lundi 3 octobre 2016

La défaite des saltimbanques...

Jean-Louis Foulquier, saltimbanque,
animateur de "Saltimbanque", France Inter, 1977



La radio (publique et privée) en pleine effervescence de compassion depuis les attentats de Charlie en janvier 2015 a radoté à satiété qu'il était temps de revivre "Ensemble" et de renforcer les liens de la famille, des amis, des voisins. La main sur le cœur, à l'unisson, les patrons de chaîne ont exorté les citoyens français à retrouver le sens des valeurs simples et fraternelles. Et le dimanche ne serait-il pas le meilleur jour pour cela ? Sans doute mais ce serait compter sans le laminoir implacable de l'actu et de l'info. Actu qui a besoin d'exister au risque de subir un silence mortel qui interromprait fatalement le réflexe conditionné des auditeurs pour tourner le bouton de la radio. Auditeurs à qui l'on a fait croire que biberonner l'info est indispensable et vital. Jusqu'à l'addiction, au point d'avoir engendré un TOC moderne et civilisationnel. 

Les matinales d'infos de toutes les chaînes de radio permettent à Médiamétrie de justifier ses études et aux patrons des dites chaînes de ne pas lâcher la proie pour l'ombre. Les pics d'audiences du matin (6/9) et du soir (18/20) périodes au cours desquelles l'info est reine, cachent la forét des programmes. Entre les deux il "suffit" de "divertir" et quelquefois même de "divertir par l'info". Cette "pollution" des ondes par une agit-prop (agitation-propagande) new-look s'est installée progressivement au risque de revendiquer devenir le mètre-étalon du programme de radio "moderne". 

En 1986, France Culture diffusait en 6 séquences distinctes 59' d'infos par jour. Trente ans plus tard c'est un long tunnel interminable qui squatte les ondes de la radio culturelle ! Avec, à la clef, des émissions qui, sur la base d'infos et d'actualité, en rajoutent dans le processus. La saturation est proche de l'overdose. Les gourous et autres "malades de l'info" qui ont laissé se dévoyer la chaîne culturelle risquent de "tomber de l'armoire" quand la "représentation nationale" (mots si chers à Mathieu Gallet, Pdg de Radio France) taillera, à la serpe les doublons, triplons et autres quarterons de rédactions qui se superposent à celles de France Inter et de franceinfo !

Plutôt que de prendre des risques avec les saltimbanques, comme a su le faire la radio publique depuis 1963, la frilosité et l'absence de "prise de risque", depuis 2000, sont devenus la norme. Le dimanche, Laurence Bloch, directrice d'Inter, peut donc clamer haut et fort que les Français aiment la politique pour imposer deux heures d'infopol, animées le dimanche midi par Nicolas Demorand. Sympas les repas de famille : avaler les couleuvres que débitent sans relâche des "requins de plateaux", indigestes et usés jusqu'à la corde. 

Cette dévotion indécente à l'actualité produit et produira les effets contraires de ce qui est recherché : le décryptage de la politique. Celui-ci n'est, une fois de plus, que la sempiternelle resucée de "Cartes sur table", "L'heure de vérité" ou autres 7/7 dominicaux. Les politiques sont indécents et le miroir, aux alouettes, que leur tendent radios et TV, pour assurer leurs propres audiences, finira bien par se briser. Il sera alors bien trop tard pour se rendre compte que la radio a tué la poule aux œufs d'or et a fini par marginaliser et exclure les saltimbanques qui, eux, ont fait les belles heures d'une radio qui croyait en la création radiophonique tout azimut. O tempora o mores..



Georges Lourier animait les "matinales" de France Inter (Le réveil en fanfare) avant que les journalistes s'imposent et imposent des sessions d'infos en continu. Ici sa rencontre avec les auditeurs le samedi matin "Samedi chez vous"....

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