lundi 15 février 2021

"Quand j'entends le mot culture je sors mon transistor…"

Il aurait fallu du panache (et une culture radiophonique) à M. Hervé Gardette pour, dans sa chronique quotidienne de la matinale de France Culture, vendredi dernier, citer la maxime de Jean Yanne que j'ai reprise dans mon titre ! Ce très bon mot, Jean Yanne en avait fait une émission dominicale sur Radio-Luxembourg qui deviendra RTL (1). Mais comment aurait-il pu citer RTL puisque, nous racontant sa vie dans sa salle de bain, il cite "Mychèle Abraham" sans nommer la chaîne Europe 1, et "Michel Touret" sans citer France Inter. Tout ça pour parler de radio mais en prenant bien soin de ne pas citer des radios… "concurrentes" !



C'est juste à pleurer, comme sont à pleurer ces "Chronicroquettes" dont, bien souvent, chroniqueuses et chroniqueurs se servent pour parler à la première personne et nous faire accroire qu'avant Hunter S. Thompson ils ont inventé le journalisme gonzo ! Piètre culture, piètre France Culture qui donne plutôt envie de jeter son transistor par la fenêtre !

Gardette voulait nous faire savoir que "les moins de 25 ans ne sont plus que 63% à écouter la radio" et, pour cela, il a cru bon de mettre en scène "sa salle de bain, son fils, ses différents objets qui diffusent chez lui de la radio,… et ses souvenirs d'auditeurs" mais heureusement nous n'avons pas su si, en se rasant, il y pensait tout les jours. Quant à être rasoir…

Ces chroniques telles qu'elles existent aujourd'hui à la radio sont juste de l'anti-radio. Le gadget de Pif ou le cadeau Bonux (2). Certains me disent qu'elles permettent de mettre du rythme à l'émission dans laquelle elles sont diffusées. Elles permettent surtout de casser le rythme, de torpiller le temps long et de plomber le sens de ce qu'on vient d'entendre juste avant. C'est vrai pour la matinale de Culture comme pour celle d'Inter ! "Détendez-vous chers auditeurs, on va tous mourir mais en attendant prenez donc une pilule de diversion."

Pour citer un seul petit chiffre "63%… ", il aura fallu 3' de Gardette pour ne rien dire. Alors que c'était l'occasion d'encourager la radio pour ne pas la laisser être (trop) distancée par la délinéarisation, si l'on est convaincu que sa temporalité fait (encore) partie de sa vie, de ses jours et de ses nuits.

Quand j'entends France Culture, je ferme de plus en plus souvent, mon transistor… et j'écoute ça :

(1) "Entre 64 et 69, il partagera la France entre les "blanchistes" fidèles de Macheprot et les "yannistes", non moins fervents auditeurs des faux sermons de Bossuet, l'aigle de Meaux (Seine et Marne) et des affreux jeux de mots proférés avec l'accent faubourien et la voix rocailleuse de l'inimitable créateur du sketch du "Permis de Conduire"." in "Les années radio, Jean-François Remonté, Simone Depoux, L'arpenteur, 1989,". Jean-François Remonté, réalisateur à Radio France, qui deux étés successifs nous fera découvrir sur France Inter des pépites d'archives radiophoniques !

(2) Dans chaque numéro de Pif (hebdo) il y avait un gadget et dans la lessive "Bonux" un cadeau… tout aussi gadget !

dimanche 14 février 2021

À titre indicatif…

Un samedi soir sur la terre… radiophonique ! Vous étiez où ? Vous étiez là ? Dans l'indicatif radio ? Vous savez celui qui vous dresse les poils et vous téléscope - radioscope - dans la galaxie des mille, mille souvenirs, mille, mille émotions, mille, mille étoiles au firmament de votre mémoire intacte ? Qui frémit à la moindre note ? À la première note. Victoire de la musique avant celle de la voix. Qu'on attend. Qui va venir. Qui est là. Mot de passe pour entrer en complicité. En amitié ou en amour. Féminine ou masculine. Tendre ou câline. Elle sonne les retrouvailles d'un rendez-vous qu'on ne peut rater, qu'on ne doit rater. Qui souvent consacre son moment à soi. S'installe dans son jardin secret. À l'abri des oreilles indiscrètes. L'indicatif est un diamant qui brille de nos oreilles à nos yeux.

Clin d'œil à Claude Villers qui, pour les saisons 71/72, 72/73, 
animait l'après-midi sur France Inter "À plus d'un titre", 
sa première émission radio…











Hier soir sur la terre Fip, Jane Villenet (animatrice), Denis Soula (réalisateur) et Pierre François (programmateur) ont fait leurs gammes sur les indicatifs d'émissions, à la radio publique comme pour quelques privées, qui ont marqué leurs époques et les ont inscrit au patrimoine radiophonique. Déroulons le fil en accéléré et après réécoutez-le donc à la bonne mesure.

Le Pop (Club), José Artur, Gainsbourg, Birkin. Accroche imparable pour s'installer dans l'azur, l'azur, l'azur. Et du monstre sacré et volubile, Neal Hefti et son Girl Talk nous propulse dans les Embouteillages, Le magazine de Pierre Bouteiller que, ni lui ni personne, n'ont jamais appelé comme ça (1). Puis, L'Humeur vagabonde, glisser soft et trouver la beauté, la Finding beauty de Craig Armstrong et de Kathleen Evin. Et en sortant, filer au Palladium avec Ferré qui, quelques années avant, le temps d'une chanson avait nommé plusieurs animateurs et plusieurs chaînes de radio (2)…

Au cœur de la nuit, Gonzague Saint-Bris subtil pose le piano d'Erik Satie et sa Gnossienne n°1 et, Europe 1 donne à entendre les confidences intimes des auditeurs quelques années avant qu'Inter s'y emploie à son tour. Et il n'y aurait qu'un pas à faire, pour, sur le pavé luisant, rejoindre sous son réverbère Gato Barbieri, au sax, et Europa qui (aussi bien que Santana son créateur) déchire la nuit et le Pollen de Jean-Louis Foulquier. P… là si vous les avez pas les frissons ? Mais avant, il nous avait fallu passer aux rayons X des Radioscopie(s) de Chancel (3), emmenées guillerettes par Georges Delerue.

Revenons, tous ensemble, tous ensemble, ouais (L'an 01, Gébé et Jacques Doillon) Les pieds sur terre, sur France Culture avec Sonia Kronlund, les Troublemakers et Get misunderstood. Et, entre les oreilles, un p'tit Radio gaga de Queen peut pas faire de mal, ni même le Widows by the radio de Perry Blake. La nostalgie, camarade ! Et d'Oxigène à Hexagone, d'un Hit-Parade d'Europe 1 à un jingle de France Info, Jean-Michel Jarre façonne et égrene sa musique qui, très tôt, s'était immiscée dans le programme musical de la toute jeune Fip.

Brigitte Fontaine










Il fallait bien les Daft Punk et Veridis quo pour goûter à L'heure bleue, de Laure Adler, France inter, même si, à cette heure-là, la radio nous incite (beaucoup trop) à regarder la TV ! On the radio qu'on vous dit et, comme le chante Donna Summer. Et que brille. à jamais la boule à facettes ! Quant à Wigwam de Dylan, Gérard Klein en a usé et abusé pour plusieurs de ses émissions sur Inter, sur Europe 1 et peut-être même sur RTL, qui sait (4) ? Mais, comme le dit très bien Jane Villenet, j'ai moi aussi longtemps cru que c'était le facétieux Gérard qui chantait !

Apparté : En 1979, gamin, j'arborais fièrement le badge (fond noir, lettrage blanc) "Look sharp" offert avec le pressage 25cm de l'album éponyme de Joe Jackson qui dans son prochain album "I'm the man" chantera "On your radio".

Pochette de l'album, inclus Wigwam
















Allez un p'tit coup d'Afrique enchantée, quand Soro Solo et Vladimir Cagnolari ont enthousiasmé nos dimanches sur France inter et à défaut d'indicatif, Amogo radio d'Amadou et Mariam va bien, très bien même ! 
Et bim, voilà que le Concerto pour piano n°21 en Ut Mak K 467 2, Andante de Mozart, effleure nos oreilles et Allo Macha "réapparaît" aussitôt ou plutôt, la voix si grave de Macha Béranger nous incite, illico, à composer le 524 71 00 (je vous parle d'un temps !)…  

Mais ce panorama, dans la machine à remonter le temps, ne pouvait faire l'impasse sur Salut les copains où Daniel Filipacchi sur Europe1 a, chaque jour de la semaine, détourné de leurs devoirs scolaires, tant et tant d'enfants au début des années 60. OÙ, s'invitait à l'heure du goûter Last night des Mar-Keys pour, soixante après, ne plus jamais oublier cet indicatif !

"Relax, Max !" soit un joli clin d'œil à Max Meynier Les routiers sont sympas, RTL, et la Valse sifflotante de Vladimir Cosma et Toots Thielemans. Relax aussi Brigitte Fontaine Comme à la radio et à Kraftwerk en pleine Radioactivity. Sans oublier Hey nineteen de Steely Dan, the indicatif of M. Jean-Luc Hees pour Synergie sur France Inter… qui a fait se pâmer tant et tant d'auditrices… et d'auditeurs, allons !

















Merci à Jane Villenet d'avoir conclu son émission par : "La radio c'est une team, une dream team !". On aimerait bien que ce ne soit pas qu'une formule, si belle soit-elle ! 

À bon entendeur, salut !

(1) Bon titre, sûrement trouvé par Roland Dhordain, qui apparaît dans les programmes officiels de l'ORTF, mais que malgré l'humour du producteur je n'ai jamais entendu annoncé par Bouteiller… 
(2) "Monsieur Barclay m´a demandé/Léo Ferré, j´veux un succès/Afin qu' je puisse promotionner/A Europe1 et chez Fontaine/ Et chez Lourier et chez Dufresne…" (Lourier et Dufresne à France Inter, ndlr)
(3) Ici, ce soir, un peu de Brel et de Duras…
(4) Merci à Gilles Davidas pour l'archive Klein !

vendredi 12 février 2021

De la voix, de la nuit… De la nuit, de la voix…

En repensant au joli documentaire "Les nuits du bout des ondes" dont je vous ai parlé samedi dernier, je me suis demandé si je n'avais pas fait l'impasse sur ce qui tient toute l'affaire. Oui, une fois les archives choisies, l'histoire écrite n'est-ce pas la voix (là, celle de Marina Urquidi) qui va faire l'alchimie et nous transporter subtilement dans le récit. Remettez donc ça dans vos oreilles, "pour voir"…












De mon plus vieux souvenir de radio c'est bien la voix qui m'a attrapé et a captivité mon écoute, qui, années après années, a fini par me rendre très sensible à la voix, aux voix. Et quelquefois même la voix avant tout. Avant le sujet, avant l'heure de diffusion, avant la chaîne (1) Dans la série de Beccarelli, Chaudon et Lacombe, la voix de Marina Urquidi est un morceau du puzzle de création mais il est la pièce déterminante, car sans cette voix-là on pourrait tout à fait passer à côté de l'histoire et ne pas l'écouter plus de quelques secondes.

Marina a une voix de nuit ou une voix qui colle immédiatement à la nuit et, donc qui va bien pour raconter l'histoire des nuits radiophoniques. Dès ses premiers mots on sent qu'elle nous interpelle, nous prend par la main, et par l'oreille, pour nous emmener là où elle veut. Et on marche, on écoute, on suit. On est tout de suite dans l'histoire et très vite dans le taxi ! L'art de la conteuse et du conteur de mettre "de son côté" celles et ceux qui l'écoutent.

Si Arletty n'avait pas une gueule d'atmosphère (2), Marina, elle, par sa voix crée l'atmosphère. Sa diction, son tempo, ses mots posés et son accent, fait sans doute d'accents mêlés, sont nocturnes. Avec quelque chose qui a à voir avec l'évidence. Imaginez ce récit avec une voix aiguë, au débit rapide et sans quelques micros-silences et l'affaire serait ratée où ne serait pas digne du sujet et de la valeur des archives remises en ondes. 

Ici ce sont donc trois auteures plus une voix qui font le documentaire ou la fiction. La plus belle histoire pourrait rester sans voix. Cette attention à la voix, cette distinction orale ont fait les grandes heures de la radio et faisait dire "elle/il a une voix de radio" quand, aujourd'hui la voix n'est plus du tout un critère pour faire de la radio. Et les voix de nuit n'ont plus leur place à la radio puisqu'il n'y a plus de radio de nuit.

Je termine ce billet (il est minuit trente cinq) et je ne vais pas résister à écouter pour la troisième fois "Les nuits du bout des ondes". Quand on aime… 

(1) Avant le streaming, le podcast "on" pouvait (je pouvais) tout arrêter pour ne pas louper cette animatrice, cet animateur qui va finir par faire partie de sa propre vie !
(2) "Hôtel du nord", Marcel Carné, 1938

mercredi 10 février 2021

Attendez-vous à savoir…

Geneviève Tabouis, journaliste (1892-1985) a longtemps officié à Radio-Luxembourg puis à RTL avec, dans la matinale d'info, une chronique au titre savoureux "Les dernières nouvelles de demain" (1949-1967). Ses chroniques commençaient par "Attendez-vous à savoir". Soit un panorama prospectif des événements à venir par une journaliste bien informée (1) ! Mais ça c'était avant. Au siècle dernier même. Aujourd'hui il y a "Les Jours" un site d'information qui s'est fait une spécialité de développer un sujet sur la longue durée qu'ils ont appelé des "Obsessions". Au titre de ces obsessions "Vincent Bolloré", capitaine d'industrie breton, dont les Garriberts (ex-Libé) racontent par le menu les aventures. Et voilà que le 8 février ils nous annonçaient que ce n'était plus qu'une question de quelques heures (voire de quelques jours) : Vincent Bolloré aurait finalisé l'achat de… Europe 1 !

Geneviève Tabouis










Bigre, ça fait déjà quarante-huit heures et, telle sœur Anne, je ne vois rien venir. Aujourd'hui pour exister dans les médias et pour que les médias existent eux-mêmes il faut maintenir la pression et le suspens en permanence. Tous les ressorts sont bons pour entretenir la flamme… Et l'annonce imminente d'une information (capitale, forcément capitale) est vendue avant même qu'elle ne soit… annoncée. La temporalité de toute chose a elle-même beaucoup évolué depuis le "quart d'heure de gloire" conceptualisé par Andy Warhol. Aujourd'hui ce sont les 2' de Tik-Tok qui font pendant quelques minutes la reconnaissance de telle ou tel !

Tout se raccourcit. On ne compte plus en mois mais en semaines ou mieux en jours. Les jours eux-mêmes se résumant en heures. Les heures en minutes,… etc. Demain en radio les longues traversées feront 30', les documentaires 15 et les chroniques 1. Et pour donner le change on appellera une interview de 5' un long entretien ! De fait tout est raccourci comme le notait ce matin Thierry Frémaux sur France Culture "Les épisodes de série font maintenant 15' ".

Seulement voilà, la vie quotidienne n'ayant pas encore été transformée en "séries", il est assez difficile d'évaluer la date, l'heure, le lieu dans lequel, "craché, juré", tel événement, telle information aura lieu et sera annoncé. Ne doutons pas que les Garriberts sont bien informés. Ne doutons pas non plus que Bolloré ou Lagardère choisiront le moment qui leur convient le mieux pour informer la Terre entière de l'événement… médiatique ! Les journalistes média sont sur les dents. Les personnels d'Europe 1 fébriles, ceux de CNews (la chaîne d'info appartenant à Bolloré) en transe. À moins qu'une fois encore un grain de sable bloque le bel ordonnancement du rachat d'Europe 1 qui semble t-il agace, énerve, inquiète jusqu'au Président de la République.

Last but not least, gageons que cette "série" trépidante ne va pas s'arrêter en si bon chemin. Attendez-vous à savoir… dans quelques minutes !


(1) Denis Maréchal, Geneviève Tabouis : les dernières nouvelles de demain (1892-1985), Nouveau monde éd., coll. « Collection Culture-médias. Études de presse », Paris, 2003,

lundi 8 février 2021

Dans la cour de récré de l'audiovisuel public…

La nature humaine reprend toujours ses droits ! À la belle harmonie, complicité, complémentarité qu'affichent Radio France, France Télévisions, France Médias Monde et l'Institut National de l'Audiovisuel apparaissent en creux des luttes d'influences, de prérogatives et de positions dominantes. Las, la holding France Médias qui aurait du voir le jour en 2021 a non seulement attrapé le Covid mais quelques atermoiements parlementaires auxquels on ajoutera les humeurs du Prince, entendez le Président de la République lui-même. De ce fait quelques hauts fonctionnaires zélés ont conseillé à ces quatre sociétés audiovisuelles de faire COM (1) et de faire… comme si ! Tant qu'à faire. Oui mais, il y a un mais et un gros mais même !

Delphine Ernotte (à gauche), Sibyle Veil,
Marie-Christine Saragosse (FMM),
et certainement Laurent Vallet (Ina)
©Christophe Morin/IPj Press/MaxPPP












Un COM de deux ans est déjà hors-la-loi qui prévoit dans la loi du 30 septembre 1986, une durée entre trois et cinq années civiles. L'État se jouant de ses propres lois ressemble à s'y méprendre à un remake éculé des Républiques bananières. Mais voilà, sous les cendres de cette holding les braises sont toujours chaudes et le feu couve pour qu'en 2022 soit remise sur le métier la réforme de l'audiovisuel public.

En attendant, après avoir roucoulé, cancané, psalmodié tout l'intérêt que représentait de filmer les matinales de France Bleu (44 locales) et de les diffuser sur France 3, il semble bien qu'on en soit venu aux mains aux égos et aux effets de manche quand chacune des Pédégères concernées, Delphine Ernotte-Cunci/ France Télévisions et Sibyle Veil/Radio France seraient "en pleine lutte d'influence avant le mariage France 3 - France Bleu" (2). Hein quoi ? La radio et la TV vont se marier et on ne m'a rien dit ? Mais non, pas possible ? C'est une farce, un camouflet, une fiction ? 

Mais non Fañch c'est l'avenir et d'ailleurs tu l'as écrit depuis des lustres (3). Oui car avant que trônent Mmes Veil et Ernotte sur deux bastions de l'audiovisuel public indépendants, depuis que Giscard au mieux de sa forme en 1974 avait éparpillé l'ORTF façon puzzle en sept sociétés indépendantes (4), un certain rapport Schwartz mettait les points sur les "i" et clairement annonçait la fin de la récré et la surenchère pour que chacune des sociétés audiovisuelles arrête de copier par-dessus l'épaule de son voisin, alors que l'heure des synergies avait clairement sonné.

"Si Delphine Ernotte et Sibyle Veil ont l'ambition commune de rapprocher France 3 et France Bleu, elles sont en revanche en désaccord sur les moyens pour mettre en musique leurs projets."(2). On y est. Décemment Madame Veil peut-elle se permettre de laisser filer France Bleu à France Télévisions sans montrer son attachement à "ne pas déshabiller Paul pour habiller Jacques". Posture héroïque a minima, pantomime a maxima. Alors que France Info radio est à deux doigts d'être avalée par France Info TV, il y a lurette que la fusion de Bleu et de 3 est dans les cartons et mieux dans la logistique des "petits pas" pour éviter le clash, les grèves et le renvoi aux calendes grecques d'un tel coup d'État. 

Horizon… Bleu !










Ironie de l'histoire, Jacqueline Baudrier première Pédégère de Radio France demandait, dès sa nomination en janvier 1975, de "récupérer" les stations radios régionales sous la bannière de France Régions 3 (FR3). Pourtant ce "rapprochement" (mot pudique pour simuler la fusion), aujourd'hui inéluctable, va encore diminuer un peu plus l'influence de la radio, de la voix et en rajouter un peu plus sur celle de l'image ! Et, pour bien commencer l'enfumage on parle de "site d'information commun" dont on se demande comment l'appeler ? Tu penses ! (5).

France Bleu 3, France 3 Bleu, France Bleu, Bleu, Bleu ? Vous en voulez d'autres ? L'occasion de vous rappeler qu'à la "création" de France Inter, France Culture, France Musique en novembre 1963, Roland Dhordain chargé de nommer ces trois chaînes avait révélé que des propositions lui avaient été faites pour "France Bleu, France Blanc, France Rouge". Cocorico !

Guettons mes chers auditeurs, le combat d'arrière-garde que vont mener Veil&Ernotte pour occuper l'espace et ne rien dire du fond ! Méthode néo-managériale connue et éprouvée. En attendant, dans la cour de récré ça boude et, France Médias Monde et l'Ina se désolent de ne plus pouvoir jouer "aux quatre coins" !










(1) Contrat d'Objectifs et de Moyens,
(2) "La lettre A", 5 février 2021,
(3) J'avoue j'aime bien m'interpeller pour relancer votre attention !
(4) Radio France, TF1, Antenne 2, FR3, SFP, TDF, Ina,

(5) Rappel historique : lors de la commémo des 50 ans de Radio France, Fr. Hollande, éléphant "socialiste" dans un magasin de porcelaine, avait annoncé sans barguigner le "rapprochement" de RF et de FTV. Le lendemain, le petit soldat Aurélie Filipetti, Ministre de la Culture, avait corrigé en évoquant des "sites web communs". On n'avait pas ri. On avait même pleuré devant tant d'amateurisme !

samedi 6 février 2021

Ah que c'est bon, que c'est bon la nuit parfois…

Les frissons vous connaissez ? Pas les frisons de peur ou de fièvre, non, les frissons d'émotion, les frissons de joie, les frissons de pur bonheur. Ça existe, je les aies rencontrés ! La nuit dernière en écoutant la très belle histoire en six épisodes de Beccarelli (Marine), Chaudon (Viviane) et Lacombe (Clara) : "Les nuits du bout des ondes", produite par l'Ina (1), j'ai basculé dans le réel et la fiction, dans les archives et dans le flux. Je me suis téléporté sur la "Planète nuit" et je me suis très vite retrouvé en pays de connaissance. Des voix familières croisaient des voix connues dans un tricotage subtil et émouvant. Les trois documentaristes venaient, d'un coup de baguette magique (et des heures de travail) de rendre vivantes une sélection d'archives de la radio de nuit sur presque six décennies ! Une prouesse ? Non ! Mieux, beaucoup mieux, une madeleine à inscrire au patrimoine radiophonique. Rien moins, rien plus.

Illus. pour la série par C. Lacombe













Vous aurez du mal à freiner mon enthousiasme ! Marine Beccarrelli s'est fait connaître avec sa thèse sur le sujet de la radio nocturne et la publication initiale qui a suivi (2) ! Viviane Chaudon est réalisatrice et enseignante. Son projet de fin de master en production audiovisuelle, obtenu à l’INA Sup en 2012, était consacré à la radio nocturne, précisément sur l’émission de Macha Béranger ("Allo Macha"). Clara Lacombe est réalisatrice indépendante. Elle a soutenu à l’Université Paris 1 Panthéon-Sorbonne, un mémoire sur l’émission Les Nuits magnétiques (France Culture - 1978-1999). Solide culture radiophonique pour chacune d'entre elles et vif intérêt pour la radio de nuit, "inventée" par Roland Dhordain quand il formalisa l'écoute de France Inter, vingt quatre heures sur vingt quatre.

Le génie de cette série c'est d'avoir trouvé l'angle… incontournable (surprise !), la voix parfaite de la narratrice Marina Urquidi (3) et un florilège de voix qui semblent ne jamais nous avoir quittés. Cette narration, délicate et subtile, n'est ni au-dessus, ni à côté elle est totalement "in the night". Dedans, fluide, raccord. Le challenge proposé par l'Ina était la mise en valeur des archives audio. Ce n'est plus une réussite c'est un coup de maître. J'imagine tous les protagonistes réunis sur notre "Planète nuit", bouches bées, bluffés d'être ensemble dans l'histoire de leurs propres histoires, mixées aux p'tits oignons et plus si affinités (4).

On voudrait pouvoir écouter autant d'épisodes qu'il y a de jours dans une grille de saison de septembre à juin. Ne serait-ce pas le moment France Inter de rebondir et de réinstaller des émissions de nuit (faites la nuit) pour, en ces temps de grande fragilité morale pour tellement de gens, pouvoir compter sur la nuit pour trouver apaisement, espérance, joie ?

Comme vous, (j'espère que vous allez succomber), ce soir vers 23h, je vais réécouter cette série qui trouve toute sa puissance dans l'ambiance particulière de la nuit. Cela fait très longtemps que je n'ai pas été aussi émerveillé par une "émission", par un docu/fiction aussi brillant, aussi émouvant, aussi mémoriel ! Alors Marine, Viviane, Clara et Marina, comme aurait dit Kriss (on est presque dimanche) ""Je vous embrassec'est dimanche, c'est permis"

À suivre, ici…


(1) Accessible dès maintenant sur l'appli Radio France, onglet Ina (nécessite un smartphone et un abonnement Internet) et sur le site Ina de Madelen en accès libre. Rien que pour cette série l'abonnement mensuel à 2,99€ vaut la peine de casser sa tirelire,
(2) Cette thèse paraîtra courant 2021 aux Presses Universitaires de Rennes,

(3) Narratrice de la série "Les Nuits du bout des ondes", est aujourd’hui traductrice. De la fin des années 1970 au milieu des années 1980, elle était une voix nocturne de stations pirates puis de radios libres parisiennes. Sur Radio Ivre, Radio Soleil puis Radio Gilda, elle a notamment créé et animé les émissions nocturnes Le Monde à Paris, Nous, c’est les autres, ou encore Maracudja. Certaines des archives diffusées dans la série Les Nuits du bout des ondes sont issues de ses cassettes personnelles,

(4) Prise de son et mixage : Christophe Remy,

mardi 2 février 2021

Seul-e dans sa cabine…

"Seul dans sa cabine, le conducteur de métro conduit sa rame de passagers dans les meilleures conditions de confort, de régularité et de sécurité" (1). Dans le métro, ouais ! Mais dans la radio, seul-e dans sa cabine, ne serait ce pas la négation absolue du travail d'équipe ? Avec une vitre séparant celle ou celui qui est au micro et celle ou celui aux manettes. La réalisatrice ou le réalisateur est justement la bonne personne qui travaille avec le producteur en amont de la diffusion et avec le technicien en cabine pendant la diffusion. Et c'est ça, ce poste essentiel à la fabrique de la radio, que les gourous de l'audio veulent passer par pertes et profit.

Au temps de l'analogique ! Voir ci-dessous la légende en bas de page…


Quand on ne connaît rien à la radio et qu'on en est, à la marge, tout juste l'auditeur, il n'est pas étonnant que des Gallet et des Veil (2) aient voulu ou veuillent remettre en question les principes de base de la fabrique de la radio, très certainement inventés, puis modélisés, en même temps que la radio il y a cent ans. Sur la foi des "nouvelles possibilités numériques", les émissions pourraient se passer d'un-e professionnel-le, la réalisatrice, le réalisateur, qui, dans l'histoire formait avec l'animatrice l'animateur, la productrice le producteur au choix, un couple, un binôme, une équipe et qui ont donné à la radio tant et tant d'heures conceptualisées, élaborées, diffusées.

"Tout p'tit déjà" j'étais curieux de ces noms désannoncés en fin d'émission, personnages de l'ombre mais à priori essentiels à la bonne marche de l'affaire. Il y a une semaine l'émotion  était grande à France Musique avec la disparition de Bruno Riou-Maillard, réalisateur. Et puis quand des réalisatrices-réalisateurs ont passé des années de compagnonnage avec productrices et producteurs ça marque profondément une vie professionnelle.

Qu'on en juge !  "La réalisatrice [Michèle Bedos, ndlr] me regarde, elle a tout entre les mains, si elle se trompe, l'émission bégaie. Jusque là on a tout prévu ensemble. Maintenant, on joue chacune du côté de la vitre. Question de confiance." (2) Et puis, au départ en 2011 de Bernard Lenoir Michèlle Soulier, réalisatrice à France Inter, raconte à Hervé Pauchon* leurs trente-deux ans de "vie commune".

Lors du dernier Comité Social et Economique Central (CSEC, anciennement Comité Central d'Entreprise) de Radio France, la semaine dernière, la direction a annoncé aux organisations syndicales (OS) les détails du projet "Prod'cast : La fabrique de la radio". On notera qu'avec ce titre "Prod'cast" la messe est dite. Le sous-titre est juste pour rassurer ceux qui s'inquièteraient de l'abandon progressif de la radio en flux pour ne plus se consacrer exclusivement qu'aux…podcasts ! Bien joué M. Frisch (directeur du numérique et de la production), mais la ficelle est grosse !

Ce projet va consister à faire évoluer les métiers de production vers :
- le technicien autonome (sans réalisateur),
- le réalisateur autonome (aux manettes sans technicien),
- le voice-track (animateur, producteur ou journaliste, seul, sans technicien ni réal) !
Avec effet sur les sept chaînes de Radio France, sur plusieurs émissions, dès la rentrée 2021 !

Alors elle est pas belle la vie ? Et pourquoi pas à terme la radio-IA (intelligence artificielle) ? Non, pas la radio-IA, l'audio-IA selon les canons en vigueur aujourd'hui à Radio France. La direction joue sur du velours. l'auditeur, même très exercé, aura du mal à distinguer une émission sans réal (les documentaires et les fictions seraient épargnés) et/ou sans technicien. Le niveau d'exigence va baisser, les moyens de production vont diminuer et Radio France pourra se targuer d'avoir réduit de façon drastique les effectifs. Sauf  que ce service public continue d'embaucher à tour de bras, cadres et manageurs.

Les paires d'oreilles utiles à l'élaboration d'une émission vont manquer. Les savoirs-faire finiront par disparaître et la production en souffrira forcément. Mais qu'importe, les vieux chevaux seront morts et les poulains numériques pourront cavalcader sans fin sur des écrans où la représentation même de la radio aura définitivement disparue !

La légende (de gauche à droite) : En cabine, Jean Priso-Moutongo/Opérateur, Jean Garretto/Réalisateur, Yann Paranthoën/Chef opérateur. En studio l'invité, Kriss animatrice/productrice. Guy Senaux, ex chef-opérateur à Radio France, m'a donné le nom de Jean Priso qui me manquait et, surtout m'a précisé que pour les besoins de la photo le réal est passé à gauche du chef-op'. En effet, le réal est toujours en face du "micro d'ordre" sur la droite de la console (qui permet d'échanger dans le casque avec l'animatrice-l'animateur) et du téléphone. Studio "175" au 2ème étage de la Maison de la radio. (Cette légende est vraiment très belle !!!!)

(1) J'ai cherché une expression de "Seul dans sa cabine" et le CIDJ m'a proposé celle-ci,
(2) Gallet, ex Pdg 2014-218, révoqué par le CSA en 2018. Veil nommée à sa suite depuis, 
(3) Kriss, in "Sagesse d'une femme de radio", L'oeil neuf, 2005,

* Le player n'est plus disponible à l'export pour être directement accessible ici,