurs semaines, pour cet événement, j'ai volontairement choisi une archive de France Culture qui, à l'époque, n'était pas une chaîne d'information centrée (obnubilée) sur l'actualité. On entendra comment à travers une de ses émissions quotidiennes "D'un jour à l'autre" (19h30/20h) France Culture avait son ton particuier pour réagir à chaud à un événement de portée mondiale. Les producteurs (Jean Chouquet, Hélène Tournaire) essayent de prendre du recul, de dépasser le constat, de s'affranchir de l'envoyé spécial (dont la chaîne ne disposait pas) et de contextualiser la question raciste aux États-Unis. Le peu d'effet de surexcitation dans la parole surprend (1) mais incite à l'écoute plus qu'à subir la société du spectacle dont la radio est devenue un des acteurs essentiels.

      En exclusivité et intégralité jusque fin avril

      (1) Quand la radio a décidé de hurler et de vociférer, par exemple pour la mort de David Bowie, France Culture n'y a pas échappé, avec la même frénésie ridicule que France Inter,

      28 août 1963, © AFP


















      En ce mois de mars 2018 (et avril maintenant) il y a des mots, des tous petits mots qui font mouche. Martin Luther King avait un rêve. Pierre Wiehn (2) a, en septembre 2016, devant un parterre d'auteurs pour la radio, demandé à l'assemblée réunie à la Scam "Et le rêve dans tout ça ?". Toujours à la Scam, mercredi dernier, Michel Le bris, Président du Festival Étonnants Voyageurs, évoquait un auteur (russe je crois) qui affirmait "Nous manquons de rêveurs"… Ça commence à faire beaucoup de besoin de rêves ! Sylvie Gasteau a produit en janvier 2014, un documentaire sur les variations autour du fameux discours de Martin Luther King et sa vision d'un avenir meilleur pour la condition humaine et celle des noirs en particulier.



      (2) Directeur de France Inter 1974-1981.