vendredi 6 décembre 2019

Sibyle Veil et la trahison des "clercs"…

Madame Veil, Pédégère de Radio France, a dû lire dans Médiapart hier matin (1) l'article de Laurent Mauduit où dès les premières lignes il cite Chomsky : "Comment détruire un service public ? En baissant son financement. Il ne fonctionnera plus. Les gens s’énerveront, ils voudront autre chose. C’est la technique de base pour privatiser un service public." Madame Veil qui roucoule quand France Culture organise des séminaires à la Sorbonne n'a pas dû s'empresser de demander à la directrice de la chaîne, Sandrine Treiner, d'en organiser un avec le célèbre linguiste. Des fois que, non seulement le personnel de Radio France s'y rendrait en masse, mais les auditeurs y assistant prendraient conscience de la catastrophe attendue pour le service public audiovisuel et pour la radio en particulier.

Noam Chomsky














Les énarques doivent passer tellement d'heures à étudier les meilleures stratégies pour casser les services publics, tout en faisant accroire qu'ils se débattent comme des lions pour les faire vivre, qu'ils n'ont plus le temps de lire Chomsky, ni de l'écouter et encore moins de mettre en œuvre ce qui permettrait de changer de paradigme. Madame Veil applique froidement des consignes de destruction massive (où le mot "guerre" de Mauduit prend tout son sens) sans n'y rien connaître à la radio et encore moins à son histoire ni à sa mémoire populaire et collective. Elle débite un charabia technocratique, markétique, numéricomique (ou numérocomique) pour lequel elle essaye d'avoir une posture pour convaincre les tutelles, les salarié-e-s de Radio France et accessoirement les auditeurs. Qui est dupe ? Le CSA bien sûr qui l'an passé avait voté à l'unanimité pour la nommer en toute indépendance au poste de Pédégère du groupe public (2).

La force de ces purs produits de l'énarquie réside dans leur capacité d'entraînement sans faille. Elles, ils peuvent retourner à 180° ceux qui étaient pourtant connus pour leurs engagements pour le service public. Cela n'échappe à personne et encore moins à Jean-Paul Quenesson (3) qui vendredi dernier en AG de grève au 104 (studio Radio France) a déclaré : "… le plus cruel c'est quand des professionnels de la radio (aujourd'hui dirigeants, ndlr) trahissent la radio. Quand on discute avec des responsables qui ont eu une carrière dans cette Maison qui justifient les lignes éditoriales, qui justifient l'assèchement, qui justifient l'appauvrissement…". CQFD.


C'est ce que j'appelle, "la trahison des "clercs"" (4). Benda fustigeait les intellectuels, je fustige la trahison de ceux qui ont connu l'analogique, les équipes de réalisation, Lulu, les Pdg issus du sérail et plus si affinités… Aujourd'hui ils avalent les couleuvres et les vomissent sans même les avoir digérées. Ils chantent "L'opportuniste" de Dutronc encore mieux que Jacques et ne manquent aucune occasion de s'esbaudir pour le patrimoine radiophonique qu'ils seront incapables de constituer. 

Voilà un état de la situation que Gallet et Veil auront participé à installer durablement. Bousiller les savoirs-faire, cracher sur l'histoire, écraser le moral des troupes, se coucher devant des politiques ineptes, massacrer un patrimoine, persuadés d'être modernes au risque d'être méprisables ! 



(1) "Radio France: Sibyle Veil en guerre contre le service public", 5 décembre 2019, 
(2) Y avait-il des questions sur l'histoire de la radio ? Non ! Y avait-il des questions sur la singularité de la radio ? Non ! Y avait-il un quizz sur sa mémoire radiophonique ? Non ! Un larbin lui avait écrit des phrases qu'on lui avait aussi soufflées ! Et le CSA béat l'intronisa en moins de temps qu'il en fallut pour choisir Delphine Ernotte comme PDG de France Télévisions !

(3) Corniste à l'Orchestre National de France, délégué Sud-Radio France,
(4) Julien Benda (1927).



jeudi 5 décembre 2019

À la grève…la grève !

Hier la grève a été reconduite à Radio France (et ce jusqu'à lundi minuit)… J'ai un peu regardé les archives dispo sur le sujet sur ina.fr. J'ai trouvé une émission de "La fabrique de l'histoire" (France Culture) qui évoquait les médias et la Maison de la radio (ORTF). 



J'ai aussi demandé à la bonne personne qui en mai 68 tournait autour de la Maison de la radio (Opération Jericho), s'il y avait un programme musical à France Inter pendant les grèves. Elle ne se souvient pas d'avoir entendu quoi que ce soit ! Trou noir. Dans tous les cas tout était bloqué dans la Maison. Et s'il y a eu quelques velléités de diffusion de disques ce n'était ni institué ni organisé. Ceci pour confirmer que Jean Garretto et Pierre Codou n'ont pas inventé le programme musical Fip (France Inter Paris, janvier 71) suite à cette prétendue "référence audio de grève" ! Mais comme écrit partout et raconté par les protagonistes, Roland Dhordain voulait créer une radio de services (route, culture, météo) et a proposé à Garretto-Codou d'inventer quelque chose.

Quand les deux producteurs ont obtenu studio dédié (167), équipe technique, ils ont créé Fip sur la base du concept "60 minutes de musique par heure" avec des animatrices qui accompagnent l'auditeur tout au long du programme.









L'espoir, la chanson du Suisse Michel Buhler par Frasiak (extrait) : 
"L'espoir… C’est cogner du poing sur la table
C’est montrer son cul aux sinistres
Qui possèdent les continents
C’est dire leur fait à leurs ministres

Qu’ils soient larbins ou présidents

L’espoir c’est l’évidence belle
Que l’on est là, mille et cent mille
Sans peur aucune, debout, rebelles

Et que ça n’est pas inutile"

mercredi 4 décembre 2019

Sans ombre… pas de soleil ou comment personne ne pourra briller au micro sans ceux de l'ombre…

J'essaye depuis plusieurs jours, méthodiquement, de montrer comment dans la chaîne de fabrication de la radio tous ceux qui y participent sont les maillons indispensables qui mettent en lumière ce que les équipes de réalisation vont produire à l'antenne. Après les réals, les bruiteuses, la documentation est une des clefs de cette fabrique. Je parle bien sûr de la documentation avec des humains, des petites mains qui compulsent, compilent, indexent, archivent toute matière à documentation. Et pour l'ensemble des chaînes de Radio France le volume d'archives à constituer est énorme !

Lise Caldaguès responsable des archives radio
de la phonothèque ORTF, en 1964.




















Et puis la documentation c'est aussi de la veille documentaire, de l’indexation photo,… Dans le projet stratégique de Sibyle Veil et son plan de départs volontaires ceux de la documentation seraient justifiés par l’installation de nouveaux systèmes informatiques et le regroupement des services. Pour la documentation sonore, les transcriptions automatiques pourraient se substituer aux résumés des émissions avec des repères chronologiques (1). Or, la reconnaissance vocale ne permet pas (encore) de reconnaître l’identité des locuteurs. Pour illustrer cette mutation, c’est comme si on voulait supprimer les emplois de chauffeurs parce qu’il existe des voitures connectées.

Une fois de plus si l'on ne fait prévaloir que les arguments de la modernité et de la technique au détriment des savoirs-faire et des pratiques spécialisées des hommes et des femmes qui travaillent au sujet cela sera dommageable au patrimoine radio et à la mémoire sensible de ce média (les données servent tant à Radio France qu'à l’INA). Ce serait mettre encore un "coup de canif" supplémentaire aux relations humaines circulaires (on est à la Maison ronde) entre tous les partenaires d'une même équipe qui doivent ENSEMBLE jouer le jeu.



Pour l’ensemble de la Direction de la Documentation, c’est dix-sept postes de documentalistes ouverts au départ volontaire dont 9 postes à la Documentation sonore sur vingt trois. Pour la doc d'actu, quatre postes ont été supprimés en janvier 2019, sur un effectif initial de seize personnes, pour a minima la même charge de travail. Et quatre à venir dans le plan de "départs volontaires"…

(1) Qui demandent un travail d'écoute, de repérage dans le son, de codage. Toutes choses utiles pour qui voudra utiliser tout ou partie de l'émission archivée,



Très modestement, pour faire ma petite job de blogueur je passe beaucoup de temps à la recherche d'archives et de documentation et heureusement que je ne m'en tiens pas aux fiches Wikipédia sinon j'aurais écrit à la mort de Pierre Bouteiller qu'il avait animé sur France Inter "Qu'il est doux de ne rien faire" quand c'est à José Artur qu'il faut en reconnaître la paternité. C'est moi qui ai rectifié la-dite fiche ! (J'ai des lecteurs adorables qui s'inquiètent de ma santé orthographique, "ma job" c'est une expression kébécoise que j'adore ! Voilà !)

mardi 3 décembre 2019

De la mue de la radio publique à l'extinction de… voix !

À écouter la radio on apprend plein de choses. À écouter les AG de grève à Radio France on en apprend d'autres. On entend celles et ceux qui ne sont jamais au micro mais qui font la radio et appartiennent à la chaîne de production. La chaîne que Sibyle Veil, Pédégère du groupe public, sur injonction des tutelles veut casser. Radio France a beau être une entreprise médiatique et culturelle il y a très peu de différence avec la casse de la sidérurgie (fin des années 70, début des 80) ou d'autres services publics comme France Télécom ou Assistance Publique-Hôpitaux de Paris (AP-HP)… À force de constater la mue, l'extinction progressive des métiers, on va finir par l'extinction de voix et pour la radio ce sera rédhibitoire !

«Carnet de bruitage d’Élodie Fiat» © Clitous Bramble


















Philippe Caloni, journaliste, producteur de radio (et d'une matinale jamais égalée sur Inter avec Gérard Courchelle) avait l'habitude de comparer la radio au système carcéral à cause de noms comme : chaînes, grilles (de programme), cellules (de montage). Pertinent et subtil ! Seulement voilà du train où vont les choses il n'y aura bientôt plus de chaînes, de grilles ni de cellules. L'opération de casse est insidieuse et diffuse. À force de rompre les maillons de la chaîne il n'y aura plus de… chaîne. Entendant Sophie (en AG hier) évoquer son métier de bruiteuse, j'ai voulu recueillir son témoignage (Élodie, bruiteuse elle-aussi, a répondu à mes questions).

Radio Fañch : Il est agréable de découvrir le nom de votre métier… au féminin, tant "depuis la nuit des temps" ce sont souvent les bruiteurs qui ont été désannoncés en fin d'émission.

Sophie & Élodie : "Je suis bruiteuse depuis 25 ans et pendant vingt ans j'ai été la seule femme. Élodie nous a rejoint depuis 2015."

R.F. : En AG, hier, vous avez évoqué votre statut de CDDU (1)… "à perpétuité" vous pouvez préciser dans quelle précarité ou inquiétude ça accompagne votre travail ?

S & E : "Nous sommes soumises aux volumes d'emploi de Radio France. Les fictions élaborées (2) ont encore diminué lors de cette dernière rentrée. Faire le choix des lectures, des captations (de spectacles) c'est aller vers ce qui coûte le moins cher ! Il n'y a plus que deux studios de fiction pour France Culture, ils vont être réhabilités jusqu'en 2024."

«Carnet de bruitage d’Élodie Fiat» © Clitous Bramble


















R.F. : S'il y a moins de fictions élaborées, il y aura de fait moins de bruitage. L'étau se referme implacable sur un "enchaînement de métiers" indispensables à la création radiophonique…

S & E : "Le métier de bruiteur est très spécifique. Du fait de cette spécificité la radio est notre employeur principal. C'est un travail d'équipe : ingé-son, réal, comédiens (principe de la casse de la chaîne de production, ndlr). Radio France souhaite de plus en plus la polyvalence des métiers (3). Chacun apporte sa pierre à l'édifice pour l'élaboration de l'émission. C'est comme élaborer une certaine dentelle. 

Les dirigeants de la radio sont obsédés par les économies et les coûts. On amoindrit les équipes ! Ce n'est plus la qualité qui compte mais l'argent que ça coûte ! On va vers l'extinction de la radio. On assiste à un nivellement par le bas. C'est la disparition de nos métiers à petits feux ! Le plan de départs volontaires est un plan déguisé de suppressions d'emploi." (Merci à Sophie et Élodie de s'être prêtées au jeu de l'interview-express !)

Les deux photos sont extraites de l'article de Syntone : "On joue leur corps", Entretien d'Élodie Fiat, 29 mars 2016. 

(1) Le CDD d'usage (CDDU) est un contrat de travail à durée limitée spécifique dont l'utilisation est réservée à certains secteurs d'activités, dont Radio France,
(2) L'émission "Affaires sensibles " (France Inter) diffusait une fiction élaborée/semaine, il n'y en a plus que deux/mois. Pour "Autant en emporte l'histoire", France Inter, dimanche 21h, suppression d'une fiction sur 4 ! "Samedi noir", France Culture, le samedi de 21h-22h, va aussi passer de plus en plus en mode "lectures" !
(3) Voir le billet d'hier… sur l'"auto-réal", 

Des témoignages et l'actualité de la grève…




"La casse de la sidérurgie", par Michel Tauriac producteur du magazine "Vécu" France Inter,1978-1981, 

lundi 2 décembre 2019

La radio : un travail d'équipe vs l'auto-réalisation…

Là c'est dimanche après-midi. Y'a un vent à décorner les bœufs (ici y'a pas d'bœufs), y'a un paquet d'moutons sur la mer (pas de berger) et le soleil de décembre joue à cache-nuages… Bon, je commence bucolique pour vous dire que ce qui va suivre c'est pas un article technique, c'est juste essayer d'expliquer que quelquefois les mots font mal surtout quand ils sont la traduction d'un mouvement dont l'objectif est de rayer de la carte des savoirs-faire, une histoire collective, des métiers et leurs corolaires, des femmes et des hommes…

Une équipe de réalisation*




















La radio ça se fait à plusieurs depuis les origines et ce n'est pas qu'une question de moyens techniques comme voudraient nous le faire accroire les (bons) petits soldats de l'ARN (Armée de Révolution Numérique). Au fur et à mesure de son histoire la radio a pensé sa fabrique au point d'en établir des caractéristiques, des façons, des procédés qui ont permis à quelques émissions de toucher à l'excellence et à la radio publique de durer. 

Pour avoir entendu des réalisatrices et des réalisateurs s'exprimer au cours des dernières AG de grève, (de Radio France), la semaine dernière et pour en avoir interviewé deux dans la foulée, je mesure combien les perspectives concernant leur métier et leurs fonctions les mettent dans l'expectative a minima et le désarroi a maxima.

Fut un temps où, deux personnes, ex-réalisateurs à Radio France, encore vivantes (sic) , avaient "inventé"metteur en ondes" pour nommer leur métier comme on dirait "metteur en scène". Lors des désannonces du feuilleton "Signé Furax" entendre "Et de qui la mise en ondes ?" ça avait de la gueule. Les plus jeunes se souviendront que Pierre-Arnaud de Chassy-Poulay (1) attirait l'attention avec ce titre poétique et raffiné. Donc il y avait des réalisateurs, des "chargés de réalisation" et mieux encore des "équipes de réalisation" (2). "Équipe" formalisait absolument la fabrique de la radio. Mais tout ça c'était avant le drame…




















Le drame ? Attachez vos ceintures : "L’objectif (le projet d’évolution de la chaîne Mouv’, ndlr) est la suppression du technicien-réalisateur sur une tranche de flux musical en semaine ainsi que le week-end afin que l’animateur s’auto-réalise !" (3). En AG suite à l'énoncé de cette perspective, une réalisatrice explique : "L'auto-réalisation ça ne peut pas exister, si on est seul on n'a plus d'oreilles contradictoires. il n'est plus question de réalisation !" Mais surtout au cours de notre conversation elle précise "À force de faire disparaître des programmes les émissions élaborées (4) on va perdre un savoir-faire et… empêcher l'élaboration de la pensée". CQFD. 

La présence d’un réalisateur est primordiale pour structurer une émission, faire des choix, permettre au producteur de ne pas être seul dans l’élaboration de son émission. La disparition des réalisateurs sur des émissions dites « simples » (c’est à dire qui ne nécessite pas de montage, sans invité et sans musique vivante) les fera disparaître pour toujours des antennes et interdira de fait le retour à un volume d’émissions plus élaborées quand les studios de production seront rénovés et auront réouvert.


À France Musique le projet est de se passer prochainement des réalisateurs pour les émissions diffusées de 9h à 20h (5). Et peut-être très vite imiter Mouv' et son test grandeur nature d'"auto-réal" soit, à terme, faire disparaître ce métier et entendre quelques cadres contrits ou directeurs de programmes penauds roucouler "Nous ne pouvons plus proposer des émissions élaborées car nous ne disposons plus du personnel spécialisé pour les réaliser !". Le moment venu on rappellera à ces contrits et autres penauds qu'ils ont participé à la disparition de ce métier essentiel à la radio !

Quant à "auto-réalisateur" je guette le socio-linguiste qui saura analyser cette farce qui consiste à inventer des mots qui cachent la précarité qu'ils recouvrent et qui permettent aux dirigeants de vomir à longueur de journées la LQR (Lingua Quintae Respublica) qu'ils portent en sautoir ! On avait déjà les auto-tamponneuses, l'auto-cuiseur, l'autorité et l'auto-stimulation… Pour l'auto-thunes, Radio France ne l'a pas encore installé. 

Quant à l'auto-réalisateur il risque fort, dès demain et pour toujours, de déréaliser… la radio et nos imaginaires !

Une autre disparition dans l'air : le chœur de Radio France…


* Une équipe de réalisation, dite aussi une équipe de radio"On efface tout, on recommence", France Inter, Marie-Hélène Fauquet (secrétaire), [Nathalie Le Breton, chroniqueuse], Brigitte Vincent (productrice), Philippe Castetbon (assistant), Gilles Davidas (réalisateur) © Radio France


Une autre équipe de réalisation de France Culture
Alain Cheiroux (tech) - Françoise Seloron (prod)  -

Monique Veilletet (réal) - Alain Claudel (tech)...
Pour un Pays d'Ici, septembre 1992 dans le Calvados,
devant "la baraque à frites".




















(1) Pierre-Arnaud de Chassy-Poulay, de son vrai nom Pierre Arnaud, né le 6 novembre 1921 et décédé le 26 janvier 2013, est, sous son vrai nom, un auteur, interprète et réalisateur de spectacles son et lumière et, sous son pseudonyme, le « metteur en ondes » du feuilleton radiophonique Signé Furax diffusé à la fin des années 1950 et au début des années 1960 sur Europe 1 (source Wikipédia),

(2) Producteur(trice), réalisateur(trice), attaché(e) de production + technicien(e) pour la fabrication, 
(3) in, communiqué des techniciens-sons du Mouv' du 29 novembre 2019. La fonction de "technicien-réalisateur" est exercée par les techniciens son, à qui en plus on a confié la réalisation… Ce qui est le cas pour la matinale d'Inter par exemple !

(4) Par essence toutes les émissions sont pensées, élaborées. Quand on parle d'"émissions élaborées" on décrit des émissions qui nécessitent des moyens (déplacements, défraiements,…), du temps (terrain, montage, mixage), de la recherche documentaire (archives), des comédiens,…
(5) Ces émissions que dans le jargon on appelle de "micro disques" risquent aussi à terme de tenter l'auto-réalisation !

samedi 30 novembre 2019

Paroles, Paroles (Part II, les salariés de Radio France)

En écrivant le titre de ce billet, il me semblait bien l'avoir déjà utilisé. Et pour cause, il y a six mois, le 5 juin, pour la grand-messe des cadors. Ça tombe bien. Je voulais justement montrer en quoi la parole des salariés (entendue depuis le début de semaine en AG) s'opposait à 180° à celle du staff ! Et surtout montrer le fossé, l'abime qui séparent les protagonistes. Pour faire rapide : "autrefois" dirigeants et salariés de Radio France parlaient la même langue radio et étaient sur la même longueur d'ondes.
Aujourd'hui une palanquée de technocrates, marketeurs, roucouleurs, numériqueurs tentent de gérer une entreprise publique avec des outils, des façons, des process dont le sujet principal, la radio, est absolument accessoire. Leur méthode -barbare- s'appuie sur trois principes assumés : la méconnaissance absolue du média (ou de n'importe quelle entreprise qu'ils gèrent), la certitude qu'ils sont les maîtres du jeu, le refus du dialogue avec les professionnels de la profession. Bon j'aurais bien écrit co-gestion si ce mot n'était pas plombé par l'histoire !!!!


AG de grève, studio 104 de Radio France, 29 novembre 2019

Ces dirigeants, forts de leurs théories ingurgitées dans leurs écoles de caste : Ena, Hec, Science-Po, se posent toujours en héros, en sauveurs, en redresseurs (de torts) en écrasant d'emblée ceux qu'ils vont devoir manager. Ce mépris, cette suffisance, cette morgue que les salariés subissent en "silence", les managères de moins de cinquante ans se les prennent en boomerang quand la souffrance devenue insupportable n'a plus d'autre issue (de secours) que de s'exprimer en AG de grève. 

Et là, à bien écouter toutes ces catégories de personnel, on est touché de leur façons de dire. Avec des mots simples, souvent émus, leurs témoignages de bon sens et de vécus quotidiens montrent à quel point leurs dirigeants se sont volontairement coupés de ces réalités-là, n'ont jamais su (ni voulu) ni les écouter ni prendre la mesure de leurs conditions de travail. Dans un média de paroles, leurs voix sont étouffées, j'oserai dire bâillonnées. Nombre d'entre eux vont vers les autres, tendent le micro, écoutent, rapprochent. Mais à eux tous qui leur tend le micro ? Qui les écoutent ? Qui les rapprochent ? (1)

Le projet stratégique - technocratique et marquétique- de Sibyle Veil, Pédégère de Radio France, est érigé devant les salariés comme le mur à franchir pour pouvoir prétendre en être de ce nouveau monde, eldorado, que dis-je Éden de l'"audio numérique". Franchir ce mur c'est "au mieux", au pire, renoncer à son propre background, sa mémoire, ses acquis techniques, ses savoirs-faire pour enfiler la chasuble de la nouvelle religion du média-global, lui-même en attente d'être coulé dans le grand bain visuel.

Pour enfoncer le clou et comprendre l'écart qui s'est creusé entre les dirigeants de Radio France et ses salariés : vous regarderez les vidéos des AG depuis lundi, vous écouterez le premier podcast, natif forcément natif, de "Radio Dedans Dehors" (R2D), le témoignage de Rébecca. Vous lirez la "Tribune des producteurs" de Radio France et celle des journalistes de la Maison ronde. Après ça vous ne pourrez pas dire "On ne savait pas !"…

Et en bonus le témoignage de Muriel Chedotal, animatrice Fip à Bordeaux



Devant le Ministère de la Culture, 29 novembre 2019


















(1) La Maison ronde est maintenant cadenassée et sectorisée tant sa circulation segmentée par zones impénétrables (sans le "bon" badge) a cassé le principe même de fluidité et de contacts entre chaînes, entre lieux collectifs, entre humains tout simplement, 

vendredi 29 novembre 2019

C'est la lutte "finale"… pour la radio publique !

Ce titre a du sens et ce n'est pas juste la reprise des quatre premiers mots d'un chant révolutionnaire. C'est un cri d'alarme car si les salariés n'obtiennent pas satisfaction la grande machine à broyer aura rayé de la carte la radio telle que nous la connaissons aujourd'hui avec ses chaînes, ses programmes, ses émissions, ses savoirs-faire et sa particularité absolue du son sans l'image ! L'audio de l'audiovisuel.


Groupons-nous et demain…
Pas facile d'aller à Panam' pour le reste de la… France ! Pas facile pour les auditeurs de prendre toute la mesure du désastre (annoncé), des réalités professionnelles de tous ceux qui œuvrent pour la radio, du double discours de la direction : la roucoule pour les médias, les tutelles, le gouvernement, l'inflexibilité d'une position dure et anti-sociale qui, pour la Pédégère, consiste à dire que son projet n'est pas discutable et qu'il est, sans aucune autre alternative, engagé coûte que coûte. On pourrait, de sinistre mémoire, entendre "Marche ou crève". Ce "projet stratégique" voulant envoyer à la casse 299 salariés. La casse morale. La rupture avec une histoire professionnelle. Le constat amer d'être déclassé, has been !

Pour que les auditeurs soient solidaires et actifs il leur faudrait une radio pirate H24, une radio Riposte qui donnerait à entendre tous les anonymes qui ont tant à dire pour raconter leur engagement et leur réalité professionnelle. Facile à dire ! C'est beaucoup d'énergie et beaucoup d'investissement pour ceux qui s'investissent souvent sans compter leurs heures… sup' ! D'ores et déjà chacun devrait écouter les AG de grèveHier, peut-être plus encore que les trois premiers jours, on sent la tension, les nerfs à vif, l'émotion à fleur de peau. Une parole parmi d'autres :

"J’aimerais revenir sur la tribune qui doit paraître dans Le Monde, signée par des productrices et des producteurs de France Culture, France Inter, France Musique et Fip. Ce texte dit que la contestation qui anime cette Maison en ce moment n’est pas un refus du numérique. La deuxième chose qui me semble très importante, puisque c’est un texte qui s’adresse aux auditeurs et aux lecteurs du Monde, entre autres, c’est de manifester une grande inquiétude vis à vis d’un projet de société où le service public est particulièrement maltraité : l’école, l’hôpital, l’audiovisuel et ça c’est très important puisque ça permet de donner à cette grève une connotation qui n’est pas du tout corporatiste. Donc, je voulais juste dire que j’espère que tout le monde aura accès au texte, d’une part, et qu’il sera ouvert à la signature de tous : techniciens, journalistes, attachés de production, réalisateurs, qu’ils soient grévistes ou non, pour que ce texte-là est un peu de poids." (Rébecca)

Tout est dit ! Avec cette parole simple, pleine de bon sens et de conviction, on sent poindre autant une criante lucidité qu'une certaine détresse vis à vis de l'état dans lequel le Gouvernement est en train d'enfoncer l'audiovisuel comme les autres services publics. C'est fort qu'une Maison tout entière, dépassant les corporatismes se mobilise pour sa survie et affirme sa volonté de ne pas plier aux incantations marketing libérales d'un projet qui n'a d'autre but que de réduire avant de le saborder, le média de proximité et de connivence qu'est la radio.

Oui c'est la lutte finale si chacun, professionnels et auditeurs, ne veulent pas, demain, déchanter !

Témoignage d'une animatrice de Fip


Radio Dedans Dehors (Épisode 2)



C'est déjà demain !