mardi 18 octobre 2016

Radio spontanée... et + si affinités






















Ina global a publié récemment un long article "Quand la radio se révolte". Ce dernier a au moins deux mérites :
- nous secouer les méninges,
- nous rappeler amèrement que la radio est définitivement entrée dans une mécanique imparable, sans aucun espace de souffle ou de silence, sans aucun espace d'inattendu. 
Le postulat de l'auteur : "un instrument de renouvellement des moyens d’expression des luttes sociales et nullement comme une fin en soi".

Des conducteurs au millimètre
Tout doit être pré-programmé dans une émission de radio. Les inserts de musique, les rires imposés (1), les chroniques, les dialogues avec l'invité, l'auto-promo, le parrainage, la pub. Au cordeau. Rien ne doit dépasser. Le temps horaire. L'heure juste. Disparue la fantaisie de l'équilibriste qui jouait avec ses 60' d'antenne. Personne ne doit plus être inquiet de l'inattendu : l'ingé-son, le technicien en cabine, le réal. Il ne faut laisser aucune chance à l'imprévu. Optimiser les risques de dérapage, quitte à ce que la spontanéité déserte les ondes. Quitte à ce qu'un ultra-calibrage empêche la parole de circuler librement. 

Circuler librement. Voilà bien de quoi il s'agit : la liberté. Moteur turbo des radios libres, sauvages, libertaires, éphémères, anarchistes et plus si affinités. L'exact contraire des modèles institués par des chaînes (de radio) qui pilotent des grilles (de programme), font travailler des équipes de réalisation dans des cellules (de montage). Chaînes, grilles, cellules voilà les trois mots que Philippe Caloni (1) aimait nommer pour fustiger le "système carcéral" de la radio.

















À contrario les radios de "révolte" se créent dans l'urgence. "On" a quelque chose à dire, "On" a envie de faire circuler la parole de ceux qui sont dans l'histoire, le conflit, la lutte. Ceux à qui on ne donne jamais la parole. C'est souvent d'une idée spontanée que germe le projet d'émettre. C'est l'urgence de dire et de faire dire. C'est à la fois un sentiment de "puissance" et d'excitation d'être entendu plus large que le propre cercle de ses soutiens.. C'est aussi la jouissance d'être dans la désobéissance et la révolte. C'est la conviction d'agir la liberté et la démocratie. C'est surtout s'affranchir des médias dominants, institués et serviles à l'égard des pouvoirs en place.

Et c'est bien le tâtonnement expérimental cher au pédagogue Célestin Freinet qui crée l'empathie et/ou stimule la participation des auditeurs-citoyens. "Tout est possible" ensemble. Ce fut le cas pour deux radios que je connais mieux : Radio Lorraine Cœur d'Acier (LCA) et Radio Debout au printemps dernier. Dans les deux cas des professionnels (de la profession) se sont engagés dans la création de ces radios et ont entraînés avec eux et formés des "apprentis". En agissant, à Radio Debout, le principe de ne pas spécialiser une fonction et de faire s'essayer chacun aux différents métiers concernés par la mise en ondes.

Ce "brouillon" (2), cet état de fabrique artisanale permanent, est la bonne soupape aux rons-rons des médias enfermés dans leurs tours d'ivoire qui, exceptés les émissions de libre antenne, ont mis en place des émissions cadenassées pour donner la parole aux auditeurs... (3) Pendant que les radios éphémères redonnent sa place aux rêves les plus fous, aux utopies et quelquefois aux réalités de demain.

(1) Vous rirez à moins 5 ou à moins 10, pas avant, pas après,
(2) "Brouillon d'un rêve" dirait la Scam,
(3) "Les auditeurs ont la parole" RTL, "Le téléphone sonne" France Inter, "Inter activ" France Inter...

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