lundi 25 avril 2022

On est passé à côté du bonheur… (il ya plusieurs années déjà !)

Mercredi prochain, le dessin de Reiser en une de Charlie hebdo nous manquera. Comme Reiser, lui-même, nous manque depuis sa disparition fin 1983 (1). Car les résultats de l'élection présidentielle vont nous imposer très vite un bouleversement civilisationnel avec la disparition de la CAP et la perspective pour l'audiovisuel public de voir son budget voté annuellement. À la hausse ou à la baisse. Soit une corrélation directe avec le pouvoir et le risque absolu d'une perte d'indépendance et de liberté éditoriale. Autant dire une fois de plus que la politique drastique de Bercy de réduire les masses salariales et les moyens de fonctionnement de l'audiovisuel public va pouvoir s'appliquer d'elle-même.









Comment dans ces conditions envisager les C.O.M. (Contrats d'Objectifs et de Moyens) à 5 ans quand aucun financement public ne sera garanti sur le moyen terme ? Comment anticiper des programmes, des investissements quand, chaque année, tout peut être remis à plat ? Comment dans ces conditions l'investigation va pouvoir perdurer et comment l'auto-censure ne va pas devenir la règle absolue ? Avec comme épée de Damoclès le risque pour les saltimbanques de déplaire au(x) pouvoir(s) et de devoir - du fait du prince (2) quitter l'antenne. Et pour les journalistes celui de s'interdire les sujets qui fâchent. Des scénarios bien pire que pendant la période ORTF (1964-1974).

Attendre et voir… Les élections législatives pourraient établir d'autres perspectives. Pourraient… Les huit mois qui viennent seront décisifs pour constater - avec le vote du budget de l'État - la nouvelle donne et se faire à l'idée que des chaines de radio pourraient disparaitre, que des moyens de production vont se focaliser sur le numérique, que la plateforme Radio France pourrait très vite remplacer les chaines hertziennes. Que France Bleu sera absorbée par France 3, France info/radio par France Info/Tv (3). 

On se demande bien quand les Françaises et les Français vont prendre conscience des enjeux de la consolidation d'un audiovisuel public pluraliste, au risque qu'ils ne découvrent une fois acté, les méfaits de l'abandon de la CAP. 

Ce n'est qu'un combat, continuons le début. Coluche

(1) Radioscopie 15 octobre 1980, (madelen, abonnés),

(2) Faits du Prince : Chirac, 1er Ministre (1974) fait virer le patron d'Europe n°1, Giscard Président (1974) dissout l'ORTF, Hollande qui pose les bases de la fusion Radio France/France Télévisions cérémonie du cinquantenaire de Radio France en 2013, Macron qui pousse et casse une loi audiovisuelle qui aurait vu la fusion de toutes les sociétés audiovisuelles publiques,

(3) Mouv' (l'impératif fixé en 2014 par M. Gallet, Pdg de Radio France d'atteindre les 1% d'audience jamais réalisé depuis) à l'encan ? Quid de France Musique et Fip ? Sur le web ? Et les quatre formations musicales de Radio France ?

dimanche 24 avril 2022

Frehel… le bon cap !

Olivier Chaumelle, documentariste à France Culture, nous offre une jolie fresque mémorielle de Frehel, chanteuse réaliste (1891-1951). Telle qu'elle est et surtout telle qu'elle a été. Mais puisque le documentaire (réalisation Marie Plaçais) s'intitule Marguerite Boulc'h, je commencerai par vous parler des origines finistériennes de la chanteuse…

Marguerite Boulc'h












Boulc'h voilà un patronyme pas facile à prononcer en français. Chaumelle et quelques autres disent - par défaut - Boulch(e) quand, en breton, on dit Boulrr (le c'h se prononce comme en allemand !). Ses deux parents sont natifs de Plougasnou (comme l'était Michel Le Bris d'ailleurs). Et Boulc'h, s'il fallait traduire, veut dire entame (du pain, par exemple qui donne le croûton). Ici, comme pour plusieurs patronymes bretons, ce mot renseigne sur une particularité physique qui là concerne le visage et qu'on peut traduire par "bec de lièvre" (ou déformation de la bouche). Ce n'est pas le sujet je ne vous traduirai donc pas les Penneg, Frieg, et autres Skouarneg (en breton eg se dit ek).

Chance, ce doc s'inscrit dans "Toute une vie". On peut profiter d'un récit de 58' consécutives plutôt que les deux tranches napolitaines d'Une histoire particulière, découpée de façon inutile. Audibles l'une le samedi, l'autre le dimanche. La grosse ficelle de la recherche de "clics" est très voyante et ridicule !!!! 

Chaumelle et sa réalisatrice ont réuni les témoignages sensibles pour faire émerger Frehel parmi les chanteuses réalistes de l'époque. Même si, sans mauvais jeu de mot, Damia tenait aussi le haut du pavé ! Arte avait diffusé un très joli documentaire sur la dame en noir (voir teaser ci-dessous).

Connu pour son sens des formules à plusieurs sens, Chaumelle parle d'un personnage en puzzle. Cécile Maistre-Chabrol rétorque "Elle était dépuzzlée, elle. Entière et dépuzzlée". Bigre ! On ne cherchera pas à recomposer ce puzzle, le documentaire brossant bien les visages (c'est la cas de le dire quand chacun reconnaît que le physique de Frehel s'est beaucoup transformé). Quand est évoqué "Pépé le moko" (Julien Duvivier, 1937), je me rappelle cette scène, très émouvante" où Frehelaprès avoir placé le 78t sur le phonographe, chante par dessus sa chanson "Où est-il donc ?".

Réaliste aussi dans son propre dialogue. Ce réalisme est poignant car il dit aussi bien la misère que la légèreté, le malheur que les guinguettes, le bonheur que la fatalité. Frehel c'est un flot d'images en N&B. De la vie ouvrière, des fortif's, des voyous et autres gigolos. Du peuple de la marge. Des filles de l'eau. Et de la coco. De la rue propice à toutes les aventures et toutes les tragédies. De la nostalgie en sautoir…

Frehel, telle qu'elle est, elle me plaît.

Les mordus se reporteront aux 6 épisodes de Martin Pénet sur France Musique. Et là encore !

dimanche 17 avril 2022

Le Blaireau, Pâques beau et un temps nouveau…

Vous avez carrément oublié. Mais carrément oublié cette victoire du Blaireau dans le Paris-Roubaix le 12 avril 1981. 1981 ? Soit vingt-sept jours avant l'élection de François Mitterrand à la Présidence de la République. Une belle victoire d'Hinault accompagnée par l'inseigneur du son Yann Paranthoën. Un choc radiophonique, un souffle tellement plus fort que les images TV. Pâques beau. (Mais pas que beau aujourd'hui le souffle autour ou ce qui ressemblerait à de l'asphyxie.) 

Ça c'est le morceau entendu
sur Fip sur lequel est évoqué
Marseille…


Allez, prendre le bon air. Du souffle. La chanson avec Fip. Un peu de Marseille. Un peu de Provence, un peu les volcans d'Auvergne, le vent du Nord et les sables de l'Atlantique. Changer d'air. Changer d'ère. La musique fait ça très bien. Au soleil, je ne regarderai pas le Paris-Roubaix. Réécouterai demain le doc de Paranthoën. Sûr d'y trouver une autre ambiance. Un rêve. Une pause.

Vous pouvez le réécouter là, sur le player en bas de page !

mercredi 13 avril 2022

Radio-Cité où le génie du "p'tit" Marcel…

"La radio a un formidable pouvoir évocateur". On a beau le dire, le répéter, l'écrire, un quarteron de fanfarons en retraite s'acharne à vouloir la passer par perte et profits. Il m'est agréable, après le chaos vécu dimanche soir, d'évoquer Radio-Cité et le génie de son créateur Marcel Bleustein-Blanchet. France Culture joue son rôle d'évocation en rediffusant dans les Nuits la "Rencontre" de l'inventeur de la publicité et de Patrice Galbeau, en juillet 1984. Il m'est ici agréable d'en faire la réclame !











C'est quand même assez fou d'imaginer les intuitions, les réalisations et la volonté farouche d'un visionnaire d'inventer la radio moderne en 1935 (1). Et la création du premier journal parlé. Juste un tout petit peu plus excitant que l'invention du podcast à partir de la technologie de l'iPod ! Bleustein observe, écoute la vie de son quartier (Montmartre) et comprend la nécessité humaine de l'échange d'informations de proximité. Mais il traverse aussi l'Atlantique pour rencontrer le patron de NBC et tenter de s'en inspirer pour l'adapter au contexte français. Il rencontre aussi George Gallup l'inventeur des sondages et des enquêtes d'opinion dont il fera grand usage pour adapter ses programmes aux désirs de l'opinion !

Avant tout le monde, Bleustein pose les principes de la radio en prise avec le quotidien des femmes et des hommes… de la cité. Son choix - vital - de la publicité, une réponse à son désir entrepreneurial de créer quelque chose qui n'existe pas et qui va répondre à un formidable besoin de communication… moderne. Il joue sur la gaité, la chanson et sur une certaine légèreté pour donner un peu de fantaisie au quotidien. Apogée de popularité assurée avec le radio-crochet. Directeur artistique de la station : Jacques Canetti

Ses principes : une radio de proximité, une radio de spontanéité favorisant l’improvisation permanente. Si ce n'est pas un projet visionnaire qu'est-ce que c'est ? Si la radio de proximité existe aujourd'hui elle n'a rien, mais rien, de spontané. Pas plus que la capacité à improviser (2).

Sans publicité, avec la volonté de s'impliquer localement et d'inciter les habitants à participer, de nombreuses radios associatives et web-radio existent aujourd'hui en France. 
Un p'tit coucou à Radio Pikez à Brest ;-)

(1) Rien à voir avec ce directeur d'Europe 1 qui, sans complexe et avec prétention, avait voulu il y a quelques années "refaire Europe 1" et qui, en moins d'un an, n'avait rien refait. Il a été "remercié" pour avoir accentué la dégringolade !

(2) En juin 1987, Jacques Fayet, producteur à France Culture consacrait un "Bon plaisir" à l'inventeur de la publicité moderne et aussi au créateur de "La bourse de la vocation" . Écouter aussi sa Radioscopie sur France Inter, avec Jacques Chancel, le 17 mai 1977 (sur madelen/ina, abonnés)

mardi 12 avril 2022

Réalité augmentée… j'hallucine ! (suite)

J'ai été un peu vite en besogne hier en m'interrogeant sur la réalité augmentée de la radio. M'enfin ! La réalité augmentée de la radio à France Culture c'est "L'expérience" avec un L majuscule. Soit la farce absolue de la communication qui une fois de plus a pris le pas sur le contenu. Jugez plutôt. Avant que la coordonnatrice de l'émission, Aurelie Charron, n'en fasse une présentation succincte (et absolument superflue) on peut entendre "L'expérience, un imaginaire sans charte, ni format (ah ah ah, ndlr) où l’imaginaire peut s’envoler (ouarffff, ndlr). "Sans format" mais on se fout de notre gueule, grave. Parce que 55' c'est pas un format ? Parce que diffusé tous les dimanches ce n'est pas une case formatée entre 22 et 23 h ? On nous prend pour des cons. L'important c'est de faire croire que "L'expérience" est un espace quasi libertaire où chacun peut y proposer un sujet et le réaliser à sa façon. L'auberge espagnole, sans auberge, sans Espagnol. Et des choix éditoriaux décidés au plus haut sommet de la hiérarchie de la chaine. J'ai nommé Sandrine Treiner, directrice.















Grâce à L'Expérience votre oreille va toucher à la réalité augmentée de la radio. Cet épisode sur un produit culturel français va vous permettre une "Promenade à Disney, immersion hallucinatoire et sonore dans le parc Disneyland". On aurait pu se passer de citer deux fois la marque en une seule ligneAlors voyez-vous la réalité augmentée de la radio vous permet (pour pas cher et sans psychotropes) d'halluciner. On passera sur l'emphase de l'utilisation d'hallucinatoire. Elle aura eu le mérite de nous faire halluciner (grave) avant même d'entrer dans l'écoute de ce documentaire qui n'a vraiment, mais vraiment rien d'hallucinant (1) !


Cette tentative de description ressemble tellement à tout ce qu'on a vu (reportages visuels) et entendu (audio) sur les étoiles dans les yeux des enfants, les ballons, des princesses, les cris, les parents à la traîne d'enfants surexcités, … Et, le fin du fin, la réalité accrue est évoquée pour décrire ce lieu, cette enclave nord-américaine sur le territoire français. Grâce à la réalité augmentée on peut approcher la réalité accrue. Et tant qu'à faire de la réalité affabulatrice. Le (mauvais) tour est joué. Irréel n'est-il pas ? 


Rediffusion (hier) du 12 janvier 2020. France Jolly, productrice, Céline Ters, réalisatrice.


(1) L'intervention du conducteur Cédric Gentil est intéressante et aurait pu être l'angle d'approche de ce documentaire. "Allers vers…" sorte de quête vers l'"inaccessible étoile" à moins que ce lieu soit lui-même l'étoile… atteinte.

lundi 11 avril 2022

L'audiovisuel public, en réalité… diminuée (surtout depuis hier soir) !!!!!!

Les mots ont du sens ! Les concepts aussi. Que j'eusse aimé que Roland Barthes inscrive à ses Mythologies "La réalité augmentée". Ce "concept", cette technique utilisée à foison pour faire vendre du visuel et continuer à surjouer le spectacle. À surenchérir de techniques et d'images épaississant de plus en plus l'écran entre le citoyen et son réel palpable et ,"un monde parallèle" politique et médiatique à la réalité définitivement augmentée du… virtuel. Tant tout ce "jeu numérique" déshumanise de plus en plus le social et/ou la société ! Quant à l'audiovisuel public, "l'apocalypse est pour demain", comme le prévoyait Jean Yanne dans un de ses feuilletons radiophoniques (France inter).

Illustration GdB
















La réalité augmentée de quoi ?
France Télévisions n'en pouvait plus de nous vendre la réalité augmentée de sa soirée électorale. Mais il y a une autre réalité augmentée bien réelle celle-là ! La disparition de la CAP ! L'incertitude absolue concernant le fonctionnement des sociétés audiovisuelles publiques. Quels budgets ? Quelles coupes sombres ? Quelles disparitions de chaînes audio et visuelles? De formations musicales de Radio France ? Etc… etc…

France 2 a beau sortir le "grand jeu" pour la soirée des résultats aux élections présidentielles et TF1 le petit jeu des "Visiteurs", la réalité augmentée des abstentionnistes n'a besoin ni d'audio ni de visuel pour être constatée. La réalité augmentée du refus du Président sortant/candidat, avant le 1er tour, de participer sur France 2 à la confrontation avec des journalistes du service public confirme la réalité diminuée d'un exercice démocratique.

Et la radio dans tout ça ?
À Radio France Laurent Frisch a inventé depuis longtemps la réalité du Numérique augmentée de la Production. Plus (+) la réalité diminuée. Diminuée à moyen terme de réalisateurs et de techniciens-sons. Sur une soirée électorale où le visuel a un tel impact "on voit pas bien" la valeur ajoutée que peut apporter la radio… Quelle réalité augmentée en radio ? Dans les deux cas, audio et visuel, les résultats formels se suffisent à eux-mêmes. La guimauve autour de l'enrobage sucré-salé ! Pour toujours plus de spectacle !














Comme en 1974 !
Aux élections présidentielles anticipées de 1974, suite à la mort du Président Pompidou, le cas de l'audiovisuel public ne fait pas partie des sujets qui préoccupent les Français ! Sophie Bachmann dans son analyse (1) explique "… la suppression de l'ORTF par la loi du 7 août 1974 [est] passée pratiquement inaperçue de l'opinion." En 2022, les incantations des deux finalistes à l'élection présidentielle suggèrent une privatisation de tout ou partie du service public et/ou de la suppression de la CAP (Contribution à l'Audiovisuel Public). Si elles ont fait réagir les autres candidats ce sont les acteurs de l'audiovisuel public eux-mêmes qui ont fait part de leurs vives inquiétudes. Quant à l'opinion, à part l'idée de se voir ristourner 138€…

En 1974, Giscard éparpille l'ORTF façon puzzle, 74 jours après son élection. Au vu des résultats du premier tour, combien faudra-t-il de temps, à l'élu-e du 24 avril pour bouleverser l'écosystème audiovisuel public : Radio France, France télévisions, France Médias Monde, Ina et Arte. Incertitude budgétaire annuelle ou privatisation ? La peste ou le choléra. Les deux ! Des conséquences humaines et culturelles imaginables dont la description risque de ressembler à "Chronique d'une mort annoncée". 

Depuis la RDF, RTF, ORTF et les sociétés qui ont suivi, les réformes se sont empilées aux réformes. En un mille-feuilles absolument indigeste. Les privatisations (Société Française de Production), les fusions (Antenne 2, FR3) sous la bannière France Télévisions, l'autonomie de Radio France International par rapport à Radio France n'ont cessé de décomposer, recomposer un PAF qui va finir en burn-out

Les deux derniers postulants en lice minimisent sûrement les effets induits d'une orientation politique qui mettra à mal, tant la démocratie que le pluralisme de l'information, de la culture et du divertissement. 

Alea jacta est…

(1) Bachmann Sophie. La suppression de l'ORTF en 1974. In: Vingtième Siècle, revue d'histoire, n°17, janvier-mars 1988. pp. 63-72. 

dimanche 10 avril 2022

3 Mai 1936 : Léon Blum et le Front Populaire…

On ne refait pas l'histoire ! En ce jour d'élection présidentielle, on pouvait souhaiter la "Concordance des temps" à la façon de Jean-Noël Jeanneney dans son émission hebdomadaire de France Culture. Concordance avec avril et mai 1936. "Le rapprochement définitif des gauches est scellé en janvier 1936. « Contre la misère, la guerre, le fascisme ! Pour le pain, la paix, la liberté ! » C’est autour de ce slogan rassembleur que, le 3 mai 1936, le Front Populaire, composé du Parti socialiste-SFIO, du Parti radical-socialiste et du Parti communiste, remporte les élections législatives, avec 376 députés pour le Front populaire, contre 222 pour la droite." (1)



Hier samedi sur France Culture, Anaïs Kien, productrice et Marie Plaçais, réalisatrice ont eu la bonne idée de proposer dans Toute une vie, le documentaire Léon Blum, une politique pour la vie. Ça peut pas faire de mal de se remettre l'histoire en mémoire. Et surtout comprendre comment l'homme Blum a, avec son intégrité et son humanité, signé sans doute les plus belles heures du socialisme en France.

Quant au temps des cerises il paraît juste inaccessible. À moins que…

(1) Notice historique sur le site du Gouvernement,

lundi 4 avril 2022

ICI et… maintenant, fondre l'audiovisuel public !

Donc, ce jour, lCI, la plateforme France Bleu/France 3 d'une "offre numérique de proximité" devrait prendre sa place parmi d'autres plateformes audiovisuelles. Les Présidentes de Radio France et de France Télévisions, Mmes Veil et Ernotte, en ont hier dans Le Parisien, assuré les lecteurs, les tutelles, les salariés des deux maisons. Union "contre nature". Contre nature des salariés concernés qui n'ont aucune information sur les modes opérationnels et respectifs d'organisation/éditorialisation qui vont régir une telle plateforme. Sur une "idée" en novembre dernier, de la Ministre de la Culture, Mme Bachelot, les deux sociétés audiovisuelles vont donc associer "ICI" (1) leurs compétences, savoirs-faire et autres complémentarités. Sauf que…

Capture d'écran

Sauf qu'une fois de plus, un ministère, des Présidentes zélées forcent un mariage audiovisuel à défaut que ces deux sociétés aient pu être associées, si la loi audiovisuelle de 2020 avait été menée à son terme. Avec la création de France Média associant Radio France, France Télévisions, France Médias Monde et l'Ina. À défaut d'entrer par la grande porte, entrons par la petite fenêtre. Si cela n'avait pas une portée beaucoup plus lointaine et stratégique qu'une "offre de proximité" on se demande bien pourquoi les deux Pédégères en feraient autant pour imposer une structure de plus dans l'offre audiovisuelle publique existante ?

Comme la création de franceinfoTV, fait du Prince Hollande, ICI ressemble fort à la préfiguration du futur mix audiovisuel Radio/TV. Avec toutes les conséquences que cela implique en terme d'identité éditoriale, de renoncements et d'orientations beaucoup plus visuelles qu'audio. L'idée pernicieuse est bien d'habituer le public à ne plus distinguer l'audio du visuel. Voire à l'habituer à la disparition des noms des chaines audio.

Si l'on ajoute à ça les effets attendus de la Présidentielle et de l'avenir absolument compromis de la Contribution à l'Audiovisuel Public (CAP), il faut s'attendre à des jours très noirs pour toutes les sociétés audiovisuelles publiques. Qui, malgré toutes les instances de régulation (CSA) évoluent au gré de décisions politiques contradictoires, autoritaires et incapables d'assurer une autonomie financière pérenne à ce service public.

Depuis le 28 mars les salariés de France Bleu ont été invités à ne plus abonder les pages web de la chaîne et à se mettre en grève le 31 mars. Alors ICI et… maintenant quoi ?

J'aurai du titrer "… et maintenant dissoudre l'audiovisuel public !"

(1) C'est le nom commun "ICI par France Bleu et France 3", géré par un Groupement d'Intérêt Économique (GIE). Avec à la clef la disparition définitive du site Francebleu.fr. Soit l'info et les programmes des quarante-quatre locales de France Bleu + les vingt-quatre journaux des régionales de France 3. J'avais raison en 2015 de voir dans le rapport Schwartz les signes d'un renouveau de l'HORTF (Holding de Radio et Télévision Française)…