Si l'on voit sur un bandeau de replay-radio "14 mai" et "1968" et ces deux dates accolées l'une à l'autre, risque que des petites lumières se mettent à clignoter dans votre cerveau… 14 mai ne serait-ce pas le lendemain du 13 ? Et ce 13 mai qu'y avait-il à Paris et un peu aussi en France ? La grève générale, pas moins ! Donc on peut aisément imaginer qu'à l'ORTF (radio et TV) l'ambiance doit être chaude ! Le lendemain donc, pour son Pop-Club (à l'antenne depuis 1965) José Artur marche sur des œufs. Car déjà en temps normal sortir des studios ressemble plutôt à des "opérations commando" mais sortir des studios en ces temps troublés ça peut tenir de l'exploit (1).
À son habitude, José mouline et annonce ce qui peut ressembler à un générique "Dali (le peintre) chez de Draeger (l'imprimeur)" tout en déambulant dans l'imprimerie. Les premiers disques pop (marque de fabrique du "Pop") ce soir là ne sont désannoncés ni par Artur, ni par Pierre Latès (programmateur musical) (2). Artur enchaîne avec le directeur de l'imprimerie prestigieuse. Suit-il son conducteur ? Rien de moins sûr… E,t alors que son invité Charles de Draeger patron de l'imprimerie, commence à évoquer l'histoire de l'enseigne, de façon impromptue, Artur lui coupe la parole (sa spécialité) pour s'embarquer dans un vrai-faux hommage à France Inter et à l'ORTF !!! Mais qu'est-ce que ça vient faire là, (l'émission est commencée depuis 12') ? Ben Artur veut mettre en avant techniciens et personnels qui ne se sont pas mis en grève et ont accepté d'installer le dispositif hors-les-murs ! Ce message subliminal vaut son pesant de cacahouètes !
C'est subtil et reconnaissant alors même que le mouvement va se durcir et que José sait qu'il ne pourra rien faire demain sans les hommes (et les femmes ?) de l'art. Il est solidaire et en même temps marche sur des œufs car son propre statut (ni intermittent du spectacle, ni CDDU d'usage) ne le protège d'un licenciement sec. Dali et Draeger c'est intéressant mais les conditions de diffusion de cette émission le sont au moins autant (3).
Je vous laisse naviguer dans cette rediffusion, vous constaterez que le ton de José Artur est toujours aussi pop. Vraiment on peut dire que son émission était d'avant garde ou en phase (en triphasé même) avec son temps. Sa façon d'interviewer, sa présence au micro, son incarnation évidente de son émission en ont fait un incontournable de la radio publique depuis les années 60. Sa longévité jusqu'aux années 2010 tient forcément à son avant garde permanente comme à son esprit pop…ulaire bluffant. Il n'usurpait pas le sens des mots comme d'autres pourront le faire à sa suite (4). Il était vrai, hâbleur et cabotin et c'est pour ça qu'on l'aimait.
(1) D'ailleurs dans le replay mis à disposition par France Inter, pas d'indicatif. Le technicien chargé d'envoyer l'enregistrement était peut-être occupé ailleurs ?
(2) Trois titres enchainés avec : "Abba zaba", Captain Beefheart, "He makes me so mad" ,Sax Kari, "Flower king of flies" The Nice, mais José plus avant désannoncera la chanson de José Menese "Cuando llamaron a audiencia"
(3) Il n'y a pour l'instant par d'autres archives numérisées du "Pop" avant celui-ci,
(4) Un certain Antoine de Caunes, sur France Inter (période Laurence Bloch) et sa petite farce quotidienne "Pop pop pop", 2017-2022.
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