mercredi 7 octobre 2026

Du jour au lendemain : Arlette Farge, historienne…

On aimait ce passage du jour …au lendemain. Rester éveillé pour en douceur entrer dans la "caverne" d'Alain Veinstein, producteur de l'émission (1985-2014) sur France Culture (1), avant que, perfide, Olivier Poivre d'Arvor, Directeur de l'antenne, ne la jette brutalement aux oubliettes en fin de saison 2013-2014 ! Ce mercredi 27 février 1992, Veinstein reçoit l'historienne Arlette Farge pour "Dire et mal dire : l'opinion publique au XVIIIè siécle" (Seuil). Et comme toujours avec Arlette Farge (Directeur de recherches au CNRS) on peut être sûr d'être captivé. (Rediffusion la nuit dernière).


























Farge, de sa voix douce, nous donne envie d'entrer dans son sujet, comme d'ailleurs à chaque fois qu'elle intervient dans "Les lundis de l'histoire" (1966-2014). Veinstein s'interroge sur l'exergue du livre de Farge "J'ai embelli ma vie de jours que je n'ai pas vécus", Pascal Quignard. Et Farge d'expliquer qu'elle a "l'impression grâce aux archives d'avoir eu du temps en plus, des jours en plus…"


"Au XVIIIè siècle, l'opinion publique c'est totalement anachronique, parce qu'au fond on peut se demander s'il y a une opinion publique au XVIIIè siècle, alors que l'opinion publique c'est quelque chose de lié à la démocratie [après 1789]". Quant aux sources de l'époque, Farge les détaille : "les mémorialistes qui racontent à la plume, l'air du temps, les archives de la Bastille et "les nouvelles à la main", des gazettes manuscrites qui viennent de l'étranger ou bien de l'intérieur de la France et qui sont recopiées en plusieurs exemplaires par des copistes et qui sont distribuées dans Paris…"


Et Farge d'ajouter à propos des nouvelles "Que ce soit vrai ou que ce soit faux, peu importe il s'agit de savoir et, c'est savoir qui excite l'esprit public." Elle poursuit "Les faits divers disent beaucoup de choses de la vie sociale de l'époque. La lecture des faits divers est utile pour voir qu'elles sont les préoccupations d'une société sur ce qu'elle ne comprend pas bien."


Au XXè siècle on pouvait donc, sur France Culture, s'endormir en découvrant l'histoire mais aussi de multiples histoires. Ces découvertes excitent plus l'esprit que les rediffusions, même quand celles-ci peuvent aussi être des découvertes. Les rediffusions pourront toujours attendre d'être réécoutées quand, à l'époque (au risque d'enregistrer le programme), on était sûr tous les soirs d'écouter "quelque chose de nouveau" et qui, pour "Du jour au lendemain", nous donnerait envie de lire et de… savoir.


(1) de 00h05 à 00h45, du lundi au vendredi,

mardi 6 octobre 2026

L'humour partout, tout le temps (et aussi à France Inter) on n'en peut plus… ¡ Ya basta !

Il y a maintenant une marque de fabrique autour de l'humour radiophonique qui, en son temps, a permis à Adèle Van Reeth Directrice de France Inter (2022-2026), de compter, comme on compte les moutons, le troupeau d'humoristes qui s'exprimaient sur la chaîne, une quarantaine environ en 2024. Tout ça !!!! S'il semble qu'il n'y en ait plus "que vingt-sept" depuis la rentrée, c'est déjà énorme. L'exercice de l'humour étant devenu obligé, cadré, enfermé dans des cases à des heures précises (et totalement débridé de 11h à 12h30, du lundi au vendredi) on guette les (rares) émissions où il ne serait pas tenu de rire. Plus le monde va mal plus il faudrait s'esclaffer. Cette injonction insupportable pousse même l'anchorwoman de la matinale d'Inter, Florence Paracuelos, à inciter Marc Voinchet à trouver de bonnes nouvelles dans sa Revue de Presse qu'il machouille. Ce qui fut le cas hier matin quand Voinchet imitant l'accent toulousain a fait rire la tablée assise autour de Paracuelos.

Jean Janne & Jacques Martin
















C'est quoi cette autre injonction à vouloir entendre de bonnes nouvelles quand elles existent peu ? Pourquoi Paracuelos ne demande pas à ses équipes de faire le "Tour de France" des choses qui vont bien ? Pourquoi ce qui va bien devrait porter à rire ? Est-ce si dur à supporter pour les matinaliers l'absence d'humour du 7h37 ? Ce passage obligé par l'humour vient de trouver ses limites en se cognant au principe de réalité. Poitevin ne faisait pas rire il a de lui-même décliné ! 

Céline  Pigalle, Directrice d'Inter pourrait peut-être soulever la soupape de l'humour forcené et proposer, au choix, un billet philosophique, un billet musical, un billet culturel (et surtout pas un billet politique) ? Et par exemple trouver l'équivalent d'Albert Jacquard dont ce fut la mission sur France Culture. Mona Cholet, Claire Sécail ou Cécile Alduy pourraient y trouver leur place. Mais non, tant que l'humour restera l'alpha et l'omega de la radio publique les risques de déraillements ou de pannes pourraient perdurer et auraient pu faire dire à Jean Yanne "Quand j'entends le mot humour je coupe mon transistor" (1).

(1) Sa phrase originale "Quand j'entends le mot culture, je sors mon transistor", titre d'une de ses émissions sur RTL le dimanche matin, entre 1964 et 1969,

lundi 5 octobre 2026

France Inter : le 7h57, y'a pu, en panne… d'humour !

À trop sanctifier, vitrifier les cases de la matinale de France Inter, quand ça déraille le train (train) finit par être supprimé. Malgré ce que la presse "médiatique" et France Inter appellent "la case historique". Sur quelle échelle de Richter place-t-on l'histoire de la radio publique. On pourrait dire qu'après vingt-cinq ans d'antenne "Là-bas si j'y suis" (1989-2014) appartenait, de fait, à l'histoire de la chaîne. mais des émissions de plus de vingt-cinq ans il y en a une flopée sur les chaînes de Radio France (1). Quand ça arrange la com' des chaînes ce sont des émissions patrimoniales (sic) intouchables ou plus souvent des émissions qui ont fait leur temps. Géométrie variable. Girouette à tous les étages. Donc, après le départ de Thomas Poitevin de l'express de 7h57, aucun train n'est venu le remplacer et de fait aucun conducteur. C'est grave docteur ? Qui s'est plaint ? Qui est perturbé du passage sans transition de l'interview de 7h47 au journal de 8h ? Qui peut revendiquer que cette une case stratégique pour capter auditrices et auditeurs à s'accrocher au train journal qui suit ? 

















Case stratégique pour l'humoriste qui y trouve un surcroit de notoriété, sans doute. Case stratégique pour l'image de la chaîne, pas si sûr ! Tant que Charline Vanhoenacker faisait le job (et le faisait bien) on peut dire que c'était dans la droite ligne de son émission de 17h aux titres multiples et variés. Matthieu Noël pourquoi pas, mais faire rire sur commande dans le stress de la vie quotidienne du matin ajouté au stress de l'actualité anxyogène, tombe un peu comme un cheveu sur la soupe et n'est pas indispensable pour bien entamer sa matinée.

Qui voudra donc in-situ venir quatre matins sur quatre, ou un seul si les trois autres sont occupés par trois autres humoristes ? L'endroit est exposé à tous les tirs de sniper et le jeu en vaut-il la chandelle ? On pourrait alors assister à une pause pour la saison 26-27, faire des économies et pourquoi pas balancer une pub à 7h57 ? Carton et désagrément assurés. L'équation est difficile à résoudre mais, est-ce si grave si on ne se marre pas à 57'. Peut-être qu'on pourrait - franchement - attendre pour se marrer le long tunnel de 11h à 12h30 ?  Ou tout simplement sortir une bonne fois pour toutes de la tyrannie de l'humour… qui fait de moins en moins rire.

(1) Le pop-club, Le jeu des mille francs/euros, Le masque et la plume, Feedback, CO2 mon amour et quelques autres… Et sur Culture : Les lundis de l'histoire, Du jour au lendemain, le Pays d'ici, Les papous dans la tête, le Panorama, La Fabrique de l'histoire, et tant d'autres !

vendredi 2 octobre 2026

France Musique : la messe est dite !

Et redite ! À quelques jours du passage du Pape en France, c'est la Présidente Directrice-générale de Radio France, Sibyle Veil qui, sur France Musique ce matin, a donné l'absolution à sa décision de basculer trois-cent émetteurs de France Musique à France Info et Ici (ex France Bleu) le 22 juillet dernier. Cette séquence radiophonique était animée par Emmanuelle Daviet, médiatrice de Radio France. À la base, juste un problème éthique et déontologique, comment une salariée de Radio France peut-elle en toute objectivité être autrice d'une médiation respectueuse des deux parties ? Les dés sont pipés et depuis très longtemps. Peut-on imaginer que Daviet n'ait pas échangé avec Veil pour préparer l'interview ? Peut-on imaginer que Daviet, se faisant la porte-paroles des auditrices et des auditeurs mécontents, demande à Veil de revoir sa copie et revenir à la situation antérieure, comme par exemple la Suisse qui, depuis le début de l'année, rétropédale sur le Dab+ exclusif ? Ce (triste) moment de com' nous a confirmé, s'il en était besoin, que Veil ne reviendra pas sur sa décision. Aux auditrices et auditeurs dégoutés de se "contenter" de l'aumône d'un récepteur Dab+ pour six cent d'entre eux ! Onze mille villes touchées par la bascule, 600 récepteurs offerts. C'est quoi ce mépris et ce geste indigne ?

Logo "pouce en bas"










Reconnaissons à Emmanuelle Daviet d'avoir posé toutes les (bonnes) questions qui fâchent. Mais sans jamais aucune relance. Qu'à la première de ces questions, en direction de la Présidente, celle-ci commence par "Euh… Hum…" n'est pas le gage de l'assurance d'un grand moment de vérité à venir. Et très vite on va s'attendre à ce qu'une succession de formules toutes faites tombent du ciel et qu'on pourra aussitôt ramasser à la pelle. Formules qui s'appuient particulièrement sur la méthode Coué, méthode managères de moins de cinquante ans instituée depuis Mathieu Gallet. Qu'on en juge !

"France Musique commence à désinvestir la FM et s'engage dans l'avenir de la radio (le Dab+). Les auditeurs de France Musique prennent de l'avance sur l'évolution". On reste pantois devant une telle affirmation qui ne démontre rien et, pire, renvoie les évolutionnistes privés de la captation en Modulation de Fréquence aux oubliettes de la dite évolution. On se croirait à la foire quand le camelot fait tout ce qu'il peut pour nous vendre un lot de casseroles phénoménal en y ajoutant un lot de serviettes et de gants moches et reches.

Veil, Grant (Directeur de France Musique), Bon (Secrétaire Général de Radio France) vendent en chœur la même lessive d'avenir : le numérique et internet. Et Veil de débiter sa com' bien rodée sur le Dab+ qui d'ailleurs ne peut pas être écouté par toutes les auditrices et auditeurs qui ne captent plus France Musique en FM. Un angle mort dans l'évolution, non ? Et puis un peu comme les incantations du Pape, Veil et Grant disent leur volonté de "faire de France Musique une très grande chaîne". Mais ça ça s'appelle un vœu pieux, ce sont des mots dont on peut attendre longtemps les actes. Quand depuis dix ans France Musique a diminué les moyens de production comme l'ont très bien écrit les personnels de Radio France  à Sibyle Veil.

Pour se conforter dans cette succession d'incantations, Stéphane Grant dit avec presque un trémolo dans la voix : "J'ai dans mon bureau une affiche des années 80 ou 90 qui dit "France Musique prend l'air". Pas de pot Monsieur Grant, en 2026, France Musique est plutôt en train de prendre la poudre d'escampette, elle manque d'air et surtout elle n'a plus la chanson !

Ajout de 14h
Le hiatus il est là ! "Ainsi, jusqu’à il y a peu encore, de nombreuses casernes de pompiers ou des écoles proches de sites sensibles précisaient les consignes à tenir en cas d’alerte, notamment celle de... disposer d’un poste radio avec piles réglé sur la fréquence Grandes Ondes de France Inter ! La direction générale, à l’époque sous la présidence de Matthieu Gallet, a fait fi de notre demande et la diffusion en Grandes Ondes, permettant d’écouter France Inter du nord au Sud de l’Europe sur une seule fréquence, a été stoppée le 1er janvier 2017"  Communiqué de la CGT Radio France, 1er octobre 2026.

Le texte et le son de l'interview de Sibyle Veil par Emmanuelle Daviet.

jeudi 1 octobre 2026

La radio : champ des (im)possibles…

Sans le vouloir, je mets en avant dans deux billets consécutifs "La matinée des autres", un programme d'ethnologie sur France Culture, rayé de la carte en 2002. C'est l'occasion d'évoquer les producteurs tournants (1), soit la forme très singulière de France Culture de faire varier et de faire circuler les points de vue, de surprendre l'auditeur loin de la routine et des tics (plus ou moins supportables) des productrices et producteurs assignés à une même émission toute l'année et quelques fois sur des années consécutives. Cette originalité d'approche rendait la chaîne surprenante tous les jours quand on découvrait dans une émission régulière, dès les premiers instants au micro, celle ou celui qui ce jour-là allait nous faire sortir des sentiers battus.











… "D'un mélange d'eau et de farine qui sait peut surgir de la poésie, de la poésie macaronique, mais tel n'est pas le but premier de cet assemblage fort simple. et puis quelle farine, quelle eau, quelle forme, quel format, quelle couleur, quel accompagnement, quel assaisonnement, quelle durée de cuisson… Les pâtes !…". Voilà comment, Philippe Garbit (ex-producteur des "Nuits de France Culture") introduisait le documentaire de Pascale Lismonde (réalisation Claude Giovannetti) pour "La matinée des autres" du 24 mai 1988, "Pour faire de bonnes pâtes il faut de l’air, du feu et de l’eau". Et l'on imagine bien que Jean Daive, Marion Thiba, Françoise Séloron, Christian Rosset ou Olivier Chaumelle n'auraient jamais abordé ce sujet gourmand de la même façon.

Ce "grand écart" entre les sujets qu'on choisit de traiter et que chacun pouvait développer, permettait aussi de ne pas enfermer productrices ou producteurs dans des affinités (électives aurait dit Francesca Isidori) qui peuvent finir par mettre en avant la production plus que le sujet. Aujourd'hui Frédéric Martel, Marie Richeux et quelques autres ne donnent plus trop envie de tendre l'oreille. Leurs marottes, tics de langage et autres partis pris peuvent finir par lasser (c'est un euphémisme). C'est pire encore sur France Inter où Devillers, Serrell, Noël, Baddou finissent par devenir, à l'excès, la caricature d'eux-mêmes.

Une voix et un pilier radiophonique, Jacques Chancel installera dans la durée le rendez-vous de 17h sur France Inter, Radioscopie (1968-1990). Très vite il a été devant ses invités, plus exposé que le prêtre qui confesse, Chancel aimait être dans la lumière (2). Il est très vite devenu "Le Pape des intervieweurs". Sur les "pâtes" de Pascale Lismonde on oublie assez vite la productrice, qui s'emploie surtout à mettre en avant ses intervenants. Ces postures de se mettre en avant ou légèrement en retrait c'est toute l'histoire de la radio et de ses "vedettes". Mais quand une "vedette" Marc Voinchet, ex-Directeur de France Musique, torpille la Revue de Presse d'Inter, on passe du possible à l'impossible à écouter.

Et ces impossibles se multiplient sur les chaînes du service public radiophonique. Impossible d'accepter la perte des fréquences de France Musique, impossible d'écouter la polarisation de l'info instituée par Céline Pigalle, Directrice d'Inter, et l'infotainment des Vendredi Samedi Dimanche (VSD), impossible de supporter les rediffusions de rediffusions, impossible de gober l'humour standardisé et calibré qui serait un remède à l'actualité anxyogène… Le champ des possibles ce fut longtemps de proposer une radio inventive, créative qui savait faire des pas de côté, se jouer des tendances du jour et de la promo permanente des invités qui défilent à la chaîne, heure après heure, trois-cent-soixante-cinq jours/an.

Le champ des possibles c'était la radio buissonnière quand, aujourd'hui, elle ne sort pas des clous. Le champ des possibles c'était tous les possibles des Nuits magnétiques, des Passagers de la nuit, du Studio de Nuit (et du Studio d'Essai), du Pop-Club, de L'oreille en coin, des Papous dans la tête, (liste non exhaustive)… 

Le champ des possibles serait de tout remettre à plat. De changer la Direction de Radio France, les Directrices et Directeurs de chaîne, de refaire des programmes avec des podcasts émissions, de redistribuer les cases. De repenser de fond en comble la radio, comme a du le faire (un peu ? beaucoup ?) Jacqueline Baudrier, première Pédégère de Radio France, le 6 janvier 1975 à la création de Radio France. Un genre de big-bang de régénération, indispensable pour renaître. Et j'aimerai ajouter "Alea jacta est".

(1) Le pays d'ici, Les chemins de la connaissance, La matinée des autres, Le bon plaisir, Les nuits magnétiques, Le vif du sujet, les ACR et tant d'autres émissions. C'est sous les Directions d'Yves Jaigu (1975-1984) et de Jean-Marie Borzeix (1984-1997) que les producteurs tournants ont pu le plus et le mieux s'exprimer. C'est Sandrine Treiner qui portera le coup fatal à cette forme de production radiophonique,

(2) J'ai chroniqué cent-seize Radioscopie à partir du coffret de l'Ina, jour après jour, de novembre 2015 à mai 2016,

mardi 29 septembre 2026

Surpris par la nuit : Sur les pas d'Yvonne Verdier, une ethnologue des savoirs des femmes…

Hier en fin d'après-midi à l'écoute de ce "Surpris par la nuit" (1) j'ai remis au lendemain l'écriture de ce billet. On est mardi, il est 9 heures passées de quelques minutes et, on pourrait se croire dans "La matinée des autres" (2). Ce si beau titre d'émission et cette si belle émission. Les autres, qu'Yvonne Verdier a observé entre 1968 et 1975 dans le village de Minot en Bourgogne. Bien sûr on se demande toujours pourquoi - et on désole - que ces deux émissions ("La matinée des autres" et "Surpris par la nuit") aient disparu de la grille, jamais remplacées quand, c'est à Paris dans les studios (au chaud) que sont réalisées aujourd'hui la quasi-totalité des émissions de Radio France. Un renoncement aussi à aller vers les autres…











L'ethnologue Yvonne Verdier (3) décrypte les rites de passage et savoirs pratiques des femmes, leurs gestes et savoirs traditionnels dans le village bourguignon de Minot au début des années 1970. Elle et son équipe, sur le temps long et, à la radio aussi, sur ce temps de la "nuit" propice à l'écoute et à l'attention. Sa démarche repose sur l'écoute attentive des habitants, en particulier des femmes, afin de décrypter les rôles traditionnels et le savoir-faire quotidiens qui régissent la vie rurale. Et l'instituteur, Michel Guyonnet, d'évoquer la réalisation avec ses élèves du "Journal du temps" qui va, à sa façon, participer de la recherche collective engagée par Verdier, en relatant "le présent, le passé proche et les habitudes du village". Ce qui donnera "Le journal des Hommes, le journal des animaux, la vie des champs et la perception de l'actualité" (4)…

Puis l'émission évoque le parcours scientifique d'Yvonne Verdier et le point d'orgue de sa recherche à Minot. Daniel Fabre, ethnologue : "Les rites de passage et la face cachée des agents invisibles de ces rites qui se trouvent être, en Europe, des femmes… C'est le savoir du linge et de l'eau qui qualifie "la femme qui aide"". Yvonne Verdier détaille les étapes successives de transmission auprès des jeunes filles comme celle par exemple "des épingles et des aiguilles… L'épingle symbolisait l'état de jeune-fille qui pouvait aussi s'en servir pour pîquer le garçon qui, au bal la serrait de trop près."

Claudine Vassas, etnnologue, évoque à partir des travaux de Verdier "La part des femmes et le féminin" et lit une phrase de son livre : "Les femmes se transmettent entre elles la faculté toute physique de procréer cependant que le caractère radical de cette transmission met toujours l'aspect conflictuel des femmes sur ce point…" Et l'instituteur ajoute que Verdier a formalisé, en une seule, les trois femmes de Minot "la laveuse, la couturière et la cuisinière". Vassas ajoute : "Yvonne Verdier a ouvert, grâce aussi à cette étude (et à l'époque) une réflexion plus large sur le féminin".

Fabre "Son livre [à Yvonne Verdier] rend sa parole aussi singulière y compris par rapport y compris avec ses trois "amies" avec qui elle faisait le terrain. Elle avait une affinité fondatrice avec cet univers que la parole de ses interlocuteurs renouvellait. Et en même temps elle a une grande fidélité à ce que j'appellerai le "filon romantique" de l'anthropologie… Ce filon romantique prend acte du caractère tragique de l'histoire. L'histoire est une suite d'effacement, de disparitions, de cataclysmes, voire d'apocalypse… Et ce qu'elle entend [à Minot] c'est un monde fini…" (5)

Autant vous dire que ce "Surpris par la nuit" est un vrai moment de radio. Pas quelque chose qu'on jette et qu'on oublie dans le quart d'heure. un moment de radio qui donne envie de lire, d'approfondir, de chercher autour et de trouver. Des qualités  que savaient exprimer les documentaires de France Culture. En les écoutant le soir en début de nuit on pouvait on pouvait ouvrir des espaces de rêves éveillés. En les écoutant de jour il fallait arrêter de faire quoi que ce soit d'autre que d'écouter. À chaque fois être "dans la radio" et non pas à côté.

(1) Par Marie Du Bouchet, réalisatrice Anne Fleury,
(2) Cette émission de France Culture a démarré à la rentrée 1977 (octobre sûrement). Elle fût diffusée à l'origine le mardi de 9h07 à 10h45, soit 1h38 (sic), produite à ses débuts par Claude Mettra. Le directeur de la chaîne était Yves Jaigu (1975-1984). Alors que Patrice Géninet (1997-1999) l'avait supprimée, reconnaissons à Laure Adler de l'avoir remis à l'antenne de 1999 à 2002,

(3) "Façons de dire, façons de faire", Gallimard, 1979,
(4) Plutôt que de produire les babillages de Charline Vanhoenacker sur France Inter, France Culture pourrait toute l'année avec une école (ou des écoles) créé ce "Journal du temps" qui changerait la perception auto-centrée des adultes depuis Paris, 
(5) Toute similitude avec la radio publique serait fortuite !!!!

Une matinée des autres avec "Femmes de Sardaigne"  

lundi 28 septembre 2026

France Musique : les salariés de la chaîne écrivent à Sibyle Veil…

Vendredi dernier, 25 septembre, Diapason, mensuel spécialisé musique classique, publiait sur son site la "Lettre ouverte des salariés de France Musique à Sibyle Veil". Il était temps. Deux mois après la bascule éliminant du paysage presque trois cent fréquences au bénéfice de France Info ou d'ICI, on attendait les réactions du personnel concerné qui, peu ou prou, devrait pâtir de cette situation si les sondages médiamétriques confirment le désarroi, la stupeur et l'incompréhension des auditeurs et des auditrices de la chaîne appelée autrefois, ironie du sort, "France IV- Haute Fidélité". La haute, voire très haute fidélité de ses meilleurs supporters mise a mal par la précipitation de ladite bascule, l'amateurisme de la communication et le mépris des dirigeants pour faire croire qu'il est si facile de changer d'équipement de réception. En juillet, la prestation de Voinchet (ex-Directeur de la chaîne) sur France Info laissait pantois.

Visuel Télérama sur Bluesky

 











De leur très longue lettre, j'ai surtout retenu leurs chiffres qui nous font tomber de l'armoire. "Un élément peut être pointé sans contestation possible : l’évolution des masses salariales des trois antennes historiques de Radio France. Entre 2004 et 2022 […], la masse salariale de France Musique est passée de 2,7 à 3,5 millions d’euros. Soit une augmentation de 30% qui, sur une si longue période, même sans aucune transformation, aurait tout juste permis de compenser l’inflation cumulée. Or, c’est dans cette enveloppe que toute la politique numérique de France Musique a dû être développée, en amputant d'autant les moyens de production. Sur la même période, la masse salariale de France Inter, déjà considérablement mieux dotée, passait de 15,9 à 24,5 millions d’euros (55% d’augmentation) ; celle de France Culture de 6,5 à 11,3 millions (75% d’augmentation). L’inégalité de traitement entre les chaînes est ici patente. Nous n’évoquons même pas France Info, encore jeune antenne en 2004, qui a vu depuis sa masse salariale augmenter de 125% ! »

Pendant dix ans (2017-2026) Voinchet comme les autres Directrices et Directeurs de chaîne se sont agenouillés devant les chiffres d'audience et ont redoublé de superlatifs pour dire que "tout augmentait". Façon habile de cacher "tout ce qui diminuait" et qui obligeait ces Directions à tailler dans le lard de la… production. Un comble. Si le métier de la radio publique est de produire et diffuser des émissions, c'est toujours sur cet ADN-là que les dirigeants tapent et coupent les vivres en premier. Quand, dans le même temps, l'armée mexicaine de cadres (inutiles) est devenue pléthorique. 

Auditrices et auditeurs "perdus en mer" se sont regroupés dans un groupe Facebook "Sauvons la FM. Sauvons France Musique" coordonné par Frédéric Cherpe. Chacun se démène pour interpeller politiques, professionnels de la profession et particulièrement Radio France toujours très habile pour proposer des solutions qui ne répondent en rien aux préoccupations légitimes des auditrices et des auditeurs.

La conclusion des signataires de la lettre ouverte est frappée au coin du bons sens et de l'histoire même de la radio publique. Mais tristement le bon sens et l'histoire n'appartiennent ni au staff de Radio France, ni à sa Présidente Sibyle Veil !

"La marque Radio France n'est pas réductible à l'information. Elle s’est toujours singularisée par un équilibre subtil entre ses propositions culturelles, politiques, divertissantes… Ce juste équilibre, aujourd’hui mis à mal, ne devrait-il pas précisément être préservé au moment où le chaos informationnel rend le présent si anxiogène ? » CQFD.