mardi 11 avril 2017

Prévert : c'est maintenant qu'on a besoin de lui…

Il est de belles coïncidences. Ce soir sur arte (et oui je respecte la typo de ce nom, sans majuscule) Tancrede Ramonet nous donnera à voir "Ni Dieu, ni maître : une histoire de l'anarchisme". Quand, il y a juste quarante ans, mourrait Jacques Prévert. Jacques Prévert qui, avec ses "Paroles" avait ébloui, transformé, magnifié notre adolescence de jeunes cons. "Il est terrible, le petit bruit de l'œuf dur…" Inoubliable quand, moi-même, sur le zinc d'un bistrot parisien…
Photo René Burri

























L'Ina (Institut National de l'Audiovisuel) vient de publier deux CD "Enfance, lu par l'auteur" (1). Dans le livret joint, on peut lire : "Ceux qui portent le deuil de leurs rêves d'enfants ne sont pas des adultes fréquentables". Voilà posées les marques tendres et/ou douloureuses d'une enfance que le poète a sublimé à travers sa poésie, ses dialogues de films ou son théâtre vivant. Dans cet "Enfance" le ton de Prévert et ses descriptions parlent d'elles-mêmes. On voit tout. Bibendum et le Salon de l'Auto, le Café des Sports, le Pernod, la grenadine des enfants, et même l'odeur du crottin, sans qu'il fusse jamais besoin au poète d'en dire plus. On prend tous ses mots au pied de la lettre et j'arrête souvent l'écoute pour voir dans les nuages ce qu'il raconte. Prévert m'a toujours fait rêver.

Il a six ans, on est en 1906. C'est son regard d'enfant. Avec déjà une acuité pour l'humanité et pour la joie. Le bonheur. "Il y avait des gens qui faisaient la musique, qui chantaient. Qui faisaient la fête ! Qui faisaient la gaité !". "Neuilly pour moi c'était la fête et quand elle s'en allait c'était un désert". Et puis il conte les achats "à crédit chez Dufayel", le cinématographe, et la lanterne magique "qui bougeait". Buffalo Bill et l'attaque de la diligence. De beaux émerveillements pour la poésie de la rue et pour le "progrès". Et les "Mystères de Paris que [son] père aimait aussi".
















Dans son ton, sa façon de raconter me fait penser, sans son accent, à Pagnol (entretiens avec Pierre Lhoste), dans la scansion. Un peu brute, sans artifice ! Simple et émouvante. Ce document est exceptionnel car Prévert raconte sans le guide d'un journaliste, d'un reporter, ou d'un documentariste. Il se raconte. Avec tendresse. Et brosse cinq étapes successives de cette enfance particulière. Aussi particulière que d'autres mais, que lui a su décrire et contextualiser (2).

Et vous ne serez pas surpris, mes chers auditeurs, je n'écouterai pas tous les épisodes d'un coup, laissant infuser les images, les sons, les odeurs, les ambiances. Me mettre dans celles de l'époque grâce à des souvenirs photographiques ou à ceux de mes grands-parents. Et distiller doucement ces histoires. Au goutte à goutte. Pour laisser la surprise et l'enchantement faire son œuvre. Doucement. Chaque jour un p'tit bonheur. Un p'tit caillou blanc dans le jardin de la morosité et du chagrin. Une petite joie simple. Dérisoire et énorme.



(1) "Diffusé à la radio sur France III nationale (depuis 1958, programme axé sur la culture), en cinq parties du 1er avril au 6 mai 1960, l'enregistrement présenté comme un feuilleton, est intitulé "Enfance", dans sa lecture intégrale, de et par Jacques Prévert, au micro d'Albert Riera,". Le deuxième CD contient les interprètes des chansons de Prévert : Greco, Reggiani, Sauvage…

(2) "Souvenirs d'un enfant de six ans, Portrait de ses parents, Les vacances en famille, La période sombre, Arrivée à Paris avec ses parents."



1 commentaire:

  1. célébré Jacques Prévert ce matin, des quatrièmes, en réfléchissant à la manière de dire et faire claquer La Chasse à l'Enfant, silence médusé, puissance glaçante de l'évocation

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