lundi 19 octobre 2026

France Culture : la disparition (de la routine) !

Vous avez peur hein ? Il n'y a pas lieu. La parution vendredi dernier dans Libération d'un "Spécial Perec" m'a inspiré ce billet. En effet si Perec a fait disparaître la lettre E dans son roman "La disparition", France Culture pourrait au cours d'une "Journée spéciale Perec" (24h) faire disparaître les scories qui brouillent l'écoute et qui tendent à faire imaginer qu'on pourrait quelquefois être sur France Inter. Alors attention, là, il ne s'agirait pas de faire dans la faribole versus d'Arvor (Olivier Poivre) qui, en juillet 2014, avait proposé à Marie Richeux de jouer à la marelle et aux autres productrices et producteurs d'interchanger leur émission. Misère éditoriale poussée à son paroxysme. Coup d'épée dans l'O ! Et, malheureusement, ce jour-là, le renvoi, sine die, d'Alain Veinstein de l'antenne. Quand, depuis, d'autres n'ont malheureusement pas disparu !!!!!!!

Libération, 16 oct 2026
















Alors forcément dès potron-minet disparaît Erner. On fait une matinale un peu plus pop et pêchue ! 7h-8h "Jules & Gilles" par Audrey Stupovski. L'animatrice de Fip s'entretient avec Gilles Clément et émaille son interview des "Histoires naturelles" de Jules Renard. 8h, dix minutes d'infos serrées. 8h10-8h30 Au duo brillantissime des étés de 1991 à 1998, Paul Caro et Jacques Meunier qui animaient "L'œuf de Colomb", émission de vulgarisation scientifique, on proposera Denis Cheissoux et Camille Crosnier (1) de 8h30 à 9h.

De 9h à 10h30, "La matinée des autres", par Susana Poveda, animatrice à Fip. 10h30-10h50 "Y'a d'la chanson dans l'air" (2) par Maryse Friboulet. 10h50-11h "Le mot pour le dire" par François L'Abbaye. "Grandeur et misère de la pop'philosophie" par David Christoffel de 11h à midi. 12h, le journal. 12h10-12h30 "Opus 1" par Malou Farine.

12h30-13h50 "Toute une histoire" par Céline Loriou et Marine Beccarelli. 13h50-14h00 "Les recraqués" par Guillaume Meurice et Malik Bentalha. 14h00-16h30 "Les après-midi de France Culture". 16h30-18h "Décibels" par Jeanne-Martine Vacher. 18h00 Le journal. 18h10-19h40 "Staccato" par Stephane Davet et Fabrice Lhomme. "Opus 2" par Malou Farine, 19h40-20h. "Easy tempo" ou "Subjectif 21", 20h-22h, Thierry Jousse et Michka Assayas. 

22h-23h50, "Nuits debout" par Pierre Dubois (ex animateur de Radio Pikez à Brest). 23h50-Minuit "Coda" par producteurs en alternance. 00h00-0040 "Du four au moulin", à travers les campagnes françaises par Marion Thiba. 00h40-7h00 "Les Nuits de France Culture" par Albane Penaranda.

Bon pour faire ça faudrait-il, quand l'imaginaire a définitivement disparu de la grille, qu'Emelie de Jong, Directrice de France Culture,  ait un peu d'humour, le désir de faire sourire auditrices et auditeurs et surtout l'envie de désacraliser l'antenne, bien figée dans son tempo rigide et verrouillé ? (Moi je me suis fait bien plaisir à imaginer cette grille d'un jour… au singulier) (3). 

Si j'ai repris des titres d'émissions connues, c'est qu'ils étaient très bons et leurs contenus encore meilleurs !

(1) Tous les deux producteurs sur France Inter,
(2) J'aime tellement les clins d'œil, et Maryse assez longtemps réalisatrice de Foulquier,
(3) "Un jour au singulier" de Geneviève Ladoues, France Culture, le dimanche après-midi,

dimanche 18 octobre 2026

Les dimanches à l'oreille tendue… en coin !

Ça démarre le 30 mars 1968, un samedi, ça s'appelle TSF 68. C'est pas révolutionnaire et ça ne s'agite pas du côté de Nanterre. Ça bouge juste la radio le samedi et le dimanche en plein milieu de saison mais en ce temps-là on dit pas saison pour la radio. On fait des programmes de septembre à juillet. Alors pourquoi ça se chamboule à France Inter ? Et nous le verrons quel chamboulage (sic). À l'automne 67 (1), Guy Bégué, directeur artistique ORTF (radio), "croise dans les couloirs" (ça c'est moi qui l'invente) les duettistes producteurs Jean Garretto et Pierre Codou et leur demande de réfléchir à un programme de fin de semaine (samedi et dimanche). Les deux comparses planchent et font éclore TSF soit un programme de 13h étalé du samedi après-midi au dimanche soir ! Une chose jamais créée à la radio. Mais pourquoi je vous raconte tout ça ?

Claude Dominique au micro de L'oreille en coin,
avril1973, capture écran Ina

















D'abord le point de vue de la presse (l'émission a juste 1 mois) : "T.S.F. 68 est une suite alerte de gags, interviews, chansons, jeux, enquêtes, mis en onde en faisant une large part au montage et aux milles ressources de la technique sonore, bref un véritable retour à une radio composée, mais dans un style résolument moderne. Kaléidoscope, par exemple, fait penser à Dim Dam Dom ; certains montages de chansons rappellent les procédés d'Averty ; on peut tout aussi bien évoquer, à propos d'autres séquences les " posters " ou les collages surréalistes. (Le Monde, 3mai 1968, Marcelle Michel)

Et puis ce billet sera comme une intro à la publication d'un prochain billet sur le "rêve". Et puis parce que me téléportant à l'automne 68, je me souviens bien, à l'écoute de la radio, de ces dimanches un peu moins tristes, un peu moins glauques et absolument enrichissants. Seulement voilà j'ai beau avoir des archives je ne trouve pas le programme du dimanche après-midi. Alors je vous mets plusieurs choses savoureuses mais ni Jacques Trémolin, ni Daniel Mermet, ni Robert Arnaut, ni Claude Dominique n'étaient encore à l'antenne en 68. 

Jacques Trémolin, ancien préfet d'Ardèche, dans ses "Histoires d'animaux" raconte "Le blaireau". puis Mermet de sa belle voix grave file dans "La ville de Paramaribo", Robert Arnaut prend le temps et dans une de ses "Chroniques sauvages" nous emmène en transhumance… Quant à Claude Dominique un minuscule extrait (de 1'33 à 2'02) quand elle animait un samedi après-midi (2) de "L'oreille en coin". Et pour en savoir un peu plus, vous pourrez voir la longue vidéo de l'Ina sur TSF 71.

Alors tout ça faisait rêver, me faisait rêver. On sortait du cadre, on s'imaginait ailleurs on écoutait un peu béat tout ce qu'il y avait à entendre et à découvrir. Si je n'avais pas perdu trop de temps à chercher (sans le retrouver) mon exemplaire de "L'oreille en coin" (Thomas Baumgartner, Editions Nouveau monde, 2007) j'aurais publié ce billet en début d'aprem. J'espère que vous aurez encore envie de tendre l'oreille avant la nuit tombée. ;-)

TSF 68, 69, 70 et 71 sont le préalable à L'oreille en coin" (1971-1990)

(1) Roland Dhordain, le Directeur de la radio a quitté la boutique, à l'automne 67, pour devenir "Conseiller Culturel" du Club Med, de son ami Gilbert Trigano. Ses "vacances" ne dureront pas longtemps puisque fin juin 68 il sera rappelé par Yves Guéna, nouveau Ministre de l'Information, pour remettre en bonne marche la radio publique,
(2) Chaque animatrice à tour de rôle était le fil conducteur soit du samedi après-midi et du dimanche après-midi, tout en gardant sa propre émission, c'est ici le cas de Claude Dominique un samedi après-midi,

samedi 17 octobre 2026

Camarade… affiche-toi !

Je ne lis jamais les gazouillis écrits sur les pages web de France Culture, sauf pour les pages associées aux émissions en rediffusion dans "les Nuits". Exception ce matin puisque sur Bluesky, France Culture remet en avant l'"affichage" de mai 68. Je reste passionné par les créations graphiques et particulièrement celles issues de mouvements spontanés et populaires. Depuis un mois lycéennes et lycéens nous ont donné l'occasion (fautes d'orthographe comprises) de sourire, d'avoir la rage, d'être solidaires et souvent désespérés par l'ampleur et la brutalité des forces de l'ordre. Alors qu'aujourd'hui "Gilets jeunes" et "Gilets jaunes" se rejoignent c'est l'occasion de regarder la formidable créativité individuelle de la jeunesse à laquelle s'oppose la créativité de 68 "réservée" à l'"Atelier populaire" des Beaux-Arts de Paris. J'écris "réservée" car peu d'autres créations graphiques sont restées dans les mémoires ou dans les musées.












Chloé Leprince fait bien de rappeler en intro de son papier, l'exploitation éhontée de centres commerciaux (innommables) pour avoir détourné en 2005 trois affiches de mai 1968. Puis elle détaille l'histoire : " On dit “affiches de l’Ecole des Beaux-arts” parce que c’est là, au 13 quai Malaquais, à Paris, que se trouvait l’Atelier populaire. Mais c'est impropre et au moment même de mai 68, il était d’usage d’évoquer les affiches “de l’Atelier populaire de l’ex-Ecole des Beaux-arts”. En 1968, l’Ecole des beaux arts, qui formait encore alors l'intelligentsia de l’architecture en France, avait été occupée dès le 15 mai. Certains artistes en rupture ou d'anciens élèves reviennent sur place, investissent les lieux ; des assemblées générales font le plein. C’est à la faveur de cette occupation qu'émergera l’Atelier populaire, où est né, par exemple, le fameux poing levé."

Aujourd'hui la créativité de milliers de pancartes en carton dans toute la France est le fait spontané d'individus ou de petits groupes qui pensent leur mots, détournent les slogans habituels, enfoncent le clou des évidences, cassent les "belles paroles" des politiques ou des dirigeants de l'Éducation nationale, se moquent des institutions enkystées, fustigent le mépris des autorités. Ceci avec  beaucoup d'humour et de pertinence. Moins de dessins plus de desseins.

Octobre 2026










Leprince précise : "Ce sont des gens non organisés, des gens qui sentent le moment. Qui sont évidemment des jeunes révoltés, mais pas des professionnels, pas des gens encartés. Parce que c'est triste à dire, mais c'est inouï ce que les marxistes-léninistes et les trotskistes ont été dépourvus de toute imagination. Tous les slogans les plus extraordinaires, les affiches les plus inventives - et vraiment, elles l'ont été, alors évidemment le capitalisme et la publicité s'en sont servis et c'est normal, c'est la règle du jeu - viennent de jeunes gens qui sentent un peu les choses mais pas embarrassés par un poids théorique handicapant. Et puis, après, une perméabilité à la rue, aux usines, et un apport de l'extérieur. "

Si les affiches de 68 ont été "Tirées sur du mauvais papier, elles n’avaient pas été conçues pour durer et beaucoup pariaient sur l’immédiateté de la mémoire révolutionnaire" (Leprince). C'est la même chose aujourd'hui. On ne sait pas où finissent toutes ces pancartes inventives et rageuses. À part certainement celles et ceux qui les documentent en les photographiant. On est aujourd'hui dans l'affichage "mobile" plus que dans l'affichage collé au mur et c'est ce qui sans doute rend encore plus éphémères les milliers de messages et de bons mots qui volent au vent mais dont certains finiront bien par s'imprimer dans la mémoire collective.

Affiche de mai 68.
Atelier populaire à l'École des Beaux-Arts
©Getty



vendredi 16 octobre 2026

"Opus" sur France Culture : de la musique avant toute chose !

Y'a pas photo ! Y'a la dark romance d'aujourd'hui qui fait pleurer dans les chaumières et qui désespère Billancourt, Garges-les-Gonesses, Créteil-Léchat et ce coin reculé du Finistère où j'habite. Et puis il y avait les grandes heures du Programme musical de France Culture (1965-1999) (1) qui en 1992 proposait entre autres "Opus" (2)… 




















Samedi 20 juin 1992, Gérard Tourtrol est au micro et va nous raconter "le soleil noir d'un visionnaire" la story de Stevland Hardaway Judkins dit aussi Stevie Wonder. "Enfant aveugle, bercé par les blues et les gospels entendus à la radio, grand admirateur de Duke Ellington, Stevie Wonder a d'abord été l'enfant prodige et la mascotte de la maison de disque Tamla Motown à Détroit. Mélodiste talentueux et multi-instrumentiste inspiré, Stevie Wonder, fut également un militant pacifiste et un combattant pour les droits civiques." (3)

Bon je sais pas vous mais je tiens "Songs in the key of life" pour le joyau de Stevie et il est intéressant d'entendre Glenn Ferris (tromboniste de jazz) l'évoquer, lui qui a participé au double album de Stevie. Ce dernier évoque Berry Gordy et son entrée chez Motown et son premier succès 'Fingertips" (1963) que Tourtol nous fait écouter. Pas sûr que ce titre soit passé dans la première heure du Pop Club (qui démarra en 1965).

Si Stevie reconnaît que "Motown a écrit une grande page de l'histoire des Noirs" il raconte que sa propre vie à été décrite à travers ses chansons par exemple son premier amour, "I was made to love her". Ce titre et d'autres que l'on reconnaît et pour lesquels on (je) n'a fait aucun effort pour traduire les paroles. Pour "You are the sunshine of my life" on fait tout ce qu'on peut, et plus que ça, pour oublier la version mélo de Sacha Distel. Tout coule de source et tout revient à la surface de la mémoire tel "Black man" ou "Uptight". Tourtol et sa réalisatrice Régine Barjou alternent avec légèreté musique et interviews (et traduction), Tourtol plaçant délicatement des bribes de l'histoire de Wonder.


















Pourquoi certains titres sont des "évidences" qui fonctionnent immédiatement ? Parce qu'on les a beaucoup entendus et écoutés ? Parce qu'ils se sont inscrits dans notre mémoire sélective tel que "Village guetto land" ? Parce que Stevie Wonder touche avec ses mélodies à l'universel ? Alors cette "évidence" se vérifie pour "Happy birthday" chanson sortie en 1981 sur l'album Hotter Than July, hymne militant écrit pour faire de l'anniversaire de Martin Luther King Jr. un jour férié national aux États-Unis.

Récemment Thierry Jousse et Laurent Valero ont consacré sur France Musique un "Retour de plage" à Stevie Wonder. Et Michka Assayas, le très brillant érudit de tant de musiques, nous brosse, en 4 épisodes  sur France Inter, un portrait du "Little Stevie" devenu grand. (Et il était à "L'Accor Arena" de Paris hier soir).

(1) Le créateur du Programme Musical de France Culture (PMFC), qui fut longtemps son directeur, était le musicologue Guy Erismann. Le PMFC était une entité à part. Il dépendait directement de la Direction de la Musique, qui alors s’occupait des Orchestres, du chœur, de la création musicale, d'Ocora et des publications discographiques musicales, du Festival de Radio-France et Montpellier et donc du PMFC - sans bien sûr oublier France Musique ! (source, Marc Dumont)

(2) 1988-1999.  Ben oui 1999 et l'opération "coup de balai" de la nouvelle Directrice de la chaîne, Laure Adler. Pour la saison 1991-1992, l'émission avait lieu le samedi soir de 22h35 à minuit,
(3) Sur le site de l'émission,

jeudi 15 octobre 2026

Ettore Scola : Nous nous sommes tant aimés… (nous et le cinéma italien)

Pur hasard ! Revoilà le binôme Isidori/Giovannetti (Mai 1995) pour tourner autour du cinéma italien. Celui-là même qui me bouleverse et me bouleversera sûrement à vie ! On embarque avec le maître Ettore Scola. Si l'on ne connaît pas la langue italienne on est Grosjean comme devant mais, même si on ne la comprend pas et qu'on aime l'entendre, ça change tout. Sa musique nous réjouit. En intro plus de trois minutes de cette langue italienne qui nous ferait aller à pied à Naples, à Milan, à Rome, à Castellina in Chianti chez Ferré en Toscane, à Palerme, à Turin, à Gênes ou à Florence et partout dans les villages et sûrement à Montezemolo chez le grand-père de Giono. Si un jour j'y vais en Italie je ne pourrais plus rentrer chez moi…












Torniamo al punto. Revenons à nos moutons ! On entre dans le dialogue de Sophia Loren et de Marcello Mastroiani dans "Una giornata particolare/Une journée particulière". On peut revoir les images bouleversantes du huit-clos, les regards appuyés de Sophia, les regards dérobés de Marcello et s'imaginer la scène que Luciana Berini va vite nous remettre en mémoire. C'était parfait de commencer par ce film-là. Car il n'y a pas que la journée qui est particulière. Tout est particulier. Chaque plan, chaque scène, chaque personnage. Et quand on retrouve la langue italienne, on est "dans le film", près des acteurs et ça pourrait durer et durer qu'on ne s'en lasserait pas !

"Les scènes en sépia sont magnifiques" dit Berini et Isidori d'ajouter "[Scola] a choisi des couleurs passées, délavées et il a même choisi de ne pas utiliser les techniques comme le zoom parce que ce n'était pas une technique utilisée dans les années trente. Cette couleur passée c'est aussi le caractère de ces deux personnages". Puis Christian Depuyper, historien du cinéma italien, donne les clefs de ce cinéma-là. Le parcours de Scola mais aussi les parcours de ceux qui à côté de lui ont participé à la marque de fabrique d'un cinéma singulier.

Et Depuyper sur la base de "Nous nous sommes tant aimés" (1976) d'évoquer le grand "désenchantement historique qu'a vécu toute une génération, celle qui avait fait la guerre dans la Résistance et celle qui attendait la démocratie et qui voit arriver la démocratie chrétienne et on sait bien qu'aujourd'hui que ça n'a pas été du tout la même chose… Et puis, cette sorte de maladie d'Alzheimer qui s'est emparée de l'Italie après la guerre". Bam ! La très grande force du cinéma italien qui sait porter un regard lucide sur la société en mouvement. Ça ne fait pas de mal et même du bien quand, en France, on tournait des bluettes machistes (1). 

À l'issue de son documentaire, Francesca Isidori nous donne envie de revoir tous les films évoqués "La terrasse", "Une journée particulière", "Splendor", "Nous nous sommes tant aimés" et "Le bal" d'Ettore Scola. Et comme me le signale un follower avisé sur Bluesky, la phrase clef de "Nous nous sommes tant aimés" : "Nous voulions changer le monde, c'est le monde qui nous a changé".

On notera que les "Mardis du cinéma" duraient 1h30, ce qui serait impossible aujourd'hui quand les émissions sont enfermées entre les heures justes.

(1) Et du sirop de guimauve : "Vincent, François, Paul et les autres" ("les autres" ? Les femmes sans doute innommables !) de Claude Sautet, 1974,

mardi 13 octobre 2026

France Musique : Stephane Grant… pipo sans moderato !

Le 10 septembre, Stephane Grant, nouveau Directeur de France Musique, s'exprimait dans la revue numérique "Média+" : «Cette nouvelle saison, nous allons l’écrire ensemble, avec toutes les équipes de France Musique et nos fidèles auditeurs.» On se pince, Monseigneur ! Démagogie poussée aux extrêmes. Depuis quand auditeurs et auditrices pourraient être associés de près ou de loin à l'élaboration des programmes d'une chaîne de radio publique ? En tous cas jamais depuis 1921. Quelle farce alors ! Que des mots creux, une formule toute faite, de la gonflette de camelot de foire qui voudrait à tout prix vendre ses casseroles… inoxydables !














Monsieur Grant vous imaginez sans doute que "France Musique est à vous" (1) ou "Quelle musique entendez-vous ?" (2) puisse correspondre à l'élaboration des programmes par les auditrices et les auditeurs. Choisir des morceaux de musique, les proposer à une productrice … Décider que telle musique s'accorderait parfaitement à telle œuvre picturale, ces propositions, l'une comme l'autre, n'ont rien à voir avec le fait de recueillir des suggestions d'émissions et les mettre en œuvre. Mais plutôt il s'agirait :


• D'ouvrir l'antenne à des expériences radiophoniques dans les conservatoires (et pas uniquement celui de Paris !) dans les universités, les lycées, 
• Passer des commandes de créations radiophoniques sur des thématiques musicales, 
• Varier les écritures radiophoniques, 
• Donner une place à l'actualité de la recherche sur la musique, 
• Autoriser les invités à parler plus de 5 minutes, 

• Rendre publics les critères de sélection des nouveaux producteurs et 
• Ouvrir un appel à projets annuel avec un nombre substantiel d'auditeurs dans le jury de sélection,
• S'engager à répondre à tous les projets,
• Mettre à la disposition des enseignants et étudiants des émissions réutilisables en cours, 
• Garantir une place à la réflexion critique, même quand elle ne sert pas directement la promotion d’un concert ou d’un disque. 

Et… cerise sur le gâteau, renverser la table et ouvrir la chaîne à toutes les musiques et pas seulement à l'hégémonie du classique ou le pré-carré du jazz ! Oui là, Stéphane Grant, on pourrait commencer à croire à votre mantra  "Écrire ensemble"… Et, si vous avez un moment, regardez donc les programmes mijotés par Louis Dandrel (1975-1977) et vous découvrirez le gouffre qui vous sépare de cette époque-là !

Le logo 1999-2005,
avec le fameux "s" que l'on doit à P. Bouteiller
Directeur de la chaîne à cette époque,














Et puis, Monsieur Grant, quid des auditrices et des auditeurs qui, sans plus aucune fréquence hertzienne pour écouter la chaîne dans les 11 000 villes concernées, pourraient alors "écrire ensemble" ? Écrire quoi ? Leur déconvenue ? Les pirouettes de la Direction générale et celles de France Musique disent la déliquescence du service public radio et surtout la volonté des dirigeants de changer d'ère (et de chanson) pour ne plus jurer que par le numérique qui écrase tout… sur son passage au DAB+, entre autres. Revenir à la FM serait pour Sibyle Veil, Pédégère de Radio France, se déjuger et surtout constater son refus de revenir à la position antérieure comme sont en train de le faire les Suisses !


À ce jour, Stéphane Grant, vous n'êtes ni convaincant ni rassurant. Vous suivez, bon gré mal gré, un mouvement de fond porté par Laurent Frisch, Directeur du Numérique de Radio France qui, lui-même, a en ligne de mire l'injonction des tutelles depuis 2014 : "Diminuer drastiquement la masse salariale" et par extension LES MOYENS DE PRODUCTION. On rationne la création radiophonique et on entretient à grand frais une armée mexicaine de cadres inutiles et improductifs.


S'ils existent, M. Grant, donnez-nous vite des faits qui valideraient l'"écrire ensemble". Sinon vous participerez à la désinformation et au renoncement de France Musique à être accessible à l'écoute pour toutes les Françaises et tous les Français. Cette écoute libre et gratuite, un vrai choix de société auquel Radio France vient de poser les bases de son désengagement !


Ajout de 20:30

Dans son édition de demain, Télérama en dernière page du courrier des lecteurs annonce : "Dans nos articles [sur telerama.fr], nous avons vivement regretté ce choix qui nous semble affaiblir la station. Nous en préparons d'autres, qui relateront les conséquences pour les auditeurs de ce qui s'apparente à une réelle fracture culturelle. Concernant la carte des zones dont les fréquences ont disparu, Radio France nous indique ne pas être en mesure de l'établir." 


(1) Le vendredi 6h30/9h et le samedi matin 7h/9h,

(2) Le vendredi 10h30/12h,