mercredi 28 juin 2023

Ça tangue à Radio France et sa capitaine roucoule… grave !

Du temps des soviets et de la nomenklatura tout était permis aux dirigeants qui pouvaient à tout instant prendre la parole sur les organes officiels du parti. (aujourd'hui encore). Autant qu'il m'en souvienne il n'y a que dans des occasions exceptionnelles que, depuis 1975, les dix Pdg de Radio France (1) se sont invités sur l'une ou l'autre des chaînes de la société (2) de radiodiffusion publique. Madame Veil, Pédégère, récemment reconduite dans ses fonctions pour cinq ans a jugé utile de venir à France Culture pour tenter maladroitement, forcément maladroitement, d'éteindre feux et contre-feux qui couvent dans la Maison ronde. Quoi de mieux que les roucoulades du dimanche soir pour venir y gloser, des fois que sa parole pourrait d'un coup de baguette magique être audible, dans les encombrements des retours de ouiken et autres circonvolutions télévisuelles ?

© AFP - Joel Saget














Soft power où les fatuités de M. Martel

La spécialité de Martel : enfiler les perles, s’écouter parler et rire de ses saillies. Une méthode qu’il peaufine depuis 17 ans, inaugurée avec l’émission Masse critique qui suggérait avec ce titre un propos pesant et une critique médiatique tout azimut… du point de vue de la hauteur de l'animateur de l'émission, dans une posture auto-centrée (et, of course*, auto-satisfaite).


Après son générique inaudible dont on croirait le disque rayé, ce dimanche, sur France Culture, M. Martel annonce avec quelques précautions d’usage que ne pouvant difficilement être juge et partie il a fait appel à trois journalistes pour interviewer (3) Madame Veil. Je ne perdrai pas mon temps en conjectures constatant que "ça ou rien c'est la même chose". Toutefois cerise sur le gâteau, nous apprendrons que la disparition de tous les journaux d'actualité à la rentrée (plus celui de 22h sur France Culture) relève d'une politique éditoriale. Gloups. Ben voyons Léon !


Au-delà de la question juridique qui pourrait faire valoir que chacune des chaînes publiques de radio doit diffuser des informations de façon régulière et identifiée, il est particulièrement cocasse que pour la première fois de l'histoire de la radio publique, les informations, soient sous la "tutelle" des programmes, appelés aujourd'hui l'éditorial. Éditorial mis en place dès 2014 par Mathieu Gallet pour les sept chaînes de Radio France et confié à Frédéric Schlesinger et, depuis septembre 2022, à Laurence Bloch, ex-Directrice de France Inter (2014-2022).


On peut donc comprendre que le Directeur de l'Information, Vincent Giret et le Directeur du Numérique et de la Production, Laurent Frisch ont validé la décision de Bloch. On pourra toujours se marrer des heures en consultant l'organigramme de Radio France (et son armée mexicaine de cadres)… On finira par lire l'article de François Rousseaux, Télérama, "Qui dirige ici ?" Enquête sur le pouvoir de Laurence Bloch à Radio France "(21 juin 2023). "«Laurence sent le public. C'est elle qui a rajeuni l'audience de France Inter , développé une image plus pop et demandé à tout le monde d'être punk», appuie Sibyle Veil," citée par Rousseaux. La punkitude de Bloch mériterait à elle seule un post-it "No future" !


Quelle petite musique du côté de… France Musique ?

Question audible/lisible on se demande quelle méthode (autre que la méthode Coué) il conviendrait de mettre en œuvre pour traduire les propos du Directeur de France Musique, Marc Voinchet (4). Morceaux choisis extraits de "La Correspondance de la Presse" (8 juin 2023).


"Pour M. VOINCHET, ce choix de la direction de l'information et des antennes de Radio France – respectivement portée par M. Vincent GIRET et Mme Laurence BLOCH – "n'est pas une décision qui m'appartient" mais "que je prends en compte". De manière globale pour France Musique, ce qui semble "le plus important" pour M. Marc VOINCHET réside dans la conception "des programmes à la radio en dehors de la projection classique" : "Certes, il y a encore du linéaire mais on réfléchit de plus en plus à partir du stock et comment on produit en natif. On a inversé la réflexion pour réfléchir à partir du stock qui devient du linéaire". "On a une radio qui devient lisible avec la FM comme accompagnement et l'offre podcast comme contenu pédagogique".


Le stock ? Je n'avais pas compris que les Directrices et Directeurs d'antenne étaient devenus des… magasiniers et des technocrates du parler abscons. Manque plus que la blouse grise et le crayon bleu d'un côté et rouge de l'autre, bien en vue dans la poche poitrine de la dite-blouse. Quel blues ! Faut dire que dans son discours inaugural en 2014, Mathieu Gallet avait nommé la Maison de la radio, "La boîte". Rien d'anormal alors que dans la boîte on gère des stocks avec des chefs de rayon et des têtes de gondole. La boucle est bouclée et avec elle la faillite absolue de la radio ! 


* Martel n'aime rien tant que les anglicismes dont il ne se dépare jamais,


(1) Exception récente de M. Gallet qui le dernier jour de son mandat de Pdg de Radio France était venu glousser dans la matinale d'Inter (mars 2018),

2) Profitons-en pour préciser que le vocable "groupe" que la presse ressasse à longueur de temps est usurpé et, que depuis 1975 (suite à la loi d'août 1974 qui a éparpillé l'ORTF en sept structures distinctes) Radio France est une société anonyme détenue par l'État français.

(3) Poser des questions serait plus juste, il n'y aura pratiquement aucune relance suite aux réponses formatées de la Pédégère qui, à son habitude éprouvée, enfile les perles, et désincarne autant sa fonction que sa parole…
(4) Dans son article du 8 juin dans Télérama, Élise Racque précise «Sollicité par nos soins, Marc Voinchet, le directeur de France Musique, ne nous a pas répondu." 

lundi 12 juin 2023

Avant y'avait le Cirque Pinder-ORTF, maintenant il y a le Cirque-Radio France (sans les lions)…

À Radio France c'est presque tous les jours la "Grande Parade" avec ses clowns, Mme Loyale, une palanquée d'équilibristes sans fil et quelques animaux dociles en cage. Et puis clou du spectacle au milieu de la piste (ronde comme la maison) le petit chien Marconi absolument fidèle à la voix de son maître… qui se  garderait bien d'aboyer !



Comme au théâtre, Feydeau et les portes qui claquent 
Qui sera le cocufié ? Au mois d'avril alors qu'un dicton météorologique incite à ne pas se découvrir d'un fil, la Pédégère de Radio France, commence quelques discussions avec Patrick Cohen, pressenti, à la rentrée septembre, à la matinale de France Info en remplacement de Marc Fauvelle de retour sur France Inter. Dansons la carmagnole. Après avoir lâchement abandonné France Inter à la rentrée 2016 et la matinale d'Inter en pleine ascension, Patrick Cohen savait que revenir à Radio France passerait par l'absolution de Laurence Bloch (directrice d'Inter de 2014 à 2022). Depuis la rentrée 22/23, Bloch a été nommée Directrice éditoriale des sept chaînes de Radio France. De retour de vacances en mai, forte de ses prérogatives éditoriales, elle invalide la nomination de Cohen et met dans une position difficile Sibyle Veil. Cohen démissionne de Radio France, la France entière retient ses larmes !

Les journalistes d'Inter assez désarçonnés d'imaginer une concurrence frontale des deux matinales de service public. France Info OK, mais moderato cantabile ! C'est qui le navire amiral hein ? Inter. Et c'est qui l'amirale ? Bloch. Molière et son Tartuffe n'auraient mieux fait. Quant aux journalistes d'Info ils se demandent encore pourquoi eux-aussi n'auraient pas droit aux vedettes ? Pendant ce temps, députés et autres sénateurs se frottent les mains. Si jamais une future loi audiovisuelle incitait à diminuer le nombre de chaines de radio publique, l'épisode Cohen-Bloch pourrait servir leur cause mortifère !

Mercatoto
Ce processus (mercato) issu du football italien excite absolument les journalistes qui pour glisser doucement dans l'été entre la poire (le Festival de Cannes) et le fromage (Roland Garros alignent les faux-départs, les vrais. Supputent les transferts. Pronostiquent les larmes, les cris, les joies, les renoncements, les trahisons et tutti quanti. C'est la fête du slip à l'échelle planétaire de la micro France et du microcosme médiatique parisien. Tout le monde s'en fout mais ça fait vendre !

Tout le monde s'en fout ?
Pas les intéressé-e-s débarqués bien sûr ! Laure Adler (Inter) annonce son départ à la rentrée prochaine et on imagine que l'histrion historien Ph. Collin doit déjà préparer une saga, au minimum, en 40 épisodes, de quoi tenir en haleine auditrices et auditeurs tout au long d'une saison. Jérôme Garcin (Inter) dans la foulée en fait de même et la France profonde qui écoute "Le masque et la plume" le dimanche soir en voiture sans en perdre une miette grâce aux files d'attente au péage de St Arnoult, sort à nouveau les mouchoirs et plaint l'animateur qui a…… bla bla bla, bla bla bla.

Plus discret, Jean Lebrun, annonce qu'il quittera aussi le navire après une très longue session de Culture-matin (1984-1997) et de nombreuses émissions d'histoire sur France Inter (depuis 2011). Mais le cataclysme, le tsunami à venir, a à voir avec "La bande à Charline". L'ensemble au grand complet serait débarqué et "recasé"… dans la case 18/20 du dimanche. "Ah ben c'est ballot on a pas encore repris la route du péage" s'époumonent en cœur les auditeurs fans de la gaudriole et de la satyre (ça tire dans tous les coins) politique. Après avoir évincé à la rentrée 22 Charline 4 matins sur 5 de sa chronique de 7h55, voilà que l'humeuriste dégage le dimanche, autant dire avec le risque d'une écoute semi-confidentielle.

L'argument d'Alène Van Reeth, directrice d'Inter depuis la rentrée 2022, faire évoluer le concept et sortir l'équipe de sa zone de confort. "Zone de confort" c'est la nouvelle variation langagière d' "émission patrimoniale". Si c'est patrimonial on touche pas ! "L'oreille en coin" (Inter 1968-1990), 22 ans de fins de semaines prodigieuses, virée par Bouteiller. "Les papous dans la tête" (Culture 1984-2018) viré par Treiner. "Là-bas si j'y suis" (Inter 1989-2014) viré par Bloch. "Du jour au lendemain" (Culture 1985-2014) viré par d'Arvor ! Vous en voulez encore ! Rien de tout ça n'est patrimonial pour les managers.

Par contre le jeu d'Émile Euro, le cousin d'Émile Franc qui sévit avant lui ça c'est patrimonial, pas touche ! Patrimonial, adjectif bidon pour dire "on n'a pas trouvé mieux" et ça coûte pas cher !

Diriger une chaîne de radio publique
Si Adèle Van Reeth a pris ses marques à Inter et va imposer sa première grille à la rentrée (avec pertes et fracas) on ne sait rien de l'arrivée -in situ - de la nouvelle directrice de France Culture, Emelie de Jong, nommée il y a lurette et toujours pas en fonction. Aurait-elle "en catimini" participé à la grille de rentrée et tenter de remettre les pendules à l'heure d'une chaîne sinistrée par la direction tyrannique de Treiner ?

Sinon du côté de la représentation nationale ça dit quoi ?
Après les tribulations de la réforme des retraites deux députés et deux sénateurs proposent, chacun de leur côté de réformer l'audiovisuel public (ah ben ça alors on s'y attendait pas), de couper la pub de la TV, de rassembler FTV, Radio France, France Média Monde et l'ina dans une société commune, ou une holding, ou une société-holding. Enfin un machin qui verrait la prédominance de la TV sur les trois autres. Le serpent de mer continue de nager en eaux troubles et d'inquiéter les salariés qui auraient beaucoup à perdre dans une fusion dont le seul objectif est la diminution de la masse salariale.

De quoi désespérer Billancourt et le blogueur fou qui le 17 juillet fêtera les 12 ans de ce blog !
(À SUIVRE)

mercredi 5 avril 2023

La grille… les cellules, les chaînes ! Ça vous rappelle rien ?

"Les" médias sont unanimes il y aurait urgence pour la nouvelle Directrice de France Culture à composer la nouvelle grille de programmes de rentrée ! Ben voyons Léon ! Les programmes c'est croustillant : les viré-e-s, les repêché-e-s, les arrivé-e-s. Les émissions toussa. Qui s'est inquiété en mai 1984, que le nouveau directeur de France Culture hérite des décisions de son prédécesseur Yves Jaigu ? Borzeix a, dès le début de son mandat, mis sa patte dans les programmes et en janvier 85 apportait les ajustement nécessaires. Avec la création mémorable, le 29 janvier de cette année-là, des Nuits de France Culture dédiées au patrimoine radiophonique.













Et puis, si c'était si urgent que ça, Madame Veil et son staff (The very best Laurence Bloch, directrice éditoriale de Radio France) n'avaient qu'à nommer cette Directrice début février. De fait, nous aurions aimé que les dits-médias, évoquent la nécessité absolue d'imaginer un éditorial qui pourrait s'affranchir des chiffres et de la course à l'échalote s'y affairant. Que la chaîne fasse un virage à 180° pour retrouver, valoriser, promouvoir et créer de la culture. Et non pas les litanies devenues récurrentes de l'actu, des éphémérides pathétiques, de l'info boursouflée. Et de la socio à deux balles.

C'est un projet qu'on attend de la nouvelle Directrice et on se contrefout de savoir si Martel continuera à bafouiller du Soft Power, Laporte ses affreuses culturelles, Gesbert ses boucs et Sfez son miaou (pour changer de ronron) musical. Le vedettariat à marche forcée qui a fait florès depuis Adler (1999-2005) a permis en associant vedettes + chiffres de banaliser, désingulariser et fourvoyer France Culture dans la trajectoire du vide, tout en continuant par la com', la com' et la com' à faire comme si. Prenant auditrices et auditeurs pour des billes et des bouffeurs de podcasts indigestes ! 

Les fossoyeurs ont pour nom d'Arvor, Gallet, Frisch et Veil. Un quarteron de managères qui auraient excellé chez Areva, Air France voire les chaussettes Stem et les chemises Lui ! Les médias continueront à roucouler sur les programmes, les podcasts trucs et les vedettes de la matinale qui donnent juste envie d'aller se recoucher. Mais qui voudra dire l'urgence à recréer une chaîne culturelle sous l'eau ?

Qui ? Le Figaro ? Le Monde ? Libération ? Télérama ? Pif ? Ou Playboy ?
(À suivre)

mardi 4 avril 2023

De Jong (Emelie) au conditionnel… de variétés

Hier soir, 21 h pour le Figaro, 22 h pour Le Monde, nous apprenions la nomination conditionnelle d'Emelie de Jong. Directrice des programmes et membre du Comité de gérance d'ARTE G.E.I.E, comme directrice de France Culture. Conditionnelle car le Fig' - bien informé - titrait : "L'actuelle directrice des programmes d'Arte devrait remplacer à ce poste Sandrine Treiner." Trop fort ! On imagine la déception dudit Fig' si aujourd'hui Sibyle Veil annonce la nomination à ce poste de Caroline Erner, Frédéric Richeux, Olivia Mauduit ou Arnaud Lafenêtre ! Ou plus drôle encore Claire Chazal, Anne Sinclair ou Dorothée !

Emelie de Jong, Directrice des programmes
et membre du Comité de gérance d'ARTE
©Paul Blind










Ces noms (pour certains facétieusement recomposés) circulaient depuis que l'ex-Directrice a démissionné de son poste à France Culture tout en restant salariée de Radio France. On a évité le pire ! Madame de Jong a pour elle de ne pas être montée sur la table et, à grand renfort d'émissions médias en tout genre, d'avoir survendu les programmes d'Arte comme le font avec tant d'aisance ses collègues masculins de TF1, de France Télévisions ou de Canal +.

Bien plus que de préparer la grille de rentrée, il va s'agir d'établir une ligne éditoriale aujourd'hui sinistrée par l'actu (alitée), le social et l'info. Se séparer des petits soldats (soldates) aux ordres de Treiner qui ont, peu ou prou, enfermé la chaîne dans une machine à cash. Comprendre une machine à chiffres médiamètrés. Redonner toute leur place au documentaire et à la fiction. Réserver les rediffusions aux Nuits (1). S'affranchir de l'heure juste qui ne doit pas être un mantra mais une option. Reconsacrer le temps long aux journées différentes que sont le samedi et le dimanche. Proposer un programme musical digne des musiciennes, des musiciens et des musiques, et oublier de le confier à de gens à peine capables de lire des fiches Wikipedia.

Remettre la culture au centre et de chaque côté et ne pas marcher sur les plates-bandes d'Inter et de France Info. La tâche est immense et les cinq prochains mois n'y suffiront pas. Il va falloir trouver le ton et ça pourrait commencer par la grille d'été qui devrait vraiment se distinguer, imposer des nouveautés, de la création radiophonique exigeante, des clins d'œil et une certaine légèreté pour faire oublier des années d'errements et de brutal management… !

Mon titre rappelle le titre de la chanson de Ferré "Le conditionnel de variétés". Comme si je vous disais

(1) Oublier définitivement les rediffusions de rediffusions rediffusées !

lundi 27 mars 2023

Il y a 55 ans… le 28 mars 1968 !

Fin mars 1968, deux grandes radios généralistes nationales, Europe n°1 et France Inter, - indépendamment  du mouvement étudiant démarré le 22 mars et qui donnera lieu le 13 mai à la grève générale dans toute la France -, décident d'apporter des changements à leur grille de programme respective. Europe n°1 en plein milieu de semaine, le jeudi 28 mars, France Inter les samedi 30 et 31 mars 1968. Dans les deux cas, nous le verrons, il s'agit de la part des deux dirigeants de ces radios, de très bonnes intuitions. Les nouveaux programmes seront des marqueurs générationnels et ces émissions s'inscriront au patrimoine radiophonique. 

Codou et Garretto
















Campus, François Jouffa, 20h20/22h, Europe n°1
Maurice Siegel, le patron de la station a du pif. Alors que les étudiants parisiens commencent à s'agiter, il imagine proposer chaque soir à l'antenne, de débattre en public, de sujets de société qui percutent la France, l'Europe ou le Monde. C'est à Jouffa très jeune reporter que Siegel confie le micro. Pour un incident diplomatique (1) Jouffa sera viré au bout de trois semaines (de l'émission, pas de la station) et remplacé par Michel Lancelot. Qui mettra sa marque à l'émission et fidélisera des milliers d'adolescents et de jeunes adultes.

TSF 68, Jean Garretto et Pierre Codou, France Inter
À l'automne 67, Roland Dhordain a quitté la radio pour prendre la direction artistique du Club Méditerranée. Guy Bégué assure les fonctions de directeur des programmes. Il propose aux producteurs d'opérations spéciales à l'ORTF, Garretto & Codou, de réfléchir à un programme pour les fins de semaine. Le samedi 30 mars à 14h démarre "TSF 68". Ce sera jusqu'au dimanche 19h, treize heures de programmes où l'heure juste n'est plus le maître étalon de la création radiophonique. L'émission qui a la rentrée 71, prendra le nom de l'Oreille en coin, sera à l'antenne jusqu'à la rentrée 1990, soit vingt deux ans d'"une radio dans la radio" !

Dans les deux cas, on constate, la facilité d'adaptation du média radio à l'offre aux auditeurs et une adaptation rapide à l'air du temps. Quand aujourd'hui tout est verrouillé, normé, médiamétré au point que la radio publique (et privée) a perdu sa fonction de laboratoire et de recherche. Que les canards continuent de cancaner C'était pas mieux avant. C'était pas mieux avant mais… on était plus libres.

(1) Lire aussi, "60 ans au poste. Journal de bord d'un auditeur", Fañch Langoët, L'Harmattan, février 2023,







vendredi 24 mars 2023

Panique au Podcast Palace…!

Pour que ça soit excitant, pour que ça donne de l'air, pour que ça chamboule tout, "du passé faisons table rase". C'est l'état d'esprit, il y a dix ans, de quelques geeks en mal d'aventures qui, se rêvant en Steve Jobs ou Bill Gates, décident de casser le moule de la radio et de "tout réinventer" sur la base de l'audio. Production, fabrication, formats, délinéarisation, détemporalisation. Et, à la manière d'un La Fontaine, psalmodier "Adieu programmes, chaînes, équipes de réalisation et structuration horizontale et fédérative dans une, dans la Maison de la radio". Presque cent ans de radio "dynamités, dispersés, ventilés, éparpillés façon puzzle, (1).











Au début ça bricole et ça bidouille. Aussi, quand sort du bois le podcast, les rapaces s'en emparent pour mieux illustrer la transformation numérique. Nouveau credo civilisationnel. L'Alpha et l'Omega du changement, du progrès et de la casse systématique des vieux modèles, des savoir-faire et de la chaîne de production radiophonique. Les nouveaux gourous, de ce qu'ils appellent la mue, ont trouvé un hochet, un objet transitionnel parfait, une icône à vénérer : le podcast. La boîte de Pandore est ouverte, elle est pas prête de se refermer.

Pour bien asseoir le support on lui attribue une fonction dévote. Le podcast parlerait à l'oreille de l'auditrice et de l'auditeur (2). Et la foule en délire de se ruer sur la chose, de ne plus jurer que par elle et de plonger dans une addiction pour laquelle on n'a pas encore cherché de remède.  La pandémie est mondiale. Le podcast est le nouveau chewing-gum. On mâche, on mâche et à la fin on jette. Entre les podcasts natifs (adjectif superfétatoire), ceux de la radio publique, de la radio privée et ceux des studios indépendants, on croule sous la charge. L'offre est pléthorique. Envahissante. Pour ne pas dire polluante.

Au coin du bois, un vieux gourou du consumérisme et de la pub aliénante guette "Si à 50 ans t'as pas fait de podcast, t'as raté ta vie" (3). Le pape, que dis-je le-mentor-de-la-transformation-numérique-à-tout-va à Radio France, le dénommé Laurent Frisch a imposé de transformer en podcasts - ce qui s'appelle encore pour quelques minutes, des émissions -  ces supports qui peuvent s'écouter sur tous objets connectés (4), H24, sans plus aucune contrainte temporelle. Bingo ! Maintenant si tu t'aventures à parler d'émissions t'es fiché au Grand Auditisme et tu risques d'en perdre l'ouïe… à vie. Avis à la population !

Ce long préambule (si, c'était un préambule) pour montrer comment ce "principe éditorial" (du siècle) vient salement d'être écorné, pour ne pas dire torpillé.

Philippe Collin
















Les faits
Un ancien p'tit rigolo ("Panique au Mangin Palace" avec un autre humoriste, Xavier Mauduit, France Inter, 2005/2010) et aussi avec, quelques jolies tournures verbales ("La bande à Bonnaud", France Inter, 2006/2007…) Philippe Collin, producteur à France inter, après quelques traversées du désert, se souvient qu'il a une maîtrise d'histoire et qu'il pourrait donc assouvir une de ses passions. Proposer de conter les riches heures de personnages historiques. Pêle-mêle : Cléopatre, Pétain, Blum, Poutine et dernier en date Le Pen (Jean-Marie).

Trop sympa ! Vous avez une idée. Frisch valide. "C'est bon ça Coco, l'histoire croustillante, ça plait !". On peut faire, deux, sept, douze épisodes, ça passe crème. Alors qu'autrefois il y avait non seulement des jours (ou des nuits) de diffusion, des formats et des balises sur la durée dans le temps (toute la saison radiophonique, un trimestre, un mois, etc). Collin après ses diverses tentatives est sacré Maréchal… de l'histoire et là, toutes les portes (et les financements qui vont avec) s'ouvrent. Tournée promo qui passe par Quotidien et Jean-Marie Le Pen n'a plus qu'à bien se tenir.

Tout ça c'était avant le drame… Car voilà que des historiens, patentés, mettent le nez (lire, l'oreille) dans la série. Et un propos de Benjamin Stora, historien, ne passe pas, mais ne passe pas du tout (5). Je n'ai pas les compétences pour juger de cette "affaire". Surpris toutefois de l'assertion de Stora, pour ce que j'en sais de l'Histoire. Mais ce qui m'intéresse c'est de montrer comment le podcast, devenu la référence (le label) audio par excellence, pourrait s'affranchir de toutes règles de validation. Existe-il à Radio France un Comité éditorial pour décider des sujets à podcaster ? Existe-t-il à Radio France un Comité scientifique pour valider et choisir les intervenants, les angles, les références historiques (et/ou scientifiques), les travaux publiés quand, des podcasts traitant d'histoire ou de sciences sont programmés pour être créés ? Ou est-ce le seul fait de la productrice, du producteur ou du grand Manitou Frisch ?

Cette opacité interroge et, quant à la suite de cet incident, Radio France traine des pieds pour apporter les mises au point suffisantes (se contentant de rustines audio), les excuses indispensables et les ajouts utiles, on est alors en droit de s'inquiéter d'un éditorial enfermé dans la forme (le podcast), libéré de toutes les règles en vigueur. Quand il s'agirait, pour l'Histoire ou les Sciences, de ne surtout pas s'affranchir de ces mêmes règles. Le podcast, sacralisé, serait devenu intouchable. Il en va pourtant de l'éthique même de Radio France comme quand, pour ce qui concerne l'information (et les fake-news), la société de radiodiffusion publique a mis en place des procédures de validation et de confirmation de toutes les sources possibles à plusieurs niveaux.

Les programmes, particulièrement quand ils concernent l'histoire et l'actualité récentes ne devraient pas échapper, eux mêmes, à ces procédures rigoureuses !

(1) Merci à Michel Audiard et ses dialogues des "Tontons flingueurs" de Georges Lautner (1963),
(2) Le tambour, la cloche, le chant, le chien qui aboie, la caravane qui passe, le flux et le reflux de la mer, le vent, le tonnerre, le chant des oiseaux et une palanquée de ratons-laveurs en rut doivent donc parler ailleurs au corps humain. Genre, sans doute, "Parle à mon cul, ma tête est malade"… 

(3) Rappel pour nos jeunes lecteurs : Jacques Séguéla, publiciste décérébré a, au milieu des années 90, vomi une prédiction slogan "Si à 50 ans, on a pas de Rolex on a raté sa vie" (2009)",
(4) De fait même sur la lunette des cabinets !

(5) Épisode 2, sur les actes de torture pendant la guerre d'Algérie. Vous pourrez trouver le détail des alertes, sur le compte Twitter d'André Loez, historien et, particulièrement, ce qui a été relevé à l'origine de l'interpellation des historien-nes ici.

jeudi 23 mars 2023

Lenoir, Feedback, Les Inrockuptibles et… Véronique Servat !

Bon, des fois les "hasards" de la vie font bien les choses. Vous aviez le choix, soit je lançais mollo les trémolos "Mouvement du 22 mars (68)" soit je récupérais une madeleine et vous en faisais des tartines. Zyva pour les tartines ! Je commence en désordre. Bernard Lenoir en 1959 était assis au cinéma "Le Marbœuf" (Panam') pour visionner la première de "J'irai cracher sur vos tombes" quand, son voisin Boris Vian, pris d'un malaise… en meurt ! (1) Le hasard c'est qu'échangeant récemment avec Véronique Servat à propos des Inrocks (2) elle m'annonça qu'elle pourrait retrouver l'interview de Lenoir. Elle le retrouva et me l'envoya hier. Et bim, je vous raconte. Et merci Véro ;-)

©Catherine Rouziès, Les Inrockuptibles
n°38, Août 1992.


Lenoir, sur ce blog, il y en a quelques jolies traces. Ici et dans la "petite somme" que j'ai commise il y a quelques semaines… Notamment le souvenir de la 1ère de Feedback le 28 mai 1978 sur France Inter. Lire cet interview de 92 par Davet (aujourd'hui journaliste au Monde) est un vrai régal. Pour les origines de Lenoir, celles de ses musiques et celles de la radio. L'anecdote sur le nom de l'émission complète ce qu'il avait annoncé à Valli sur Inter en 2013. À savoir : " J'ai appelé une copine qui travaillait dans un studio d'enregistrement en lui demandant de me lire ce qu'elle trouvait autour d'elle. Quand elle a dit Feedback j'ai su que c'était bon.".

Où l'on apprend aussi que les auditeurs inter-échangent avec Lenoir via le… Minitel ! Bim, là c'est la claque ! Jamais utilisé le 3615 pour correspondre avec le producteur ! Mais bon c'était pop… L'époque des années 70 a (encore) sa part de fraîcheur et de légèreté. Une certaine passion (pour la musique) et quelques bonnes fées poussent le jeune Lenoir à entrer à la radio. Et ça, c'est pas rien ! Surtout si on y reste une quarantaine d'années.

Ci-dessous quelques extraits de l'ITV de Davet. 



(1) Interview de Lenoir par Stéphane Davet, Les Inrockuptibles, mensuel, n°38, août 1992,
(2) "Les Inrockuptibles 1984-2010. Contribution à l' histoire sociale et culturelle des médiations musicales", par Véronique Servat. Thèse de doctorat en Histoire. La soutenance a eu lieu le 10-12-2022.