Soyons clair "Directeur de programmes" est une fonction qui n'existe plus. Enfin qui n'existe plus comme elle a pu exister à la radio publique comme dans les radios privées. Roger Kreicher fut longtemps l'un d'eux. Évocation de son histoire et de celles de ses petits camarades…
| Roger Kreicher |
Voyons voir ! Et je commencerais volontairement par évoquer Lucien Morisse (1929-1970) qui, sur Europe n°1, créée par Louis Merlin (1901-1976), a accompagné la formidable ascension d'une nouvelle radio qui dès 1955 allait bousculer la "radio d'État", Paris-Inter, et même depuis 1933 la très populaire "Radio Luxembourg" (qui deviendra en 1966, RTL). Après avoir été discothécaire à la Radio Télévision Française (RTF) il affirme une vraie passion pour la musique, créera les disques AZ et propulsera les artistes à l'antenne dans des rotations soutenues sur le modèle des radios états-uniennes. Il installera les feuilletons, dont le torride "Signé Furax" de Francis Blanche et Pierre Dac et la mythique "Salut les copains" de Daniel Filipacchi (et Frank Ténot )…
Sur France Inter, Pierre Wiehn (1934-), journaliste, anime des émissions jusqu'en 1973 et devient responsable des programmes jusqu'en 1981. Autant dire les très belles années de la radio publique. L'âge d'or ? Pas sûr. Mais "L'âge de Pierre" suggérera Claude Villers (1944-2023) quand on évoque la radio publique où il a fait toute sa carrière d'animateur et de producteur.
Roger Kreicher (1925-2022) personnage (de l'ombre) a fait toute sa carrière à RTL et a su imprimer la marque populaire à une radio qui a longtemps été en tête des audiences jusqu'à ce que France Inter lui chipe la première place. Mais foin de ces médiamétriques vous devriez avoir beaucoup de plaisir à écouter la "Mythologie de poche" que lui a consacré Thomas Baumgartner, producteur, en 2011 sur France Culture. D'abord saluer la mémoire vive de Kreicher, ancien "metteur en ondes", vingt ans Directeur des programmes, qui peut comme personne raconter - pas à pas - l'histoire de la station. Excepté Denis Maréchal et sa somme "RTL, histoire d'une radio populaire".
Faire des programmes ce n'est pas juste remplir des cases et se pavaner dès qu'une vedette entre "dans la maison". C'est une alchimie de rythme, d'équilibre et de tempo. Des dosages subtils et une prise directe avec auditrices et auditeurs. En ce sens RTL a été pionnière pour avoir toujours mis l'auditoire au centre du dispositif. "Les auditeurs ont la parole" (créée en 1981). Feuilletons, jeux, musique infos s'équilibrent dans la grille. Monique Le Marcis, directrice artistique de la chaîne et adjointe de Kreicher a eu une présence auprès des chanteuses et des chanteurs de façon encore plus sensible que Morisse.
Des émissions qui sont la marque de fabrique Kreicher : Quitte ou double, Reine d'un jour, Ploum Ploum Tralala, parfois enregistrées à travers le pays sous le chapiteau du "Radio Circus". "C'est lui qui a inventé après la guerre le concept de la radio itinérante, qui allait à la rencontre du public. La vraie radio populaire", raconte à l'AFP Laurent Marsick, journaliste à RTL. Mais Kreicher ne manque pas de citer, Louis Merlin, l'inventeur de la radio moderne qui avant d'aller démarrer Europe n°1, fera ses armes à "Radio Luxembourg". Et Kriss, telle une petite souris, dans ses "Portraits sensibles" (10 et 11 décembre 2001) sur France Inter, invitera Zappy Max (1921-2019), le bateleur des bateleurs du "Quitte ou double". Et introduira son invité par le célèbre "Ça va bouillir"…
Et comment oublier la satyre féroce de "Tout le monde il est beau, tout le monde il est gentil" le film (1972) de Jean Yanne qui s'inspirait beaucoup de la radio RTL où Yanne lui-même avait fait quelques bons dimanches matin !
En écoutant cette "Mythologie"… Vous comprendrez qu'en guise de conclusion, haut les cœurs, je n'ai plus qu'à vous dire "Ploum ploum tralala"…