mercredi 14 décembre 2011

Radio roots…


Si tant est que la Normandie soit à l'ouest de la Belgique, même si elle n'est pas western. Si tant est qu'une fille veuille faire le chemin à l'envers de ses grands-parents, immigrés flamands entre les deux guerres, en basse-Normandie. Si tant est qu'elle tourne autour de ses racines, de celles des autres, de celles qui entraîneront son père à (re)venir en Belgique… Sonia Ringoot dans un documentaire sensible et touchant l'a… tenté. Elle vient de remporter le prix Schaeffer 2011 (1) pour "En quête de terre". Il mériterait d'être diffusé à la radio (2). Mais dans quelle émission ?

Là-bas si j'y suis (3) ? Il faudrait pour ça que Mermet fasse preuve d'abnégation pour ne pas interposer sa voix par dessus le documentaire et qu'il oublie 50mn tout ce qui "plombe" son émission. Il faudrait que Sonia Kronlund (4) ne le découpe pas en deux épisodes. Que "Sur les docks" ou mieux "L'atelier de création" (5) lui réservent une émission. Mais il faudrait surtout que ce documentaire soit précédé et succédé par du silence. Du "silence radio", soit quelque chose comme quelques sons tout juste émis, pour nous permettre de sortir doucement du sujet. Ici on ne peut pas être dans l'enfilage de perles. Évoquer la "mise en ondes" d'un documentaire nous fait toucher du doigt que la mode d'un sur-habillage d'antenne empêche définitivement les temps de "respiration".

Le sur-habillage d'antenne ce sont les intempestifs rappels en cours d'émission du nom de la chaîne et de l'émission en cours, c'est l'auto-promo en fin et début d'émission à laquelle il faut ajouter l'auto-promo des sept chaînes de Radio France et je ne parle pas des "parrainages" (sur Inter) qui en rajoutent pour détourner la pensée, ou stimuler l'"à côté". De ce qu'il fallait faire avec subtilité, les habilleurs en ont fait la "charge de la brigade légère" permanente en copiant les radios "périphériques" et surtout la télé. Pour garder l'auditeur on l'attrape comme une mouche avec du miel… dur.

Pour "En quête de terre" il faudrait nous laisser dans le train qui mène en Belgique ou ailleurs. Il faudrait nous laisser dans les paysages sonores qui défilent devant nos yeux et dans nos oreilles. Il faudrait nous laisser doucement revenir sur… terre !

(1) œuvre primée au festival Phonurgia Nova, des 10 et 11 décembre 2011,
(2) je ne traite ici que des radios publiques mais il a forcément sa place sur les indépendantes : Campus, Grenouille, Jet,
(3) France Inter, du lundi au vendredi, 15h
(4) France Culture, Les Pieds sur terre, du lundi au vendredi, 13h30
(5) France Culture, le mardi et le jeudi, 23h.

mardi 13 décembre 2011

Radio cryptée VS radio en clair…

À la différence des journalistes qui, à la rentrée des nouvelles grilles radio, parlent une fois d'une émission qu'ils n'ont écouté qu'une fois (ou vu puisqu'ils se déplacent pour regarder la radio !), j'aime bien suivre une émission sur la durée. Il en va ainsi de "Pas la peine de crier" (1) que j'écoute 3 ou 4 fois par semaine. Je l'ai dit dès septembre, Marie Richeux a ciselé son émission avec poésie, musiques, textes littéraires, et quelques boudoirs pour agrémenter la tea party. Mais hier, patatrac ! L'invité de Richeux doit être sous hypnose ou sous Prozac car son débit de langage et l'hermétisme de ses propos nous font un instant regretter d'avoir allumé la radio. On cherche en vain le décodeur ! On comprend rien à ce que grommele Gilles Amalvi, mais strictement rien. L'entretien avec l'écrivain est censé évoquer la danse et son Musée de Rennes ! Pourquoi un musée de la danse devrait-il s'évoquer par la parole ? Pourquoi pas ? Mais pourquoi être aussi abscons ou torturé pour en parler ? C'est l'heure du thé pas de l'insomnie fébrile ! J'enrage ! Ce n'est plus un dialogue mais une spirale de mots collés les uns aux autres qui se noient dans les abysses les plus profondes de la pensée hermétique ! Rideau !

Hier toujours, à 17h, Plan B, limpide ! (2) Bonnaud reçoit Tristane Banon. Elle s'explique et on mesure la douleur et l'infamie. Bonnaud n'en fait pas une conversation d'actualité, mais une affaire de société. Société qui va dans le mur, mais société quand même ! 

À 21h, Fip est à la Manœuvre ! Le rock-critic nous fait partager ses must et quelques aperçus de sa discothèque : "Après le succès du 1er tome de sa Discothèque rock idéale en 2005, Philippe Manœuvre poursuit sa sélection passionnée et ouvertement subjective. Un 2ème tome au sous-titre "101 disques à écouter avant la fin du monde". Il y célèbre l'art des pochettes de 33t, nous conte quelques anecdotes décalées, rend hommage à tous ces groupes de rock, de soul ou de jazz qu'il avait ignoré dans le précédent volume."

Voilà donc deux exemples de radio de qualité, décryptée, intelligible qui parle à ses auditeurs et qui partage. Pas besoin de décodeur ni d'aspirine. On est dedans ! Passée la terreur de Tristane Banon dont il fallait rendre compte avec tact comme Bonnaud sait le faire, Manœuvre "l'encyclopédie" nous a brossé, en deux heures, 50 ans de Rock n' Roll avec des anecdotes impayables et une énergie d'ado. Manœuvre peut rev'nir tous les soirs à la radio, on s'couchera pas d'si tôt (bon slogan). Vive la radio !

Et l'anecdote qui tue : en pleine écriture de son livre en janvier, Manœuvre assiste aux 40 ans de Fip ! Après le discours de Jean-Luc Hees (3), un morceau de musique s'intercale "I heard it through the grapevine" de Marvin Gaye, repris par Creedence Clearwater Revival. Et Manœuvre de clôturer sa soirée par ce morceau mythique, à plus d'un titre !

(1) France Culture, 16h, lundi au vendredi,
(2) Le Mouv', 17h, lundi au vendredi,
(3) Pdg de Radio France.

lundi 12 décembre 2011

Radio par ci, radio par là, radio partout…

Alexandra Kazan

Après EdF, c'est au tour de la Sncf de créer sa radio ! Et ce n'est qu'un début ! À lire Mathilde Girault des Échos, "à l’heure où les enjeux humains se posent avec une acuité accrue au sein de l’entreprise, à l’heure où la pression concurrentielle impose une individualisation des pratiques marketings, les départements de ressources humaines et de communication commencent aujourd’hui à s’emparer de ce nouveau média." Lire pour "nouveau média" la radio 2.0. À en croire Mathilde Girault "l’audience générée par les sites web de radio 2.0 concerne en France plus de 14 millions de visiteurs uniques par mois, (soit 1 internaute sur 3), son intégration dans des dispositifs web et mobiles offre une interactivité inédite, la souplesse de sa mise en place et la légèreté de ses moyens techniques favorise la réactivité… En découle une bien meilleure efficacité : utilisée en communication interne, la radio atteint des taux d’écoute parfois supérieur à 100% (en prenant en compte les réécoutes), bien loin de la portée de ses homologues."

Je crois l'avoir déjà écrit, la radio à toutes les sauces, de toutes façons et partout ne va t-elle pas banaliser le mot, l'esprit et la lettre même de la radio ? En quoi la communication permanente de la Sncf, d'info-traffic, d'un 17/20 du lundi au vendredi intégrant des chroniques (y a pas de raison que le syndrome ne touche pas la radio Sncf) comme "des bons plans, les voyages, la gastronomie, l'actualité musicale, TV, cinéma, littérature " (1), en quoi cela a à voir avec la radio ? Quel petit génie de communiquant "branchouille" a vendu le concept à la Sncf ? C'est quoi cette image moderne/tendance/pop de la radio que les dits communiquants n'écoutent pas beaucoup plus qu'au cours des matinales s'ils circulent en voiture, ou sur leur smartphone, casqués dans les transports en commun ?

Faudra t-il décerner à la radio un label comme cela a été le cas pour les librairies (2), ou une Appellation d'Origine Contrôlée (AOC) ? La banalisation, l'uniformisation, la répétition (des tics et des tocs radio) guettent. Mais ce pourrait être l'occasion pour la radio de se concentrer sur la création radiophonique et de se séparer - enfin - de toutes ses scories (3)  qui ne manqueront pas d'envahir ces radios 2.0.

Si vous pouvez m'aider dans ma recherche de : "l'origine d'une obsession tendance à créer des radios à toutes les sauces", je suis preneur.

(1) vous constaterez qu'il n'y a pas de chronique radio !!!
(2) LIR (Librairie Indépendante de Référence)
(3) chroniques, têtes à têtes complaisants, promos : tellement facile à faire.

dimanche 11 décembre 2011

Presse-papier, radio-parlée, mutations annoncées…


Photo: Sébastien Calvet


Je viens de voir le film "À la Une du New-York Times", où comment un média établi est entré dans la spirale du Web et constate que la vente papier risque "de se ramasser… à la pelle". Cela m'a fait penser au prochain documentaire de Nicolas Philibert. Au premier semestre de cette année il a passé six mois à la Maison de la radio pour filmer ce qu'on ne voit jamais et qui permet à notre imaginaire de se faire autant de "films" que d'émissions de radio.

Nicolas Philibert aime ce média : " « Le plaisir que je prends à écouter la radio tient pour beaucoup à l'invisibilité de ceux qui s'y expriment et des lieux où elle nous emmène. Depuis notre chambre, notre cuisine ou notre salle de bains, elle nous fait voyager partout sur la planète, dans toutes les sphères de la société, de la pensée ou de l'activité humaine. La radio rythme notre quotidien, le ritualise. Parfois, c'est juste un bruit qui nous rassure et qui nous rend un peu moins seuls. C'est aussi une multitude de timbres, d'intonations, d'accents et de voix familières... mais toujours sans visage.", déclare t-il à Télérama le 1er août 2011. Ceci posé qu'a t-il donc filmé ? Et que va t-il monter/montrer ? 

Il n'aura pas assisté à la première, ni aux suivantes, de "Radio France politique" (1), et son regard critique sur les "images radios" nous assure qu'il ne la filmera pas, et sûrement pas comme les caméras en studio, qui à l'heure actuelle capturent des images pour les sites Web : «C'est de la vidéosurveillance, juge à regret Nicolas Philibert, en tout cas, ça en a l'apparence. Ces webcams produisent des images anony­mes, impersonnelles, tout en à-plats. Pour ainsi dire, de la mauvaise télé­vision"

C'est dit, mais toute la démarche engagée autour des Nouveaux Médias sera t-elle abordée ? Sinon ce documentaire (bienvenu) risque de montrer un temps T où la radio ne s'agitait pas autour de l'image pour être visible sur les tablettes, smartphone et autres supports que la radio elle-même ?

Le film sur le New-York Times pose bien les problèmes de la presse papier, celui de Nicolas Philibert montrera t-il comment la radio se fabrique et avec qui ? Peut-être même ira t-il suggérer que la radio peut se passer de l'image ? Réponse probable en 2012 !
(à suivre)

(1) 4 septembre 2011,

samedi 10 décembre 2011

Le roman de Dhordain…

© Courrier picard

Dans ce livre publié en 1983 (1) j'ai pu retisser la toile de l'aventure radio, particulièrement parce que Dhordain lie les hommes, les étapes et les situations comme s'il s'agissait d'une grande famille qui se disperse au fur et à mesure des années (2). Les anecdotes sont sympas mais je suis resté sur ma faim à deux occasions :
• l'absence presque totale des femmes et leur histoire au sein du média, même si à une ou deux reprises il cite Agathe Mella (directrice d'Inter et de Culture), Annick Beauchamp (Madame Inter), Jacqueline Baudrier (1er Pdg de Radio France), Ménie Grégoire, Anne Gaillard. Mais ce, sans jamais s'étendre ni mettre en avant leur parcours. Il fait l'impasse totale sur Kriss (L'oreille en coin, Fip), sur les animatrices de cette Oreille (David, Monchicourt, Djitli, Jacques,…) et autres Bréham, Vincent, Béranger etc. Dommage car non seulement il a travaillé avec elles en tant que producteur, mais a participé peu ou prou à leur embauche en tant que directeur !!!

• la très courte histoire de la création d'Inter et de ses premières années (moins de trente pages sur un livre qui en compte deux cent trente), l'impasse totale sur l'Oreille en coin et l'invention d'une "radio dans la radio", rien sur l'installation en 1963 à la Maison de la radio, très peu de choses sur Musique et Culture.

On dirait que le livre a été écrit à la hâte, avec une mémoire personnelle vive, des notes synthétiques un peu trop synthétiques, des enchaînements qui manquent de liant, et une "conclusion" qui nous fait tomber très abruptement de la montagne (3), car l'auteur ne nous propose ni conclusion, ni mise en perspective, ni fin personnelle.

Avec un parcours extraordinaire, riche et varié, ayant pu appréhender toutes les facettes de la radio, Roland Dhordain reste relativement humble. Il aura pour longtemps mis sa patte sur le "principe" France Inter. Je regrette qu'en sa qualité il n'ait pas su ou pas pu prendre le temps de nous en dire plus. À lire quand même absolument en hommage à celui, disparu il y a juste un an, qui a tant fait pour la radio "moderne". Il a su sortir "la radio officielle d'État" de sa gangue administrative, et faire rivaliser sans complexe, France Inter avec RTL, Europe1 et RMC.

(1) Le roman de la radio, La Table ronde,
(2) On appréhende bien l'Histoire jusqu'à ce que, Loi Fillioud aidant, le monopole explose entraînant l'histoire serrée dans un labyrinthe gigantesque et sans fin,
(3) En tant que directeur de "Radio Mont-Blanc".

vendredi 9 décembre 2011

Morel+Bory+Charensol+Bonnaud… la quadrature du Masque


J'en rajoute une couche sur Jean-Louis Bory, avec son compère Georges Charensol et, un François Morel qui vient de mettre en scène Instants critiques qui reprennent, avec Olivier Saladin et Olivier Broche, les dialogues des duettistes du Masque et la plume, période haute voltige critique. Et pour bien emballer le tout, Bonnaud Frédéric, l'orfèvre du Plan B, a reçu Morel soi-même (1) venu raconter cette nouvelle affaire qui ressemble à une première ! Je ne me souviens pas que des dialogues radiophoniques d'une émission d'actualité aient été repris et adaptés au théâtre ! Preuve s'il en fût que l'on avait là une critique qui, passée l'actualité immédiate, peut encore s'écouter plus de trente ans après. Serait-ce de la nostalgie ? Si tel est le cas elle trouve le moyen de s'inscrire au présent sans "larmoyure" (sic) ni autres extases douteux. Morel serait-il passéiste ? Ça se saurait. Il goûterait mal le qualificatif, lui qui est en train de jouer M. Jourdain dans un Bourgeois gentilhomme "revisité". Avec ses Instants critiques comme avec le Gentilhomme il transcende le passé et le fait vivre au présent, avec grâce et reconnaissance pour Molière comme pour Bory et Charensol. Chapeau Morel !

(1) le 1er décembre, 17h, Le Mouv',

jeudi 8 décembre 2011

Une bonne le son…

Daniel Deshays © phonurgia nova
En bonne vigie, Syntone nous a alerté sur ce qui suit : " Le Président du jury du prix Phonurgia Nova (1), Daniel Deshays est un homme de son. Il nous livre ici une réflexion qui nous donne envie d’écouter le monde différemment.

À 16'30", est évoqué France Culture, puis la place et l'avenir du son. " La création sonore peut être brute, on peut travailler avec des outils extrêmement rudimentaires et même on pourrait dire que ce serait souhaitable…". Ce propos engageant de D. Deshays donne envie de commencer à franchir le mur qui nous sépare du çon. Mais comment jusque là pouvait-on oser, tant il était fait état de l'ingénieur, de l'ingénieux, de l'inseigneur (2), d'un matos de ouf pour commencer à tout juste balbutier ?

D. Deshays constate "qu'il n'y a pas d'histoire du sonore et qu'on commence à découvrir cet objet, qu'il est urgent d'aller interviewer les gens qui ont été important dans le son avant qu'ils ne disparaissent, car toute cette mémoire n'est même pas constituée. Ces gens qui ont travaillé toute leur vie dans le son n'ont même pas écrit, n'ont jamais été interviewé. C'est incroyable et paradoxal." (3)

Car pour continuer à faire vivre les créations autour du son, comment faire " s'il n'y a plus la radio, plus comme autrefois " le Studio d'essai, - auquel Pierre Dumayet participaitalors qu'on a besoin de retrouver des lieux comme ça…" (4) ? Il s'agirait " d'organiser des lieux d'écoute et… il n'y a pas de maison de l'écoute " dit Daniel Deshays, alors qu'à Brest au Festival Longueur d'ondes, comme aux séances publiques de Phonurgia Nova le public se déplace et prend le temps d'écouter.

" Le sonore est le lieu d'un immense partage du sensible…" Avec cette "évidence" Daniel Deshays nous redonne un peu l'espoir que ce "sonore" puisse retrouver toute sa place à la radio !(5)

(1) Une fois par an, Phonurgia Nova organise son concours international d'art radiophonique et sonore,
(2) Yann Paranthoën,
(3) comme je le disais hier des productrices et producteurs des chaînes publiques de Radio France (6 décembre, "La parole à l'œuvre…"),
(4) ici.
(5) 10 pièces sonores à écouter