Entendons-nous bien, je vais vous parler ici de radio (et non pas d'audio ou de podcasts). La radio quoi, cet objet du désir absolu d'écouter et de découvrir en se laissant porter par ce qu'on entend, au fil de l'eau, sans savoir à l'avance le contenu de ce qu'on va écouter (1). Ça vous parle ?
Eve Ruggieri ©AFP |
C'est sans doute ça l'enchantement révélé depuis l'enfance. S'accrocher à une émission pour savoir, pour comprendre, pour imaginer. Une concentration ultime et tendue. Il n'existe pas de résumé, de retour en arrière, de pause (et de fait, encore moins d'avance rapide). Et, qu'on écoute une émission habituelle ou une nouvelle émission ça ne change rien à la tension de… l'attention. J'ai toujours eu l'impression que la radio, dans ses émissions de programme et pas dans celles des informations, me racontait des histoires. Des histoires de tous les genres et de toutes les façons.
La radio a longtemps fait une place de choix aux conteurs, à Eve Ruggieri, à Claude Villers, à Claude Dominique et à Daniel Mermet (2). Alors déjà rien que pour entendre leurs histoires je me suis habitué, s'il y avait des conversations autour de moi, à garder l'oreille droite pour la radio, la gauche pour les interférences. Ce qui n'était pas entendu pendant le flux était perdu et ça, ce n'était juste pas possible. Cette pratique, ce tic d'écoute (un peu obsessionnel) m'a vite fait comprendre que j'étais dans la radio. En prise de haut voltage. Et que, corollaire induit, j'avais beaucoup de mal à m'en détacher (pendant mes heures de travail par exemple, ou pendant mes heures familiales).
Je portais la radio en bandoulière, vivant en même temps qu'elle et à son rythme, quand aujourd'hui le pod détemporalise et sort du contexte environnant. Je préfère être dans son pas et avoir la très nette impression que la radio s'adresse à moi comme à quelques milliers d'auditrices et d'auditeurs, eux aussi rivés au poste. Une attitude absolument has been. Une façon d'exister avec un média singulier qui poussait au compagnonnage sur la très longue durée. Voire sur toute une vie.
La mue opérée à Radio France a poussé à l'extinction de ces comportements et pratiques jusqu'à influencer les dits-programmes, à sur-utiliser les rediffusions et à faire croire que les podcasts dits-natifs (hors diffusion en flux) ne finiraient pas dans les grilles d'été sans plus aucune autre création originale. Je ne suis plus en phase avec cette radio-là, ces programmes-là et la succession de pods qui ne font pas un programme mais juste une liste désincarnée qui se picore au gré de ses humeurs et disponibilités. C'est moderne et glacial. Ce n'est plus de la radio, c'est déjà une plate forme, ouverte nuit et jour, pour consommer des produits audio, isolés quand, autrefois, ils vivaient ensemble au sein de la Maison… de la radio !
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