vendredi 12 février 2021

De la voix, de la nuit… De la nuit, de la voix…

En repensant au joli documentaire "Les nuits du bout des ondes" dont je vous ai parlé samedi dernier, je me suis demandé si je n'avais pas fait l'impasse sur ce qui tient toute l'affaire. Oui, une fois les archives choisies, l'histoire écrite n'est-ce pas la voix (là, celle de Marina Urquidi) qui va faire l'alchimie et nous transporter subtilement dans le récit. Remettez donc ça dans vos oreilles, "pour voir"…












De mon plus vieux souvenir de radio c'est bien la voix qui m'a attrapé et a captivité mon écoute, qui, années après années, a fini par me rendre très sensible à la voix, aux voix. Et quelquefois même la voix avant tout. Avant le sujet, avant l'heure de diffusion, avant la chaîne (1) Dans la série de Beccarelli, Chaudon et Lacombe, la voix de Marina Urquidi est un morceau du puzzle de création mais il est la pièce déterminante, car sans cette voix-là on pourrait tout à fait passer à côté de l'histoire et ne pas l'écouter plus de quelques secondes.

Marina a une voix de nuit ou une voix qui colle immédiatement à la nuit et, donc qui va bien pour raconter l'histoire des nuits radiophoniques. Dès ses premiers mots on sent qu'elle nous interpelle, nous prend par la main, et par l'oreille, pour nous emmener là où elle veut. Et on marche, on écoute, on suit. On est tout de suite dans l'histoire et très vite dans le taxi ! L'art de la conteuse et du conteur de mettre "de son côté" celles et ceux qui l'écoutent.

Si Arletty n'avait pas une gueule d'atmosphère (2), Marina, elle, par sa voix crée l'atmosphère. Sa diction, son tempo, ses mots posés et son accent, fait sans doute d'accents mêlés, sont nocturnes. Avec quelque chose qui a à voir avec l'évidence. Imaginez ce récit avec une voix aiguë, au débit rapide et sans quelques micros-silences et l'affaire serait ratée où ne serait pas digne du sujet et de la valeur des archives remises en ondes. 

Ici ce sont donc trois auteures plus une voix qui font le documentaire ou la fiction. La plus belle histoire pourrait rester sans voix. Cette attention à la voix, cette distinction orale ont fait les grandes heures de la radio et faisait dire "elle/il a une voix de radio" quand, aujourd'hui la voix n'est plus du tout un critère pour faire de la radio. Et les voix de nuit n'ont plus leur place à la radio puisqu'il n'y a plus de radio de nuit.

Je termine ce billet (il est minuit trente cinq) et je ne vais pas résister à écouter pour la troisième fois "Les nuits du bout des ondes". Quand on aime… 

(1) Avant le streaming, le podcast "on" pouvait (je pouvais) tout arrêter pour ne pas louper cette animatrice, cet animateur qui va finir par faire partie de sa propre vie !
(2) "Hôtel du nord", Marcel Carné, 1938

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