jeudi 23 juin 2016

La France radio en deuil…

Ouvrard















- Tu sais quoi ?
- Non !
- Il n'y a plus de directeur de la musique à France Inter !
- Hein ? Non ? Y'avait un directeur de la musique à Inter ?
- Ben je veux mon n'veu et un balèze !
- Un balèze ?
- Hey, le gars c'est lui qui avait créé la chanson française !
- Non ? À lui tout seul ? 
- Pas moins !
- Rina Ketty ?
- Bien sûr ! Et Maurice Chevalier, Ouvrard, Edith Piaf, Barbara, Mouloudji, Julien Clerc, Brel, Brassens, Ferrat, Alain Barrière, Françoise Hardy, Demis Roussos, Hervé Vilard, Serge Lama, Ringo, Reggiani, Zaz,…
- Ah Zaz aussi et… François Valéry ?
- Bien sûr "Aimons-nous vivant" c'est lui ! Et Christine and the queens, Vianney, Florent Pagny…
- Et Ferré ? 
- Pas Ferré. Léo c'est un seigneur, il conchie ce genre de bateleur à deux balles !
- Et Sheila ?
- Bien sûr. Bon, mais là il était très jeune…
- Et c'est lui "la playlist de grève" ?
- C'est lui
- C'est pas glorieux…
- …
- Mais alors pour la chanson française c'est une perte énorme ? La bérézina ! Le blitzkrieg ! Le début de la fin ! Le retour aux enfers ! La fin d'un monde ! L'apocalypse !
- N'exagérons rien !
- Comment as-tu appris ça ?
- Par la bande…
- La bande originale ?
- Non lui c'est un mariole ! Non, non par la bande. Dans un hebdo !
- Ah ben dis-donc et il dit quoi le Créateur ?
- Ben des salamalecs, qu'il ne voulait pas cumuler, qu'il revient aux origines…
- Aux origines du monde ?
- C'est ça avant Bloch, Schlesinger, Gallet et même J.C.
- Jésus-Christ ?
- Non, Jacques Chirac !
- En fait on le vire ? 
- De ce poste ronflant pour ego surdimensionné…
- Mais qui va le remplacer ?
- …
- Tu ne sais pas ?
- …
- Non ne me dis pas qu'il est…
- Si
- Non ?
- Si
- Pourtant ya un gars à Culture qui pourrait faire l'affaire !
- Ah bon ? Qui ?
- Couturier
- Couturier ? Le gars qu'a l'air mais qu'à pas la chanson ?
- C'est ça !
- Mais tu crois qu'il pourrait remplacer le phénix des hôtes de ces bois ?
- De ces bois je sais pas ! Mais pour enfiler les perles et réciter son cathéchisme il est champion !
- Ça suffit pas ! Il faut être introduit…
- Il s'introduira. Pour ça aussi il est champion. Il s'introduit facilement dans la pensée des autres, il touille, il crache dedans et il en fait du yaourt !
- Du yaourt ? Mais nous on veut de la musique à Inter pas du yaourt !
- Pas de problème ! Il rajoutera des fruits et du coulis de fraise…
- Alors s'il fait ça il est sur la bonne voie ! Et de la guimauve aussi ?
- Bien sûr de la guimauve, du sucre, un peu de sel, du poivre, des épices, et surtout un truc indispensable…
- Quoi ?
- De la suffisance ! De la bonne grosse suffisance qui dégouline, qui colle, qui se boursoufle et même qui se dégueule… Tu vois ?
- Je vois, c'est tragique !
- La société du spectacle, rien moins. Avec la morgue en plus ! La morgue qui vous sort de la bouche en un filet ininterrompu, jaune et acide, pestilanciel…
- Mais c'est déguelasse ?
- C'est dégueulasse !
Rideau

jeudi 16 juin 2016

Place de la République… Place à prendre

Place de la République, Paris, juin 2016 ©Gilles Davidas
















Ça démarre, ça commence… Quelques traces, quelques mots pour tourner autour. Et puis cette façon de dire "République, Place de". Clémence Gross et Julie Beressi ont refait l'histoire de cette place parisienne qui, depuis le 31 mars vibre. "Comme une sœur que l'on aime", "Place à prendre" (1). 280m x 120m.

Un architecte décrit la situation physique de la place, ses fonctions, sa localisation dans "trois arrondissements aux sociologies particulières". Clémence et Julie nous installent dans la Place. A place to be. Pourquoi elle est devenue, focale, vivante, rassembleuse ? Pourquoi elle vit de ses passages, déambulations, traversées ? Clémence et Julie tissent et métissent le lieu d'autant mieux qu'on en a une représentation physique. On marche avec. Et on se prend en pleine poire, comme si on y était, ce slogan d'un SDF "Ils nous ont promis la lune, on a même pas vu une étoile".

On monte en tension, en humanité, en rage. Latente et étouffée. En cris. En foule. En manifestations. En slams. En poésie. (Tous poètes, Léo. Tu serais fier.) La statue de la République des frères Maurice est dans l'axe du boulevard Voltaire. Mais comment s'y taire ? "Liberté, Égalité, Fraternité". Lila nous explique le sens de ces trois mots. La vérité sort de la bouche des enfants! (Si les adultes voulaient bien les écouter).


Place de la République, Paris, juin 2016 ©Gilles Davidas

















Après 76 jours de #NuitDebout, sur la Place (2), Gross et Beressi ont su prendre de la hauteur (et de la profondeur) pour nous dire ce lieu. Nous le dire c'est, une fois encore, bien mieux que le montrer. Nous le dire c'est raconter par l'événement comme par les traverses, les histoires, les strates, les mémoires. Populaires et académiques. Ensemble. Croisées (3). Tricotées. Détricotées.

Le doc de Clémence Gross et Julie Beressi est émouvant, parce qu'à l'écoute de la Place depuis 76 jours, il nous manquait ce regard (cette écoute) dans tous les sens de l'histoire. Ce regard aiguë, curieux, global et détaillé. Ce regard qui fait le sel d'un documentaire. En fait un écrin précieux pour la mémoire. Pour l'histoire. Pour y revenir avec la certitude d'y retrouver un peu de sa propre histoire. Avec ses joies, ses peines, ses histoires, ses illusions, ses désillusions. 

Un documentaire à la radio c'est bien plus qu'une émission de radio. C'est un objet sensible. C'est précieux et indispensable. Comme un livre. Comme un film. Comme un journal intime. Où l'on écrit comment on est bouleversé. Merci alors, Clémence et Julie, d'avoir réussi ce bouleversement-là. Avec autant de tact et de tendresse.


Place de la République, Paris, juin 2016 ©Gilles Davidas
















(1) France Culture, "Sur les docks", ce soir 16 juin 2016, 17h
(2) Du 1er avril au 15 juin 2016,
(3) "Le Lion représentant le peuple" d'accord. Mais, j'ai envie de dire "C'est pas des lions qui nous représentent".



mercredi 15 juin 2016

France Inter : grille, grillons, grillé…





Le bouffon
On commence par un tartuffe qui, s'il a de l'esprit, n'a visiblement pas l'"esprit Inter". Cet animateur grossier pour ne pas dire gougeat croit faire un bon mot au micro de Jean-Marc Morandini (Europe 1), jeudi 9 juin (1)  pour faire savoir, à qui voudrait l'entendre, que son statut au sein de la radio publique serait celui de bénévole ! Le fat ! Le petit joueur ! Le minable.

Mais c'était sans compter sur l"'esprit frondeur" de Charline Vanhoenacker et sa bande, (et plus si affinités) qui, elle, n'avait pas oublié les paroles de "SOS Ethiopie" de 1985 pour fustiger le cabot qui aurait mieux fait de tourner sa langue sept fois dans sa bouche avant de pérorer ! Allez prends-ça vilain et ne la ramène plus !

(1) On reconnaîtra ci-dessous en début de vidéo le rire du camelot d'Europe 1 qui se gausse des propos navrants du petit joueur,




La discrète
Et puis Laurence Bloch, la très discrète, directrice de France Inter monta au filet dans un entretien au Monde (12 juin) et nous livra quelques lifts et autres revers dont elle entretient un jaloux secret. Revue de détail. Sur le départ de Pascale Clark : "J'ai compris que les preuves d'estime que je pouvais lui donner ne seraient jamais suffisantes… Alors, oui, c'est une rupture. Mais elle reviendra quand je ne serai plus là…" Ah bon ? Cet oracle semble lourdement chargé de sous-entendu et de… passifs.

Sur l'offre musicale : "La soirée du vendredi sera consacrée à la chanson francophone, au live et aux nouveaux talents, sous la conduite de Didier Varrod, qui quitte, dès lors, sa fonction de directeur de la musique." Grillé ! Dès lors ? Disons un "dès lors" à retardement alors, car Didier Varrod a beaucoup pris le micro depuis qu'il a été nommé "Directeur de la musique" à France Inter en septembre 2012, faisant fi d'une bonne pratique, qui voulait à Radio France, qu'un directeur ne cumule pas sa fonction avec celle de l'antenne. Ceci n'empêchant pas de s'interroger sur le bien fondé et la nécessité d'une telle fonction sur Inter.

Sur les changements et les économies : "J'ai tranché la question des économies radicalement, en décidant de faire de la multidiffusion à partir de minuit. La richesse de nos programmes nous le permet." "Tranché" est le bon terme. Quant à la richesse des programmes OK ! Mais que dire de l'abandon et de la perte de création des programmes de nuit, qui eux aussi faisaient la "patte" d'Inter, sinon que de déplorer une telle attitude "tranchée" ?






















La grille d'été (2 juillet-28 août)
Je pourrais vous refourguer mon antienne qui déplore, d'été en été, depuis une dizaine d'années, l'absence définitive de tentatives, d'expérimentations et de risques pour tenter l'été ce qui pourrait surgir dans la grille l'hiver. Le laboratoire, le tâtonnement expérimental a fui cet "esprit d'Inter" qui a œuvré des années 60 aux années 90 et révélé combien de talents. La grille de cet été est sage, policée, sans aucune aspirité pour venir surprendre les oreilles de l'auditeur qui aurait le droit de "bouger" ses habitudes. Mais le syndrome de la "fidélisation/audimat à tout prix" empêche les responsables de tenter l'aventure et le dépaysement, synonymes même de l'été.


Outre les rediffusions nombreuses et quelquefois pertinentes : La marche de l'histoire (13h30/14h, lundi au vendredi), Very good trip (rediffusions et live, 17h du lundi au vendredi), "Sur les épaules de Darwin", Jean-Claude Ameisen (samedi, 11h) Rendez-vous avec X (13h20/14h, le samedi), nous tenterons curieux d'aller y écouter là :
• "Ça va pas la tête", Ali Rebeihi, 9h/10h, lundi à vendredi (comme à l'été 2015),
• "Back to back ", Mélanie Bauer, ou quelques classiques de la chanson,
• "Histoire(s) d'un soir", Giulia Foïs, 21h/22h, juillet
• "On se fait un cinéma", Guillemette Odicino, 21h/22h, août (heu, Guillemette; le langage populaire disait "on s'fait un ciné" !)
• "Terres d'alliances", Alexandre Heraud, 16h en juillet et août, où le globe-trotter a repris du service de par le monde entier,
• "Interclass", 20h/21h en juillet, (2)
• "Les soirées de l'été", 21h/23h, juillet et août, où "de la musique avant toute chose"…




Bon ben on pourrait dire que, comme le titre "les soirées de l'été", la grille d'Inter manque de fantaisie et d'allant. En collant à l'heure près à la grille d'hiver elle ne laisse place à aucune surprise, au point que l'oreille aura peut-être un peu de mal à se sentir en été. France Inter n'ose plus "faire un pas de côté", n'ose plus décaler, quand on aurait absolument besoin de changement et de soleil après un si long et rude hiver.

(2) "De septembre à juin 2016, cinq équipes de France Inter, constituées de producteurs et de journalistes sont allées travailler avec cinq classes de 4ème et 3ème de lycées différents. Au total ce sont 180 personnes mobilisées, des allers/retours constants entre France Inter et les collèges avec pour objectif la fabrique d'une série de magazines diffusée cet été" (Communqué de France Inter)

vendredi 10 juin 2016

L'O.R.T.F. est morte, vive l'HO.R.T.F.

Capture d'écran, journée de travail, LR
















"Les Républicains" l'ont affirmé et défendu lors de leur "Journée de travail sur la culture, la création, le patrimoine et la communication" du 9 juin dernier, l'audiovisuel public français doit être rassemblé pour créer une "BBC à la française". Cette appellation fait florès depuis plusieurs mois, depuis que plusieurs parlementaires : Jean-Pierre Leleux (1)(sénateur LR), Franck Riester (député LR) et Éric Woerth (député LR), à l'appui de rapports et de tribunes médias, jettent les bases d'une réforme radicale de l'audiovisuel public qui, pour leurs auteurs, n'aurait pas su  :
• S'adapter à la révolution numérique,
• Faire fructifier les énergies de ses différents acteurs,
• Maintenir un lien fort avec les français.

Nicolas Sarkozy et Éric Woerth parlent de "holding", dont l'objectif ne serait pas de réaliser une fusion des différents acteurs de l'audiovisuel public : Radio France, France Télévisions, Institut National de l'Audiovisuel, France Média Monde, - et très certainement Arte -, mais d'organiser une gouvernance commune que les parlementaires les plus au fait, pré-nomment déjà "France Médias".

Cette journée de travail abordait, pour l'audiovisuel public, tant les questions de financement que de gouvernance. Pour les financements, la question est posée du maintien ou non de la CAP (Contribution à l'audiovisuel public), de la suppression totale de la publicité pour tous les opérateurs publics, et du "gisement d'économies" par l'optimisation, entre autres, des emplois rassemblés sous la même bannière publique. Rappelons que Franck Riester avait, en 2015, lors d'une commission Culture à l'Assemblée Nationale, interpellé Mathieu Gallet, Pdg de Radio France, sur un rapprochement possible de France Bleu et France 3. Gallet s'étant bien gardé de répondre à la question.

Pour garantir l'indépendance de l'audiovisuel public les parlementaires font plusieurs préconisations : 
• Déconnecter l'audiovisuel public du "pouvoir du Ministère de la Culture",
• Revoir la composition d'un conseil d'administration (de la holding) à qui il appartiendra de répartir la CAP (Contribution à l'Audiovisuel Public),
• Retirer au CSA la nomination des Pdg de l'audiovisuel public. Tâche qui pourrait être dévolue, soit au Conseil d'Administration de la holding, soit à une Commission parlementaire publique (lire : et non à huis clos comme le pratique le CSA),


















On est donc passé, en quelques semaines, d'un retour à la méta-structure type ORTF, appelée "BBC à la française" à une holding qui pourrait laisser une part d'autonomie à chacune des sociétés qui la composerait (et seraient présentes sur une plateforme commune accessible sur tous les supports). On imagine bien toutefois le méga-bouleversement que provoquerait une telle réforme… de structure, ne serait-ce que par :
• la redéfinition des missions de chacune des sociétés concernées dans un principe de globalité, 
• la mise à l'écart de doublons, voire de triplons,
• la reconnaissance de facto de l'échec de la loi de 1974 qui entérinait l'éclatement de l'ORTF et la création au 1er janvier 1975 de sept sociétés indépendantes.

On aimerait alors que ces parlementaires, et d'autres, si prompts à faire l'inventaire des politiques qu'ils ont eues à subir, s'engagent, avant de décréter "Le grand soir de l'audiovisuel public" à faire l'inventaire de quarante années consécutives d'individualisme audiovisuel où, "chacun dans son coin" a pu dans ses fulgurances, délires et autres "visions prémonitoires" détricoter méthodiquement ce fameux "lien des français avec leur audiovisuel public" que Les Républicains entendent bien, eux, reconstruire.

Je ne doute pas un seul instant que nombre de ces parlementaires (tous nés avant 1974) aient un peu trop facilement oublié que, moins de 85 jours après son élection, le Président libéral, Giscard d'Estaing, avait sonné le glas de l'ORTF, aux prétextes fallacieux et doctrinaires que les "rouges" tenaient la radio et la télévision. Quarante ans plus tard le bilan est sans appel. L'échec est patent. La dépense a été exponentielle et les résultats bien médiocres.

Alors oui, si l'ORTF est bien morte, gageons que l'HO.R.T.F. (Holding de Radios et Télévisions Françaises) ne soit pas instituée au titre de l'idéologie politique mais bien à celui de la création audiovisuelle. À bons entendeurs, salut !

Ce billet a été publié dans l'édition du jour du Huffington Post,

(1) Auteur avec André Gattolin du rapport "Pour un nouveau modèle de financement de l'audiovisuel public : trois étapes pour aboutir à la création de "France Médias" en 2020", 29 septembre 2015,

Après la RTF, le nouveau statut de l'ORTF en 1964 : ou les "délires" d'Alain Peyrefitte, ministre de l'information du Général de Gaulle. À écouter absolument ! Certains reconnaîtront, au micro un certain Elkabach !



Naissance de L'ORTF (25 juillet 1964), ou l'autorité de l'État… restaurée


mardi 7 juin 2016

De fars en phares…

Les Pierres Noires, Nord Finistère
© Jean Guichard


























Loupé la marée ou la relève…
Pour écouter le p'tit doc de Léa Minod sur le solitaire du Phare de Tévennec (entre Sein et Molène). Diffusion le 28 avril dans "L'Humeur Vagabonde" sur France Inter,






Un autre genre de far…





















Cordouan, le dernier gardien
Avec Jean Paul Eymond et France Culture

Cordouan, aller-retour 
Avec Le Hors (Yves), Rosset (Christian), Teste (François),

Histoires de phares
Dans un beau livre




Le phare des Roches-Douvres, 
Yann Paranthoën

L'édition des deux CD par Ouïe/Dire

lundi 6 juin 2016

Virale toi-même (la radio) !




Le 2 juin, InaGlobal nous proposait un très long et très intéressant papier : "Avec la vidéo la radio devient virale". Enthousiaste, l'article n'échappe pas à quelques lieux communs ou affirmations qui demanderaient à être étayés. De la même façon la citation de chiffres astronomiques d'audience laisse perplexe… À moins de définitivement se ranger dans la mesure du chiffre, qu'un Médiamétrie ne tardera pas à imposer (lire : vendre). Qu'en sera-t-il alors des émissions de radio… non filmées ? Mais avant de tenter quelques pronostics revenons sur quelques points de cet article.

Christophe Israël - ©RF/Claude Abramowitz

















"Christophe Israël, directeur délégué aux nouveaux médias de France Inter, "même les plus réfractaires consentent à penser que c’est un mal nécessaire [la radio filmée, ndlr] dans un univers numérique hautement concurrentiel où la vidéo est omniprésente."
Déjà je ne comprends pas la formule passe-partout "mal nécessaire". C'est un bien pour les audiences. C'est bon pour la renommée de la chaîne, de l'émission, des producteurs. C'est sanctifier "la petite phrase", le "bon mot", le lapsus, la faute de goût, l'absurdité, le ridicule. C'est entrer dans le bal de l'effet immédiat et du jetable. C'est l'incitation à, définitivement, tout le temps, "passer à autre chose". C'est le tonneau des Danaïdes versus 3.0. C'est utiliser ce "bruit" comme amplificateur au détriment souvent de l'analyse un peu plus poussée et dont personne n'a plus envie. Pas plus l'émetteur que le récepteur d'ailleurs. (1)

"Pour le directeur du numérique à la Maison de la Radio [Laurent Frisch], il n'y a pas de réelle opportunité pour France Culture, hormis lors de la matinale, quand un invité de renom s’exprime."
On peut mesurer très vite les effets éditoriaux d'une telle affirmation péremptoire. Si, donc, France Culture ne peut compter pour sa viralité que sur sa matinale, et seulement quand celle-ci accueille des invités de renom, ne sera t-elle pas alors incitée à ne plus recevoir que des renommés, les mêmes qui défilent déjà partout ? Voilà, par la formule définitive d'un cadre persuadé de détenir LA vérité, mis à terre, des années d'efforts de la chaîne culturelle pour se banaliser, ressembler vaille que vaille à France Inter (2), . 

Laurent Frisch © Claude Abramowitz/RF

























Deux exemples permettent de comprendre le "tâtonnement expérimental" à l'œuvre à Radio France. L'émission d'Augustin Trapenard, Boomerang, sur France Inter, n'est pas filmée. Quelques lives impromptus d'une chanteuse, d'un slameur, d'une comédienne ou d'un artiste sont extraits et postés sur Dailymotion ou You Tube. Cela participe de la viralité de l'émission sans imposer l'émission dans son entier. A contrario "L'instant M" de Sonia Devillers a aussi trouvé son audience en vidéo, à tel point que la semaine dernière, la journaliste a du prévenir ses auditeurs de ne pas s'acharner sur le player vidéo qui, ce matin-là, ne fonctionnait pas (3).

"L'instant M" par son actualité, ses invités "dans l'air du temps", ses sujets du moment a tous les ingrédients de la viralité. Voilà bien l'émission qu'il fallait filmer. Et qui, de fait, en moins de deux ans est entrée dans la grande cour des médias. La qualité de l'émission y est pour beaucoup. Là l'image "ne gâche rien" pour confirmer et asseoir l'audience de L'Instant M (4).

L'article de William Demuyter se conclut ainsi "La vidéo n’est donc pas un simple gadget radiophonique. Elle s’inscrit au contraire dans une stratégie de dissémination des contenus sur le web, à laquelle toute radio doit songer pour être en phase avec les nouveaux usages de consommation. Aspect essentiel de la convergence des médias, où chaque média produit à la fois de l’écrit, de l’audio, et de la vidéo, la radio filmée doit aller de pair avec une politique de contenus et une éditorialisation particulières."

Antoine Bayet


















Quid alors pour France Culture, France musique, France Bleu, Mouv' "pour être en phase avec les nouveaux usages de consommation" ? Il faudra sûrement dépasser les assertions de M. Frisch et, (re)penser ces nouveaux usages de consommation, au-delà de cette sacro-sainte image qui renforce l'influence du "téléspectateur", qu'il faudra maintenant distinguer du "radiospectateur", comme l'analyse très bien le point de vue de Jean-Claude Guillebaud, cité par InaGlobal.

Quant à la généralisation de la radio filmée voilà une affaire enterrée. Le filmage de la radio servira à faire l'évènement, l'amplifier, le décupler pour ce qui concerne l'"actualité". Que ce soit de l'information ou du divertissement. Bon nombre d'émissions de radio conserveront un statut audio, jusqu'à ce que, gagnées elles aussi par l'événement et l'actualité immédiate, l'image "à tout prix" leur fasse changer de statut. 

Qu'il sera drôle ce temps ou des enfants découvriront hagards qu'il existe des voix sans image et des émissions entières sans visuel. Un peu comme autrefois quand l'image du téléviseur pouvait disparaître plusieurs minutes, laissant un écran noir, inerte, les voix suggérant alors des images invisibles. Quand la radio, de tout temps, a, elle, suggéré et sublimé à l'écoute des seules voix, un imaginaire fantastique et incommensurable.

Lire aussi l'interview d'Antoine Bayet, de Frank Lanoux, de Christophe Israël.

(1) Sauf une poignée de Mohicans dont vous faites partie mes chers auditeurs !
(2) On comprend mieux pourquoi d'Arvor (Olivier Poivre), ancien directeur de France Culture, voulait absolument recruter le comique Stéphane de Groodt qui, chaque jour, aurait trouvé sa place sur les rézo zoziaux…
(3) Devillers a absolument intégré la captation vidéo par ses attitudes physiques et sa posture affirmée "face caméra", ce qui n'est pas le cas par exemple de sa remplaçante, Charline Roux,

(4) Et dépasser, depuis le dernier Médiamétrie (avril), l'audience à la même heure de "Le grand direct des médias" de Jean-Marc Morandini sur Europe 1.

dimanche 5 juin 2016

France Musique : grille d'été…


























"Comme une légère brise qui rafraîchit, caresse et enivre, France Musique est douce et joyeuse". C'est dit ! Et c'est Marc Voinchet, le directeur de la chaîne, qui le dit pour présenter les programmes qui vont courir l'antenne du 4 juillet au 28 août. Comme un pas de côté à la frayeur, au bruit, à la folie perpétuelle du monde. C'est tentant. Les amateurs de festivals trouveront leur compte chaque soir en direct à 20h sans bouger de leur fauteuil de prédilection, de leur jardin suspendu ou de leur igloo d'été.

On guettera "La matinale" qui, sans autre titre, devra coller à la promesse annoncée par Voinchet et nous porter vers quelques légèretés indispensables au rythme décalé de l'été. J'ai noté dans ce set de deux heures (7/9), deux chroniques : "Le marque-plage" de Christophe Bourseiller en juillet et "1936, congés enchantés" de Juliette Livartowski. Deux longues plages (oh ! oh ! subtil Fañch) ponctuent, en semaine, la journée. Le matin de 9h30 à midi "Couleurs d'été" et l'après-midi, de 14h à 17h "Objectif sieste". 


C'est écrit dessus !











Gageons qu'au cours de ces périodes nous puissions entendre quelques chansons qui viendraient nous rappeler, s'il en était encore besoin, que c'est l'été… Et la cigale ayant chanté, chantons donc puisque France Musique s'engage à réenchanter ce monde qui, pour faire écho à son slogan, a besoin de musique.

Comme maintenant depuis des années, nous allons pouvoir retrouver cet été les compères de l'Easy Tempo, Thierry Jousse et Laurent Valero. Mais séparés… Valéro en juillet, Jousse en août pour 2h de "Retour de plage", de 18 à 20h. Et là on peut imaginer que les coktails des maîtres es-ambiance seront non seulement bien frappés, mais bien plus encore, dans le ton de ces "happy hours" que nous ferons tout pour alanguir et étirer le plus longtemps possible.




Voilà pour moi le prototype du rendez-vous radio. Incontournable. Qui vous impose absolument d'adapter votre propre emploi du temps à ces maestro du tempo. C'est en tout cas ma façon de procéder. Et tant qu'à me préparer à surfer sur ces moments enchantés, me vient une idée : et si à la rentrée ces deux heures d'happy hours étaient animées par le duo Jousse/Valero ? Mais non, je rêve, l'affaire est sûrement déjà calée. Pourtant c'était une bonne idée, non ?

Ajoutons le retour de Marcel Quillevéré pour un "Carrefour des Amériques"(17h, en juillet et août) à la découverte des grands compositeurs cubains de musiques classiques et populaires. Vous êtes prévenus ! Reste qu'il nous appartient maintenant, à nous auditeurs, de composer notre été, avec les grilles des autres chaînes de Radio France… Nous en reparlerons. À chacun toutefois ses incontournables. Choisis ta plage, camarade ! Et bon été…