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Orson Welles à la radio… |
Un mois de recul ne pouvait pas (me) faire de mal. Je n'ai pas beaucoup plus dormi, j'ai lu, écouté la radio et pris la décision de changer de rythme d'écriture (mais pas de rythme d'écoute). Depuis Juillet 2011, j'ai écrit tous les jours sur la radio (sauf le samedi depuis septembre 2013) et laissé venir le millième billet. Vous, chers lecteurs/auditeurs, vous m'avez suivi et stimulé. Ce que j'écrivais chaque jour, je vais le "ramasser" une fois par semaine dans un genre de "bloc notes" pour : revenir sur un événement, une écoute, un point de vue ou anticiper ce qu'il ne faudra pas louper dans les jours à venir.
Continuant à croire aux rendez-vous à heures et jours fixes, je publierai le lundi matin à 8h30 et proposerai une mise à jour le vendredi matin à la même heure. Je ne m'interdis pas bien entendu d'écrire quand j'en ressentirai la nécessité. Et puis, franchement, j'ai envie de sortir de la "nasse" dans laquelle je m'étais enfermé même si cela m'a procuré beaucoup de joies et surtout un formidable apprentissage de l'écriture.
Écrire sur la radio, c'est à la fois écrire sur son actualité tout en ayant toujours en tête que derrière il y a une histoire faite par des femmes et des hommes, des voix inoubliables, des archives et des émissions qui n'en finissent pas de laisser une trace indélébile quand d'autres rejoignent les oubliettes. En écrivant ce billet je pense que dans dix jours Mathieu Gallet, nouveau Président de Radio France va prendre ses fonctions, dans une quinzaine France Inter réintégrera la grande maison et quittera "Mangin" et que, d'ici l'été, une fois les dirigeants de chaînes publiques nommés et le n°2 aux commandes (1) la comète Radio France va faire beaucoup parler d'elle. Nous en reparlerons.
Comptant sur votre fidélité de lecteur, je nous souhaite de belles écoutes à venir et de belles histoires pour enrichir l'Histoire de la radio. À bon entendeur, salut…
(1) Frédéric Schlessinger, ex-directeur de France Inter, pressenti pour être le "directeur général" des antennes
Le fait de ne plus écrire permet aussi de s'attacher à l'écriture des autres. En avril, "Bleu autour" publiait "Notre Chanel" de Jean Lebrun. Oui le Jean Lebrun de la radio. Et nous voilà embarqué dans une belle histoire. L'histoire d'une passion pour un sujet : Mademoiselle Chanel. L'histoire d'une fidélité : à Bernard Costa, le compagnon de Jean Lebrun. L'histoire de l'histoire : où comment Lebrun conteur dit ce qu'il cherche, trouve, dit comment il trouve, rebondit, poursuit "leur" quête, se raconte et tisse au fil du récit plusieurs histoires qui n'en font qu'une.
Même si ce livre ne parle pas, comment ne pas y entendre la voix de Lebrun, celle qui nous accompagne, peu ou prou, depuis une bonne trentaine d'années sur les ondes de la radio publique. Avec la voix, on retrouve aussi le style, le jeu de la recherche, des questionnements, le jeu d'avoir, par des chemins escarpés, trouvé ce que l'on cherche et même ce que l'on ne cherchait pas. Lebrun, peut-être à son corps défendant, ne peut pas se refaire. Il est historien, habité par sa recherche, attentif et soucieux au détail, artisan du puzzle qu'il faut en permanence construire pour voir petit à petit la figure de Mademoiselle prendre une autre pose que celle que l'imaginaire collectif avait fini par imposer à la légende. L'icône est là, mais Lebrun et Costa ont décidé de nous la faire regarder par un autre bout de la lorgnette.
La quatrième de couverture parle de road movie et c'est bien de cela dont il s'agit. Les "enquêteurs" quadrillent la France, croisent les sources, confrontent les témoins et les témoignages, se régalent de leurs découvertes. Dans la trame du récit, avec pudeur et fidélité au souhait de Costa "Dis, ce livre, tu l'écriras", Lebrun nous raconte l'histoire d'une recherche commencée à deux et l'épilogue d'une disparition brutale qui obligera l'auteur à écrire seul quand l'autre regarde peut-être encore par-dessus votre épaule. Les histoires se mêlent avec tact et délicatesse, ne gênant en rien le déroulement du récit. Il y a l'objet de la recherche et comment la vie "à côté" en est partie prenante.
Raphaël Krafft, journaliste à vélo, avait écrit sur Twitter qu'il avait lu le livre en une seule nuit. Il m'en aura fallu trois car j'aime savourer et faire durer les histoires. Voilà, Lebrun nous en a raconté une nouvelle et, à sa façon, nous a permis de rentrer dans l'histoire, aussi bien celle de Mademoiselle Chanel que celle qui lui tournait autour. Chacune ont fait l'Histoire.
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Création @Hervé Hist |
Voilà, j'ai décidé unilatéralement de me prendre un p'tit congé d'oreille pour prendre un peu plus d'oreiller et lire, folâtrer, écouter la radio sans prendre de notes (ça va être très difficile), et mille choses que vous faites vous-même quand vous n'êtes pas bloqués devant votre ordinateur domestique (sic). Donc du 1er au 30 avril inclus, rideau. Mais comme je vous aime bien je ne vous abandonne pas complètement et vous propose ci-dessous 15 (re)lectures/(ré)écoutes du "feuilleton de la radio". Une par jour jusqu'au 15 avril si vous voulez, et ensuite les 15 autres sur une nouvelle page publiée le 16. Le 1er mai je serai de retour. D'ici là "bons vents" à tous et à chacun.
Pour prendre le large j'ai mis ça dans mes oreilles : "Ventura Higway" d'America (je dis ça à l'intention des Blanc-Francard, Théval, Villers et autres Assayas et Lenoir… si, si)
1. Les voix de Julie… d'Europe 1.
2. Jean Lebrun "Le jour du seigneur" (son)
3. Jeanne-Martine Vacher et Janis
4. Maurice Biraud, un papou dans la tête (son)
5. Silence radio (multi-sons)
6. Au-dessus du volcan Staccato (+ son indicatif)
7. Topor de rire… de joie Dominique (son)
8. Reiser vs Chancel (son)
9. Pivot à la radio
10. GTPM : Filmer la radio (son)
11. Le transistor (de François Bon)
12. À fleur de peau (son)
13. L'irremplacée OeC (interview)
14. Adèle (son)
15. Pentimento (son)
Alors qu'il y a quelques semaines Europe 1 er RTL rivalisaient de concert, par affiches interposées, pour vanter laquelle des deux stations offraient la plus grande parité femmes/hommes pour leur matinale respective, voilà que RMC affiche (1) dans quelques villes et hameaux (sic), de France, ses quatre mâles animateurs qui, du matin 6h jusqu'à 14h monopolisent la parole au plus grand mépris de celle des femmes. Radio Macho Cons tituée, qui passe son temps à bramer qu'elle est en phase avec ses auditeurs, considère sans doute que les auditrices ne sont que des ménagères bornées exclusivement à être influencées par la pub qui a toute sa place sur les ondes de l'ex-radio monégasque. Quant aux journalistes et autres animatrices elles doivent se contenter d'une seule case animée par une femme, l'après-mid,i "Lahaie, l'amour et vous"… tout un programme.
Les quatre mousquetaires du micro sont sur cette affiche un peu "plantés" en rang d'oignon. Mais pour sortir du lot, Jean-Jacques Bourdin, l'anchorman de la matinale, s'est mis en avant en se détachant clairement de ses petits camarades de récré. C'est lui la star, la grande gueule, la grosse tête (2) alors "faut c'qu'i faut" non ? Cette image machiste et présomptueuse est bien affligeante mais a le mérite de ne pas tromper sur les intentions de la station. Ici attendez-vous à du "musclé, du viril, du solide, du rentre-dedans et de la parole "vraie" (re-sic)". On s'attend surtout à entendre une parole "monolithique", et les mêmes rengaines populistes débitées à longueur d'années.
Mais ce fameux Bourdin qui prend la peine de s'auto-nommer "L'homme libre", on peut aussi l'entendre sur France Culture où un certain Martel (Charles) (3) ne rate jamais une occasion de l'inviter. La petite galaxie des médias parisiens se renvoie les ascenseurs et les comètes en moins de temps qu'il ne faut pour le dire, et Bourdin est, en ce moment, au centre du dispositif. Ça ne va pas durer, un remaniement va très vite l'éclipser, à moins qu'avec ses trois comparses mousquetaires ils mettent un point d'honneur à gloser jusqu'à épuisement du-dit gouvernement. Y'aura de quoi faire. C'est ça le talk. Vite que Martel soit embauché sur RMC et que sur France Culture on retrouve une parole un tout petit peu moins dans l'entre-soi de l'analyse des médias et son ronron satisfait.
(1) Un petit problème technique m'empêche d'afficher cette affiche. J'espère résoudre l'affaire en fion de journée,
(2) Il écoute France Culture en fin de semaines dans ses Cévennes natales,
(3) Pour ceux et celles qui seraient surpris que je nomme ainsi le "Sofpowerman" qui s'écoute parler le dimanche soir sur France Culture, il vous faut savoir que je fais référence à sa très forte propension à écorcher les noms ou prénoms de ceux qu'il invite dans son émission "tendance".
Recensée comme telle par l'"Anthologie du XXème siècle par la radio (1900-1939)", il vous faudra supporter et laisser passer Yvonne Brottier qui dans le court extrait ci-dessous, toute tremblante d'émotion, vocalise "à outrance". Passée la Marseillaise on en revient aux débuts de la radio. Ce qui a attiré mon attention c'est "Je vous demande de faire un retour en arrière et de me suivre un certain soir du 25 novembre 1921…". Cette accroche habillait le générique des "Mythologies de poche de la radio" que Thomas Baumgartner produisait sur France Culture et dont la plupart des soixante épisodes sont réécoutables sur le site de la chaîne.
Il était une fois au Havre… la mémoire