vendredi 31 juillet 2026

France Musique : Thierry Jousse… 20/20 !

N'y allons pas par quatre chemins ! Vingt émissions de "Retour de plage" depuis le 6 juillet (la der ce soir avec Prince en guest). Vingt émissions et, sur ces vingts, rien à jeter. Plusieurs perles et quelques diamants. Pas moins. Jousse (Thierry), producteur, enfile les tubes, les inédits, les cachés au fond de l'armoire et même des inconnus venus de la nuit des temps. On se régale, on se pâme et on réécoute car on peut pas tout ingérer d'un coup. Vous me trouvez dithyrambique ? Sorry but nous sommes de la même génération et à quelques années d'écart nous avons été biberonnés aux mêmes tempos qui pour nos années 60 et 70 nous ont définitivement acquis à la cause de la pop, du rock, de la soul, du funk, du blues et du RnB'…"

Dusty, the best choucroute in the world










Difficile d'en dire beaucoup plus que dans mon billet du 6 juillet. Où y'avait à boire et à manger. Pour sa dix-neuvième Jousse nous fait un festival Dusty Springfield qu'il adoooooore et dont il ne manque d'aucun superlatif pour la décrire ! Il le dit pour "Spooky" et s'esbaudit quand, pour le dernier morceau diffusé, la chanteuse a donné pour titre son propre nom et prénom Avant, reprises par Dusty, il aura tissé sa toile autour des chansons de Burt Bacharach et Hal David. La crème de ce que Jousse vénère. Avec un "Alfie" d'apothéose par Cilla Black. Ben oui quand on suit le producteur depuis vingt ans on finit, un peu quand même, par connaître ses goûts. 

Bon je vais conclure. Vraiment réécoutez cette émission, une ode à l'amour et à la joie ! (Et tachez de pas louper "The look of love" de Claudine Longet, "la délicieuse Claudine Longet" précise Jousse…)

jeudi 30 juillet 2026

Radio France : à défaut de l'écouter… la lire (la radio) !

Qui osera dire (quels médias oseront) à Radio France que le  "système rediff'" matin-midi-et soir-et-plus-si-affinités c'est juste du pipeau, un faux nez magistral, une entourloupe de 1ère catégorie ? Nous faire avaler que ce serait l'occasion de réécouter ce qu'on a loupé au cours de l'année ressemble à une parade de cour d'école. Radio France feint d'ignorer que nous sommes capables avec nos petits bras de nous constituer nos propres archives et de sortir de la nasse du "bouque cleub" qui finirait par nous faire détester les boucs, les clubs et le bavardage scolaire. Radio France qui n'a plus aucune culture radio ne sait pas que pendant plusieurs décennies la radio publique faisait des "bancs d'essai" de l'été pour inventer de nouvelles formes, permettre à de nouvelles voix d'émerger et SURTOUT d'être dans le tempo de l'été, des vacances et du farniente. Comme tant d'autres choses Radio France renonce et ce renoncement-là dit tout du mépris du staff pour donner aux auditeurs des occasions de sortir de la routine, d'être surpris et de se laisser porter par des voix nouvelles (1). Madame Veil qui ne rate aucune occasion de se congratuler devra bien un jour rendre compte de ces renoncements qui finiront par tuer la radio…

















Peut-être qu'à défaut de l'écouter, vous pourriez la lire… Vous trouverez sur cette page une amorce de biblio qui mériterait une petite mise à jour j'en conviens. Bonnes lectures, chères auditrices, et chers auditeurs.

(1) Et jeter aux orties celle de Mathilde Serrell.

mercredi 29 juillet 2026

France Inter : Claude Dominique… toujours et toujours !

Puisqu'un lecteur de ce blog m'interpelle sur Bluesky sur Claude Dominique, c'est l'occasion de regarder son histoire radiophonique de long en large. Et avant toute chose Claude Dominique c'est une voix et une façon d'agencer les mots pour en faire des histoires extraordinaires. Tous ses génériques sont des modèles de création radiophonique. De poésie, d'absurde et d'humour. Du très haut vol presque jamais atteint par d'autres. Revue de détail.
Jean Garretto, Robert Arnaut, Claude Dominique…












Née Marie-Claude Concordel (1929-1997) à Clermont-Ferrand, Claude Dominique est une femme de radio aux multiples talents radiophoniques. Son fils, Vincent Labeaume dit d’elle : “Ses créations/collages sont une réalité supérieure, de l’art. Elle invente le slam bien avant tout le monde”Il faut à Claude Dominique une bonne part de folie dadaïste pour compter, à l’antenne, en même temps qu’il les chante, les “Je t’aime” que Johnny Halliday égrène dans sa chanson “Je t’aime, je t’aime, je t’aime”. Elle en dénombrera soixante-seize ! L’album au titre éponyme est paru en 1974. La chanson dure 6’50.
Mais Dominique sait aussi attraper l'histoire par la micro-histoire. Cette vulgarisation a aussi toute sa place à France Inter. En janvier 1983, le nouveau directeur de la chaîne, Jean Garretto, a confié à Claude Dominique, femme de radio et Michel Winock (1937-), historien Le passé singulier. Vingt minutes à deux voix. Celle de lhistorien et celle de la conteuse qui, chaque jour lit extraits d'archives privées ou autobiographies de 1920 au début des années quatre-vingt.
Avec gouaille, voix de rocaille et tournures ciselées, Claude Dominique nous prend par loreille. Nous emmène dans ses histoires extraordinaires. Dans les années 70 déjà, Claude Dominique, dans Matinales de France Culture, lit des Lettres de famille. Elle a le goût des autres, chevillé à sa voix. Du singulier. Du réel quelle aime entrechoquer au surréalisme. Avec un ancrage pertinent dans la culture populaire. Un autre dans la culture savante. Née en 1929, elle débute au théâtre. À la radio elle sublime son art dune écriture vive. Ciselée. De mots pour loreille. Les deux oreilles. Et pour lesprit. Ses façons, sa diction au micro en font un caractère. Une présence singulière. Une voix. De conteuse, de raconteuse, de tisseuse.
Larose, (Les pages rousses du Petit)
Pour la saison 1985-1986, le samedi sur France Inter, Claude Dominique va tenter avec espièglerie, un jeu comique et littéraire, avec ses invités : leur faire rédiger leur notice dans le dictionnaire. Fidèle à sa passion des mots et leur détournement, elle réalise une jolie pirouette avec le titre de son émission. C’est dire immédiatement que Dominique ne pouvait pas ne pas télescoper rose et rousse. On est au bord de la contrepèterie et dans les eaux turbulentes de l’Oulipo (Ouvroir de Littérature Potentielle). 
Son indicatif/générique est à lui seul une féérie de collages. Une voix féminine annonce “Il est 16h15, pardon, excusez-moi, 16h15,… 15h15,… 15h30 il est 15h30”. On sourit. S’en suivent les voix de Robert Raynaud (“Le réveil musculaire”), Pierre Bouteiller (1934-2017) et son Bonjour et Daniel Mermet (1942-) puis de sa voix grave elle annonce Les pages rousses du Petit Larose. C’est l’occasion d’écrire que si Mermet et Dominique n’ont jamais travaillé ensemble ils avaient une vraie proximité créative.
Resteront dans les annales et dans la mémoire de celles et ceux qui l’ont écouté le moment passé avec Topor (1938-1997) dont le rire tonitruant sonne encore à nos oreilles ! Claude Dominique “Roland T., est-ce que vous êtes dans le dictionnaire ?” Roland Topor “Oui… « . S’en suivent le rire de Topor fier de son coup et celui de Claude Dominique qui déjà jubile !
Le principe de l’émission est très innovant. Parler d’une célébrité mais surtout lui faire parler d’elle, prétexte à une conversation pleine de fantaisie, d’humour et d’intelligences. Celle de linvité, et surtout celle de Claude Dominique, qui, tout au long de sa carrière, dans chacune des émissions quelle a imaginées, aura génialement joué avec les voix, les paroles de chansons populaires, les bruits de la vie quotidienne, magnifiant toute la palette sonore, pour offrir à lauditeur un rare et pur plaisir radiophonique.


















Tiroir cœur, sur France Inter, Claude Dominique s’empare du souvenir d’un slow d’une auditrice pour y accrocher des faits, d’autres chansons, d’autres souvenirs. Séquence Le Slow de Pavlov : « Donnez-nous votre slow et nous tenterons de conditionner vos réflexes ». 


Anteclip, kesako ? Dico : «Le préfixe ante signifie contre, exclusivement dans le mot Antechrist » Mazette ! Claude Dominique entre dictionnaire et bons mots. Tentons Anteclip/Contreclip. Occasion en or d’évoquer subtilement, sans rien en laisser paraître, antechrist. Le coup de pied de l’âne. Fustiger l’envahissement depuis le début des années 80, du clip vidéo dans la musique. Laisser libre cours à sa fantaisie débridée pour les mots qu’elle met si bien en musique. Premiers mots. Annonce la couleur avec le proverbe du jour. C’est parti pour une farandole vertigineuse. De mots étalés, pétris, tortillés, tirebouchonnés, tiraillés, compressés, allongés. Dans ses mains. Dans sa bouche. Sous son hachoir. Ses ciseaux de monteuse. Démonteuse de clichés. Enfonceuse de portes ouvertes. Escaladeuse d’aphorismes. Amoureuse de la langue. Tricoteuse des mots. Vertige de l’amour… Claude Dominique réalise d’astucieux et subtils collages sonores de chansons populaires. Raconte de nouvelles histoires avec les paroles des autres. Ça s’en va et ça revient !


«Toutes ses émissions se basent sur un humour à froid. Percutant ». se souvient Guy Senaux, ingénieur du son à l’ORTF et à Radio France. Il ajoute : « Claude Dominique, comme Daniel Mermet, a une très bonne oreille. Ils placent leurs mots en rythme. Dominique utilise les paroles de chansons en fonction de son texte. Mermet cherche des climats de musique, des ambiances sonores». Surtout «Claude Dominique ne lâche pas l’auditeur, elle est physiquement très proche du micro», ajoute Senaux.


Les émissions de Claude Dominique, des bijoux radiophoniques. Des perles. Elle joue, se joue des chansons. Colle. Décolle. Caracole. Juxtapose. Échantillonne. Dialogue… Joue les mots. Plus que le bon mot. Traque les non-sens. Les proverbes. Les phrases toutes faites. Les absurdités réjouissantes. Les évidences pitoyables. Claude Dominique est au verbe ce que Kriss est au jeu. Chacune tourne, retourne et détourne les mots. Claude Dominique les écrit. Kriss les dit. Et inversement. L’une cocasse, lautre espiègle. Ces deux voix de radio magnifient l’écriture radiophonique. Jusqu’à les porter à lexcellence. Les histoires mirifiques de Claude Dominique instillent un plaisir auriculaire. Son sens aigu du montage représente des heures de travail.


Chansons plus

Raviver les refrains des chansons. Les mixer à ses propres paroles. Les malaxer. Les répéter à l’envi. En faire des slogans. À petits pas ou à petit points. Broder dessus. Au point de croix. Comme en zigzag. Tenter un point triple. Une répétition subtile. Un point d’épine. Toucher le point sensible de son sujet. Mais encore. Débusquer la rime riche. Moquer les chabada bada. Et autres la la la. Traquer les paroles surannées de refrains populaires dégoulinant de clichés. Offrir des dizaines de bouquets de chansons intemporelles. Tu me fais tourner la tête… À tant nous faire chanter, nous émouvoir, nous passionner, peut-on imaginer que ce manège puisse s’arrêter de tourner ?


Rentrée 88. Un goût amer. Claude Dominique, renvoyée sans ménagement de France Inter. Eve Ruggieri, nouvelle directrice a tranché. Au cœur. À l’esprit. À la lettre. Choc brutal. Ondes sismiques. Chagrin profond. Que justifie un tel coup d’arrêt ? Rien. Décision injustifiée et arbitraire. Unilatérale. Pour forcer. Imposer à Claude Dominique de rompre avec l’histoire de sa vie. La plonger dans le vide. Laisser l’auditeur pantois et orphelin. Supprimer du paysage une figure aimée, reconnue, brillante. Provoquer l’extinction de voix. Rupture harmonique désastreuse. Quelques années plus tard Claude Dominique revient à la radio (1). Une ombre au tableau. Le mal a été fait. 1995. Dans un an et un slow. Quarante épisodes des Ateliers de Création Radiophonique Décentralisés. Diffusés sur France Bleu. Du souvenir d’une chanson. D’une auditrice, dun auditeur. De son contexte. Claude Dominique tisse en quinze minutes l’histoire d’une année ou d’une époque. Elle ajoute son grain de sel. Un peu de miel. Des tonnes de tendresse.


1996. Jacques Santamaria (2), nouveau directeur de France Inter va proposer à Claude Dominique une émission le samedi. Réinterpréter/Réinventer l’actualité de la semaine à sa façon. Collages, humour, impertinence, chansons. L’émission ne verra jamais le jour. Malade, un cancer l’emporte le 23 janvier 1997. Elle a 68 ans. 

Claude Dominique nous laisse une jolie petite boîte à musique. On l’ouvre sans jamais se lasser. On fredonne. On se rappelle un mot. Un autre. On lève les yeux au ciel. On plonge dans les nuages. Dis quand reviendras-tu ? Dis au moins le sais-tu ?


Dans un an et un slow


À partir du paragraphe "Tiroir cœur" jusqu'à "Dans un an et un slow", c'est la reprise de mes textes in "60 ans au poste. Journal d'un auditeur.", L'Harmattan, Février 2023


(1) «Un loup est caché dans le paysage», 20 épisodes, Ateliers de Création Radiophoniques Décentralisés, Radio France Puy de Dôme, à partir du 1er octobre 1990,

(2) Quand il était responsable FR3 Radio-Auvergne (1975-1982), Santamaria a proposé en 1979 à Dominique une série "Ni hommes, ni femmes, tous Auvergnats" en 20 épisodes de 30' qui seront diffusés à partir de 1980 sur l'antenne.

mardi 28 juillet 2026

Radio France : j'entends des voix…

Une lectrice m'a interpellé il y a quelques jours sur les voix de radio. Cela m'a inspiré ce billet. Un peu sous forme d'inventaire, un peu incomplet, un peu "souvenir, souvenirs"… La voix doit accrocher tout de suite. Suggérer sa présence tout près. Donner envie de sourire. Installer une complicité. Une voix est faite aussi de corps et de chair (et quelquefois il en manque cruellement). Alors, quand elle est à l'antenne à 14h, ne pas hésiter, comme pour un rendez-vous (amoureux), à être un peu en avance et "brancher le poste" à 13h55. Pour entrer en même temps dans le jeu. Pour être ensemble. L'un qui parle, l'autre qui écoute. Tout ouïe ! Un petit cérémonial autrefois naturel, répété chaque jour ou chaque fin de semaine. La radio faisait bien plus qu'accompagner. Elle était là. Enveloppant nos quotidiens et tout ce qui va avec.

Ménie Grégoire
















Dans le désordre (D'Inter à Culture ou inversement)
On pouvait attraper Ruggieri (Eve), à peine monté dans sa voiture pour aller au boulot et la laisser raconter ses histoires. Et à la nuit tombante prendre entre les oreilles la musique de Foulquier. Ladoues (Geneviève) racontait si bien l'histoire le dimanche. Et l'histoire aussi sur la privée Europe 1 avec Philippe Alfonsi. Grégoire (Ménie) sur RTL qui donnait dès 1966 la parole aux femmes à l'antenne. Klein (Gérard) jeune trublion magnifique qui a épuisé les antennes des quatre généralistes . Kriss (Graffiti) "le micro en mini-jupe" (l'expression est d'elle). Caloni (Philippe) ciseleur d'entretiens. Breham (Noëlle) une voix à donner le sourire. 

Villers (Claude), pas de panique ! Monchicourt (Marie-Odile), les sciences mais pas que ! Lebrun (Jean) l'historien et le passeur d'histoires, Isidori (Francesca) et toutes nos affinités électives. Veinstein (Alain) du jour quand il fait déjà nuit au lendemain, Bloch (Laurence) de pays en pays d'ici, Lenoir (Bernard) tout en feedback, Fellous (Colette) et ses carnets nomades, Blanc-Francard (Patrice) père et fils, Dominique (Claude), Les pages rousses du petit Larose, Bouteiller (Pierre) sans embouteillages, Stupovsky (Audrey) Les mots et les langues, Arnaut (Robert) et ses chroniques sauvages, Manzoni (Rebecca) Pop & Co, Wiehn (Pierre) faisons bon ménage, Jacques (Paula), tellement cosmopolitaine, Mermet (Daniel), dans la ville de Paramaribo…

Me pardonneront celles et ceux qui manquent dans cette liste ! Il n'y a pas toujours des voix au bout des liens. Vous pouvez tenter de retrouver ces voix sur les sites de France Inter ou de France Culture. Une pensée pour Julie Leclerc, Maryse Gildas et Viviane Blassel "meneuses de jeu" sur Europe 1. Dans ce billet je n'ai pas mis toutes les voix qui m'exaspèrent et surtout pas celles qui sont là malgré leur piètre voix…

Inter (I), Culture (C)
Ruggièri : Eve raconte (I), Foulquier : Saltimbanques (I), Ladouès  : un jour au singulier (C), Alfonsi : Histoire d'un jour, Grégoire : Allo Ménie, Klein : Hit-parade (I) , Kriss : En roue libre (I) , Caloni  : Inter-Matin (I), Breham : Les p'tits bateaux (I), Villers : Pas de panique (I), Montchicourt : L'oreille en coin (I), Isidori : Affinités électives (C), Veinstein : du jour au lendemain, Bloch : changement de décor (C), Lenoir : Feedback (I), Fellous : Carnets nomades (C), Blanc-Francard : Bananas (I), Dominique : Dans un an et un slow (I), Bouteiller : quoi qu'il en soit (I), Stupovski et son Jules… Renard, (Fip), Arnaut : Chroniques sauvages (I), Manzoni : Éclectique (I), Wiehn : Faisons bon ménage (I), Jacques : Cosmopolitaine (I), Mermet : Là-bas si j'y suis (I)…

Et ce petit souvenir de radio… Et Yolande Brun, animatrice sur Fip Nantes qui fait ce raccord subtil avec "Jessica" (The Allman Brothers band) qui était l'indicatif de "Pas de Panique" (France Inter 1973-1975)

lundi 27 juillet 2026

France Musique a basculé… dans le vide ! La valse des fréquences.

Je ne saurai jamais comme Yves Riesel, raconter la débandade de France Musique. C'est un métier. Ce qui est totalement désolant c'est la posture de son Directeur, Marc Voinchet, qui accuse le coup mais ne convainc absolument pas sur les tenants et les aboutissements de l'affaire. Plus cocasse quand Voinchet en appelle à Jean Tardieu pour rappeler que le poète a créé "France Musique" (1) et a participé au développement de la FM. Oups ! Je pense qu'il a fallu un certain temps pour que les Français investissent dès les années 60' dans des postes à modulation de fréquence (2).

De la com' pas du lien !

















Dans la vidéo ci-dessous on verra les effets de manche d'Agnès Vahramian, Directrice de France Info et de Voinchet, expliquant que c'est une position normale d'évolution de distribution et l'occasion de faire des économies, soit de passer France Musique par pertes et profits. Voinchet a beau bafouiller sur le DAB+ qu'il appelle la RNT (Radio Numérique Terrestre) et la comparer à la TNT, il faudrait rappeler au Directeur que la TNT apportait des chaînes en plus quand le DAB+ va commencer par faire disparaître auditrices et auditeurs, avant que ceux-ci consentent peut-être à investir dans un nouvel équipement.

Il est aussi bon de rappeler qu'à la rentrée 2014, à la Kalachnikov, le Directeur éditorial de Radio France, Frédéric Schlesinger, évoquait déjà le passage probable et définitif de France Musique sur le web. C'est la même logique, agrémentée du DAB+, qui anime Sibyle Veil, Pédégère de Radio France. Musique est le poisson-pilote qui ensuite confirmera Fip en DAB+ et sur le web. Au prétexte d' économies (de bout de chandelle) (3). 

Argumenter, avec la nécessité absolue que France Info soit accessible sur le territoire, alors que c'est déjà le cas de France Inter, montre bien que Radio France a fait d'une pierre deux coups. Profiter de l'argument développement France Info et agiter le chiffon des économies, puis établir qu'il n'y avait plus aucune autre alternative pour que France Musique bascule… dans le vide.

Marc Voinchet


















(1) En 1954, il fut, avec le compositeur Marius Constant, le fondateur d’un programme musical diffusé en modulation de fréquence, qui deviendra France Musique,
(2) C'est surtout les premiers postes à transistor qui arrivent sur le marché et permettent à chacun d'écouter la radio partout. Cette dernière n'est plus familiale mais individuelle. Et les transistors "meilleur marché" ne possèdent pas tous la FM !
(3) Quand on sait que la fin du Mouv' en flux c'est 900 000€ d'économies !!!!!!


Un message de propagande pipé : pourquoi investir dans un poste en DAB+ ?

samedi 25 juillet 2026

Harley : on n'en peut plus, on s'barre, loin, très loin…

On embarque dans "Surpris par la nuit" (1) en plein jour, peu importe. On s'casse, on n'en peut plus de tout. De tout ce qui nous oppresse. Le soleil qui nous prive de l'été. Les puissants qui nous privent d'humanité. Le feu qui nous prive de sérénité. On s'barre à Ikaria, à Saint-Cirgues-la-Loutre, ou à Litiri. Mais on s'barre vite fait. Et, s'il vous plaît, en Harley (Davidson) (2)…

















Je ne conduis pas la moto, je m'installe en tansad. Et je me mets illico dans les oreilles "Changes" de Jimi Hendrix (3). Mais j'écoute aussi le producteur qui, se sentant des ailes évoque les vastes horizons. "L'émission débute par un parallèle réjouissant entre l'esprit de liberté, de fraternité et de rébellion des Indiens et celui des motards. Cycliste ou motard, telle est la traduction du mot "biker". "Plaisir de la mécanique, goût de la musique, soif de beauté, explique Michel Vignard, voilà ce qu'incarne aux yeux des bikers cet engin hors norme, une moto. Une moto à leur image, singulière et complexe. Les cent ans de la firme de Milwaukee et le travail d'un photographe fou de motards sont l'occasion de rencontrer quelques-uns des spectateurs de ce culte étrange de la route"." (4)

On croise des passionnés qui se reconnaissent bien évidemment entre eux et qui poussent très loin l'amour de leur Harley. On ne pouvait pas ne pas imaginer le culte que vouent tous ces bikers à la marque autant qu'à leur moto. Et forcément les sons qui s'échappent de ces deux roues sont la première marque de reconnaissance. Un "petit monde" à côté du monde. Un petit monde sauvage avec, tatoué sur l'épaule, le mot "liberté".

(1) Comme d'hab' France Culture ne sait ni archiver, ni indexer. Le titre du player est faux ! Ce n'est pas une rediffusion de "Toute une vie", mais la rediff' de "Surpris par la nuit" du 22 mars 2004,
(2) Un documentaire de Michel Vignard, réalisatrice Angélique Tibau. Édition web : Caroline Chaussé-Domergue,
(3) Grâce à Thierry Jousse qui vendredi soir a passé ce morceau. Mais vous ne louperez pas le "Summertime" de Janis Joplin, en tapis au début du documentaire,
(4) Présentation sur la page de l'émission,

vendredi 24 juillet 2026

Changement de décor… ils ne croyaient pas si bien dire !

1997. Patrice Gélinet est nommé Directeur de France Culture. Jean-Marie Borzeix (1941-2024) quitte le joli navire qu'il pilotait depuis 1984, à la suite d'Yves Jaigu qui avait dirigé la chaîne depuis 1975 quand Radio France était devenue autonome après la dissolution de l'ORTF par le pouvoir giscardien en 1974. Gélinet, le producteur de radio, ne va pas s'empêcher de déconstruire la grille de la radio culturelle. À commencer par le "Pays d'ici" l'émission qui, quatre jours par semaine aura sillonné la France, en long, en large et en travers depuis 1984 et fait sortir productrices et producteurs du cénacle parisien.

Les Landes*














Laurence Bloch deviendra quelques années après la création de l'émission, sa coordinatrice, choisie par Borzeix qui a repéré les talents de la productrice. Aussi quand Gelinet annonce la fin du "Pays d'ici", Bloch s'effondre et avec elle, productrices et producteurs qui se demandent bien à quelle sauce radiophonique ils vont être mangés. Un genre de pirouette fera s'installer "Changement de décor", les mêmes jours, aux mêmes heures mais déjà certainement avec moins de moyens. Traine déjà dans les couloirs le "Rapport Ténèze" (1) qui radicalement veut désingulariser France Culture.

Albane Penaranda, productrice des Nuits nous donne l'occasion de réécouter un épisode de "Changement de décor" dans les Landes (2) où l'on retrouve la voix de Laurence Bloch qui a repris son bâton de pèlerin pour retourner sur le terrain. C'était il y a déjà vingt-huit ans et Bloch était à sa place pour animer des émissions dans lesquelles elle savait associer intellectuels et femmes et hommes en prise avec les sujets évoqués. Ce numéro sur les Landes m'évoque instantanément la productrice Marie-Paule Vettes native de ce pays-là, que l'on retrouvait aussi dans un "Été atlantique".

Ces émissions nous faisaient rêver, voyager, transcender le quotidien de notre petit cercle de réalités microscopiques. La radio, et particulièrement France Culture, jouait ce jeu-là et comme ce fut mon cas, nous rendait accro à l'écoute. Coûte que coûte. Juste avant que l'info ne s'impose comme l'alpha et l'oméga du flux radiophonique. "Le monde appartient à ceux qui l'écoutent" disait le slogan de France Culture depuis 1995. Il semblerait qu'il y ait maintenant du monde qui l'écoute (3). Quand d'autres ont fait le choix de ne plus appartenir à cette communauté radiophonique qui, comme toutes les chaînes du service public, en s'engouffrant dans la plateforme, ont renoncé à faire de la radio. Changement de décor radical.

* Cet article a été écrit avant les immenses feux qui ravagent Le Cap-Ferret.

(1) À la demande du Pdg, Michel Boyon, l'ancien conseil artistique ORTF, Arnaud Ténèze, publie son rapport en avril 1997, 96 pages, Radio France,
(2) Quatrième épisode de la série sur les Landes, du 13 au 16 avril 1998. 1- Bernard Manciet, poète et romancier, qui publie en Gascon, 2- Le pin de la discorde avec Francis Dupuy, ethnologue, 3- La forêt landaise aujourd’hui,
(3) Ce dont se gaussent la Directrice de la chaîne Emelie de Jong comme la Pédégère Sibyle Veil. Pourtant "Un média de service public n’est pas fait pour l’audience mais pour remplir des missions qui sont de faire vivre des valeurs de démocratie, de culture et de création." Jean-Paul Philippot, administrateur général de la RTBF (Radio Télévision Belge Francophone).