lundi 23 février 2026

La radio : des sons en cascade… de la Terre à la Lune !

Ça commence par un indicatif sensible, connu, attendu. Ça s'enchaîne avec une voix présente, connue, reconnue. Ça se poursuit par celle de la productrice, reconnue. En quelques secondes tous les ingrédients sont là pour captiver l'oreille. Il suffit alors de se laisser porter…

"Clair de lune", tableau de Félix Vallotton,
vers 1895 - Félix Vallotton, Domaine public,
via Wikimedia Commons















Ça commence donc par un indicatif (1), puis la voix de Colette Fellous qui coordonne "Les Nuits magnétiques" et qui, bien plus que présenter l'émission, lui donne par ses propos, du sens, de la chair et une âme. Qui colle au sujet de Catherine Soullard sur Séléné et la lune ou sa face cachée (2). Ce trio subtil (indicatif, Fellous, Soullard) est mis en ondes par Isabelle Jeanneret. Dans la nuit, hors de l'hiver 1997, une petite perle nous transporte et nous incite, dans la lune, à rêver les yeux tout ouvert. 

L'astrophysicien Alfred Vidal-Madjar se charge de nous déciller avec ses "Clair de terre" et autre "Éclipse de terre", même s'il n'est jamais allé sur la lune pour observer ces phénomènes astronomiques. Et puis Catherine Soullard n'aime rien tant que nous lire des textes (Fédérico Garcia Lorca, Jules Laforgue, Guillevic et Yanis Ritsos) qui, grâce à sa voix, nous immergent dans le sujet. Quant aux chuchotements de Marie-Hélène et d'Anne-Charlotte il sont une subtile ponctuation au cas où nous aurions perdu notre imaginaire d'enfance face à cet astre fascinant. "Elle est belle, je crois qu'elle a des yeux… Je voudrai qu'elle reste pour toujours et qu'elle dise Bonjour au soleil…". Et puis on appréciera de connaître l'origine du croissant (pâtisserie). 

Soullard et ses invités, chanteuse, romancière et scientifiques, ouvrent le champ de tous les possibles lunaires. Il faut vraiment écouter ça la nuit (avec ou sans lumière) et espérer que "Les nuits" diffuseront les trois autres épisodes de la série d'origine (3). Et comme disait Jacques Prévert "De deux choses lune, l'autre le soleil".

P.S. : Et on aime que dans sa désannonce, Catherine Soulard, cite Michel Creïs, chef-opérateur du son, sans doute pour ses archives du 21 juillet 1969, le jour (ou la nuit) où Armstrong fit son premier pas sur la lune.

(1) "Annobon", Louis Sclavis, Aldo Romano, Henri Texier,
(2) Nuits magnétiques, série de 4 épisodes, 7 janvier 1997, Catherine Soullard, France Culture,
(3) 2- Armstrong, Tintin et les astroblèmes. 3. Jeux de lune sur l'eau tranquille. 4. Le théâtre de la lune.

lundi 16 février 2026

La radio : les samedis et les dimanches au XXè siècle…

Avant les algorithmes quelques dinosaures tentaient d'inventer, en fin de semaine (samedi et dimanche) une antenne différente sur les deux chaînes du service public, France Inter et France Culture. Puisque le temps de la vie quotidienne était différent pourquoi pas se mettre à ce rythme-là. Jacques Sallebert, journaliste et patron de la radio à l'ORTF (1) en est convaincu et il l'explique. Un autre convaincu, Jean-Marie-Borzeix, Directeur de France Culture qui, en 1984, invente avec François Maspero "Le bon plaisir"… 

Capture d'écran,
Désolé pour la noirceur !
Jean Amadou (chansonnier), Agnès Gribes
















Par ordre d'entrée en scène, on commencera donc par "L'Oreille en coin" qui, dès mars 1968  propose 13h d'émissions réparties entre le samedi après-midi et le dimanche. Vous dire que depuis ces temps immémoriaux personne n'a eu le culot, l'audace, le génie d'inventer une chose pareille qui mettait la radio en phase avec le rythme de la société devenue adepte du week-end. "L'Oreille" ne se contentait pas de coller les émissions les unes derrière les autres (le samedi et le dimanche après-midi), elles étaient judicieusement et subtilement enchaînées par des animatrices (Kriss, Agnès Gribes, Kathia David) qui avaient aussi leurs propres émissions dans le programme. O tempora, o maures.

Quant au "Bon plaisir" (1984-1999) il le fut jusqu'à ce que Laure Adler, Directrice de France Culture (1999-2006) ne passe le programme par perte et profits, trop culturel sans doute. Les quatre miettes qui en restent ont été charcutées (du programme initial de 3h ou 3h30 on est passé à 1h58). Mais écouter le "Bon plaisir" c'était le prendre chaque samedi après-midi en faisant tout pour ne rien faire d'autre et, calé dans son fauteuil, passer un formidable moment de radio. 

(1) Très difficile dans sa bio de trouver sa période de Direction, que je tenterai de situer de 1970 à 1974 (il remplace Roland Dhordain qui fut Directeur de 1968 à 1970),

lundi 9 février 2026

La radio : comment ça marche ?

Entendons-nous bien, je vais vous parler ici de radio (et non pas d'audio ou de podcasts). La radio quoi, cet objet du désir absolu d'écouter et de découvrir en se laissant porter par ce qu'on entend, au fil de l'eau, sans savoir à l'avance le contenu de ce qu'on va écouter (1). Ça vous parle ?


Eve Ruggieri ©AFP









C'est sans doute ça l'enchantement révélé depuis l'enfance. S'accrocher à une émission pour savoir, pour comprendre, pour imaginer. Une concentration ultime et tendue. Il n'existe pas de résumé, de retour en arrière, de pause (et de fait, encore moins d'avance rapide). Et, qu'on écoute une émission habituelle ou une nouvelle émission ça ne change rien à la tension de… l'attention. J'ai toujours eu l'impression que la radio, dans ses émissions de programme et pas dans celles des informations, me racontait des histoires. Des histoires de tous les genres et de toutes les façons.

La radio a longtemps fait une place de choix aux conteurs, à Eve Ruggieri, à Claude Villers, à Claude Dominique et à Daniel Mermet (2). Alors déjà rien que pour entendre leurs histoires je me suis habitué, s'il y avait des conversations autour de moi, à garder l'oreille droite pour la radio, la gauche pour les interférences. Ce qui n'était pas entendu pendant le flux était perdu et ça, ce n'était juste pas possible. Cette pratique, ce tic d'écoute (un peu obsessionnel) m'a vite fait comprendre que j'étais dans la radio. En prise de haut voltage. Et que, corollaire induit, j'avais beaucoup de mal à m'en détacher (pendant mes heures de travail par exemple, ou pendant mes heures familiales).

Je portais la radio en bandoulière, vivant en même temps qu'elle et à son rythme, quand aujourd'hui le pod détemporalise et sort du contexte environnant. Je préfère être dans son pas et avoir la très nette impression que la radio s'adresse à moi comme à quelques milliers d'auditrices et d'auditeurs, eux aussi rivés au poste. Une attitude absolument has been. Une façon d'exister avec un média singulier qui poussait au compagnonnage sur la très longue durée. Voire sur toute une vie.

La mue opérée à Radio France a poussé à l'extinction de ces comportements et pratiques jusqu'à influencer les dits-programmes, à sur-utiliser les rediffusions et à faire croire que les podcasts dits-natifs (hors diffusion en flux) ne finiraient pas dans les grilles d'été sans plus aucune autre création originale. Je ne suis plus en phase avec cette radio-là, ces programmes-là et la succession de pods qui ne font pas un programme mais juste une liste désincarnée qui se picore au gré de ses humeurs et disponibilités. C'est moderne et glacial. Ce n'est plus de la radio, c'est déjà une plate forme, ouverte nuit et jour, pour consommer des produits audio, isolés quand, autrefois, ils vivaient ensemble au sein de la Maison… de la radio !

(1) Alors qu'avec les podcasts vous avez accès au résumé, à quelques détails révélateurs et toutes autres choses qui en disent beaucoup trop,
(2) Petite liste non exhaustive,

vendredi 6 février 2026

Radio France : Hyper Bazar Festival (et pas que le week-end)…

Ce que d'aucuns (les médias) appellent déjà le mercato radio, avant échéances électorales à Radio France, ou  d'autres un jeu  (pitoyable) de chaises musicales ressemble beaucoup plus au "Mécano de la Générale". Changer les directeurs de trois chaînes ce n'est plus un mercato mais plutôt l'effet domino suite au départ de la Directrice de France Inter, Adèle Van Reeth. Quant aux chaises musicales commençons par noter que la chaine musicale de Radio France, France Musique, ne fait pas partie du jeu, alors que…
















L'effet domino, part ouane
Ce serait le départ de Philippe Corbé (Directeur de l'information à France Inter) qui aurait provoqué celui de Van Reeth. Le staff de Radio France sait bien mal raconter les histoires. Les annonces du jeudi 5 février sont sûrement le résultat d'un processus engagé depuis le début de l'année pour ne pas dire de la fin de l'année dernière et, à priori, Corbé ne serait pas le seul déclencheur. Le malaise persistant à France Inter, la défiance du personnel vis à vis de la directrice, la valse des postes stratégiques (directeur de l'info, directeur des programmes, départ de Salamé, absence de Demorand + l'affaire Legrand-Cohen) peut s'apparenter assez facilement à l'expression "la coupe est pleine" et son corolaire "la messe est dite". On se demande toujours pourquoi la productrice d'une émission de philo sur France Culture aurait pu avoir les qualités requises pour être directrice d'une chaine généraliste de radio publique ? Hein pourquoi ? Au-delà de supputations hasardeuses, on doit dire que c'était un mauvais choix et que ce choix ayant été décidé par Madame Veil, Pédégère de Radio France, l'échec de Van Reeth est presque moins grave que l'échec patent de Veil.

L'effet domino, part tou
Les conciliabules du staff auxquelles serait associé Vincent Meslet (le-prétendu-n°2- qui- ne- dit-mot-consent) aboutissent à un jeu pathétique qui ressemble beaucoup à une fin de règne ou a la bérézina poussée à son max. Dans cette ambiance "élection d'un nouveau pape", quelqu'un d'avisé sort du chapeau Céline Pigalle (Directrice d'ICI ET Directrice de l'information à Radio France). Vendu ! Qui alors pour diriger ICI ? Monsieur Yoyo, pardi, alias Laurent Guimier ! Celui-là qui un coup joue dans le privé (Europe 1), un coup dans le public (France Info radio), un coup dans le privé (CMA Média), un coup dans le public (Direction d'ICI). Girouette donc et opportunisme de carrière de haut vol.

Qui pourrait croire qu'en plein milieu de saison il s'agirait juste de remplacer Van Reeth. Les naïfs sûrement. Derrière ce jeu de dupes de chaises musicales et ce faux-nez magistral se joue une partition beaucoup plus musclée qui ressemble à s'y méprendre à une mise au pas sévère avant le grand soir de l'élection présidentielle d'avril 2027. On ajoutera à ça la tétanie provoquée par la Commission d’enquête sur la neutralité, le fonctionnement et le financement de l’audiovisuel public (Assemblée nationale) dont le rapporteur, M. Alloncle, semble bien décidé à mettre au pas (ou au trépas) l'audiovisuel public.

L'effet domino, part tri
Avant se jouait au théâtre "un fauteuil pour deux", à Radio France c'est "un pour deux fauteuils". Pigalle : Directrice d'Inter et de l'Information de la chaîne (puisqu'il n'y a plus de directeur, Corbé parti à France TV). Agnès Vahramian, Directrice de France Info radio va cumuler avec la direction de l'information de Radio France (1). Guimier reste comme deux ronds de flan, un seul fauteuil ou plutôt un strapontin, à moins que dans quelques temps une formidable fusion interne ne lui permette à lui aussi d'avoir "le cul entre deux chaises" ! En attendant le petit génie va peut-être inventer l'eau tiède en fusionnant France Info radio et France info TV cette dernière qu'il avait participé à créer à la demande du Prince (Hollande).

La farce que joue Veil à faire accroire qu'il s'agit de mettre en place un dispositif imparable pour la présidentielle ressemble plutôt à prévenir les effets collatéraux du bouleversement audiovisuel à venir (un tsunami qui sait ?). "Discrètement" réduire la voilure financière en commençant à effacer des postes de directeurs qui se superposent à d'autres postes de directeurs ou de responsables (effet soporifique face à l'armée mexicaine de cadres qui grenouille à Radio France).

À ce jeu des doubles fonctions, Delphine Ernotte-Cunci, Pédégère de France Télévisions pourrait se voir proposer la Direction de Radio France. Ballon d'essai avant la holding, elle-même avant la fusion, elle même juste avant … l'extinction. Les temps sont durs, très durs même. Insidieusement et ouvertement des brèches se sont ouvertes pour torpiller l'audiovisuel public. C'est un très mauvais signe pour la démocratie et plus encore un très mauvais présage pour la radio publique.

(1) Rappelons-le à tous les médias, Radio France n'est pas un groupe mais une Société.