vendredi 3 novembre 2017

67/68 : une autre révolution culturelle… Gauguin doux sauvage (9/43)

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Ici, le vendredi, jusque fin juin 2018, en complément du feuilleton "société" publié chaque lundi, je vous raconte, quelques faits marquant de "la vie culturelle" de l'époque. À travers les livres, les films, les disques qui ont marqué la révolution culturelle qui couve. Avec des archives audio radio en exclusivité, les sources de la presse nationale et régionale, et… mes propres souvenirs.

Gauguin, extrait de
"Portrait de l'artiste au Christ jaune"



9. Gauguin, l'instant infini
Je voulais évoquer Gauguin à partir de deux archives, dont une indisponible, qui dans les "Chroniques sauvages" de Robert Arnaut (1) évoque l'"École de Pont-Aven" en s'attachant aux années 1886-1903 (date de sa mort). Je ne tenterai aucun rapprochement hasardeux entre Gauguin et les prémices de 1968. La révolution picturale des "fauves" et le retournement des codes artistiques dominants pouvant juste être mis en regard des expressions artistiques des étudiants aux Beaux-Arts (nous y reviendrons) d'un printemps libéré. 

Si je titre 'l'instant infini" c'est bien parce que Gauguin joue la longue durée et se gausserait sûrement du zèle de celles et ceux qui médiatiquement se souviennent une minute de l'artiste, en font des caisses et passent dans la minute suivante à Neymar, Sheila ou Carla Bruni. Gauguin et ses pairs n'échappent pas, non plus, à la "société du spectacle". Depuis septembre à écouter, lire, voir Gauguin partout on a l'impression désagréable de "tout/trop savoir" sans rien savoir du tout. Cette communication intrusive, ce gavage indigeste, émousse le désir et finit par ne plus laisser que des clichés. Je ne désespère pourtant pas de me rendre dans quelques jours à l'expo du Grand Palais. Voir, regarder, sentir sans autre médiateur que l'expression directe du tableau. Ça change tout. Exit le tam-tam permanent qui finit par tout niveler, tout vendre, tout galvauder et tout détruire.


Pourtant les médiateurs, égocentrés, persuadés être indispensables à notre ouverture au monde produisent, à force de promotion permanente, un immense rejet. Trop c'est trop. Sans jamais aucune respiration on finit par étouffer. En 2002, il faisait bon lire, comme ça pour le plaisir, "Je suis dans les mers du Sud" de Jean-Luc Coatalem (2), sans que cela ne colle à une quelconque actualité. Pour le plaisir et la rédaction de ce billet j'ai replongé dans le récit. Le compagnonnage que l'on choisit et mène au long de sa vie progresse au rythme que l'on décide. En 1969, sur France Inter (3) "Aventures françaises dans le monde" évoquait Gauguin à Tahiti. Et, comme ça se faisait à l'époque, ajoutait au reportage in-situ et à l'interview de sa fille Madame Bizet, une partie jouée par des acteurs professionnels (dont Vicky Messica).

À l'écoute, cela peut paraître un peu désuet. Mais cela a le gros avantage de montrer comment la radio, à la fin des années 60, cherchait toujours à dépasser le "parler autour" (le talk récurrent d'aujourd'hui) pour mettre en ondes les acteurs encore vivants, les ambiances, le tout augmenté d'images sonores élaborées…

En intégralité et exclusivité jusque fin novembre…



(1) France Inter, 25 octobre 1986,
(2) Grasset, 2001, 
(3) Diffusée le mardi 18 mars après le flash de 21h,

1 commentaire:

  1. En voiture tout à l'heure, j'ai entendu un bout d'un entretien avec Vincent Kaufmann sur France Culture, qui a publié un ouvrage sur la spectacularisation de la littérature dans les médias : https://www.franceculture.fr/emissions/la-suite-dans-les-idees/la-litterature-apostrophee. Ça rejoint ce que tu dis sur Gauguin... Il faudra que je lise son livre, car c'est un questionnement que j'ai aussi pour l'histoire.

    Céline

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