vendredi 24 juin 2022

France Bleu(s)… à l'âme !

Pour la deuxième journée consécutive France Bleu Drôme Ardèche est en grève ! Ça n'apparaît pas en accroche sur le site de cette radio locale de Radio France. Le motif de cette grève : le non remplacement d'un salarié (1) et les conséquences immédiates sur la charge de travail du personnel restant. Au réel de toutes les situations humaines et conflictuelles à Radio France s'oppose la roucoule de communication de la Présidence (Sibyle Veil) qui n'a à la bouche que les mots "proximité, proximité, et proximité". Une fois de plus cette communication de façade noie le poisson des réalités de terrain, du délitement même de cette fonction de proximité et des inquiétudes permanentes sur la fusion France Bleu/France 3.



Le drame
Le drame c'est qu'une fois encore les dirigeants de l'audiovisuel public, les tutelles (Bercy, Valois) et la Cour des Comptes ignorent l'histoire des locales de Radio France qui n'a pas commencé le jour où Jean-Marie Cavada Pdg de Radio France (1999-2005) dans un excès furieux de jacobinisme, conjugué à un paternalisme rance, a imposé suite au "Plan bleu" (2001) la normalisation de toutes les radios locales de Radio France. Sous une même bannière. Et avec des orientations décidées en haut, au siège de Radio France. Du local oui mais administré à Paris.

Adieu l'identification forte aux terroirs, aux pays, (Radio Corse Frequenza Mora, Radio Bretagne Ouest, Fréquence Nord, …). Le Bleu horizon de Cavada allait se charger de laminer et/ou minorer les particularismes, les identités, les patois non reconnus comme langues. Et très vite la syndication a encore plus nivelé toutes les radios entre elles (2). Si l'on ajoute la gestion comptable des antennes et non pas l'intérêt des auditeurs-usagers on aboutit à une situation de crise qui depuis longtemps perturbe le réseau France Bleu.

Le rapport sénatorial Karoutchi-Hugonet du 8 juin 2022 sur l'audiovisuel public enfonce un peu plus le clou en évoquant la mutualisation des moyens de France Bleu et France 3 qui dégagera des économies permettant de diminuer d'autant l'ensemble de la "contribution" à l'audiovisuel public (3). Ce ne serait donc pas le "moment" de renforcer des équipes de Radio France et/ou  de France TV si demain tout est à repenser. Cet état de fait ajoute à la perturbation, à l'inquiétude et au stress des personnels concernés. Et aussi à l'immobilisme dont se prévalent les responsables concernés.

La grève à France Bleu Drôme Ardèche est un indicateur supplémentaire de l'état de déshérence dans laquelle tout l'audiovisuel public est plongé. Les effets d'annonce d'un Président de la République en campagne, la charge de la brigade légère (lourde) des sénateurs, le zèle des Pédégères Veil et Ernotte (FTV) créent une situation délétère dont les premiers à en pâtir sont les personnels concernés. Mais ça il semble bien que ça ne concerne pas les décideurs !

(1) "Les personnels doivent régulièrement compenser les postes perdus pour assurer la qualité d’une antenne de proximité sur les 9 heures de programmes locaux quotidiens. L’encadrement doit sans cesse composer pour assurer l’organisation des temps de travail. Aujourd’hui, suite au licenciement d’un animateur qui a dû quitter Radio France à la fin du mois d’avril (pour raison d’inaptitude), la Direction de France Bleu a décidé de supprimer son poste dans notre station de Valence afin de nous faire entrer dans la "norme" artificielle de 7 PARL (Personnel d’Antenne des Radios Locales). Cet animateur licencié n’était déjà remplacé qu’à 50% depuis 2018. S’il était revenu à son poste, il aurait été réintégré à temps plein et son poste maintenu dans les effectifs de France Bleu Drôme Ardèche, d’où un fort sentiment d’injustice. La décision a été prise sans concertation et nous avons le sentiment que ce n’est que le début d’une centralisation régionale puis nationale des programmes". Communiqué des personnels en grève ! 

(2) La syndication consiste à diffuser le même programme par plusieurs diffuseurs. Pour France Bleu soit un programme national, soit un programme d'une autre France Bleu, par exemple dans les périodes très contraintes de personnel aux vacances d'été,

(3) "Cette fusion de France 3 et France Bleu devrait également permettre de repenser les méthodes de travail en adoptant des modes de production plus souples et réactifs." (Synthèse du rapport Karoutchi-Hugonet, Sénat, juin 2022)

mardi 21 juin 2022

Nuit et jour, Billie Holiday : le feuilleton !

Le feuilleton (radiophonique) existe encore. Si, si. Sur France Culture, tous les soirs à 20:30 depuis lurette. Feuilleton, un mot que la chaîne publique a réussi à ne pas éliminer de son vocabulaire quand, sur son site, à la page programme le mot podcast a remplacé celui d'émissions (1). Et, sans la promo tapageuse habituelle et l'auto-satisfaction récurrente, on peut au détour d'un programme changer d'univers, de tendance et de mode. Passer du supermarché du podcast, tout à 2 balles, à la jolie boutique du marchand de couleurs. Faire sonner la clochette de la porte et, dans cette boutique sonore, reconnaître sans hésiter la voix de Billie Holiday, s'asseoir sur le premier tabouret venu et laisser aller deux heures trente d'une histoire sensible.

À Greenwich Village… Billie y chante
pour la soirée d'ouverture










Sophie Lemp a écrit "Billie Holiday, night and day". Dès les premiers mots de son récit l'épure accroche l'oreille. Une conteuse nous parle. Billie nous parle. De l'essentiel. De l'intime d'une chanteuse qui n'en finit jamais de nous bouleverser. Une réalisation (Juliette Heymann) efficace, sobre, aussi épurée que le texte, en symbiose avec une histoire toujours ré-inventée. La voix de Billie (Sandy Boizard) est parfaite. On n'est même pas surpris que Billie parle si bien le français… Tout est juste. Tout de suite. Sans effets secondaires ou autres fanfreluches sonores.

Tout est juste pour ce vrai moment à savourer. Tissé de chansons en ponctuations feutrées. Images affluant sans qu'il soit besoin de les décrire. La magie de la radio opère. L'imaginaire est à l'œuvre et on se demande pourquoi cette magie-là a disparu du quotidien radiophonique. On ne se le demande plus quand on sait ce qui préside à la mue à marche forcée de la radio publique.

Dans la foulée, je n'ai pu m'empêcher de remettre le couvert et de réécouter 2h30 de pur bonheur auditif. Un bel objet ciselé. D'une écriture délicate, de voix qui captent l'attention, d'un rythme à la mesure du blues et des déchirements d'une vie. D'une distinction subtile pour cette chanteuse qui mériterait que le texte de Sophie Lemp soit publié. Pour le lire quelques soirs et quelques matins… Pour sortir du piège implacable de l'actualité.

(1) Sandrine Treiner, la directrice est passée maître (maîtresse ?) en mutation. Sous l'égide du grand ordonnateur Laurent Frisch, directeur du Numérique et de la production à Radio France, elle ne manque pas de zèle pour faire table rase du passé radiophonique de France Culture… et de fait de la radio de flux qui se suffisait à elle-même !

mardi 7 juin 2022

Tumultes… tu mues multiples !

Gard à toi ! À toi, si tu veux bien enlever tous tes oripeaux, tes fardeaux, tes poids du monde (visible et invisible), les sornettes que distillent les matinales radio, les inavalables couleuvres des podcast indus'… Et si "revenir au monde" (avec ou sans Dominique A) consistait juste à changer, d'oreilles, d'yeux et de cœur. Fastoche si le lieu, les gens, les sons te propulsent dans la quatrième dimension et si, chemin faisant, le monde change par le seul fait que les modèles (dominants) s'estompent à la mesure d'une insoumission à la bouillie de chat dégueulée 24/24 dans les médias (faut-il préciser mainstream ?). En clair si t'étais pas à "Tumultes" les 4 et 5 juin au Château de Malérargues (30) t'as loupé le coche ! Re-portage !























Le château niché (1) se prête à l'écoute (et au regard). Et nous n'avons fait que ça - écouter, regarder - nos voisins d'écoute, nos voisines de paroles, des histoires du coin, des quatre coins, des périphéries, des centres, des extérieurs et des… pas si loin. Des tout près même. Tant qu'on aurait pu faire, défaire, refaire le monde à la mesure de nos cercles d'échanges. Pas besoin d'enregistrer. L'affaire est tacite. Le cru bouillonne, vibrionne, affectionne. E la nave va…

Qu'on se le dise, qu'on se l'écoute… Avec l'élégance du chardonneret, de Seham Boutata. Et Radio mémé de Charlotte Bienaimé. Quand quelques hommes de papier de Léo Berthe. Le Débruitage de Christophe Deleu (Monsieur Deleu, ;-),…

Bien sûr dans une telle offre d'écoute on risque l'embouteillage mais, pour pas dérailler, en plein cagnard et à l'ombre on écoute Marie, celle qui reste, et à perte de vue Isabelle. Impossible, absolument impossible de louper ces étranges fruits dont Nina Simone à la suite de Billie Holiday donne une interprétation déchirante.

Et Benoît (Bories) de fixer les paroles bouillantes du cru qu'enchaînent le bouilleur. À son affaire et à la notre de sentir l'impérieuse nécessité de ne pas lâcher l'affaire.

Un merci et bravo spécial à Sarah (2), Lucio et Bastien. Et à tous ceux qui ont fait de ce "numéro zéro" un festival chaleureux et enthousiasmant. Merci aussi à Léa, Odilon, Ninon, Sylvain, Antoine, Tahitia, Johanna, Axeline, Élise, Ines et Justine d'avoir supporté mes histoires (avec et sans castor). On se retrouve (avant) et l'an prochain pour déchirer l'azur gardois… Oh yeah !

P.S. : Oups ! J'ai failli oublier ! En ses terres cévenoles Jean-Pierre Chabrol a du être ému de réentendre sa voix lors de son reportage pour RTL à Aberfan au Pays de Galles en octobre 1966 suite à l'effondrement du terril n°7 qui causa la mort de 114 enfants…
















(1) Centre artistique international Roy Hart - 30140 Thoiras
(2) Je voudrai bien recompter les moutons mais je ne trouve pas de lien ?

mardi 31 mai 2022

L'Instant M, L'Instant Mathieu… sur France Inter !

Sonia Devillers jubile. Elle reçoit dans son émission médiatique pipole ou pipole médiatique l'ex-Pdg de Radio France, Mathieu Gallet. L'Instant Mathieu, un de plus, que Radio France octroie à Gallet pour venir pérorer et se perdre en lamenti plus pathétiques les uns que les autres ! Cinq jours après la parution de "Jeux de pouvoirs" Gallet dispose d'une tribune pour venir ressasser des histoires qui n'intéressent plus personne outre les journalistes de faits div'. Et encore !








Dès son micro d'introduction Devillers prend le parti de la "victime" et enfile les perles "Maintenant que justice a été rendue, il prend la plume et tire à son tour. Comme à la fin d’un bon western où le justicier – plus solitaire que jamais- destine une balle à chacun de ses adversaires." Pour l'instant aucun rappel des faits, ni aucune contextualisation. Cette façon de biaiser la réalité montre bien l'orientation éditoriale de L'Instant M. Papoter autour sans s'intéresser au fond. Offrant à Gallet une occasion supplémentaire d'apparaître (et de parader) tel qu'il veut être plutôt que tel qu'il est. Merci France Inter.

Gallet a été jugé le 15 janvier 2018 pour favoritisme, pour des faits concernant la période où il était Pdg de l'Ina. Devillers préfère raconter une autre histoire croustillante avec des méchants, des jaloux, des puissants et le jeune Pdg (37 ans) découvrant effaré les Jeux de pouvoir. "Le pouvoir ne se partage pas, pour le garder, il faut savoir tuer." conclut Devillers dans son intro.

Devillers va construire sa courte émission (18') en tentant de montrer comment Gallet a été très vite dans le collimateur du pouvoir. En insistant sur l'affaire du "Bureau du Pdg" le montant des travaux révélés par le Canard enchaîné (affaire classée) et essayant de donner à l'auditeur l'image d'un Pdg "au-dessus de tout soupçon". Devillers prend parti et ça s'entend (trop). Gallet lui s'empare du manteau de la vertu et justifie la publication de son livre comme "C’est un livre sincère. Moi, j'aime faire, transformer. J’avais vu que Radio France était une entreprise sous-administrée, pas pilotée. C’est peut-être dur pour l'équipe précédente, mais c'était le sentiment que j'avais. Le pouvoir est fait pour être exercé, ce n'est pas une question de représentation."

Arrogant et indélicat il fustige la gestion de la radio publique par ses prédécesseurs - rien moins - mais reconnaît qu'il n'avait pas présumé que la fonction qu'il allait occuper est "un poste politique". On notera les certitudes bravaches et revanchardes de l'ex-Pdg et son ingénuité à découvrir le monde politico-médiatique. Postures habiles pour un coup "jouer le petit roi" et l'autre "jouer le candide". Attitudes dont il s'était prévalu au tribunal de Créteil en novembre 2017 lors de sa comparution initiale.

Habile, Galet en profite pour rappeler à Devillers qu'il a participé avec Laurence Bloch à la nouvelle grille de France Inter et à la création de "L'instant M" (1). "Si je vous dois tout je vais avoir du mal à vous poser les questions qui fâchent"' rétorque Devillers dans un rire mi-nerveux mi-désemparé ! La productrice reprend à bon compte les propres jugements de Gallet pour fustiger les  positions de la Ministre de la Culture, Fleur Pellerin (2) sans jamais rappeler le contexte social et la longue grève de 28 jours de 2015. Ça en dit long sur le propre positionnement de Devillers sur le conflit.

Gallet affecté par la rumeur d'une liaison avec Emmanuel Macron n'en finit plus de la remettre sur le tapis et de la touiller dans le marigot. Il n'en fallait pas plus pour que Devillers lui tende un micro complaisant (4'34" d'antenne). Tentant de faire prendre une mayonnaise qui depuis lurette a fait Pschittt. Écoutez-moi bien insiste Gallet en creux, "je suis une victime".

Dans cette émission comme dans les nombreuses qu'elle anime, Devillers a fait le choix de sur-pipolisé son invité et d'insister sur les détails croustillants s'y référant sans jamais une seule fois évoquer la situation juridique qui a amené le CSA à révoquer le Pdg de ses fonctions le 31 janvier 2018. Pire elle affirme dès son micro d'entrée une fausse information : "Notre Pdg fut obligé de démissionner". Pour France Inter qui se targue de faire la chasse aux fake news c'est un très mauvais exemple en interne.

Si seulement Devillers avait lu l'article de France Inter, publié sur son site le 31 janvier 2018 : "Le CSA retire son mandat à Mathieu Gallet…". Gallet n'a pas démissionné, il a été révoqué. Cette fin d'activité brutale n'était sûrement pas assez glamour pour la productrice de l'Instant Mathieu !

(1) Alors qu'il s'est toujours défendu de s'intéresser aux programmes dont il avait délégué l'éditorial à Frédéric Schlesinger ,
(2) Qui avec le Ministre des Finances sont les deux tutelles de Radio France.

lundi 30 mai 2022

Mathieu Gallet refait l'histoire… en rêve !

L'avantage du livre que Mathieu Gallet vient de publier (1), comme le shampoing, vous en avez deux pour le prix d'un. Le premier insipide, prétentieux, bavard. Le second insipide, biaisé, voulant à tout prix refaire l'histoire. La sienne. Celle du prince déchu, révoqué par le CSA en janvier 2018. Ce mot même de "révoqué" pas une seule fois cité au cours des trois-cents-dix-neuf pages du livre. Un véritable déni des faits et de la réalité.
















Livre I : le vide sidéral
Gallet, sûrement pour tenter de donner corps à son récit, s'est cru obligé de raconter par le menu sa petite histoire personnelle. Familiale, amoureuse, banale. N'hésitant pas à étaler à gros trait une culture toute droit sortie d'un pot de confiture ! "…Comment ce Parisien [Olivier Schrameck, président du CSA, ndlr] avait pu s'enticher d'un Rubempré monté à la capitale depuis son Lot-et-Garonne natal." Rubempré pas moins. Habile référence à Balzac et ses Illusions perdues. Des fois que Gallet aurait perdu les siennes !

Je vous passe le chapelet de références du même tonneau. Sauf cette perle. Deux membres du CSA (Schrameck et Bienaimé Besse) ne peuvent assister à la désignation de son successeur à la Présidence de Radio France. "C'est la malédiction de Rascar Capac qui s'abat sur le CSA", répondais-je avec mes références enfantines (sic) aux Aventures de Tintin à ceux qui faisaient remarquer que mon éviction par le Conseil n'avait pas porté chance à ses auteurs." Non seulement Gallet est révoqué mais il aurait des supers pouvoirs de marabout. 

Idem pour sa référence très people (page 186) imaginant que Ph. Villin (ex DG du Figaro) "aurait pu jouer le septième membre des Village People". Du Rubempré aux Village People voilà des raccourcis culturels qui en disent long !!!!! 

Quant à La rumeur, la remettre en avant en fait le jeu, au point d'en désespérer Billancourt et ses faubourgs.

Livre II : le déni
L'éditeur (Bouquins) dont l'objectif est de vendre n'a pas hésité à ajouter autour du livre le bandeau rouge "La vérité sur une affaire politico-médiatique" La vérité ? Quelle vérité ? Celle de Mathieu Gallet qui refait l'histoire pour réfuter, pied à pied, le jugement du tribunal correctionnel de Créteil (2), sans aucun contradicteur ?

Le 15 janvier 2018, le tribunal correctionnel de Créteil rendit sa décision. "J'étais reconnu coupable et condamné à un an de prison avec sursis et 20 000 euros d'amende pour favoritisme." (3). Le 29 janvier 2018, le CSA auditionne le Pdg de Radio France. Le 31 janvier le CSA à l'unanimité de ses membres révoque Gallet (4). Le Pdg affirmant que le gouvernement aurait fait pression sur ledit CSA pour le démettre de ses fonctions. Voilà donc le fameux "politico-médiatique" annoncé par l'éditeur.

Que Gallet réfute les motifs de sa révocation c'est une chose. Mais qu'il conteste la décision du tribunal en est une autre. Dans tous les cas le CSA, lui, ne pouvait en réfuter le jugement et se devait prendre la décision qui s'imposait d'elle-même avec ou sans les pressions du Gouvernement.

La Maison de la radio
depuis la passerelle

















Radio France c'est moi !
Quant au compte-rendu que fait Gallet des vingt-huit jours de grève à Radio France en 2015, c'est juste pitoyable. Cela montre surtout ses piètres qualités de manageure de moins de cinquante ans. Enfermé dans ses certitudes, persuadé d'avoir la méthode pour faire évoluer Radio France dont rien ne pourrait l'en détourner. Suffisance et fatuité sont mauvaises conseillères.

Pour finir on notera qu'aucune page du livre ne fait référence à la culture radio de Mathieu Gallet. Il refait encore l'histoire à sa façon quand il évoque les programmes des chaînes de Radio France. Lui qui dès sa prise de fonction avait confié l'éditorial à Frédéric Schlesinger et qui balayait d'un revers de main tout ce qui concernait les programmes. On notera avec quelques sourires ironiques cette assertion "Nagui, que j'avais convaincu de rejoindre le service public, avait su conquérir le public." Ben voyons Léon !

Schlesinger n'est plus jamais cité, ni même reconnu pour sa part dans les succès d'audience de plusieurs chaînes de Radio France. Gallet, ne doutant de rien se les attribue sans vergogne. Nous verrons demain comment avec ce livre, dans les médias et à Radio France, il compte bien, non seulement s'attribuer tous les succès, mais peut-être aussi faire des appels du pied lourdingues pour rappeler qu'il existe dans son (étroit) détroit de Majelan (5).


(1) "Jeux de pouvoir", Bouquins, 2022 ,
(2) "en tant qu’ancien président de l’Institut national de l’audiovisuel (INA) il était jugé pour « favoritisme », soupçonné d’avoir commandé environ 400 000 euros de prestations à deux sociétés de conseil sans avoir respecté les règles des marchés publics. ", Alexandre Piquard, Le Monde, 17 novembre 2017,
(3) in op. cité page 264

(4) "Le Conseil supérieur de l’audiovisuel (CSA) a décidé, mercredi 31 janvier, de retirer à Mathieu Gallet son mandat de président de Radio France. A la question « Mathieu Gallet est-il en capacité de continuer à diriger pleinement Radio France ? », les sept conseillers ont répondu par la négative. La décision prendra effet le 1er mars 2018.", Le Monde, 31 janvier 2018.
(5) Plate forme de podcasts.

mercredi 11 mai 2022

Pas la pleine de pleurer… ou de faire semblant (les faux nostalgiques de la radio de nuit)

C'est marrant les réflexes de Pavlov ! Suffit qu'un film évoque la radio pour que la radio publique sorte ses mouchoirs et se répande en lamenti plus appuyés les uns que les autres ! Genre "la radio de nuit nous appartient (sic) et c'est à nous de perpétuer le deuil". Particulièrement quand "c'est nous (France Inter) qui l'avons fusillée et envoyée aux oubliettes de l'histoire". Alors quand un film (1) fait dans la commémo, on se réunit autour d'un grand feu (de joie ?) et youkaïdi, youkaïda on passe toute la nuit à refaire l'histoire, à défaut d'avoir été capable de la poursuivre l'histoire (de la radio de nuit).











Ce mardi 10 mai, 1981 est très très loin, la radio de nuit aussi ! Bruno Duvic (Journal de 13h, France Inter) invite Jean Lebrun pour évoquer… la radio de nuit. Lebrun, fin historien, fait immédiatement référence au long travail de recherche de Marine Beccarelli sur le sujet (2). C'est bien pour Beccarelli, c'est bien pour l'histoire, c'est affligeant pour Inter qui pour de piètres économies a rompu avec l'ADN de France Inter, et le 24/24 inventé par Roland Dhordain en 1955 !

Si Lebrun évoque dans la retranscription de sa chronique sur la page dédiée (3) "Pas la peine de crier" (6h/7h) qui n'était pas une émission de nuit, il ne cite pas "Les passagers de la nuit" (4) qui elle, était bien une émission de nuit (23h/23h50) suivant la typologie qu'en a dressée Becarelli. La radio de nuit : 23h/5h.

La concurrence sévère de la télévision (et du magnétoscope) existait au moins depuis le début des années 80 et ce n'est pas cet état de fait qui a incité le directeur d'Inter en 2012, Philippe Val, à couper le cordon ombilical entre les noctambules et une radio qui proposait de vrais programmes de nuit, élaborés et en phase avec leur temporalité. Pour Val, une façon radicale et non-concertée de faire des économies (de bouts de chandelle) et de gommer l'idée même du 24/24 qui avait fait l'identité et les très belles heures de France Inter.

La radio publique, une fois encore, montre sa capacité aux ellipses et à se dédouaner, à bon compte, des actes qui ont participé à son affaiblissement et/ou à gommer sa singularité. Particulièrement quand on peut imaginer que le 24/24 avait été pensé comme un service… de la radio publique ! À notre tour, auditrices et auditeurs de nous lamenter !

(1) "Les passagers de la nuit", Mickaël Herz, 2022,(
(2) Prenez la peine de défiler dans la page de ce billet où j'évoque "Micros de nuit",
(3) Et pas au micro !
(4) France Culture, Thomas Baumgartner, 2009-2011,

lundi 9 mai 2022

La TV peut continuer à ronronner c'est pas d'main la veille que la radio va arrêter de lui servir la soupe…

Depuis que la TV a été inventée, la radio s'est vautrée à en faire la promotion. Matin, midi et soir. Et plus si affinités… Sonia Devillers dans L'Instant M (France Inter) fait très bien le job. Et même quelquefois, pousse le bouchon un peu (beaucoup) trop loin ! Faut dire que la télé elle adore trop ça. Alors que la radio elle connaît pas. Et puis comme tout à chacun elle a des obsessions (elle ferait mieux de travailler aux "Jours"). L'obsession du moment (qui dure) c'est Thierry Ardisson. Elle n'en peut plus d'attendre sa "nouvelle" émission (annoncée au moins depuis 18 mois). Et pour sa troisième invitation dans son émission, Devillers a pu roucouler comme jamais et dire son admiration sans borne pour l'ex-animateur des samedis soir d'antan.










Avec sa frénésie habituelle. Devillers lui déroule le tapis (rouge) pour qu'il dévoile (1) cette-extraordinaire-idée-qu'il-a eue-lui-même-pour-réinventer-le-show-télé-ce-que-plus-personne-ne-sait-faire. Amen !

L'entretien commence par du pipole lourd : "Dalida/Mitterrand" (une des séquences de l'émission d'Ardisson diffusée sur France 3). De quoi faire frétiller Devillers et l'auditeur-spectateur d'Inter. Ici, remettre en avant des anecdotes oubliées et faire monter la mayo. La TV a fait Ardisson et Ardisson veut "faire le Général de Gaulle". Pas moins. Ardisson n'aura pas eu besoin de l'Académie française pour se rendre immortel !

L'occasion pour Devillers, sans y toucher, d'y toucher quand même et de donner une occasion supplémentaire à Ardisson de roucouler sur son génie. C'est plus de la promo c'est carrément le teaser idéal pour l'émission. Mme Ernotte, Pédégère de FTV, devrait rendre hommage à cette radio qui n'en finit jamais de célébrer la TV !

Devillers comme à chaque fois qu'elle rencontre Ardisson place le mot "punk" qui visiblement l'a fait vibrer grave, sur sans doute ce qu'elle n'a pu vivre elle-même ! Ici elle le placera deux fois ! "Il [Ardisson] a vieilli, bordel (sic), vous auriez pu faire quelque chose de beaucoup plus punk !". Ben voyons Léon ! On aura le droit aussi à un extrait où Dalida commente l'un de ses suicides (raté).

Devillers se sert de la pipolisation qu'Ardisson a faite des politiques pour à son tour pipoliser l'Instant M. Elle révèle sa passion de l'anecdote, du buzz et du croustillant. Comme elle ne connaît rien à la radio elle n'aura jamais la bonne idée d'un Marcel Jullian (créateur d'Antenne 2) qui, sur France Inter ("Écran total"), racontait et critiquait les émissions de TV le lendemain de leur diffusion. On peut légitimement se demander à quoi ça peut bien servir de parler d'"Hôtel du temps" avant sa diffusion, si ce n'est pour en faire la promo absolue ?

P.S. : Pourvu que la frénésie de Devillers ne lui impose pas de recevoir un ex-Pdg de Radio France, révoqué par le CSA et qui, cette semaine commet un livre pour s'expliquer ! Pathétique assurément.

(1) Avec un coup pour rien en septembre 2021, dans la même émission