lundi 29 avril 2019

Pourquoi ELLE(S) ?

Donc, vendredi dernier paraissait dans Elle, une double page recto/verso au titre glamour à souhait : "Success story : les bonnes ondes de Radio France". Comment dire ?  On n'imaginait pas trouver dans cet hebdomadaire fondé par Hélène Gordon-Lazareff en 1945 (1) des femmes qui ne soient pas un minimum tendance, à la mode (radiophonique), in et d'aujourd'hui (sic). En écho aux chiffres vertigineux d'audience de Radio France, la journaliste Julia Don et le photographe Hughes Lawson-Body rappliquent au 116, avenue du Président Kennedy (Paris) prendre "sur le vif" les nouvelles stars de la radiophonie publique. Des femmes qui réussissent dans Elle, c'est raccord non ?

©Hugues Dawson-Body

















Là, au premier étage de Radio France, quatorze femmes (et pourquoi pas quinze ou trente-deux ?) posent "figées pour l'éternité(2) !  Je n'ai pas le savoir et la culture de l'image comme Arlette Farge pour analyser ce cliché. Cette "image de groupe" n'est-elle pas plutôt la juxtaposition de poses/postures individuelles ? Quatorze femmes côte à côte, séparées l'une de 'autre, scotchées par l'objectif alors qu'elles sont habituellement toutes en perpétuel mouvement. Posées là, entre deux, faisant front, bloquant le passage, sans manifester quoi que ce soit. Se pliant juste aux desiderata du photographe à la mode.

Une photo lisse, presque glaciale, désincarnée, hors contexte tant rien, mais absolument rien, n'évoque la radio ! Une photo de magazine people, plaquée, dans un lieu qui n'évoque pas leur activité professionnelle (un bureau, un studio, une cellule de mixage et/ou d'enregistrement), un lieu dont la représentation ici est absolument impersonnelle.

Cette photo me donne pourtant l'occasion d'en remettre une autre en avant. Il y a juste quarante ans, plusieurs femmes de France Inter posaient ensemble au foyer "B" de Radio France devant la mosaïque de Jean Bazaine. Dans un bel ensemble où l'on perçoit une vraie complicité. Même si sur cette photo manquent plusieurs femmes qui travaillent pour la chaîne, et non des moindres, elle fixe un moment choisi pour se retrouver. Si elle permet de confirmer qu'en 1979 peu de femmes occupent des postes de responsabilité, il est bon de rappeler que Jacqueline Baudrier, journaliste, est la première Pédégère d'un groupe de radio publique et la première de Radio France, société créée le 1er janvier 1975 suite à l'éclatement de l'ORTF. Sa nomination marquera un tournant significatif et irréversible dans les médias.


La légende est ici
Ce 30 avril 2019, Danielle Nizieux à l'origine de la photo a publié un long
et détaillé commentaire à lire là.






















En ce qui concerne la place des femmes et leur histoire à la radio, le média a, comme souvent pour ce qui le concerne, la mémoire courte et sélective. Pourtant dès fin mars 1968, ce sont bien Jean Garretto et Pierre Codou, deux producteurs des fins de semaine à France Inter, qui vont mettre à l'antenne de L'Oreille en coin de nombreuses femmes qui, pour certaines, ont fait toute leur carrière à Radio France (4). Ce sont des pionniers car à la fin des années 60 très peu de femmes s'expriment sur les ondes publiques et privées.

Et puis il y a Lulu (5) et les réalisatrices avec qui j'ai pu échanger sur leur métier. Adèle, Maryse Friboulet, Marie-Christine Thomas, Claude Giovannetti, Yaël Mandelbaum, Michèle Bedos. Janine Marc-Pezet l'oreille des archives de Radio France. Ou Irène Omélianenko documentariste. Et dès janvier 1971 les animatrices de France Inter Paris (Fip 514) qui deviendra Fip. Les femmes à Radio France ont une belle histoire même si la parité n'est toujours pas acquise, même si elles doivent toujours se battre pour obtenir des postes de responsabilité et des salaires équivalents à ceux des hommes. Et que très vite leur soit confié l'animation complète des matinales de France Inter et de France Culture. Rappelle-toi Rebecca


n°114, 27 janvier 1948





















(1) Propriété de Daniel Kretinsky, milliardaire tchèque, depuis avril 2018. Question à dix balles "Si l'hebdo avait toujours été la propriété de Lagardère un tel reportage eut-il été possible, sans crucifier Europe 1 (Lagardère), de faire un tel papier" ? Réponse souhaitée,

(2) Charline Vanhœnaker, Sonya Mellah, Lucie Barbarin, Laurence Bloch, Sandrine Treiner, Mathilde Serrell, Sonia Devillers, Sibyle Veil, Amelle Zaïd, Léa Salamé, Frédérique Le Teurnier, Saskia de Ville, Adèle Van Reeth, Bérénice Ravache, (au dos de la photo apparaissent leur fiche « anthropométrique »),

(3) Christine Ockrent aura dès 1980 la responsabilité à l'antenne du journal de 8h d'Europe 1,

(4) Paula Jacques, Marie-Odile Monchicourt, Kriss, Agnès Gribes, Kathia David, Leïla Djitli, Christine Lamazière, Françoise Morasso, Claude Dominique, Régine Luciani, …
(5) L'histoire d'une femme de ménage de Radio France, Documentaire de Yann Paranthoën.

2 commentaires:

  1. Merci pour cette analyse. Belle journée!

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  2. bonjour. Je suis très émue de lire cet article et ces commentaires à propos de cette photo.
    Je suis danielle Nizieux , la personne assise en bas au centre, et j'étais alors l'assistante ( on dirait aujourd'hui cheffe de cabinet, voire directrice de cabinet) de Pierre Wiehn . Jacqueline Baudrier, 1ère PDG femme comme indiqué dans un témoignage, avait choisi pierre wiehn pour relancer France inter lorsque la réforme de l'ORTF est intervenue au premier janvier 75. Avec des directeurs à la tête de "chaînes" ( on dirait aujourd'hui "stations"), c'était une vraie révolution: un objectif, des moyens et surtout un responsable: voilà comment faire une radio dotée d'une identité . Ce fut un moment d'inventions de prise de risques et Pierre Wiehn fut l'homme qui mena cette réforme à bien . Le premier , il s'attacha aux études d'opinion, et aux résultats de sondages, afin que chaque animateur producteur connaisse au mieux son public pour une relation partagée. et attire ainsi de nouveaux auditeurs , bien sûr. Beaucoup de réussites, quelques maigres échecs.

    Cette photo, j'en ai eu envie , poussée par l'exemple de Jacqueline Baudrier, et parce que l'époque se prêtait à l'émergence des femmes. Il fallait montrer que le monde changeait…J'en ai donc pris l'initiative ; mais malheureusement, aucun usage en ce sens n'a été fait par les services de communication ( qui d'ailleurs n'existaient pas en temps que tels: il y avait le service de presse et les relations publiques…)

    pour répondre aux questions: la photo a été prise entre 77 et 79, à cause de certaines présences et certains absences, mais je ne peux dire plus.
    la personne en bas à gauche est marie pierre Carretier, qui était alors journaliste à elle, cosmo, biba et nous avait rejoints.
    La personne identifiée comme Simone dalbergie n'est pas Simone dalbergue, mais je ne connais pas le mon de cette personne, pas plus que le nom de la personne à côté de sylvie Fansten, ni celui de la personne assise à droite.

    cette photo regroupe des gens d'antenne, mais aussi des gens des services, comme jacqueline montu, en charge des relations avec les services techniques, janine Leroy, en charge de la programmation musicale, marie andrée masson, attachée de presse, tristement décédée après une maladie difficile et longue, sylvie Fansten qui collaborait avec jean chouquet aux programmes de la chaîne.
    Le "cabinet" de pierre wiehn se composait de 3 personnes autour de lui: jean chouquet, grand manitou des programmes, charles polio qui a été l'administrateur de France inter et sa mémoire pendant plus de 20 ans, et moi-même. Nous nous réunissions tous les lundis à 11H et nous "recommencions" avec les services à 15H ( les précités). Se joignaient aussi les hommes absents de la photo: jean marie houdoux et jean pierre Larrieu pour les Opérations extérieures, andré blanc pour les spectacles , Jacques Morice, et j'en oublie sans doute.
    Le mercredi à 12H, c'était la "grand messe" où se joignaient aux précédents l'ensemble des producteurs pour présenter leurs invités potentiels afin de faire une synthèse et de mesurer la compatibilité des projets. Jean pierre auzeill, l'homme des études , nous rejoignait souvent.

    cette période fut très faste pour moi, qui avait 25 ans en arrivant à Inter! je l'ai quittée en 82, pour répondre à la mission confiée par le président Jean Noel Jeanneney de développer les activités commerciales et j' ai fini mon passage à Radio France comme directrice de Radio France publicité il y a 10 ans maintenant.

    tout cela constitue de bons souvenirs…dont je suis très reconnaissante à chacun, avec un bonus à Pierre wiehn , qui m'a tout appris!
    danielle Nizieux

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