mercredi 1 janvier 2014

Auroville et … Chloé Sanchez

Le Matrimandir © Radio France






Qu'est-ce qui préside au choix d'écouter une émission plus qu'une autre, une chaîne plus qu'une autre, des sons plutôt que le silence ? Pour ce premier "Sur les docks" de l'année 2014, c'est d'abord la productrice Chloé Sanchez, qui m'a donné envie d'écouter son travail. Même si je ne connais pas l'Inde, même si je n'avais jamais entendu parler d'Auroville (1), même si un 1er janvier j'aurais pu écouter la musique de la mer, sur cette dune balayée par les vents et qui, entre les herbes rases, m'aurait raconté une histoire au moins aussi universelle que celle de vouloir créer une cité "nouvelle" et suffisamment différente pour tenter d'y vivre autrement. Pour pouvoir vous en parler dès ce matin, j'ai écouté ce documentaire. Avec l'oreille gauche la façon de faire ou de produire de Chloé Sanchez et de sa réalisatrice Anna Smuck et de la droite l'histoire, sa progression et les petits signaux qui titillent l'écoute.

"Les petits signaux qui titillent l'écoute" c'est particulièrement cette façon bien à elle qu'a Sanchez d'être au cœur du sujet, à l'écoute de ses interlocuteurs et en même temps cette façon de s'effacer au point qu'on pourrait très vite oublier sa voix et sa présence. Sauf que sa voix je la cherche, l'imagine quand on ne l'entend plus, et suis aussi touché par cette façon de donner toute sa place à celle ou celui qui a quelque chose à dire… Sanchez suit son fil et construit son documentaire mais sait-elle que pour elle comme pour d'autres on en vient vite à se dire "mais pourquoi ça ne dure qu'une heure ?". Ce format "passe-partout" ou plutôt "passe si bien entre deux heures justes" procure forcément des frustrations de création et des frustrations d'écoute. Bien sûr "la contrainte gna-gna-gna…" et bien non. Car c'est bien là qu'il conviendrait de faire vivre des programmes en adaptant la grille au sujet. Bien sûr "à chacun l'âge venu la découverte ou l'ignorance" (2), et à chacun d'approfondir (ou pas), de creuser (ou pas) le sillon qu'une émission a pu donner envie de développer. 


Maquette du projet pour Auroville - Roger Anger





Mais qu'est-ce qui peut présider à ce chamboulement de grille statique pour ne pas dire figée ? À part l'actu bien sûr pour laquelle la question ne se pose jamais tant le leitmotiv suprême "l'info d'abord" impose aux émissions de programme de s'éclipser. Mais inversement qu'est ce qui peut bien empêcher un responsable de programme de mettre un 1er janvier la thématique de l'utopie à l'antenne et de faire tourner autour documentaires, archives, débats, prestations musicales live et tutti quanti ? Rien. Rien n'empêche de bouleverser des habitudes pour proposer à des auditeurs d'être surpris. Mais qui veut donc aujourd'hui se laisser guider par ce désir farouche, vous savez celui qui donne des ailes ? Ce serait ça l'événement, ce serait ça l'actualité, ce serait ça l'ébullition radiophonique. Ce serait bien sûr tout le contraire de la mécanique (horlogère) rassurante qui finit par stériliser l'envie d'écouter.

Voilà posé pour ce début d'année un point très sensible pour l'avenir de la radio publique. Merci Chloé d'avoir réveillé grâce à ton documentaire ce qui depuis que j'écoute la radio m'a donné de nombreuses heures de joie, de culture et d'intelligence. Gageons que les nominations diverses et variées qui vont intervenir à Radio France dans les prochains mois permettent aussi de remettre à plat ce qui participe de la création radiophonique. Celle qui ne peut se satisfaire ni de la routine ni "à tout prix" des nouvelles technologies. C'est un bon jour pour formuler des vœux, voilà qui est fait.

(1) 17h, France Culture,
(2) Morvan Lebesque "Comment peut-on être breton ?", Seuil 1970,

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