jeudi 4 décembre 2014

Radio France : … mue dedans

L'agora centrale de la Maison de la Radio - C Abramowitz / Radio France



























Part ouane "… la mue dehors"

Part tou : la guerre des mondes (radiophoniques) n'aura pas lieu

À la Maison de la radio, à Radio France, on pourrait dire maintenant qu'il y a deux mondes. Le monde du visible et le monde de l'invisible. Celui du visible c'est celui accessible à tous "tout le temps", dans des lieux ouverts et circonscrits avec ce qu'il faut d'animation et d'émissions publiques pour se sentir à la radio. Le monde de l'invisible c'est celui des 4600 personnes qui, dans "la ronde", travaillent à la mise en œuvre et à la production d'émissions de radio pour 24h/24 diffuser du son, un peu d'image, du texte (sur les sites web). Sans oublier l'administration de l'ensemble.

Alors à la mue de la peau du bâtiment qui retrouve lustre et brillance d'une première jeunesse quelle mue opère donc à l'intérieur, hors les espaces publics ? Une mue invisible pour le public mais qui ne sera pas sans incidence sur l'évolution des pratiques et des métiers de radio. On a beau demander au nouveau Pdg Mathieu Gallet de reconnaître des voix de radio (9), celui-ci a toujours fait savoir, depuis sa nomination en mars 2014, que son projet était d'ordre managérial et que la fonction éditoriale était dévolue à son "numéro 2 " en la personne de Frédéric Schlesinger.

Les conditions budgétaires continueront à se restreindre pour la radio en 2015. Malgré cela il faudra continuer à développer sa diffusion sur tous les supports numériques, impulser le rajeunissement de ses publics, diminuer les coûts de production et trouver des recettes supplémentaires. Ce qui grossièrement ressemblerait à "faire plus avec moins". Formule à la mode qui ne sera pas sans incidence sur "la fabrique de la radio" et ses effets induits sur ceux qui en sont chargés.

L'auditorium © Architecture studio

















L'audiovisuel dans une boule de cristal : fiction ou réalité augmentée (sic)
Le Pdg de Radio France annonce que France Info pourrait très vite muter en "FranceInfoTV" (10), quand il y a presque un an, dans un moment d'égarement sans doute, le Président de la République suggérait de rapprocher les entreprises de l'audiovisuel public (11). Proposition par sa ministre de la culture et de la communication, Aurélie Filipetti, ramenée dès le lendemain à "fondre" les sites web de Radio France et de France Télévisions. Et que dire de l'idée très récente du président de l'Assemblée Nationale, Claude Bartolone, de rapprocher les deux chaines parlementaires "Public Sénat" et "LCP - Assemblée nationale" ? Pourquoi surtout avoir créé deux chaînes, et pourquoi, pour pousser le bouchon encore plus loin, ne pas les intégrer à France TV ?  

Pendant ce temps à la télévision publique un petit génie appelé Mosart va très vite mettre "sur la touche" plusieurs métiers de réalisation. Mosart pilote la console son, la console lumière, les caméras, le mélangeur, gère les fonds du décor, envoie les sous-titres... Bref un vrai "homme orchestre" à lui tout seul. Dans le même temps plusieurs audits sont en cours à Radio France pour ce qui concerne les moyens de production (12). Car si un Mosart peut annoncer un prochain requiem on imagine bien un Schoubert massacrer une symphonie (radiophonique) inachevée… Ajoutons à cela la radio filmée et soyons sûr que quelques esprits affûtés ont déjà imaginé faire filmer la radio… par ceux de la TV (13). Last but not least, et voilà un retour annoncé à la case ORTF (14). 

Serait-elle alors si fictionnelle que ça la volonté de la tutelle et du CSA (Conseil Supérieur de l'Audiovisuel) de rationnaliser en mutualisant tous les moyens de production de l'audiovisuel public ? Ce serait alors quarante ans d'errements politique et culturel qu'il conviendrait d'inscrire au patrimoine audiovisuel de la France. Pour en arriver là, on pourrait dire sans se tromper que feu ORTF n'aurait, sans doute, jamais du être dissoute (15).



"Une construction radiophonique" - C Abramowitz / Radio France


















La mue quelle mue ?

Alors, à la belle apparence et à l'accueil qu'offre aux auditeurs et aux spectateurs la "nouvelle" Maison de la radio, doit s'ajouter une mue intérieure qui aura plus de mal à opérer. Plus diffuse, plus incidieuse et plus structurelle et pourtant déjà à l'œuvre. Mais qui, beaucoup plus qu'une évolution technique, s'annonce comme une révolution culturelle et sociale avec des bouleversements beaucoup plus visibles, et à terme audibles, que ceux qui se jouent dans l'agora ou dans la "rue centrale" de la Maison de la Radio. Ces bouleversements-là pourtant, pas sûr qu'ils soient immédiatement audibles sur l'une ou l'autre des "huit" chaînes du groupe Radio France. Pourtant n'est-ce pas une lame de fond qui s'apprête à déferler sur la radio publique ?

Ajout du 9 décembre
«Il va y avoir des choix structurants à faire», déclare Mathieu Gallet (16)  "Il faut se poser une question, lance-t-il. Si on partait de zéro, quel groupe de radio publique composerait-on ?" Une question faisant écho à celles listées par M. Leleux [Rapporteur du Sénat] dans son rapport : "Faut-il fusionner des antennes ? Faut-il ne garder qu’un seul orchestre au lieu des deux actuellement ? Faut-il engager un plan de départs volontaires ?"
(9) Émission télévisée, "Le petit Journal", Canal + du 19 novembre 2014 et l'article de Schneiderman dans Libé. Barthès fait du Bourdin et c'est pathétique !
(10) Quand France Télévisions réfléchit à une chaine d'info sur le web, voir aussi Le Figaro,
(11) À l'occasion du cinquantenaire de la Maison de la radio le 14 décembre 2013,
(12) Ceux du documentaire, comme ceux des émissions hors studio,

(13) Voir par exemple l'épisode de "Micros et caméras" sur mon billet d'hier,
(14) Office de Radio et Télévision Française, créé en 1964 en lieu et place de la RTF (Radio Télévision Française) et dissout en 1974 pour laisser place à 7 sociétés distinctes dont Radio France et ce qui deviendra l'Institut national de l'audiovisuel,
(15) On se souviendra des zélotes conseillers de Giscard d'Estaing, Président de la République, qui dès 1974 firent tout pour casser le service public et le de fait le fragiliser,
(16) in "Mathieu Gallet veut préparer Radio France à des "choix structurants", Alexis Delcambre, Lemonde.fr, 9 décembre 2014 

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