(1) Le pays d'ici, Les chemins de la connaissance, La matinée des autres, Le bon plaisir, Les nuits magnétiques, Le vif du sujet, les ACR et tant d'autres émissions. C'est sous les Directions d'Yves Jaigu (1975-1984) et de Jean-Marie Borzeix (1984-1997) que les producteurs tournants ont pu le plus et le mieux s'exprimer. C'est Sandrine Treiner qui portera le coup fatal à cette forme de production radiophonique,
"Un média de service public n’est pas fait pour l’audience mais pour remplir des missions qui sont de faire vivre des valeurs de démocratie, de culture et de création." Jean-Paul Philippot, administrateur général de la RTBF (Radio Télévision Belge Francophone)
jeudi 1 octobre 2026
La radio : champ des (im)possibles…
mardi 29 septembre 2026
Surpris par la nuit : Sur les pas d'Yvonne Verdier, une ethnologue des savoirs des femmes…
Hier en fin d'après-midi à l'écoute de ce "Surpris par la nuit" (1) j'ai remis au lendemain l'écriture de ce billet. On est mardi, il est 9 heures passées de quelques minutes et, on pourrait se croire dans "La matinée des autres" (2). Ce si beau titre d'émission et cette si belle émission. Les autres, qu'Yvonne Verdier a observé entre 1968 et 1975 dans le village de Minot en Bourgogne. Bien sûr on se demande toujours pourquoi - et on désole - que ces deux émissions ("La matinée des autres" et "Surpris par la nuit") aient disparu de la grille, jamais remplacées quand, c'est à Paris dans les studios (au chaud) que sont réalisées aujourd'hui la quasi-totalité des émissions de Radio France. Un renoncement aussi à aller vers les autres…
L'ethnologue Yvonne Verdier (3) décrypte les rites de passage et savoirs pratiques des femmes, leurs gestes et savoirs traditionnels dans le village bourguignon de Minot au début des années 1970. Elle et son équipe, sur le temps long et, à la radio aussi, sur ce temps de la "nuit" propice à l'écoute et à l'attention. Sa démarche repose sur l'écoute attentive des habitants, en particulier des femmes, afin de décrypter les rôles traditionnels et le savoir-faire quotidiens qui régissent la vie rurale. Et l'instituteur, Michel Guyonnet, d'évoquer la réalisation avec ses élèves du "Journal du temps" qui va, à sa façon, participer de la recherche collective engagée par Verdier, en relatant "le présent, le passé proche et les habitudes du village". Ce qui donnera "Le journal des Hommes, le journal des animaux, la vie des champs et la perception de l'actualité" (4)…
Puis l'émission évoque le parcours scientifique d'Yvonne Verdier et le point d'orgue de sa recherche à Minot. Daniel Fabre, ethnologue : "Les rites de passage et la face cachée des agents invisibles de ces rites qui se trouvent être, en Europe, des femmes… C'est le savoir du linge et de l'eau qui qualifie "la femme qui aide"". Yvonne Verdier détaille les étapes successives de transmission auprès des jeunes filles comme celle par exemple "des épingles et des aiguilles… L'épingle symbolisait l'état de jeune-fille qui pouvait aussi s'en servir pour pîquer le garçon qui, au bal la serrait de trop près."
Claudine Vassas, etnnologue, évoque à partir des travaux de Verdier "La part des femmes et le féminin" et lit une phrase de son livre : "Les femmes se transmettent entre elles la faculté toute physique de procréer cependant que le caractère radical de cette transmission met toujours l'aspect conflictuel des femmes sur ce point…" Et l'instituteur ajoute que Verdier a formalisé, en une seule, les trois femmes de Minot "la laveuse, la couturière et la cuisinière". Vassas ajoute : "Yvonne Verdier a ouvert, grâce aussi à cette étude (et à l'époque) une réflexion plus large sur le féminin".
Fabre "Son livre [à Yvonne Verdier] rend sa parole aussi singulière y compris par rapport y compris avec ses trois "amies" avec qui elle faisait le terrain. Elle avait une affinité fondatrice avec cet univers que la parole de ses interlocuteurs renouvellait. Et en même temps elle a une grande fidélité à ce que j'appellerai le "filon romantique" de l'anthropologie… Ce filon romantique prend acte du caractère tragique de l'histoire. L'histoire est une suite d'effacement, de disparitions, de cataclysmes, voire d'apocalypse… Et ce qu'elle entend [à Minot] c'est un monde fini…" (5)
Autant vous dire que ce "Surpris par la nuit" est un vrai moment de radio. Pas quelque chose qu'on jette et qu'on oublie dans le quart d'heure. un moment de radio qui donne envie de lire, d'approfondir, de chercher autour et de trouver. Des qualités que savaient exprimer les documentaires de France Culture. En les écoutant le soir en début de nuit on pouvait on pouvait ouvrir des espaces de rêves éveillés. En les écoutant de jour il fallait arrêter de faire quoi que ce soit d'autre que d'écouter. À chaque fois être "dans la radio" et non pas à côté.
Une matinée des autres avec "Femmes de Sardaigne"
lundi 28 septembre 2026
France Musique : les salariés de la chaîne écrivent à Sibyle Veil…
Vendredi dernier, 25 septembre, Diapason, mensuel spécialisé musique classique, publiait sur son site la "Lettre ouverte des salariés de France Musique à Sibyle Veil". Il était temps. Deux mois après la bascule éliminant du paysage presque trois cent fréquences au bénéfice de France Info ou d'ICI, on attendait les réactions du personnel concerné qui, peu ou prou, devrait pâtir de cette situation si les sondages médiamétriques confirment le désarroi, la stupeur et l'incompréhension des auditeurs et des auditrices de la chaîne appelée autrefois, ironie du sort, "France IV- Haute Fidélité". La haute, voire très haute fidélité de ses meilleurs supporters mise a mal par la précipitation de ladite bascule, l'amateurisme de la communication et le mépris des dirigeants pour faire croire qu'il est si facile de changer d'équipement de réception. En juillet, la prestation de Voinchet (ex-Directeur de la chaîne) sur France Info laissait pantois.
| Visuel Télérama sur Bluesky |
De leur très longue lettre, j'ai surtout retenu leurs chiffres qui nous font tomber de l'armoire. "Un élément peut être pointé sans contestation possible : l’évolution des masses salariales des trois antennes historiques de Radio France. Entre 2004 et 2022 […], la masse salariale de France Musique est passée de 2,7 à 3,5 millions d’euros. Soit une augmentation de 30% qui, sur une si longue période, même sans aucune transformation, aurait tout juste permis de compenser l’inflation cumulée. Or, c’est dans cette enveloppe que toute la politique numérique de France Musique a dû être développée, en amputant d'autant les moyens de production. Sur la même période, la masse salariale de France Inter, déjà considérablement mieux dotée, passait de 15,9 à 24,5 millions d’euros (55% d’augmentation) ; celle de France Culture de 6,5 à 11,3 millions (75% d’augmentation). L’inégalité de traitement entre les chaînes est ici patente. Nous n’évoquons même pas France Info, encore jeune antenne en 2004, qui a vu depuis sa masse salariale augmenter de 125% ! »
Pendant dix ans (2017-2026) Voinchet comme les autres Directrices et Directeurs de chaîne se sont agenouillés devant les chiffres d'audience et ont redoublé de superlatifs pour dire que "tout augmentait". Façon habile de cacher "tout ce qui diminuait" et qui obligeait ces Directions à tailler dans le lard de la… production. Un comble. Si le métier de la radio publique est de produire et diffuser des émissions, c'est toujours sur cet ADN-là que les dirigeants tapent et coupent les vivres en premier. Quand, dans le même temps, l'armée mexicaine de cadres (inutiles) est devenue pléthorique.
Auditrices et auditeurs "perdus en mer" se sont regroupés dans un groupe Facebook "Sauvons la FM. Sauvons France Musique" coordonné par Frédéric Cherpe. Chacun se démène pour interpeller politiques, professionnels de la profession et particulièrement Radio France toujours très habile pour proposer des solutions qui ne répondent en rien aux préoccupations légitimes des auditrices et des auditeurs.
La conclusion des signataires de la lettre ouverte est frappée au coin du bons sens et de l'histoire même de la radio publique. Mais tristement le bon sens et l'histoire n'appartiennent ni au staff de Radio France, ni à sa Présidente Sibyle Veil !
"La marque Radio France n'est pas réductible à l'information. Elle s’est toujours singularisée par un équilibre subtil entre ses propositions culturelles, politiques, divertissantes… Ce juste équilibre, aujourd’hui mis à mal, ne devrait-il pas précisément être préservé au moment où le chaos informationnel rend le présent si anxiogène ? » CQFD.
samedi 26 septembre 2026
Raymond Queneau… si tu t'imagines ! (France IV- Haute Fidélité)
vendredi 25 septembre 2026
Nuits magnétiques : Lozère désert… vivant !
mercredi 23 septembre 2026
FIP : CQFD… (Ce Qu'il Fallait Dire)…
Les animatrices de Fip ont la parole et la voix pour dire, trois cent soixante cinq jours par an, des choses simples, des mots doux, des pirouettes, des rimes cacahuetes, des annonces et quelques désannonces… Tout ça à la bonne heure et dès l'après-midi à la façon d'autrefois. Il est trois heures, il est cinq heures Fip s'égaye. Mais voilà que quelques jours après le scud envoyé par Jean-Baptiste Chabran dans Libération le 12 septembre, à l'antenne (le 14) Émlie Blon-Metzinger, animatrice, va évoquer avec tact et subtilité la couardise du journaliste sans qu'il soit utile de le citer. On pourrait dire avec grand art. C'est surtout une très jolie façon de renvoyer Chabran dans les cordes. C'est mérité. Dit et bien dit !
| Émilie Blon-Metzinger |
Alors justement les mots doux des animatrices ne sont pas doucereux (1). Ils sont dans le tumulte de nos vies, un peu d'apaisement, quelques pas de côté et surtout une légèreté qui manque beaucoup à Radio France. Radio France qui confond légèreté et humour, particulièrement quand l'humour est de plus en plus lourdingue et pas drôle. Donc voilà les quelques mots d'Émilie : "… dans mon dictionnaire, j'ai trouvé doucereux, doucereuse, j’ai senti que derrière la douceur apparente il y avait quelque chose de plus, quelque chose de pas joli, quelque chose de péjoratif… Eh ben, j'ai pas été déçue, ni contredite. Je cite la définition du dictionnaire "adjectif qui qualifie ce qui a une douceur fade, excessive ou déplaisante, synonyme douçâtre, mielleux, sucré, enjôleur…" La réponse de la bergère au berger !
Et pour que le tableau soit complet Émilie, s'adressant à son fils, ajoute, : "… Si un jour une quelconque personne dit de toi que tu es doucereux, je t’en conjure sois l’inverse, sois caustique, sois ferme, sois rude, sois sec, sans jamais perdre ton humour. Dans le dictionnaire, que j’ai toujours avec moi, il y a d’autres mots, il y en a plein… J’ai trouvé respect, précaution, connaissance et, pour ceux qui t’embêteraient vraiment, tu pourras leur dire que la couardise et la poltronnerie s’opposent à la bravoure…". Voilà donc Chabran habillé pour l'hiver. Avec tact et finesse, Émilie a su renvoyer la balle d'un coup droit bien lifté. C'était le moins qu'il fallait faire. Le moins qu'il fallait dire. CQFD !
(1) "Un seul conservatisme un peu suranné demeure : la présence à l’antenne de voix exclusivement féminines et doucereuses, les fameuses «Fipettes»". Les mots de Chabran dans Libé, cité.
mardi 22 septembre 2026
France Inter : le train de 7h58 a déraillé !
lundi 21 septembre 2026
Radio France : Il faut savoir arrêter…
dimanche 20 septembre 2026
Kriss : tant de dimanches… en roue libre !
vendredi 18 septembre 2026
Tiens, allez, après l'humour, des bonbons par milliers…
jeudi 17 septembre 2026
Bertrand Jérôme : de l'humour de très haut vol à France Culture…
Si vous vous pâmez ou vous extasiez aux mots d'Aram, de Morin, de Vanhoenacker, de Poitevin, de Saint-Sernin plus toute la clique qui ricane dans "Franche Culture" surtout, mais surtout n'allez pas tendre l'oreille vers l'émission hommage à Bertrand Jérôme, ses "Papous" et ses "Décraqués". Du très haut vol d'humour, de jeux de langue (française), de complicité intellectuelle d'une vraie "bande originale" et avant les ratons-laveurs de Prévert, une palanquée de mots d'esprit et de gourmandises de paroles qui ne lassaient jamais de nous faire rire… Six-cent-dix neuf épisodes disponibles sur le site de l'émission !
Autant dire que je me suis régalé ! Le petit bonheur quotidien des "Décraqués" qui, à l'heure du café faisait un bien fou. Et le dimanche c'était l'extase. D'ailleurs il valait mieux ne pas être à table si on voulait s'en payer une tranche !
"Le sens de l'humour ça devient aussi bête qu'un costume trois pièces" disait Jérôme et, pourtant, l'humour sur Inter ou sur d'autres chaînes est devenu un formalisme, un passage tellement obligé que l'humour n'a plus d'humour du tout… et surtout ne fait plus rire ! Un comble ! Bertrand Jérôme explique, à partir d'un texte : "Qu'est ce qui passe par l'oreille ? C'est pas évident." C'est pour ça qu'écrire pour la radio, parler à la radio c'est bien plus que d'être dans la conversation badine du quotidien. "L'oreille a besoin des répétitions du langage". Une évidence pour qui a compris comment on fait de la radio !
À la rentrée 2018, Françoise Treussard : "Le manque de reconnaissance et de bienveillance de Sandrine Treiner [Directrice de France Culture] m’a acculée à faire ce choix difficile [d'arrêter l'émission plutôt que d'accepter un ersatz, ndlr], notamment par rapport aux vrais Papous et surtout aux auditeurs." Lundi 27 août 2018, sur la page Facebook de l’émission, elle annonçait : «Nous avons du chagrin mais Les Papous ne sont pas une petite entreprise que l’on reprend comme ça en claquant des doigts ! On se reverra peut-être pour un dernier tour de manège.» (Télérama 28 août 2018, Carole Lefrançois).
Les Décraqués ici, là et encore ici. La présentation du livre "Des papous dans la tête"… Et l'article de Libération qui rend compte de la fin des "Décraqués" à la rentrée 2004.
Et petite cerise sur le gâteau un extrait de "La nuit rêvée de Gotlib" ami et ex-compère des Papous.
mercredi 16 septembre 2026
Radio France : perte de sens, le fond et la forme !
De plus en plus les émissions de radio tiennent l'antenne avec des subterfuges. Des subterfuges de fond et des subterfuges de formes. La communication s'arrangeant pour envelopper tout ça dans un boulgi-goulba phénoménal. Avant d'évoquer le fond j'aimerai m'attarder sur la forme. La première forme en radio c'est la voix qui longtemps a été sanctifiée avec ce constat "elle/il a une voix de radio" (1). Critère d'excellence aujourd'hui disparu aux oubliettes de l'Ina. "On" recrute des têtes de gondole et la voix n'est jamais une condition d'embauche. Jamais plus. Et même si la radio n'est pas encore totalement saturée d'images, ce qui compte c'est justement l'image que donne telle ou tel à la radio. Les recrutements médiatiques ont pris le pas sur les recrutements en phase avec l'essence même de la radio : les voix. Et mieux les voix multiples, singulières, typées. Depuis vingt-cinq ans (et peut-être même un peu plus) les recruteurs, lire les dirigeants, ont passé par pertes et profits cette valeur cardinale. Eux-mêmes arrivés là on ne sait pas comment ou plutôt si, on sait que ce sont surtout les effets de mode, de tendance qui ont fait se plier les décideurs à l'air du temps. Et principe universel "les temps changent" comme le chantait Bob Dylan.
| Le Titanic… |
Les temps changent au point de changer jusqu'au fond de ce qui constitue la radio du XXIè siècle. Pour ce qui concerne la radio publique, le fond est d'abord subverti par les titres donnés aux émissions. Comme en TV ou au cinéma il faut capter l'attention de l'auditrice et de l'auditeur et donc le plus souvent possible raccourcir le temps d'antenne sur un même sujet et/ou sur une même séquence. Les matinales de France Inter ou de France Culture en sont des exemples criants. Pour garder les auditeurs … "en ligne" on a parsemé ces longues sessions de chronicroquettes à foison. Sautant - sans transition et quelquefois sans jingle - d'un conseil conso à un édito péremptoire, d'une Revue de Presse bâclée (sur Inter) à un avis tendancieux sur une tendance (futile forcément futile) du moment. Moment raccourci au quart d'heure et moins si affinités.