dimanche 9 avril 2017

Manège d'été à France Musique… (30/33)



Pendant deux mois, cet été 2016, Laurent Valero et Thierry Jousse, séparément, nous ont offert deux heures quotidiennes de petits bijoux musicaux. Deux heures, de dix-huit à vingt heures, qui passent, fuient et puis, le vingt-six août c'est fini. Mais c'est quand même pas possible de laisser s'envoler une telle richesse dans l'éphémère. Alors, comme je l'ai fait moi-même (souvent l'émission à peine finie) je vous propose de réécouter chaque dimanche (idéal) un épisode de leur saga d'été. Juste avant de les retrouver ensemble à 18h, ce dimanche sur France Musique pour le nouvel "Easy tempo". 

Mardi 23 août. Après les garçons de plage, le folksinger, futur Prix Nobel de littérature, Robert Zimmerman, dit aussi Bob Dylan. Yo ! Yo ! Bon avec "All the Way" que le Frankie Sinatra a du usé à Las Vegas (?) je ne suis pas complètement sûr d'entendre le Zim "habituel", mais je vais essayer de m'habituer. Surtout quand Jousse envoie Ebb Tide par Frankie lui-même, on situe bien le gouffre entre le crooner des crooners et l'apprenti crooner. Right ? Dans un cas une voix, THE voice même. Dans l'autre un gars qui a voulu lui rendre hommage parce qu'il l'aimait. Un peu comme si moi je tentais de chanter du Dylan. Imaginez le massacre.

Bon c'est sûr, le Zim t'es un zicos affranchi, mais tout de même attaquer l'Himalaya par la face nord faut vraiment s'appeler Dylan pour tenter ça. Et Jousse d'insister avec l'excellentissime Roy Orbisson, ici romantique à souhait, avec Only the Lonely (Know how I Feel). Bon t'as pigé môme ? Va quand même falloir que tu dénasilles un peu quand même, non ? Ouais, mais ça, tu sais pas faire. Alors écoutons Louis (Armstrong) déclamer avec les chœurs ad hoc "We shall overcome". Et tankaff' pour rester dans le répertoire folk This Land is your Land (Woody Guthrie) par The Staple Singers nous rapproche de celui "trad." du Zim lui-même.

Il est fort le Thierry Jousse, en prenant comme thème Dylan, il sait pouvoir disposer d'une palette aussi riche que celle d'un Cézanne ou d'un Matisse. Car l'univers de l'ex hobo de Greenvich Village est étendu à quelques frontières musicales dont le Zim a toujours su s'affranchir. Bon mais de là à tutoyer le Frankie y'a quand même une limite "naturelle" non ? Preuve, Jousse envoie d'autres "décloisonneurs" de première, le duo "Madeleine et Salomon"(Clotilde Rullaud, chant flute et Alexandre Saada, claviers) qui sans limite interprète le "Strange fruit" de Billie Holiday, à vous donner tous les frissons de la terre, le soir où, Billie elle-même, l'entonna pour la première fois.

Le charme des compères Jousse/Valero est bien de nous faire découvrir, comme ça sans en avoir l'air, une "pépite" sortie tout droit du ruisseau. Ici, du très bon vieux folk de derrière les fagots. Karen Dalton chante "Little Bit of Rain" (Fred Neil) et nous surprend par sa voix et son chant brut. Pareil pour Fred Neil, lui-même, qui interprète "Blues on the Ceiling". Du folk "pur et dur" avec lequel le Zim n'a pas manqué de flirter. La deuxième heure de ce "Retour de Plage" sera plus Dylanienne (sic) avec quelques interprétations tip-top des Byrds, Joan Baez, Nico, Julie London et plus si affinités…


Et today sur France Musique, retrouvez les compères 
à 18h pour un Easy tempo "Rien que des nouveautés". 



* Générique : Ennio Morricone avec la voix d’Edda dell’Orso 
Une Voce allo Specchio, extrait de la BO de La Stagione dei Sensi.

samedi 8 avril 2017

Whirpool… sur la route de l'essorage optimum des ouvriers !



Délégués syndicaux devant l'usine d’Amiens 
Crédits : Julie Gacon - Radio France























Sur ce seul titre "Sur la route des ouvriers de… Whirpool" j'avais envie de comprendre comment, l'émission hebdomadaire de Julie Gacon (Productrice) et Yvon Croizier (Réalisateur), allait "prendre le pouls" de ce "fléau social moderne" qui accable le nord de la France, une fois encore, une fois de trop. Et trop c'est trop. Après Goodyear et la liste infinie des fermetures d'entreprises, manipulées par le "jeu sordide" auquel se livrent les multinationales du profit et de la délocalisation.

"Sensing the difference", le slogan bien creux de la marque pour essorer les subventions publiques ne fait aucune différence avec les pratiques sauvages d'un capitalisme débridé, arrogant et sûr de ses méfaits. Méfaits bien sentis et tellement mal ressentis par des ouvriers, une population, des citoyens lucides et engagés sous la bannière "Picardie debout" du non moins citoyen François Ruffin, genre de Fakir (1) candidat aux législatives de juin prochain.

Une fois n'est pas coutume, dans un dispositif plutôt inhabituel, Gacon et Croizier, avaient réunis dans le studio de France Bleu Picardie deux syndicalistes, un CGT, un CFDT, Ruffin lui-même, après avoir recueilli les témoignages d'un ouvrier "du matin" à la sortie de l'usine, et celui d'Alain Gest, député LR de la Somme. Un seul ouvrier pour témoigner ? La productrice m'a signalé que les ouvriers n'en pouvant plus d'être sollicités par les journalistes et d'être "enfermés" dans la caricature du vote FN (2), ceux-ci avaient déclinés l'invitation à se rendre au micro. 


©frantvinfo













L'émission est intéressante pour le temps qu'elle laisse à chacun de s'exprimer, sans le stress des questions matraquées, oppressantes et brutales. À l'écoute les ouvriers pourraient "regretter" de n'avoir pas profité du micro qui leur était tendu. Mais en même temps redire la détresse, déplorer la fatalité, constater la reproduction infernale des "fermetures d'usines", s'inquiéter de l'avenir, avoir l'inquiétude au ventre, ça sert à quoi ? On comprend. La "simple" dignité et le respect dû imposent d'accepter les points de vue de ceux qui subissent l'infamie, la rage aux tripes.

Habitué aux ambiances qui ponctuent les documentaires et acceptant ici cette forme de reportage, que Julie revendique et dont elle doit faire avec les moyens dont elle dispose, j'ai regretté toutefois de ne pas assez entendre la sortie d'usine, les propos du "café du commerce", les cris des manifs et autres ambiances de travail. Mais la productrice de m'affirmer que son émission n'est pas du tout dans la temporalité du doc, ni dans sa forme éditoriale. Avec son temps "long" pour creuser un sujet, croiser les situations, monter et mixer l'ensemble. Ici on est en reportage. 

Mais, mais, mais… France Culture sur un tel "enjeu de société" ne pouvait-elle comme elle sait si bien le faire pour l'histoire ou à Beaubourg, détricoter sa grille et consacrer l'après-midi de ce samedi en multipliant les angles autour d'une "Picardie aujourd'hui". L'urgence n'en vaut-elle pas la chandelle ? Et pourquoi ne pas réinventer un Pays d'Ici (3) hebdomadaire qui, chaque samedi "Sur la route" prendrait le temps et la mesure d'un pays, d'une ville, d'un village ? Je sais, je rêve, c'est beaucoup moins tendance que Beaubourg et que Jonathan Franzen, sise à New-York.

Le Nord, ses habitants, ses créateurs, ses artistes, ses ouvriers, ses pêcheurs, ses paysans, ses collégiens et lycéens, ses chefs d'entreprises, ses écrivains ont beaucoup de choses à dire et à partager. "Sur la route" pourrait dans une formule élargie renouer in situ, sur la longue durée, avec le hors-studio, au plus près du quotidien des Français. Sur la route, "petite goutte d'eau" deviendrait rivière et, très vite, le fleuve descendrait, furieux, sauvage ou tranquille le cours de nos samedis après-midi.



(1) Créateur et rédacteur du mensuel Fakir,
(2) Pratiques journalistiques bien connues dites du "cliché" et des "a priori" tenaces,
(3) Laurence Bloch à la Scam a même reconnu que le "Pays d'ici" avait une certaine forme documentaire,

jeudi 6 avril 2017

Quelle place pour les auteurs radio ? 3/3

À la lecture du "Livre blanc" de la Scam (1) que je vais évoquer ci-dessous, je prends conscience que l'auditeur radio est à quelques années-lumière de la réalité de ce qui se joue derrière le documentaire radio, derrière et devant l'auteur-e et la création radiophonique et, qu'il faut de sacrées oreilles pour déceler que la mue engagée depuis l'arrivée progressive du numérique que nous situerons en 1999 (2) a progressivement eu des influences sur la création radiophonique. De sacrées oreilles et un sacré pif pour comprendre ce qui se trame dans… son dos. À part les changements de noms d'émissions, de producteurs-trices et les jours de grève, l'auditeur est dans le flux (3) quand nombre d'auteurs intermittents sont dans le flou… artistique !



Vas-y Carole
Dans son édito, Carole Pither, auteure et productrice (4), écrit "Il était une fois la radio parlait à ses auditeurs." Bam ! Mes chers auditeurs faites un petit bond en arrière et lisez le point de vue concomitant des auteurs. Pither conclut "Il faut surtout améliorer la qualité de l'offre. Croyez-moi si la radio investissait dans les voix elle retrouverait sa voie." On ne narrera pas ici l'invraisemblable histoire de cette chaîne qui avait du payer des cours d'orthophonie à cette productrice qui massacrait sa diction. On était très loin du concours de Pierre Bouteiller pour entrer à Europe n°1 et de Jean-Christophe Averty pour faire de son zozotement un art radiophonique.

Ce "Livre blanc", à la jolie tranche rouge, a le mérite de prendre le point de vue des auteur-e-s et de tourner autour pour essayer de brosser, à la rentrée radiophonique 2016, un état des lieux. Dès le premier chapitre il assène "les auteurs de documentaire n'arrivent pas à vivre de leur travail". Ça commence mal mais ça commence réaliste. Aussi réaliste que la position de la directrice de France Culture qui elle aussi assène "Je préfère 40 auteurs réguliers à 150 occasionnels". La messe est dite. Elle ajoute : "Depuis que je suis à la tête des programmes de France Culture je veille à ce que les auteurs producteurs fidèles puissent faire leurs heures d'intermittence. J'ai besoin de compter sur des gens pour faire de la radio."

Deux choses. "Je préfère 40 auteurs réguliers". Bigre ! Mais comment donc ont pu faire MM. Jaigu, Borzeix, Veinstein (5) pour, à la fois inventer les producteurs-tournants et surtout les fidéliser sur la longue durée ?  "Fidèle" ? Combien de producteurs qui auraient tant aimé être fidèles se sont vus refuser des projets ? La notion de fidélité est donc ici tout à fait relative. Annonçant "La série documentaire" (6) Treiner précise "Partir pour un seul documentaire ce n'est pas raisonnable. On doit garantir l'emploi de l'argent public." (sic). Grotesque et superfétatoire. Pourvu que tous les auteurs de documentaire (d'un seul épisode), depuis le début des années 70, ne se voient pas dans l'obligation de rembourser l'argent public dûment gagné et dont les responsables n'auraient pas été comptables ! Quel délire ! Il y a d'autres façons de revendiquer un choix éditorial.



La radio, une sorte d'easy-listening
Kathleen Evin, productrice à France Inter a mal à sa radio. Quand elle est rentrée à Radio France en 1988, "la radio mettait ses moyens techniques à votre disposition" et constate que "c'était même une mission de cette radio : se créer son propre vivier de nouveaux talents." Et Evin, notant que "Radio France ne cesse de créer de nouveaux postes : à la communication, au marketing, au web" emploie le même mot que moi : "l'antenne est devenue une variable d'ajustement dans une période où l'on nous demande des économies". Variable d'ajustement ! Quand j'écrivais dans mon billet d'hier "Comme si tout à coup la fabrique de la radio devenait "accessoire". Et amère elle décrit "La radio ne sera plus bientôt qu'un petit événement non rentable dans ce lieu dédié à des activités bien plus rémunératrices." 

C'était ça la mue. Celle qui s'installait après la mue du bâtiment. Faire table rase du passé et dans un lieu architectural exceptionnel, la Maison de la radio, faire défiler la mode. Dans des studios rénovés faire défiler la pub. Donner de cette Maison une toute autre image et laisser sans voix producteurs, réalisateurs et ingénieurs du son définitivement déchargés de faire (de) la radio. Ce qu'un auteur résume par "On est invisibles" (7). Et pour enfoncer le clou de la précarité "On est tout le temps en concurrence les uns avec les autres, [les auteurs, ndlr]. Personne ne se fait confiance. On ne peut pas discuter entre nous. Tout le monde a peur de se faire piquer ses idées et sa place de précaire." Et pire encore "Pour Radio France quand je suis payé pour six jours, ça correspond en fait à un mois de travail. Je fais du bénévolat pour Radio France." CQFD.



Le "mag-do" ou "venez comme vous… n'êtes plus"
Et l'auditeur "ignorant" de se régaler d'écouter confortablement sa radio publique sur tous les supports. S'il savait ! Et je vois enfin écrit ce qu'Alain Veinstein avait prédit dans "Radio Sauvage", "La radio dominée par l'information" au chapitre 6 de ce livre blanc. Et de lâcher le barbarisme "journalissisation". Burp ! "Ils ne veulent plus parler de documentaire ou de longs formats à France Inter mais de "magazine-documentaire". Ils ont même inventé le terme de "mag-do". Le collectif des Producteurs de Radio France (Docrf) s'insurge : "Nous croulons sous une information qui parle de tout et dans un temps toujours plus court. Dans ce concert frénétique ou le singulier, le rare, le sensible, le fouillé peinent à exister, comment pourrait-on se priver de l'oxygène offert par le documentaire radiophonique."

Grilles, cellules, chaînes
"Car voilà une autre explication du formatage de la radio, elle serait incapable d'assouplir sa grille de programmes et de penser d'autres formes que la forme horaire." D'autres s'y sont essayés et s'y sont cassés les dents. Jean Garretto directeur d'Inter (1983-1988) et ses "pleins et déliés" à l'image de ce qu'il avait testé à "L'oreille en coin" (8) avec son alter-ego Pierre Codou.

"Quand la radio sort de ses murs, quand la radio émet sans antenne, elle est joyeuse" peut-on lire page 44 de ce "Livre blanc". Comme Lebrun (Jean) sur les toits de Paris dans "Culture matin", Mermet "Là-bas si j'y suis", "Comme un bruit qui court" d'Antoine Chao, "Le Pays d'ici" , "La  matinée des autres", "La série documentaire" sur France Culture. Quelques émissions passées et, quelques-unes toujours à l'antenne mais, les îlots d'"ailleurs" se font de plus en plus rares. La radio se confine dans les studios, s'aseptise et s'enferme dans la triple culture de l'Humoriste, de l'Invité et du Chroniqueur. Y'a comme un Hic !



"Il y a un monde où la radio peut se permettre de jouer de manière totalement décomplexée. Ce rêve de radio a reçu très vite des retours gratifiants de la part des auditeurs qui apprécient la liberté qu'on déploie chaque jour et qui découvrent de nouvelles manières d'écouter." dit Floriane Pochon (Phaune radio). Et elle conclut son long interview où, elle montre l'"imagin' on air" que se donne Phaune radio, par : "Ce qui compte, c'est de raconter un horizon, proche ou lointain, plausible ou improbable, minuscule ou immense, fragile ou puissant, apaisant ou dangereux, mais un horizon en mouvement."

N'est-ce pas la plus merveilleuse introduction à la radio de demain ? À celle qui reste à continuer d'inventer.

Le feuilleton "auteurs" a commencé ici



Cette journée de la Scam a donné lieu à la rédaction de 6 billets, dont :
• http://radiofanch.blogspot.fr/2017/03/la-radio-est-un-objet-oublie-des.html
• http://radiofanch.blogspot.fr/2017/03/la-radio-est-un-objet-oublie-des24.html
• http://radiofanch.blogspot.fr/2017/03/la-radio-est-un-objet-oublie-des25.html
• http://radiofanch.blogspot.fr/2017/04/quelle-place-pour-les-auteurs-radio-12.html
• http://radiofanch.blogspot.fr/2017/04/quelle-place-pour-les-auteurs-radio-22.html

(1) Société Civile des Auteurs Multimédia. Enquête et rédaction : Hervé Marchon, 

(2) 1999 qui correspond à l'année où Jean-Marie Cavada est nommé Pdg de Radio France et nomme Laure Adler (France Culture), Jean-Luc Hees (France Inter), Pierre Bouteiller (France Musique), Patrick Pépin (France Bleu, à partir de 2000 et la création du réseau), Michel Polacco (France Info en 2002), Le Mouv' (Marc Garcia), [Fip, Dominique Pensec, depuis 1994 et jusqu'en 2010], ,

(3) Je parle ici de la radio publique,
(4) Présidente de la commission du répertoire sonore de la Scam,
(5) Jaigu et Borzeix, directeurs de France Culture. Veinstein coordinateur des "Nuits magnétiques" et de "Surpris par la nuit",

(6) Depuis la rentrée 2016, coordination de Perrine Kervran. J'ai eu l'occasion de montrer comment en "imposant" au même producteur quatre heures de documentaire, celui-ci peut ou non être en mesure de les réaliser quand, dans certains cas, il serait plus à même d'en réaliser une seule,

(7) "Le château de cartes économique des auteurs", page 17, 
(8) "Les pleins et les déliés" s'installaient les après-midi de 13h30 à 19h, alternant formats longs, formats courts contre lesquels les barons de la chaîne s'étaient rebellés (Artur, Bouteiller, Chancel, Villers).

mercredi 5 avril 2017

Quelle place pour les auteurs radio ? 2/3

À la suite de mes billets sur le premier débat de la journée à la Scam du 27 septembre 2016, dont le thème était "Quelle place pour les auteurs ?", j'ai relevé les principales prises de parole de la deuxième table ronde, ici. À mon tour de formuler un point de vue.

Et Carole subtile n'a pas dit "cherche sa voix"
…avec sa jolie voix d'anglaise !























Pascale Clark, productrice affirme : "Il faudrait ouvrir les portes et les fenêtres de ces antennes qui restent très claquemurées". Si ses propos valent pour le temps présent, ils ne manquent pas de me faire réagir. On a beaucoup de mal à se souvenir que Clark ait fait autre chose ces vingt dernières années que du studio !!!!! (1) Et en quoi sortir des studios confèrerait-il mieux le statut d'auteur ? Clark précise être productrice plus qu'auteur. Elle constate l'attente des auteurs qui, sur le terrain, avec leurs productions/créations ne disposeraient plus d'espaces de diffusion et ce, plus du tout sur les chaines de la radio publique.

Pourtant France Inter a longtemps impliqué ou sollicité les auditeurs pour qu'ils "interagissent" dans les émissions. Pierre Wiehn (2) avec "Envoyé spécial" incitait les candidats journalistes à proposer un reportage. Celui-ci, s'il était sélectionné, passait à l'antenne. En 1973, et pendant deux ans, Claude Villers avec "Pas de Panique" (3) mettra à l'antenne tous les soirs l'enregistrement d'un auditeur avec l'accroche suivante : "Vous n'écoutez plus "Pas de Panique", c'est "Pas de Panique" qui vous écoute".



En 1987, Brigitte Vincent (Productrice) et Gilles Davidas (Réalisateur) créent 15-115. L'idée de Brigitte Vincent était la suivante : "Qu'est-ce qui fait la différence entre un professionnel (radio) et un amateur (auditeur) ? Le pro a quelque chose à dire tous les jours, l'auditeur a aussi quelque chose à dire une fois". 15-115 naîtra de cette idée, et chaque jour un auditeur différent aura la parole !

 

Pour la saison 1982-1983, ce sont "Les bleus de la nuit" (4) d'où "sortiront" Philippe Garbit (France Culture), Philippe Dana, Christophe Dechavanne. Alors qui a empêché Pascale Clark, depuis 1995, de faire sortir ses chroniqueurs et/ou journalistes du cadre étroit du studio ?

Marie Richeux quant-à elle s'interrogeait "La question financière est essentielle et tant qu'on ne l'aura pas réglée par des questions de transparence on ne pourra pas agir." Ce qui semble surtout incroyable c'est que les budgets en diminution rognent sur ce qui est l'essentiel de la radio publique en France, sa production. Et les moyens y afférent (studios, cellules de montage, matériel technique, équipe de réalisation/réalisateur/ingé-son, déplacements). Comment a-t-on pu en arriver la ?



Qui a pu imaginer que toute une galaxie de nouveaux métiers verraient le jour AUTOUR de la radio pour, entre autres, faire vivre les sites web, et que par "financements à la baisse induits" on diminuerait de façon drastique les moyens de vie et de développement des métiers initiaux et vitaux à la fabrique de la radio ? Comme si tout à coup la fabrique de la radio devenait "accessoire" ? Comme si elle n'était plus l'objet même de la radio ? Comme si elle n'était pas le cœur ou le poumon de la Maison de la radio ? Comme si tout d'un coup ces "vieux métiers" passaient après ceux générés par le numérique ? 




Serait-ce le plan stratégique de Mathieu Gallet connu des seuls sages du CSA ? Secret le mieux gardé de la République ! Alors comment le plan stratégique d'une entreprise publique pourrait-il être caché au personnel de Radio France et aux usagers de ce service public (5) ? Comment la ministre de la Culture de l'époque a t-elle pu cautionner un tel déni de démocratie ? Comment le Président du CSA se drapant dans la loi en vient-il à cautionner une telle forfanterie ? Comment députés et sénateurs ont pu acceptés d'être dépossédés de l'autorité qui leur est conférée pour ne pas imposer la publication de ce plan stratégique ?

Mais qui a évoqué lors de ces deux tables rondes ce point de blocage qui influe sur les orientations éditoriales et les choix financiers ? Même si Christophe Deleu a souligné : "Jamais les charges de Radio France n'ont été aussi précises que dans le texte de 1986. Et que dans ce texte figurent "documentaire, fiction et création radiophonique". Et que "la fonction de recherche d'émissions nouvelles du service public [le tâtonnement expérimental, ndlr] ne se fasse plus. Qu'il n'y ait plus ce temps de réflexion, d'ouverture. Il ne faudrait pas que ces auteurs [nouveaux, ndlr] pensent qu'ils n'ont pas leur place sur le service public."



Une fois le nouveau Président de la République connu, et la/le Ministre de la Culture, je suggérerai bien à la Scam d'organiser une nouvelle journée de réflexion sur les questions posées par Richeux et Deleu. Car pour permettre de répondre complètement à la question "Quelle place pour les auteurs ?" il apparaît clairement que l'orientation stratégique et éditoriale influence et influencera la place des auteurs dans les grilles de programme des chaînes de Radio France.
Demain Le Livre blanc

(1) Débute à France Inter en 1995 et travaillera pour la chaîne treize années jusqu'à la fin de saison 2015-2016,
(2) Avant d'être directeur de France Inter (1973-1981), Wiehn animera plusieurs émissions sur la chaîne. "Envoyé spécial" (1970-1972) sacrera Patrick Poivre d'Arvor en 1971,
(3) 1973-1975, 20h-22h,

(4) Animée par Michel Bichebois, réalisatrice Monique Bailly ; 3h-4h30,
(5) Alors que le plan stratégique de Madame Ernotte pour France Télévision a été rendu public !

mardi 4 avril 2017

Quelle place pour les auteurs radio ? 1/3

À la suite de mes billets sur le premier débat de la journée à la Scam du 27 septembre 2016, dont le thème était "Quelle place pour les auteurs ?", Etienne Noiseau, animateur du blog Syntone m'a demandé, sur Twitter, si je chroniquerais la 2ème table ronde ? Quelle reconnaissance, quel pouvoir, quelle responsabilité ! Je l'engage, au delà de la lecture de ce billet, comme j'engage mes lecteurs, à prendre le temps de regarder la vidéo ci-dessous. Je connais les cinq protagonistes autour de la "table ronde" et, quatre d'entre eux me connaissent. Le billet ci-dessous, comme les 1810 précédents, sera le fait de ma subjectivité pleine et entière, de mes écoutes, de mes souvenirs radiophoniques et de mon attachement à l'histoire de la radio.




Arnaud Contreras dit à propos de la notion d'auteur et de ce qu'il se revendique être : "Je suis profondément auteur. C'est un engagement. Ça part d'une l'écriture. D'une idée qu'on couche sur papier. Et on va essayer de trouver de la respiration à la radio pour diffuser cette idée vers les autres…" Contreras fait bien de distinguer "Ça dépend qui on a en face de nous ?" Et de donner des exemples parlant. Et surtout de préciser que "pour le métier d'auteur, la rémunération n'existe pas."

Pascale Clark, elle, distingue les auteurs qui interviennent aux "Programmes et sont intermittents" et les auteurs "à la Rédaction qui sont en CDI" (1). Christophe Deleu revient sur la distinction journaliste/auteur, et précise qu'il est "toujours intéressant de faire un saut dans l'histoire pour voir comment ça se passait avant pas pour le regretter mais pour s'interroger. Je pense qu'aujourd'hui le constat c'est que tout s'est rigidifié autour des statuts. Et quand la radio s'est créée ce n'était pas le cas ; les journalistes étaient aussi auteur de fictions."

Deleu de prendre ensuite l'exemple d'un directeur de la rédaction de l'"équivalent de France Inter avant guerre", qui "était critique radiophonique, Carlos Larronde, et auteur de fictions… Paul Deharme, qui était un grand auteur de fiction, était aussi directeur de RTL… Les journalistes sont aussi responsables, qui ont chassé l'écrivain qui était en eux." Deleu précise qu'on n'apprend plus aux étudiants à n'être que des journalistes de news et que lui-même au Cuej (Strasbourg) leur apprend le documentaire radio. 










Pochon, s'appuie sur l'étymologie du mot auteur, "s'autorise à"  pour expliquer sa propre démarche de création. "Un auteur est quelqu'un qui s'autorise à". Comme le mot "œuvre qui veut dire ouvrir. L'idée c'est à partir d'une œuvre singulière, un auteur qui prend des libertés, qui ne fait pas que répondre à un format, qui va essayer d'ouvrir des espaces,…" Pochon précise la démarche de Phaune radio et son choix d'exister à côté des autres diffusions radiophoniques. "À un moment si l'offre se réduit comme ça c'est qu'on nous fait croire qu'il n'y a plus que ça en fait. C'est juste pas vrai. Il faut juste se dire qu'autre chose est possible et conférer aux gens ce pouvoir-là. Arrêter de confisquer le désir des gens. De décider à leur place qu'is ont envie de regarder des humoristes sur Facebook…"

Reconnaissons à Pascale Clark de constater qu'il n'y a "plus de son. Plus de moyens pour le son sur les antennes publiques." À la question "ça coûte trop cher [la fabrique documentaire, ndlr] ? Contreras "À Radio France on ne parle pas d'argent, on parle de moyens. C'est mobiliser un certain nombre de techniciens sur un tournage. [C'est le mot employé par Arnaud]. Par exemple j'ai la possibilité d'embarquer sur un bateau pour un mois et demi. On me dit non car il va falloir embarquer un technicien. C'est [ça, ndlr] les moyens. Mais il y a des plans B. La maison de la radio c'est la Maison des Plans B. Des plans B, C, D… Et on arrive souvent en bonne intelligence à trouver une solution." Mais Contreras est formel 'On ne peut plus vivre du documentaire".

Mais Contreras pense que "ce sera mieux demain, même si aujourd'hui la rémunération d'un doc ou d'un grand reportage pour RFI est délirante vis à vis du travail investi. En revanche, les auteurs radio on commence à les retrouver dans des expositions à faire du design sonore, sur des sites internet, dans du spectacle vivant… Les auteurs ne servent plus [seulement, ndlr] à la récréation sonore mais à la création sonore. Ils apportent des univers qui ne sont plus uniquement dans la voiture ou la cuisine. Je suis très optimiste pour la vie des auteurs sonores et la vie des auteurs radio."











Floriane Pochon explique qu'hors-cadre, comprendre hors-cadre de la radio publique, différentes expériences radiophoniques ou soniques menées par Phaune Radio montrent que "l'écoute et le son deviennent des agents de transformation du monde et du coup on récupère aussi des pouvoirs d'action dessus." [J'imagine que Floriane veut parler de pouvoir d'action sur l'écoute des auditeurs, ndlr]. Marie Richeux "Une grande force d'auteur qu'on a c'est de dire qu'est-ce qu'on fait avec les moyens dont on dispose. Et ça il faut être capable de le défendre."

Deleu : "J'ai peur qu'aujourd'hui la fonction de recherche d'émissions nouvelles du service public [le tâtonnement expérimental, ndlr] ne se fasse plus. Qu'il n'y ait plus ce temps de réflexion, d'ouverture. Il ne faudrait pas que ces auteurs [nouveaux, ndlr] pensent qu'ils n'ont pas leur place sur le service public. On a un paysage foisonnant qui est en train de s'éclater complètement. Et Mermet, Clark ont migré du service public."

Clark : "On a plus besoin de studio [pour faire Boxsons, ndlr]. C'est nous qui allons vers les gens. Il faudrait ouvrir les portes et les fenêtres de ces antennes qui restent très claquemurées." Contreras "On sort de moins en moins des studios mais on peut encore sortir. Grâce aux bourses Scam, très clairement. Ce n'est plus la radio qui finance ces longs déplacements d'auteur." 

Richeux "La question financière est essentielle et tant qu'on ne l'aura pas réglée par des questions de transparence on ne pourra pas agir. Il faut accepter la déprise [donner le micro aux jeunes et à d'autres]. Cette déprise touche à l'organisation de Radio France. Il y a une grille, tu as une émission d'une heure tu es payée pour. Est-ce qu'on ne peut pas bouger ça ? Si le gâteau est trop petit pour trop de demandes partageons le gâteau. S'il faut faire tourner la parole, est-ce qu'il ne faut pas que je ne sois pas là tout le temps ? [cinq jours par semaine, ndlr]" 














Deleu : "Jamais les charges de Radio France n'ont été aussi précises que dans le texte de 1986. Et que dans ce texte figurent "documentaire, fiction et création radiophonique". Pourquoi n'y a-t-il plus aucun magazine d'information sur France Bleu. Ils faisaient remonter des sons des territoires et ils ont tous disparu en 15 ans". Deleu reprend la proposition de Loïc Chusseaux (Jet FM) sur un Centre National de la Radio qui "pourrait être un guichet pour financer la création radiophonique des radios associatives". Il rappelle aussi que "les Belges font ça depuis longtemps avec le Fonds d'Aide à la Création Radiophonique. Par une taxe prélevée sur les recettes publicitaires des radios privées".

Avenir de la radio
Contreras arrive à se projeter dans "la magie de la radio". Il regrette que dans le rapport (Livre blanc) il n'y ait pas les radios privées. Et de citer deux exemples avec Radio Nova et RMC. Richeux "En tant qu'auditrice je serai optimiste sur le podcast. J'ai envie d'écouter. Il y a une place dans ma vie pour ça". Clark "Ce collectif (Boxsons) draine tellement de personnes qu'on espère que ce sera contagieux". Pochon "J'aimerais bien qu'on fasse de la radio ensemble [entre tous les participants de la table ronde, ndlr]. Deleu espère que "dans 25 ans le plan RNT soit en place".

Questions de la salle 
Alexandre Heraud (ex-producteur à Radio France) "J'ai fait un rêve ou des cauchemars parce qu je ne suis plus à Radio France. Le reve plutot que de voir cet éparpillement de l'offre qui arrive, ne pourrait-on imaginer un lieu qui soit une véritable plate-forme de podcasts dans toute sa diversité". Floriane Pochon répond "La Scam, Netflix de la création sonore". Et évoque une expérience qui s'appelle le garage Podcast à Boston.. Pascale Clark parle de "mettre des moyens en commun et de fédérer des choses". Marie Richeux "Pour des lieux techniques partagés en les mutualisant, mais l'atomisation [des structures de création/diffusion, ndlr) ne me fait pas peur.

Joël Ronez (ex-directeur des Nouveaux Médias à Radio France) "On devrait se poser la question "a quoi sert la radio ? Pourquoi ne demande t-on pas à Radio France de faire de la production déléguée, mais de la vraie production déléguée ? Sylvie Andreu (ex productrice à France culture) pense que la première table ronde aurait du écouter la deuxième et qu'il serait bon de tout recommencer."

Demain, mes réactions et mon point de vue



Floriane Pochon, (Phaune Radio), Arnaud Contreras (France Culture, Radio France Internationale), Marie Richeux, (France Culture), Laurence Garcia (France Inter), Pascale Clark (BoxSons), 
Christophe Deleu (professeur, Centre Universitaire d'Enseignement du Journalisme, auteur radio) 

(1) Le lecteur passionné se reportera au billet sur une "anecdote" qui opposa P. Bouteiller, directeur de France Inter, et l'ensemble des producteurs de la chaine, un certain 11 novembre 1989,

Note de l'éditeur
Soyons clair, pour la retranscription ici de cette deuxième table ronde, j'ai passé beaucoup de temps (5h). Écoute, choix des paroles à mettre en avant, retranscription. C'est un travail fastidieux. Non rémunéré et que quelques lecteurs, chercheurs et confrères auront sans doute du plaisir à lire. La moindre des choses serait que pour les reprises écrites les auteurs aient la correction minimum de me citer. Pas pour ma gloire mais pour le respect minimum du travail accompli. Personne n'a fait ce travail, pourtant nécessaire. La qualité des intervenants et de leur propos en valaient la peine. Pour autant, ce ne sont pas les articles les plus passionnants à "écrire", car ils impliquent un temps passé qu'aucune rédaction accepterait de rémunérer aujourd'hui.

dimanche 2 avril 2017

Manège d'été à France Musique… (29/33)



Pendant deux mois, cet été 2016, Laurent Valero et Thierry Jousse, séparément, nous ont offert deux heures quotidiennes de petits bijoux musicaux. Deux heures, de dix-huit à vingt heures, qui passent, fuient et puis, le vingt-six août c'est fini. Mais c'est quand même pas possible de laisser s'envoler une telle richesse dans l'éphémère. Alors, comme je l'ai fait moi-même (souvent l'émission à peine finie) je vous propose de réécouter chaque dimanche (idéal) un épisode de leur saga d'été. Juste avant de les retrouver ensemble à 18h, ce dimanche sur France Musique pour le nouvel "Easy tempo". 

Lundi 22 août. Là vous aurez tout. La plage. La mer. Le soleil. Les parasols. Les cabines de plages. Les transats. Et les garçons de plage avec leur planche de surf. Mesdames et Messieurs "The beach boys". Une occasion unique de réviser vos classiques ou de prendre une très grande leçon de rock n' roll. De (re)visiter "Pet sounds" leur chef d'œuvre, "plus grand album de tous les temps". Mais Jousse commence par rendre hommage à l'harmoniciste Toots Thielemans qui vient de décéder. Trois morceaux dont le "I never told you" ici avec Quincy Jones. Et son magnifique sifflement avec Vladimir Cosma pour le film "Salut l'artiste" d'Yves Robert et, Eddy Louiss, orgue pour une "Valse sifflotante".

The Coasters "Along Came Jones" pourrait vous rappeler un certain Henri Salvador qui faisait son Zorro/Zozo ! Mais bon j'ai plus de plaisir avec The Ronettes 
"Walking in the Rain" et la patte de Phil Spector. Ou Veronica (Rony), sa femme, qui chante "So Young ". Ce retour de plage est "Total sixties". Transistor et bikini. Et l'on enchaîne avec The Beach Boys "I’m so Young ". Allez un peu de Tarantino et surtout Dick Dale & his Del-Tones "Hava Nagila". Tarantino est un génie et Jousse son cousin. Uh uh !

Ce qui est important c'est de se remettre dans le bain ! Olé ! Fallait la faire celle-là. Le charme de la musique. D'un bon programme. D'un M.C. au top. Jousse tape dans le mille. "Pete Sounds" + Brian Wilson et il ne reste plus qu'à surfer… sur la vague de l'été 66 avec sa part d'insouciance et de romantisme puisqu' "Un homme et une femme" de Claude Lelouch remportera la Palme d'Or à Cannes.

Et pour conclure savourez donc ce sorbet "God only Knows" par The Four King Cousins  que Macca considérait comme la plus grande chanson de tous les temps. Rideau !

Et today sur France Musique, retrouvez les compères 
à 18h pour un Easy tempo "Balades italiennes". 



* Générique : Ennio Morricone avec la voix d’Edda dell’Orso 
Une Voce allo Specchio, extrait de la BO de La Stagione dei Sensi.