mardi 23 juin 2020

Casser la voie…

Au fil de l'eau, il y a trois semaines on apprend, au détour d'un détroit, que Majelan c'est fini ! Patatrac ! La façon d'agrégation (coulos), l'attrappe-tout du podcast du moment, la re-diffusion (non autorisée) de podcasts (par exemple ceux de Radio France), c'est fini ! Rideau ! On remballe la camelote. On passe à autre chose. Sans autre forme de procès. Enfin si, les deux créateurs de la start-up, Arthur Perticoz et Mathieu Gallet, se sont fendus d'une communication subtile. Ils ont produit un… podcast. Étonnant, non ?

Un autre Magellan













Après avoir annoncé sur tous les toits qu'ils allaient devenir, sans rire, "le Netflix du podcast", Filochard et Ribouldingue, les joyeux pieds nickelés de la gaudriole, se sont pris une veste magistrale. Les miyards d'abonnés ont fui sous d'autres agrégats, les actionnaires ont psalmodiés unanimes "Adieu veaux, vaches, cochons, couvées, thunes…" et le reste des Français a continué à se taper sur les cuisses. De joie.

Sans blague ! On a eu beau faire le beau au cabinet d'un ministre, présider l'Institut National de l'Audiovisuel et Radio France, avoir été révoqué par le CSA, ça ne suffit pas à s'improviser marchand de cravates dans un parapluie au carrefour des boulevards St Germain et St Michel. Gallet si. Il y croit. Dur comme fer. Mais le fer (à dix sous) c'est pas cher comme le disait sans rire, Bourvil, un vrai comique, lui. 

Le podcast de fin de partie s'appelle "Le 7 juillet, nous lançons une nouvelle application". Ça donne envie non ? Préparez-vos mouchoirs ! Avec un ton (il n'a jamais su l'avoir) de misère, les gaziers nous expliquent comment ils vont nous vendre du développement personnel. Le développement personnel de qui ? Le leur ? Le leurre. Faudrait vraiment rien avoir à foutre d'autre pour tenter (et croire) se développer juste par les effets subliminaux de la voix. Autant prendre sans compter une bonne rasade de l'élixir de l'abbé Soury, sinon c'est 20' de foutues à écouter des sornettes !

Justement la voix. Non content de chambouler Majelan dans ses fondements, Gallet publie, il y a quelques jours, quelques feuillets "Le nouveau pouvoir de la voix". On reste sans…* C'est marrant dans le titre c'est surtout le mot "pouvoir" qui retient mon attention. Car franchement on n'a pas attendu les mantras du chef d'entreprise (sic) pour, depuis les origines du monde, être convaincus des pouvoirs merveilleux ou maléfiques de la voix.

Quant à la sienne de voix elle ne compte pas. Il lui faudra trouver autre chose pour tenter d'attraper les mouches et peut-être enfin trouver sa voie !

* L'éditeur contacté affirme qu'il n'y a pas de faute d'orthographe dans le titre. C'est bien voix qu'il faut lire et non "voie" comme je l'avais entendu(e) !

lundi 22 juin 2020

Zorro est arrivé : changements à la tête de la chaîne…

Lundi dernier, 15 juin, la commémo de l'Appel du 18 juin 40 n'est pas dans les radars des médias. Brouillard total. C'est ce moment, sensible et creux, qu'a choisi Delphine Ernotte-Cunci, Pédégère de France Télévisions, à deux mois de la fin de son mandat, pour faire des nominations stratégiques. Un peu comme si, inquiète du renouvellement de son mandat fin août, elle voulait placer quelques personnes pour continuer à faire le job ! Quel job ? C'est ce que nous allons voir. Les médias participent des mêmes intrigues que les politiques. Avant un remaniement, une cohabitation, les ministres et autres secrétaires d'État placent leurs affidés à des postes où ils seront assurés de ne pas être tout de suite au chômage. Et/ou continuer l'"œuvre" entreprise.



14 juin. Sur son fil Twitter, Caroline Sallé, journaliste au Figaro poste : "Franceinfo: changement à la tête de la chaîne. Laurent Guimier remplacerait Alexandre Kara". Je relis trois fois le tweet. Alexandre Kara. Qui c'est ça ? France Info, mais laquelle, radio ou TV ? Voilà déjà une preuve, s'il en était besoin, de la confusion possible entre les deux chaînes de service public, dédiées à l'info en continu. Jamais entendu parler d'Alexandre Kara ! Faut dire que je ne regarde pas la TV, et encore moins les chaînes d'info en continu, et encore moins celle créée du seul fait du Prince (François Hollande, Président de la République, 2012-2017). À l'époque Laurent Guimier, nommé par Gallet en mai 2014, directeur de France Info, participe à l'élaboration de cette chaîne, dont les audiences quatre ans plus tard sont toujours aussi confidentielles, laissant caracoler loin devant BFMTV dans bon nombre de foyers français.

Le 17 juin, dans leur article du Monde (1), Sandrine Cassini et Aude Dassonville écrivent : "L’idée, cette fois, est de renforcer les liens avec Radio France. «Multiplier les coopérations, faire jouer les synergies et fluidifier les relations, c’est l’une des missions que j’ai confiées à Laurent Guimier» [dixit Delphine Ernotte, ndlr], confirme Yannick Letranchant, le directeur de l’information de France Télévisions." Bigre ! Il ne s'agirait plus d'être seulement directeur de chaîne mais en plus de devenir l'ambassadeur de FTV ? (2). En faisant jouer les missi dominici à Guimier Ernotte court deux lièvres à la fois. Donner des gages au gouvernement (et au CSA) de sa volonté de coopération serrée avec un partenaire de l'audiovisuel public. Être à l'initiative d'une préfiguration d'une "petite holding" audiovisuelle, en attendant le grand soir où France Médias sera enfin sur les fonds baptismaux d'une loi audiovisuelle (3). De ce fait le CSA serait inspiré de reconduire Mme Ernotte-Cunci dans ses fonctions, n'est-il pas ?

Dès mardi dernier, jour de sa prise de fonction, le fougueux nouveau patron de France Info (pour France Télévisions) annonce au Monde avoir «déjà pris contact avec les autres partenaires de l’audiovisuel public : Radio France, France Médias Monde et l’INA». Après quoi Guimier court-il donc si vite ? Directeur de France Info (radio, 2014-2017), vaguement n°2 de Radio France (2017-2018) se voit, à défaut d'avoir su refaire Europe 1 (2018-2019), missionner pour tenter refaire l'ORTF ! Ben si, "refaire travailler ensemble radio et TV" c'est refaire l'ORTF période avant son éparpillement façon puzzle par Giscard en août 1974 (4). Sera toujours temps avant la fin du Macronat ou sous un prochain régime, d'associer FMM et l'Ina.

Les zélées Veil (Pédégère de Radio France) et Ernotte avaient anticipé la loi (fermeture de France 4 et France Ô, rapprochement France Bleu/France3) et s'étaient préparées à la holding. Les organigrammes virevoltaient dans tous les sens pour que chacun y trouve son compte et en soit. Malgré ce qu'annonce sur son fil twitter une journaliste de France Inter, Vanessa Descouraux (5), la "petite holding" va permettre de placer amis, relations, influenceurs et bétonner l'organigramme d'un futur France Médias, genre répétition grand modèle, avec vedettes et figurants.

Pour cela Guimier sera parfait. Se croyant important et indispensable, il pourra multiplier intrigues, chausse-trappes, roucoule, du même tonneau que ses prestations, sur Europe 1, où, dans "Les pieds dans le plat" quand le journaliste répondait aux facéties de Cyril Hanouna. Sans doute la façon la plus subtile que Guimier avait trouvé de rapprocher programmes et information. Autant dire que nous allons suivre de pied ferme les tribulations de cet avatar médiatique, prêt à tout pour refaire radio et TV d'État… comme était qualifiée l'ORTF en 1968 ! Et surtout pourquoi Ernotte l'envoie, lui, au front pour formaliser rapprochements TV et radio ?
(À suivre)

(1) Nominations stratégiques à France Télévisions,
(2) En l'état, la mission dévolue à Guimier ne précise pas s'il s'agit de France Info ou si cela concerne l'ensemble du groupe !
(3) La crise sanitaire du Covid-19 a eu raison de la loi audiovisuelle qui devait (à l'automne prochain) voir la création d'une holding associant Radio France, France Télévisions, France Médias Monde et Institut National de l'Audiovisuel,

(4) Loi du 7 août 1974 qui voit la dissolution de l4ORTF en 7 sociétés distinctes : Radio France, TF1, Antenne 2, France Régions 3, Société Française de Production, Télé Diffusion de France, Ina, 
(5) Suite à l'article de Télérama (19 juin) annonçant l'abandon de la loi audiovisuelle. "Pensées émues aussi pour les cadres qui n'avaient pour objectif que de briguer une belle place dans la holding. Sorry les chatons."

lundi 11 mai 2020

La nuit mise au jour…

Juin 2013 : avec la fin de la grille d'hiver, Philippe Val, directeur d'Inter décide brutalement de renvoyer les nuits au jour. Comprendre : les émissions en direct c'est fini ! Serge Le Vaillant est prié maintenant d'aller dormir, Sous les étoiles exactement. L'histoire même des Nuits de France Inter qui affirmaient la continuité absolue du 24h/24 est à classer par pertes sans profits. Depuis 1957 et la création de "Route de nuit" de Roland Dhordain, la radio publique avait donné aux nuits la couleur de ceux qui travaillent, des insomniaques et des artistes, des couche très tard et des lève encore plus tôt.
Moustaki, Jean-Louis Foulquier, Studio de nuit, France inter, 1975

















Que pouvait-on attendre d'un Philippe Val qui, sans scrupule, a jeté aux orties l'incarnation même de la radio publique généraliste qui vivait avec nous nuit et jour sans aucune discontinuité, avec une présence physique au micro pour être en phase avec l'air du temps ? Et malgré l'empire du numérique qui gommerait la temporalité, la nuit n'est pas le jour et inversement. Mais oui, que pouvait-on attendre d'un amuseur public déguisé en directeur de radio choisi par un Président de la République (Sarkozy) qui avait une seule idée en tête casser l'indépendance et l'ADN de France Inter (1) ?

La nuit c'est une autre dimension. Sonore, philosophique, temporelle. Et jean-Luc Hees, Val, Laurence Bloch, Mathieu Gallet (2) ont renoncé a reconnaître ses trois attributs à la radio de service public. Renoncer et même abdiquer. Abdiquer devant les tutelles qui répétaient en boucle le mot "économies". Abdiquer devant les auditeurs désemparés, trahis, floués par la promesse qu'ils croyaient s'appliquer ad vitam aeternam du 24/24. Abdiquer même devant l'histoire de la radio. de la part de Hees et Bloch, professionnels de la profession, cela s'appelle un renoncement. Et bien pire un reniement.

Ces quatre-là ont-ils seulement pensé les effets de leur décision inique ? Sur la mission de service public, sur la création sonore, sur la diversité (des écritures, des voix, des formats propres à la nuit). Que nenni ils ont en deux coups de cuillère à pot sabrer là où il n'y avait pas de sondages, pas de mesures d'écoute, là où ça pourrait passer inaperçu (sic). Quelle rigolade (jaune) ! Quelle farce (amère) ! Quel désavœu pour leur gestion. On n'oubliera pas. Et malgré toutes les roucoules (et leurs reculades) ils resteront dans l'histoire comme les fossoyeurs du "service de nuit". Cette notion de service essentielle que Roland Dhordain, papa de France Inter, avait porté au plus haut (2)

Si j'écris ça aujourd'hui c'est parce que le champ immense laissé en friche par France Inter pourrait bien être réinvesti (re-labourer) par des plateformes qui ne reproduiraient pas la grossière erreur de cette chaîne de mettre à l'antenne des rediffusions. Mais s'engouffreraient dans un créneau temporel où il conviendra d'être avec la nuit dans la nuit et d'accompagner le flot des travailleur-euses, insomniaques et autres oiseaux de nuit qui n'ont toujours pas fait le deuil de la création sonore qui a animé France Inter pendant cinquante-six ans.

L'époque d'après qui commence est propice à tous les renouveaux…

(1) Sarkozy avait proposé la direction de Radio France à Val qui avait décliné en suggérant le nom de jean-Luc Hees qui a accepté…
(2) Respectivement Pdg de Radio France (2007-2014), Adjointe de Philippe Val (jusqu'en août 2014 où elle deviendra directrice d'Inter), Pdg de 2014 à 2018, révoqué par le CSA,
(3) Jusqu'à la diffusion permanente du guidage automobile sur Fip 514 (Janvier 1971) qui durera quelques années sur Fip jusqu'à ce qu'il soit abandonné. C'est là encore un autre "fondamental" qui disparaît des programmes…

Reportage de la télévision française, 8 février 1971, sur "Route de nuit", 

lundi 4 mai 2020

Inter au plus haut des cieux…

Il y a quelques jours, le 29 avril précisément, Madame Bloch, directrice de France Inter, publiait sur son fil Twitter un tableau éloquent où, par millions, les choux, les raves et les navets… ! Qui ça intéresse ces chiffres qui succèdent à d'autres chiffres, qui eux mêmes en suivaient d'autres ! Toujours plus, toujours mieux ! Toujours in (comme dirait Frédéric Martel sur France Culture qui cause angliche en tout' occas')… À qui peut bien servir cette communication total marketing ? Aux auditeurs ? Aux tutelles ? Aux annonceurs ? À la présidence de Radio France ? À son ego ? Tentative de réponses circonstanciées…

Désolé, la conversion image a échoué












Quel auditeur croisant son voisin de palier, de bureau ou de résidence éructerait-il "T'as su que France Inter a atteint le miyard ?" L'autre "Le miyard de quoi ?" "Ben, d'écoutes en lignes, pov' pom', cumulées avec les fréquences cognitives des enceintes connectées, c'te blague ?" L'autre "J'en parlerai à mon c'h'val !". Superfétatoire. Prétentieux. Inutile. Donc pour le twittus vulgarus ça sert à rien d'essayer de lui faire croire qu'il fait partie d'une communauté trop-d'la-boule-qu'-on-est-numéro-1-au-top-50 ! Dépit. Rideau.

Aux tutelles ? Mais vous savez, c'est qu'elles croulent sous les chiffres les tutelles ! Ceux de la Présidence de Radio France, de la Direction de la Communication, de la Direction du Numérique (divin, forcément divin le numérique), du Service de presse de la chaîne, des re-tweets des collègues directeurs et directrices de la Directrice. Et je ne compte pas la bouchère, le crémier, le coiffeur et + si affinités ! Alors les tutelles y'a que les chiffres en moins qui les intéressent. Moins de zéros au budget de Radio France, moins de personnel, moins de moyens techniques (investissements), moins de tout. Suffisent juste quelques figures pour parader dans Elle.

Aux annonceurs ? Eux la roucoule ils connaissent par cœur. Biberonnés par le mage Séguela, celui qui à 50 ans roulait (encore) en Solex, ils rient sous cape. Quant à la Présidence de Radio France elle vit environnée de compteurs qui, comme autrefois les horloges dans les salles de rédac', diffusent en temps réel les chiffres de l'hertzien, du podcast, du moindre tweet, de FB, d'Insta. Ça fait lurette que les compteurs ont remplacé les conteurs de France Inter… La bonne formule est Je compte sur toi, je compte sur vous !


Jean Yanne, à gauche "Quand j'entends le mot culture
je sors mon transistor…" (à droite J.Martin)
















Et puis, demain mardi, "Une journée manifeste sur France Inter"… Oh la la, c'est du sérieux là, ça va manifester pour la… Culture ? Avec un grand C. Alors Macron toute la journée ? Macron ? Ben oui il doit pas intervenir pour indiquer comment l'État va soutenir la Culture ? Ah mais ça n'a rien à voir ! Ah bon ? C'est juste un concours de circonstance ! Alors disons que Sire Constance fait bien les choses, hein ? Ouais et y'aura plein d'artisses qui viendront témoigner toute la journée à l'antenne. Et des intermittents aussi ? Des inter quoi ?

Alors si dans quelques semaines l'État post Covid-19 s'interrogeait sur le nombre de chaînes à garder pour le service public audiovisuel, France Inter n'aura pas à rougir (sic) de tous les efforts accomplis pour mériter le titre de radio d'État. Et France Culture ? Ah ben oui c'est vrai ils font dans la Culture eux aussi. Avec ce coup-là ils risquent d'être inter… dits ! Interdits ? Oui, stupéfaits quoi, abasourdis, circonspects !…
(À suivre)

lundi 27 avril 2020

Radio France : une bouteille à l'amer…

Le 23 avril, Sibyle Veil, Pédégère de Radio France répond aux questions de Jérôme Lefilliâtre dans Libération. À qui s'adresse cette interview qui ne nous apprend strictement rien ? Aux auditeurs de Radio France ? Peu probable ! Aux tutelles ? Certainement ! Aux annonceurs ? Aussi. Dans une forme de propagande digne des soviets voici quelques morceaux choisis…


Sur le toit des studios 102 et 103

















L'auto-persuasion (quand la co-production cogne très fort à la porte !)
"C’est la force de notre modèle de production : tout est fabriqué par nos propres équipes"

Le slogan-mantra (en fond on entend la foule qui applaudit à tout rompre)
"La période a montré à quel point le service public de la radio a su être au rendez-vous et il sera tout aussi indispensable dans les mois qui viennent"

Message in a bottle (en verre trempé, très transparent, siglée RF)
"Il faudra que les médias publics puissent continuer à jouer pleinement leur rôle, pour aider les Français dans cette épreuve. La période a montré à quel point le service public de la radio a su être au rendez-vous et il sera tout aussi indispensable dans les mois qui viennent"

Avant c'était du chinois (sous-titré par Frédéric Martel, en direct de Pékin)
"Cette crise valide certaines orientations importantes du projet d’entreprise, notamment celle qui consiste à rendre nos contenus plus accessibles aux Français"

Incroyable mais vrai 
"Cette crise va accélérer la transformation des usages des auditeurs. Beaucoup sont en train de passer de l’autoradio au téléphone portable" (et à la maison ils écoutent la radio depuis leur micro-ondes)


Les enfants existent, ont des oreilles et ont besoin de contenus (M. de la Palisse)
"De la même façon, la création depuis un an de contenus sonores pour les enfants répond à un véritable besoin des familles." (Rappelons que M. d'Arvor, ex-directeur de France Culture, avait il n' y a pas si longtemps balayé d'un revers de main méprisant la création d'histoires radiophoniques pour les enfants)

Les tutelles avec nous, les tutelles avec nous, 
"Nous continuerons à utiliser les moyens publics avec sobriété, parce que beaucoup de Français auront besoin du soutien de l’Etat, mais nous ne devons pas être fragilisés car nous devrons pouvoir être ce pilier de la vie démocratique et culturelle dans l’après-crise." 

J'adore les patates chaudes (et les douches froides)
"Je défends cette position auprès de l’Etat. Ce sera à lui de tirer les conséquences de cette crise"

Et soudain la Terre s'est écartée et Moïse… (version Luc Besson)
"Mais, très vite, nous nous sommes dit que l’information fiable était vitale mais qu’elle ne suffisait pas : dans cette période, on a besoin de prendre du recul, de s’évader, de rire. C’est là qu’on voit à quel point la radio est un média vivant : nos
grilles ont énormément évolué pendant ces semaines et nous avons même créé de nouvelles émissions"

Radio France sauvera la culture par la porte, la fenêtre et même la lucarne
"Sur nos chaînes, il y aura bien une saison des festivals 2020. Dès cette semaine, les soirées d’Inter et de Mouv’ ont fait vivre "un Printemps de Bourges imaginaire". Dans les grilles d’été, nous ferons exister les festivals, avec la diffusion des meilleurs moments, des sessions live, des émissions dédiées"

P.S. : Madame Veil n'a pas jugé utile d'évoquer la syndication de France Bleu, ni la web radio de France Culture en partenariat avec AP-HP, service public dont elle a été entre 2010 et 2015 "Membre du comité de direction de l’établissement, directrice de la transformation, où elle y anime la réflexion stratégique et y organise le déploiement de programmes de transformation dans les hôpitaux" (source Wikipedia)

Prochain épisode
"À la radio fallait-il le Covid-19 ?
(sur l'air de de Gaulle inaugurant la Maison de la radio, le 14 décembre 1963)

mercredi 22 avril 2020

De la confiture, en trois actes : Monsieur Parapluie (3)

Quand vous étiez p'tiots et que vous gériez votre tirelire, rappelez-vous le jour du grand achat, votre joie de la chose acquise et votre désappointement quand seulement quelques pièces jaunes avaient résisté au départ. Votre cochon fendu était contrit et vous étiez abattu. Une petite voix intérieure vous disait : "Tu vas regarder (sagement) les conséquences financières de cette situation… ". Dépité vous n'aviez plus qu'a attendre (longtemps) le retour d'un petit pécule conséquent. E la nave va…











Le Ministre de la Culture, Franck Riester, est lui directement passé de la voix intérieure à la voix extérieure. Le 16 avril, dans une allocution à la radio (France Inter), - si, si, une allocution, ça fait lurette que ministres et hommes politiques sont chez eux à la radio d'État et viennent débiter leurs sornettes dans les matinales - Riester, donc, n'a pas hésité à dire : "Nous allons regarder les conséquences financières de la crise [du Covid-19, ndlr] sur l'audiovisuel public, et nous en tirerons toutes les… conséquences." Amen !

Voilà une affirmation conséquente dont nous ne sommes pas prêts de mesurer toutes les conséquences. En conséquence de quoi il s'agira d'être conséquents ! Et vigilants, ma bonne dame (1), car ce virus n'a pas fini de faire ouvrir le parapluie pour un non ou pour un oui. Pour un nom surtout. L'occasion est "trop belle" pour, sans tambour ni trompettes (2), élaguer grave dans les budgets, réduire les chaines (sans prétendre à plus de liberté !), saper les ambitions culturelles, ériger en loi le principe du minimum, renoncer à la grandeur d'un service public audiovisuel.

On risque donc d'assister dans les mois qui viennent à moult renoncements, quelques reniements d'envergure et quelques parades de langage pour lesquelles il nous manquera un M. Molière pour en affirmer, non tant le ridicule que l'immense désastre. On aurait pu attendre de Riester l'expression de convictions fortes pour la culture et l'audiovisuel, la défense absolue de principes fondamentaux inscrits dans le marbre de la Vème République par Malraux et Lang, l'engagement à défendre, par-dessus la crise, les valeurs citoyennes qui ont forgé liberté, égalité et fraternité. On aurait pu… Au lieu de quoi M. Riester s'est vu à Cherbourg en marchand de parapluies !

Quand on attend la femme, l'homme prêt à franchir les montagnes et à dire "Il est revenu un espoir, un goût du travail, un goût de la vie." (3)
Fin de la série.

(1) C'est une expression, Riester n'a pas encore été remplacé par Aurore Bergé !
(2) Il n'y avait que Jean-François Kahn et Gilles Davidas pour, à la radio publique (France inter), le samedi matin produire "Avec tambours et trompettes… " O tempora, o mores…
(3) Léon Blum (1872-1950), chef du gouvernement, 31 décembre 1936 ,

mardi 21 avril 2020

De la confiture, en trois actes : Sous le tapis (II)

La mode de la communication moderne d'enrouler les mantras et les psalmodier jusqu'à plus soif convient parfaitement à Sibyle Veil (actuelle Pédégère) qui, avant d'intégrer Radio France n'avait sûrement jamais écouté une radio locale publique. Pas plus qu'elle n'en connaissait l'histoire aux temps héroïques où Radio Mayenne, Melun FM et Fréquence Nord, en 1980, n'avaient ni le but de s'uniformiser et encore moins de se "syndiquer" entre elles. Vingt ans plus tard, un sinistre jacobin, Jean-Marie Cavada (pdg de 1999 à 2005) détricota en 2001, le maillage identitaire des locales pour en faire une ligne bleue (des Vosges à la Corse, de Perpignan à Kemper)…




Bien avant que la nouvelle loi audiovisuelle (perdue dans le Covid-19) soit promulguée, les très zélées Pédégères de Radio France et France télévisions (Delphine Ernotte) avaient imposées depuis septembre 2019 le mariage forcé des matinales de France Bleu et France 3. En roucoulant sur tous les tons et sur toutes les fréquences que la proximité avec les auditeurs-spectateurs s'en trouverait renforcée.

Puis le confinement s'imposa et les journalistes et animateurs des locales de France Bleu  découvrirent que leur direction (Jean-Emmanuel Casalta, directeur de Bleu, depuis septembre 18) leur imposait un confinement forcé en regroupant plusieurs Bleu (les syndicant) et privant la fameuse proximité de… sa plus proche proximité ! Cas d'école s'il en fût, la Direction de Radio France et celle de France Bleu ne sont ni à un renoncement, ni à un reniement près…

Pour le public attaché à ces locales la pilule doit être amère. Le confinement aurait "bon dos". Si chacun peut comprendre et accepter une antenne dégradée, personne ne comprend que la fonction principale de France Bleu, faire vivre et témoigner de ce qui se passe près de chez soi, passe à la trappe. Sauf à considérer que les dites directions s'offrent peut-être "à peu de frais" la répétition grandeur nature de ce que pourraient devenir dans le cadre de la future holding (1) le "rapprochement" (mot pudique) de France Bleu et France 3. 

Regroupement de studios, nouvelles localisations territoriales, unification administrative, etc, etc… De quoi inquiéter tous les professionnels de la profession. De quoi surtout ne rien communiquer et analyser ce qui se passe, là où journalistes et animateurs ont pu continuer à officier. Ajoutons à ce sinistre tableau l'abandon depuis plus d'un mois des émissions et journaux en langue bretonne sur France Bleu Breizh Izel (syndiquée avec France Bleu Armorique) (2). Quelles explications peut bien en donner Casalta ? Alors que le Cahier des charges de Radio France fait obligation aux locales de consacrer aux langues régionales des programmes spécifiques.

On voit bien comment sans aucune transparence, ni éthique, Radio France prépare insidieusement le terrain d'un "drôle de mariage"… Qui donc a pu, dès les origines, imaginer qu'un État centralisateur comme la France puisse avoir un quelconque intérêt pour le fait régional ou local ?

La suite demain : une pantomime pathétique (Acte III)

(1) Qui regrouperait dans France Médias :  Radio France, France Télévisions, France Média Monde, Institut National de l'Audiovisuel,
(2) Qui pourraient reprendre le 27 avril…