mercredi 2 juin 2021

Cent femmes de radio…

La légende est ici

Alors, il était une fois…
 les femmes à la radio, 

cent femmes de radio…


À la genèse 

il y avait Adam et Eve, 

Maïté Adam et Eve Ruggieri

Toutes deux à Inter

La réalisatrice, la productrice


Et que

Germaine Soleil d’Europe 1 

prédise qu’il neige, vente ou pleuve

N'empêche

« Sur le banc » 

par tous les temps

Jeanne Sourza est en amour

de Radio-Luxembourg,


C’est un jeu et les meneuses

Viviane (Blassel), Julie (Leclerc), 

et Maryse (Gildas), joueuses, 

ménent la danse 

et la déclament 

sur Europe 1 

la réclame


Et voilà à Inter 

derrière la vitre quelques réalisatrices qui peuvent être fières, 

Adèle, Monique Bailly, Michèle Bedos, Simone Depoux, Monique Desbarbat, Maryse Friboulet, Michèleu Soulier, Marie-Christine Thomas, Solange Yanoska, 

c’est pas beau ça… ?


Tout en musique à Europe 1,

Tagada tsouin tsouin

Madame

Michèle Abraham  

Et Laurence Boccholini 

aussi,

Laurence Pierre à Inter,

Et Rebecca, ah là là, 

Pop n’ Co

oh oh oh

Rebeca Manzoni, 

Pop et Compagnie,


Et puis Mireille

Le petit chemin

qui sent la noisette

Oh Merveille


Et, pirouette

la la la 

Agathe Mella 

dirigea 

France Inter 

puis France Culture, 

bien avant Laure Adler,

avec belle allure


Et les productrices de Culture :

Martine Abat, Marine Beccarelli, Séverine Cassard, 

Allons,

Marie Chartron, Farida Taher, Marie Hélène Fraïssé, Sylvie Gasteau, 

Perrine Kervran, Anaïs Kien, 

Ben tiens,

Sonia Kronlund, Geneviève Ladoues, Séverine Liatard, Irene Omélianenko,

Bingo,

Aline Pailler, Judith Perrignon, Francesca Piolot, Françoise Seloron, 

Catherine Soullard, Ruth Stegassy

Et c’est pas fini 

Francesca Isidori!,

Marion Thiba 

Et voilà


Quelques pionnières des ondes…

Annick Beauchamp, Macha Beranger, Laurence Bloch, Clara Candiani, Madeleine Constant, Anne Gaillard, Ménie Grégoire, Anne Marie Peysson, Jane Villenet,


Et à France Musique. des voix et des réalisatrices : 

Dominique Boutel, Stéphane Goldet, Cécile Lafon, 

Karine Le Bail, Anne Montaron, Natalie Piolé,


Des productrices d’Inter… légendaires

Isabelle Attali, Leslie Bedos, Noëlle Bréham, Anne Brunel, Caroline Cartier, Pascale Clark, Sylvie Coma, Sylvie Coulomb, Kathia David, Claude Dominique, Stéphanie Duncan, 

Katleen Evin, Carine Fillot, Caroline Gillet, 

et puis après,

Agnès Gribes, Muriel Hees, Paula Jacques, Kriss, Delphine Miermont, Marie Odile Monchicourt, Catherine Nivez, Janine Marc Pezet, Carole Pither, Marie Pierre Planchon, Michèle Valentin, Charline Vanhoenecker, Zoé Varier, Brigitte Vincent,

fermons le ban !


Et les filles de Fip, 

Marie-Martine Bisson, Muriel Chedotal, Isabelle Dutilh la France, Simone Herault, 

Frédérique Labussière, Stéphanie Moussu, Dominique Pennec, Agnès Sternjacob,


Et encore des réals,

Josette Colin, Christine Diger, Claude Giovannetti,  Monique Veilletet, Anne Weinfeld, 


Et à Radio 7 partie aux oubliettes, `

Michèle Halberstadt, Clémentine Celarié, 


Oh gué !


Voilà cent femmes de radio, 

pour un centenaire sans trémolo,


Cent femmes de radio

Faut le dire bien haut !

Très haut.



Merci à Anthony Gouraud, Des Ondes Vocast, pour lequel ce billet a été écrit.


mardi 11 mai 2021

Si toi aussi tu aimes les puzzles…

Hein quoi ? Hier tu nous parles d'un journal, aujourd'hui des puzzles, mais qu'est-ce qui t'arrive Fañch ? Attendez de voir, lire, ça va subliminalement parler de radio et de la Montagne Sainte-Victoire (Cézanne) ou du Christ Jaune (Gauguin). Ben tant qu'à faire j'allais quand même pas vous proposer le Sacré-Cœur ou la Place Saint-Marc… Si ? Non !

Le Christ Jaune
Paul Gauguin, 1889











Alors quand vous avez fini d'assembler un 1000 ou 5000 pièces vous vous esbaudissez jovial devant votre chef d'œuvre et y'a toujours un imbécile (moi) pour dire "Euh oui c'est joli mais on voit bien chaque pièce côte à côte" pour m'entendre dire aussitôt "Quel rabat-joie !". Ça c'est envoyé ! Et il se pourrait qu'on "voit" bien chaque pièce/morceau dans une émission de radio bien montée/bien mixée. Je m'explique !

À l'écoute on découvre l'art du son ("parfait"), des sources pointues, des intervenants qui ne le sont pas moins, des citations pertinentes et des illustrations musicales tout droites sorties de derrière les fagots. Comprenez, pas le tube vulgaire que d'autres s'ingénient à diffuser ! Celle ou celui au micro a la voix ad hoc et stimule l'attention. Mais audition après audition on finit par se dire "il manque quelque chose !". Mais quoi ?

L'affaire a beau être léchée, elle l'est sûrement un peu trop ou mieux elle a fini par enfermer le producteur/la productrice dans un petit vase clos et ne plus permettre d'appréhender sa personnalité ou sa spontanéité s'il y a lieu, de faire passer ses émotions, regrets, joies, comme quand devant Le Christ jaune, les enfants se demandent pourquoi cette couleur un peu verdâtre ? 

Je reste perplexe. Tout l'art (radiophonique) est sûrement de bien ficeler son émission mais pas au point de la rendre sans âme. Ou sans cette petite touche qui donne toute sa saveur, son sel à une pièce radiophonique (1). Voilà j'avais besoin d'écrire ça car j'ai beau considérer certains producteurs ou productrices comme de bons professionnels il peut manquer ce petit quelque chose qui fait dire : "c'est une femme de radio", "c'est une voix de radio" "c'est un homme de radio". Vos commentaires m'intéressent !

(1) Pièce ici dans le sens de création documentaire et/ou reportage,

lundi 10 mai 2021

J'ai (fait) un rêve…

Je suis journaliste à la radio, je m'intéresse à l'histoire, à la politique et à la presse. Donc, le 10 mai 2021, je me dis que ça va être une formidable occasion d'évoquer la reparution le 13 mai 1981 de "Libération" (créé en 1973) qui, après trois mois de mise en sommeil allait prendre pied dans la "nouvelle société" que Mitterrand avait promis de changer. Ou plutôt promis de "changer la vie", la nouvelle société c'était Chaban-Delmas (Premier Ministre en 1969, avec, entre autres, la plume de Jacques Delors). Alors que Mitterrand est élu le 10 mai, il faudra attendre deux ou trois jours (1) pour découvrir ce nouveau Libé, qui ailleurs qu'à Paris n'a pas encore le losange rouge en fond de titre ou en logo, mais une trame bien grise !

Une du 11 mai 1981
Numéro Zéro Zéro















C'est un événement. Micro-événement sans doute mais à l'époque un événement, tant la presse quotidienne nationale sérieuse (Le Monde, Le Figaro) n'a pas beaucoup à craindre de la presse poussiéreuse traditionnelle pour ne pas dire traditionnaliste. Alors, comme j'ai un peu de mémoire, que j'ai vécu la chose en direct, j'ai envie d'en parler. Mais à l'heure où j'écris ces lignes je crois que je serai un peu seul, car ce ne sera pas le cas dans l'émission Média d'Inter et nous verrons bien si ça l'est dans celle de Vandel sur Europe 1.

Et pourtant Serge July (un des fondateurs du journal aux côtés de Jean-Paul Sartre) a des choses à raconter. "Nous nous arrêtons [en février 1981, ndlr] pour sortir le journal du gauchisme, pour rompre avec une conception disons purement expressionniste, pour revendiquer la complexité, pour apprendre à penser contre nous-mêmes, avec l’envie de faire parcourir le monde et de faire un journal qui permette de l’accompagner et d’en comprendre les méandres, tout ce que nous ne trouvions pas dans l’offre média d’alors. C’est comme cela que nous faisons le pari d’un renouveau de la presse." (2)

C'est ça ! Comment en sont-ils passés de l'agence de presse Libération, du soutien actif de Jean-Paul Sartre, à cet arrêt subit pour tout refonder dans une formule "proprette" et assagie ? Que s'est-il passé pendant ces trois mois ? "Je t'aime, moi non plus" titrait le dernier numéro volumineux, en forme de bilan. Huit années d'une formule qui avait dégoupillé l'info, soutenu les taulards, accompagné la libération sexuelle, secouer le bourgeois et pris le parti de la contre culture dans ses moindres replis.

Le n°1,  18 avril 1973













Et aussi, ne serait-ce que ce numéro "zéro zéro" (en toutes lettres), daté 11 mai 1981, qui témoigne de l'impréparation de l'équipe qui n'était vraiment pas sûre de la victoire du "champion socialiste" (3) pensant pouvoir disposer (en cas de victoire de Giscard) de quelques délais supplémentaires jusqu'à la rentrée de septembre.

Et pourquoi cette "petite histoire" a peu de place dans les médias aujourd'hui ? Parce que les "médias moutons" suivent le troupeau. Et tant que l'un ou l'autre n'aura pas mis en avant cette histoire de presse moderne il y aura juste des farfelus dans mon genre pour s'y intéresser. D'ailleurs si tout va bien je serai à l'antenne de "La midinale" de Radio Pikez (web radio de Brest) pour en parler ce lundi à partir de midi !

Pourtant la pléthore d'émissions médias n'est jamais en reste pour se prosterner devant le moindre événement médiatique, qui ne le devient que puisque les médias en ont décidé ainsi. Cette impasse sur Libé est dommageable car, dans son époque, Libé a su, avant de prendre l'air du temps, prendre le contre-courant (comme Actuel le mensuel de la free-press, au début de la décennie 70) d'une société policée-formatée et bousculer certitudes, conventions et autres rigidités propres à enkyster la vie.

Mais, un peu comme le socialisme, Libé a fini par sombrer. D'abord dans un classicisme "effrayant" puis dans une "ligne" très très molle ou conforme à une gauche dépossédée de toute ambition socialiste. Il semble qu'existe ces derniers mois un certain sursaut à Libé mais, pas sûr que ça me fasse sursauter. Quand paraît le n°1 de la nouvelle formule (on dira le 12 mai 1981), un bandeau en haut de journal est à la une. Il annonce "Il est mort le soleil". Un titre comme seul Libé sait en produire. Mais, Présidentielles obligent, c'est Mitterrand qui prend "toute la place". Le soleil en question c'est Bob Marley (mort le 11 mai 1981).

Il y a donc 40 ans se sont téléscopées la mort d'une idole jamaïcaine et mondiale et la naissance d'un Président socialiste. Marley a, toute sa vie, été fidèle à ses idéaux et ses croyances, on ne peut en dire autant de Mitterrand.

Je ne rêve pas, je suis juste blogueur-radio et j'espère que mes lecteurs apprécieront ce flash-back sur un moment de l'histoire qui, comme à beaucoup de ma génération, a bouleversé la vie et fait passer de très belles heures à la lecture de Libé !

(1) J'ai acheté le n°1 (je l'ai pas sous les yeux) et de nombreux autres jusqu'en 1993. Certains disent qu'il est paru le mardi 12 mai, d'autres le mercredi 13. J'ai un indice pour "assurer" que c'était le 12…
(2) Voir Libé daté vendredi 7, samedi 8, dimanche 9 mai 2021,
(3) Champion n'est sans doute pas le meilleur titre mais au moins le 10 mai 1981 il le fût…

vendredi 7 mai 2021

(La série) Documentaire : comment l'écouter sans parasite ?

Ça tient à pas grand chose mais, ça tient au confort de l'oreille et même des deux. France Culture depuis 1975 nous a habitué à la délicatesse et à une façon subtile de nous "amener" dans une émission ou un documentaire. On est passé de "chapeaux" ciselés, (l'introduction à l'émission la plupart du temps par la coordinatrice de l'émission ou la "speakrine" de la chaîne) à du verbiage, du redondant, voire de l'emphase. Championnes du monde toutes catégories : Sonia Kronlund, Perrine Kervran et Christine Bernard (1). Les deux premières ont été ou sont toujours productrices et on se demande bien pourquoi la médiocrité du propos a fini par s'imposer. Le plus insupportable restant les "micros" de Kervran qui, chaque jour, s'ingénie à tenter des inventaires benêts et une roucoule d'une minute minimum qui ne servent à rien et surtout pas les documentaires produits. En replay, comme pour une pub j'avance le curseur à 1 minute et peux profiter du travail créatif des productrices et producteurs et des réalisatrices et réalisateurs. Parasites : ¡ Ya basta ! CQFD.

Harkis aux camps de Rivesaltes
en septembre 1962
 Crédits : STF AFP












Cette semaine, LSD nous a proposé : Algérie : les ineffables mémoires (2), une série documentaire d'Alain Lewkowicz, réalisée par Somany Na. Il faudra sans soute longtemps pour en finir avec cette histoire. Ses blessures, ses secrets, ses silences. La peine profonde, la honte et les regrets qui ont assailli ceux qui n'ont pas eu le choix de refuser de la faire. Cette guerre immonde et horrible tenue par des colonisateurs aveuglés d'idéaux contraires aux droits de l'homme et aux peuples à disposer d'eux-mêmes.

L'épisode 2 sur l'insoumission permet de lever la chape de plomb qui a longtemps scellé les témoignages. À partir de 1960, la Presse (de gauche) va s'emparer du "phénomène" qui va se diffuser parmi la population métropolitaine. On a beau en avoir entendu beaucoup sur le sujet, les témoins et leurs histoires continuent d'amplifier la barbarie. Et on ne pourra jamais se résoudre à avaler les couleuvres que les socialistes auraient tant aimé qu'on avale sans broncher.

Dans l'épisode 3, les témoignages de Harkis sont poignants comme à chaque fois que sont évoqués les départs sur le champ et l'abandon de tout et de toute une histoire. Où l'on découvrira les hypothèses du sens du mot pied-noir, son racisme et comment il a marqué tant de femmes et d'hommes exclus. Et puis les récits individuels (épisode 4) ne croisent pas forcément le récit national français et/ou le récit national algérien. Il conviendrait d'ailleurs de consacrer une série aux points de vue algériens.

C'est le mérite de ce documentaire de continuer à interroger la mémoire et ce qu'il en reste de vivante, et de nous inciter à continuer à chercher et à comprendre.

(1) Respectivement : Les pieds sur terre, quotidienne à 13:30, La Série Documentaire quotidienne à 17h, du lundi au jeudi, Une histoire particulière et Toute une vie, hebdomadaires, 
(2) Pas sûr de bien comprendre ce titre, avec cet adjectif "ineffable" dont le sens est : "Qui ne peut être exprimé par des paroles (se dit de choses agréables)"

mardi 4 mai 2021

Sergio Leone… un documentaire comme on les aime tant !

C'est Twitter qui, la semaine dernière, m'a incité à la réécoute de "Sergio Leone, l'expérimentateur populaire", documentaire produit par Jérôme Sandlarz, réalisé par Anna Szmuc pour France Culture. Quand on aime le cinéma, quand on aime (ou vénère) Leone on se régale. Et même si on en sait beaucoup sur le bonhomme, on en apprend toujours un peu, beaucoup, passionnément, à la folie. Ce documentaire est dans la veine de ce que France Culture peut faire de mieux quand elle ne colle pas aux basques de l'actualité tyrannique ou des tendances sanitaires à géométrie très variable.

Sergio Leone et Claudia Cardinale sur le tournage de
"Il était une fois dans l'ouest" en 1968.
 
Crédits : Paramount/Getty Images - Getty












La bonne affaire c'est que Jérome Sandlarz nous raconte une histoire… enchantée. Il connaît cette histoire et semble bien lui-même s'enchanter d'un parcours artistique hors du commun. On refait le film, les films. On détricote et retricote les scènes cultes, les répliques. On met les images (dans l'ordre) sur les musiques d'Ennio Morricone. On se rejoue les morceaux avec ce qu'on a sous la main. Ou on siffle. Ou on agite ses doigts sur la table. Sur l'ordi ou sur la casserole qui n'en demandait pas tant. 

Anna Szmuc a tout bien monté/réalisé, dans une belle progression dynamique. J'ai découvert (il n'est jamais trop tard) que Marc Mazza (Mon nom est personne) est français. Noël Simsolo entendu si souvent sur France Culture m'a donné envie de me plonger dans son livre d'entretiens (1). Et j'ai été enchanté des analyses de Jean-François Giré, réalisateur. Que demande le peuple ? Ça justement. 

Et si le titre nouveau de l'émission "Toute une vie" colle bien à Sergio Leone, "Une vie, une œuvre" fonctionnait parfaitement ! Bravo à Sandlarz et Szmuc qui savent enchanter/réenchanter France Culture.

En attendant le player, ici…


(1) Conversation avec Sergio Leone, Noël Simsolo, Petite bibliothèque des Cahiers du cinéma, 2006,
(2) Avec le moins possible de préalables en parlottes qui n'apportent rien au documentaire et ont trop souvent l'habitude de déflorer le sujet !

lundi 3 mai 2021

Elle, Marie-Claire : de la femme, de la radio… de la femme à la radio !

Postulat n°1 (intangible) : France Inter est première radio de France, indiscutable Médiamétrie. Postulat n°2 (immuable) : c'est un acquis pour la Presse. Postulat n°3 :  on ne peut qu'enfiler les perles et se prosterner devant les icônes ! C'est parti.

Photo de l'article de Marie-Claire (1)


Le 26 avril 2019, l'hebdomadaire 
Elle publiait "Success story : les bonnes ondes de Radio France" et d'exposer quatorze femmes de la Maison (de la radio). De fixer une image (glamour, figée, glaciale) de la féminité, de la réussite et du pouvoir. Celle et celui de diriger la grande maison, une chaîne ou une autre, une émission. 

Deux ans, presque jour pour jour, le mensuel Marie-Claire (28 avril) insiste avec un titre sans ambiguïté : "Les femmes d'Inter". Un article de Catherine Durand et une photo ci-dessus (super trop originale), glamour, figée, glaciale de Thomas Laisné. Et là, réunissant les trois postulats énoncés plus haut, Marie-Claire va s'ingénier à polir la statue (de commandeur) en commençant par fermer le champ très large des métiers des femmes de France Inter, pour s'en tenir aux plus people, bankable, prestigieuses. Ou… puissantes, qualificatif et terminologie, que ne manque jamais d'employer Léa Salamé dans sa propre galerie de portraits féminins.

Et Sonia Devillers (productrice de L'Instant M, 9h40) d'ouvrir le bal :  "Au-dessus de moi, c’est une verticale : Catherine Nayl, directrice de l’info, Laurence Bloch, directrice de France Inter, Dana Hastier, directrice des contenus, et Sibyle Veil, PDGère de Radio France, Roselyne Bachelot, notre ministre de tutelle... à part le Président de la République, à qui la radio doit rendre des comptes, ce ne sont que des femmes et je le vis très bien». (2) J'avoue que la verticalité j'étais pas prêt. Quant à "rendre des comptes", drôle de conception du métier et de soumission à un ordre hiérarchique. Si la radio, comme tant d'autres organisations, a toujours eu des dirigeants "au-dessus", les modes de relations et de productions étaient plutôt horizontaux (et pas seulement à cause des très longs couloirs circulaires de la maison ronde).







Quant à rendre des comptes au Président de la République ! Ah bon ? C'est nouveau. Et une drôle de façon de présenter le pouvoir que ces femmes exercent à Radio France. Tant pis pour Yann Chouquet, responsable des programmes de la chaîne. Tant pis pour Roch-Olivier Maistre, Président du CSA. Ces deux hommes à des degrés divers ont à voir avec France inter. Mais peut-être Devillers en profite-t-elle pour tracer le futur de sa propre ascension verticale, qui sait ?

Si l'on ne peut dénier à Laurence Bloch, directrice de la chaine depuis la rentrée 2014, d'avoir installé des femmes à l'antenne on peut largement remettre en question l'assertion de la rédactrice de l'article que ce soit tout à fait nouveau que des femmes occupent des postes de responsabilité ou soient à l'antenne avant ou depuis la création de Radio France en 1975. Avant Roland Dhordain (1963), Agathe Mella a dirigé France Inter et France Culture. La première Pédégère de Radio France est Jacqueline Baudrier (1975-1981), la seconde Michèle Cotta (1981-1982). Dès mars 1968, Jean Garretto et Pierre Codou mettent à l'antenne de L'Oreille en coin (1968-1990) de nombreuses femmes (Kriss, Claude Dominique, Agnes Gribes, Paula Jacques, Kathia David, Marie-Odile Monchicourt,…). Et dès janvier 1971 les animatrices de Fip. Quelques années avant il y avait Annick Beauchamps (Madame Inter), puis Anne Gaillard, Macha Béranger, Clémentine Célarié (Radio 7).

Ce sont plutôt les femmes journalistes qui ont mis du temps à être "audibles" à l'antenne. Et la non-distinction récurrente pour les journalistes médias, entre l'info et les programmes, permet à chaque fois de faire l'impasse sur ces femmes "saltimbanques", animatrices de nombreuses émissions qui restent dans la mémoire collective. Donc ne vous en déplaise Madame Catherine Durand mais en 1978, malgré votre citation, Arlette Chabot n'était pas "la seule femme à l'antenne". La plupart des journalistes n'écoutent pas la radio et, surtout s'ils l'écoutent, ne l'écoutent que pour les infos, dont les sacro-saintes matinales.











Par contre, il aurait été pertinent que Durand soulève que de 10h à 17h (hors infos) il n'y a que des hommes pour animer sept émissions consécutives (3). Comme le dit Laurence Bloch "Je ne vais pas déloger des producteurs et des journalistes qui font un boulot formidable pour mettre des femmes à leur place, mais lorsque l’occasion se présente, à compétences égales, je choisis une femme." Toute la question est "C'est quand l'occasion ?". Quand l'idée générale c'est de surtout ne rien bouger de programmes qui satisfont tant les auditeurs à la moyenne d'âge de cinquante-cinq ans !

Cet article de Marie Claire, comme celui de Elle, celui de Laurent Tello (Le Monde Magazine, février 2018), celui de David Garcia (Le Monde Diplomatique, aout 2020) mettent en valeur les émissions à très forte audience, la matinale, ses animateurs et quelques femmes journalistes, sans aucune analyse sur les programmes, leurs formats et leur quasi-absence de renouvellement. Ces articles n'apportent rien sur le fond, confirment des évidences, utilisent la brosse à reluire sans le moindre esprit critique ou quelquefois si discrètement… entre les lignes !

Donc pour la Presse, à France Inter "Tout le monde il est belle, tout le monde il est gentille" au risque de parodier le film de Jean Yanne, "Tout le monde il est beau, tout le monde il est gentil" (1972), critique acerbe et sans concession de la radio (privée) qui, quelques années plus tard, s'est révélée être une prophétie.

(1) En haut : Laurence Bloch, Élodie Forêt. En bas : Fabienne Sintès, Léa Salamé, Morgane Cardigan, Catherine Nayl, Sonia Devillers, Laure Adler,
(2) à 9;42 ce jour dans L'Instant M, Delphine Ernotte, Présidente de France Télévisions, affirme que "en France, radios et télévisions publiques sont totalement indépendantes" et donc ne rendent pas de comptes au Président de la République !
(3) Hors info, trois femmes animent des émissions : Sonia Devillers (journaliste), Charline Vanhoenacker (journaliste), Laure Adler (journaliste).

mardi 27 avril 2021

L'Instant M : le code a changé, le ton a changé…

Depuis la première émission, le vingt-cinq août 2014, je n'ai pas du manquer beaucoup d'épisodes de L'Instant M de Sonia Devillers sur France Inter (et en ai chroniqué plusieurs depuis). Le défi d'animer une émission de dix-huit minutes, Devillers l'a relevé et a su imposer un rendez-vous qui s'installe après le set d'Augustin Trapenard qui reçoit le gotha artistique à une heure où sur France Inter changer de musique, soit sortir du tube ou de l'enfermement de l'info de 5h à 9h07 est de santé publique. Plus de quatre heures de propagande malaxée, mixée, broyée ça peut épuiser le plus grand aficionados de radio. En sept saisons Devillers aura montré une vraie passion pour la télévision, la presse et les "médias émergents". Pour autant si depuis quelques mois la TV perd un peu de terrain et que l'écrit dispose de plus de visibilité, le ton de l'animatrice comme le ton de l'émission ont changé.



Commençons par quelques chiffres (1). La TV reste en tête de toutes les catégories et la prescription d'émissions reste le bon plan pour "faire de l'audience". Dans tous les cas le titre de l'émission et son mot magique "média" permettent de parler de contenus et trop peu souvent du média lui-même et de ses enjeux sociétaux. Même si Devillers aimerait plus souvent creuser ces enjeux-là le format de l'émission permet peu de pousser très loin l'analyse. Et le parti-pris de défendre (vendre) une émission TV, son contenu et ses postulats avec ceux-là mêmes qui en sont les producteurs ou les acteurs empêche une réflexion plus approfondie sur le média lui-même. Une fois de plus la radio est le meilleur prescripteur de la TV quand la dite-TV n'est jamais prescriptrice de la radio.

Dans cette veine, L'Instant M ne sera jamais L'Instant Radio. Difficile de parler radio à la radio sauf à inviter la Présidente de Radio France, Sibyle Veil, le 17 novembre 2020, pour que cette dernière fasse la promotion de sa "stratégie numérique " (lire la stratégie numérique de Laurent Frisch, Directeur du Numérique à Radio France). On n'est jamais si bien servi que par soi-même. Depuis janvier, j'ai vraiment l'impression que le code a changé. Petit à petit la TV n'est plus aussi présente à l'antenne de L'Instant M. Finies les invitations, de telle directrice de programmes, de tel patron de chaîne, de tel expert en "guérillas télévisuelles". L'écrit : presse, édition, s'impose un peu plus. 

La semaine du 12 au 16 avril, Devillers très corporate a invité Nagui, pas le producteur-bénévole de radio, non, l'animateur de "N'oubliez pas les paroles" et a réussi à lui tirer les larmes. Un grand moment de TV, de radio-filmée. Les choix éditoriaux de cette émission appartiennent à sa productrice et/ou à la directrice de la chaîne/directrice des programmes, Laurence Bloch. Mais on se demande comment depuis un mois Devillers qui aime tant la presse n'a pas invité :

- Coco, dessinatrice qui entre à Libé et remplace Willem (de la même façon, rien sur le très médiatique gribouilleur de une du Monde qui a enfin pris sa retraite), 
- "L'heure du Monde", le nouveau podcast du quotidien (mais des fois que ce serait concurrentiel avec la matinale d'Inter ?),
- Bernard Friot pour son livre "Vaincre Macron" (trop politique ?),
- "Il y a 20 ans, "Loft story", un sujet qui doit pourtant passionner Devillers, 
- Tania de Montaigne qui fonde un club radical pour ceux qui ne sont pas puissants (aie ! ça heurterait peut-être la journaliste maison qui roucoule sur les "puissantes" ?),
- "La télévision du futur" par Bruno Patino, (alors là on comprend pas ?),
Culturebox : Radio France et l'INA s'associent à France TV (ben alors et l'auto-promo maison c'est fini ?)
- Le New York Times produit de courts documentaires depuis dix ans et se lance dans le long, avec «Time», l’un de ses premiers projets sur ce format,

Coco, photo François Nascimbeni/ AFP


Mais, ce qui en sept ans a changé, c'est le ton de Sonia Devillers. Si son enthousiasme communicatif ne s'est pas érodé, sa façon de sur-ponctuer chaque mot de ses phrases, d'appuyer ses affirmations au point de se demander si c'est elle l'invitée de l'émission, sa prise de parole de plus en plus importante au cours de ses dix-huit minutes, c'est aussi diminuer d'autant le temps de parole de ses invités. Cette scansion en hyperponctuation finit par devenir insupportable à l'écoute. Si l'on ajoute l'obligation de faire la passe à l'émission suivante, toutes ses fins d'émission sont brutales et donnent souvent l'impression de "rester sur sa faim" ou de vouloir nous faire passer à autre chose à tout crin. L'invité s'en accommode, l'auditeur a fini par s'y faire et la direction se contrefout de cette façon indélicate de bousculer l'auditeur.

L'"invention" de passer les plats que Schlesinger (ex n°2 de Gallet) a imposé ne rime plus à rien à l'heure des replays et autres podcasts disponibles H24. Vouloir forcer l'écoute et ne pas laisser à l'animatrice ou l'animateur d'une émission le temps nécessaire pour désannoncer (2) et calmement quitter l'antenne, montre le mépris absolu des dirigeants d'aujourd'hui pour le rythme et le tempo d'une émission. Chaque fin d'Instant M est survolté et m'incite immédiatement à ne pas écouter la promotion de l'émission suivante. Mais qui aujourd'hui se préoccupe de ça à part les vieux chevaux (sur le retour) ?

Qu'on donne 2' de plus à Devillers et qu'on les supprime au journal de 9h !!!!!! Et surtout que l'on repense l'éditorial d'une telle émission qui ne peut se satisfaire d'une formule passe-partout "L'Instant Média". Qu'on arrête de sur-vendre la TV ou a minima l'évoquer comme le faisait Marcel Jullian sur Inter, le lendemain de la diffusion pour revenir sur un documentaire, un débat ou une émission. Et que Devillers ose inviter Les Sons Fédérés pour brosser un tableau de la création indépendante audio, fasse un pas de côté dans la jungle médiatique en rencontrant Phaune-radio, reçoive Delphine Saltel pour sa série Vivons heureux avant la fin du monde, prenne le risque d'entendre parler de radio avec Anthony Gourraud ou de parler autrement de musique classique en causant avec David Christoffel.

Et puis une question de fond : Un journaliste publie une enquête sur un média et une autre journaliste Sonia Devillers l'interviewe sur son enquête et le média en question. Demain il y aura une émission Questions Médias qui interviewera Devillers pour évoquer les interviews médias. Avec un peu de chance on appellera ça du journalisme "média". Ça nous changera du "journalisme de l'intime" . Après le summum sera d'inventer le "journalisme média de l'intime".

À bon entendeur, salut !

P.S. : Une animatrice, un animateur incarne son émission. Si il/elle prend des congés celui ou celle qui la/le remplace, tout y mettant du sien, aura du mal à trouver sa place. Exceptée peut-être Dorothée Barba, les remplaçants-remplaçantes font "pâle figure". Nadia Daam n'a pas du tout été à la hauteur et a rendu pathétique sa roucoule avec Charlotte Pudlowski et Victoire Tuaillon jeudi 22 avril dernier !

(1) Sur 165 émissions au 26 avril 2021 : TV/80, Presse/32, Édition/16, Société/12, Autres médias/23, Interclass/1, Radio/1
(2) La désannonce quotidienne de ceux qui font l'émission avec Sonia Devillers est passée en hebdo le vendredi. Une entorse supplémentaire à la tradition radiophonique publique de nommer chaque jour ceux et celles qui ne sont pas au micro et sans qui il n'y aurait pas d'émission !