dimanche 1 mai 2016

Ça commence, comme un rêve…




 Merci à Éric Schulthess pour son mixage… 

Ça commence comme un rêve… Pour écrire cette chronique du 1er mai, j'ai eu envie de célébrer la radio et, à travers elle, une femme et un homme de radio. Ce 1er mai, il y a quatre-vingts ans le Front Populaire, en germe, allait surgir à la face du monde et à celle de la France. Pour avoir à nouveau dans l'oreille cette époque, je savais posséder en archives, les six émissions que Daniel Mermet et Zoé Varier avaient consacré il y a juste vingt ans au Front populaire (1).

Ça commence comme un rêve… nous dit Lisette : "Tout ça était dans un climat d'honnêteté, de simplicité, d'affection, c'était fou quoi ! On croyait dans les vertus humaines. On espérait tout" (1). Alors comment ne plus y croire quand on voit et entend ce qui se passe sur les places de France, en ce 62 mars de 2016 ? L'espoir n'est peut-être plus aussi fort mais, les convictions de la nécessité vitale du changement sont les mêmes.

Ça commence comme un rêve… En 36, on chante "Un seul dimanche au bord de l'eau", "La belle équipe" de Duvivier et ses gueules d'amour. L'utopie réalisée. Alors les 1000 jours de la "Belle embellie", c'est comme les "1000 jours de mars" à venir, non ? Aujourd'hui on peut, on doit chanter Damia ou Frehel. Béranger, Reggiani ou Renaud. Mais après avoir tant déchanté, reviendra bien, demain, le temps des cerises.

Blum, Thorez, Salengro
















Ça commence comme un rêve… Mais en 1996, déjà, les témoins de "Là-bas si j'y suis" constatent qu'"ils nous ont tout repris petit à petit". Vingt ans plus tard, c'est encore pire car ce sont les traîtres qui sont en train de tout reprendre. Traîtres à la cause et aux acquis du Front populaire, traîtres à l'idéal socialiste, traîtres aux femmes et aux hommes qui ont payé de leur vie pour embellir la notre. Traîtres à l'ardeur et à la ferveur de ce printemps 36 qui voulait changer l'homme et, changer la vie. 

Si "le Front populaire a donné un essor à la vie", 
pourquoi les #Nuitdebout ne donneraient-elles pas un essor aux #JourDebout ?"

Ça commence comme un rêve… "La grande illusion". Pas celle de Renoir. Celle que tous les fossoyeurs de tous poils enterrent méticuleusement, sans scrupule et sans vergogne. Celle qui avait rejeté "le travail en miettes" et institué les 3x8. "Huit heures de travail, huit heures de loisirs, huit heures de repos."




Ça commence comme un rêve… Comme ici, Place de la République à Paris, et sur tant de places de France, ou comme Simone en 36 qui se souvient "des installations de piquets avec des toiles goudronnées pour se protéger de la pluie. D'immenses cuisinières dans les cours des usines. Et des menuisiers qui ont fait des bancs, des milliers de bancs." (1)

Ça commence comme un rêve… Parce qu'aujourd'hui c'est dimanche, parce que c'est le 1er mai et, au moins autant qu'un brin de muguet, ce sont d'immenses brins d'une parole retrouvée qui se porteront à la boutonnière ou en bannières pour défiler. Mais j'ai la rage de penser que dans deux jours c'est la crapule qui va commémorer les 80 ans du Front populaire. C'est cet homme indigne, lâche et fourbe qui va pérorer. C'est un pantin sans âme, un paltoquet de pacotille qui, avec deux trois formules en banderilles, va déshonorer et souiller la mémoire populaire.

Ça commence comme un rêve…  "Ceux qui vivent sont ceux qui luttent" a dit Hugo. Luttons alors, luttons, aujourd'hui et demain, et même après demain pour que comme en 36 on puisse hurler, poing levé : "À nous la vie"



(1) "Là-bas si j'y suis", France Inter, les 25, 26, 29, 30 avril,1er, 2 mai 1996 
(l'émission est diffusée à 15h, à l'époque), avec aussi les interventions de Didier Daeninckx et Willy Ronis,

• Archives sonores : Julien Porret : "La voix du Front Populaire", Léon Blum (discours après la victoire du Front Populaire), Frehel "La der des der". La photo en haut à droite est de Gilles Davidas.

Le titre de ce billet est emprunté à celui de la chanson de Julien Clerc (diffusée dans un des épisodes de "Là-bas"), extraite d'un double album, enregistré en studio, évoque cette période historique sur une musique de Jean-Pierre Bourtayre et Jean-Claude Petit et un livret d'Etienne Roda-Gil (source Rfi) 

6 commentaires:

  1. Bonjour Monsieur Fanch,
    Et merci pour ce montage. Toujours émouvant d'entre parler du "front pop' " et en même temps difficile de s'imaginer exactement tout ce que cela a pu représenter pour ceux qui l'ont vécu, en terme d'espoirs, de déception aussi.
    "Le là-bas si j'y suis" serait-il disponible quelle part ?
    Un agréable dimanche au bord de l'eau,
    Eric

    RépondreSupprimer
  2. Bonsoir Eric, à ma connaissance… il faut aller voir sur ina.premium, j'ai pas vérifié mais j'ai de gros doutes ! ;-) Faisons une convention d'écoute en été dans le Pays d'une auditrice genre Lot et Garonne, tu t'occupes de tout, je m'occupe du reste (archives)… (À suivre)

    RépondreSupprimer
  3. D'après nos anciens,si le front populaire a créé les congés payés,il aurait aussi vider les caisses de l'état. Et depuis cette mauvaise réputation certainement injustifiée mais bien ancrée dans les mentalités,la gauche traîne le boulet qu'elle serait mauvaise gestionnaire. Il s'avère,malgré les idées reçues que la gauche institutionnelle a toujours été meilleure en gestion que la droite. L'exemple le plus frappant étant Beregovoy qui en 1 an a fait passer l'inflation de 15 pour cent à 3 pour cent. Et même si pour des raisons multiples,on peut être critique par rapport au gouvernement actuel,les comptes de la nation comme on dit seront en bien meilleurs états qu'à la fin du quinquennat désastreux de Sarkozy. Mais dans l'opinion publique reste cette malédiction de mauvais gestionnaire de la gauche et ceci de manière injustifiée sur la prétendue ardoise qu'aurait laissé le front populaire. Peut-être un peu long mon argumentation ?

    RépondreSupprimer
    Réponses
    1. Merci… Bien ! Non pas trop long, plutôt pas assez ! Pour ce type d'analyses économiques il faut justement dépasser les évidences et creuser le sujet, chiffres et autres indicateurs de tous poils, à la main. Mais là par contre il n'y aurait pas assez de place ici ;-)

      Supprimer
  4. Oui,bien d'accord. Mais au delà de la bagarre de chiffres toujours confuse,je voulais parler de mauvaise réputation irrationnelle,un peu comme Brassens,quelque chose d'un peu vicieux à la mode bourgeoise plutôt silencieuse.

    RépondreSupprimer
    Réponses
    1. Forcément vicieux et vicié. La bourgeoisie tombe de l'armoire en 36. Le peuple est souverain. L'avenir lui/nous appartient. Et avant la grande (dés)illusion il y aura La belle Équipe. Les chansons gardent la mémoire de ce fabuleux passé. La bourgeoisie n'y pourra rien effacer.

      Supprimer