mardi 5 février 2013

En roue libre…











"On ne peut pas faire l'éloge de la bicyclette, sans parler de soi. Le vélo fait partie de l'histoire de chacun d'entre nous. Son apprentissage renvoie à des moments particuliers de l'enfance, de l'adolescence. Le premier coup de pédale c'est l'acquisition d'une nouvelle autonomie. C'est l'échappée belle. La liberté palpable ! Le mouvement à la pointe du pied. Quand la machine répond au désir du corps et le devance presque, en quelques secondes l'horizon borné se libère. Le paysage bouge, je suis ailleurs. Je suis un autre et pourtant je suis moi comme jamais. Je suis ce que je découvre." (1)

Ce soir à 23h, vous pourrez partir "En roue libre" (2). La ballade est bonne et cet éloge de la petite reine tombe bien car, il n'est lié à aucun évènement médiatique qui pourrait subrepticement nous rappeler ceci ou cela ! C'est un documentaire pour la seule beauté du geste de… pédaler. Et ça fait du bien à l'esprit qui peut - enfin - se reposer du matraquage permanent de la société du spectacle, qui se donne à entendre partout, tout le temps, à toute heure du jour et de la nuit. 

Nous voilà donc à bicyclette, dans un autre espace temps, et l'on entend à nouveau Paul Fournel évoquer sa vie vélocipédique. Et tout d'un coup on rêve. Pourquoi ce documentaire n'aurait-il pu être le prétexte d'un projet de la chaîne (3) autour du vélo. Que ne renvoie t-on Raphaël Krafft scruter les "campagnes" profondes indépendamment des élections trucs ou choses ? Qu'il arpente donc le littoral de Dunkerque à Menton (4) et nous parle de la mer et de tout ce qui remue autour (et dedans). Que n'invite t-on Eric Fottorino (5) à faire son journal quotidien tout en pédalant vaillamment sur les routes de France. Ou pourquoi pas Paul Fournel, lui-même, qui nous en ferait un sacré feuilleton ?

Oui, car il s'agirait bien de faire quelque chose sur la durée, une certaine répétition quotidienne, à la mesure du tempo du vélo. Est-ce une idée aussi sotte que grenue ? Les documentaires se suivent, ils forment de jolis tas de petits cailloux disséminés sur les ondes. Quelquefois on pourrait prendre ces cailloux, en faire un cheminement, un fil rouge et tenter une petite aventure radiophonique qui, dépassant l'empilement quotidien, tenterait de raconter une histoire sur plusieurs jours, voire plusieurs semaines.

Voilà, mes chers auditeurs, comment j'écoute "En roue libre" et comment il me fait voyager. Et je n'ai pas envie de m'arrêter au bout de cinquante-cinq minutes. J'ai envie d'imaginer que ce moyen de locomotion (enfourché par d'autres) va me permettre de regarder, d'écouter, de sentir autrement. Je pense qu'une radio culturelle peut accompagner ça ! Qu'en pensez-vous ? 

(1) Une écoute attentive ne m'a pas permis de savoir de qui était ce texte : d’Alfred Jarry, de Charles-Albert Cingria, de Paul Fournel, de Jacques Arène, de Didier Tronchet ou de Marc Augé, lu par Olivier Claverie ?
(2) France Culture, l'Atelier de la création, un documentaire de Marie-Hélène Bernard et Anne Sécheret,
(3) Hum ! C'est venu tout seul, je parle ici de la chaîne "France Culture",
(4) Il sera sur les genoux ! Clin d'œil à l'intéressé,
(5) Un ex-directeur du Monde perdu (Colombani), un de retrouvé.
  

lundi 4 février 2013

Un cocktail d'embruns…








Quand vous rentrerez du travail, ce soir ou ce midi, préparez-vous ce cocktail et ouvrez grandes vos oreilles avant de le déguster. Installez sur votre plan de travail la bonne matière que voilà. Laissez-la se poser et prendre elle-même toute sa place, vous y reviendrez plus tard. Sortez de sa belle boîte en fer cette voix et versez-en cinq bonnes cuillères à soupe dans un bol que vous aurez précédemment enduit de beurre. Ajoutez un trait de chronique. Puis sortez de son bocal quelques épices nomades et saupoudrez abondamment.

Courez au jardin, cueillez quelques herbes folles, serpolet et autres plantes sauvages et lancez-les à la volée, il en restera toujours quelque chose. Prenez votre livre de recettes, lisez attentivement et trouvez la carte qui vous permettra d'ordonnancer votre cocktail de la façon la plus hétéroclite ou la plus surprenante. Frottez-vous les mains. Ça mijote, ça mijote !

Fabriquez quelques petites étoiles en pain d'épice ou en pâte sablée et disposez-les sur un joli fond bleu, dit de Bruxelles. Vous les saupoudrerez légèrement de quelques petites cuillères de silences. L'affaire sera entendue si pour parfaire votre cocktail vous trouvez quelques bons gestes adroits pour lier le tout.

Asseyez-vous dans votre fauteuil, fermez les yeux. Vous êtes à l'extrême pointe nord-ouest du Finistère. Vous allez prendre quelques embruns salés qui vous fouetteront les oreilles. Avalez votre cocktail par petites gorgées. Après la dernière, vous êtes mûrs pour embarquer sur le dixième… sans modération de fréquence.

dimanche 3 février 2013

Les archives du sensible…









Marion Thiba, vous connaissez ? Si ce n'est pas le cas, vous allez pouvoir la découvrir puisque Marion a eu la bonne idée d'offrir à l'écoute six de ses émissions créées initialement pour France Culture, dont "Le mystère de la balle ovale", Prix du documentaire Paul Gilson 1994. L'initiative est heureuse pour qui n'a pu en son temps, enregistrer ces émissions lors de leur diffusion initiale.

Comme l'indique le titre du lieu où vous trouverez ces émissions, il s'agit de "sensible". Ce soir dimanche, si vous vous créez les bonnes conditions d'écoute, vous pourrez commencer à entrer sur la pointe des pieds dans la maison de Suzanne Hascoët et l'écouter dire sa vie de bonne à tout faire, comme des milliers de bretonnes de sa génération "immigrées" à Paris.

La série de Marion Thiba est émouvante et sensible, parée d'une certaine réserve et d'une pudeur pour ceux qui ont toujours été dans l'effacement. Elle permet de fixer un monde de domestiques disparu et avec lui l'histoire sociale d'un autre siècle !

samedi 2 février 2013

Florilège du samedi…






Je ne me soigne pas aux médecines chimiques, alors forcément quelques inhalations de plantes magiques me font vite partir dans les brumes épaisses de ma petite mécanique radiophile. Ce personnage y revient régulièrement mais je n'arrive toujours pas à lui faire franchir les portes de la maison de la radio. Immanquablement, quai Kennedy, il saute sur son traîneau et pffuit disparaît… Rosebud, ad vitam aeternam. Un autre a beaucoup agité la radio et, si Mauvais genre en parle encore, c'est bien qu'il en était un apôtre (du mauvais genre), non ? De l'apôtre au seigneur il n'y a que quelques bonnes ondes qui depuis longtemps nous tournent la tête ou plutôt l'esprit !

Autre tourneboulle, celui d'un merveilleux voyage au pays de la soul, avec toute la passion et la sensibilité à fleur de peau que sait y mettre Jeanne-Martine Vacher. Sans pouvoir rivaliser avec Janis, il peut être bon un samedi matin de chantonner cette chanson-là ! Et de prendre le temps d'écouter (et mieux de lire) les paroles.

On termine avec un joli coup de chapeau papouesque pour un grand homme de radio qui méritait d'être mis en avant tant il aurait eu sa place parmi lesdits papous. 

Nouveau : j'ai mis à jour chacun des billets proposés ci-dessus et ajouté les players-sons à chaque fois que c'était possible !

 

vendredi 1 février 2013

Pas de pub après 8h30…















Donc me voilà à la peine pour rédiger en tremblotant, tout en me souvenant que les animatrices et animateurs radio d'autrefois étaient invincibles. Aujourd'hui on suit les rythmes scolaires au gré des vacances de toussaint, de noël, d'hiver, de pâques des dits animateurs. Les temps changent. Et je vais tâcher de faire de mon mieux pour vous parler radio.

Pub
Ce titre est un clin d'œil à ma propre heure de publication. J'ai pas trop envie d'avoir des bannières de pub pour Barty ou Frice Ministeur, pas persuadé que vous ayez envie de cliquer justement là, alors que vous êtes venu pour lire des histoires de radio. Me trompé-je ? Et puis vous avez beau être quatre cent par jour à m'être fidèle, je ne récolterai au mieux que quelques centimes par jour. Alors tout ça pour ça ? Non ! On ne change rien, pas de pub après 8h30 et pas avant non plus, et vous pourrez continuer à lire sans les clignotants perpétuels.

Hello L.O.
À quelques jours du raout mondial autour de la radio, j'en profite pour vous dire qu'en tant que participant à ce festival, je vais avoir du mal à écrire en simultané, mais soyez sans crainte je vous livrerai chaque jour à partir de vendredi prochain quelques instantanés et autres impromptus qui trouveront une plus grande déclinaison dans les jours qui suivront. Si vous êtes sur place et souhaitez qu'on se rencontre, faites signe…

Ne pas passer à autre chose
et !

Dimanche
Un beau billet à 18h, avec des liens vers des sons d'une grande dame de la radio.

Ce billet pourra être complété en fonction de mes capacités à vaincre toux, frissons et maux de tête. À demain pour le florilège du samedi !

jeudi 31 janvier 2013

J'ai fait un rêve…










Je me désole chaque jour, qu'un sujet, quel qu'il soit, "tienne" maximum 24h pour ne pas dire 12 ! On court aux archives (comprendre "on ouvre son ordinateur"), on interpelle un "spécialiste", un "qui l'a bien connu", un autre "qui l'a beaucoup fréquenté" et un quatrième qui "reste critique". On diffuse sur une, deux, trois chaînes du service public (un peu sur les privées si vraiment la personne est très connue du "grand public"), on publie sur son blog, sur la page Fb de la chaîne, sur son compte Twitter, on retweet à tour de bras, et quelquefois on imagine qu'une rediffusion de "cette si longue émission qui balayait la vie et l'œuvre de…" pourrait peut-être trouver sa place dans la grille, dans les jours qui viennent !! 

J'ai fait un rêve, un rêve de club d'essai (1), de laboratoire de création (2), de Service de recherche comme celui de Pierre Schaeffer. Un lieu où ça bouillonnerait en permanence et où en dehors des grilles figées, et des formats "formatés", s'inventeraient des émissions pour toutes les chaînes du groupe Radio France. Dans certains cas ce serait les chaînes qui commanderaient des créations (3), dans d'autres ce serait "Le labo" qui en proposerait. Il manque à notre radio publique moderne un lieu transversal (à côté des sept chaînes de radio), qui avec des équipes pluri-disciplinaires pourrait aussi bien mettre en valeur un évènement ou un personnage, que contextualiser les riches archives de l'Ina.

Sur Kudelski, ce "Labo" aurait pu faire des documentaires courts, longs, enrichis avec une diffusion en alternance sur les sept chaînes du groupe, avec un début sur une d'entre elles et la fin sur une autre (4). Avec l'idée de mettre en scène (et en ondes) ce qu'il y a à raconter autrement qu'en faisant uniquement appel aux sacro-saintes archives. Il faudrait pour la diffusion, casser des habitudes et habituer l'auditeur à être SURPRIS !

Voilà, mes chers auditeurs, une idée que je vais soumettre à Joël Ronez, directeur des Nouveaux médias à Radio France. Juste pour voir comment la radio peut être perméable à une idée qui inciterait les chaînes de radio à sortir (de temps en temps) du cadre, du champ et de la grille. Et vous, qu'en pensez-vous ?

(1) Dirigé par le poète Jean Tardieu, 1946-1960,
(2) Comme l'était L'Oreille en coin, "Une radio dans la radio" 1968-1990, France Inter,
(3) Multimédias ou pas,
(4) Un bon moyen de sortir de son "territoire" privilégié.

mercredi 30 janvier 2013

On Nagra for ever…

Un Nagra datant de 1958 et pesant 9kg. D.R.






On pourrait prendre l'objet dans tous les sens (1). Pareil pour son histoire qui met en scène Stéfan Kudelski, son inventeur génial, décédé le 26 janvier. La profession (les professions du son) est émue et peut l'être tant ce petit bijou technologique a révolutionné le reportage. Le Nagra "collait à la peau" du reporter, c'était beaucoup plus que son stylo et son carnet de notes. C'était un certain prolongement de lui-même pour en faire quelque chose d'hybride : mi-homme, mi-machine. Mais il n'y avait pas que des hommes à le porter et à se le trimballer. Fabienne Sintes (2) a écrit un joli hommage à Kudelski (3) où, entre autre, elle évoque : "Mon ostéo tient aussi à vous saluer. C’est grâce à vous qu’aujourd’hui encore il corrige régulièrement cette courbature qui me fait pencher à gauche, vu que je dégaine du micro de la main droite."

Pour cet homme-là, pour tout ce qu'il a représenté pour la radio, on pouvait, on devait s'attendre à ce que France Culture prenne le temps, dans sa matinale (4) d'en parler autrement que d'une façon systématique de nécrologie basique, absolument désincarnée. Surtout si, pour illustrer son propos, on donne à entendre un extrait du documentaire "On Nagra : il enregistrera" de Yann Paranthoën (5). Ce propos et ce son qui "tombent comme un cheveu sur la soupe" ne laissent pas d'inquiéter. Pourquoi, une fois de plus (6), ne pas déprogrammer un invité (pour la deuxième partie de l'entretien) et faire témoigner un ingénieur du son pour parler "calmement" de cette petite révolution technologique qui a accompagné l'évolution de la radio. L'annonce en fin de matinale fait l'effet d'une brève que l'on survole en fin de journal, anecdotique et vite oubliée. Pourquoi les "nécros" que propose "La matinale" sont-elles bâclées (7), et ne disposent pas du temps nécessaire pour évoquer les personnages disparus ? Particulièrement quand ceux-ci ont eu un rôle majeur dans l'histoire de la radio.

On trouvera sous ce lien, une mise en valeur du magnétophone de Kudelski (8), et une contribution vécue depuis l'épaule. Maintenant entonnons tous en chœur "Supplique pour réécouter le documentaire de Yann Paranthoën, très vite sur France Culture". 

De bonnes ondes ont du fonctionner puisque ce sera fait dans Les Ateliers de la Nuit, le mardi 12 février à 23h, veille de la journée mondiale de la radio. (Merci à ceux/celles qui ont décidé sa (re)programmation.)

(1) Mais dans le bon sens c'est mieux pour faire du son !
(2) Journaliste, correspondante à New-York pour France Inter et France Info,
(3) Jakki, fidèle commentateur de ce blog, m'a très vite alerté hier matin pour me faire parvenir le lien de blog de Sintes !
(4) Du 29 janvier,

(5)  "On Nagra, il enregistrera" première génération, ACR, France Culture, 8 mars 1987, 2h. + une version courte pour le Prix Italia, 9 août 1987, 50'. Édité par l'Ina, la Scam, et France Culture, 1993. + deuxième génération, ACR, France Culture, 15 novembre 1987, 2h. (références extraites de "Yann Paranthoën, L'art de la radio", Coordonné par Christian Rosset, Phonurgia Nova Éditions, 2009

(6) C'était déjà le cas pour Yves Jaigu, ou Jean Garretto (+ billets des 16 et 17 septembre),
(7) Sur un ton absolument inapproprié,
(8) Merci à Klervi Le Cozic d'avoir sorti du bois cet article de Libération.