lundi 6 mai 2024

France Inter : le hochet est cassé…

Le hochet c'est celui qu'agitent les médias et plus particulièrement la presse à l'endroit de la station généraliste de Radio France qui depuis 2019 caracole en tête des audiences. Des journalistes, dans tellement de journaux, raffolent tant des belles histoires qu'ils en font des caisses pour développer une saga qui surjoue des personnages (et des intrigues) dignes d'une série aux épisodes à rallonge. Les super directrices (Bloch & Van Reeth), les super journalistes, les super animatrices et animateurs des programmes resserrés de 5h à 23h. Un 18/24 tellement moins excitant que le 24/24 disparu en 2012. Malgré une ascension irrésistible de la chaîne voilà que le tableau, si bien encadré, se déchire, des personnages s'effacent et le décor s'assombrit au point qu'il ne faut pas être grand clerc pour voir l'orage imminent s'abattre sur ce que d'aucuns appellent encore "le vaisseau amiral" (de la radio publique).

Capture d'écran









Mais n'allons pas si vite. Le 21 avril alors que la France apprend dubitative que les Parisiens (quels Parisiens ?) rentrent de vacances, la TV publique, pas bégueule, offre, via France 5, une heure médiatique à France Inter. Sonnez hautbois, résonnez musette. Les tutelles, la Cour des Comptes et l'Arcom ne pourront pas dire que les entreprises publiques audiovisuelles ne font pas tout pour se rapprocher ! Mélanie Taravant, présentatrice de C Médiatique (C fou les titres des émissions sur cette chaîne) a invité Adèle Van Reeth et Sonia Devillers. Soit, la directrice de la chaîne depuis la rentrée 2022 et la journaliste chargée du 7h50 de la matinale surdimensionnée de 7h à 10h.

En 57' l'émission va enfiler les perles. Essayer de nous convaincre que c'était un bon choix de déplacer Devillers à 7H50  (elle, spécialiste des médias et des pipoles) et de laisser sa place à Léa Salamé qui fait strictement la même chose (chacune avec tellement de compassion, d'empathie et d'admiration pour leurs invités). Van Reeth justifie ce choix par son désir de rebooster l'interview de 7h50 par une non-spécialiste de la politique (c'est le moins que l'on puisse dire). Mais Tarravant ne jugera pas utile de demander à Van Reeth quelle "plus value" elle pouvait attendre de Salamé à 9h20. Ben non, des fois qu'il n'y aurait rien d'autre à dire qu'un très évasif "Pourquoi pas ?".

Les mini reportages in situ à France Inter (sur quelques émissions) sont d'une banalité absolue et tout ce qui s'y entend est a minima convenu a maxima tellement peu intéressant qu'on se demande qu'elle pouvait être l'objectif d'une telle promotion… gratuite ? Une émission en roue libre, absente de tout regard critique, qu'il aurait du être incrusté "publi-reportageau coin supérieur droit de l'écran. Si Taravant s'esbaudit en début d'émission pour annoncer que c'est la première fois que C Médiatique consacre un sujet unique à l'émission, elle n'a pas non plus jugé utile de nous dire pourquoi.

Autrefois, au néandertal de l'audiovisuel public, l'ORTF diffusait à la télévision "France Inter Magazine" (1). L'occasion pour l'Office de faire connaître aux téléspectateurs les coulisses de France Inter. Pierre Bouteiller, Gérard Sire, le Journal parlé (sic), Route de nuit, La revue de Presse,… Seules occasions pour les aficionados de voir celles et ceux qui animaient l'antenne.

Un n° de la revue papier
de l'émission

















Intermède
Dans sa tribune du 13 avril dans Le Monde, Jean-Noël Jeanneney, historien et ancien Président de Radio France (1982-1986) écrit tout le peu d'estime qu'il a pour la holding/fusion des audiovisuels publics. "Toute l’expérience de la vie politique et administrative rappelle une chose assez simple : ajouter un niveau supplémentaire dans le millefeuille des pouvoirs quand ceux-ci sont constitués de longue date, bien loin d’alléger les coûts, conduit à les alourdir. Car les postes créés ne conduisent jamais à supprimer complètement ceux que les nouveaux titulaires ont vocation à surplomber. Pas d’économie réelle, donc." (2)

Avis de tempête pour ne pas dire de… typhon
Radioscopage inattendu d'effets d'annonce en tout genre. Guillaume Meurice ayant réitéré sa blague prépuce dans le dernier épisode du Grand dimanche soir (28 avril), la Direction d'Inter l'a aussitôt convoqué à “un entretien préalable en vue d’une éventuelle sanction disciplinaire” (16 mai) pouvant aller jusqu’à son licenciement. Ça grogne grave dans les couloirs jusqu'aux journalistes qui soutiennent l'humoriste. Rapprochement inédit Rédaction et Programmes !

Pour ajouter de l'huile sur le feu la Direction annonce de grands changements pour la rentrée. Les journalistes Charlotte Perry, Antoine Chao, Anaëlle Verzaux, Giv Anquetil, ne seront plus à l'antenne (3). Formés à l'école "Là-bas si j'y suis" (1989-2014) de Daniel Mermet. “Depuis la fin de “Là-bas”, en 2014, ces voix, plutôt de gauche, ont été progressivement invisibilisées, fragilisées, regrette un producteur sous couvert d’anonymat. Cette fois, c’est le coup de grâce.(4).

Pour La Terre au carré, c'est la fin de l'émission telle qu'elle existe : "Mathieu Vidard souhaite faire évoluer son émission vers davantage de récits écologiques et scientifiques” (4). Et pour compléter le tableau Le grand dimanche soir verrait une diminution de son budget ! Ce n'est sûrement qu'un début… mai et juin n'en finiront pas de compléter les bouleversements attendus sur France Inter qui a un nouveau Directeur des programmes. Qu'attendre de Jonathan Curiel venant de M6, sûrement un grand connaisseur de radio, quandTélérama (1er mai 2024) titre un de ses billets "RTL (filiale de M6) en crise d'identité" ?


Lucien Jeunesse, animateur légendaire
du Jeu des 1000 F, France Inter,

















Que cache ce grand bouleversement alors que dans quinze jours, les 23 et 24 mai, l'Assemblée Nationale débattra de la proposition de loi sur l'audiovisuel public et la probable création de la holding "France Médias" ? Les tensions sont vives à Radio France dont sa présidente, Sibyle Veil, continue a manifester son opposition à la fusion quand Delphine Ernotte, Pédégère de France TV pousse à la fusion.

Pour autant la bluette de C Médiatique a fait Pschiiittt ! Elle montre que la propagande a ses limites et que, malgré ses efforts, le geste de la TV vers la radio est juste superfétatoire. Comme l'annonce de Stéphane Sitbon-Gomez, Directeur des antennes et des programmes, dans la Tribune Dimanche (5 mai) "À la rentrée nous donnerons encore plus de place au "Jeu des 1000€" en le diffusant désormais deux fois par semaine, le samedi et le dimanche.“ Roulez Jeunesse… Un tel rapprochement stratégique ne va sûrement pas manquer de convaincre la représentation nationale du bien fondé de l'urgence d'imposer une holding ! 

(1) “Magazine France Inter“ est diffusé sur la 1ère chaîne de Télévision du 4 janvier au 28 juin 1971, soit 22 numéros d’environ 12’ chacun (source Inathèque). “Micros et caméras” diffusé à partir de 1965, même chaîne le sera jusqu’en 1972. Cette dernière rendait régulièrement compte de l'activité de la radio et de la télévision,

(2) Invité, le 29 avril, sur France Inter à débattre avec Laurent Lafon (Union centriste) sénateur, président de la commission de la Culture au Sénat et auteur de la proposition de loi sur la holding. Membre du Conseil d'Administration de Radio France. Ce "débat" courtois et poli n'a fait entendre "raison" ni à l'un ni à l'autre des débatteurs !

(3) Perry "Des vies Françaises", Chao"C'est bientôt demain", Verzaux "Le jour où", Anquetil "La terre au carré", + la chronique quotidienne de Camille Crosnier dans "La terre au carré”. Aussi "La Librairie francophone", d'Emmanuel Kherad,
(4) A France Inter, journalistes et producteurs s’inquiètent pour leur liberté d’expression“, Aude Dassonville, Le Monde, 3 mai 2024,

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