vendredi 12 février 2016

Radio Archives : François Truffaut (Radioscopie)

J'ai voulu jouer le jeu de la collection et, jour après jour, chroniquer une des cent-dix-sept Radioscopie proposées dans le coffret de l'Ina. J'écoute à 17h dans les conditions du flux et vais ainsi vous tenir en haleine jusqu'au mois de mai 2016…

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François Truffaut (24 juin 1969)

"Faire du cinéma c'est prolonger le monde de l'enfance". Chancel, après que Truffaut lui ai dit qu'il était entré dans la vie active à 14 ans, "Est-ce que vous vous considérez comme un homme cultivé ? ".

"Est-ce que vous vous considérez comme un bon metteur en scène ?" Truffaut "Oui, je crois, je suis à l'aise là-dedans. Je n'ai jamais eu honte de faire du cinéma ! C'est important de pas se sentir un imposteur !"

"François Truffaut vous n'avez pas l'impression d'avoir trahi (sic), vous aviez attaqué à mort (sic) le Festival de Cannes quand vous étiez critique et ensuite vous êtes allé à Cannes et votre film "Les 400 coups" a représenté la France ?" Facile Chancel ! Facile !
Gimmick : "Vous seriez capable, François Truffaut de tout abandonner par amour ?"

Maintenant Chancel se pique de reconnaître ce qui est romanesque du cinéma de Truffaut ("La sirène du Missisipi") de ce qui ne l'est pas. Pour lui qu'une rencontre sentimentale ait lieu à partir d'une petite annonce n'est pas très romantique et son point de vue personnel aurait donc beaucoup d'importance pour juger de la création cinématographique de Truffaut.

À l'écoute de 65 Radioscopies consécutives je peux dire ici que je suis agacé de l'a priori de Chancel qui s'évanouirait de plaisir si Menuhin s'était marié par "petites annonces" et qui joue les offusqués, ou presque, du choix fictionnel de Truffaut au point d'évoquer, avec un peu de cynisme, les "mariages par ordinateur" à venir !

"Qu'est-ce que c'est pour vous, François Truffaut, l'amour ? Un mot ?".
"Pour vous une femme c'est un bel objet ou une confidente, une compagne ?"
Gimmick "Vous êtes capable de tout abandonner par amour ?" (On notera qu'à la fin de l'entretien Chancel réussit à poser une question sur la féminité à laquelle Truffaut ne peut répondre puisqu'il ne la comprend pas !)

Truffaut explique très bien sa démarche de cinéaste qui, avant le montage accumule de la "matière", à la différence d'un Bresson qui n'en a vraiment pas besoin… d'autant ! Pour autant Chancel l'affuble du titre de "critique venimeux… agressif". Intéressant que Truffaut décrive, détails stylistiques à l'appui, la "ressemblance" de Deneuve ("La sirène du Missisipi") avec Grace Kelly ("Mogambo", John Ford). 

Truffaut : "La vie sociale des gens est ridicule alors que leur vie privée est formidable !"

jeudi 11 février 2016

Radio-Archives : Simone Signoret (Radioscopie)

J'ai voulu jouer le jeu de la collection et, jour après jour, chroniquer une des cent-dix-sept Radioscopie proposées dans le coffret de l'Ina. J'écoute à 17h dans les conditions du flux et vais ainsi vous tenir en haleine jusqu'au mois de mai 2016…

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Simone Signoret (19 novembre 1973)

Dans la série "Si ma tante" : "Simone Signoret si vous n'aviez pas eu 19 ans en 40 et 23 en 44 est ce que vous auriez fait la même carrière ?

Trop sympa et trop nature quand Signoret s'égare (en ayant prévenu Chancel de ses égarements) pour nous parler de ses jeudis après-midi au cinéma "L'hermitage" avec des places à 7 (anciens) Francs ! La sincérité de Signoret est débordante d'humanité et de tendresse. Elle pourrait lire le Bottin ou nous refaire "Le télégramme" avec Montand !

Et Chancel, au prétexte que Signoret pourrait bénéficier des services d'une "femme de ménage", lui demande comment elle a pu jouer une femme de ménage, Jeanne, dans "Rude journée pour la reine" (René Allio, 1973). Quel rapport ? Au mot politique, au mot social, Signoret préfère celui de "sentimentalisme".

Chancel a du oublier son entretien avec Seyrig :"Simone Signoret comment êtes-vous par rapport aux autres femmes qui ont votre âge, car vous savez qu'il y en a qui sont très malheureuse dès lors qu'apparaît la première ride ?

"Simone Signoret quel sens précis vouliez-vous donner à votre vie ? " "Je suis incapable de répondre à cette question !" Pour autant, puisque Chancel évoque le mépris de Signoret, il manque d'à propos pour ne pas lui demander comment elle a pu réagir au coup d'État de Pinochet et à la mort d'Allende il y a juste deux mois quand cet enregistrement a lieu !

Dommage que Chancel n'ait pas jugé utile de donner le nom du film que Signoret évoque et a tourné avec Carné, (Thérèse Raquin, 1953). Il avait un trou de mémoire ? Allez une question tendance Chancel "On a pas encore parlé du MLF ?" C'est bon ça Coco, les auditeurs vont garder l'écoute ! Si Signoret considère que les actrices ne sont pas maltraitées par les hommes elle "oublie" le cas Marilyn Monroe ! Et là, à plusieurs titres, Marilyn et Signoret ont été maltraitées.

Dans la rhétorique Chancelienne, l'animateur lance "Montand-Signoret : couple au sommet ?" et Signoret de répondre "C'est encore des mots ça ! Y'a pas de sommet. Ya jamais de sommet". Et je vous laisse entendre la question à 2 balles, la question qui tue et qui pousse même Chancel à se défausser !

mercredi 10 février 2016

"Le bon plaisir" d'Aifèle…



Dans la vie, il m'est arrivé d'avoir des attentions, de faire les commissions, de tendre l'oreille aux auditions, d'améliorer ma diction, de faire l'ascension de la dune du Pilat, de croiser quelques juridictions après quelques infractions au code de la route, d'avoir de drôles d'émotions, de regarder attendri quelques partitions, d'utiliser plusieurs moyens de locomotion, de rechercher l'action même si la sieste est une bénédiction, de frôler l'éviction, d'éviter de regarder la télévition, d'avoir quelques conceptions, d'oser toutes les pérégrinations, de ne jamais repousser les élucubrations, d'avaler des tonnes d'émissions, de pester contre la mécanisation des programmes, de prendre quelques récréations, de creuser mon sillon et d'éviter toutes addictions même si, pour la radio vous pouvez constater une certaine attention…

Mais voilà qu'aujourd'hui j'apprends que je fais de la recension. C'est grave docteur ? On me rassure, j'en faisais depuis longtemps. Mais… sans le savoir. Me voilà donc Jourdain, comme "d'un jour" d'autres furent reines (1). Voilà mes chers auditeurs ce que m'a inspiré le commentaire de Guillaume. J'aime les mots et jouer avec. C'est fait ! Et ça fait du bien.

(1) Émission de Jean Nohain (Jaboune), Radio-Luxembourg, 1948-1955 

"Le bon plaisir d'Hugo Pratt", 28 juin 1986,


Avant que Laure Adler n'en ratiboise l'horaire puis l'arrête brutalement, "Le bon plaisir" en 2000, émission du samedi après-midi sur France Culture, inventée par François Maspero (le libraire, l'éditeur, l'écrivain, le traducteur) et soutenue par Jean-Marie Borzeix, directeur de France Culture (1984-1997).

Radio-Archives : Omar Sharif (Radioscopie)

J'ai voulu jouer le jeu de la collection et, jour après jour, chroniquer une des cent-dix-sept Radioscopie proposées dans le coffret de l'Ina. J'écoute à 17h dans les conditions du flux et vais ainsi vous tenir en haleine jusqu'au mois de mai 2016…

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Omar Sharif (6 octobre 1976), 
2001ème Radioscopie (1)

"Couvert de femmes et toujours seul". On commence par le "séducteur" Sharif qui devra reconnaître qu'il n'a pas réussi, à 44 ans, sa vie sentimentale. Ça c'est fait ! Mais ça continue, à propos de son mariage : "C'est difficile pour un homme d'accepter de jouer un second rôle avec une femme célèbre, surtout dans les pays arabes…" (2)

Après avoir parlé cinéma Chancel revient à la séduction en tentant de faire réagir Shariff en lui déclarant qu'il a "toujours été la victime !". Ça c'est croustillant, ça c'est people. On hésite entre "Jours de France" (3) et "Point de vue image du monde".

(1) La veille pour la 2000ème, Chancel recevait Virginie Coutain et Pascal Perrot, 12 et 13 ans, pour une émission tournée vers l'avenir, 
(2) On notera que Chancel qui doit peu la connaître parle de la femme de Sharif sans la nommer et sans rien - lui si friand de la gloire - nous dire d'autre qu'elle est une actrice adulée en Égypte,
(3) L'hebdo de Marcel Dassault,



Demain Simone Signoret…

mardi 9 février 2016

Radio-Archives : Delphine Seyrig (Radioscopie)

J'ai voulu jouer le jeu de la collection et, jour après jour, chroniquer une des cent-dix-sept Radioscopie proposées dans le coffret de l'Ina. J'écoute à 17h dans les conditions du flux et vais ainsi vous tenir en haleine jusqu'au mois de mai 2016…

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Delphine Seyrig (10 décembre 1971)

"C'est difficile pour une femme d'avoir une identité" dit Seyrig qui prend conscience de la place de la femme dans la société, par rapport à son histoire de petite fille.


"J'ai envie de me rapprocher de moi… Les femmes on ne parle pas d'elles, ce sont les hommes qui les ont montrées, qui en ont parlé. Et en tant qu'actrice j'ai envie de me rapprocher de moi en tant que femme. Je voudrais faire des films faits par des femmes, presque collectivement. Montrer les difficultés des femmes actuellement. Les problèmes qu'elles ont, un million d'avortements en France. On n'en parle pas, ni au théâtre, ni au cinéma. C'est à nous de le faire. Ce sont les hommes qui sont nos législateurs, nos patrons !"

Chancel sussurre "Un peu féministe ?" "Complétement féministe, je le dis avec beaucoup de sérieux, je n'aime pas qu'on en sourit, c'est très important et très grave, c'est difficile d'être féministe. On est très attaquée, on se moque de vous, on vous prend pas au sérieux, on vous dit hystérique… On ne peut pas continuer à accepter le rapport de force qui existe dans notre pays et dans bien d'autres."

Chancel balourd : "Vous pensez quand même qu'il y a des femmes heureuses qui ne se plaignent pas (sic) ?" "Il y a beaucoup de femmes qui ne se plaignent pas et qui sont malheureuses ! Les femmes se sentent coupables de dire qu'elles sont malheureuses. On dirige nos vies depuis l'enfance pour avoir des enfants et s'occuper de son mari."

Chancel n'ayant rien compris : "Vous seriez capable de tout abandonner pour entretenir la lutte ? " "Je crois que je n'ai rien à abandonner, que je suis au cœur du problème, il faut que je me serve de moi et que d'autres femmes se servent de moi pour faire comprendre un certain nombre de choses essentielles."

On est en 1971, 68 a pris fin depuis 30 mois, et n'a pas ébranlé Chancel dans ses convictions. L'animateur est déboussolé, incapable d'être en empathie avec une femme qui bouleverse tous ses schémas et ses a priori sur le couple, la femme, les enfants issus du mariage… Cette Radioscopie est passionnante pour situer l'époque, la position établie de l'intervieweur homme, la position difficile du mouvement féministe et "les manifestations d'hystérie contre les femmes", et surtout le refus de mettre en cause l'"ordre établi".

Politique-Média : le grand mix'

























La fiction rattrape le réel ou le réel rattrape la fiction, c'est selon. Pour bien illustrer cet effet, Sonia Devillers a choisi dans l'Instant M (1) d'hier de mixer le propos d'un homme politique réel actuel et une remarque d'un des protagonistes politiques de "Baron noir", la nouvelle série de Canal+ qui débutait hier sur la chaîne cryptée. 

Dans la série, Jean-Pierre Elkabach (Europe 1) joue son propre rôle dans les studios de sa chaîne pour interviewer l'homme politique (Kad Merad) en campagne, comme le montrait hier soir "Le petit journal" (Canal +). "La geste politique n'est plus dissociable aujourd'hui de la geste médiatique" analyse Sonia Devillers et de noter que "ça scande les Pulvar, les Elkabach, les matinales de RTL, de France Inter, les caméras de Public-Sénat décident de l'agenda politique".

Par effet simultané, ce temps médiatico-politique a fini par écraser les programmes des chaînes de radio, au point, de sublimer les matinales dont les chiffres d'audience servent non seulement d'étalon pour les autres programmes de la journée, mais sont de fait devenus leaders pour imprimer l'image de marque d'une chaîne. Les matinales des chaînes généralistes font le classement des chaînes et plus aucun programme de divertissement ne dépasse les matinales politiques.

Les programmes sont devenus accessoires et complémentaires des matinales. Les vedettes d'aujourd'hui ne sont plus les bateleurs d'hier. Les nouveaux bateleurs sont les matinaliers (anchorman) qui raflent tous les prix et surtout installent la renommée durable d'une chaîne (3). Par effet induit ce sont les journalistes qui font la radio. Ce sont eux qui ont le pouvoir et, peu importe que ce soit le 4ème ou 5ème, les saltimbanques n'ont qu'à bien se tenir. 

L'infotainment a de beaux jours devant elle. Les matinales n'ont pas fini de ponctuer les informations et l'actualité, de séances courtes de divertissement (musique, humour,…) au point que ce mix'-là fera peut-être école pour se prolonger tout au long de la journée radiophonique. L'oracle Jean-Marc Four, directeur de la rédaction de France Inter, apôtre définitif du rapprochement des programmes et de l'info, pourra alors revendiquer être l'inventeur du "Grand mix'" formule indépassable du cocktail impérial "Politique/Média".

(1) France Inter, 9h40, du lundi au vendredi,
(2) Et Sonia Devillers ne manque pas de noter qu'"il y a tous les fantômes de la gauche dans cette série". Ce qui permettra, sans doute, aux plus jeunes d'avoir à peine eu le temps de la nostalgie du passé (de la gauche) que la fiction la fera revivre au présent,
(3) Léa Salamé (Inter) prix Philippe Caloni de la meilleure intervieweuse. Yves Calvi (RTL, France 5), Laurier d'or Radio-TV/CSA. Patrick Cohen (France Inter), Laurier de la Radio/CSA,  

lundi 8 février 2016

Sourires, sourire : du très large aux plus fins…




C'est ça que j'ai entendu pendant trois jours à Longueurs d'Ondes : le sourire. Le sourire collectif comme l'individuel. On sentait chacun heureux d'être là, on se sentait heureux d''être ensemble, joyeux de partager une même passion, touchés de tant de complicités entre nous. Vous voudrez bien, mes chers auditeurs, que je dise ici mon petit bonheur simple. Simples et merveilleux ces sourires qui s'entendaient très fort.

Et, de rencontre en rencontres, d'écoute en écoutes, de regards en regard nous avons fait la radio. La radio, pas de la radio. La radio de la diversité, la radio de l'échange, la radio du rire, la radio du son, la radio de la recherche, la radio de la bidouille, la radio campus, la radio balbutiante, la radio théâtrale, la radio collective, la radio star (1), la radio qui n'en est pas et inversement. Ce mixage époustouflant a fonctionné avec une programmation aussi éclectique que celui formé par le couple Rebecca Manzoni/Emmanuel Laurentin (2).

Cette communauté d'intérêt a fait du bien à voir et à entendre. Cette ébullition intérieure a été au rythme du vent qui n'en finissait pas de grossir. Le samedi a sans doute été l'apothéose. "Plein à craquer". Ce côté festif, ce côté retrouvailles est forcément touchant au miroir du temps présent. On peut donc encore se reconnaître, se toucher de l'épaule (3), s'écouter enthousiastes, partager avec fougue ou résignation, s'interroger sur l'évolution d'un média qui n'en finit jamais d'être attachant et ancré dans le vécu collectif.

Last but not least, parmi toutes "mes" rencontres j'aimerais vous en dire une. Il m'est arrivé ici, de dire ma hargne et mon courroux (coucou) vis à vis d'une presse qui, de plus en plus, néglige ou abandonne la radio, et starifie les vedettes bankables et visibles. Et il m'est même arrivé de nommer mes "confrères" de plume qui, n'écoutant plus la radio, finissaient par ne plus écouter qu'une poignée d'émissions, et ce sur une durée très courte. Mais, ce métier d'écriture imposant de ne pas s'enfermer dans une certitude incertaine (sic), j'ai eu avec Aude d'Assonville de Télérama (4) une conversation simple, franche et courtoise (5). 

Et passé un bon moment avec Carole Pither, Janine Marc-Pezet et quelques saltimbanques de la Radio France.

Ce festival sert aussi à ça. Aux rencontres professionnelles (sic) dans un cadre vivifiant, tonique et apaisé. C'est, je pense, la volonté de Laurent Le Gall, le Président (historique) de Longueurs d'Ondes et d'Anne-Claire Lainé coordonnatrice du Festival du même nom. Et ça fonctionne ! Comme l'ont évoqué Patrice Blanc-Francard (6) et Pierre Wiehn, les sémillants animateurs de radio, il va être temps aussi de réfléchir à "La radio demain ?". Longueur d'Ondes ne doit-il pas être l'un des acteurs de ce grand chantier de travaux publics (7), un lanceur d'alertes et une force de proposition ?

Nous en reparlerons…

(1) "Vidéo killed the radio star" ?
(2) Productrice à France Inter, "Pop and Co" et "Tubes and Co", dans le 7/9, tous les jours, 7h24. Producteur à France Culture, La fabrique de l'histoire, du lundi au vendredi 9h05,
(3) Comme l'évoquera Pierre Wiehn à l'occasion de "Dimanche dans un fauteuil" (07/02), où il se souvenait des réunions hebdomadaires des producteurs dans son bureau, quand il était directeur de France Inter,

(4) "de Télérama" c'est pas son nom de famille ;-)
(5) Je remercie par avance mes petits camarades du métier de ne pas en faire des tonnes pour dire gnagnagni, gnagnagna,
(6) Producteur de radio, invité de "Dimanche dans un fauteuil",
(7) "Travaux publics" : toute ressemblance avec une émission de France Culture des années 2000 serait absolument fortuite,