lundi 22 juin 2026

Radio-réalité : comment ça marche ?

La radio, qui n'aime rien tant qu'imiter la TV et embaucher ses vedettes, n'a jusqu'à présent pas trouvé la formule pour faire de la radio-réalité. Pourtant la communication en teasings successifs pour jouer du mercatro (sic) pourrait s'apparenter à ce que fait de plus mauvais la télévision. La Direction de la Communication de Radio France nous informe par "petits bouts" des changements à venir sur les chaînes de la radio publique. C'est juste pathétique et pitoyable ! En "arrière-plan" cela met les équipes, on peut l'imaginer, dans un état de fébrilité maximum. Revue de détail !


Eva Bester

















Mercatro… c'est trop ! 
Nagui a ouvert le bal en donnant sa dem'. Un coup d'bol Sonia Devillers n'a pas eu l'occasion à l'antenne de s'apitoyer sur son sort (1). Devillers corpo, forcément corpo ! À partir de là, Radio France va feuilletonner les changements de grille pour la saison 2026-2027. Les journalistes d'Inter s'inquiètent que trois émissions d'actualité risquent a minima de changer de case ou voire de disparaitre (2). Ils évoquent en introduction de leur communiqué : "Le SNJ se réjouit bien évidemment du retour à l’antenne de Nicolas Demorand, qui a tant manqué aux auditeurs. Mais le contexte d’un retour d’arrêt maladie ne peut pas être utilisé comme prétexte pour piétiner des rendez-vous d’antenne et, avec eux, des axes entiers de l’offre éditoriale. Ce qui est en jeu avec ces changements, c’est l’ADN d’Inter."

Céline Pigalle, Directrice d'Inter, en fait beaucoup pour le retour de Demorand (Recto/Verso, le samedi et dimanche de 9h à 10h) et en profite pour "inventer/imposer" un espace de plus à l'info, les vendredis, samedis et dimanches de 18h à 20h. Ali Baddou ne pourra jamais égaler les performances de "La dernière" sur Radio Nova, le dimanche de 18h à 20h, animée par Guillaume Meurice. Madame Veil, Pédégère de Radio France a beau jeu de parler de "polarisation" et de s'en défendre pour garantir que Radio France ne s'y vautrera pas, mais pourtant il s'agit bien de polariser les antennes et celle d'Inter en particulier, en préambule de l'élection présidentielle d'avril 2027. De fait, quand Céline Pigalle cumule la Direction de la chaîne et la Direction de l'information, quelle place peut-il rester aux programmes ? (3)

Puis ce sera au tour d'Eva Bester d'apprendre que son émission ("La 20è heure") ne sera pas reconduite à la rentrée (4). Motif ? Pas de motif pour l'instant. Profitons-en pour glisser que le sort d'Adèle Van Reeth, productrice et Directrice de France Inter jusqu'en février 2026 n'est pas connu. Elle a manifesté le désir de revenir au micro. Quel micro ? Sur Inter, sur Culture ? Teasing savamment entretenu par le staff de Radio France. On ne sait rien non plus de la deuxième heure du pathétique "Zoom zoom zen" (17h-18h), pas plus que pour d'autres programmes de France Inter (Départ de Lilia Hassaine et de Patricia Martin). Outre les transferts d'humoristes, Pastureau et Chameroy, vers quelques ondes privées, genre RTL (5).

Céline Pigalle

















Céline Pigalle a des idées et  "une volonté de réinvestir le week-end avec plus de direct et plus de cohérence avec la grille de semaine». (6) Là on se tape sur les cuisses à donf ! Une autre forme de polarisation sur l'écoute, les jours de travail qui pourraient se fondre dans les jours de repos et, ne plus rien DIS-TIN-GUER ! Juste en zéro(s) et en un(s), c'est la grande idée de Frisch (Directeur du Numérique Radio France). Pousser la détemporalisation à son max'. Et tant pis si samedi ou dimanche, auditrices ou auditeurs avaient envie d'écouter la radio (et pas forcément des podcasts).

En octobre 1967, Guy Bégué (1932-), Directeur artistique à l'ORTF (radio) demande à Garretto (Jean) et Codou (Pierre) d'inventer des programmes pour les fins de semaine (week-end). Ce sera "TSF" (7) dès fin mars 1968. Jacques Sallebert (directeur de la radio à l'ORTF) constate en 1973 que la radio propose des programmes de radio différents, plus élaborés, le samedi et le dimanche, parce que les auditeurs font des choses différentes du reste de la semaine.

Aujourd'hui les dirigeants de Radio France ne connaissent rien à la radio, leur seul mantra : plateforme et podcasts. Un autre monde avec des épisodes pathétiques de radio-réalité dedans ! 

(1) Dans cet épisode de L'instant M du 14 avril 2021 sur France Inter, Nagui évoque avec une émotion sincère ses parents,
(2) Interception, On n’arrête pas l’éco et Révélations,
(3) Et avec quel Directeur/Directrice de Programmes, à ce jour c'est l'incertitude la plus totale ! Sachant que Laurence Bloch, lors de son audition devant la Commission sur l'Audiovisuel public à l'Assemblée Nationale, avait largement suggéré qu'il fallait qu'Inter trouve le Directeur de Programmes qui équilibrerait la place prise par Pigalle pour l'info !

(4) Cette heure-là, sur france Inter, est depuis de longues années animée par des femmes : Katleen Evin (2001-2021) qui a du laissé sa place à Laure Adler (2021-2023), qui a choisi d'arrêter, puis Eva Bester depuis la rentrée 2023 qui n'a pas choisi d'arrêter !
(5) Jonathan Curiel, Directeur général en charge des antennes, (RTL, RTL2, Fun radio) continue de faire son marché à la radio publique, 
(6) La libre Belgique, 17 juin 2026,

(7) De 1968 à 1971, puis ce sera "L'oreille en coin"  jusqu'en 1990. Treize heures de programmes sur le samedi et le dimanche.

dimanche 21 juin 2026

France Culture : Pink Floyd, memory music…

Pour ouvrir la "Nuit Pink Floyd", concoctée par Albane Penaranda productrice des "Nuits" sur France Culture, qui de mieux qu'Alain Dister pour arpenter avec lui "Les chemins de la musique"… On a ici affaire à un genre de connaisseur ou de baroudeur musical, titre pop qui lui va beaucoup mieux que celui d'expert. Son calme nous fait vite entrer de plein-pied dans l'histoire d'un groupe qui, a beaucoup influencé ma propre petite histoire de la musique et la fin de mon adolescence.

Ummagumma, Pink Floyd










Dister évoque assez vite la "scène underground" en Angleterre. mais en France l'underground  ça passe pas à la radio. Les morceaux sont un petit peu trop longs (et pas assez chantants). La seule solution les 33 tours. Pas ceux qu'on a pas les moyens d'acheter. Ceux des plus riches que nous qui possèdent la galette de vinyl. C'est comme ça qu'au printemps 1970 M. me prêtera, pour quinze jours, "A saucerful of secret" que j'écoute sans relâche après les cours.

Mais le must ne tardera plus à croiser ma route. Au mois de juillet 1970, après avoir travaillé dans un entrepôt de la Régie Renault et gagné ma première paye, je file avec Bruno en Angleterre au mois d'août. En stop, of course… Après quinze jours de batifolage dans les boîtes de night ;-), il me reste suffisamment de £ivres pour, dans une boutique de seconde main de Piccadilly Circus, m'acheter le double "Ummagumma" qui devra trouver sans l'écorner sa place dans mon sac à dos. Ce qui nous empêche pas un petit flasback avec "Astronomy domine" de 1967 (1). on se fait notre propre hit-parade en ajoutant Hendrix et Creedence Clearwater Revival (et les Beatles bien sûr, mais eux ils passent à la radio)…

La nuit s'enchaîne avec David Gilmour… En octobre 1970, quelques jours avant d'aller voir "Woodstock" au cinéma, mon propre enchaînement avec le "Floyd" viendra de l'écoute avec M. (en cabine, chez Maillet, disquaire, rue Racine à Nantes) du "Atom heart mother" qui, avec ses cuivres, va donner une nouvelle dimension au groupe… Dans le deuxième épisode des "Chemins de la musique", Dister et Christian Rosset (Producteur à France Culture) évoquent l'importance des images au cinéma accompagnées de la musique des Pink Floyd. J'ai plus dans l'oreille leur musique que dans les yeux les films de Schroeder (More (2), La vallée). 

Bon ben, de fait, en juillet 69 on a loupé les Floyd qui, en direct à la BBC, accompagnent l'alunissage de Neil Armstrong… Ça devait être quelque chose ! De la lune au soleil, réécouter en juin 2026, en pleine canicule, Pink Floyd, rafraîchit les idées et nous rappelle quelques bons moments du début des 70'. "Obscured by clouds" produit cet effet. Je resterai attaché au groupe jusqu'à "The dark side of the moon" (1973). 



Atom heart mother 




















Il est intéressant d'entendre Jean-Marie Leduc, journaliste, bien raconter à Patrice Galbeau un pan de l'histoire du Pink Floyd… Même quand les hit-parades mainstream nous inciteront à franchir le mur "Another brick in the wall" (1979). On file sur le troisième épisode des "Chemins…" où Dister approfondit son sujet. On va aborder la musique symphonique qui va bien avec celle des Pink Floyd ce qui, entre autres, s'exprime dans "Atom heart mother".


On alterne entre un discours savant et de longs extraits musicaux comme aux meilleurs temps de France Culture dans son "Programme musical". Bien sûr des années plus tard je n'échapperai pas à "Animals" et "The wall" mais quelque chose des origines a disparu, un peu comme ce qui se passe dans la société de plus en plus formatée… Le 5è épisode des "Chemins de la musique". En 2003, que reste-t-il de Pink Floyd trente ans après "The dark side of the moon" ? 


Vous poursuivrez la balade en butinant sur le reste du programme disponible ici. Aujourd'hui, quand j'écoute Pink Floyd, je suis définitivement ailleurs, bien content d'avoir assez longtemps vécu leurs aventures en live…


(1) De l'album "The Piper at the Gates of Dawn",
(2) More, B.O. sortie en 1969 avant "Ummagumma" mais que je n'écouerai que quelques années plus tard, 

vendredi 19 juin 2026

1936 : l'été où les Françaises et les Français découvrent les vacances…

2026 : les Françaises et les Français découvrent la misère des grilles d'été de la radio publique… Vous trouverez un peu hasardeux ou facile ce rapprochement… historique avec l'été 36. Mais alors que la radio pourrait nous permettre de faire un "pas de côté" et même deux, sa résignation, ses renoncements ne peuvent que nous inciter nous mêmes à nous résigner à ne plus écouter la radio. Toutefois c'est en écoutant le formidable "Lieux de mémoire" de France Culture de juillet 1998 (1) que nous pouvons imaginer que la radio a pu, au-delà de l'histoire, au-delà du temps présent, nous faire voyager et surtout prendre la mesure du "changer la vie"…

Mais la radio…
n'est plus à nous !

















Nous aurions aimé pour cet été 2026 que la radio, à travers des créations originales, de nouvelles voix, de nouveaux formats change nos habitudes d'écoute, nos réflexes et quelques certitudes sur telle ou telle chaîne. Découvrir, sortir des sentiers battus, prendre le temps d'écouter, ça aussi ça change la vie. 

Le staff de Radio France a choisi l'immobilisme, la facilité et une forme insidieuse de dédain à l'égard des auditrices et des auditeurs. Je ne radote pas, je suis juste désespéré et, au-delà des diatribes des médias qui font semblant de nous faire croire qu'il y aura des nouveautés radiophoniques cet été, je suis convaincu, programmes à l'appui, que c'est juste de l'esbroufe et de la communication de professionnels de la profession…

Vive les archives !

Voir aussi l'article de Lucie Alexandre, "90 ans des congés payés. La gauche se remet à la plage du Front populaire", Libération, 19 juin 2026.

mardi 16 juin 2026

La radio a… plus d'un titre !

A même plus d'un titre dans sa besace, aurais-je pu titrer ! Et changer le temps du verbe, "avait plus d'un titre" car aujourd'hui question titre c'est plutôt "waterloo morne plaine" ou le "désert des tartares". Alors que, pendant des années (1960-2000), France Inter a été championne du monde des titres d'émission. Justement Claude Villers (1944-2023) qui à la rentrée 1971, de retour de trois ans au bureau ORTF de New-York sous la direction de Jacques Sallebert (1920-2000), anime sur France Inter de 16h à  17h "À plus d'un titre" (1971-1973). L'humour se nichait dans les titres et pas forcément dans les têtes de gondoles qui finissent pas ne plus nous faire gondoler. (1)

Gino Paoli

















Tout ça pour vous dire que j'ai été très perplexe quand, à la rentrée (2025-2026), sans vergogne France Musique a choisi de prolonger "Retour de plage" (2), chaque samedi pendant deux heures. Seulement voilà soit les titres ont un sens soit il n'en ont pas. L'été, en juillet et août, en fin de journée le retour de plage s'impose, comme s'impose celui des plages musicales. Bingo ! Si c'est Marc Voinchet, directeur de la chaîne, qui l'a trouvé, bravo. Mais alors pas bravo du tout si toute l'année nous sommes très peu à rentrer de la plage (3) et si l'émission en binôme, avec Thierry Jousse et Laurent Valero, rompt le principe de l'animation solo de l'été.

Les deux compères ne sont pas des perdreaux de l'année et ont ensemble, pendant de longues années, animé "Easy tempo(2006), une petite pépite le dimanche soir sur France Musique. Puis le "sort" a voulu qu'ils se séparent et animent l'un, Thierry Jousse, "Ciné tempo" et l'autre, Laurent Valero "Repassez-moi le standard". Ces deux émissions disparaissent à la rentrée dernière et France Musique reforme le couple qui devra animer des "Retour de plage" sans mer et sans plage.

Pour toute cette saison si l'émission a permis d'entendre beaucoup de chansons, le choix éditorial de consacrer chaque émission à un thème, un ou une artiste, ou une période musicale, a fait apparaître moins d'éclectisme, de spontanéité et d'échanges plus attendus entre les deux producteurs. Pour autant je vous conseille si vous aimez la chanson italienne de consacrer deux heures à Gino Paoli (1934-2026) l'objet du dernier épisode du "Retour de plage".

On regrettera donc que France Musique, n'ait plus le punch, ni l'envie d'inventer des titres d'émission qui sont des accroches pour donner envie d'écouter… Un renoncement parmi tant d'autres. "C'est peut-être un détail pour vous, mais ça veut dire beaucoup…"

(1) Pour le seul Villers quelques uns de ses titres, Pas de panique, Marche ou rêve, Comme on fait sa nuit on se couche, Le tribunal des flagrants délires,…
(2) L'été, juillet et août, de 18h à 20h, Thierry Jousse souvent en juillet et Laurent Valero en août,
(3) Le samedi, de midi à 14h,…

lundi 15 juin 2026

Tentative de description d'un moment de radio… (avec la complicité de Georges Pérec)

C'est pas tout à fait pareil d'écrire le samedi matin (ce billet) qu'un autre jour de la semaine. Pourquoi ? Sans doute le calme ambiant et l'idée (paradoxale) que plusieurs d'entre nous sont au repos. C'est le moment idéal aussi pour réfléchir à une "formule" (qui a fait son temps), un principe "l'équipe de réalisation" usitée sur France Culture jusqu'à la fin des années Borzeix (1997). Plus encore qu'un moment de radio (nous y reviendrons) il s'agit peut-être d'évoquer ces équipes qui avec productrices et producteurs forment la chaîne de fabrication de la radio. Une chaîne dont, s'il venait à manquer un maillon, l'ensemble serait affaibli pour ne pas dire boiteux ou bancal. Et pourtant c'est ce à quoi s'emploient les détricoteurs de la radio publique.

Carrefour Mabillon

















Au prétexte de l'excellent exercice radiophonique de Georges Perec (1) à écouter pour revivre un instantané minuscule (et majuscule) d'un lieu parisien "Le carrefour Mabillon" (2), je me suis comme d'habitude intéressé à la désannonce qui, comme souvent m'entraîne dans des enchainements fabuleux. Ici à la réal Marie-Dominique Arrighi  avec qui, d'escaliers en escaliers je dévale les pentes de ma mémoire. Arrighi avec qui l'auteur (libraire, éditeur, traducteur, poète) François Maspero aimait beaucoup travailler. Au son, Michel Creïs qui a du sans doute faire quelques acrobaties de micros et de perche pour attraper tout ce qui bruissait sur ce Carrefour.

Creïs qui, parmi sa longue carrière à Radio France, avait aussi attrapé les cris du cochon avec Andrew Orr (3). Cette idée d'"équipe de réalisation" dit bien un esprit de corps, un esprit de faire ensemble, chacun à son métier, mais chacun avec l'autre. Genre de compagnonnage dans le labeur. Je n'ose parler de fraternité… Cet ensemble solide et efficace va, par des fossoyeurs patentés, se voir attaquer au point de tenter de faire des moutons à cinq pattes et de cloner l'opérateur du son et le ou la réalisatrice en TCR (Technicien Chargé de la Réalisation). Déjà nommer des fonctions par des acronymes dit beaucoup du management (4) ! Mais "pire encore" le réalisateur ou la réalisatrice a disparu du programme musical de Fip.

Les mêmes procédés sur la longue durée pour, au chausse-pied, faire muter la radio et, petit à petit, la désincarner d'une fabrique humaine sensible. Les désannonces sont toujours porteuses de quelque chose qui va plus loin que les émissions elles-mêmes, qui racontent un parcours, une histoire qui se mêlent à l'histoire de la radio, en un tout qu'il s'agit aujourd'hui de réduire à des morceaux (les podcasts) qui s'empilent ou s'effacent les uns derrière les autres.

Et pour paraphraser Françoise Seloron avec son "cri du cochon", il va être plus que temps d'enregistrer "Le cri de la radio"…

(1) "Tentative de description de choses vues au carrefour Mabillon le 19 mai 1978", ""Mabillon, 19 mai 1978, il est dix heures moins vingt. Le temps est pluvieux. La circulation est plutôt fluide. La plupart des gens ont leur parapluie ouvert." C'est ainsi que Georges Perec commence à dérouler sa liste épurée des aventures ordinaires d'un des plus célèbres carrefours parisiens".

(2) Moi ce mot "Mabillon" m'évoque immédiatement la chanson de Ferré, "Gaby" du temps où le chanteur se produisait à l'Arlequin (Rue Montfaucon, Paris) genre à deux minutes du carrefour Mabillon… "Tu t'rappelles ? Ah… près du métro Mabillon"…
(3) "À chaque porc vient la Saint-Martin", Atelier de Création Radiophonique, France Culture, 15 avril 1979, Andrew Orr, Marie-Dominique Arrighi, Michel Creïs.

(4) "Le malaise vire au drame à Radio France", L'Humanité, 19 juin 2026,

mercredi 10 juin 2026

À la radio : la joie de vivre… c'est possible !

Osons : c'était possible ! Était possible aussi qu'une émission soit diffusée à la télévision et en simultané à la radio. "C'était facile" tant la radio et la télévision étaient dans la même "maison", la Radio Télévision Française (RTF), 1949-1964 (1). À la radio on ne voyait rien mais on pouvait tout imaginer. Ce principe de "multi-diffusion" était un moyen habile, non seulement de "rentabiliser" un programme, mais aussi d'inciter auditrices et auditeurs de faire des économies pour "se payer une télé", en N&B et en 819 lignes ! Quelle chaîne de radio publique aujourd'hui tenterait "La joie de vivre de…" (1952-1960) ? La radio ayant non seulement renoncé à la joie mais aux formats de plus d'une heure. Pire encore elle s'enferme inexorablement sur elle-même dans des émissions de studio.

Gilbert Bécaud

















Parmi toutes les "vedettes" invitées à "La joie de vivre de Gilbert Bécaud" j'avais très envie d'entendre Damia (1889-1978) qui, en 1956, n'avait rien perdu de son réalisme. Toute l'émission est bon enfant et, si soixante-dix ans après l'humour a vieilli, Bécaud (1927-2001) n'a rien perdu de son punch à 100 000 volts. C'était aussi une formidable occasion pour le public parisien d'assister à un spectacle de variétés à l'Alhambra… Prenons-le comme une madeleine et un moment de divertissement même si ça ne parle qu'a des boomers.

Désolé mais le lien vers l'émission est indisponible, il vous restera à vous rentre sur la page des programmes de dimanche à lundi et de trouver l'émission à 2h05 !

(1) L'ORTF prendra sa suite (1964-1974),

mardi 9 juin 2026

Fip : on n'en peut plus des annonces, de l'auto-promo, des partenariats…

Stop ! ¡ Basta ! Fermare ! On n'en peut plus de la valse incessante des promos… incessantes enrobées des voix des animatrices qui finissent par polluer l'antenne ou mieux perturber gravement notre écoute tranquille d'un flux musical torpillé par ce brouhaha permanent. Les voix qui apportaient une ponctuation, une respiration, une diversion ont fini par ressembler à ce qui se pratique sur les radios privées le matraquage publicitaire. J'aurais jamais imaginé un jour pouvoir écrire ça. Alors que je tendais l'oreille pour bien entendre l'animatrice, dorénavant je baisse le son, car à quelques trop rares exceptions, ces annonces sont lénifiantes, commerciales, jetables… Elles ont fini par remplacer tout ce pourquoi Dhordain (1) a voulu cette chaîne : une radio de service. On est passé du service au consumérisme. Triste reflet d'une société en déclin (moral) et en toupie sur elle-même. Le rêve est fini Fañch, il serait temps que tu te foutes ça dans le crâne !

Jean Yanne















"Nous nous sommes tant aimés" (2)
J'ai beau me raccrocher au très beau film de Scola, ma lassitude est profonde. Si j'écoute entre les promos et trouve encore mon compte parmi le flux musical, je ne me résous pas à avaler la couleuvre ce que plusieurs dirigeants successifs ont accepté de faire, sans vergogne, sans honte et cent pour cent. Formidable faux-nez (très tendance depuis les années 2010) on nous vend du flux musical (de plus en plus déstructuré, de moins en moins enchaîné) et on balance depuis Paris des promos censées intéresser auditrices et auditeurs si loin des expos, des festivals, des animations le plus souvent auto-centrées sur "Paris et sa région"…

Fip a fini par reproduire - à l'envers - ce que Lucien Morisse avait inventé dans les années 60 sur Europe n°1, la rotation plusieurs fois par jour (au moins huit fois) d'un même titre de musique. Système "importé" des États-Unis d'où Morisse revenu ébahi n'a pas tardé à reproduire le modèle. Si à Fip la rotation d'un titre est "éloignée" dans le temps, le matraquage de l'auto promo (Jazz à Fip, émissions hebdo, podcasts originaux) sature l'antenne, ajoutons-y ce qui est censé concerner la culture et l'on sort après deux heures ou trois heures d'audition en continu avec la furieuse envie de se boucher les oreilles…

"Quand j'entends le mot culture, je sors mon transistor…" (Jean Yanne)
À la différence de Jean Yanne, je jette mon transistor ! Ce formidable fantaisiste, fantastique animateur de radio ne s'est pas contenté, avec le détournement de la citation originale (3), d'en faire une émission de radio sur Luxembourg puis sur RTL, il a permis à la France entière (?) de se fendre la poire le dimanche matin. À Fip le radio-guidage était l'occasion de sourire même si on ne circulait pas sur le périphérique… De passage sur Fip Marie-Odile Monchicourt (animatrice de L'Oreille en coin) se lance "C’est pas parce que l'ennui est la mère de tous les vices qu'il faut en profiter Boulevard Saint-Michel.”. Et ces ponctuations faisaient du bien quand on circulait sur les départementales bien dégagées !

La systématique de mettre des annonces sur chaque instrumental, tue l'instrumental qu'on aimerait quelquefois entendre "sans paroles" et casse le principe de la radio "anti-système". Anti-système de grille, de programmes, de reconnaissance d'animatrices ou de programmateurs, de réalisatrices ou réalisateurs (maillon indispensable de la chaîne de production), de playlist. Et surtout ce qui faisait le sel de l'antenne, la fantaisie, le clin d'œil, le pas de côté, la spontanéité ont presque disparu des annonces (4)…

Il me fallait écrire tout ça avant, et ce sera pour un prochain billet, de prolonger l'interview avec Patrick Derlon, (ex)-programmateur à Fip…

(1) Radio-guidage, météo, infos, culture,
(2) "C'eravamo tanto amati" film italien d'Ettore Scola, 1974
(3) Rudolf Hess "quand j'entends le mot culture, je sors mon pistolet",
(4) Toutefois ce matin, vaille que vaille, Audrey met du soleil dans nos réveils… sur un morceau d'Arc De Soleil, "Got caught in Amsterdam",