mercredi 22 mai 2024

Elles, ils ont tribuné… et puis après !

Ce mercredi 22 mai, Le Monde a publié, avant son impression papier (daté 23 mai), une tribune de 1100 personnels de Radio France, “A Radio France, la volonté gouvernementale de fusionner l’audiovisuel public nous semble démagogique, inefficace et dangereuse.” Bam ! De nombreux métiers sont représentés mais les Atta-Pro (1) ne sont pas nommés dans le chapô de la Tribune, alors que plusieurs ont signé. Pour autant c'est un signal fort envers député-e-s, sénateurs et sénatrices, tutelles et gouvernement. Mais comme le chantait Ferré en 69 "Ils ont voté… et puis après" (2)








Alors que vont faire les décideurs politiques ? Lire la tribune du Monde ? Inviter les différentes catégories de personnel de Radio France à venir s'exprimer à l'Assemblée ou au Sénat ? Différer la discussion de la loi en plénière pour répondre aux interrogations de tous les acteurs de l'audiovisuel public (3) ? Ne rêvons pas. La mécanique implacable après dix ans de tergiversations législatives peut-elle encore s'offrir une pause démocratique pour mieux évaluer les enjeux de la loi ? N'aurait-il pas fallu commencer par là ?

Comme d'habitude les intéressé-e-s sont peu ou pas consultés (au-delà de leurs dirigeant-e-s, c'est le moins) et sont/seront mis devant le fait accompli. Fait du Prince ou fait de société ? Soit le désengagement progressif de l'État de ses services publics vitaux. L'enjeu est de taille. Il serait vraiment temps qu'auditrices et auditeurs du service public audiovisuel fassent entendre leurs voix et leur tribune collective.

(1) Dans une émission de radio, l’attaché-e de production joue un rôle essentiel car il/elle collabore à toutes les actions nécessaires à la préparation et au bon déroulement de cette émission, aux côtés du producteur, de l’animateur, ou du journaliste en charge de cette émission et toute l’équipe en charge de la réalisation.

(2) Après les élections Présidentielles suite à la démission de Charles de Gaulle et l'élection de Georges Pompidou. Ferré trouvait que l'“esprit de 68" avait finalement été occulté des mémoires, et publiait cette chanson en 1969.

(3) Radio France, France Télévisions, Ina, France Média Monde,

mardi 21 mai 2024

France Médias : la grande lessive avant l'adoption de la loi !

Redoutable et épuisant ! On sort de deux sessions de la Commission des Affaires culturelles de l'Assemblée nationale consacrées à l'audiovisuel public H.S., K.O. et lessivé (1). Et quand je dis "on sort”, je veux dire après le visionnage en direct, le 14 mai, de ces tribulations législatives. "Pourquoi t'infliges-tu ça Fañch ?” me demande-t-on souvent ? Ben parce que j'aime bien comprendre et évaluer le contexte dans lequel une telle loi va être soumise aux votes de la représentation nationale. Ci-après l'état de la situation à partir - à chaud -  de mes premiers commentaires… désabusés.

Radio France

J'aurais pu titrer ce billet “La grande lessiveuse ou rodéo-palace à l'Assemblée”  tant ce travail parlementaire ressemble à une foire d'empoigne, la résurgence de luttes intestines, une kyrielle de passes d’armes, la charge de la brigade légère et last but not least un/des jeux de dupes comme s’il en pleuvait… Car cette grosse mécanique structurelle, cette mécano de la générale, cette usine à gaz que présage t-elle ? Vous allez vite comprendre que cette loi va s'attacher à définir les "nouveaux acteurs de l'audiovisuel public réunis" et à borner le cadre de leurs attributions. Et, particulièrement à resserrer ses multiples acteurs (chaînes de radio, de TV, l'Ina) en une seule entité publique “France Médias” qui, en son sein, aura tout loisir à son tour de resserrer ses "filiales" (2). Combien de chaînes de radio et de TV restera-t-il au 1er janvier 2026 au démarrage de France Médias ?

Cet encadrement de l’Audiovisuel Public, son bornage très strict, ce verrouillage qui se donne des airs de regroupement des forces, d’équité et de garanties inquiète surtout pour ce qui n’est ni décrit (ou si peu) ni fonctionnellement précisé : faire travailler ensemble des métiers aussi différents que ceux de la radio (audio) et de la TV (visuel). Ce mariage “arrangé” de l’audio et du visuel vient après cinquante ans de pratiques autonomes, singulières et établies. 


Le 29 juillet 1967, Il était “facile” à Garretto et Codou au sein de l’Ortf de faire participer ensemble radio et TV  à une opération audiovisuelle spéciale “impossible n’est pas français”. Ces deux producteurs inventifs ont su relever le défi qui ne semble pas avoir été réitéré avant la fin de l'Ortf en 1975. Les usages, les “lois” métiers, les codes, les pratiques et les savoir-faire nécessiteront, dans des opérations groupées (deux acteurs, ou trois, ou quatre pour des projets de créations communs), un tâtonnement  (expérimental), un apprentissage du travail en commun, une nouvelle répartition des tâches… et plus si affinités ! Quant au chef ou à la cheffe d’orchestre il lui faudra a minima une bonne dose de pédagogie a maxima une plus grosse dose encore de créativité. Car si le rôle du Pédégé ou de la Pédégère n'était dévolu qu'au management autant dire que c'est l'ensemble de la création audio et visuelle qui passerait par “pertes et profits”.


France Télévisions

Car même si au quotidien chacune des "entités" sera dans sa production, il appartiendra au Grand timonier ou à la Grande timonière de rationaliser les services administratifs, les achats, les déplacements, de créer des pools, de ficeler une méta organisation, d'arbitrer des arbitrages complexes… La voilà donc l'usine à gaz de gestion où la part dévolue à la création et à ses moyens risque bien d’être le parent pauvre ou l’oublié de la réforme. Bien sûr et heureusement que ce n’est pas la loi qui pose les termes des contenus, mais cette nouvelle loi audiovisuelle ne va-t-elle pas créer les conditions très favorables à un “petit empire” du nouveau management et ses dégâts collatéraux, tels qu'on a pu les constater à France Telecom ou à la SNCF ?   


La perte formelle d’autonomie de chacun des “associés” peut vite stériliser l’initiative, l’invention et tout simplement la créativité, puisqu’en arrière-plan, cette grande mécanique servira à contraindre les budgets et à diminuer, de fait et de façon drastique le champ des possibles, les chants des possibles. Nous en saurons plus quand la loi sera votée. Pour autant le mouvement et la mue engagée, depuis le rapport Schwartz en mars 2015, auront en moins de dix ans été formalisés. 

  • "Face aux défis à venir, et aux contraintes croissantes pesant sur les finances publiques, il paraît nécessaire que l'État pèse davantage sur le dispositif des médias de service public. Si tel n'était pas le cas, il sera difficile d'écarter la tentation d'un rapprochement organique entre les sociétés ayant appartenu jadis à la même entité [l'ORTF, ndlr]. La structuration actuelle qui remonte à l'éclatement de l'ORTF, à une époque où radio et télévisions publiques disposaient d'un quasi monopole, peut en effet être interrogée, à l'âge de la convergence des médias, de la transition numérique et de l'élargissement de l'univers concurrentiel à des acteurs mondiaux venus d'Internet.” 


Ina


À terme on pourrait compter moins de chaînes de radio, moins de chaînes de TV avec, en ligne de mire, une méta plateforme ou le dernier quarteron de geeks tentera de résister aux reco de l’IA surpuissante. Las, la création audiovisuelle aura vécu. L’extinction de ses dinosaures, analysée et datée, l’extinction de ses voix qu’elles soient audio ou visuelles aussi. L’État est en train de créer un petit monstre qui risque très vite de s’auto-détruire pour, dans le paysage audiovisuel, ne plus occuper l’espace équivalent à un abri-bus ou à une tiny-house. L’espace ainsi libéré pourra servir les appétits avides et les intérêts du privé.


Alors il faudra bien constater que l’État - sans état… d’âme - aura renoncé à soutenir et à s’engager pour un grand service public audiovisuel pluridisciplinaire, quand il aura juste créé un artifice, un “machin”, de la poudre aux yeux, une officine de plus - France Médias - qui n’empêchera personne de dire “France Médias d’État”. 


Lire aussi : La radio, mais de quelle radio parle-t-on ? et Elles, ils ont tribuné… et puis après ?


(1) Une séance d'après-midi de 4h07, plus une du soir de 2h29, soit plus de 6h30 de débat, pour examiner les plus de 260 amendements des 15 articles de la loi devant être débattue  en séance plénière les 23 et 24 mai. À moins que pour “encombrement”, la date soir repoussée au 24 juin !


(2) Radio France, France Télévisions, Ina ensemble et France Médias Monde qui, depuis cette commission et suite à un amendement, ne ferait pour l'instant plus partie du regroupement, à moins qu'en séance plénière elle soit réintégrée.

lundi 20 mai 2024

RFTV… ou la fusion des acronymes de Radio France & France TéléVisions !

L'avantage d'aimer les mots et leur graphisme m'imposait de ne pas passer à côté d'un jeu graphique et acronymique (sic) avec la fusion annoncée et datée de Radio France et de France Télévisions (et de l'Institut national de l'audiovisuel, of course). Mais bon, comme le mariage forcé des quatre (ou trois) partenaires de l'audiovisuel public prendra pour nom “France Médias” pas de risque que RFTV soit autre chose qu'une galéjade avant le tsunami annoncé des bouleversements sociaux, techniques et créatifs que l'État va formaliser par une loi.












Au nom de la loi (1)
Demain dans un long billet critique je vous parlerai de la Commission des Affaires Culturelles de l'Assemblée nationale qui, le 14 mai, a avalé et essayé de digérer les plus de deux-cent-soixante amendements et sous-amendements (sic) de la future loi en quinze articles. Ce mardi nous saurons si la séance plénière à l'Assemblée sera maintenue les 23 et 24 mai (ou sera reportée en juin ou…septembre). Cette course folle, ce marathon législatif engagé par l'État et soutenu majoritairement par le Sénat et l'Assemblée nationale en dit long sur la forme, si peu sur le fond et pas du tout sur les contenus, qu'il peut légitimement inquiéter les personnels des quatre institutions publiques (avec France Média Monde) et d'ores et déjà “désespérer Billancourt"…

Une autre fusion : et si à la rentrée les programmes des chaînes publiques de radio s'arr^taient à 21h laissant place à ceux de la TV ? Fiction ?

(À suivre, demain)

(1) Série TV (E.U) avec Steve McQuenn, 94 épisodes, 1958-1961.

samedi 18 mai 2024

Frida Kahlo… plus qu'une vie !

Petit à petit en avançant (lentement) dans le XXè puis le XXIè siècle Frida Kahlo (1) finit par trouver sa place. Comme femme, comme peintre, comme révolutionnaire. Un symbole très fort, artistique et politique, de l'histoire du Mexique. Même si elle est née en 1907, elle acte sa naissance en 1910 l'année de la Révolution mexicaine.

Autoportrait










Jérôme Sandlarz, documentariste radio, propose pour France Culture (2) samedi 18 mai dans "Toute une vie un portrait sonore d'une artiste qui, par ses créations, ses positions morales et politiques, ses engagements pour la culture indigéniste du Mexique, est un formidable acteur-témoin et sûrement une icône du XXè siècle.

Gérard de Cortanze "En 1929, c'est “l'autoportrait au temps volé”, corsage blanc, collier indien, les sourcils prononcés, le visage métis, c'est à dire qu'entre le premier auto-portrait et le second, elle est passée de l'européenne à la mexicanité et, à partir de là, ça va tout changer dans son rapport à la peinture. Je suis indienne, je viens de ce Mexique-là, je viens de cette Révolution-là et mes auto-portraits me suivront durant toute ma vie.” 

“Autoportrait, le temps volé”










C'est peu dire que le documentaire de Sandlarz nous donne envie de mieux la connaître, de lire sur cette artiste et d'aller vite (re)voir une exposition de Frida Kahlo. mais aussi en préalable essayer de comprendre sa relation (amoureuse et complexe), avec le peintre Diego Rivera (1886-1957). C'est aussi une très bonne entrée en matière pour s'intéresser à l'histoire du Mexique et de sa révolution (1910-1920), comme de l'“épisode” Trotsky au Mexique, ami de Kahlo et Rivera, qui y verra sa fin tragique (1879-1940).

Sandlarz sait avec finesse être à la fois dans le cadre et hors-champ. Laisser toute la place à celles et ceux qui savent évoquer l'artiste, eux-mêmes sans emphase et avec l'érudition suffisante pour nous faire regretter d'avoir attendu si longtemps pour découvrir Frida Kahlo. Et nous donner -furieusement - envie de (re)découvrir l'histoire du Mexique au début du XXè siècle. Pour "compléter le tableau” on se reportera à l'analyse de “Las dos Fridas”. 

(1) Magdalena Frida Carmen Kahlo Calderón, simplement appelée Frida Kahlo, est une artiste peintre mexicaine, née le 6 juillet 1907 à Coyoacán et morte au même endroit le 13 juillet 1954.
(2) Réalisation Angélique TibauTraduction et voix de Circé Henestrosa, Fanny Leroy.

“Autoportrait à la frontière
entre le Mexique et les États-Unis”, 1932











Le 7 septembre 2019, Jérôme Sandlarz produit pour France Culture, dans "Une vie, une œuvre”, Sergio Leone. Samedi dernier dans "Toute une vie", Alexandre Vuillaume-Tylski, proposait "Ennio Morricone”, très bon documentaire qui complète celui de Sandlarz.

lundi 13 mai 2024

La radio ? Mais de quelle radio parle-t-on ?

Depuis quelques semaines dans l'hypothèse d'une holding rassemblant les audiovisuels publics - Radio France, France Télévisions, France Média Monde et l'Ina - monte une petite musique des défenseurs de la radio. Quelques personnalités et quelques personnes s'inquiètent pour la radio qui dans le cadre d'un regroupement y perdrait a minima son âme a maxima sa visibilité. Mais de quelle radio parlent-t-ils donc quand la radio elle-même fait tout pour se fondre dans l'audio ? Au point que le projet stratégique 2024-2028 de la Présidente de Radio France, Sibyle Veil, s'intitule "Un service public audio pour tous".














Alors de quelle radio parle-t-on ? Car il faudrait que la radio elle-même ait aujourd'hui une identité forte au point de ne pas être l’objet de sa propre destruction en gommant méthodiquement depuis dix ans ce qui est son adn. Il en va bien plus qu'un changement sémantique d'identité en remplaçant le mot radio par celui d'audio. Audio qui participe à faire disparaître dans les programmes des sept chaines publiques le mot émission par celui de podcast. Audio qui vise (à terme) la délinéarisation des antennes pour les intégrer dans une plateforme qui devrait être mise sur les fonds baptismaux au quatrième trimestre de cette année. Ajoutons le mot “stock” (venu tout droit des épiciers) qui, fort de son estimable et colossal patrimoine, participe à le valoriser de rediffusions en rediffusions, diminuant drastiquement d'autant les créations nouvelles.

Pas sûr alors que M. Jeanneney, ex-Président de Radio France (1982-1986) ait pris toute la mesure de ces enjeux dans sa tribune du Monde, dans laquelle écrivait-il “Si l’on concentre enfin l’attention sur Radio France, le projet apparaît spécialement inquiétant. Il est inutile de rappeler la magnifique originalité, sur les ondes, de la voix et de la musique, sans les images. Mais on se doit d’insister sur la belle capacité d’adaptation aux innombrables défis du numérique dont fait preuve cette entreprise, au profit de tous les prestiges de la culture et d’une information sereine : les sondages prouvent abondamment ce succès. Elle n’y parvient que parce que sa liberté n’est pas empêtrée dans des liens extérieurs.” Qu'il défende ardemment la radio publique c'est tout à son honneur, mais il n'aborde pas le projet stratégique de Sibyle Veil qui va beaucoup plus loin pour, lui-même, effacer la radio, au profit d'un audio tendance, qu'un quarteron de geeks (loin d'être en retraite) a méthodiquement imposé à la radio.




Il en va de même pour la SCAM (Société Civile des Auteurs Multimédia) qui, le 6 mai, dans une de ses publications affirme : “Censée réaliser des économies et simplifier le mode de gouvernance, cette réforme s’annonce coûteuse, chronophage et déstabilisatrice. Les médias de l’audiovisuel public possèdent des réalités différentes. Les réunir dans une seule et même superstructure alourdirait considérablement leur fonctionnement.” CQFD. Pour autant nous n'avons, de leur part, rien lu ni sur le projet stratégique, ni sur les bouleversements à venir sur les restructurations métiers et la diminution effective des moyens affectés aux programmes et à la création radiophonique. Alors une fois encore de quelle radio parle-t-on ? Ni Jeanneney ni la SCAM n'ont l'air d'avoir pris la mesure de la mue radicale qui va se concrétiser à la prochaine rentrée avec ou sans holding.

Dans Télérama, le 7 mai, Marion Mayer écrit : “Une suppression de 4 000 heures de travail des réalisateurs est prévue pour la grille 2024-2025 de France Culture, soit « 42 semaines », ou « au moins trois émissions », selon les différents syndicats contactés. À la place du traditionnel duo réalisateur-technicien – le premier étant en charge de la conception artistique, le second, responsable de la mise en œuvre –, il ne resterait plus qu’un technicien (devenu technicien chargé de réalisation ou TCR, au terme d’une formation). Il mènerait seul sa barque avec le producteur de l’émission. Une réorganisation qui suit le modèle de celles appliquées en 2022 à France Musique. Les moyens avaient alors été redéployés sur le podcast natif, quitte à proposer davantage de rediffusions ou d’émissions faciles à réaliser, par exemple une alternance entre musique et commentaires.” (2) Ça mange du pain. Alors de quelle radio parle-t-on ? De celle dont les managers coupent systématiquement les vivres aux programmes et jamais celles de l'armée mexicaine de cadres en tout genre qui eux imputent gravement la masse salariale ?




Attendons de pied ferme les deux jours que l'Assemblée Nationale, les 23 et 24 mai, va consacrer à l'audiovisuel public (3) et guettons combien de députés vont s'intéresser pour la radio, aux programmes, aux émissions, aux moyens de production, à la redéfinition des métiers, à l'évolution des compétences, etc etc. Et les bouleversements à France Inter. Et surtout si l'un ou l'une d'entre eux évoque la mutation de la radio en audio et ses conséquences intrinsèques sur le média. De quel radio parleront-ils donc ?

(1) La fusion de l’audiovisuel public nous ramènerait au temps antédiluvien du gargantuesque ORTF”, Jean-Noël Jeannneney, Le Monde, 13 avril 2024,
(2) L'augmentation de 20% du cachet accordée aux autrices et auteurs de documentaires (à partir de juin 2024) est “écrasée” par la diminution drastique du temps de réalisation global des émissions d'une grille. Petit à petit ce sont tous les métiers liés à la création radiophonique que les directions veulent hybrider. Et jouer fermement sur la masse salariale, soit de moins en moins de personnes pour "faire de la radio”…

(3) La Commisison des Affaires Culturelles de l'Assemblée examine le texte législatif ce mardi après-midi et mercredi 14 et 15 mai. Sachant que le gouvernement y apporte un amendement : La présente proposition de loi comporte une importante réforme de l’audiovisuel public à laquelle le Gouvernement souhaite y adjoindre une fusion-absorption des sociétés France Télévisions, Radio France, France Médias Monde et Institut national de l’audiovisuel au sein de l’entreprise unique France Médias.” Soit holding au 1er janvier 2025, fusion au 1er janvier 2026.

mardi 7 mai 2024

Le moment… Salamé !

La journaliste, Léa Salamé, fait de plus en plus parler d'elle, particulièrement pour certains de ses propos choquants et/ou inquiétants. De la TV je ne dirai rien je ne regarde pas cette resucée des émissions d'Ardisson et de Ruquier. Par contre à la radio, suite à la matinale tunnel de France Inter (le 7/10), le 1er mai, elle a fait réagir sur les réseaux bon nombre de femmes (et de quelques hommes sûrement). Interviewant Juliette Binoche, venu évoquer sa condition de jeune actrice à ses débuts, Léa Salamé dit : “que certaines victimes de violences sexuelles “se sont laissées faire”. Comme le rapporte le magazine Elle (1). Petit à petit l'icône médiatique se dévoile et écorne l'image bien lisse de la journaliste-star.

Capture d'écran sur X








Il se trouve que ce fameux 3 mai d'agitations à France Inter, un internaute remet en avant sur X, une vidéo Kombini du 19 avril 2023. Ce jour-là, David Costello-Lopes, reçoit dans "Small talk" Léa Salamé. L'extrait qu'il choisit fait dire à Salamé "Peu importe la question, peu importe la réponse, il faut qu'il y ait un moment." Ce qui fait ajouter à l'internaute, Alexandre Salcedo “Est-ce que le problème fondamental du journalisme actuellement ne vient pas précisément de cette recherche tête baissée du moment au détriment des faits et de la vérité ?" Ce qui fait aussi réagir Joëlle Losfeld sur X "Et c’est dit avec une force de conviction qui accentue la faiblesse du propos. My god.”

Après les “Nouveaux philosophes" créés au milieu des années 70, Léa Salamé vient donc à elle toute seule d'inventer le “Nouveau journalisme“ ou la création permanente d'un moment ! Que dis-je DU moment ? Bigre ! Vite qu'elle écrive le manuel du parfait et de la parfaite “Momentiste" qu'on s'arrachera à Sciences-Po et dans toutes les bonnes écoles de journalisme. Voilà une bonne occasion de conseiller à Adèle Van Reeth, Directrice de France Inter, de proposer à la rentrée 2024, l'émission "Le moment Salamé" qui alors pourrait, à elle toute seule, coiffer tous les moments existants sur la chaîne entre 9h et 10h (et pourquoi pas jusqu'à 11h ?). Au risque qu'auditrices et auditeurs reprennent en chœur "Allo moment bobo !!!

(1) Le 3 mai 2024, https://www.elle.fr/Societe/News/De-nombreuses-femmes-rappellent-a-Lea-Salame-qu-aucune-victime-n-est-coupable-des-violences-sexuelles-subies-4232573

lundi 6 mai 2024

France Inter : le hochet est cassé…

Le hochet c'est celui qu'agitent les médias et plus particulièrement la presse à l'endroit de la station généraliste de Radio France qui depuis 2019 caracole en tête des audiences. Des journalistes, dans tellement de journaux, raffolent tant des belles histoires qu'ils en font des caisses pour développer une saga qui surjoue des personnages (et des intrigues) dignes d'une série aux épisodes à rallonge. Les super directrices (Bloch & Van Reeth), les super journalistes, les super animatrices et animateurs des programmes resserrés de 5h à 23h. Un 18/24 tellement moins excitant que le 24/24 disparu en 2012. Malgré une ascension irrésistible de la chaîne voilà que le tableau, si bien encadré, se déchire, des personnages s'effacent et le décor s'assombrit au point qu'il ne faut pas être grand clerc pour voir l'orage imminent s'abattre sur ce que d'aucuns appellent encore "le vaisseau amiral" (de la radio publique).

Capture d'écran









Mais n'allons pas si vite. Le 21 avril alors que la France apprend dubitative que les Parisiens (quels Parisiens ?) rentrent de vacances, la TV publique, pas bégueule, offre, via France 5, une heure médiatique à France Inter. Sonnez hautbois, résonnez musette. Les tutelles, la Cour des Comptes et l'Arcom ne pourront pas dire que les entreprises publiques audiovisuelles ne font pas tout pour se rapprocher ! Mélanie Taravant, présentatrice de C Médiatique (C fou les titres des émissions sur cette chaîne) a invité Adèle Van Reeth et Sonia Devillers. Soit, la directrice de la chaîne depuis la rentrée 2022 et la journaliste chargée du 7h50 de la matinale surdimensionnée de 7h à 10h.

En 57' l'émission va enfiler les perles. Essayer de nous convaincre que c'était un bon choix de déplacer Devillers à 7H50  (elle, spécialiste des médias et des pipoles) et de laisser sa place à Léa Salamé qui fait strictement la même chose (chacune avec tellement de compassion, d'empathie et d'admiration pour leurs invités). Van Reeth justifie ce choix par son désir de rebooster l'interview de 7h50 par une non-spécialiste de la politique (c'est le moins que l'on puisse dire). Mais Tarravant ne jugera pas utile de demander à Van Reeth quelle "plus value" elle pouvait attendre de Salamé à 9h20. Ben non, des fois qu'il n'y aurait rien d'autre à dire qu'un très évasif "Pourquoi pas ?".

Les mini reportages in situ à France Inter (sur quelques émissions) sont d'une banalité absolue et tout ce qui s'y entend est a minima convenu a maxima tellement peu intéressant qu'on se demande qu'elle pouvait être l'objectif d'une telle promotion… gratuite ? Une émission en roue libre, absente de tout regard critique, qu'il aurait du être incrusté "publi-reportageau coin supérieur droit de l'écran. Si Taravant s'esbaudit en début d'émission pour annoncer que c'est la première fois que C Médiatique consacre un sujet unique à l'émission, elle n'a pas non plus jugé utile de nous dire pourquoi.

Autrefois, au néandertal de l'audiovisuel public, l'ORTF diffusait à la télévision "France Inter Magazine" (1). L'occasion pour l'Office de faire connaître aux téléspectateurs les coulisses de France Inter. Pierre Bouteiller, Gérard Sire, le Journal parlé (sic), Route de nuit, La revue de Presse,… Seules occasions pour les aficionados de voir celles et ceux qui animaient l'antenne.

Un n° de la revue papier
de l'émission

















Intermède
Dans sa tribune du 13 avril dans Le Monde, Jean-Noël Jeanneney, historien et ancien Président de Radio France (1982-1986) écrit tout le peu d'estime qu'il a pour la holding/fusion des audiovisuels publics. "Toute l’expérience de la vie politique et administrative rappelle une chose assez simple : ajouter un niveau supplémentaire dans le millefeuille des pouvoirs quand ceux-ci sont constitués de longue date, bien loin d’alléger les coûts, conduit à les alourdir. Car les postes créés ne conduisent jamais à supprimer complètement ceux que les nouveaux titulaires ont vocation à surplomber. Pas d’économie réelle, donc." (2)

Avis de tempête pour ne pas dire de… typhon
Radioscopage inattendu d'effets d'annonce en tout genre. Guillaume Meurice ayant réitéré sa blague prépuce dans le dernier épisode du Grand dimanche soir (28 avril), la Direction d'Inter l'a aussitôt convoqué à “un entretien préalable en vue d’une éventuelle sanction disciplinaire” (16 mai) pouvant aller jusqu’à son licenciement. Ça grogne grave dans les couloirs jusqu'aux journalistes qui soutiennent l'humoriste. Rapprochement inédit Rédaction et Programmes !

Pour ajouter de l'huile sur le feu la Direction annonce de grands changements pour la rentrée. Les journalistes Charlotte Perry, Antoine Chao, Anaëlle Verzaux, Giv Anquetil, ne seront plus à l'antenne (3). Formés à l'école "Là-bas si j'y suis" (1989-2014) de Daniel Mermet. “Depuis la fin de “Là-bas”, en 2014, ces voix, plutôt de gauche, ont été progressivement invisibilisées, fragilisées, regrette un producteur sous couvert d’anonymat. Cette fois, c’est le coup de grâce.(4).

Pour La Terre au carré, c'est la fin de l'émission telle qu'elle existe : "Mathieu Vidard souhaite faire évoluer son émission vers davantage de récits écologiques et scientifiques” (4). Et pour compléter le tableau Le grand dimanche soir verrait une diminution de son budget ! Ce n'est sûrement qu'un début… mai et juin n'en finiront pas de compléter les bouleversements attendus sur France Inter qui a un nouveau Directeur des programmes. Qu'attendre de Jonathan Curiel venant de M6, sûrement un grand connaisseur de radio, quandTélérama (1er mai 2024) titre un de ses billets "RTL (filiale de M6) en crise d'identité" ?


Lucien Jeunesse, animateur légendaire
du Jeu des 1000 F, France Inter,

















Que cache ce grand bouleversement alors que dans quinze jours, les 23 et 24 mai, l'Assemblée Nationale débattra de la proposition de loi sur l'audiovisuel public et la probable création de la holding "France Médias" ? Les tensions sont vives à Radio France dont sa présidente, Sibyle Veil, continue a manifester son opposition à la fusion quand Delphine Ernotte, Pédégère de France TV pousse à la fusion.

Pour autant la bluette de C Médiatique a fait Pschiiittt ! Elle montre que la propagande a ses limites et que, malgré ses efforts, le geste de la TV vers la radio est juste superfétatoire. Comme l'annonce de Stéphane Sitbon-Gomez, Directeur des antennes et des programmes, dans la Tribune Dimanche (5 mai) "À la rentrée nous donnerons encore plus de place au "Jeu des 1000€" en le diffusant désormais deux fois par semaine, le samedi et le dimanche.“ Roulez Jeunesse… Un tel rapprochement stratégique ne va sûrement pas manquer de convaincre la représentation nationale du bien fondé de l'urgence d'imposer une holding ! 

(1) “Magazine France Inter“ est diffusé sur la 1ère chaîne de Télévision du 4 janvier au 28 juin 1971, soit 22 numéros d’environ 12’ chacun (source Inathèque). “Micros et caméras” diffusé à partir de 1965, même chaîne le sera jusqu’en 1972. Cette dernière rendait régulièrement compte de l'activité de la radio et de la télévision,

(2) Invité, le 29 avril, sur France Inter à débattre avec Laurent Lafon (Union centriste) sénateur, président de la commission de la Culture au Sénat et auteur de la proposition de loi sur la holding. Membre du Conseil d'Administration de Radio France. Ce "débat" courtois et poli n'a fait entendre "raison" ni à l'un ni à l'autre des débatteurs !

(3) Perry "Des vies Françaises", Chao"C'est bientôt demain", Verzaux "Le jour où", Anquetil "La terre au carré", + la chronique quotidienne de Camille Crosnier dans "La terre au carré”. Aussi "La Librairie francophone", d'Emmanuel Kherad,
(4) A France Inter, journalistes et producteurs s’inquiètent pour leur liberté d’expression“, Aude Dassonville, Le Monde, 3 mai 2024,