mercredi 9 juillet 2014

Il y aura un avant et un après "4 juillet 2014"…

Écran du site de l'émission















En fin d'après midi, aujourd'hui, la direction de France Culture a publié sur le site de l'émission "Du jour au lendemain" le communiqué suivant : 
«Les auditeurs de «Du jour au lendemain» du vendredi 4 juillet 2014 ont entendu la rediffusion d’un entretien d’Alain Veinstein avec Pierre Lemaître. La direction de France Culture a considéré que le dernier enregistrement d’Alain Veinstein ne correspondait pas au cahier des charges de cette émission et au contrat qui nous engage de part et d’autre: il n’appartient en effet pas à un producteur d’une chaîne de consacrer l’intégralité de son programme à sa propre situation personnelle. Considérant qu’il s’agissait là d’un plaidoyer qui n’avait pas sa place sur l’antenne, au risque de créer des précédents injustifiables dans le cadre du service public, nous ne l’avons pas diffusé. Mais en raison du lien particulier et amical qui nous lie à Alain Veinstein et à son travail radiophonique sur France Culture, et ne voulant pas priver les fidèles de « Du jour au lendemain » du témoignage de son producteur, nous rendons librement accessible à tous l’enregistrement original. La direction de France Culture »

Rendant alors immédiatement l'écoute en ligne possible. Tant mieux pour l'histoire de la radio, tant mieux pour Alain Veinstein et tant mieux pour les auditeurs qui seront à même de se faire leur propre point de vue et répondre à la question qui s'impose "Tout cela méritait-il censure ?" J'ai écouté deux fois cet enregistrement et le moins que je puisse dire c'est que mon écoute n'a plus été tendue par l'émotion d'une "dernière" mais bien plus par la curiosité de ce que j'allais entendre pour comprendre pourquoi cette émission avait pu faire l'objet d'une censure. Je crois pouvoir dire sans me tromper que l'effet de "surprise" a disparu et que n'étant pas en situation d'écoute de nuit il m'a "cruellement" manqué l'environnement du silence. L'émission devient un "événement" contre son gré et perd de sa puissance de "fin… tragique".

Chacun s'y retrouve t-il ? Peut-être ? La direction fait une "ouverture", Veinstein ne peut plus revendiquer la censure, et les auditeurs peuvent écouter. Restera le mélodrame et comme un précédent puisque je ne me souviens pas avoir connu un événement de "censure" à la radio depuis des lustres (2). 

Veinstein fidèle à sa pratique est sobre, précis et émouvant. Un "conteur-né". Pourquoi quitterait-il sa "Maison" (de la radio), sans nous dire comment il l'a habitée avec tant d'intimité, de sobriété, et de passions ? Pourquoi dire sa surprise, voire un certain ressentiment à quitter un navire qu'il a construit de toute pièce et qui malgré tous les changements de cap directionnels continuait de tracer la route de la littérature avec ceux qui la faisaient au quotidien, serait censurable ? Pourquoi après tant de "bons et loyaux services" ne peut-il s'épancher sur ce qui a été un ressort de sa vie ? Veinstein a été fidèle à lui-même et a tracé au rasoir vingt-neuf ans de radio de nuit. Ce pourrait être, sans que cela ne soit jamais pédant et présomptueux, comme une leçon de radio. Et surtout "montrer" une autre façon de la faire, à moins que les canons en vigueur relèguent ce savoir-faire au musée de la T.S.F..

Je n'ai vraiment rien trouvé qui puisse justifier censure. On est très loin des trublions qui, il n'y a pas si longtemps, crachaient dans la soupe d'une radio publique, avec application et persistance, avant qu'un PDG chamboulé ne se sépare d'eux. Dans le programme "chamboulé" de vendredi dernier Alain Veinstein n'aurait rien chamboulé du tout. Juste laissé une petite trace de son passage quand la France entière priait devant le foot et qu'une autre avait déserté la radio depuis longtemps. Tous ses fidèles auditeurs trouvant juste de l'accompagner jusqu'au bout, sans barguigner, en lui manifestant, par là, la reconnaissance qu'ils pensaient lui être due. Et Alain Veinstein de tirer le rideau "Il est temps de retrouver le silence. "Du jour au lendemain" entre dans le passé."

Indicatif de l'émission : "Rather Lovely Thing", de Nick Cave et Warren Ellis, de la bande originale du film The Assassination of Jesse James By the Coward Robert Ford.



(1) J'ai vérifié auprès d'un vieux briscard de Radio France (il appréciera) qui a pu confirmer…

6 commentaires:

  1. "Je n'ai vraiment rien trouvé qui puisse justifier censure" : Fañchement, moi non plus, et c'est bien ce qui m'inquiète le plus : très belle émission, toute en douceur comme à son habitude, pourquoi donc les a-t-elle hérissés à ce point ?
    Ça me rappelle la dernière de Miguel Bennassayag, à l'époque où il chroniquait aux Matins, qui s'était fait dézinguer fissa (si quelqu'un l'a, celle-là, je suis preneur…)

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  2. Merci de ce très joli billet. En effet, c'eut été le moindre des hommages que de laisser AV parler dans sa dernière émission au moment de sa diffusion, au lieu de ce mélodrame inutile et tellement irrespectueux à son égard et à l'égard des auditeurs. C'est lamentable et très inquiétant pour l'avenir de la chaîne, qui remplace des voix irremplaçables par des animateurs venus de France Info....C'est tout dire.

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  3. Fin d'une séquence particulière éclairante. Sur les vrais désirs du pouvoir, les vrais décirs de la direction de France Culture, et l 'attachement réel, solide, même si discret, des auditeurs pour certains animateurs.
    D'une certaine manière, je suis content pour Alain Veinstein qu'il ait vu tant d'anonymes se lever et dire "non", ça n'est pas possible. De manière douce mais obstinée. Cette action ne peut pas nous mener à la sagesse (citations de l'Amitié, de Blanchot, que j'ai découvert dans son émission, cité par Serge Daney...) Voilà, les masques sont levés, sans gaité, sans cri ni révolte. Il faut recommencer.
    D'autres voix viendront, inventeront à nouveau l'humain, la circulation de la parole.
    Du moins Alain Veinstein, dans sa tristesse, dans son désarroi, sait combien il est aimé, vraiment, combien son sentiment est partagé. Sa voix est celle de milliers de gens qui ne parlent pas fort, qui ne n'imposeront jamais, qui n'auront eux jamais le pouvoir d'imposer

    Si jamais vous voulez enregistrer quelque part la dernière émission, voilà le lien


    http://www.franceculture.fr/sites/default/files/sons/2014/07/s28/_DU_JOUR_AU_LENDEMAIN_%2C_DERNIERE_EMISSION.ITE_00068108_RSCE.MP3

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  4. Heureusement que l'on peut lire encore ici le minable communiqué de la direction de France Censure (avec ses fautes grossières : "créer des précédents"), car ultime revirement, ils l'ont sucré du site de l'émission : la page est désormais vierge, et bien sûr, impossible d'écrire un commentaire…

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  5. J'ai dit ailleurs tout le bien que je pense d'Alain Veinstein comme producteur-coordinateur (Nuits magnétiques, Surpris par la nuit, semaine Robert Walser, etc). "Du jour au lendemain" n'était pas ma tasse de thé, mas j'y jetais régulièrement des coups de sonde, n'était-ce que pour savourer un rythme d'entretien original.

    Cela dit, cette dernière émission pose un problème déontologique de la part de Veinstein. La Direction l'a remarqué et ses critiques sont en partie justes. Elle aurait pu néanmoins faire une exception vu le peu de gravité de la chose, ce qu'elle a finalement fait, mais en retard, ce qui illustre le management peu fiable de cette station (on le savait déjà).

    Alain Veinstein aurait pu en rester à une réflexion sur l'art de l'entretien, à des confidences personnelles, à une méditation poétique, ce qu'il fait durant les 4/5 de son monologue ponctué de musique, très bien réalisé. Là où il prête le flanc à la critique de son employeur, c'est quand il critique à plusieurs reprises, brièvement il est vrai, la décision de la Direction d'arrêter l'émission, ce qu'il avait pourtant acepté (il le laisse entendre). Il critique également la proposition de lui confier une série d'émissions estivales en 2015 (« un pourboire » dit-il). C'est aller trop loin,je trouve. Il a trop personnalisé l'affaire,.Le studio d'enregistrement ne lui appartient quand même pas, malgré les viingt-neuf années (il dit aussi qu'il a commencé en 1979 à FC) durant lesquelles il a interviewé 6800 invités..

    Bref, une belle émission qui aurait gagné à avoir moins de pathos (qu'il revendique, Veinstein est aussi un acteur) et moins de remarques sur la gestion de FC (qu'il appelle prudemment "la radio"). Pour ces remarques, droit de regard légitime offert aux auditeurs/contribuables du service public, il y a la presse, les livres et les blogs comme le vôtre.

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    1. Bonjour Philaunet, et merci pour cet avis qui complète le billet que je viens de publier ici http://radiofanch.blogspot.fr/2014/07/regarde-bien-petit-regarde-bien.html

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