lundi 18 décembre 2023

60 ans de… France Inter

D'abord ces soixante ans nous rappellent furieusement les cinquante et plus particulièrement ce 14 décembre 2013, où un certain François Hollande, Président de la République, venait, entre la poire et le fromage, ânonner (au studio 104 de la Maison de la radio), enfoncer (quelques portes ouvertes) et défoncer (le moral des troupes). En évoquant " le chapitre des mutations, vous avez à deux reprises, [M. Hollande], parlé de "Grand service public audiovisuel" en osant rapprocher la radio et la télévision publique." (1). Le lendemain de ce jour qui ne restera pas dans l'histoire, Mme Filipetti , Ministre de la Culture, ramait de toutes ses forces pour clamer "… Le Président a voulu dire… ". Il l'a dit . Voilà l'acte fondateur de la mue qui a disposé de dix ans pour… muer











Vendredi dernier après avoir été l'invité de Guillaume Erner dans la matinale de France Culture (2), Jean Lebrun allait de 20h à 22h commémorer les 60 ans de France Inter ! Les soixante ans de Radio France ont été joués en août 2023 quand on a demandé à Jacques Gamblin de singer le Général de Gaulle et son discours d'inauguration de la Maison de la radio ! Mauvaise date, mauvais sketch, mauvaise personne. Veil (Sibyle), Pédégère de Radio France, avait déjà, surtout hâte de passer à autre chose ! Ben voyons Léon ! Question : comment continuer à valoriser "… de la radio" quand on a décidé de passer à l'audio et à la plateformisation ? Réponse : tant que la Maison (de la radio) si ronde ne pourrait supporter en son sein aucune platitude, dusse-t-elle être plate…forme !

Un bel indicatif, en mix, qui commence par Jim Wild Carson ("L'Oreille en coin"). En générique Lebrun et Laure Grandbesançon glosent sur flux et podcast d'un air de dire "tout ça c'est de la radio" quand dans les coursives, quelques ténors chantent "tout ça c'est de l'audio". Au bénéfice de l'âge, comme il dit, Jean Lebrun démarre ses souvenirs radiophoniques et évoque juillet 1969. En expédition en montagne comme tout le monde ce 21 juillet, il a marché sur la lune ! 

S'en suit la présentation des invités. Des hommes : Jean-Pierre Le Goff (sociologue), Jean-Paul Cluzel (ex-Pdg de Radio France), Bernard Thomasson (Journaliste France Info), Nicolas Poincaré, (ex journaliste à France inter), Jérôme Garcin (journaliste, animateur du Masque et la Plume). Une femme Anne Brucy (journaliste à Radio France). Quand, au détour d'une phrase de Lebrun on apprend que la directrice de la chaîne Adèle Van Reeth a constaté le peu de présence féminine, on se dit qu'inviter Michèle Cotta (2ème Pédégère de Radio France, 1981-1982) aurait au moins été aussi intéressant que Cluzel dont les souvenirs radiophoniques, on l'entendra, sont assez plats !

Ré-ré-ré ensencer Le Masque et la Plume oui pourquoi pas, mais bon, France Inter s'est construite sur d'autres piliers et surtout sur des quotidiennes qui elles aussi ont eu une très longue présence à l'antenne ! pas facile de faire une émission hommage quand on est dedans-dehors, même si Lebrun a quitté les ondes depuis la rentrée ! Comme si France Inter voulait ad vitam aeternam mettre en avant (3) les mêmes émissions patrimoniales. (4)


 









Il faut écouter-réécouter cette émission pour quelques anecdotes savoureuses mais qui sont loin de brosser 60 ans de radiophonie publique. Mais c'est la fin de l'émission, quelle heure est-il ? 22 h ! Marine Beccarelli nous a appris dans "Les micros de nuit" que les émissions de nuit commençaient à 23h (et depuis 1957 pour le 24/24). Les émissions de quoi ? De nuit ? Grosse déception on n'entendra presque rien d'évoqué sur le sujet (outre l'anecdote d'Aschero) alors que sur 60 ans d'Inter, quarante-six ont émis 24/24. Sujet brûlant, crispant, navrant. Car pendant toutes ces années les auditeurs nocturnes ont été accompagnés qu'ils soient au travail, au chômage, insomniaques ou noctambules ! Et le prêche de Laure Grandbesançon pour l'écoute des podcasts la nuit qui, pour elle compensent l'absence des émissions de flux, a juste à voir avec sa paroisse et surtout montre bien qu'elle n'a jamais du écouter en direct la radio la nuit.

Bien sûr Jean Lebrun ne pouvait faire l'impasse sur Kriss. Kriss "la force de l'instant". Mais il eût été sympa de dresser un inventaire à la Prévert. Un inventaire qui aurait aussi nommé réalisatrices et réalisateurs sans qui les émissions seraient bien bancales !

Petit coup de chapeau à Hedi, auditeur fou (de radio) qui a pu évoquer quelques souvenirs et présenter son très riche blog Radioscope !

(1) Mon billet du 18 décembre 2013,
(2) https://www.radiofrance.fr/franceculture/podcasts/l-invite-e-des-matins,
(3) On se serait bien passé du tunnel de l'archive du Masque qui reprend les poncifs Bory/Charansol,

(4) Un coup d'pot on a échappé à une archive du Jeu d'Émile Franc ! Mais pas à un son de Tandem, film de Patrice Leconte, que Lucien Jeunesse avait détesté. Bon un son (trop long) de cinéma pour évoquer la radio, hum !!

Claude Villers… un merveilleux raconteur d'histoires !

Dans le petit monde de la radio on a l'habitude, entre nous, de s'informer des nouvelles graves ou importantes qui bouleversent ce média avec lequel on a passé une bonne partie de sa vie. Hier c'est Maryse Friboulet, ex- réalisatrice à France Inter qui m'a appelé pour m'informer du décès de Claude Villers. Je peux vraiment dire qu'on reste sans voix. Comme si hommes et femmes de radio étaient immortels. Un jour, Kriss dit à un ami physicien «Les gens de radio sont comme des éphémères qui ne volent qu’un jour et disparaissent.» «C’est faux, lui a-t-il répondu. Tout ce qui existe est détruit par le temps. Les monuments les plus beaux, les livres, la planète elle-même disparaîtra. Mais vous, les voix de radio, vous êtes éternelles. Vos paroles emportées par les ondes hertziennes voyageront dans l’univers aussi longtemps qu’il existera.» (1)


Claude Villers, photo illustrant un article de l'Unité



Il en ira ainsi de Claude Villers qui d'abord par sa voix et sa présence au micro nous aura transporté À plus d'un titre (2) …du plus lointain de nos rêves (3). Et puis vint "Pas de panique"(rentrée 1973) où avec Patrice Blanc-Francard (et la bénédiction du directeur de la chaîne, Pierre Wiehn) ils vont dégoupiller l'antenne de 20h à 22h, avec à la réalisation Olivier Nanteau. 

Pour Longueur d'Ondes (2016) j'ai eu la chance de pouvoir recevoir Villers, Wiehn et Blanc-Francard pour les interroger sur l'âge d'or d'Inter. Et de revoir Claude deux fois en Gironde. Il racontait aussi bien les histoires qu'à la radio. J'aimais qu'il détaille son passage au festival de Woodstock où installé sous la scène il faisait tourner son Nagra et… s'abritait de la pluie !

Inventeur d'émissions originales, sans jamais les tenir plus de deux ans, pour toujours se renouveler et faire partager ses passions des trains, des transatlantiques et des voyages. Hier soir tous ceux qui l'ont côtoyé et qui, ils et elles, ont passé tant d'heures au micro ont du voir défiler une belle part de leur vie radiophonique. Comme ses auditrices et auditeurs qui, eux aussi, viennent de perdre un être cher.

(1) La sagesse d'une femme de radio, Kriss, Jean-Claude Béhar éditeur, 2005,
(2) Sa première émission sur Inter, 1971-1973,
(3) Je vous écris du plus lointain de mes rêves, France Inter, 1997,

mardi 5 décembre 2023

Amours, délices et orgues : meta classique !!!!

David Christoffel, producteur radiophonique, fabrique chaque semaine une émission autour de la musique classique mais pas que (1). Il sait prendre les chemins de traverse, ici la tangente, pour taquiner le goujon et creuser des sujets qui auraient toute leur place sur les trois chaînes publiques France Inter, France Culture, France Musique. Eh bien, c'est justement de ces trois là dont il nous parle aujourd'hui. Et oui, il y a 60 ans leur nom était inscrit dans le marbre et mieux dans le béton de la Maison de la radio, inaugurée le 14 décembre 1963.











Cette émission c'est un manège. On tourne autour (de la Maison de la radio) et à chaque fois qu'un auditeur en descend il a des choses à dire sur le tourbillon de la radiophonie publique. Se succèderont au micro les auditeurs Frank Lanoux, Roselyne Bachelot, Yves Riesel et Marina Chiche. Et, si vous écoutez l'émission avec toutes vos oreilles, peut-être même un raton-laveur.

Vous le découvrirez France Musique a failli s'appeler "Amours, délices et orgues" ! Véridique ! L'occasion était trop belle pour que Christoffel en fasse aussitôt une partition digne des grands entretiens que France Musique savait autrefois donner à entendre ! 

Reprendre quelques-uns des noms suggérés en 1963 pour nommer les trois radios publiques aurait pu être l'occasion pour ce soixantième anniversaire d'en faire sur les trois chaînes de jolis jeux de mots. Jouer pour le jeu. Il aurait fallu pour ça que les dirigeants sachent entendre ceux qui savent encore jouer de la radio et pour qui "Amours, délices et orgues" aurait pu être un formidable prétexte radiophonique.

(1) Son émission est diffusée par plus d'une centaine de centaine de radios associatives

mardi 24 octobre 2023

Fip pile, Fip face… Comme un dilemme !

Oh la journée d'hier a très bien commencé ! À l'écoute de Fip. 9h32/Lee Hazlewood/Boots. 9h37/John Lee Hooker/No shoes. 9h52/Johnny Guitar Watson/Superman Lover. 9h57/The Funk Revolution/Scarlet Runner. 10h09/Them/Gloria (frissons). 10h19/Mito & Comadre/Guajirando. 10h23/Jasual Cazz/Double Comète. 10h27/Taggy Matcher/Radioactivity. 10h38/Dominique Fils-Aime/Our roots run deep. 10h41/Madeleine Peyroux/Don't wait too long. 10h49/BarryWhite/ Never gonnagive you up. 10h54/Tamaradah/Abebayehosh. 10h58/Martina Topley Bird/Too tuff to die. Oh yeah ! Treize sélections de la programmation de M. Dimitri Delpardo, programmateur à Fip ! (1)











Mais la joie ne s'est pas arrêtée là ! Et à 11h16, on arrête le moulin à café, le moulin à paroles, le moulin de Pantin et on ne bouge plus. William Devaughn/Be thankfull for what you got. Comme l'impression de connaître ce titre depuis 1974. Peut-être ? Mais non. Ou sans y prêter assez d'attention ! Merci à Luc Frelon, autre programmateur Fipesque (et improbable !) d'avoir éclairé ma lanterne et informé que les sympathiques Massive Attack en ont fait une reprise en 1991 (alboum Blue lines). 11h23/Radiohead/Creep (acoustic). 11h32/Kendra Morris/Playing games. 11h35/Montell Jordan/Get in on tonite. 11h40/Total Control/Futur creme. 11h51/Dylan Moon/Look. 11h56/La Chica/Drink. 11h59/Czesare/Czesare. 12h10/Adélys/Le déluge. 12h13/Andrew Bird/Funeral. Programmateur Christian Charles. Merci Luc Frelon de l'avoir… dénoncé ;-)

Ça c'était le côté Pile. Avec très souvent pour ne pas dire tous les jours de très bonnes choses à se mettre entre les oreilles ! Le côté Face, c'est l'institution Jazz à Fip, gravée dans le marbre et co-créé par Jean Garretto (l'inventeur avec Pierre Codou de France Inter Paris en 1971) et, a minima, par Julien Delli-Fiori, programmateur et, quelques années plus tard, directeur de l'antenne (2010-2014). Pour ceux qui aiment le jazz (bien joué la citation Fañch), (2), c'est le bon moment de la journée. Mais voilà que depuis la rentrée (ou peut-être en fin de saison dernière) à été confiée à Marjolaine Portier-Kaltenbach l'animation de cette tranche jazz. Pourquoi pas ? Mais pourquoi ici l'animatrice est nommée, quand toutes ses collègues ne le sont pas ? Pourquoi à la différence de ses collègues a t-elle "son" émission ? Jazz à Fip serait l'emblème de la station ? Bigre ! 

Ce glissement de personnalisation déroge aux principes même de ce qui depuis 1971 est le fondement de la station. Les animatrices (on peut le regretter) ne sont pas identifiées. Les choses peuvent évoluer mais c'est difficilement compréhensible que toutes les animatrices ne soient pas sur le même pied d'égalité (3) ! Le fin du fin s'entend quand l'animatrice de la tranche 15h30-19h pré-annonce Jazz à Fip en nommant… Marjolaine Portier-Kaltenbach et son invité. L'une est nommée, l'autre pas ! Une drôle de couleuvre à avaler non ?

Je ne doute pas que Ruddy Aboab, le directeur, a un avis sur la question. Il n'empêche, je ne comprends pas… et j'aimerai comprendre.

(1) Que son p'tit camarade de bureau, Luc Frelon appelle le Kid ! 
(2) "Pour ceux qui aiment le jazz" de Franck ténot et Daniel Filipacchi, Europe n°1, dès 1956,
Et aussi "Certains l'aiment Fip" de Susana Poveda et Denis Soula, le dimanche à 20h ! Ces émissions personnalisées "inventées" par Anne Sérode, directrice météorite, (2014-2017).

lundi 23 octobre 2023

Des farces… à en pleurer !

Rien ne va plus ! On a fait nos jeux et on a perdu. Perdu même ce petit coin protégé le dimanche à la radio qui bouleversait la grisaille de semaines routinières. Tous ces très grands moments d'évasion imaginaires, en roue libre ("Dimanche en roue libre", Kriss, 1996-1999, France Inter) totalement libres de ne pas ressasser l'actualité de la semaine. Ce dimanche je n'ai pas d'autres choix que de revenir sur quelques farces médiatiques dont l'audiovisuel public a le secret.

E.T.













Maison
À l'inverse d'E.T. Jean-Pierre Elkabbach ne montrait jamais du doigt le bâtiment en verre de France Télévisions en geignant "Maison, maison…". Après avoir du démissionner de cette société d'audiovisuel public pour l'attribution outrancière de contrats mirobolants à des animateurs/producteurs de facéties, Elkabacch a poursuivi sa conquête irrésolue du pouvoir. Puis il est mort le 3 octobre. Mais à France Télévisions il restait une personne croyant à son immortalité, Delphine Ernotte, sa Pédégère. Moins de deux jours après le décès du journaliste, autrefois conspué un certain soir du 10 mai 1981, Ernotte décida de baptiser le siège social de FTV "Maison Jean-Pierre Elkabbach". On peut bien, sans être devin, imaginer que ce nom ne sera jamais usité et qu'il rendra perplexes, dans vingt ans et même moins, les gens qui passeront le seuil de cette "Maison". Ça risque fort de faire pschitttt !!! À moins que ça ne donne des idées saugrenues à la Pédégère de Radio France qui pourrait re-re-baptiser la Maison de la radio. Je laisse à votre sagacité imaginer tous les noms possibles et inimaginables qui pourraient sortir du chapeau, dont le plus improbable serait "Lucien Jeunesse".

Infusion, diffusion, fusion…
Ah si seulement j'avais pu être titreur au Canard enchaîné !  Le 4 mars 2015, Marc Schwartz, conseiller référendaire à la Cour des Comptes, remettait à Fleur Pellerin, Ministre de la Communication, son rapport sur l'avenir de France Télévisions, intitulé "Le chemin de l'ambition". Les professionnels de la profession médiatique s'en souviennent-ils ? Pas tous sûrement, à lire leur dithyrambes sur la future "fusion" de France Bleu et France 3. Et sûrement pas Cyril Petit qui le 17 octobre, suite au raout à Rennes dans les locaux de France 3 de Mesdames Ernotte et Veil, parlait entre guillemets de "révolution copernicienne".  Non sans blague ? Autant dire que je me suis tapé sur les cuisses un bon quart d'heure ! 

L'infusion est en marche, a minima, depuis la remise du rapport Schwartz. À cette époque ni Ernotte, ni Veil n'étaient aux commandes de l'audiovisuel public. Ni l'une ni l'autre d'ailleurs n'y exerçaient la moindre fonction. Un an et demi plus tard après la création de franceinfo/tv un cadre de Radio France m'informait que le prochain étage de la fusée (1) concernerait la fusion de France Bleu et de France 3. C'était il y a sept ans déjà.

Depuis les effets de manche, d'annonce, de désannonce, de loi tuée dans l'œuf n'ont pas manqué d'infuser la société française. Les diffusions de ces communications hasardeuses ont noirci des pages et des pages de tribunes et autres expertises (superfétatoires) jusqu'à siffler la fin du match en décrétant une révolution copernicienne. Et ta sœur serai-je tenté d'écrire ? Pauvre Copernic comme si la platitude (sic) de la Terre pouvait etre comparée à la platitude de l'engagement de l'État pour l'audiovisuel public, qu'il vaudrait mieux appeler désengagement.

La fusion qu'il ne faut surtout pas appeler comme ça, est à point, pour ne pas dire mûre ! "Une ligne éditoriale commune, une marque unique, une union des moyens. Mais ce n’est pas une fusion, insistent les patronnes de l’audiovisuel public, chaque média gardant ses particularités... et ses salariés " précisent Ernotte et Veil à Ouest-France (2). Qu'est-ce qu'on se marre ! On en reparle dans trois ans pour voir ? D'ici là la marque (autrefois on aurait dit le nom) ICI pourra prêter à tous les jeux de mots : ICI est là !


(1) La fusée HORTF (HOlding de Radio et Télévision Française),
(2) Article cité, 

lundi 9 octobre 2023

Radio vs TV un long feuilleton au dénouement proche !

 Il y a tout juste huit ans et demi, le 5 mars 2015, Marc Schwartz conseiller référendaire à la Cour des Comptes, remettait à Fleur Pellerin, Ministre de la Communication, son rapport sur l'avenir de France Télévisions, intitulé "Le chemin de l'ambition" (1) La veille en soirée, je prenais la peine de lire en diagonale ce rapport de 122 pages (sans les annexes) parce qu'il y avait de la radio dedans. ""Le manque de coordination [des acteurs de l'audiovisuel public] a trouvé une expression récente lors de l'annonce, à quelques jours d'intervalle, du souhait de Radio France de disposer d'un "service global d'infos en continu qui mélangerait la radio, la vidéo et le numérique", puis de celui de France Télévisions de lancer une chaîne d'informations en continu en numérique, courant 2015." Début d'un long processus technique et administratif pour engager Radio et TV à se fondre dans une entité commune même si le rapport ne l'évoquait pas aussi précisement.




Depuis par petites touches ou par le coup de pied de l'âne, l'État (actionnaire des audiovisuels publics), son bras armé Bercy et l'autorité de régulation (CSA, puis Arcom) avancent leurs pions pour qu'il n'y ait d'autre alternative que la fusion (Radio France, France Télévisions, France Média Monde, Institut National de l'Audiovisuel) avec ou sans loi, entre dans les faits et bouleverse définitivement des pratiques autonomes héritées de la loi d'août 74 qui mettait fin à l'ORTF. Depuis presque trois ans on entend ânonner Delphine Ernotte et Sibyle Veil (Pdgères de France Télévisions et Radio France) faire état de la formidable innovation des matinales filmées de France Bleu disponibles sur France 3. La belle affaire ! Une façon comme une autre de préparer les esprits (des auditeurs-spectateurs), de pousser à marche forcée les équipes professionnelles à travailler ensemble, de donner des gages à l'État d'un semblant de fusion. Fusion "douce", fusion d'affichage, fusion "1er étage de la fusée".

Le 4 octobre dernier l'Arcom formule treize recommandations sur les Contrats d'Objectifs et de Moyens (COM) 2024-2028. Parmi celles-ci le régulateur incite FTV et RF à établir un pilotage unifié pour ce qui concerne France Bleu et France 3. Le lendemain Delphine Ernotte en verve combative annonce : "Je souhaite dans les prochaines années lancer un acte 2 dans cette décentralisation de France Télévisions… qui passera par une union entre France 3 et France Bleu". Elle ajoute : "Nous avons la volonté commune avec Radio France d'aller beaucoup plus loin en pensant un projet éditorial commun, une marque unique, des rapprochements immobiliers, des gouvernances uniques", a-t-elle dévoilé, travaillant à une "véritable union éditoriale et de moyens" et à "un projet très structurant" (1).

C'est clair non ? C'est même en béton armé. Toutes les roucoulades, jérémiades et autres galéjades qui voulaient rassurer sur la non-fusion des deux entités s'apparentent donc à du burlesque ou du très mauvais vaudeville. Nous voilà prévenus et au premier chef les personnels concernés. Cet étage 2 de la fusée préfigure le troisième qui verra la fusion à moyen terme "logique" des quatre audiovisuels publics.

Jusqu'en 1982 (2) les stations régionales de radiodiffusion crées avant 1980 opéraient sous l'égide de France Région 3 (FR3). Cette dernière pouvait fièrement le revendiquer (logo d'illustration de ce billet). Quarante deux ans plus tard (en 2024) ce sont toutes les stations régionales de France Bleu qui risquent de "rentrer au bercail" ou pire d'être absorbées par la TV. Comme disait Jules "le (mauvais) sort en est jeté !".

(1) La Correspondance de la Presse, 5 octobre 2023,
(2) 27 juillet 1982 : loi sur l'audiovisuel, attribution à Radio France des radios FR3 ; où l'on
apprend aussi que "les radios publiques locales seront transformées en sociétés régionales.

samedi 7 octobre 2023

Quatre belles émissions de radio : Ferré, Pénet, France Musique…

Vous savez quoi ? J'ai écouté quatre émissions consécutives de radio. Si, si de radio. Mais, si vous croisez Sibyle Veil, Laurence Bloch ou Laurent Frisch (1) n'en dites rien. Ce mot même de radio n'est plus dans l'air du temps. Il s'agit d'être moderne (digital), d'effacer le passé (flux), de fanfaronner (podcasts) et surtout, surtout de démanteler la production radiophonique, jeune centenaire (1921), qui ne devrait plus exister que par le filtre de l'audio. Pourtant il y a bien sur France Musique, le dimanche, l'émission de Martin Pénet "Tour de chant".

Léo Ferré



Cette émission patrimoniale de la chanson a gagné une demi-heure supplémentaire depuis la rentrée. Et ce supplément - d'âme - permet au producteur Martin Pénet de beaucoup mieux développer ses sujets. Il est bon de rappeler ici que sur quinze heures journalières de programmes frais (7h-22h) et donc cent cinq heures hebdomadaires, la chanson dispose donc par semaine d'une heure thématique pure. Vous avez dit France Musique(s) ? 
Fip a bien fait d'ajouter la web radio "Sacré Français" à ses propositions musicales. 

C'est le moment de regretter le Directeur Pierre Bouteiller, qui a mis en actes (et en programmes) le "s" qu'il ajouta à Musique et qui fit pousser des cris d'orfraie aux gardiens du temple classique avec une pincée millimétrée de jazz, pour faire diversion. M. Voinchet, lui, aux affaires de France Musique depuis la rentrée 2015 n'a pas bougé le petit doigt et n'aura rien fait pour permettre à la chanson francophone de disposer de plus de visibilité sur son antenne. Au "tout changer pour ne rien changer " de Lampedusa, ici il s'est agit de "ne rien changer pour ne rien changer". 

Ces quatre émissions sur Ferré qu'on a pu savourer (en flux) le dimanche de midi à 13h (trois dimanches de septembre et le premier dimanche d'octobre) m'ont encore appris beaucoup de choses sur le poète du XXè siècle (2). Même si je n'oublierai jamais la nuit Ferré (1er janvier 1988) sur France Culture, par Louis-Jean Calvet et Marc Legras. Ou la journée de 2016 où France Musique (Thierry Jousse et Laurent Valero) a célébré le centenaire de la naissance de Ferré à Monaco en août 1916.

Pénet en choisissant l'angle des poètes que Ferré a tellement chantés et propulsés dans la modernité a réussi à travers de nombreuses chansons et tant d'interprètes différents à faire rayonner autant la poésie que le répertoire de Léo. Quatre heures c'est parfait pour bien continuer ce samedi ou, dès demain matin sous la couette ou devant un café, s'extraire de ce monde impitoyable et chanter et s'évader en poésie avec Ferré.

(1) Présidente Directrice Générale, Directrice de l'éditorial, Directeur du Numérique et de la Production de Radio France,
(2) Pénet cite Ferré avec Jean Chouquet dans un Atelier de Création Radiophonique, il eut été bon de préciser et d'ajouter à cette "émission" le mot "Décentralisé". Ces Ateliers, voulus dès 1985 par J.N. Jeanneney Pdg de Radio Franceproduits par les locales de Radio France, et dirigés par Jacques Santamaria.