vendredi 14 décembre 2018

Documentaire radio : péril en la demeure…

Vous noterez, mes chers auditeurs-lecteurs, que mon titre va parler de radio et pas du tout des autres formes audio qui diffusent du documentaire. La communication "moderne" a envahit l'information. Aujourd'hui n'importe quel Pdg-Pdgère d'une entreprise publique audiovisuelle peut dire ce qu'il-elle veut pour asséner ses "vérités" au détriment du réel. Plusieurs articles de ce blog l'ont démontré : la méthode Coué largement utilisée par Mathieu Gallet, l'ex-Pdg de Radio France a décomplexé les directeurs de chaîne qui se sont engouffrés dans la communication au risque de l'enfumage (a minima), des contre-vérités (a maxima). Il en va ainsi du documentaire à France Culture qui n'en finit pas, depuis plus de vingt-cinq ans, de perdre des heures de création et par là-même des heures de diffusion.
Photo de famille avec Salvador Allende en 1972
à Santiago du Chili © Rodrigo Gomez Rovira
















Cette image est extraite du documentaire d'Alain Devalpo et Jean-Philippe Navarre diffusé en 2013 sur France Culture (1). Il me fallait une image, j'ai choisi celle qui me touche le plus. Comme je l'ai écrit en début de semaine, Laure Adler, directrice de la chaîne de 1999 à 2005 a dézingué le documentaire et plusieurs principes de la "marque de fabrique" France Culture. Exit le plus possible les émissions élaborées, place au direct et uniformisation des formats à 60', soit l'heure devenue l'étalon de la bonne mesure audio. Ben voyons Léon ! 

Adler a passé par pertes et profits "Le bon plaisir" (3h), rabioté des heures à "La matinée des autres(2) et à l'"Atelier de Création Radiophonique" et bien d'autres au titre du "fait du prince" en l'occurence du fait de la princesse. Laure Adler s'appuyait sur le rapport d'un cadre de Radio France, Arnaud Teneze (3) qui n'y allait pas par quatre chemins pour suggérer la mutation de Culture en un genre de radio très formatée. Depuis Adler on assiste donc à la diminution progressive - et inexorable- du temps d'antenne pour ce genre radiophonique par excellence qu'est le documentaire.

À la rentrée 2018, la nouvelle grille de France Culture a supprimé 1h de "Creation on air" (4). Une pétition continue de circuler… Le personnel de Radio France se mobilise, essaye d'avoir un entretien avec Sibyle Veil, en vain, et Sandrine Treiner invente "L'Expérience"… qui sera à l'antenne en février prochain. Diantre en voilà un titre ! Et la ronflette suit : "C’est un espace libéré des genres radiophoniques (magazine, reportage, documentaire, fiction...), qui s’en affranchit ou qui les mêle…" Diluer le documentaire parmi les autres genres voilà bien de quoi le noyer une fois de plus. Dans le même temps Treiner annonce et décrète que le format sera d'une heure. C'est là qu'il convient de se taper sur les cuisses (et je l'ai fait pendant quelques minutes histoire aussi de me réchauffer) ! "Espace libéré" mon œil… Espace peut-être mais format ultra-conventionnel.


L'ourse Cannelle qui avait donné lieu à un documentaire
d'Irène Omélianenko ("Le vif du sujet")
 sur France Culture en 2004















À qui madame Treiner fera croire que la création pourrait être "libérée" si le format est imposé ? Pendant cette "heure libérée" pourquoi ne pourrait-on entendre différents formats, sur le même thème ou sur des thèmes différents comme autrefois "Les passagers de la nuit" de Thomas Baumgartner ? Treiner préfère jouer l'emphase et discrètement glisser que le format sera celui qu'elle impose. "On" n'est pas des gogos et nous ne sommes pas nés de la dernière pluie. Ce revirement après avoir "tué" une heure de documentaire ressemble à de la poudre aux yeux et en l'occurence de la poudre aux oreilles. De quoi sans doute mettre assez vite le feu aux poudres (5) ?

L'innovation n'aurait-elle pas été de tenter les multi-formats, de bousculer une "zone de confort", d'adapter une grille et d'en accepter les contraintes d'organisation humaine, de planning, de moyens techniques ?… De jouer vraiment la création sans limite. En un mot "oser", soit tout ce que la radio publique ne sait plus faire depuis très longtemps déjà. 

(1) Chili 1973 : la révolution Allende, "Sur les docks", du 9 au 11 septembre 2013,
(2) Les deux premières émissions citées ont fini par disparaitre de la grille sous le mandat d'Adler, 
(3) "France Culture, mission de réflexion", Janvier-Avril 1997, 98 pages. Teneze (1932-2002) a pratiquement fait toute sa carrière à l'ORTF puis à Radio France, 

(4) Coordonné par Irène Omélianenko, documentariste. Diffusées jusqu'en juillet 2018, le mercredi et le jeudi à 23h. Aujourd'hui le dimanche à 23h…
(5) N'en déplaise au journaliste de Libération, Jérôme Lefilliâtre, qui il y a quelques jours ne manquait pas de dithyrambe pour écrire : "À France Culture les nouveaux chemins de la croissance" (27 novembre 2018).

Ici, un p'tit coup de baume au cœur avec ce morceau de Tom Jobim rendu populaire par la grâce de Pierre Bouteiller pour l'une de ses dernières émissions de France Inter (je sèche je ne retrouve pas le titre de l'émission… Dites-le moi si vous savez ;-)


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