Jacques Martin, homme de radio et de télévision, avait de l'humour et je ne voudrai pas l'offenser en reprenant le titre d'une de ses célèbres émissions de télévision (1) pour évoquer le rapport de la Commission sur l'audiovisuel public, de M. Charles Alloncle, député UDR de l'Hérault. Tant et tant a été dit, écrit, filmé, amplifié, démultiplié, dévoyé. Allais-je à mon tour me lancer dans la lecture de ce réquisitoire à charge et perdre mon temps, tant avec ou sans rapport, le venin - tel un virus - s'est instillé dans le mental des Françaises et des Français ? Le mal est fait et les conséquences risquent d'être très lourdes. En fait, en lisant les neuf pages du sommaire, on comprend les biais, les charges, les obsessions du rapporteur qui en disent aussi long que les litanies de ses "analyses"…

Je ne citerai pas non plus le poète Jacques Prévert dans son si joli poème "Inventaire" car celui du Rapporteur à quelque chose de malsain et de terrifiant. Faire table rase du passé (et du présent) de l'audiovisuel public c'est ne laisser aucune chance à son avenir et faire craindre pour la démocratie (2).
Extraits des titres du sommaire (liste non exhaustive)
Des manquements répétés aux obligations d’honnêteté de l’information/La diffusion d’informations inexactes ou gravement équivoques/Des biais militants dans le traitement de certains sujets environnementaux au
détriment des données scientifiques/L’humour érigé en expression militante/Le choix de Nora Hamadi pour la revue de presse/France Médias Monde et la diffusion de discours hostiles à la France/Une défiance croissante des téléspectateurs et une archipélisation de l’audience/L’Arcom : une autorité souvent dépassée, pourtant au carrefour des grandes
mutations du secteur audiovisuel/Un paysage institutionnel éclaté, des proximités personnelles, et une « culture de
la défausse »/Une ascension fulgurante qui interroge : le cas Sitbon-Gomez/Des promotions chez Radio France qui suscitent des remous/Une forme de consanguinité d’un certain milieu… Etc, etc !
N'en jetez plus, la cour est pleine. Il manque, à ce long plaidoyer à charge, des contre-propositions (autres que celles des groupes politiques), de professionnels de la profession, d'expertes et d'experts, d'historiennes (et leurs homologues masculins), de sociologues, d'un large panel d'auditrices et d'auditeurs, et de téléspectateurs. Ce travail de la Commission aurait du jeter les bases d'une réflexion sur les enjeux de l'audiovisuel public et engager les débats. Au lieu de quoi il restera comme une formidable opération de politique-spectacle au seul service d'une entreprise de démolition de très forte magnitude.
Les dégâts attestés, M. Alloncle n'échappera plus alors de rendre, à son tour, des comptes au tribunal de l'histoire, comme à la représentation nationale. Alea jacta est.
(1) "Le Petit Rapporteur" est une émission de télévision française satirique, créée par Jacques Martin et Bernard Lion et diffusée en direct le dimanche du 19 janvier 1975 au 27 juin 1976,
(2) "La fin d'une commission au service de la bataille culturelle", Aude Dassonville, Le Monde, 7 mai 2026 et "Audiovisuel public : de la manœuvre politique au grand gâchis", Éditorial, Le Monde, 7 mai 2026,
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