jeudi 1 octobre 2026

La radio : champ des (im)possibles…

Sans le vouloir, je mets en avant dans deux billets consécutifs "La matinée des autres", un programme d'ethnologie sur France Culture, rayé de la carte en 2002. C'est l'occasion d'évoquer les producteurs tournants (1), soit la forme très singulière de France Culture de faire varier et de faire circuler les points de vue, de surprendre l'auditeur loin de la routine et des tics (plus ou moins supportables) des productrices et producteurs assignés à une même émission toute l'année et quelques fois sur des années consécutives. Cette originalité d'approche rendait la chaîne surprenante tous les jours quand on découvrait dans une émission régulière, dès les premiers instants au micro, celle ou celui qui ce jour-là allait nous faire sortir des sentiers battus.











… "D'un mélange d'eau et de farine qui sait peut surgir de la poésie, de la poésie macaronique, mais tel n'est pas le but premier de cet assemblage fort simple. et puis quelle farine, quelle eau, quelle forme, quel format, quelle couleur, quel accompagnement, quel assaisonnement, quelle durée de cuisson… Les pâtes !…". Voilà comment, Philippe Garbit (ex-producteur des "Nuits de France Culture") introduisait le documentaire de Pascale Lismonde (réalisation Claude Giovannetti) pour "La matinée des autres" du 24 mai 1988, "Pour faire de bonnes pâtes il faut de l’air, du feu et de l’eau". Et l'on imagine bien que Jean Daive, Marion Thiba, Françoise Séloron, Christian Rosset ou Olivier Chaumelle n'auraient jamais abordé ce sujet gourmand de la même façon.

Ce "grand écart" entre les sujets qu'on choisit de traiter et que chacun pouvait développer, permettait aussi de ne pas enfermer productrices ou producteurs dans des affinités (électives aurait dit Francesca Isidori) qui peuvent finir par mettre en avant la production plus que le sujet. Aujourd'hui Frédéric Martel, Marie Richeux et quelques autres ne donnent plus trop envie de tendre l'oreille. Leurs marottes, tics de langage et autres partis pris peuvent finir par lasser (c'est un euphémisme). C'est pire encore sur France Inter où Devillers, Serrell, Noël, Baddou finissent par devenir, à l'excès, la caricature d'eux-mêmes.

Une voix et un pilier radiophonique, Jacques Chancel installera dans la durée le rendez-vous de 17h sur France Inter, Radioscopie (1968-1990). Très vite il a été devant ses invités, plus exposé que le prêtre qui confesse, Chancel aimait être dans la lumière (2). Il est très vite devenu "Le Pape des intervieweurs". Sur les "pâtes" de Pascale Lismonde on oublie assez vite la productrice, qui s'emploie surtout à mettre en avant ses intervenants. Ces postures de se mettre en avant ou légèrement en retrait c'est toute l'histoire de la radio et de ses "vedettes". Mais quand une "vedette" Marc Voinchet, ex-Directeur de France Musique, torpille la Revue de Presse d'Inter, on passe du possible à l'impossible à écouter.

Et ces impossibles se multiplient sur les chaînes du service public radiophonique. Impossible d'accepter la perte des fréquences de France Musique, impossible d'écouter la polarisation de l'info instituée par Céline Pigalle, Directrice d'Inter, et l'infotainment des Vendredi Samedi Dimanche (VSD), impossible de supporter les rediffusions de rediffusions, impossible de gober l'humour standardisé et calibré qui serait un remède à l'actualité anxyogène… Le champ des possibles ce fut longtemps de proposer une radio inventive, créative qui savait faire des pas de côté, se jouer des tendances du jour et de la promo permanente des invités qui défilent à la chaîne, heure après heure, trois-cent-soixante-cinq jours/an.

Le champ des possibles c'était la radio buissonnière quand, aujourd'hui, elle ne sort pas des clous. Le champ des possibles c'était tous les possibles des Nuits magnétiques, des Passagers de la nuit, du Studio de Nuit (et du Studio d'Essai), du Pop-Club, de L'oreille en coin, des Papous dans la tête, (liste non exhaustive)… 

Le champ des possibles serait de tout remettre à plat. De changer la Direction de Radio France, les Directrices et Directeurs de chaîne, de refaire des programmes avec des podcasts émissions, de redistribuer les cases. De repenser de fond en comble la radio, comme a du le faire (un peu ? beaucoup ?) Jacqueline Baudrier, première Pédégère de Radio France, le 6 janvier 1975 à la création de Radio France. Un genre de big-bang de régénération, indispensable pour renaître. Et j'aimerai ajouter "Alea jacta est".

(1) Le pays d'ici, Les chemins de la connaissance, La matinée des autres, Le bon plaisir, Les nuits magnétiques, Le vif du sujet, les ACR et tant d'autres émissions. C'est sous les Directions d'Yves Jaigu (1975-1984) et de Jean-Marie Borzeix (1984-1997) que les producteurs tournants ont pu le plus et le mieux s'exprimer. C'est Sandrine Treiner qui portera le coup fatal à cette forme de production radiophonique,

(2) J'ai chroniqué cent-seize Radioscopie à partir du coffret de l'Ina, jour après jour, de novembre 2015 à mai 2016,

mardi 29 septembre 2026

Surpris par la nuit : Sur les pas d'Yvonne Verdier, une ethnologue des savoirs des femmes…

Hier en fin d'après-midi à l'écoute de ce "Surpris par la nuit" (1) j'ai remis au lendemain l'écriture de ce billet. On est mardi, il est 9 heures passées de quelques minutes et, on pourrait se croire dans "La matinée des autres" (2). Ce si beau titre d'émission et cette si belle émission. Les autres, qu'Yvonne Verdier a observé entre 1968 et 1975 dans le village de Minot en Bourgogne. Bien sûr on se demande toujours pourquoi - et on désole - que ces deux émissions ("La matinée des autres" et "Surpris par la nuit") aient disparu de la grille, jamais remplacées quand, c'est à Paris dans les studios (au chaud) que sont réalisées aujourd'hui la quasi-totalité des émissions de Radio France. Un renoncement aussi à aller vers les autres…











L'ethnologue Yvonne Verdier (3) décrypte les rites de passage et savoirs pratiques des femmes, leurs gestes et savoirs traditionnels dans le village bourguignon de Minot au début des années 1970. Elle et son équipe, sur le temps long et, à la radio aussi, sur ce temps de la "nuit" propice à l'écoute et à l'attention. Sa démarche repose sur l'écoute attentive des habitants, en particulier des femmes, afin de décrypter les rôles traditionnels et le savoir-faire quotidiens qui régissent la vie rurale. Et l'instituteur, Michel Guyonnet, d'évoquer la réalisation avec ses élèves du "Journal du temps" qui va, à sa façon, participer de la recherche collective engagée par Verdier, en relatant "le présent, le passé proche et les habitudes du village". Ce qui donnera "Le journal des Hommes, le journal des animaux, la vie des champs et la perception de l'actualité" (4)…

Puis l'émission évoque le parcours scientifique d'Yvonne Verdier et le point d'orgue de sa recherche à Minot. Daniel Fabre, ethnologue : "Les rites de passage et la face cachée des agents invisibles de ces rites qui se trouvent être, en Europe, des femmes… C'est le savoir du linge et de l'eau qui qualifie "la femme qui aide"". Yvonne Verdier détaille les étapes successives de transmission auprès des jeunes filles comme celle par exemple "des épingles et des aiguilles… L'épingle symbolisait l'état de jeune-fille qui pouvait aussi s'en servir pour pîquer le garçon qui, au bal la serrait de trop près."

Claudine Vassas, etnnologue, évoque à partir des travaux de Verdier "La part des femmes et le féminin" et lit une phrase de son livre : "Les femmes se transmettent entre elles la faculté toute physique de procréer cependant que le caractère radical de cette transmission met toujours l'aspect conflictuel des femmes sur ce point…" Et l'instituteur ajoute que Verdier a formalisé, en une seule, les trois femmes de Minot "la laveuse, la couturière et la cuisinière". Vassas ajoute : "Yvonne Verdier a ouvert, grâce aussi à cette étude (et à l'époque) une réflexion plus large sur le féminin".

Fabre "Son livre [à Yvonne Verdier] rend sa parole aussi singulière y compris par rapport y compris avec ses trois "amies" avec qui elle faisait le terrain. Elle avait une affinité fondatrice avec cet univers que la parole de ses interlocuteurs renouvellait. Et en même temps elle a une grande fidélité à ce que j'appellerai le "filon romantique" de l'anthropologie… Ce filon romantique prend acte du caractère tragique de l'histoire. L'histoire est une suite d'effacement, de disparitions, de cataclysmes, voire d'apocalypse… Et ce qu'elle entend [à Minot] c'est un monde fini…" (5)

Autant vous dire que ce "Surpris par la nuit" est un vrai moment de radio. Pas quelque chose qu'on jette et qu'on oublie dans le quart d'heure. un moment de radio qui donne envie de lire, d'approfondir, de chercher autour et de trouver. Des qualités  que savaient exprimer les documentaires de France Culture. En les écoutant le soir en début de nuit on pouvait on pouvait ouvrir des espaces de rêves éveillés. En les écoutant de jour il fallait arrêter de faire quoi que ce soit d'autre que d'écouter. À chaque fois être "dans la radio" et non pas à côté.

(1) Par Marie Du Bouchet, réalisatrice Anne Fleury,
(2) Cette émission de France Culture a démarré à la rentrée 1977 (octobre sûrement). Elle fût diffusée à l'origine le mardi de 9h07 à 10h45, soit 1h38 (sic), produite à ses débuts par Claude Mettra. Le directeur de la chaîne était Yves Jaigu (1975-1984). Alors que Patrice Géninet (1997-1999) l'avait supprimée, reconnaissons à Laure Adler de l'avoir remis à l'antenne de 1999 à 2002,

(3) "Façons de dire, façons de faire", Gallimard, 1979,
(4) Plutôt que de produire les babillages de Charline Vanhoenacker sur France Inter, France Culture pourrait toute l'année avec une école (ou des écoles) créé ce "Journal du temps" qui changerait la perception auto-centrée des adultes depuis Paris, 
(5) Toute similitude avec la radio publique serait fortuite !!!!

Une matinée des autres avec "Femmes de Sardaigne"  

lundi 28 septembre 2026

France Musique : les salariés de la chaîne écrivent à Sibyle Veil…

Vendredi dernier, 25 septembre, Diapason, mensuel spécialisé musique classique, publiait sur son site la "Lettre ouverte des salariés de France Musique à Sibyle Veil". Il était temps. Deux mois après la bascule éliminant du paysage presque trois cent fréquences au bénéfice de France Info ou d'ICI, on attendait les réactions du personnel concerné qui, peu ou prou, devrait pâtir de cette situation si les sondages médiamétriques confirment le désarroi, la stupeur et l'incompréhension des auditeurs et des auditrices de la chaîne appelée autrefois, ironie du sort, "France IV- Haute Fidélité". La haute, voire très haute fidélité de ses meilleurs supporters mise a mal par la précipitation de ladite bascule, l'amateurisme de la communication et le mépris des dirigeants pour faire croire qu'il est si facile de changer d'équipement de réception. En juillet, la prestation de Voinchet (ex-Directeur de la chaîne) sur France Info laissait pantois.

Visuel Télérama sur Bluesky

 











De leur très longue lettre, j'ai surtout retenu leurs chiffres qui nous font tomber de l'armoire. "Un élément peut être pointé sans contestation possible : l’évolution des masses salariales des trois antennes historiques de Radio France. Entre 2004 et 2022 […], la masse salariale de France Musique est passée de 2,7 à 3,5 millions d’euros. Soit une augmentation de 30% qui, sur une si longue période, même sans aucune transformation, aurait tout juste permis de compenser l’inflation cumulée. Or, c’est dans cette enveloppe que toute la politique numérique de France Musique a dû être développée, en amputant d'autant les moyens de production. Sur la même période, la masse salariale de France Inter, déjà considérablement mieux dotée, passait de 15,9 à 24,5 millions d’euros (55% d’augmentation) ; celle de France Culture de 6,5 à 11,3 millions (75% d’augmentation). L’inégalité de traitement entre les chaînes est ici patente. Nous n’évoquons même pas France Info, encore jeune antenne en 2004, qui a vu depuis sa masse salariale augmenter de 125% ! »

Pendant dix ans (2017-2026) Voinchet comme les autres Directrices et Directeurs de chaîne se sont agenouillés devant les chiffres d'audience et ont redoublé de superlatifs pour dire que "tout augmentait". Façon habile de cacher "tout ce qui diminuait" et qui obligeait ces Directions à tailler dans le lard de la… production. Un comble. Si le métier de la radio publique est de produire et diffuser des émissions, c'est toujours sur cet ADN-là que les dirigeants tapent et coupent les vivres en premier. Quand, dans le même temps, l'armée mexicaine de cadres (inutiles) est devenue pléthorique. 

Auditrices et auditeurs "perdus en mer" se sont regroupés dans un groupe Facebook "Sauvons la FM. Sauvons France Musique" coordonné par Frédéric Cherpe. Chacun se démène pour interpeller politiques, professionnels de la profession et particulièrement Radio France toujours très habile pour proposer des solutions qui ne répondent en rien aux préoccupations légitimes des auditrices et des auditeurs.

La conclusion des signataires de la lettre ouverte est frappée au coin du bons sens et de l'histoire même de la radio publique. Mais tristement le bon sens et l'histoire n'appartiennent ni au staff de Radio France, ni à sa Présidente Sibyle Veil !

"La marque Radio France n'est pas réductible à l'information. Elle s’est toujours singularisée par un équilibre subtil entre ses propositions culturelles, politiques, divertissantes… Ce juste équilibre, aujourd’hui mis à mal, ne devrait-il pas précisément être préservé au moment où le chaos informationnel rend le présent si anxiogène ? » CQFD.



samedi 26 septembre 2026

Raymond Queneau… si tu t'imagines ! (France IV- Haute Fidélité)

Si tu t'imagines Raymond… Si j'ai pris la peine de préciser "France IV-Haute Fidélité" (1) c'est bien pour t'assurer que ce n'est pas sur France Musique qu'en 2026 tu pourrais entendre du Queneau. Pas plus sur France Culture et encore moins sur France Inter. Pourtant c'est bien grâce aux "Nuits de France Culture" et à Albane Penaranda sa productrice que, dès cette nuit prochaine, on pourra écouter en six épisodes "Raymond Queneau en chansons" (2) produits par le grand Jean Chouquet. La chanson sur France Musique aujourd'hui, c'est portion très congrue ! Un peu le samedi matin ("Tour de chant", Martin Pénet), le samedi midi ("Retour de plage", Thierry Jousse, Laurent Valero) et point final. Honte à cette chaîne de programmer presqu'exclusivement de la musique classique et du jazz. Marc Voinchet, son ex-Directeur, ni même Stéphane Grant, ex-Directeur des programmes n'ont rien fait pour proposer de la chanson en quotidienne … des fois que ça ne serait pas de la musique !!!!!

Raymond Queneau (1903-1976)

















Pour écouter ce programme vous pouvez rester éveillés cette nuit et croiser les chansons du poète. Auditrice, auditeur "Si tu t'imagines" que le "couple" Queneau/Gréco fonctionne au petit poil, tu es dans le vrai et tu pourras constater la modernité définitive de cette chanson. Mais, quand c'est Queneau qui lui-même se raconte, on sourit à cette voix typée, à sa scansion et à son ton (inimitable). Les chansons s'enchaînent sans verbiage (inutile), on en découvre beaucoup et on se demande pourquoi on les a si peu entendues ou même pas du tout. Queneau explique ses créations littéraires et poétiques, je devrai dire chansonnières, avec simplicité et légèreté.

Et si vous ne résistez pas au sommeil vous pourrez demain dimanche démarrer d'un bon pied et d'une bonne oreille, changer de siècle, changer d'humeur, changer de tempo.

"Les beaux jours s'en vont les beaux jours de fête
soleils et planètes tournent tous en rond
mais toi ma petite tu marches tout droit…"
"Si tu t'imagines". Raymond Queneau

(1) Fondée en 1954, sur la RTF, c'est d'abord un programme musical expérimental en FM à l'initiative du poète Jean Tardieu. Aussi créateur du Club d'Essai (1946). Cette chaîne devient RTF Haute-Fidélité en octobre 1963, puis est rebaptisée France Musique le 8 décembre 1963 par Roland Dhordain,
(2) "Chansons d'écrivains".

















Le programme : 
1/Raymond Queneau chanté par Juliette Gréco, 2/Raymond Queneau : "Proust serait le lauréat idéal du Goncourt, pour le style et la construction du roman", 3/Raymond Queneau, du Havre à Paris, en chansons, 4/Raymond Queneau : "Je crois qu'il est difficile d'écrire après le cinéma", 5/La banlieue de Raymond Queneau en chansons, 6/Raymond Queneau, la langue écrite et la langue parlée, 7/Les chansons burlesques de Raymond Queneau, 8/Raymond Queneau à propos de "Battre la campagne", 9/Quand la poésie devient chanson, 10/L'archipel Queneau : un voyage à travers dix romans de l'écrivain, 11/Quand Raymond Queneau évoquait son "Voyage en Grèce", 12/"En chanson et en poésie, on écrit ce qu'on peut et ce qu'on doit"

vendredi 25 septembre 2026

Nuits magnétiques : Lozère désert… vivant !

C'était l'hiver 89… (1989) ! Dire "l'hiver 89", me fait penser à Giono qui, quelques années auparavant, contait avec son Hussard (sur le toit) l'épidémie de choléra en 1832 qui, en France, fit des ravages. Donc mi-décembre 1989, les "Nuits magnétiques" nous emmènent en Lozère avec Joël Vernet (Producteur) et Christine Robert (Réalisatrice). J'ai déjà un peu écrit sur le sujet, mais là nous disposons à la réécoute d'un épisode (sur 4). "Le jardin où contempler la neige" (1). Et déjà ce titre si évocateur nous invite à faire un saut de puce, sauter une saison pour se mettre dans l'ambiance d'un hiver loin de chez nous, comme dans un autre monde (2).


 


















La rediffusion c'est bien, mais on y perd la temporalité de la présentation par Alain Veinstein des quatre nuits lozériennes. Plus de quatre minutes où, le producteur des "Nuits magnétiques", s'engage dans le sujet et tisse déjà une histoire pour mettre en valeur les équipes qui ont réalisé le doc (3). "La Lozère on en fait presque une personne, on n'en parle pas comme d'un pays, et quand on dit "En Lozère ça va pas marcher" j'ai l'impression qu'on attaque une personne et pas un lieu" dit Jeanine Brager. Je rêve de m'asseoir devant la porte et de regarder que le soir tombe…" Ça vous parle ça, non ? Cette sagesse, cette simplicité, cette douceur de vivre dans un pays rude !

Et puis ça parle de l'hiver, mais pas de l'hiver de carte postale "Mon beau sapin…". L'hiver rigoureux, l'isolement provoqué par la neige, des froids glacials et, de comment femmes et hommes se fondent dans ce climat-là, sans jamais que l'on entende parler d'elles et d'eux (4). Repliés sur leur vie par nécessité et obligation. 

Les carillons des cloches des brebis et des moutons ne sont pas là pour "faire bien dans le décor" elles sont le quotidien de celles et ceux qui veulent bien entendre et mieux encore écouter la vie qui passe. C'est le lot des habitants de ce pays. Un repère. Une présence et sûrement une forte complicité avec la nature. "Ça parle simple et vrai" comme aurait pu dire Giono, même s'il n'était pas de ce pays-là ! "Il y a un côté assez terrible de la nature ici" précise Jeanine Brager. L'eau des ruisseaux qui coulent à bon débit et les cloches du village n'ont pas besoin de commentaires. Et les silences juste entrecoupés des bruits ou des bestioles de la nuit nous imposent d'entrer dans ce pays. À pas lent et sans bruit. Tous les sens en éveil. Contre le vent sonore et persistant.

Ce vent, ces cloches, ces animaux sont en pleine vie comme l'étaient les "Nuits magnétiques". Aujourd'hui, aux heures initiales de diffusion du programme, France Culture a fait le choix de rediffuser une partie du programme du jour. Soit casser la continuité temporelle et bien se moquer qu'auditrices et auditeurs aillent VOIR ailleurs, quand il n'y a rien de frais à écouter à la radio. Le redire encore une fois, s'il existait "Radio Archives" nous pourrions avoir plus facilement accès à ces quatre épisodes, sans qu'il soit nécessaire d'en ajouter d'autres en "collection". Plutôt que d'empiler, il s'agirait d'éditorialiser. Mais ça ni l'Ina, ni Radio France ne veulent en entendre parler, des fois qu'on serait tentés d'écouter la différence…

(1) Épisode 2 : Une vallée noyée, Naussac / 3 : Au fil du temps / 4 : Du mont Lozère on aperçoit le monde, 
(2) Il y a trois semaines Antoine Dhulster consacrait sur France Culture, une nuit à Martin de la Soudière, ethnologue, 
(3) Un gouffre avec le désastre des micros d'intro de Perrine Kervran, coordinatrice pour LSD qui se contentait chaque jour d'un inventaire sans âme qui n'apportait rien au doc, mais qui souvent déflorait le sujet. N'est pas Veinstein qui veut !

(4) Sauf dans Radio Solitude,

mercredi 23 septembre 2026

FIP : CQFD… (Ce Qu'il Fallait Dire)…

Les animatrices de Fip ont la parole et la voix pour dire, trois cent soixante cinq jours par an, des choses simples, des mots doux, des pirouettes, des rimes cacahuetes, des annonces et quelques désannonces… Tout ça à la bonne heure et dès l'après-midi à la façon d'autrefois. Il est trois heures, il est cinq heures Fip s'égaye. Mais voilà que quelques jours après le scud envoyé par Jean-Baptiste Chabran dans Libération le 12 septembre, à l'antenne (le 14) Émlie Blon-Metzinger, animatrice, va évoquer avec tact et subtilité la couardise du journaliste sans qu'il soit utile de le citer. On pourrait dire avec grand art. C'est surtout une très jolie façon de renvoyer Chabran dans les cordes. C'est mérité. Dit et bien dit !

Émilie Blon-Metzinger










Alors justement les mots doux des animatrices ne sont pas doucereux (1). Ils sont dans le tumulte de nos vies, un peu d'apaisement, quelques pas de côté et surtout une légèreté qui manque beaucoup à Radio France. Radio France qui confond légèreté et humour, particulièrement quand l'humour est de plus en plus lourdingue et pas drôle. Donc voilà les quelques mots d'Émilie : "… dans mon dictionnaire, j'ai trouvé doucereux, doucereuse, j’ai senti que derrière la douceur apparente il y avait quelque chose de plus, quelque chose de pas joli, quelque chose de péjoratif… Eh ben, j'ai pas été déçue, ni contredite. Je cite la définition du dictionnaire "adjectif qui qualifie ce qui a une douceur fade, excessive ou déplaisante, synonyme douçâtre, mielleux, sucré, enjôleur…" La réponse de la bergère au berger !

Et pour que le tableau soit complet Émilie, s'adressant à son fils, ajoute,  : "… Si un jour une quelconque personne dit de toi que tu es doucereux, je t’en conjure sois l’inverse, sois caustique, sois ferme, sois rude, sois sec, sans jamais perdre ton humour. Dans le dictionnaire, que j’ai toujours avec moi, il y a d’autres mots, il y en a plein… J’ai trouvé respect, précaution, connaissance et, pour ceux qui t’embêteraient vraiment, tu pourras leur dire que la couardise et la poltronnerie s’opposent à la bravoure…". Voilà donc Chabran habillé pour l'hiver. Avec tact et finesse, Émilie a su renvoyer la balle d'un coup droit bien lifté. C'était le moins qu'il fallait faire. Le moins qu'il fallait dire. CQFD !

(1) "Un seul conservatisme un peu suranné demeure : la présence à l’antenne de voix exclusivement féminines et doucereuses, les fameuses «Fipettes»". Les mots de Chabran dans Libé, cité.

mardi 22 septembre 2026

France Inter : le train de 7h58 a déraillé !

La mécanique au cordeau de la matinale de France Inter (à la minute près) peut avoir, comme à la SNCF, des ratés. Ici, en radio, il ne peut-être question d'aiguillage, de panne de circuit électrique ou d'absence de contrôleur. Ce lundi matin 21 septembre tout est en place (la grève a été levée) mais, à 7h58, pas d'interruption intempestive de la conversation en cours (1) par un quelconque olibrius censé venir détendre l'atmosphère. Détendre l'atmosphère volontairement tendue par l'équipe des matinalières et des matinaliers ? Et puis pourquoi cette incise furtive dans un programme d'informations ? Pour faire diversion ? Pour dire  "aller, on est cool, on va vous faire rire" ? Non rien de tout ça il y a lurette qu'Inter s'est calée sur la concurrence des privées pour garder auditrices et auditeurs à l'écoute, coûte que coûte. Quitte à ce que ça disperse l'attention, quitte à ce qu'une matinale ne soit plus qu'une opération de gavage des oies (blanches, forcément blanches) quitte à ce que, sans transition, tout se confonde sur le même plan.

















Thomas Poitevin "conducteur officiel du 7h58" a donc décidé de lui-même de sortir du jeu. Son "jeu" arrivant à ne faire rire personne - quand, en plus l'humoriste se déguisait chaque jour (2) - donc, ne faire rire personne et surtout pas ceux qui, autour de la table du studio, ne se font jamais prier pour faire la claque ! La claque c'est surtout Céline Pigalle, Directrice d'Inter, qui l'a prise quelques heures avant ou après que Charles Sapin, journaliste, Directeur adjoint de "Valeurs actuelles" avait décidé de mettre les bouts. Bout à bout ces deux départs ne peuvent donner autre impression que celle de la pagaille. Combien de temps auditrices et auditeurs vont continuer à prendre le train de la "Grrrrrraaaaande mââââââtinale" si les trains sont annulés et qu'on ne sait toujours pas s'ils seront remplacés.

Je préfère me souvenir du "3h10 pour Yuma" jamais en retard pour livrer une "belle histoire". Le "7h58" d'Inter vient de montrer ses limites, par quoi va t-il être remplacé, une "Micheline" (uh ! uh! uh!), un TER, ou un TGV ? Ne rêvons pas, avant de disposer d'un "InOui" il faudra sans doute quelques déraillements égarements, alors qu'il suffirait sans doute de remettre l'humour à sa place et non pas tout le temps et n'importe quand. Pour cela il faudrait une vrai Directrice ou Directeur de programmes et depuis la nouvelle grille il n'y en a pas. Et, sans "conducteur" (3) ça ne marche pas !

(1) Fabien Roussel, dirigeant du PCF et Benjamin Duhamel, journaliste,
(2) Se déguiser à la radio c'est un peu invisible, non ? Ce choix montre bien la nullité du staff qui n'a pas bien compris ce qu'est la radio ! Et on se fout que la matinale soit filmée !
(3) Le conducteur en radio est le document de préparation et de suivi d'une émission, l'ordre chronologique et le minutage précis de toutes les séquences qui seront diffusées à l'antenne. C'est la marche à suivre.

lundi 21 septembre 2026

Radio France : Il faut savoir arrêter…

Comme le disait Maurice Thorez (1900-1964), dirigeant du PCF (Parti Communiste Français) "Il faut savoir terminer une grève dès que la satisfaction a été obtenue" (1936). C'est fait ! L'intersyndicale de Radio France a décidé samedi dernier, après l'annonce de Charles Sapin de quitter France Inter, d'inviter les salariés à reprendre le travail ce 21 septembre. Mon titre de billet choisi "arrêter" face au verbe initial de Thorez car, à Radio France, il faudrait arrêter beaucoup de choses, à commencer par prendre auditrices et auditeurs pour des billes !

Maison de la radio, Paris XVIè,
















Arrêter de survaloriser l'info au point d'affaiblir les programmes. C'est surtout valable pour France Inter mais ça l'est aussi pour France Culture. Que la Présidente de Radio France arrête de ressasser le mot "polariser" quand elle laisse la Directrice d'Inter, Céline Pigalle, polariser les dimanches avec l'infotainment (Demorand & Baddou). Arrêter de rediffuser les rediffusions. Arrêter de nous faire avaler les couleuvres du pluralisme. Arrêter de mettre l'humour au-dessus de tout quand il finit par être au-dessous de tout. Arrêter le jeu de chaises musicales à France Inter qui donne surtout l'impression d'une grande pagaille (1).

Arrêter de tout surnommer avec les adjectifs grand/grande, les abréviations XXL,… Arrêter les recrutements extérieurs venant le plus souvent de la télé privée. Arrêter d'empiler l'armée mexicaine de cadres, improductifs et coûteux. Arrêter de nous vendre "l'arrêt programmé de la FM" quand plusieurs pays européens (dont la Norvège, et la Suisse cette année) font machine arrière. Arrêter d'imposer France Info sur les antennes de France Musique quand la couverture du territoire national par France Inter suffit à informer la population en cas de catastrophes ou de conflit. Arrêter de faire mâchouiller la revue de Presse de France Inter. Arrêter de désingulariser France Culture en lui faisant singer France Inter. Arrêter de RTL-iser France Inter. Arrêter de passer le son, les voix par pertes et profits. 

L'énoncé n'est pas clos. Il faut savoir arrêter de se prendre pour les meilleurs ! La sentence médiamétrique pouvant, très vite, remettre les pendules à l'heure et donner du grain à moudre aux tutelles pour, un peu plus encore, tailler dans le lard du financement de la radio publique. Au risque qu'après Mouv' d'autres chaînes soient contraintes de quitter le navire. Alea jacta est…

(1) Hamadi, Voinchet, Goumarre,…

dimanche 20 septembre 2026

Kriss : tant de dimanches… en roue libre !

La valeur cardinale du dimanche est sans doute celle du repos, du pas de côté, de prendre l'air et de souffler. Jacques Santamaria, Directeur de France Inter (1996-1999), dans l'esprit de l'Oreille en coin (Jean Garretto & Pierre Codou, 1968-1990) veut donner aux dimanches un autre ton que celui de la semaine. Santamaria sait prendre son risque. Choisir Kriss et la laisser en roue libre c'est accepter que l'animatrice/productrice dégoupille les convenances, saute sur tout ce qui bouge, furete dans tous les coins en y ajoutant le charme de son espièglerie. Si j'écris ce dimanche c'est parce que sur Inter ce n'est pas dimanche. Céline Pigalle, Directrice de la chaîne nous gave d'info, d'actu et d'infotainment, à faire fuir. Et j'ai fui. 

Kriss















Donc "La Kriss", comme elle se nommait quelquefois, régalait nos dimanches après-midi (14h/17h) et ses invités étaient aussi éclectiques qu'elle l'était. Ses choix s'appuyaient sur une bonne dose d'humanité, d'intelligence, d'empathie et d'une certaine "rage de vivre". Trois heures comme il n'y a plus jamais eu trois heures d'émissions consécutives sur Inter. Quelques invités piochés ici ou là (1). Pas de masterclass boursoufflées de suffisance. Pas de trémolos tendance Devillers. De la finesse, de la joie et de l'empathie. Les clefs de la réussite.

J'ai dans mes propres archives, en cassette, le "Dimanche en roue libre d'Edgar Morin" (réalisatrice, Michèle Bedos). Mon appareil à cassettes est H.S. Il me reste le petit résumé que je faisais pour chacune de mes archives. Avec simplicité, sans emphase ni académisme, Morin (1921-2026) se raconte et raconte. Et Kriss de relever que le sociologue se targue aussi d'être "contrebandier". Lire naviguer entre plusieurs disciplines scientifiques. On a beau être dimanche, Kriss met à notre portée la "science" de façon simple, compréhensible et tout d'un coup facile d'accès. C'est la grande qualité de l'animatrice savoir faire transmettre ce qui pour le commun serait vraiment si compliqué.

Le temps long permet, sans stress et excitation, d'être avec un invité dans la conversation. La conversation du réel de la vie. Avec ses sauts de puce, ses retours en arrière et ses bonds en avant. Le temps long en radio nous permet de rentrer dans le sujet, d'être avec le sujet, d'être "dans la radio" et de ne pas avoir envie d'en sortir trop vite. À défaut de vous proposer la réécoute de ce dimanche-là, vous pourrez écouter ici trois épisodes des "Portraits sensibles" que Kriss avait consacrés à Noëlle Herrenschmidt, reporter-aquarelliste. L'aquarelle va bien au dimanche.

En roue libre, sur mon vélo, je vais continuer à prendre du champ… (avec la radio entonnoir). Aujourd'hui est un autre jour ;-)

(1) De septembre à décembre 1996, quelle "équipe" ! Bernard Werber,Yves Coppens, Isabelle Autissier, Lio, Edgar Morin, Smaïn, Marie Rouanet, Ivry Gitlis, Martin Karmitz, Marcel Rosier, Jean Malaurie, Karim Didri, Yves Simon, Alex Métayer, Guy Savoy, 

vendredi 18 septembre 2026

Tiens, allez, après l'humour, des bonbons par milliers…

Pour Catherine Soulard, productrice à France Culture, on pourrait dire "De la lune jusqu'aux marchands de bonbons" . En effet Catherine sait passer d'un sujet très sérieux à une petite gourmandise dont on essaiera, le temps d'une "Nuit magnétique", d'oublier que les bonbons peuvent avoir des effets sur notre santé. On est à quelques jours de la fin de l'année 1995, avant la trêve des confiseurs. Allez, on se lèche les babines. Régalons-nous… (1)


















Philippe Garbit, producteur des Nuits d'alors, nous fait saliver quand il évoque le papier froissé qui protège le bonbon. On est en condition. C'est sûr, on va retourner en enfance. Soulard nous fait toujours voyager et, quand elle aborde les rives de l'enfance, elle nous touche au cœur et nous enveloppe de sa part d'insouciance et de fraîcheur. C'est d'ailleurs un enfant, Anne-Charlotte qui, en ouverture, énonce les noms de plusieurs bonbons. 

Puis Catherine dit "Je me souviens des bocaux de la confiserie où Colas nous emmenait ma sœur et moi. Les sachets de papier translucide remplis de pastille de menthe givrée, ni blanches ni bleues, ni blanches, ni rouges. Je me souviens du distributeur automatique du métro, des petites boîtes rouges et noir, pleines de cachous tout rouges. Je me souviens des retours d'école quand, après le pain et le chocolat, nous fourrions nos mains dans les poches de Colas, nous en revenions cargés des bêtises de Cambrai, de sucres d'orge et de bonbons en forme de tranches, orange ou citron,… Je me souviens que c'était notre enfance". Alors si les Carambar coûtaient 10 centimes, les miens n'en coûtaient que 5 et pour 1Franc on en avait vingt ! De quoi se régaler le samedi soir.

Les "marchandes de bonbons" sont formidables et on voudrait courir dans leur boutique et juste voir ce qu'elles décrivent avec passion, savoir et gourmandise. Mais quand catherine Soulard veut s'acheter des bonbons avec 4,70 Francs c'est juste adorable de roudoudou. Hein quoi, des francs ? Ben oui il faudra attendre six ans pour voir débarquer l'Euro ! Et il aura fallu que j'atteigne mes … ans pour connaître l'origine du mot "Zan". "D’où vient le mot "Zan", qui désignait un rouleau de friandise à la réglisse ? L’émission donne la réponse : en 1884, Paul Aubrespy, gendre du directeur d’une fabrique de suc de réglisse à Uzès, dîne dans un restaurant parisien avec des amis. Au dessert, il entend, à une table voisine, un jeune enfant s’écrier en zozotant : "Maman, z’en veux ! Donne-moi-z’en ! ". Le 7 juillet de la même année, il dépose la marque Zan à Uzès. Elle existe toujours, tout comme l’usine. (2) Et la recette du "tu nous gâtes" deviendra le 'nougat". O ma doue (doué), prodigieux !

Cette ode aux bonbecs est vraiment impec ! J'ai réussi à ne pas manger un seul bonbon. Merci Catherine de nous avoir tenté de retomber en enfance le temps d'une nuit magnétique sucrée. Avec en prime votre rire et sa part d'enfance qui colle bien au sujet. On vous sent complice, coquine et espiègle même ! C'est assez rare en radio d'avoir cette intimité. C'était aussi le cas avec Kriss et Noëlle Breham

(1) J'ai d'abord écouté pour le plaisir, puis une deuxième fois pour rédiger ce billet,
(2) Sur la page de l'émission.

jeudi 17 septembre 2026

Bertrand Jérôme : de l'humour de très haut vol à France Culture…

Si vous vous pâmez ou vous extasiez aux mots d'Aram, de Morin, de Vanhoenacker, de Poitevin, de Saint-Sernin plus toute la clique qui ricane dans "Franche Culture" surtout, mais surtout n'allez pas tendre l'oreille vers l'émission hommage à Bertrand Jérôme, ses "Papous" et ses "Décraqués". Du très haut vol d'humour, de jeux de langue (française), de complicité intellectuelle d'une vraie "bande originale" et avant les ratons-laveurs de Prévert, une palanquée de mots d'esprit et de gourmandises de paroles qui ne lassaient jamais de nous faire rire… Six-cent-dix neuf épisodes disponibles sur le site de l'émission !












Autant dire que je me suis régalé ! Le petit bonheur quotidien des "Décraqués" qui, à l'heure du café faisait un bien fou. Et le dimanche c'était l'extase. D'ailleurs il valait mieux ne pas être à table si on voulait s'en payer une tranche !

"Le sens de l'humour ça devient aussi bête qu'un costume trois pièces" disait Jérôme et, pourtant, l'humour sur Inter ou sur d'autres chaînes est devenu un formalisme, un passage tellement obligé que l'humour n'a plus d'humour du tout… et surtout ne fait plus rire ! Un comble ! Bertrand Jérôme explique, à partir d'un texte : "Qu'est ce qui passe par l'oreille ? C'est pas évident." C'est pour ça qu'écrire pour la radio, parler à la radio c'est bien plus que d'être dans la conversation badine du quotidien. "L'oreille a besoin des répétitions du langage". Une évidence pour qui a compris comment on fait de la radio !

À la rentrée 2018, Françoise Treussard : "Le manque de reconnaissance et de bienveillance de Sandrine Treiner [Directrice de France Culture] m’a acculée à faire ce choix difficile [d'arrêter l'émission plutôt que d'accepter un ersatz, ndlr], notamment par rapport aux vrais Papous et surtout aux auditeurs." Lundi 27 août 2018, sur la page Facebook de l’émission, elle annonçait : «Nous avons du chagrin mais Les Papous ne sont pas une petite entreprise que l’on reprend comme ça en claquant des doigts ! On se reverra peut-être pour un dernier tour de manège.» (Télérama 28 août 2018, Carole Lefrançois).

Les Décraqués ici, là et encore ici. La présentation du livre "Des papous dans la tête"… Et l'article de Libération qui rend compte de la fin des "Décraqués" à la rentrée 2004. 

Et petite cerise sur le gâteau un extrait de "La nuit rêvée de Gotlib" ami et ex-compère des Papous.

mercredi 16 septembre 2026

Radio France : perte de sens, le fond et la forme !

De plus en plus les émissions de radio tiennent l'antenne avec des subterfuges. Des subterfuges de fond et des subterfuges de formes. La communication s'arrangeant pour envelopper tout ça dans un boulgi-goulba phénoménal. Avant d'évoquer le fond j'aimerai m'attarder sur la forme. La première forme en radio c'est la voix qui longtemps a été sanctifiée avec ce constat "elle/il a une voix de radio" (1). Critère d'excellence aujourd'hui disparu aux oubliettes de l'Ina. "On" recrute des têtes de gondole et la voix n'est jamais une condition d'embauche. Jamais plus. Et même si la radio n'est pas encore totalement saturée d'images, ce qui compte c'est justement l'image que donne telle ou tel à la radio. Les recrutements médiatiques ont pris le pas sur les recrutements en phase avec l'essence même de la radio : les voix. Et mieux les voix multiples, singulières, typées. Depuis vingt-cinq ans (et peut-être même un peu plus) les recruteurs, lire les dirigeants, ont passé par pertes et profits cette valeur cardinale. Eux-mêmes arrivés là on ne sait pas comment ou plutôt si, on sait que ce sont surtout les effets de mode, de tendance qui ont fait se plier les décideurs à l'air du temps. Et principe universel "les temps changent" comme le chantait Bob Dylan. 

Le Titanic…










Les temps changent au point de changer jusqu'au fond de ce qui constitue la radio du XXIè siècle. Pour ce qui concerne la radio publique, le fond est d'abord subverti par les titres donnés aux émissions. Comme en TV ou au cinéma il faut capter l'attention de l'auditrice et de l'auditeur et donc le plus souvent possible raccourcir le temps d'antenne sur un même sujet et/ou sur une même séquence. Les matinales de France Inter ou de France Culture en sont des exemples criants. Pour garder les auditeurs … "en ligne" on a parsemé ces longues sessions de chronicroquettes à foison. Sautant - sans transition et quelquefois sans jingle - d'un conseil conso à un édito péremptoire, d'une Revue de Presse bâclée (sur Inter) à un avis tendancieux sur une tendance (futile forcément futile) du moment. Moment raccourci au quart d'heure et moins si affinités.

Mais pour pousser encore plus loin l'art du subterfuge, la farce a consisté à raccourcir toutes les séquences et, pour donner le change, les intituler avec un adjectif qui exprime le contraire du raccourci. Le champion du monde de ce raccourci est l'adjectif grand/grande qui inonde tellement de séquences de la matinale d'Inter qu'on se demande bien jusqu'où ira cette croissance en taille (2). On frisera peut-être alors les géantes/géants, les super géantes/géants ou les maxi géantes/géants qui pourront très vite être rassemblées sous le vocable XXL, déjà en usage sur France Culture (euh France, pas Franche) (3). Heureusement, quelque part, ailleurs, il reste "Mon petit France Inter" pour les petites auditrices et les petits auditeurs.

Autre subterfuge de saison, le mot Revue (de presse) qui sert d'écran de fumée quand, la dite revue, est un tout petit échantillonnage de la presse qui paraît en France chaque jour, chaque semaine, chaque mois ou chaque trimestre. Une revue… de presse se doit d'être large, de différencier le quotidien régional du quotidien national, de l'hebdo pipole de l'hebdo engagé politiquement. D'un passé radiophonique glorieux qui sanctifiait la R.P. faisons table rase. Et sombrons dans le pire que la radio ait pu produire : la revue de Presse de Marc Voinchet sur France Inter (4). Qui gâche le fond comme la forme. Un accident industriel digne de celui qui a vu, autrefois, remplacer Bouvard aux "Grosses têtes" (RTL) par Christophe Dechavane. Ce dernier finissant KO debout, seulement quatre mois après ses débuts fin 2000.

Ce fond et cette forme se télescopent mal sur Fip si les animatrices se contentent de dire l'heure ou de chercher autre chose à dire que l'auto-promo, les partenariats et annonces désincarnées. Celles qui se creusent, sortent des sentiers battus, rejouent l'école buissonnière, nous font changer d'ère (quand les airs du programme musical sont si variés), font de la forme un fond solide, écoutable et stimulant pour nos neurones. Ici sur Fip, la voix est peut-être encore un peu plus importante que sur les autres chaînes. Pourtant quelques recrutements récents ne vont pas dans ce sens.

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Si à ce tableau catastrophique on ajoute le recrutement "hasardeux" de Charles Sapin, Directeur adjoint de "Valeurs actuelles", pour l'édito politique du dimanche matin sur France Inter, on entend bien que Radio France et France Inter, en torpillant la forme vont finir par toucher le fond ! Iceberg droit devant !

(1) Jacques Santamaria, ex-Directeur des programmes de France Inter  (1996-1999) me précise : "J'ai construis la grille en tenant compte aussi du caractère des voix. Une «voix de radio», c’était bien, mais pour quel emploi ? Les voix du matin ne sont pas celles du soir, et le «grain» du conteur n’est pas celui du reporter."

(2) Dans la Grande matinale il y a "le grand entretien" (24'), "le grand reportage" (4'), " le grand portrait" (22')… Pour France Inter 4' valent 24' ou 22'… c'est mathématique ! La chroniqueuse du mardi a échappé à l'adjectif pour sa chronique "Dans la [grande] bouche de Sophia Aram". Dès la fin de la Revue de Presse de 6h15, celle de 8H45 (6') est distinguée comme "Grand format".

(3) Si l'on a pris soin d'ajouter XXL ce n'est pas par hasard. C'est, en creux, affirmer que c'est tout petit, que ce n'est qu'une fois/semaine, le vendredi midi quand, autrefois à cette heure-là, le "Panorama" c'était tous les jours. La supercherie est cousue de fil blanc. Mais ça passe crème. Crème comme l'indigence des titres en anglais le "Book club" ou "Soft power" de Richeux et Martel (les Roux et Combaluzier de la radio)

(4) Hier matin dans celle de 6h 15, il traduit l'acronyme AOP par "Appellation d'Origine Contrôlée" !!!! On aurait tendance à dire qu'il ferait mieux, lui-même, de se contrôler !