"Un média de service public n’est pas fait pour l’audience mais pour remplir des missions qui sont de faire vivre des valeurs de démocratie, de culture et de création." Jean-Paul Philippot, administrateur général de la RTBF (Radio Télévision Belge Francophone)
mardi 31 mars 2026
Radio publique : une mue lente et implacable !
lundi 30 mars 2026
Été 1996 : une très longue traversée atlantique… sur France Culture !
mardi 24 mars 2026
Radio France : les grilles sont… grillées !
Lire une grille de programmes, cette action digne du temps des cavernes a presque disparu sur les sites des chaînes de Radio France. Je ne peux m'empêcher de rappeler une fois encore les bons mots de Philippe Caloni, journaliste. "À la radio, les cellules, les grilles et les chaînes en font presque un système carcéral". Dérision bienfaitrice qui ne pouvait pas faire de mal. Savoir se moquer de la grande maison (de la radio) et savoir en rire. Aujourd'hui on rit jaune ou bleu, c'est selon !
Et vous faites votre programme sans jamais vous griller ! Quant aux cellules (de montage) si elles existent toujours la tendance est de monter via son smartphone. Pour les chaînes les marques elles devraient résister encore un peu jusqu'à ce que dans le grand bain de la plate forme elles ne soient plus distinguées que par des pictos de couleur avec le logo minimaliste de Radio France. Prochaine étape : se fondre dans la plate forme de France Télévisions.
| Picto France Culture |
lundi 23 mars 2026
Les Nuits de France Culture : so phare away…
Le mot était facile mais je n'y ai pas résisté… Ces phares au loin, ces phares au près. C'est la Nuit que nous a proposé Antoine Dhulster samedi dernier en début de nuit. Il me sera difficile de ne pas être ravi quand les émissions proposées évoquent et mon pays et la mer. Entendre des voix connues, bien reconnaître les lieux et surtout bien savoir qu'ici on parle de la mer et ni de l'Océan et encore moins de l'Atlantique. Et comme le dira Scarlett Le Corre (du Guilvinec) "la mer c'est féminin" et c'est sûrement aussi ce qui me porte depuis l'enfance en ayant bien conscience qu'en écrivant cela je dis un peu de ma vie. (Là, je vous écrit la mer pleine face !).
| Le phare de l'île vierge, Plouguerneau. |
Ça commence bien avec "Le pays d'ici" qu'Yves Aumont (journaliste à Ouest-France, Nantes) évoque d'emblée avec "le port de Lilia" (Plouguerneau, 29) et son phare en pierre le plus haut d'Europe. En 1991, l'État français arrête de former des électromécaniciens de phare, et l'on s'approche de façon inexorable de leur automatisation. C'est assez terrible d'entendre les témoignages des gardiens et d'imaginer que ces tours de feu ("tour tan" en breton) vivront bientôt sans vie humaine pour les garder.
Puis on file sur "Les noctambules" en 1974 (à quelques mois de la fin de l'ORTF) dans une courte émission de Simone Matil (productrice) et Michel Abgrall (réalisateur). L'illustration sonore n'échappe pas à la harpe celtique d'Alan Stivell, en plein revival de culture bretonne. Toutes les productrices et producteurs d'émissions autour de la mer se sont-ils donnés le mot pour ouvrir leur documentaire sur les prévisions météo de Radio-Conquet et/ou de la coordination des points météo des phares de la pointe bretonne ? Ritournelle et rituel obligé de l'attention extrême portée aux conditions météorologiques.
Autre ritournelle, il fallait bien un peu d'accordéon pour accompagner Ludovic Sellier au Guilvinec, le 1er août 1996. Escale, d'une longue traversée d'été du Pays d'Ici, pendant cinq semaines, intitulée "L'été Atlantique" (1). On entendra avec sa légendaire discrétion, Jean-Pierre Abraham, maître es-phares qui sait dire tout en douceur les histoires épiques que tant de gardiens de phares ont pu vivre en mer, en Manche et en Atlantique.
C'est avec "À Saint-Malo beau port de mer", chansonnette de marin, que Jean Lebrun, en son pays, ouvre cet épisode de "Pot au feu" au Festival "Étonnants voyageurs" inventé par Michel Le Bris(2). Pour son documentaire dans la cité corsaire. Lebrun égal à lui-même mais avec un ton beaucoup plus calme qu'à la fin de ses émissions sur France Inter. En pays de connaissance dans un festival du livre face à la mer de quoi calmer toutes les ardeurs. Où l'on apprendra que la coordination de tous les phares et balises de France se faisait depuis la colline du Trocadéro à… Paris. Merveille du centralisme jacobin ! Et, disons-le comme ça, il est savoureux d'entendre l'ingénieur-historien Vincent Guigueno qui a su s'affranchir du poids de l'administration maritime, je devrai dire des administrations maritimes. Et Jean-Pierre gestin, fondateur du Musée des Phares et balises d'Ouessant d'annoncer que "les phares sont devenus un objet pour les terriens" ! (2). Et puis Lebrun de citer Yann Paranthoën (3).
Le "seigneur des lieux", Jean Malgorn, gardien au phare de l'Île Vierge, ouvre une série des Nuits magnétiques de septembre 1996. L'épisode choisi "Ar mor, ar men : au sommet du phare de l'île vierge" par Anice Clément et Isabelle Jeanneret. La nuit se conclura avec un Pays d'Ici à Soulac-sur-mer du 16 août 1996 (4) et une Nuit magnétique de "Rêve de mer" de juillet 1986. Autant de façons de tourner autour et, par tous les pores de la peau y plonger. Aussi par tous les sens quand on y est indéfectiblement lié.
lundi 9 mars 2026
Écouter la radio : geste ultime…
Si je n'étais pas un chouïa trop passionné par mon sujet je dirais que la radio aurait pu s'intercaler dans le roman de Georges Perec "Les choses". La radio, chose du quotidien, nous collait aux basques quand, avant une journée de travail ou après, le geste rituel s'imposait "d'allumer la radio" et d'ouvrir le champ de tous les possibles de découvertes infinies. Soi et la radio : une connexion tangible, quotidienne, sensible et complice. Un objet - le poste - avec ou sans fil formait un tout avec son contenu. On écoutait la radio, une chaîne (ou deux ou trois) dans sa globalité, tendant plus ou moins l'oreille suivant les émissions. Et on allait, ébahi, de découvertes en découvertes. Au petit bonheur la chance… du flux. Mais voilà, tout ça c'était avant le drame !
Pour casser la radio rien de mieux que de l'éparpiller façon puzzle. Entreprise de dissolution/démolition menée par des guérilleros à la solde du "progrès numérique". Le dit-puzzle impossible à assembler. Car, une fois coincé dans sa routine (trop cool) et, après avoir avalé la couleuvre de constater qu'il n'y a plus d'émissions mais des POD (podcasts on demande), écouter la radio vous place dans la posture du néandertalien à peine sorti de sa grotte.
Si j'aime composer les histoires avec petits et gros morceaux, je n'ai jamais aimé les puzzles. Une fois finis, ces "tableaux" restent morcelés et fragiles…! Et puis, sans vergogne, l'industrie des geeks a fabriqué des faiseurs de podcasts, et autant de marques. Y'a du Collin, du Manzoni, du Mauduit, du Devillers ad infinitum le tout… définitivement "hors contexte". Des produits à la DLC à vie (1). Le support (la chaîne de radio) devenant superflu, Radio France ayant depuis longtemps tirée la couverture à elle (2).
Pour finaliser l'affaire il ne reste plus qu'à "enfiler les perles". À savoir mettre les unes derrière les autres des émissions podcasts, sachant que plus rien ne sera écouté dans la continuité d'un programme. Il ne restait plus, alors, aux petits génies du numérique qu'à nous cracher aux oreilles "Audio killed the radio star" (1) et se trémousser comme des pantins dans les couloirs de la Maison de l'Audio !
lundi 23 février 2026
La radio : des sons en cascade… de la Terre à la Lune !
Ça commence par un indicatif sensible, connu, attendu. Ça s'enchaîne avec une voix présente, connue, reconnue. Ça se poursuit par celle de la productrice, reconnue. En quelques secondes tous les ingrédients sont là pour captiver l'oreille. Il suffit alors de se laisser porter…
| "Clair de lune", tableau de Félix Vallotton, vers 1895 - Félix Vallotton, Domaine public, via Wikimedia Commons |
lundi 16 février 2026
La radio : les samedis et les dimanches au XXè siècle…
lundi 9 février 2026
La radio : comment ça marche ?
Entendons-nous bien, je vais vous parler ici de radio (et non pas d'audio ou de podcasts). La radio quoi, cet objet du désir absolu d'écouter et de découvrir en se laissant porter par ce qu'on entend, au fil de l'eau, sans savoir à l'avance le contenu de ce qu'on va écouter (1). Ça vous parle ?
Eve Ruggieri ©AFP |
C'est sans doute ça l'enchantement révélé depuis l'enfance. S'accrocher à une émission pour savoir, pour comprendre, pour imaginer. Une concentration ultime et tendue. Il n'existe pas de résumé, de retour en arrière, de pause (et de fait, encore moins d'avance rapide). Et, qu'on écoute une émission habituelle ou une nouvelle émission ça ne change rien à la tension de… l'attention. J'ai toujours eu l'impression que la radio, dans ses émissions de programme et pas dans celles des informations, me racontait des histoires. Des histoires de tous les genres et de toutes les façons.
La radio a longtemps fait une place de choix aux conteurs, à Eve Ruggieri, à Claude Villers, à Claude Dominique et à Daniel Mermet (2). Alors déjà rien que pour entendre leurs histoires je me suis habitué, s'il y avait des conversations autour de moi, à garder l'oreille droite pour la radio, la gauche pour les interférences. Ce qui n'était pas entendu pendant le flux était perdu et ça, ce n'était juste pas possible. Cette pratique, ce tic d'écoute (un peu obsessionnel) m'a vite fait comprendre que j'étais dans la radio. En prise de haut voltage. Et que, corollaire induit, j'avais beaucoup de mal à m'en détacher (pendant mes heures de travail par exemple, ou pendant mes heures familiales).
Je portais la radio en bandoulière, vivant en même temps qu'elle et à son rythme, quand aujourd'hui le pod détemporalise et sort du contexte environnant. Je préfère être dans son pas et avoir la très nette impression que la radio s'adresse à moi comme à quelques milliers d'auditrices et d'auditeurs, eux aussi rivés au poste. Une attitude absolument has been. Une façon d'exister avec un média singulier qui poussait au compagnonnage sur la très longue durée. Voire sur toute une vie.
La mue opérée à Radio France a poussé à l'extinction de ces comportements et pratiques jusqu'à influencer les dits-programmes, à sur-utiliser les rediffusions et à faire croire que les podcasts dits-natifs (hors diffusion en flux) ne finiraient pas dans les grilles d'été sans plus aucune autre création originale. Je ne suis plus en phase avec cette radio-là, ces programmes-là et la succession de pods qui ne font pas un programme mais juste une liste désincarnée qui se picore au gré de ses humeurs et disponibilités. C'est moderne et glacial. Ce n'est plus de la radio, c'est déjà une plate forme, ouverte nuit et jour, pour consommer des produits audio, isolés quand, autrefois, ils vivaient ensemble au sein de la Maison… de la radio !
vendredi 6 février 2026
Radio France : Hyper Bazar Festival (et pas que le week-end)…
Ce que d'aucuns (les médias) appellent déjà le mercato radio, avant échéances électorales à Radio France, ou d'autres un jeu (pitoyable) de chaises musicales ressemble beaucoup plus au "Mécano de la Générale". Changer les directeurs de trois chaînes ce n'est plus un mercato mais plutôt l'effet domino suite au départ de la Directrice de France Inter, Adèle Van Reeth. Quant aux chaises musicales commençons par noter que la chaine musicale de Radio France, France Musique, ne fait pas partie du jeu, alors que…
mercredi 28 janvier 2026
France Culture : profils perdus… (pour la radio) !
C'est du miel. "Profils perdus" cette émission hebdomadaire de France Culture qui aurait démarré à la rentrée 1987 (j'emploie le conditionnel car je ne suis pas complètement sûr de la date, fin à la rentrée 96, avec différentes productrices et producteurs) me donne une belle occasion de m'intéresser à de nombreux profils perdus (par la chaîne) depuis 1999. 1999, pourquoi cette date ? Tout simplement parce que l'arrivée de Laure Adler comme Directrice de la chaîne va provoquer sa part de "pertes et profils" qui depuis lors deviendront presque une marque de fabrique, une méthode de management (sans ménagement), un renoncement aux fondamentaux de France Culture.
| Agathe Mella, première directrice de France Culture (1973-1975) |
lundi 26 janvier 2026
Un principe archivistique : fouiller… alors fouillons !
Il y aura sans doute des analyses climatiques qu'on pourra rapporter à l'histoire de France… Culture. Si nous sommes entrés depuis 1999 dans l'époque glaciaire, nous pouvons - à façon - revenir à l'âge des dinosaures, toutes les nuits sur la chaîne… Avant, on vivait tous ensemble les mêmes heures, les mêmes jours, les mêmes saisons. C'est fini, chacun vit dans son monde au risque d'être de plus en plus isolé dans sa petite sphère, puisse t-elle au moins avoir la largeur d'esprit du France Culture d'avant ?
| Fernand Braudel |
Avant, l'Histoire régnait en maître sur la chaîne et les Lundis de l'histoire (1966-2014) rivalisaient de savoir. Parmi les historiennes et historiens qui venaient partager leurs recherches, Fernand Braudel (1902-1985) a pu marquer le temps long d'une histoire toujours en mouvement à laquelle historiennes et historiens ont activement participé. Dans "Les grandes voix du XXème siècle" Albane Penaranda, productrice des Nuits, lui rend hommage et nous permet d'entendre comment historiens et intellectuels tentent de décrire le parcours d'un "savant" qui, toujours à sa place, ne passait pas son temps à écumer les médias mainstream en quête de légitimité morale.
Au mois d'août 1995, 4h55 d'émission. Un temps où, sous la direction de Jean-Marie-Borzeix (1941-2024) France Culture savait elle aussi installer le temps long…
vendredi 23 janvier 2026
RTL : future filiale de France Inter…
Les cerveaux quittent France Inter "le navire amiral" de Radio France. Enfin les cerveaux, disons plus simplement des personnes en charge de postes stratégiques… À la précédente rentrée de septembre, après que Jonathan Curiel ait effectué moins d'un an son stage rémunéré à France Inter de Directeur des programmes, il réintègre à la rentrée 2025 le groupe M6 pour diriger les trois radios du groupe, RTL, Fun Radio et RTL2. Ni France Inter ni Radio France ne sachant valoriser en interne les femmes et les hommes capables d'occuper ce poste, même si exception c'est Laurent Goumarre qui remplacera Curiel (1). Puis avant hier c'est au tour de Philippe Corbé, directeur de la rédaction de la chaîne, de quitter ce qui va finir par devenir un frêle esquif… Plus personne n'a de scrupule pour sortir du jeu en pleine saison, sans attendre l'arrivée à bon port.
(1) Sous la responsabilité de Jonathan Curiel, directeur général des radios M6, Antoine Blin rejoindra prochainement RTL en tant que directeur de l’antenne en charge de la stratégie éditoriale. Depuis fin 2024, Antoine Blin était directeur des programmes réseau ICI – musique et contenus chez Radio France. Il avait rejoint France Inter en 2019, d’abord en tant que délégué à l’antenne puis en tant que directeur des antennes et de la production (2021-2024).
lundi 19 janvier 2026
Radio-TV : nous sommes deux sœurs jumelles…
Ces sœurs jumelles-là ne semblent pas être nées sous le signe des gémeaux mais au fil du temps, leur gémellité va croissant. Pour s'en convaincre nous avons bien lu le projet de France TV que le Figaro détaille par le menu dans son article du 16 janvier (1). Misons tout sur le numérique et les réseaux sociaux et abandonnons définitivement progressivement le linéaire, voilà donc le credo de Delphine Ernotte, Pédégère de France Télévisions. La Direction du numérique de Radio France se frotte les mains. Déjà prête pour la bascule elle pourra toujours clamer qu'elle ne pouvait rester à la traîne de la TV ! Ben voyons Léon ! Comme si la radio devait appliquer un modèle définitif, prête depuis longtemps à faire table rase du passé. Mais qui parle de radio ?