samedi 23 mai 2026

La radio, vous l'écoutez comment ?

Bon, commençons par nous mettre d'accord, il s'agira ici d'évoquer la radio de flux, et non pas ce machin qu'on agite comme un hochet qui serait synonyme de "liberté d'écoute". Vous êtes peut-être attachés à un geste tribal, celui de tourner un bouton sur un objet séculaire ou d'appuyer sur une commande. C'est un choix. C'est un moment intime. C'est se rendre disponible à l'écoute. Mais quelle écoute, car il s'agit bien de ça ? Un fond d'ambiance ou votre attention aiguë sur ce "qui passe à la radio" ? Au risque de constater que vous n'êtes jamais aussi attentif que quand c'est vous le "sélectionneur", au risque de dissocier temporalité et contenu. Ben oui, à quoi ça sert d'écouter dans le flux si ça ne change rien aau contenu ? Ben si ça change. Je vais essayer de donner quelques exemples désuets et dérisoires qui deviennent des marqueurs de vie. Même si ces marqueurs peuvent exister pour l'écoute "en différé"…
















Comme on fait sa nuit on se couche…
France Inter. Saison 1978/1979. Claude Villers, Monique Desbarbat, 22h/Minuit,
L'inventeur d'émissions qui ne reste jamais plus de deux ans dans le même fauteuil est entré dans la nuit depuis la rentrée de septembre 1978. Le titre de son émission dit tout de sa poésie, de sa fantaisie et de sa façon de se mettre justement dans la temporalité de son heure de diffusion. Ce soir là, après la fin de mon service (23h) je file écouter France Inter. Par la fenêtre du 3è étage, je regarde la ville bretonne illuminée et bien calme…

À l'antenne j'entends Lavilliers, puis encore Lavilliers. Ça dure plus de 3', mon attention est donc accrue. Villers désannonce "Le nouveau 33 tours de Bernard Lavilliers, "Pouvoirs"". Je ne sais plus si Villers a donné le titre du morceau. "Morceau" (1) qui dure 17'26" ! Jamais à la radio je n'ai entendu un morceau aussi long. On est au mois d'avril, époque où est sorti ce nouvel album du Stéphanois. J'ai dès le lendemain couru acheter le disque. La face A aura toujours la couleur de la nuit. La couleur de Rennes. La couleur (encore) des années 70.

Feedback…
France Inter. Saison 1979/1980. Bernard Lenoir, Michèle Soulier, 21h/22h,
Lundi 21 janvier (ou peut-être le 14 ?), Montbelliard. En formation pro, visite des usines Peugeot. La neige épaisse n'a pas fondu. Il fait froid et sec.  20h55. Dispositif transistor en place pour pas louper l'indicatif. "Eruption", Van Halen. 21h03. Fin du flash. Pas d'indicatif, pas d'annonce du Black. Un morceau démarre. Lenoir désannonce. "In the air tonight", Phil Collins. Oups ! La voix est beaucoup trop proche de celle de Peter Gabriel (leader du groupe Genesis, "dissout" en 1975 et dont Collins était le batteur) et le tatapoum ne présage rien de bon. Mais ce moment est gravé.

J'aurai l'occasion avec Bernard Lenoir, à Biarritz, d'évoquer ce moment-là. Il s'excusera presque de s'être laissé imposé/influencé par une attachée de presse sûrement très convaincante. Nous avons l'un et l'autre souri. Joli coup pour le label de Collins. Sale coup pour les droits de Van Halen ;-) 

J'ai, à travers ces deux exemples musicaux, fixé des moments radiophoniques exceptionnels pour moi (2). J'en ai encore de pleines charretées en mémoire. J'aime surtout être dans la même temporalité que la radio de flux et continuer à faire "ma petite histoire de la radio"

(1) Enchaînés : La peur, Frères de la côte, Sœurs de la zone, Frères humains synthétisés, Urubus, La peur… 
(2) En rédigeant ce billet, j'écoute Fip et à 9h18, comment résister à "Another TastePeace call (feat. Arp Frique & The Perpetual Singers), sélection Fip de mai 2026,

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