mardi 7 mai 2013

Le bateleur, le documenteur et le professeur…

Jean-Noël Jeanneney à la Sorbonne








Comme ça tombe bien ! Le 6 mai 2013, un lundi, de quoi envoyer la pompe, le ban, l'arrière ban pour que les radios s'en donnent à cœur joie pour commenter une année de présidence de François Hollande. Europe 1, jamais étouffée par l'emphase, annonce une journée d'analyses, de commentaires et d'invités qui, en tout et pour tout, interviendront dans les trois sessions d'info de la journée et, hors info, dans l'émission d'histoire de Franck Ferrand. Parler de journée participe donc de la "retape" de foire. J'ai écouté un petit morceau de la matinale animée par Bruce Toussaint, et ai surtout entendu un formidable bateleur, speedé par le temps qui court et, qui fait de son mieux pour nous faire accroire que la journée est exceptionnelle sur Europe 1. L'exception n'allant pas jusqu'à bouleverser le "timing" serré qui, comme toujours, fait la part belle à la publicité. Mon cerveau n'étant pas disponible pour séparer, en temps réel, le bon grain de l'ivraie, j'ai changé de crèmerie (1).

Et puis, à 17h sur France Culture, en pleine actu chaude, "Sur les docks" a eu la très bonne idée d'une rencontre avec Patrick Rotman, historien d'images, documentariste, qui depuis plus de trente ans tourne autour du pouvoir (2). "Sur les docks" proposait, en écho de l'actu chaude, à sa façon, à sa "patte"… documentaire, hors urgence, sans se renier, sans vouloir coller à tout prix à l' immédiate actualité, en proposant un autre regard sur un événement ponctuel. Sans surtout vouloir à tout prix coller au thème de l'émission qui suit sur la chaîne. Le documentaire d'hier, qui faisait la part belle à un documentariste d'images, était stimulant et se passait d'images, tant le propos de Rotman et ses archives sonores étaient explicites (3). Pour une fois Patrick Rotman (et il l'explique dans le documentaire) a fait ses propres images d'"archive" pour rendre compte de l'histoire, et m'a absolument donné envie de voir son film.

C'est l'occasion de dire que l'identité forte de "Sur les Docks" doit être mise en valeur en tant que telle, mise en avant dans le programme et sur le site, et non pas "absorbée" dans un programme générique. 

 

Et puis il y a au-dessus de la nasse, l'historien, celui qui nous enchante le samedi matin, dans "Concordance des temps" sur France Culture, et celui qui, le 6 avril à La Sorbonne donnait une leçon : "Nous avons un formidable besoin de hiérarchisation du vrac". Qu'ajouter si ce n'est de dire qu'il faut prendre le temps d'écouter ses analyses et ses hypothèses qui relativisent aussi l'écoute à marche forcée de l'actualité.

Europe 1, par son tempo renforce le stress de l'info, "Sur les Docks" regarde à 360° "autour", France Culture se donne assez souvent la distance indispensable. Il n'y a donc aucune raison pour que, sur cette chaîne, l'information domine les programmes quand, parmi les programmes, plusieurs émissions sont un contrepoint nécessaire aux sessions d'information. Si le projet "de rapprocher les programmes de l'info" est à l'initiative d'un seul homme, Jean-Marc Four,(4) il ne se justifie en rien quand on peut observer que plusieurs émissions n'ont pas besoin du label "information" pour y participer. Cette façon dépassée d'imposer l'information "à tous les étages" pourrait ressembler à de l'hégémonie. Ce serait un sacré paradoxe pour une chaîne qui revendique le pluri-culturel, la DIVERSITÉ des approches et de ses producteurs. Il n'y a pas que les journalistes qui doivent/peuvent faire de la radio. 

L'histoire même de la radio publique montre que ce sont ces fameux "saltimbanques" et ces journalistes qui, ensemble, ont façonné son histoire. Modestement, je ne pense pas que l'historien des médias, Jean-Noël Jeanneney, me contredirait. 

(1) On pardonnera la trivialité de mon propos, mais entre une boutique où il y a plus de promotion que de réflexion, et une autre où l'on peut commencer à penser, j'ai fait mon choix,
(2) Films documentaires sur Mitterrand et Chirac ,
(3) Je me souviens de son émission à la télévision avec Laure Adler, "Les brûlures de l'histoire",
(4) Dont c'était le projet personnel en intégrant la rédaction de France Culture,  

Du coup l'ange vint et fabriqua pour sa carte blanche de Longueur d'Ondes 2010, ceci :

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