Stop ! ¡ Basta ! Fermare ! On n'en peut plus de la valse incessante des promos… incessantes enrobées des voix des animatrices qui finissent par polluer l'antenne ou mieux perturber gravement notre écoute tranquille d'un flux musical torpillé par ce brouhaha permanent. Les voix qui apportaient une ponctuation, une respiration, une diversion ont fini par ressembler à ce qui se pratique sur les radios privées le matraquage publicitaire. J'aurais jamais imaginé un jour pouvoir écrire ça. Alors que je tendais l'oreille pour bien entendre l'animatrice, dorénavant je baisse le son, car à quelques trop rares exceptions, ces annonces sont lénifiantes, commerciales, jetables… Elles ont fini par remplacer tout ce pourquoi Dhordain (1) a voulu cette chaîne : une radio de service. On est passé du service au consumérisme. Triste reflet d'une société en déclin (moral) et en toupie sur elle-même. Le rêve est fini Fañch, il serait temps que tu te foutes ça dans le crâne !
"Nous nous sommes tant aimés" (2)
J'ai beau me raccrocher au très beau film de Scola, ma lassitude est profonde. Si j'écoute entre les promos et trouve encore mon compte parmi le flux musical, je ne me résous pas à avaler la couleuvre ce que plusieurs dirigeants successifs ont accepté de faire, sans vergogne, sans honte et cent pour cent. Formidable faux-nez (très tendance depuis les années 2010) on nous vend du flux musical (de plus en plus déstructuré, de moins en moins enchaîné) et on balance depuis Paris des promos censées intéresser auditrices et auditeurs si loin des expos, des festivals, des animations le plus souvent auto-centrées sur "Paris et sa région"…
Fip a fini par reproduire - à l'envers - ce que Lucien Morisse avait inventé dans les années 60 sur Europe n°1, la rotation plusieurs fois par jour (au moins huit fois) d'un même titre de musique. Système "importé" des États-Unis d'où Morisse revenu ébahi n'a pas tardé à reproduire le modèle. Si à Fip la rotation d'un titre est "éloignée" dans le temps, le matraquage de l'auto promo (Jazz à Fip, émissions hebdo, podcasts originaux) sature l'antenne, ajoutons-y ce qui est censé concerner la culture et l'on sort après deux heures ou trois heures d'audition en continu avec la furieuse envie de se boucher les oreilles…
"Quand j'entends le mot culture, je sors mon transistor…" (Jean Yanne)
À la différence de Jean Yanne, je jette mon transistor ! Ce formidable fantaisiste, fantastique animateur de radio ne s'est pas contenté, avec le détournement de la citation originale (3), d'en faire une émission de radio sur Luxembourg puis sur RTL, il a permis à la France entière (?) de se fendre la poire le dimanche matin. À Fip le radio-guidage était l'occasion de sourire même si on ne circulait pas sur le périphérique… De passage sur Fip Marie-Odile Monchicourt (animatrice de L'Oreille en coin) se lance "C’est pas parce que l'ennui est la mère de tous les vices qu'il faut en profiter Boulevard Saint-Michel.”. Et ces ponctuations faisaient du bien quand on circulait sur les départementales bien dégagées !
La systématique de mettre des annonces sur chaque instrumental, tue l'instrumental qu'on aimerait quelquefois entendre "sans paroles" et casse le principe de la radio "anti-système". Anti-système de grille, de programmes, de reconnaissance d'animatrices ou de programmateurs, de réalisatrices ou réalisateurs (maillon indispensable de la chaîne de production), de playlist. Et surtout ce qui faisait le sel de l'antenne, la fantaisie, le clin d'œil, le pas de côté, la spontanéité ont presque disparu des annonces (4)…
Il me fallait écrire tout ça avant, et ce sera pour un prochain billet, de prolonger l'interview avec Patrick Derlon, (ex)-programmateur à Fip…
(1) Radio-guidage, météo, infos, culture,
(2) "C'eravamo tanto amati" film italien d'Ettore Scola, 1974
(3) Rudolf Hess "quand j'entends le mot culture, je sors mon pistolet",
(4) Toutefois ce matin, vaille que vaille, Audrey met du soleil dans nos réveils… sur un morceau d'Arc De Soleil, "Got caught in Amsterdam",
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