lundi 24 janvier 2022

Hyper… Hyper… Mais il gagne quoi l'auditeur ?

Hyper festival… Hyper solidaires… Hyper boursouflure de l'auto-promo de Radio France qui a fini par tourner à l'hypermarché… de la radio. Hyper Pédégère de Radio France, Sibyle Veil et un hyper directeur musical (membre de l'hyper armée mexicaine des cadres à RF) rivalisent d'un hyper manque de vocabulaire pour vendre ce qui est supposé être de la radio. Des hyper vœux pour le personnel de la maison ronde et un hyper festival de musique avaient-ils besoin de s'auto-promouvoir "Hyper" pour donner envie dans un cas d'être solidaires, dans l'autre de partager de bonnes vibrations musicales ? 








Sibyle Veil a conclu ses vœux par "soyons hyper-solidaires"… solidaires de quoi ? Faire hyper plus avec hyper moins (de moyens) ? Et l'Hyper Festival a lui envahi depuis le début de l'année les réseaux sociaux et de nombreux articles de presse. Sans compter… les comptes de toutes les chaînes de Radio France, de certains directeurs ou directrices sur Twitter, Facebook et Instagram. Du gavage jusqu'à l'hyper écœurement. C'est plus de la com' c'est du matraquage publicitaire hyper 10XL. Et je ne dis rien des remerciements des professionnels de la profession ! Stop ! ¡ Ya basta !

Alors il y gagne quoi l'auditeur à cette hyper débauche sémantique d'hyper ? Rien d'un point de vue radiophonique. Des concerts live à la radio ça fait très très très longtemps que France Inter en diffuse, depuis les années 60 pour être précis…

La première à Bobino en 1967 de Serge Reggiani en première partie de Barbara dans l'émission de Claude Chebel "Les 400 coups" (je fais exprès de reculer très loin dans le temps pour que V&V imaginent qu'avant eux il y a eu de la musique sur Inter et de la solidarité aussi…) Si vous êtes abonné à Madelen (Ina) vous pouvez réécouter "Le bon plaisir" de Reggiani (1996) c'est une émission hyper-longue (175') de France Culture (1) ou sinon y'a ça aussi en 1971 "Les samedi de France CultureL'Italie du sud, Tiers Monde de l'Europe 1/3 : Le Mezzogiorno vu de Rome" (206'). C'est hyper-intéressant !

Si l'auditeur y perd… pas son sens critique.

(1) L'hyper à Radio France c'est quand ça les arrange, pas d'émissions longues ni hyper-longues (il faut pas perdre l'auditeur), on découpe, on charcute en épisodes de saint-podcast-amen et là c'est hyper bien hyper tendance, hyper cool, hyper repris par la presse, hyper réseaux sociaux.

(2) Le 20 janvier, soit la vieille de l'Hyper Festival, la revue "Tsugi" écrivait : "Pourquoi l' Hyper Weekend Festival entre déjà dans l'histoire de Radio France ?" Avec une interview tutoyée du directeur musical des antennes… Tsugi bien dans l'air du temps écrit l'histoire avant qu'elle ne se fasse. Des prophètes assurément…

dimanche 23 janvier 2022

Zoizo au micro…

Bon autant l'avouer tout de go, je n'y connais rien aux oiseaux ! Enfin si, je sais reconnaître un goéland argenté et un coucou, le merle et le geai, l'hirondelle et le corbeau. C'est tout ! Mais j'ai des amis ardéchois, spécialistes et qui se moquent gentiment de mon ignorance quand j'ai du mal à imaginer le temps qu'ils consacrent et la passion (et patience) infinie qu'ils ont pour ces petites bestioles. Je dis ça mais ils ont à mon égard la même interrogation pour le temps que je passe "dans" et autour de la radio où je sais moi aussi distinguer les drôles d'oiseaux ! Ce documentaire des Nuits magnétiques du 26 février 1998 est un régal du genre (1). J'ai ouvert grand mes oreilles pour essayer (enfin) de comprendre ces oiseaux-là !

Geai, tu es… nous sommes,



"Avec la Grive musicienne c'est une rencontre avec un être vivant qui est musicien" dit Jean-Claude Roché qui raconte et détaille dans ce documentaire les musiques de dizaines et centaines d'oiseaux qu'il a enregistrées. "Un être vivant" donne le ton de la considération et de l'amour de Roché pour tous les oiseaux. On assiste, émerveillé, à une féérie musicale décryptée avec science. On reste assez baba devant un tel travail de recherche !

Et forcément après ça on n'entendra plus jamais les oiseaux de la même oreille, même s'il nous faudra plusieurs années d'écoute avant de bien savoir les distinguer ! J'ai aimé découvrir que "le merle noir fait des phrases", et pas que lui d'ailleurs ! Et d'autres oiseaux font des imitations de plusieurs oiseaux et, en mettant bout à bout leurs chants, recomposent leur propre mélodie que Messiaen appelle "une recréation musicale".

Et de découvrir ce que c'est qu'un duet, soit le chant synchronisé de deux oiseaux qui font ensemble la même mélodie. Dans les forêts tropicales pour se reconnaître deux oiseaux de la même espèce s'entrainent plusieurs semaines pour faire un/des duets. Quand ils sont au point ils forment un couple et ont créé un moyen de reconnaissance dans un habitat où ce n'est pas possible en visuel

Vous écouterez la séquence extraordinaire avec l'alouette. Utilisant les possibilités de l'augmentation de la vitesse de l'enregistrement et du ralentissement de cette vitesse pour l'écouter, Roché nous fait découvrir une autre musique "avec des motifs qui nous ont complètement échappé parce que l'alouette des champs est trop rapide pour notre oreille…". Cette alouette peut avoir une centaine de chants dans son répertoire. Juste extraordinaire.

L'oiseau que j'ai dessiné pendant l'écoute…




















"Il y a aussi une convergence [entre l'oiseau et l'homme] au niveau de la danse. Un anglais a été dans beaucoup d'endroits où des populations primitives font des danses. Il a vu que ces danses portaient le nom d'un oiseau et souvent que les indigènes se plantent des plumes de cet oiseau dans les cheveux, sur leurs fesses ou dans leurs chaussures et ils imitent la danse de l'oiseau."

Beaucoup plus modestement, cet automne, dans un joli petit jardin d'Auvergne j'ai vu un bel oiseau. La propriétaire du jardin, belle elle aussi, a reconnu un geai que j'ai par la suite pu observer à plusieurs reprises dans ce même lieu. Je vais vous confier un secret, j'ai toujours rêvé de pouvoir chanter en duet… et tant qu'à faire de pouvoir aussi danser comme un oiseau.

(1) "Un oiseau au micro", ou l'univers sonore de Jean-Claude Roché, produit par Pascale Mons, réalisatrice Marie-Laure Ciboulet,

vendredi 21 janvier 2022

Les pays d'ici, les femmes et les hommes d'ici, de là-bas…

Sonia Devillers ce lundi 17 janvier dans L'Instant M, sur France Inter, a invité Anne Nivat, journaliste, pour parler de son nouveau livre (1). Mais patatrac après son chapeau d'intro Devillers "sort du champ" et pose une question surprenante à sa consœur…









Après avoir rappelé les articles du Parisien qui mettent en cause le journaliste Jean-Jacques Bourdin avec une «plainte pour tentative d’agression sexuelle» Devillers demande à Anne Nivat, épouse du journaliste «Comment vous réagissez ?» On se pince là ? C’est L’Instant people ou Radio Morandini ? Après que les femmes se soient battues pour qu’on arrête de toujours les situer civilement ou professionnellement par rapport à leur conjoint, époux ou compagnon, voilà qu’une femme interroge une journaliste pour des faits reprochés à son mari ! Dément ! 


Devillers s’attendait à quoi ? "Effectivement ce W.E. avec Jean-Jacques nous avons examiné la situation et avons… ». Elle rêve Devillers ? Depuis quand une femme, un homme devraient-ils s’expliquer publiquement du comportement professionnel de la personne avec qui elle/il vit ? Et en quoi cette «sphère privée» regarde t-elle les auditeurs ? Nivat : «Ce sont des révélations qui relèvent de l’intime, du privé, donc je ne révèlerai pas publiquement, à qui que ce soit, leur teneur pour alimenter le buzz médiatique !» Et bam ! Une bonne claque professionnelle pour Devillers qui a largement outrepassé ses droits en interrogeant la relation privée de la femme de celui qui aurait commis une faute grave !


On ne pourra pas dire là que ce sont les politiques ou les citoyens qui remettent en cause une journaliste. C’est Anne Nivat, une journaliste qui a répondu à sa consœur et qui de façon ferme claire et professionnelle a remis Devillers à sa place. «Circulez y’a rien à voir» aurait dit Coluche !


Dans son chapeau pour ouvrir son émission du jour, Devillers dit à propos d’Anne Nivat et de son nouveau livre : «Un quinquennat après… La voici qui reprend la route pour se rendre là où précisément les journalistes n’ont pas de raison d’aller : à Denain, à Fégréac, à Alès… Et puisque je parle à une correspondante de guerre il ya une vraie force à avoir choisi des sujets de basse intensité !»




















Et de se pincer une deuxième fois ! C'est quoi cette assertion à deux balles : "…pour se rendre là où précisément les journalistes n’ont pas de raison d’aller " ? On s'étrangle ! Pour Devillers quelles raisons faut-il donc aux journalistes pour se rendre quelque part  ? La guerre, le feu dans les cités, une disparition d'enfants, un ministre en vacances à Hawaï ? C'est quoi cette conception sous-jacente du journalisme de l'événement ? Il existe heureusement des journalistes et des rédactions qui souhaitent tout le temps interroger, comprendre, mettre en perspective les réalités quotidiennes de citoyens, d'artistes, d'entrepreneurs, de "jeunes", de retraités et autres aventuriers de leurs vies.

Il faut une bonne dose de mémoire courte, très courte, pour en interpellant Anne Nivat "oublier" comment la radio publique, depuis plus de soixante ans avec des producteurs/productrices, animatrices/animateurs, journalistes, a quadrillé la France et le monde en dehors de tout événement médiatique. Devillers l'a dit à plusieurs reprises elle ne connait pas la radio ! Pourtant, près d'elle aujourd'hui, la directrice de la chaîne qui l'emploie sur France Inter, Laurence Bloch, a coordonné sur France Culture de ses origines jusqu'à sa fin en 1997, "Le Pays d'ici" .

Plus inconséquent encore, alors que démarrait la nouvelle émission, l'Instant M, en août 2014, Mermet venait juste d'être viré (fin juin) après 25 ans de "Là-bas si j'y suis". Avec "Le Pays d'ici" ces deux émissions interrogeaient - de face - "La France d'en bas", "Les gens de peu", les lieux oubliés, les femmes et les hommes qui y vivaient. Mais aussi le bouillonnement culturel, social et politique qui faisait partout le quotidien des Françaises et des Français. Autant de sujets de haute intensité, n'en déplaise à Devillers.

Ce lundi 17 janvier "commençait" bien mal à France Inter. Devillers aurait du bosser beaucoup plus le/les sujet(s) et bien évaluer "là où précisément les journalistes ont toutes les raisons d'aller" plutôt que de lancer une phrase définitive qu'une analyse poussée ne manquera pas de réduire en miettes. CQFD !

(1) "La France de face", Fayard, 2022,

lundi 17 janvier 2022

L'édito M… M comme Messe !

La messe est dite ! Chaque matin dans le goulot d'étranglement de la fin de la matinale de France Inter, Sonia Devillers animatrice de L'Instant M (1) vient poser ce qui, pour elle, relève de l'instant média, parmi les milliards d'instants médias qui gravitent dans le monde. Pourquoi pas ? Une chronique de plus, une feuille de plus dans le mille feuilles d'une matinale qui empile les chroniques comme d'autres empilent les dossiers sur leur bureau jusqu'à ce que la pile s'écroule. Ici, c'est souvent l'auditeur qui s'écroule gavé de blabla jusqu'à l'écœurement total.


Mardi dernier (ayant été empêchée de chronique la veille pour cause de raout d'une spéciale présidentielle) Devillers veut absolument nous faire prendre conscience qu'un événement exceptionnel a eu lieu dimanche 9 janvier au 20h de TF1 ! Non ? Un média crée lui-même l'événement ? Ça alors ! Mais qui a donc révélé quoi dans la masse de "révélations" qui puisse à ce point être distingué au point qu' "En arrivant au boulot, on entendait : « T’as regardé TF1, hier soir ? ». La séquence de télé suivie massivement la veille, la télé qu’on fait spontanément revivre – pas le clash dégueulasse que personne n’aurait jamais vu si les réseaux sociaux ne l’avaient pas fait circuler – non, le moment de télé vu pour en vrai, émouvant pour de vrai, partagé pour de vrai" , dixit Devillers.

Devillers n'aime rien tant que la TV qui rassemble, "comme au bon vieux temps", qui fasse communauté et qui soude un pays encore plus solide que lorsque ses habitants se rassemblent  sur les ronds-points affublés de gilets jaunes. Et pour nous convaincre que "si je vous jure c'était un événement exceptionnel" elle décrit les images du-dit JT, sans jamais évoquer que ça puisse ressembler à un publi-reportage ou à une "grosse flaque de storytelling" comme l'évoque le journaliste de Libération.

Heureusement pour pareille fabrique on scrute ce qui peut s'en dire autour, même si Devilers assène : "jouer ainsi avec les codes du JT, c’est faire confiance au téléspectateur, à sa culture de l’image, à sa compréhension de l’information, à sa lucidité face à un artiste en promotion.Libération revient sur la chose, et bam, analyse le dit-phénomène : "Pour ce qui concerne la rédaction du journal du soir de TF1, en revanche, on s’interroge sur les raisons qui l’ont poussée à passer cette ligne rouge et à accepter le détournement de son sommaire au profit d’une opération marketing instrumentalisant ouvertement l’émission, altérant par là jusqu’à l’essence éditoriale de son programme et le sens profond de ses images." (2). Ce que pourtant Devillers fait ou essaye de faire régulièrement dans L'instant M en contextualisant et décryptant les images avec ses invités.

Encore mieux ! "Mais à l’heure où l’Education nationale doit consacrer une partie de l’enseignement au lycée à l’éducation aux médias et à l’information (EMC) pour aider les élèves à y voir un peu plus clair dans la jungle de l’information, on s’étonne que la principale réponse médiatique, médias professionnels et réseaux sociaux mêlés, soit la louange d’un historique «moment de télévision»." (2) Et là on se tape sur les cuisses. France inter qui depuis 2015 a initié "inter Class" (3) donne avec cette chronique un bel exemple de la fascination d'une de ses journalistes pour des images non analysées. Ni dans leur contexte, ni dans leur sens.

Merci aussi à la RTBF  (Radio et Télévision Belge Francophone, média public) de nous avoir précisé que le moment chanson de Stromae avait été enregistré le samedi précédent "dans les conditions du direct", comme l'a d'ailleurs révélé Devillers dans son édito. Il fallait être aveugle ou innocent pour croire qu'au XXIe siècle un média aussi puissant que TF1 prendrait le risque en direct que le chanteur, la bande son ou une panne de micro vienne enrayer la belle mécanique qui fonctionne midi et soir à l'antenne.

Et puisque Sonia Devillers n'aime rien tant que la télé qui fait événement elle aurait du se souvenir (ou savoir) qu'en 1980, le 19 mars, à un an des Présidentielles, le chanteur Daniel Balavoine (4) avait apostrophé Mitterrand, sans chanter mais en lui ouvrant les yeux sur la jeunesse qui déchantait. Le journaliste qui présentait le journal n'a pas pu faire mieux que de laisser les protagonistes du débat, s'exprimer. Balavoine n'avait rien à vendre, juste exprimer de façon sincère et révoltée le malaise des jeunes. On est très loin du beau lissage d'expression de Stromae et encore plus de la roucoule de Devillers qui, avec cette éditorial, nous prend pour des pommes !


(1) Du lundi au vendredi, 9h40, France Inter,
(2) Éditorial par Olivier Lamm, Libération, 11 janvier 2022,
(3) Dont la vocation est d'aider des collégiens de classes de 4e et 3e à réaliser des reportages, en les accompagnant tout au long de l’année scolaire,
(4) invité dans le même Journal Télévisé d'Antenne 2 à 13h que François Mitterrand, candidat du Parti Socialiste (PS).

dimanche 16 janvier 2022

Un sourire…

Un sourire… Je me souviens encore de celui-là. Merveilleux, spécial, lumineux. Par une belle journée de printemps. Au temps de mai. Au temps des cerises. Soleil radieux et ciel d'azur. Toutes les composantes de la joie réunies. Un regard encore inconnu. À l'approche de ce visage quelques pas qui semblent une éternité. Quelques pas de loup, légers, précis, tendus. Tendus vers l'autre. Vers un sourire qui en dit peut-être plus que tout ce qui pourra se dire après. Ô temps suspends ton vol… Ce sourire est gravé dans ma mémoire. Durablement. C'était le 22 mai, on allait entrer dans l'été… Inoubliable.



Ces sourires, ces moments de grâce absolue, il y en a eu pendant des années sur France Culture, souvent le mardi matin dans "La matinée des autres" (1). Le 22 février 2000, Jacqueline Kelen propose une matinée sur "Le sourire" (réalisation Marie-France Nussbaum). Une heure trente, paisible, pour penser et réfléchir à cette attitude humaine que l'émission va détailler et distinguer suivant si le sourire appartient aux Mongols, ou aux peuples des six continents.

Le sourire : "C'est un rire léger, il se fait lorsque les mouvements de l'âme, doux et tranquilles, les coins de la bouche s'élargissent un peu sans qu'elle s'ouvre, les joues se gonflent et forment dans quelques personnes un léger enfoncement entre la bouche et les côtés du visage que l'on appelle la "fossette", qui produit un agrément dans les jolies personnes. Le sourire est une marque de satisfaction, de bienveillance et d'applaudissements." (Diderot et d'Alembert)

Dérouler la pelote d'une pensée, chercher ce qui va permettre de comprendre, ici un phénomène physiologique, c'est tout l'art de la "matinée des autres" qui, à son origine, avait pour but de s'intéresser plus particulièrement à l'ethnologie.

"C'est au sourire d'une personne, que celle-ci apparaît vraiment telle qu'elle est, telle qu'elle est elle-même. Il y a bien dans le sourire quelque chose d'éminemment physique." (Patrick Drevet, Le sourire, Gallimard)

Et puisque l'émission s'interroge sur le sourire des animaux je ne résiste pas à transcrire ici ce qui concerne le chat. "Un gros chat était allongé devant l'âtre et souriait jusqu'aux oreilles. "Voudriez-vous, je vous prie, me dire, demanda Alice assez timidement car elle n'était pas certaine qu'il était conforme aux règles de la civilité de parler la première, pourquoi votre chat sourit comme il le fait ? - C'est un chat de Cheshire, voilà pourquoi répondit la duchesse. "J'ignorais que les chats du Cheshire sourissent continuellement. Je croyais les chats ennemis des ris et des souris, à vrai dire même je ne les savais pas capables de sourire." - Ils en sont tous capables, dit la duchesse et la plupart d'entre eux ne s'en privent pas." (Lewis Caroll)".

Alors ce dimanche, prenez le chat sur vos genoux et laissez-vous porter par son sourire en écoutant cette émission apaisante et instructive. Vous sourirez peut-être à un joli souvenir qui hier ou il y a plus longtemps a bouleversé votre journée ou votre nuit, comme un soleil ou une étoile accrochée à vos yeux. 

Vous pouvez réécouter l'émission ici. Et, juste avant ou juste après, le "Smile" de Nat King Cole risque de vous ravir au point de pas ménager un merveilleux sourire…

"Le sourire se frayerait un chemin
entre parole et silence"










(1) Cette émission a démarré à la rentrée 1977. Elle fût diffusée à l'origine le mardi de 9h07 à 10h45, soit 1h38 (sic), produite à ses débuts par Claude Mettra. Le directeur de la chaîne était Yves Jaigu (1975-1984).

mardi 11 janvier 2022

Jean Maheu (1931-2022)… "L"audiovisuel public c'est du rodéo"

Cet ancien Président de Radio France (1989-1995), énarque et haut-fonctionnaire, est décédé le 9 janvier. Le communiqué de Radio France laisse pantois : "Durant ses deux mandats à la tête de Radio France, Jean Maheu s’est entouré d’une équipe de grands professionnels de la radio, qui ont œuvré ensemble (1), dans une grande harmonie, pour les succès nombreux qu’a connus la maison à cette époque.Très apprécié en interne, il a eu à cœur de laisser s’exprimer tous les talents dans une grande liberté." Pas sûr qu'on puisse en dire autant de Sibyle Veil (Pédégère) ou de Laurent Frisch (Directeur du Numérique et de la Production). "Grande liberté" ne rime pas avec ces deux dirigeants dont l'un n'a d''objectif que de satisfaire la tutelle (Bercy) et de se plier aux désiderata budgétaires du ministère et l'autre de diriger/contrôler la production à tous les étages. Quand du temps de Maheu les dirigeants et les équipes de production avaient beaucoup moins la bride sur le cou, ce qui est un euphémisme.

Jean Maheu










L'arrivée de Maheu à Radio France est ponctuée de deux anecdotes. La première concerne sa présentation aux auditeurs au journal de 13h de France Inter. Au micro, Roger Gicquel s'adresse à celui qu'il croit être le nouveau Pdg quand, en fait, il s'adresse au Président de l'association France-Afghanistan. Jean Maheu attend dans le couloir qu'on l'invite à entrer en studio. Énorme ! Qui peut imaginer une chose pareille aujourd'hui. Je connaissais l'anecdote, l'ai souvent racontée. L'Express l'avait évoquée dès la fin du mandat de Maheu.

L'autre est moins connue. Elle m'a été racontée par l'intéressé lui-même. En prenant ses fonctions Maheu signale aux membres de son cabinet qu'il apprécie particulièrement une voix entendue sur une des chaînes de Radio France mais qu'il ne se souvient pas du nom de la personne en question. Ses conseillers cherchent et lui font écouter plusieurs voix. Il reconnaît celle qui s'avèrera être de Daniel Mermet, animateur à France Inter. Mais s'enquiert de savoir quand il est à l'antenne l'un de ses conseillers s'empresse d'appeler la directrice d'Inter Eve Ruggieri.

À la rentrée 1988 cette dernière s'est empressée de balayer d'un revers de main la présence à l'antenne de celui qui deux étés consécutifs avait affolé ou sublimé les siestes amoureuses de nombreuses auditrices et auditeurs (2), considérant que l'érotisme n'avait pas sa place sur la radio publique ! Mais bon si le Pdg aime Mermet. Elle l'appelle, convient d'un rendez-vous dans un très bon restaurant et Mermet, malin, lui vend clef en main (elle ne peut pas refuser) "Là-bas si j'y suis", émission de voyage à l'origine. Pierre Bouteiller, qui remplacera Ruggieri à la tête de France Inter à la rentrée 89, la mettra à l'antenne dans la nouvelle grille de programmes. On retiendra que Mermet a été sauvé par un Pdg et viré par un autre (Gallet en 2014, via la directrice d'inter Laurence Bloch).

Maheu durant sa Présidence aura du essuyer une grève des journalistes de quinze jours en 1994.

La citation en titre est extraite de l'article de Libération de Sylvie Briet, le 22 novembre 1995.

(1) Inter/Bouteiller (89/96), Culture/Borzeix (84/97), Musique/Rousseau (93/99), Fip/Jouffa/Breton/Pensec (89/10), Info/Delannoy (87/99),
(2) "La coulée douce", été 84 et 85, directeur des programmes Jean Chouquet, directeur d'Inter Jean Garretto. Mermet avait déjà animé de nombreuses émissions sur France Inter "Si par hasard au piano-bar", "Bienvenue à bord du Titanic, et d'autres dans "l'Oreille en coin";

lundi 10 janvier 2022

Entrez libre ou entrée libre…

La nouvelle campagne de pub de Radio France pour sa "Plateforme" (pétrolière) révèle le slogan "Entrez libre"… Que celle ou celui d'entre vous qui est entré - physiquement s'entend - dans une plateforme numérique lève la main. Physiquement car, de premier abord, comme on est encore pour quelques instants des humains, ce "slogan" rappelle à quelques-uns d'entre nous le développement de ces deux mots sur les vitrines des commerces au début des années 70. Passant de la tyrannie de la vente forcée à la libre circulation et le passage sans achat. Mais quand on aime la radio publique on se souvient que ce slogan a été un formidable appel aux parisiens en 1965 pour venir visiter la nouvelle "Maison de la radio" inaugurée par Charles de Gaulle, Président de la République le 14 décembre 1963.


Les communicants de l'agence Yuma (1) ont certainement sauté au plafond quand le staff de Radio France a validé leur slogan. Plus personne à Radio France ou plutôt plus aucun dirigeant actuel ne connaît l'histoire de la radio et de fait encore moins un de ses épisodes de 1965 ! En effet ce slogan "Entrez libre" est un opportun recyclage du slogan "Entrée libre (à l'ORTF)". En effet, après l'inauguration de la "Maison de la radio" en 1963, et les nouveaux noms attribués aux trois chaînes publiques (2), Roland Dhordain directeur de France Inter (il deviendra directeur de la radio au sein de l'ORTF en 1967) a l'intuition qu'il faut faire connaître aux Parisiennes et aux Parisiens le bâtiment et l'activité radiophonique qui s'y fabrique, Quai de Passy, dans le XVIème arrondissement de la capitale.

Deux producteurs, chargés des opérations spéciales pour radio & télévision au sein de la RTF, Jean Garretto et Pierre Codou, sont sollicités pour inventer ce qui décidera les auditeurs à venir à la "Maison de la radio" qui n'est pas encore desservie par le métro (des bus RATP sont mobilisés pour convoyer les auditeurs). Ce sera "Entrée libre à l'ORTF" qui jusqu'en 1967 va accueillir une foule de visiteurs accrochés par les animations qui s'y déroulent (4). Trop de visiteurs d'ailleurs ce qui incitera la Préfecture de Police à demander à l'ORTF de renoncer à ces opérations pour des raisons de sécurité (3).

Voilà de quoi remettre les pendules à l'heure et rendre à Dhordain, Garretto et Codou ce qu'on pourrait croire inventé depuis hier matin. Radio France devrait arrêter de croire que les auditeurs sont juste bons à cliquer pour écouter des podcasts. L'histoire de la radio ne s'écrit pas depuis que Laurent Frisch, directeur du Numérique et de la Production et Sibyle Veil, Pédégère de Radio France, ont décidé de muter la radio en audio.

Le bus spécial RATP pour acheminer 
les visiteurs à la Maison de la radio



(1) De Yuma je ne connais que le film "3:10" pour Yuma", de Delmer Daves, 1957,
(2) France Inter, France Culture, France Musique,
(3) De nombreuses animations musicales se répartissent dans plusieurs studios (du 102 au 107), le 102 avant qu'il ne soit détruit pour construire l'auditorium était le grand studio de la TV (ORTF), le 105 l'actuel studio Trenet, le 106 " Studio Mireille" (Le petit conservatoire de la chanson)

(4) Dans le grand hall, une immense table recueillaient les porte-clefs déposés par celles et ceux qui en échange d'un des leurs repartaient avec un porte-clef ORTF !