lundi 1 mai 2017

Louis Aragon… un jour comme un oiseau sur la plus haute branche

Le 4 mai prochain, l'Ina et Radio France font paraître "Aragon", un CD qui rassemble les entretiens du poète avec Francis Crémieux (1). Dix entretiens intitulés "Il n'y a pas d'amour heureux ?" Le point d'interrogation nous sauvant du défaitisme ambiant, tant on voudrait croire encore un peu à l'amour et à la poésie.














Le ton du poète est un peu daté, sentencieux et quelque peu professoral. Les archives sont intéressantes pour ça. On ne parlerait plus comme ça aujourd'hui. Avec un phrasé et une scansion un peu métronomiques. Lors du premier entretien Aragon pontifie. Il donne un cours à des élèves de Sorbonne et oublie l'auditeur. Il répand son savoir académique et l'on cherche le poète sous tant d'emphase. Puis quittant sa chair il déclare "est-ce que l'on sait seulement que ce sont les surréalistes qui ont remis la lumière sur Hugo ?". L'anecdote qui suivra sur la critique d'Hugo est "charmante". Elle illustre les joutes des surréalistes et voudrait montrer la "grande sagesse" d'Aragon qui déjà se distinguait dans un mouvement poétique et littéraire.

"Le surréalisme était un extraordinaire élixir de jouvence pour les éléments de la poésie". Pour bien suivre la pensée d'Aragon il vaut mieux bien connaître son œuvre littéraire. Anicet, Aurélien, Le paysan de Paris, Les beaux quartiers, Les voyageurs de l'impériale, Les communistes. Pour quelques-uns de ces titres Aragon en donne quelques clefs. Le réel et l'imaginaire. Des souvenirs de son enfance. Des lieux. Des situations vécues à la guerre avec son régiment… Aragon devient conteur et commence à devenir homme quand jusqu'à présent il roucoulait de rhétorique.

Et puis Aragon explique comment derrière Elsa, sa femme, il y a dans "Elsa", "Le fou d'Elsa", "Les yeux d'Elsa" bien plus que l'amour chanté pour l'être aimé. Et l'on trouvera à l'issue du quatrième entretien, après quelques circonvolutions sur la polygamie de l'islam et quelques avis sur la place des femmes, une position (enfin) claire et tranchée : "la prééminence de la femme pour laquelle je me bats". 


















À écouter Aragon et Crémieux on voit bien qu'on a changé d'ère et de chaîne aussi. D'ère parce que la culture d'aujourd'hui a fait table rase de l'histoire (ancienne), des mythes et "tout simplement" de la poésie. De chaîne parce que non seulement la poésie n'y a plus aucune place mais parce que se succèdent à l'antenne (de France Culture) roucouleurs, enfileurs de perles et autres enfonceurs de portes ouvertes. Autant dire le commentaire permanent de la surface des choses. Aragon aurait encore sa place dans "La fabrique de l'histoire" et dans "Concordance des temps" mais c'est bien tout !

Après quelques entretiens, riches et denses, où il faut souvent mettre sur pause pour "penser Aragon", j'ai eu envie d'entendre sa poésie - chantée -. Pour l'écouter autrement. Pour tordre le cou au désespoir ambiant. Pour manifester l'espoir ou pour affirmer la liberté. J'ai chanté ce que je chante depuis mes vingt ans…

"Un jour pourtant, un jour viendra couleur d'orange, un jour de palme, un jour de feuillage au front, un jour d'épaule nue où les gens s'aimeront, un jour comme un oiseau sur la plus haute branche…"



(1) Enregistrés du 5 novembre 1963 au 23 janvier 1964, diffusés du 15 novembre 1963 au 24 janvier 1964, par RTF-Promotion, chaîne qui dès novembre 1963 prendra le nom de France Culture,

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