jeudi 29 octobre 2026

Matthieu Garrigou-Lagrange auto-témoin de ses archives sur France Culture…

C'est un métier. Lequel ? Celui, sans en avoir l'air, de raconter sa vie, au prétexte d'autres vies. Il faut dire que Matthieu Garrigou-Lagrange, producteur à France Culture, dans cette série sur l'interview, s'y emploie avec maestria. Pour y aborder, par de multiples exemples, cet art de l'interview, plusieurs angles étaient possibles. Garrigou-Lagrange a choisi, de façon superposée, de dérouler le propre fil de son histoire radiophonique. Cette mise en scène de soi-même est assez rare à la radio. Je crois même pouvoir dire que sur France Culture, depuis quarante ans, je n'ai jamais entendu ça. Voyons donc de plus près ce dispositif assez sidérant.

Eva Bester
















On comprendra à la fin de l'épisode ce qu'est un Tuc, qu'on aurait pu confondre avec le Travail d'Utilité Collective (1984-1990). Première chose il conviendrait de se méfier des évidences et citer une marque (prohibé sur France Culture) est douteux, mais surtout c'est oublier que ce mot "TUC" a fait florès à l'époque de la première Présidence de François Mitterrand (1981-1988). Et puis cela évoque bien mal ce qui va suivre. L'invité de Garrigou-Lagrange, Matilde Meslin, journaliste, commente avec talent les archives qui nous feront entendre Laure Adler (journaliste et ex-Directrice de France Culture), Eva Bester (productrice radio) (1), Pascale Clark (journaliste et productrice radio). L'exemple du micro-reportage sur les piscines de Garrigou-Lagrange, au-delà de l'anecdote, tombe un peu à plat mais surtout n'apporte rien à l'art de l'interview c'est le moins que l'on puisse dire.

Le point de vue du producteur de l'émission me surprend quand il nomme "Pot au Feu" de Jean Lebrun (1999-2003) "la quotidienne d'actualité du soir". Belle invention rhétorique. Ce besoin journalistique de tout vouloir toujours ramener à l'actu. Si Jean Lebrun savait mêler l'actualité à ses émissions culturelles, à aucun moment on n'avait l'impression d'être dans une "quotidienne d'actualité" qui, avec un titre pareil, aurait plombé l'ambiance, ce que ne manqueront pas de faire une vingtaine d'années plus tard quelques apprentis sorciers du "tout actu" sur France Culture.

En choisissant ce journaliste-animateur de radio, vedette de France Inter, Garrigou-Lagrange va pouvoir re-redire ce qui s'est déjà tellement dit sur Chancel. Par contre son invité, Christophe Deleu, universitaire spécialiste de la radio, ne manque pas de pertinence (et de savoir) pour qualifier les interviews de Chancel. Garrigou-Lagrange, lui, ne manque pas de s'auto-promouvoir pour sa propre interview de Chancel dont l'extrait beaucoup trop court ne nous permet pas de comprendre si Chancel connaissait ses atouts et ses faiblesses d'intervieweur.

Pour une émission d'archives ça la fout un peu mal que le producteur ne cite pas une de ses sources, en début d'émission. Il s'agit de Caroline Ostermann, productrice, qui anime sur France Inter dans la grille d'été de 2011 "Jusqu'au bout des voix", et son interview de Chancel. Plus embêtant quand il s'essaye à chiffrer le nombre de Radioscopie. D'abord l'émission n'a pas durer vingt-deux ans depuis 1968 (début le 5 octobre), mais de cette date jusqu'en 1983 (14 ans), puis de 1988 à 1990 (deux ans), soit au total 16 ans. Et pendant ces années il est impossible que Chancel ait animé 6872 Radioscopie. Ce chiffre souvent avancé est faux. Il tient particulièrement compte des rediffusions. L'Ina aurait su donner les chiffres exacts au producteur. Il vaudrait mieux parler de 3300-3500 Radioscopie originales diffusées pendant 16 ans, dix mois par an, cinq jours par semaine. Cette approximation de Garrigou-Lagrange est gênante pour quelqu'un qui se targue d'animer une émission d'archives (2).

















Si l'invité est pertinent, Pierre-Marie Héron, professeur de littérature française et spécialiste des écrivains à la radio, je suis surpris que Garrigou-Lagrange ne cite pas la publication de Gallimard concernant les entretiens d'Amrouche et de sa sœur Taos avec Giono (3). Mais aussi les entretiens de Marguerite Taos avec le même auteur (4). Pour ce qui concerne François Mauriac Garrigou-Lagrange trouvera le moyen de se remettre en avant en évoquant une "Grande traversée" qu'il avait produite sur France Culture.

Si, à juste titre, Garrigou-Lagrange reconnaît qu'à France Culture on peut disposer du "temps long", pas sûr que son invité Marc Voinchet (chroniqueur de la revue de Presse de France Inter et ex-Directeur de France Musique) en soit le meilleur témoin. Francesca Piolot, Francesca Isidori, Antoine Spire (qui vient de décéder), Pierre Assouline, Irène Omélianenko, Olivier Chaumelle, Marion Thiba, pour le moins, auraient pu permettre, à leur écoute, de faire varier les points de vue. Et peut-être aussi l'occasion de mettre en avant des voix de femmes productrices.

On se fiche un peu des 12 ans de Garrigou-Lagrange et de son souvenir d'Anne Sinclair avec Madonna. Cette façon lancinante d'introduire le "je" dont le producteur use et abuse dans cette série d'émissions, nous ferait plutôt penser à "Arte radio". Astrid de Villaines, journaliste à France Culture éclaire bien le phénomène "Anne Sinclair" et son point de vue est pertinent mais, une fois encore, Garrigou-Lagrange commet une faute en ne désannonçant pas l'extrait de "Tam tam, etc", sur France Inter, du 2 septembre 2002 par Pascale Clark (5).

Jean Lebrun













D'abord en évoquant Jean Lebrun et ses "sorties" du studio une fois de plus Garrigou-Lagrange n'est pas précis. Toutes les occasions étaient bonnes, dès Culture Matin (1986-1999), pour que Lebrun taille la route et court batifoler sur les chemins de traverse. Au cours de cette période-là il était en direct tous les mardis du "Cluny" (angle du Bd St Germain et du Bd St Michel, Paris), puis toujours le mardi au "Bouillon racine" (Rue Racine, Paris) puis à "El sur" (Boulevard St Germain, Paris). Ben oui M. le producteur, il n'y a pas qu'à votre période, étroite, que Jean Lebrun prenait le large.

Maintenant, attention Garrigou-Lagrange, en abordant les rives de Kriss il va falloir être compétent et rigoureux. L'auteur de ces lignes connaît un peu le sujet. Dans "Portraits sensibles" (2000-2004) Kriss n'a pas interviewé que des anonymes, je pense, entre autres, à Julien Delli-Fiori (programmateur à Fip) et à Claude Villers (Producteur à France Inter). L'exemple choisi : un ancien champion du monde de catch, René Benchemoul, peut-on le considérer comme un anonyme ou encore Agnès B. ou Nina Bouraoui ? Claudine Juin, libraire à Belleville, oui, tout comme Ronan Rossignol, collectionneur de poupées Barbie. On appréciera l'honnêteté morale de Kriss qui précise qu'elle ne déniche pas les "portraits" mais c'est son assistante, Chantal Le Montagner, qui fait le job.

Kriss (Corrine Gorse)










Pour ces six épisodes Garrigou-Lagrange a choisi le terrain facile de l'évocation des "vedettes" de la radio et de la télévision. Si le producteur avait bien voulu sortir des sentiers d'évidence, battus et rebattus, il lui aurait fallu beaucoup plus travailler et creuser profond. Il aurait pu alors se passer d'être l'auto-témoin de ses propres archives et de sa propre histoire à la radio.

Ajout du 29 octobre, 14h30
Garrigou-Lagrange ne connait sûrement pas Claire Chancel (son patronyme d'État-civil, quand Jacques Cramps avait choisi son pseudo de Jacques Chancel). "Pourtant quelques mois après la création des "Nuits" sur France Culture, Claire Chancel crée en 1987 "Radio archives" (jusqu'à la rentrée 1999). Une heure au cours de laquelle la productrice s'efface (par son ton et ses interventions a minima) pour redonner à entendre différentes archives "disparates" sur un thème donné. En les recontextualisant et les éditorialisant."

(1) On reconnaît toute la fraîcheur et les sourires de Bester pour ses premiers pas à la radio,
(2) Vous trouverez ici ma critique de la Radioscopie avec Delphine Seyrig .
(3) Mars 1990, sous la direction d'Henri Godard,

(4) Le coffret «Propos et récits : 25 entretiens improvisés» rassemble les enregistrements radiophoniques d'entretiens entre Jean Giono et Marguerite Taos Amrouche. Publié en 1994 par les Éditions Phonurgia Nova en coproduction avec l'INA, cet ouvrage de cinq CD est complété par un livre d'environ 120 pages présentant un appareil critique de Pierre Citron.

(5) Faudrait que productrices et producteurs imaginent qu'on n'est pas obligé d'aller voir la page web dédiée et, que sur cette page, si les archives sonores sont nommées elles ne sont pas associées à leur passage antenne,

mercredi 28 octobre 2026

L'as-tu lu, mon gros loup… de blog ?

Hum ! J'ai pas demandé l'autorisation à Denis Cheissoux pour détourner allègrement le titre de son émission de France Inter "L'as-tu lu, mon p'tit loup ?" (1987-2022). Sorry Denis ! Mais, chère lectrice, cher lecteur pour vous attraper par l'œil et quelquefois par l'oreille, il faut bien que je rivalise d'ingéniosité et, le titre (digne souvent des meilleurs titres du Canard, si, si !), peut y faire beaucoup. Au moins ai-je envie d'y croire. Car sinon, si je connais la fréquentation quotidienne de mes billets (validée par Google) j'ai très peu de retours oraux sur ma petite entreprise, modeste et géniale, comme aurait dit Mermet ! Et ceux qui existent sont précieux et utiles à améliorer l'ordinaire, comprendre "améliorer le contenu" et donner envie à chacun de devenir un lecteur régulier. Oh yeah !




















Parmi les lectrices et lecteurs réguliers, il en existe un, Patrick D. (avec qui nous avons de très longues conversations, normal c'est un ancien programmateur à Fip, il a fait toute sa carrière à la radio publique) qui lui, aime que mes billets soient longs. Et moi la longueur je m'en méfie (stophélès) car j'ai peur que vous ne fuyiez la lecture avant la fin et que ça ne vous incite pas à revenir. Si mon billet a une suite sur trois jours, le troisième jour est très plat en chiffres d'audience. Ah ben oui faut que je vous dise que l'audience de ce blog c'est mon seul retour tangible de fréquentation et j'espère de lecture (1).

Donc hier avec Patrick on dégoise pendant pile une heure (et ce fut une courte séance). On parle de l'artificialisation de la radio et de ses effets tragiques sur l'histoire du média. On n'est pas dépités mais presque. J'ai besoin d'échanger avec les professionnels comme avec les auditrices et les auditeurs pour voir si je dois définitivement me ranger dans la catégorie "dernier des Mohicans" (breton) ou s'il reste encore quelques amatrices et amateurs de la "belle ouvrage". Il en reste mais un peu disséminés sur le territoire quand même. Faudrait qu'on fasse une concentration (comme les motards) et qu'on se retrouve au milieu de nulle part pour écouter des pépites et échanger nos cassettes (warff !!!). Utopie absolue.

Je veux croire que ce blog ressemble un peu au feuilleton littéraire qui a fait florès de la fin du XIXè siècle jusqu'aux alentours de la fin du conflit mondial 39-45. La radio c'est une longue histoire, je l'accompagne un peu et j'essaye, modestement, de faire perdurer son excellence, particulièrement au travers des archives. Une histoire en entraîne une autre et c'est ce qui fait le continuum de ce blog. Et c'est sans doute un peu aussi parce que je suis conteur que j'aime que l'histoire à raconter se complète, s'emballe, se calme pour repartir de plus belle en essayant de tenir en haleine "mes auditrices et mes auditeurs".

Là par exemple, Patrick se dit "il va pas s'arrêter là quand même ?". Ben, cher Patrick, je ne vais pas non plus enfiler les perles ! Tout est dit ou presque. Ou peut-être n'ai-je pas assez bien dit que, comme un archéologue, je creuse. Ou comme un chercheur… je cherche. Relisez donc mon premier billet et vous constaterez qu'en creux je veux dire "jusqu'où va me mener cette petite fantaisie ? on verra bien" ! On y est ! Vous lisez le 2807ème billet de ce blog et j'ai bien envie d'aller jusqu'à 3000. Merci à celles et ceux qui me lisent et merci à Patrick de jouer le jeu d'une conversation infinie… 

Oui je sais ci-dessous c'est pas un loup, mais je préfère les ours !

















(1) À l'heure où je vous écris, (27 octobre, 14h30), le billet sur France Musique du 13 octobre totalise 681 vues, mais celui d'hier sur la "radio cousue main" en est à peine à 41 à la même heure. Sinon le cumul depuis juillet 2011 c'est 2 657 815 vues… quand même ! Mes billets sont lus sur "la longue traîne"…

mardi 27 octobre 2026

Radio publique : de l'artisanat de luxe "fait main" à l'audio industriel…

C'est venu doucement, insidieusement, sans en avoir l'air ni la chanson. C'étaient les dernières années du siècle précédent. Ni vu, ni connu. Ni entendu. La radio allait passer de l'ère analogique à l'ère numérique sans (jamais) crier gare. Un rebelle, au 116, avenue du président Kennedy, Paris XVIè, siège de la maison de la radio, Yann Paranthoën, ingénieur du son, allait pourtant agiter le chiffon rouge. La mue est lancée, les prémices de l'industrialisation/normalisation se mettent en place. Peu de professionnels de la radio, productrices/producteurs, réalisatrices/réalisateurs, animatrices/animateurs entendront l'alerte de Paranthoën sur la compression du son. L'occasion est trop belle de faire se coïncider compression du son et compression de personnel. La petite musique de la masse salariale se jouera à trois mains - Cour des Comptes, Ministère de l'Économie, Ministère de la Culture - avec tant de fausses notes et sans aucune attention particulière pour la fabrique de la radio - faite main - quand les machines allaient pouvoir tout suppléer, puis remplacer. 

La Ford T
















Une mécanique imparable
Pour produire la "Ford T" Henry Ford a inventé la chaîne. À la radio les chaînes existent mais les productions sont uniques, originales et rarement reproductibles. La radio c'est un engagement du corps, l'épaule qui porte le Nagra, le bras qui porte la perche, les mains qui touchent et "sculptent" la bande magnétique, posent un disque sur une platine, ajustent les potentiomètres, les micros,… Aussi le corps qui se mû devant les consoles, les magnétos. Derrière la vitre, les yeux autant que les oreilles accompagnent celle ou celui au micro dans le studio. Et puis, quelquefois, pendant l'émission (le temps du passage d'un disque), le réalisateur - chef d'orchestre - joue de ses deux bras et de tout son corps pour donner à chacun, les indications ultimes pour la suite de l'émission. Avec le numérique qui mobilise l’œil plus que l’oreille et la main, il y a un réel effet de désincarnation dans l’interface (souris, écran, fenêtres), 

La voix l'élément fondateur de la radio est aussi un instrument qui se met en scène. Cette forme de vibration humaine est en train de disparaitre. L'extension du domaine de la technique avance au pas cadencé. La déshumanisation s'infiltre, le numérique devenant l'alpha et l'omega de la production radiophonique quand, en parallèle, la diminution permanente et drastique des moyens de production est phénoménale.
















Et puis que penser (confirmer) quand le Directeur du Numérique (à Radio France), Laurent Frisch, devient - en même temps - Directeur éditorial ? La bascule est actée. Qui m'aime me suive ! Il sollicite celles et ceux qui vont l'accompagner dans la mue définitive d'une radio "fait main", à une radio désincarnée du geste. Jean Chouquet, personnalité de la radio publique, réalisateur et producteur disait "La radio se pense, s'écrit et se dit". Aujourd'hui la radio doit se penser multi-support avec sa part de vidéo pour les inévitables oiseaux sociaux. Le flux audio ne suffit plus, on court après le mouton à cinq pattes et surtout "on" accepte que sa création soit "découpée en morceaux" (1). Le flux "en direct" n'est plus le maître-étalon de la diffusion, ni le  rendez-vous initial avec l'auditrice et l'auditeur. Le streaming (appelé aussi podcast) est devenu le support le plus promu, le plus pourvoyeur de clics et, la temporalité de son contenu, n'est plus un sujet. Tout est dans tout et tout se vaut, le jour, la nuit, le matin, le soir. 

Dans Télérama (21 octobre) Alain Damasio dans un long entretien, explique à propos de l'IA, l'avenir de l'industrialisation du livre : "Nous allons vivre ce qu’ont connu les manufactures : l’industrialisation de notre art. " Et ajoute : "La production sera fortement hybridée, sans doute majoritairement machinique." Pronostic duplicable à la fabrique de la radio pour laquelle l'IA, la machine, ne devraient plus tarder à entrer en scène industrielle. La tendance lourde du moment, muter la radio en audio, soit définitivement tuer la première. Ils nous prennent pour des     audio. Alea jacta est.

















(1) En 8 épisodes en streaming pour LSD, diffusés en flux en 4 épisodes, en 4 épisodes pour la dernière production de l'Expérience diffusée en 1 heure de flux le 24 octobre, ce ne sont que deux exemples…

vendredi 23 octobre 2026

23 octobre 1956 : Budapest ou sa tentative (avortée) d'autonomie face à l'URSS…

Albane Penaranda, productrice des Nuits de France Culture a, très opportunément rediffusé cette nuit "L'histoire en direct" de Patrice Gélinet qui, le 4 novembre 1991, sur France Culture évoquait dans sa première partie, le soulèvement de Budapest le 23 octobre 1956 quand, jusqu'à cette date, la Hongrie, était un des pays satellite du bloc soviétique, trois ans après la mort de Staline. 

Budapest, 23 octobre 1956,
les chars Russes envahissent la ville










Gélinet après une série sur la guerre d'Algérie à l'été 1987 (1) rejoint France Culture et crée "L'histoire en direct", les premiers et troisièmes lundi du mois et le "Grand débat", les deuxièmes et quatrièmes lundi. Le "Grand débat" aborde le thème évoqué lors de "L'histoire en direct". Il animera cette émission jusqu'en juillet 1996 (2).

Ces émissions d'histoire sont parfaites et participent de la vulgarisation de la discipline. Et ce, pas n'importe quel jour, le lundi que France Culture consacre le matin aux "Lundis de l'histoire". Et puis Gélinet sait raconter. Il n'a sans doute pas la faconde du conteur mais il sait nous captiver et mettre, bien dosée, de la dramaturgie là où il faut. Mais aussi toute la rigueur scientifique pour permettre de comprendre l'histoire sans affect.

Il évoquera avec ses invités ce 23 octobre 1956 (il y a aujourd'hui pile 70 ans) la domination étouffante de l'URSS qui a conduit à l'insurrection de Budapest. "Ce soulèvement populaire massif réclamait la démocratisation du régime, la liberté de la presse et le retrait des troupes soviétiques. Bien que le nouveau gouvernement d'Imre Nagy ait tenté de déclarer la neutralité de la Hongrie et son retrait du Pacte de Varsovie, l'Armée rouge a violemment écrasé la révolution au début du mois de novembre 1956, réinstallant un régime communiste strict pour les décennies suivantes" (source Wikipedia).
Pas sûr que les événements actuels en France et dans le monde permettent d'évoquer ce fait historique qui aurait pu commencer à ébranler l'Union Soviétique et, peut être, faire tâche d'huile tout autour de la Hongrie.
(1) Dix épisodes du 10 au 23 août 1987,
(2) Il rejoindra France Inter en septembre 1996 pour animer "Les jours du siècle", en quotidienne de 13h30 à 14h, jusqu'en juillet 97 où il est nommé Directeur de France Culture pour remplacer Jean-Marie Borzeix (1984-1997). À la rentrée 96, sur France Culture,  Emmanuel Laurentin reprendra "L'histoire en direct" et Antoine Spire "Le grand débat",

jeudi 22 octobre 2026

France Culture : profils perdus… (et quels profils !)

On dira (je dis "on dira" car je ne suis pas complètement sûr des dates) que sur France Culture, "Profils perdus" a commencé (en fin de saison, 26 mai 1988) en majesté avec deux épisodes sur Paul Gilson (1), Directeur artistique à la RTF (Radio Télévision Française) et s'est terminé à l'été 97 quand Patrice Gélinet a pris la suite des treize ans de direction de Jean-Marie Borzeix. Comme c'était une pratique courante à l'époque l'émission était animée par des producteurs tournants (Christine Goémé, Jean-Pierre Pagliano, Noël Simsolo). "Les Nuits de France Culture" ont rediffusé les deux épisodes (7 et 14 janvier 1993) consacrés à l'éditeur de musique Raoul Breton…























C'est pour ce "Profil perdu de Raoul Breton" (1896-1959) que Thierry Aveline (Réalisation Danielle Fontanarosa) va brosser son histoire et celle des chanteurs et des chanteuses de l'entre-deux guerres aux années 60 avec, pour ce premier épisode un focus sur Charles Trenet. "Y'a d'la joie", première chanson de Trenet éditée par Breton, propulsera le chanteur sur le devant de la scène ! Et Trenet de raconter, dès le début de l'émission, que c'est en découvrant le style de Jean Nohain et Mireille qui se rapproche de ce qu'il écrit, qu'il se lance en quête d'éditeur. C'est donc Breton et Maurice Chevalier, d'abord, qui feront de "Y'a d'la joie" un succès pour son auteur.

Est-ce peu de dire que la chanson fait du bien… ? Beaucoup de celles que nous entendrons au cours de l'émission sont devenues universelles et tant pis si vous me trouvez un peu trop "Fleur bleue" pour prendre du plaisir à ces écoutes. Où l'on découvrira aussi les pratiques des éditeurs de musique qui bien souvent lésaient autrices et auteurs, ce qui n'était pas le cas de Breton "qui trouvait normal que les auteurs vivent et qu'il avait besoin des auteurs". Ah ben très chic, on entends Gilbert Bécaud "Salut les copains, voyez j'ai mauvaise mine…" Ce "Salut les copains" là donnera son titre à l'émission éponyme de Daniel Filipacchi sur Europe n°1.

Passionnant d'entendre Pierre Saka (un ex de "L'Oreille en coin du dimanche matin") raconter comment Breton l'incitait à promouvoir ses chanteurs et chanteuses dans les émissions de Radio Luxembourg pour lesquelles Saka était assistant ! Il fallait bien donner à entendre le plus possible les chansons de variété en direct, avant que Lucien Morisse n'invente sur le modèle des radios des États-Unis, les rotations incessantes d'un même titre chaque jour sur l'antenne d'Europe n°1. Et puis régal d'entendre dans l'annonce de l'émission "Panoramique" de la RTF, la mise en ondes de Pierre-Arnaud de Chassy-Poulet.

Et quelle belle histoire que celle de "La mer" (Trenet)… Et Jean-Jacques Debout raconte les débuts de Breton danseur avant qu'il ne créé sa maison d'édition avec comme premiers chanteurs Chevalier et Damia… Et entendre parler du "Quartier de la chanson" (2) (Passage de l'industrie, Paris) c'est quelque chose. Et de découvrir qu'à ses débuts Patachou était sténo-dactylo chez Raoul Breton et tapait les chansons (et les contrats) de Trenet qui disait "Breton était un détecteur de talents…".  Heureusement il y a un deuxième épisode. 

Et Aznavour de raconter les "Éditions Raoul Breton" qu'il a rachetées…

(1) En attendant peut-être une rediffusion dans "Les Nuits…" on peut écouter sa "Mythologie de poche" du 26 mars 2010,
(2) Un bon titre d'émission pour France Musique… en rêve ! 

mercredi 21 octobre 2026

La Revue de Presse d'Inter : presse que pas… du tout !

Pourquoi lui, pourrait-on ajouter ? Après avoir été débarqué en 2015 de son poste de matinalier à France Culture, Marc Voinchet, le Directeur de France Musique (2015-2026) tombe du ciel à la rentrée sur Inter pour (tenter) d'animer la Revue de Presse. Pourquoi cette case ? Pourquoi pas pour tenir une chronique d'humour dans Zoom Zoom Zen (l'émission trop hilarante) ou dans Franche Culture, le machin poussif de 11h ou dans le Masque et la Plume ? Voinchet avait fait savoir en haut lieux que depuis plusieurs années il souhaitait reprendre le micro. Visiblement la réponse se fit attendre. Il avait le "choix" (façon de parler), sept chaînes (dont Mouv') pouvaient l'accueillir et l'impétrant avait sans doute jeté son dévolu sur Inter plus que sur ICI Occitanie (ex France Bleu Toulouse) où pourtant il aurait pu retrouver son accent d'origine. Avant cet atterrissage (on n'ose dire parachutage) Céline Pigalle, Directrice d'Inter, avait débarqué Nora Hamadi de la revue de Presse, en poste depuis une seule saison. Pourquoi ? On ne le saura jamais. C'est, quand on découvre que l'ex-Directeur va prendre sa place, qu'on peut imaginer qu'Hamadi a fait les frais de l'opération "Voinchet, le retour"…














C'est a minima pathétique, a maxima scandaleux. Sachant qu'Eva Bester, elle même virée du 20h10, ne sait toujours pas pourquoi elle n'est plus à l'antenne. Il se dit dans les couloirs circulaires de la Maison de la Radio, où la parole circule beaucoup, que c'était pour faire une place à Adèle Van Reeth (ex-Directrice d'Inter jusqu'à son débarquement en février 2026) qui n'en a pas voulu, préférant se tourner vers les prud'hommes. Ce serait devenue une manie que d'ex-Directrices/Directeurs aient une frénésie du micro. Un peu à part Laure Adler qui, après sa Direction de France Culture et après un break, est revenue à l'antenne sur… Inter. Inter : la maison de tous les secours.

Tout ça pour dire que Voinchet à la revue de presse c'est un peu comme si on n'avait rien trouvé de mieux que d'y installer Colombe Schneck, bien connue pour ses difficultés de langage ou Maïté (de la TV) pour cuisiner la presse aux petits oignons. Si j'écris à nouveau sur cette case c'est qu'au bout de deux mois je me demande pourquoi ni la Presse (toujours bienveillante pour la radio comme Télérama ou Le Monde) ni personne en interne n'ait remis en question le choix invraisemblable de Marc Voinchet. Je l'ai dit il bafouille, il torpille les mots, il savonne la planche et, plutôt que de parler de revue de presse, il faudrait titrer "Presse que pas… du tout !". 

Quand, en 2010, la revue de Presse passe de 8h30 à 8h45 c'est un sacré bouleversement qu'on pourrait qualifier d'institutionnel (plutôt que celui ronflant de patrimonial) tant ce "carrefour radiophonique" avait trouvé sa place depuis des lustres à cette heure-là et fidélisé le public (1).
La déporter à 45' c'est un peu la noyer avec toute la série de "chronicroquettes" jetables comme des Kleenex. C'est bien pire aujourd'hui puisqu'après la R.P. au lance-flammes il faut supporter Serrell et l'"humoriste de circonstance", tout ça en moins d'un quart-d'heure. Au chausse-pied la fin de la matinale, alors qu'autrefois Eve Ruggieri ou Claude Villers démarrait leur émission vers 8h45. Seulement voilà le bastion matinalier installé, pas question de perdre un quart d'heure fusse t-il être un quart-d'heure de bla bla. 

Et Voinchet est dans le bla-bla. Il lessive tous ses mots et ne trouve aucune accroche, aucun silence, aucune inflexion pour nous dire "Lisez-le". C'est un exercice parmi d'autres qui non seulement ne valorise pas la presse mais qui par son absence de prosodie la dessert. Les mots se mélangent, les titres se mélangent, autrices et auteurs sont brouillés. Enlevé c'est pesé ! Et, très mal pesé. Qui l'écoute, Céline Pigalle ? Et elle valide une telle médiocrité ? Sibyle Veil, Pédégère de Radio France ? La matinalière (anchorwoman) Florence Paracuelos qui peut-être avale des couleuvres ? Qui peut supporter ça, un tel manque de professionnalisme ? Pourquoi un journaliste pourrait diriger une chaîne de radio, pourquoi une Directrice/Directeur de chaîne pourrait être au micro ? Et puis pourquoi bafouille-t-il ? Aurait-il un sentiment d'imposture ? Conscient de ne pas être à sa place ? 

Par son choix hasardeux Céline Pigalle dévalorise la presse. Le manque d'incarnation (c'est un euphémisme) par Voinchet range la RP au titre des chroniques en amalgame pendant les deux heures de la matinale. On a casé Voinchet et Voinchet lui-même s'est casé dans quelque chose qu'il n'aura pas inventé, qu'il n'aura pas habillé de son propre costume, qu'il n'aura pas sublimé en y mettant un supplément d'âme quand, il se contente de mal lire ses feuillets, à toute vitesse comme s'il était pressé… par la presse. Presse qui nécessite de prendre le temps de lire pas de courir après les mots.

Voilà donc le ratage absolu. Je me suis imposé au moins trois fois/semaine pour la R.P. de 6h15 et celle de 8h45 d'écouter cette bouillie de chat. Stop ¡ Ya basta ! Je vais continuer à lire le journal (les journaux) calmement. Pas besoin d'un passeur avec qui ça ne passe vraiment pas !

(1) Par ordre d'ancienneté : Ivan Levaï (1990-1996, Nicolas Poincaré (1996-1999), Pascale Clark (1999-2001), Yves Decaens (2001-2005), Fabrice Drouelle (2005-2006), Michel Dumoret (2006-2008), Frédéric Pommier (2008-2009), Bruno Duvic (2009-2010). À 8h45 : Bruno Duvic (2010-2017), Claude Askolovitch (2017-2025), Nora Hamadi (2025-2026). Et plus ancien encore Jean-Claude Bourret, Dominique Souchier. Sachant que Levaï avait animé la R.P. sur Europe 1 de 1973 à 1984. En terme de durée de l'exercice il serait donc le "Champion du monde" ;-)