mercredi 5 mars 2014

Des moments de grâce…

Alain Resnais





"J'ai toujours eu envie que des voix se rencontrent et que si par hasard le film passait à la radio on puisse immédiatement identifier le personnage avec son type de voix" (1). Voilà une très belle idée : faire passer un film à la radio. Et une belle leçon pour tous les directeurs de programme : "identifier le personnage avec son type de voix". Il est une fois de plus succulent que Marc Voinchet (2) mette en exergue ce qui semble être sa passion, la voix, alors que minute après minute les voix dans sa matinale se télescopent, se bousculent, se superposent, sans que la distinction chère à Resnais n'opère. J'ai eu beaucoup de chance de prendre "au vol", vers 8h44, cet impromptu du cinéaste qui, avec ses choix esthétiques pour donner toute sa place à la voix, pose ce qui devrait être un postulat radiophonique. À méditer par tout ceux qui ne considèrent plus la voix comme un des fondamentaux de la radio…

(1) Alain Resnais, archive sonore diffusée dans "les matins" de France Culture, le 3 mars 2014,
(2) L'anchorman de la matinale,

mardi 4 mars 2014

(É)mission Centenaire…











Le bon site, au bon moment et au bon endroit et "Une marche de l'histoire" qui n'en finira pas de revenir sur 1914.


Émile… (de mieux)

Poste à galène avec la touche RNT sur le dessus…




Bon, c'est pas pour me venter mais ce billet est le millième depuis la création de ce blog le 17 juillet 2011. Que de mots ont coulé dans ces pages. Que d'ondes ont circulé. Les bonnes, quelques mauvaises. Et un petit nuage, une micro-communauté se sont formés autour de Radio Fañch. D'abord par votre fidélité à me lire chaque jour (ou presque), vos commentaires et nos rencontres ici, là-bas ou ailleurs. Sans trop savoir où j'allais, j'ai essayé de "faire" ce feuilleton, chaque matin, un peu comme on tourne le bouton de la radio (1). "Feuilleton" et "radio" deux mots qui me sont chers. Je ne parierai pas un kopek sur le prochain mille. Mais pour l'instant je continue…

Top des billets les plus lus :
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17 sept. 2013, 2 commentaires
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(1) Et 242 500 visites cumulées.












lundi 3 mars 2014

Le poste à Gallet…




Il l'a eu son poste. Mathieu Gallet, ex-Pdg de l'Institut national de l'audiovisuel (Ina) a été nommé jeudi dernier par Le Conseil Supérieur de l'Audiovisuel (CSA), Pdg de Radio France. Jusqu'au 12 mai il prendra connaissance avec l'actuel Pdg, Jean-Luc Hees, des dossiers en cours parmi lesquels les chantiers de l'Auditorium, les nouveaux studios de France Info et de France Inter (en cours de finalisation). Gallet a été élu à l'unanimité des 9 sages composant le Conseil. Pour le président Schrameck voici ce qui a fait la différence d'avec les autres candidats : "En faisant appel à une personnalité jeune qui a d'ores et déjà fait ses preuves à la tête d'un grand établissement public dépendant du ministère de la Culture, nous avons fait le choix d'un profond renouvellement et d'une ouverture aux publics les plus jeunes et aux techniques numériques d'aujourd'hui et de demain."

Le CSA a publié une synthèse du Projet Stratégique que M. Gallet avait présenté lors des auditions du 25 février dernier. Je ne me lancerai pas ici dans des commentaires ou une analyse qui se justifieront à l'épreuve des faits. Mais je vous propose ici quelques points qui interrogent (entre parenthèse mes premières questions) :

• On doit pouvoir aussi "regarder la radio", (1)
La structuration verticale laissera place à une organisation intégrée et transversale (Est-ce qu'enfin quelqu'un pilotera les sites web de chaque chaîne, en cohérence avec l'identité de chacune des radios ? Est-ce qu'il y aura des rédacteurs pour renseigner, sourcer, illustrer les pages des émissions ?)

• La direction de l’entreprise s’appuiera sur les managers de proximité, (les directeurs de chaîne ?),
• La culture du "tout gratuit" sera examinée à l’aune de la révolution numérique : les contenus enrichis et les nouveaux usages pourront faire l’objet d’une valorisation,
• L’écoute différée implique un coût d’archivage, d’éditorialisation et de distribution pouvant justifier l’acquittement d’une contrepartie, même modeste (streaming payant ?)
• création d’une communauté des auditeurs, (pour faire du lobbying de promotion sur les réseaux sociaux ?) 

• La diffusion [de France Info] intégrera pleinement l’image, grâce à la mise en place d’une fédération numérique entre les différents médias publics permettant la mise en commun des technologies de captation, d’indexation, de stockage et de livraison, (1er étage de la fusée avant la fusion France TV/Radio France ?),
• Il faudra veiller à ne pas perdre la dimension intime de la radio, le mystère transmis
par le son, l’imaginaire porté par la voix
(j'ai bien lu, ici l'image n'est pas évoquée),
• Il faudra renforcer l’identité des radios, clarifier leurs lignes éditoriales et proposer une offre globale cohérente (France Culture arrêtera-t-elle de courir après l'info et de copier France Inter ?),

• [Le Mouv'] sera associé à une offre musicale en ligne par abonnement à partir de l’expérience antérieure de RF8. (oups l'expérience RF8 n'a toujours pas démarrée !!!)
• Une place prépondérante pour l’actualité culturelle sur France Culture (prépondérante ça veut dire donner beaucoup plus de place à l'actualité culturelle qu'à l'actualité politique, sociale et économique ?),
• Garantir les missions du service public de la radio en épousant les modes de gestion et les technologies de diffusion les mieux adaptés à la modernité (une définition de la modernité s'impose) (2).

Les sages ont bien dû imaginer et, avec eux MM. Hees et Gallet, que dans la période qui s'ouvre (3), dans ce temps incertain, cet "entre-deux", l'état d'esprit dans lequel peuvent être les équipes dans les différentes chaînes du groupe public ? Quid des grilles d'été, quid des programmes de rentrée, quid des responsables de chaînes ? Tout est ouvert, tout est possible, mais les situations précaires des producteurs (dont les contrats se renouvellent ou pas de saison en saison) ne doivent pas favoriser un climat de sérénité déjà largement entamé par des travaux qui n'en finissent jamais, qui démultiplient les déménagements (France Bleu et France Culture vont encore déménager). Quant au Mouv' il va changer de nom et affiner son positionnement qui ressemblerait à quelques virgules près, à celui mis sur les rails par Joël Ronez en janvier dernier, mais qui pourrait voir le directeur de la chaîne écarté.

Mathieu Gallet
Une suggestion : Mathieu Gallet venant de l'Ina peut-on espérer une valorisation/promotion des archives radio qui irait encore plus loin que l'accord-cadre signé le 16 janvier dernier entre Radio France et l'Ina ? En complétant l'offre radio par la création d'une web-radio dédiée aux archives qui, 24h/24, éditorialiserait le patrimoine radiophonique qui s'est constitué depuis l'invention de la radio.

(1) On pourra toujours "tourner le poste" et continuer à écouter sans se faire distraire par des images qui n'apportent rien au son,
(2) On notera que cette synthèse n'évoque pas l'ouverture de la maison de la radio au public par des animations régulières et ouvertes aussi sur "la fabrique de la radio",
(3) Et qui est en suspension depuis le mois de novembre 2013 et le démarrage de la procédure de nomination.

vendredi 28 février 2014

Chronicroquetteurs…








En découvrant samedi dernier la Une du supplément "Télévision" du Monde, je me réjouissais. Voici le titre d'accroche : "Talk-shows. Inusables chroniqueurs. Les trublions réunis autour d'un animateur pour parler de tout et de rien font toujours recette." (1) Je file page 4, découvre le titre, beaucoup plus explicite, qui m'enlève toute illusion sur une possible critique radio : "Chroniqueurs, la télé par la bande". Arf ! Cet article nous permettra de constater que les journalistes de presse papier regardent la télévision. Pour la radio on ne le saura jamais. Pourtant des chroniqueurs "réunis autour d'un animateur pour parler de tout et de rien" il n'y a plus que ça dans chacune des émissions radio des chaînes généralistes publiques. Je n'en ferai pas le décompte aujourd'hui, ni même sans doute demain. Je me contenterai de recenser les émissions radios qui n'auraient pas de chroniqueur.

Mais dans le "dossier" proposé par Joël Morio il est totalement jubilatoire de découvrir les catégories dans lesquelles sont "rangés" les trublions-bouffons de la TV. C'est parti. "Les humoristes" (2), non, y'a des humoristes à la TV ? Non mais des vrais, pas des auto-proclamés-encensés par Le Monde l'été dernier, genre Sophia Aram qui plombait toutes les fins de matinale d'Inter tellement elle était super-drôle ? Si, si, elle était censée être drôle et avait été recruté pour ça. Triste only. Après ce sont "Les prétendants". Les prétendants à quoi ? À devenir humoristes (3) ? Puis s'annoncent "Les spécialistes". De quoi ? Mais les spécialistes de quoi ? De la tarte à la crème ? De l'andouille AAAAA ? De l'emphase ? De l'auto-satisfaction (4). Mais voilà qu'approchent "Les revenants". Ah bon, ils étaient partis ? Pourtant leurs rengaines plombées semblent bien n'avoir jamais quitté les plateaux (5). Y'en a aussi à la radio. Cherchez bien vous allez trouver. Après vous aurez droit dans le "classement" aux "Intellos". Si ça existe aussi à la TV ! Dedans y'a Trapenard (France Culture) et Pingeot (ex France Culture) (6). 

Vous aurez le droit aussi à la catégorie "Les comédiens". Alors là y'en a et, un paquet. Vous voulez des noms à la radio ? Ben non, ils n'ont pas mis Frédéric Mitterrand, la comédie permanente à lui tout seul (7). Pour tous les recenser il me faudrait carrément écrire le Bottin. On termine par "Les ovnis", genre Bachelot. Oui la Roselyne. On en a aussi à la radio des spéciales propulsées par la politique. Vous voyez à peu près ? Le genre qu'on a jamais écouté parce que ça sentait trop le "parachuté-recyclé-ascenseurisé". En trois pages le dossier de Morio est loché, avec des p'tits miquets pour illustrer. "C'est bon, Coco, tu le tiens ton dossier". On aimerait bien qu'un tel niveau d'acuité audiovisuelle permette la réalisation d'un dossier qui pointerait du doigt et de la plume les indéboulonnables chronicroquetteurs de la radio (8) qui gâchent les émissions et ne "font rien qu'à nous énerver"…  Mais non ce n'est pas là que vous le lirez et encore moins dans cet hebdo-là. Mais si vous savez, celui qui vous dit ce qui est bon pour votre culture et ce qui ne l'est pas. Et ces donneurs de leçons n'ont pas que l'air, ils ont aussi la chanson.


(1) C'est plus un titre, c'est un rapport de police…
(2) Je ne vous mets pas les noms, vous vous reporterez au dossier. "Préparez vos mouchoirs", OK ! 
(3) En radio y'en a un paquet qui se prenant pour des profs du Collège de France, sans la classe et l'humilité qui va avec, en sont réduits à être prétendants permanents à la reconnaissance médiatoc. Pas de risque, ces bouffons, la plupart du temps, idéologues confirmés nous font gerber, 
(4) Dans cette liste vous retrouverez Patrick Cohen (l'anchorman de la matinale d'Inter), vous saviez vous qu'il était spécialiste ? Pas moi, 
(5) Exemple Pierre Bénichou, toutou définitif d'un Ruquier sur-médiatisé,
(6) Mais y'a pas Ali Baddou ? Ben non, pomme, il est pas chroniqueur, il est chef de rayon, 
(7) Genre "Le coup d'éclat permanent", référence à son tonton qui en 1964, rongeait son frein,
(8) Faudrait rajouter la catégorie "Les suffisants"

jeudi 27 février 2014

28 juin 1966…

Stéphane Pizella








Pour écrire sur ce blog, j'aime osciller entre l'actualité de la radio, quelques prévisions pour le futur proche et un retour salutaire aux archives de l'Institut National de l'Audiovisuel (Ina). Car dans le bruit et la fureur du quotidien ce serait faire bonne mesure que de (ré)écouter Stéphane Pizella, ange conteur de la nuit qui depuis les années 50 présentait à la Radio Télévision Française (RTF), dans le "Programme parisien" (sic) puis sur France Inter à partir de 1964, "Les nuits du bout du monde". Il ne se contentait pas par la voix de suggérer les atmosphères propres à la nuit et à ses contes il nous rappelait au début de sa prise d'antenne que son "émission [était] écrite et présentée par Stéphane Pizella". "Écrite", voilà bien toute une époque quasi révolue quand aujourd'hui le talk superpose le talk lui-même superposé par le talk.

J'ai pu ces jours-ci réécouter l'émission du 28 juin 1966, qu'un ami collectionneur m'a prêtée. Avec distinction, grâce et élégance Pizella annonce à ses auditeurs de France Inter, dès le sous-titre de son émission, qu'il va "prendre congé" car les grandes vacances approchent et d'autres programmes seront diffusés en lieu et place de ses "nuits". Il met la lenteur propice à la nuit qui s'installe autour des ondes. Sa parole est apaisante, tranquille et douce. "Pizella donnait lui-même la formule idéale de ses tableaux sonores : "Trois cinquième de réalité, un cinquième de rêve, un cinquième de fantaisie et d'humour" (1)

Pizella raconte dans la nuit, enveloppé du silence qui l'entoure, et joue avec un fond sonore pour ponctuer ses propres silences. "Un savant dosage auquel il faut ajouter un accompagnement musical remarquablement choisi. Pour une heure d'émission, il utilise entre trente et soixante morceaux différents. Autant d'ambiances qui viennent, passent au premier plan, ou se mêlent parfois." (1) Il y a la volonté de laisser filer une histoire, de ne pas superposer une autre voix, un jingle agressif, une chanson, ou un "conseil". La nuit est en train de s'installer (il fait encore jour à 22h15 en juin) et Stéphane Pizella concentre par le seul effet de sa voix une écoute tendue, où le récit captive et pour lequel on se laisse porter.

Pourrait-on encore faire ça aujourd'hui ? Et sinon pourquoi ? Pourtant Pierre Bellemare, Pierre Lescure, Daniel Mermet citent, quand on fait appel à leurs souvenirs radio, le charme d'un Pizella qui a marqué son époque et sans doute influencé quelques conteurs contemporains. Gérard Sire était de cette trempe de conteur sauf que Sire faisait en plus pour la radio ou le cinéma tant d'autres choses presque toutes en même temps. Il y avait aussi Jean-Pierre Chabrol et ses "Portes d'embarquement" (2). Alors s'il existait une "Radio Archives" la huitième ou neuvième chaîne de Radio France nous pourrions de temps en temps nous endormir dans quelques bouts du monde qui ne seraient pas ou ne seraient plus en furie et pour lesquels Pizella aurait eu le bon goût d'y mettre

(1) in " Les années radio" Jean-François Remonté, Simone Depoux, L'arpenteur, 1989,
(2) France Inter, début des années 80, il terminait chacune de ses émissions par un "adecias" rocailleux ("bonjour" en occitan)

Pour vous donner une idée du "ton" Pizella. Extrait d'une interview de Pierre Dumayet en 1949,