dimanche 9 février 2020

Le bon plaisir de la radio… tarantule (22)

Magiciens et musiciens dans l'Italie du sud. N'est-ce pas là déjà tout un programme ? Et puis si c'est "La matinée des autres" c'est le gage d'un merveilleux travail de recherche, d'une émission très élaborée, d'un partage du savoir généreux. Ces "matinées" sont un joyau pur de création et d'art radiophonique. C'est un écrin au moment même où les fossoyeurs s'apprêtent à vider la radio de son sens… piquée par la tarentule !



22 novembre 1977,

mardi 4 février 2020

Le Masque est tombé… La plume s'est envolée !

Ça fait mal ! Dimanche dernier, avant midi, Marine Turchi, journaliste à Mediapart, publiait "Sexisme et misogynie : plongée dans le «Masque et la Plume», l’émission phare de France Inter". Brûlot (de 15 pages) qui pourrait enflammer la chaîne qui, le même jour, à sa demande, annonçait le départ de la chaîne de Guillaume Gallienne. Cette émission, "Le Masque…", à la longévité exceptionnelle se servait de cet argument-là car, peu importe qu'au fil des années l'esprit de Michel Polac et François Régis Bastide (1955) qui l'avaient créée sur Paris-Inter ait pris la poudre d'escampette, toute la parade tenait dans le titre, magnifique subterfuge radiophonique entretenu sur la longue durée. Pareil pour les joutes verbales de Jean-Louis Bory et Georges Charensol éternellement accrochées au panthéon de la radio publique, merveilleux souvenirs qui ne laissaient aucun doute sur la faiblesse de celles d'aujourd'hui. La tambouille que sert Jérôme Garcin usurpe une renommée et un titre pour fanfaronner, dimanche après dimanche, et faire accroire qu'il s'agit de critique, quand il faut constater la reproduction lourdingue de l'ambiance nauséabonde du pire "Café du commerce"…

Jean-Louis Bory, François-Régis Bastide,
















On se demande bien pourquoi le seul titre d'une émission, et son aura passée, suffirait à lui donner ses lettres de noblesse ad vitam aeternam ? Depuis 1989 qu'il a remplacé Pierre Bouteiller (1), Garcin pérore et anime une bande qui, on le lira dans l'enquête de Mediapart, a juste oublié que pendant leur entre-soi érigé en règle, les micros étaient ouverts et que, pour prétendre à la critique encore eût-il fallu que ça en soit, quand la parole débridée a depuis lurette passé les bornes. L'absence absolue de tenue et la lourdeur des connivences de circonstance m'avaient fait déserter l'écoute, dès les premières émissions animées par le journaliste-écrivain Jérôme Garcin.

Hier, sur sept pages, Marine Turchi a publié "Sexisme dans le «Masque et la plume»: les réponses de France Inter". La directrice de la chaîne, Laurence Bloch "se retranche derrière la "particularité" de l’émission. ""Le Masque et la Plume" est une émission très caractérisée : c’est la plus ancienne de la grille, à la fois un endroit de neutralité et de grande subjectivité, à la fois une tribune de critiques, qui font de la prescription culturelle, et une scène de théâtre – on pourrait dire un ring de boxe. C’est aussi un café du commerce. Il y a des gens qui jouent des rôles, surjouent aussi leur rôle, il y a toutes les représentations idéologiques, esthétiques. Ce n’est pas une tranche d’information. Je ne tolèrerais pas ces propos dans une tranche d’information." La rédactrice de l'article ajoute : "Laurence Bloch oublie l’obligation de Radio France en tant qu’employeur : garantir à ses salarié·e·s un espace de travail sans propos sexistes, racistes ou homophobes."

Bloch relativise, Garcin reconnaît quelques erreurs à la marge ! Et vogue le navire ! Cette "relativité" n'a pas, en son temps, servi Daniel Mermet. Son éviction (fin juin 2014) avait été sans appel. De même pour l'hebdomadaire "Un bruit qui court" à la fin de la saison 2018-2019. Mais la liste serait longue de citer ici les choix souvent arbitraires qui ont procédé à la fin d'une émission. Si en plus, l'émission est affublée du critère "plus ancienne émission de la chaîne", on se demande bien comment les émissions pourraient obtenir ce statut si un jour ou l'autre elles sont rayées de la carte (2) ? Et en quoi porter un nom "patrimonial" garantirait que le fond se perpétue ?

François-Régis Bastide tend le micro au public !















Mais surtout une telle émission doit-elle perdurer ? Après 65 ans d'animation par des hommes ne serait-il pas normal de la confier à une femme ? Le principe de bande qui déjà sévit 1h30 en quotidienne sur la chaîne n'est-il pas absolument éculé ? Autant de questions qu'il va bien falloir que Laurence Bloch se pose après avoir "laissé faire" ce rendez-vous dominical, qui permet confortablement de ne rien inventer de nouveau et, pour lequel Mediapart vient de remettre les pendules à l'heure !

(1) L'animateur de renom prenait alors les commandes de France Inter.
(2) Là-bas si j'y suis, (1989-2014), L'Oreille en coin (1968-1990), Pollen (1984-2008) et quelques autres !

Même s'il n'y a que 10' j'ai choisi cet extrait car c'est "une émission du Club d'Essai" et qu'elle porte la marque de ses beaux débuts…

lundi 3 février 2020

Nuit sans ondes… Ondes sans nuit !

Après 20h, ça fait lurette que la radio a vendu son âme à la TV, ne cessant d'inciter ses auditeurs à se pâmer devant la, les "lucarnes" (oh, le joli mot désuet). Jour après jour, sans relâche, tout est prétexte à la promotion du visuel. Alors que "Le live" (1) débarque aujourd'hui, je me demande si une radio peut  tenter le même type d'expérience (20h-minuit), avec les mêmes principes d'interactivité, pour scotcher au poste quelques adolescents épris de sons ou quelques jeunes adultes fadas de la chose sonore ? Sans image, sans les principes et les pratiques visuels ancrés dans les habitudes de consommation, ça semble pour le moins bien périlleux, pour ne pas dire totalement irréaliste.
Je dédie ce billet à tous ceux qui, depuis l'invention du 24/24, 
ont illuminé nos nuits : productrices & producteurs, réalisatrices & réalisateurs,  
techniciennes & techniciens du son…

Merci à Ewen pour cette créa… tip-top !


Je me suis alors rappelé comment, moi-même et quelques gugus-ses de ma génération, nous nous sommes installés "devant la radio" dès 20h pour - rebelles, et fiers de l'être - nous démarquer des adultes qui s'avachissaient devant la télévision, incapables de penser autrement que par ce filtre-là ! Misère et décadence !

Dès la rentrée 1973, Claude Villers, Patrice Blanc-Francard, Olivier Nanteau (réalisateur) créaient sur France Inter "Pas de panique" (20h-22h), autant dire un festival d'inventions, d'espiègleries, de récits, de musiques pop et de punch, pour une émission dynamique. Le directeur de l'époque, Pierre Wiehn, avait demandé à l'équipe d'inventer quelque chose entre "Charlie-hebdo" et "Pilote" (hebdomadaire de bandes dessinées, dirigé par René Goscinny). Wiehn sentait l'époque. Les trois compères allaient la propulser. C'était frais, joyeux et tendance. 

Puis en février 1982 (2), alors que les radios dites-libres fleurissent un peu partout depuis le 10 mai précédent, Europe 1, chaîne généraliste privée, crée en plein milieu de saison "Radio Libre". Pied de nez à ceux qui s'y sont collés (à ces radios-là) et, volonté délibérée de ne pas laisser partir à cette nouvelle concurrence quelques auditeurs, libres de ne plus vouloir de pub à l'antenne ou d'en accepter l'augure avec d'autres fréquences plus neuves, plus fraîches, plus innovantes.


Blassel, Levaï, Jouffa


















"Radio Libre" (20h-22h30), qui démarre le 1er février 1982, ce sera une équipe solide : Ivan Levaï (journaliste et producteur), François Jouffa (journaliste et animateur de l'émission), Vivianne Blassel (co-animatrice), Marc Garcia (réalisateur inventif), (3) assisté de François Lemay (4). Radio Libre est plus punchy que "Campus" (créée en 1968, sur Europe 1 par François Jouffa et animée par Michel Lancelot). De la radio très élaborée (produite, dirait-on aujourd'hui) avec, précise Jouffa, "Un gros budget, une large équipe, mais une grande fatigue. De la conférence du matin tôt après la Revue de presse de Levaï jusqu'à tard le soir, c'était très long !".

Puis, six ans plus tard, Maurice Achard (producteur) et Gilles Davidas (réalisateur, metteur en ondes) inventent sur France Inter "Culture club" (20h-21h30). Voilà ce qu'en dit Le Monde "La quarantaine, Maurice Achard, ancien journaliste à Libération, au Matin, aux Nouvelles littéraires,… est un enfant du rock qui chaque soir à 20 heures et quelque, après l'interminable météo marine, s'élance pour une heure et demie d'antenne où il démontre par A+B que le rock est aussi une manière de vivre, de voir et d'entendre les choses. Gilles Davidas ensuite, le réalisateur, l'un de ces hommes de l'ombre qui ont le don de projeter sur les ondes non seulement des voix et des musiques, mais aussi une sensibilité, une âme." (14 novembre 1988)

C'était furieusement pop et je n'aurais loupé l'émission pour rien au monde. Une émission très élaborée qui, à cette heure-là faisait du bien à la (ma) culture… rock. Oh yeah ! Évoquant ces soirées radio, avec Davidas lui-même, nous en arrivâmes à imaginer qu'il y aurait lieu de remettre à jour… les nuits et de proposer aux "gens de la nuit"  (auditeurs noctambules et professionnels mobilisés la nuit), un vrai programme (et non des rediffs) de minuit à 5 heures avec sa part d'inter-activité (6). 





















Réinventer les nuits serait une très bonne alternative aux écrans. À moins que les dirigeants d'Inter et de Radio France se soient définitivement résignés à la tyrannie du visuel ? Effet secondaire immédiat : cela permettrait à Radio France de remplir à nouveau ses missions de service public, en diffusant 24/24 des programmes, qui s'adresseraient aussi à toute une partie de la population qui vit la nuit et qui a besoin qu'un média vive à son rythme plutôt que d'être ignorée avec le simulacre la nuit de la rediffusion des programmes de jour.

Un merci particulier à la petite fourmi des archives qui a pu accéder 
à trois articles de Télérama sur le sujet "Radio Libre" qui me permettront prochainement 
de vous raconter une autre histoire.

"Gens de nuit, seul France Inter vous tient compagnie…
jusqu'à l'aube" 1965















(1) "Le premier média générationnel, en direct et interactif" (dès le 3 février 2020 sur tous les écrans),
(2) L'élection du Président socialiste François Mitterrand est passée par là depuis le 10 mai 1981 et le monopole d'État de la radiodiffusion vit ses dernières heures. La loi du 29 juillet 1982 sur la communication audiovisuelle marque officiellement la fin du monopole : “la communication audiovisuelle est libre", assure le premier article de la loi,

(3) Marc Garcia, créateur d'Europe 2, responsable de la programmation d'Inter en 1994, puis en 1997, co-créateur de "Le Mouv' (Radio France), décédé en 2005, à l'âge de 54 ans,

(4) Pour préparer ce billet j'ai sollicité François Jouffa qui a eu la gentillesse et la super mémoire de me répondre par mail ! "La première émission fut Radio Libre à Georges Brassens, avec la participation de nombreux artistes (d'Eddy Mitchell à Raymond Devos) et avec la diffusion de plusieurs inédits de la collection de son ami moustachu Claude Wargnier, alors directeur de la technique d'Europe 1."

(5) Comme j'avais enfin fini de passer 4 soirs par semaine à animer des réunions de développement local, je pouvais à mon tour profiter de la radio,
(6) C'est bon Coco, tu le liens le slogan "Inter-actif, la nuit ! "

dimanche 2 février 2020

On vit une époque formidable… (et dingue) !

"On vit une époque formidable"… avec comme sous-titre "Pour rire un peu" (c'est de plus en plus rare). J'ai beaucoup de chance, me souvenant de ce titre et en en ayant oublié l'auteur, je "découvre" que c'est Reiser qui a "inventé" (1978) la bonne accroche et son dessin de couv' est on ne peut plus explicite pour les auditeurs de radio que nous sommes… Voilà l'affaire !



Dans L'Huma, à la fin de la semaine dernière (1), je lis en page 3 "Dégustation de son… à l'aveugle". Bigre ! Lisons. "… pour donner une nouvelle jeunesse au marathon que TCM Cinéma (2) consacre au genre [western, ndlr]… en programmant 14 films, il fallait un format entièrement repensé. Mais comment proposer à un public plus jeune de redécouvrir ces classiques ?" C'est une très bonne question Léon ! Voici la réponse :

"Lors d'une réunion entre créatifs, responsables des réseaux sociaux, etc…, quelqu'un a dit "on n'a qu'à pas mettre d'image".(3) Attends voir, en voilà une idée qu'elle est excellente. Du cinéma sans image ? De quoi filer une attaque cardiaque aux frères Lumière et à Bertrand Tavernier et une collection incommensurable d'histoires pour la… radio. Sont très forts les créatifs de TCM. De purs génies (encore inconnus).

Ni une ni deux, j'imagine qu'avec mon p'tit camarade David, on pourrait créer sur le même principe un "Festival de la radio… sans son". À sa place, des images bien stéréotypées style "Polaroïd". Étonnant non ? À quand alors, la radio sans le son, muette ? Cette perspective ubuesque est, vous l'aurez compris, une autre façon de s'inquiéter sur l'avenir de ce média !

(1)  n° 22855 des 24, 25, 26 janvier par Grégory Marin, 
(2) Chaîne accessible par abonnement, ndlr
(3) Et le journaliste de poursuivre : "Le feuilleton radio, on connaît. Mais le podcast a beau être à la mode, de là à l'imposer à la télé…". Rideau !

Une "illustration" sans image… par Walter Ruttmann ! (proposée par David Christoffel)

Le bon plaisir de la radio… vélocipédique (21)

En pleine mouscaille radiophonique il est bon de rêver avec la petite reine et, même avec les quelques rois qui ont fait la légende du Tour de France à ses tout premiers débuts. François Meroth, auditeur émérite de la radio publique va se régaler à l'évocation effarante des premières grandes boucles des débuts du XXè siècle. C'est forcément très émouvant d'entendre des champions qui 50 ans plus tard (en 1956) en parlent comme si c'était hier. Et que dire de nous qui soixante quatre plus tard, ébahis, s'imaginons que c'était avant hier. Miracle de la radio, miracle des archives, en un temps où il ne fait pas bon croire aux miracles. Quand, dans soixante quatre ans, mes petits enfants écouteront ce reportage ils seront sans doute émerveillés, à moins que les technologies d'écoute du sonore empêchent d'y tendre l'oreille ou que des images recomposées distraient l'attention de l'écoute pure comme François et moi-même pouvons encore le faire.

Eugène Christophe



vendredi 31 janvier 2020

De l'incurie à la rage…

Il a fallu un tweet de @lachaineaudio pour que ma colère se précise et m'incite à écrire ce billet. Je pense que les professionnels de la profession qui alimentent ce compte ont une analyse pointue de la radio, de l'audio et des conséquences à court terme des nouvelles pratiques d'écoute, de mobilité et de segmentation du temps… disponible ! Oui, "la radio de flux a atteint son plafond de verre". Oui, les responsables  de l'audiovisuel public, tous les responsables, ont laissé faire, pépères jusqu'au constat imparable de l'incurie. 

L'agora centrale de la Maison de la Radio - C Abramowitz / Radio France


















Les responsables ce sont au premier chef les dirigeants : Sibyle Veil (2018-…), Mathieu Gallet (2014-2018) et même Jean-Luc Hees (2009-2014) qui malgré quelques constats d'une nécessaire adaptation du média radio aux mouvements de société qui nous entourent ont laissé faire, persuadés que les chiffres Médiamétrie suffiraient à maintenir le leurre. Comme le leur de "petit pouvoir" dont ils ne se sont pas servi pour réfléchir, mobiliser, construire ensemble avec tous les professionnels concernés un nouveau pari pour la radio publique.

Ils avaient sous la main, non seulement toutes les compétences professionnelles mais bien plus ils pouvaient profiter d'une diversité exceptionnelle de métiers, de talents et d'intelligences pour refonder un média qui, depuis sa première diffusion en 1921 n'avait jamais démérité pour s'adapter, évoluer, anticiper. Au lieu de quoi on a envoyé pour couper les têtes qui dépassent, Gallet et Veil, des gestionnaires de basse œuvre, gris et froids, insensibles à l'humain, insensibles à l'imaginaire, insensibles à la radio.

Rien de plus reluisant du côté de la tutelle du Ministère de la Culture, bras armé de Bercy (Finances), qui n'a jamais incité Radio France à être le principal acteur de sa propre mue. Quant à l'officine dite Conseil Supérieur de l'Audiovisuel ce pourrait être "drôle" si ce n'était pas tragique. Ces "sages" apprécient quoi quand ils écoutent les postulants à la fonction de Pdg de la radio publique ? On ne peut que constater la pantomime de Schrameck à s'abriter derrière le huit clos pour ne pas rendre public "le projet stratégique" de Gallet (février 2014). Projet stratégique écrit par Bercy et Schlesinger (1). On ne peut que constater la farce de l'audition de Sibyle Veil qui lisait son bréviaire devant un Nicolas Curien conquis d'avance d'autant plus que la nomination était conclue d'avance (avril 2018).

Oui, 2020 sera l'année où le plafond de verre (et quel plafond à Radio France) de la radio publique va voler en éclats. On comptera alors la cohorte de fossoyeurs qui l'auront facilité voire incité. On comptera les incapables, les planqués, les fats et autres promoteurs de l'agonie du service public audio-visuel et du service public en général. On comptera les compteurs qui ressemblent à s'y méprendre au businessman du Petit Prince de Saint-Exupéry. On comptera les mots tordus, les phrases toutes faites, les formules de super-marché, les slogans racoleurs, les balivernes de cour de récré, les postures éhontées et l'immense farce de la société de ce spectacle… là.

Alors je pense à cette phrase attrapée ce matin "Au renoncement du désespoir, s'oppose la vitalité de la rage". La rage est là !

(1) Directeur de l'éditorial (2014-2017), chargé des programmes, nommé par Gallet, rédacteur de la partie "programmes" du projet stratégique.



mercredi 29 janvier 2020

La fin de l'histoire… (bis repetita)

La fin de l'histoire radiophonique s'entend ! Je ne tenterai pas de copier l'oracle de Fukuyama (1) pour autant ce billet complètera celui d'hier tant l'interpellation d'une de mes lectrices (2) m'a incité à en rajouter une couche, au cas où les nouveaux maîtres puissent imaginer un seul instant qu'on va baisser pavillon et se ranger à leurs roucoulades superfétatoires. L'histoire plaide en notre faveur et ces Cavaliers de l'Apocalypse (qui sont un peu plus de quatre) ne nous empêcheront pas de penser que c'est leur absolu manque de culture radiophonique qui les enverra en enfer médiatique jusqu'à la fin de leur jour (3).



Donc l'armada de technocrateurs, marqueteurs, chiffreurs et numériqueurs a décidé d'en finir avec l'histoire radiophonique. En l'absence de culture le déni est devenu l'atout maître de ceux qui veulent construire le futur sur les seules bases de leur présence (nuisible). Présence qui se caractérise par l'utilisation abusive de jargon mi-techno, mi LQR, d'anglicismes au kilomètre (4) et de nouveaux mots tendances qui ne passeront jamais par la case "Académie" tant ils ne durent que le temps de leur rhume… de cerveau indisponible. Vous trouverez sur ce blog les détails de leur forfaiture en "série".

On comprend donc mieux pourquoi le Plan de Destruction Massive, élaboré par Bercy, exécuté par la soldate Veil, ci-devant Pédégère de Radio France, s'applique à commencer par détruire la "Documentation d'actualité" des fois que le travail acharné de documentalistes (aussi acharné-e-s) depuis la nuit des temps (radiophoniques) ne soit plus utile aux professionnel-le-s des sept chaînes de la maison qui ont en permanence besoin d'enrichir, documenter, sourcer leurs propres recherches. A-t-on déjà ajouté un bouton en or sur leur ordinateur qui clignote comme une enseigne de bordel "Wiki, Wiki, Wiki" ? (5).

Et si l'on pousse le déni encore plus loin ça donne : "Pas de mémoire du passé, pas d’état d’âme." Roulez jeunesse, l'avenir numérique vous tend les bras ! La start-up "Chiffres/Frisch" est une calculette à taille humaine (sic). 

Pour la "Documentation sonore" neuf "départs volontaires" ont été envisagés. Que penser d’une entreprise, dont le métier est le son, qui va gravement amputer son service de documentation sonore (6) ? On aimerait assez que Jean-Noël Jeanneney (7) s'exprime, lui qui a beaucoup fait pour une structuration des archives de Radio France et qui, en tant que producteur d'une émission d'histoire utilise beaucoup les archives sonores disponibles.

Voilà, mes chers auditeurs, le quotidien de décisions iniques et d'actions directes qui vont participer à la réorganisation de Radio France. Et changer la donne de fond en comble. C'est bien le modèle de la radio telle que vous l'écoutez encore qui va voler en éclats. Y faire sans cesse référence est considéré a minima comme passéiste a maxima comme régressif. C'est un autre modèle qui excite les apprentis sorciers. Un modèle où l'esprit de fabrication collective aura disparu. Un modèle où la transmission de l'"avant" sera bannie. Un modèle où l'individualisation et l'écoute à la demande auront pris le dessus sur l'écoute collective et une politique de l'offre. Au risque, suivant les contenus co-produits et/ou sponsorisés, d'écorner les valeurs cardinales qui ont procédé à la création du média public : informeréduquer et divertir. 

Un modèle en phase avec le modèle de société ambiant. Mais est-ce bien ce modèle de société et ce modèle de radio publique que nous voulons ? La question reste posée. 



(1) "La Fin de l'histoire et le Dernier Homme", Francis Fukuyama, Flammarion, 1992,
(2) Ah bon t'as des lectrices Fañch ? On croyait que tu prêchais dans le désert ?
(3) Vous l'avez le visuel genre GoT (Game of Thrones) ?

(4) Avec comme chef de file et prédicateur, Frédéric Martel, producteur (France Culture) engagé pour le Soft Power,
(5) Pour info, à la mort de Pierre Bouteiller j'avais été sidéré d'entendre qu'on lui attribuait "Qu'il est doux de ne rien faire quand tout s'agite autour de vous…" alors que c'est José Artur qui avait créé l'émission à la rentrée 68, sur France Inter. Un directeur de chaîne m'avait dit que son journaliste avait pris l'info sur Wikipédia. J'ai moi-même modifié la dite fiche !!!!

(6) Neuf départs volontaires pour 20 équivalents temps plein (ETP) et un poste d’encadrement. Soit 23 personnes. Il y a sept ans, ce service était de 32 personnes. Il fonctionne déjà avec 9 personnes en moins,
(7) Historien, Président de Radio France 1982-1986. "Concordance des temps", France Culture, Le samedi, 10h-11h, depuis 1999.