mardi 28 juin 2022

Fait du Prince et foire d'empoigne sur l'audiovisuel public…

Il est des effets d'annonce électoralistes, opportunistes et catastrophistes (et catastrophiques). L'audiovisuel public, tel une girouette affolée dans la tempête, tourne aux quatre vents des humeurs du moment, au risque d'en perdre le nord (l'est, l'ouest et le sud aussi). Au pire de s'effondrer. Giscard, tel Brutus, n'avait pas tergiversé en 1974 et en quelques quatre-vingt jours avait dispersé l'ORTF façon puzzle. En 2022 le tableau est pitoyable. Macron, Président, fait table rase de la CAP. Quelques sous-fifres évoquent la budgétisation annuelle, d'autres un budget quinquennal. Le Sénat en profite pour jouer avec le feu, envoie quelques Rafales et dégomme à tout va ! Et pour faire avancer le schmilbloc Sibyle Veil, Présidente de Radio France, met ses conditions pour envisager (ou pas) de se succéder en avril 2023. À savoir son opposition - définitive ? - à la fusion des audiovisuels publics… Quelle pagaille ! Quelle gabegie !

Vers le cortège 28 juin 2022










"Macron t'es foutu l'audiovisuel est dans la rue" pourrait-on entendre aujourd'hui si l'appel des syndicats des entreprises audiovisuelles publiques a été entendu jusque dans les campagnes profondes… et surtout dans la conscience des Français.

Les contre-propositions à la casse du service public existent ici et . Devillers (L'Instant M, France Inter) si prompte à inviter tout ce qui bruisse médiatique, et à gazouiller pipole, aurait été inspirée d'inviter ces trois journalistes qui répondent à l'interview d'Acrimed : Fernando Malverde, ancien journaliste à France Télévisions, Lionel Thompson (CGT Radio France), et Jean-Hervé Guilcher (SNJ-CGT France Télévisions). Car il s'agit bien de mettre en porte-voix ce qui peut participer au débat ! Quand il n'est absolument pas sûr qu'un dixième des contribuables de ce pays soient au fait des dangers que représente la suppression démagogique de la contribution ? 

L'absence de réflexion globale "on ne mène pas le débat sur ce que doit être l’audiovisuel public" (1), le quasi mutisme des responsables politiques et la parole dispersée des organisations professionnelles, des professionnels de la profession eux-mêmes et la non-consultation des usagers montre s'il en était besoin qu'on a lentement, mais sûrement, poussé Françaises et Français à rompre les liens qui les attachent à l'esprit de service de la radio et de la télévision. Alors que Julia Gagé révèle dans son étude que "Les Français sont majoritairement opposés à la suppression de la redevance".

Radio France défile…












Si les Suisses eux-aussi ont majoritairement voté non, en 2018, à la suppression de la redevance audiovisuelle il serait temps de consulter les Françaises et les Français. Avant que le prochain vote du budget n'entérine un état de fait qui risque, même si ce budget est attribué pour cinq ans, d'imposer à chaque entreprise audiovisuelle des coupes sombres dans les effectifs et les moyens de production, voire d'être dans l'obligation de diminuer la voilure. Fermer des chaines de radio et de TV et une ou plusieurs formations musicales de Radio France.

Il est assez invraisemblable que, du fait du Prince, l'audiovisuel public soit à ce point laissé dans l'expectative ! Comme si l'avenir même de la création audiovisuelle pouvait tenir à l'humeur passagère d'un seul, fusse-t-il Président de la République. Comme s'il n'est pas criant qu'une telle façon de faire procède d'un déni de démocratie. Comme si cette façon inique d'agir ne rappelait le cruel souvenir du "There is no alternative" d'une Margaret Thatcher qui, au début des années 80, du passé économique et social de la Grande Bretagne a fait table rase.

Il est temps que la représentation nationale (députés et sénateurs) s'empare du sujet et implique les Français à cet enjeu de société, à cet enjeu de démocratie. À bon entendeur, salut !

(1) Jean-Hervé Guilcher in op. cité,

Intersyndicale ORTF en mai 68


lundi 27 juin 2022

Programmes vs informations… ce n'est qu'un début !

À la radio publique la séparation entre programmes et information a toujours été claire. La directrice, le directeur des programmes n'a pas de "pouvoir" sur la rédaction (1), même si Laurence Bloch est partie prenante du choix des invités de la matinale. Cette séparation entre saltimbanques et journalistes plusieurs responsables ont fait des pieds et des mains pour "rapprocher les programmes de l'info". En vain. En recevant Élisabeth Lemoine dans L'Instant M sur France Inter vendredi dernier, Sonia Devillers a commencé par l'interroger par un incident récent qui met en jeu la rédaction de "CàVous" et la rédaction de France Télévisions.








Les journalistes de cette rédaction de télévision ont posé une motion de défiance à l'égard du Directeur de l'information Laurent Guimier. En cause, pour le déplacement récent d'Emmanuel Macron en Ukraine, la rédaction nationale de France Télévisions n'a pas été invitée à suivre le  chef de l'État. Le Syndicat National des Journalistes (SNJ) de FTV considère que C à Vous n'est pas une émission d'information et que l'émission n'appartient pas à la rédaction de FTV. Lemoine s'explique clairement et précise que C à Vous est produite par une société privée (2) et considère être une émission d'information.

Si je relève cette anecdote télévisuelle c'est que, sur le sujet des territoires de l'information et des chasses gardées, il y a eu des précédents à France Inter au début des années 80. Les journalistes déniant aux saltimbanques de "marcher sur leur plates-bandes"… C'est une autre histoire (et je la connais) ! Depuis, quelques prophètes ont tenté, la fusion. Sans succès.

Ce qui n'en est pas une histoire c'est le principe de programmes - ici d'infos - fabriqués en interne par des salariés de France Télévisions (3) qui, au rythme des chaînes et des programmes de France Télévisions, sont diffusés à côté des programmes (divertissement et infos) achetées aux sociétés de production privées. L'incident pose la question "France Télévisions peut-elle confier des émissions d'information à des prestataires extérieurs ?".

Delarue,Elkabbach, Arthur








Si je relève aujourd'hui cet état de fait c'est qu'il en ira bientôt de même pour la radio. Comment ? Dès que la co-production avec des studios privés de création audio sera ouverte à Radio France. Cette co-prod, à géométrie variable (4), sera immédiatement en concurrence avec les "productions maisons Radio France". Les productrices-producteurs, réalisatrices-réalisateurs, techniciennes-techniciens sons verront leur charge de travail diminuer et peut-être à terme, comme c'est arrivé pour la TV, il n'y aura plus que des productions externes qui seront diffusées sur le service public (5).

Je n'agite pas le chiffon rouge pour faire du catastrophisme. L'éparpillement façon puzzle de l'ORTF par Giscard, en 1975, en créant sept sociétés publiques indépendantes a vu progressivement une diminution des commandes de la TV publique à la SFP (Société Française de Production) au bénéfice des sociétés privées. Les fameuses patates des producteurs (Arthur, Nagui, Delarue) moquées par Les guignols de l'info et qui, dès 1996, ont changé la donne de production. 

Il pourra alors y avoir à la radio des émissions d'information produites par des journalistes (avec ou sans carte de presse, la CP n'étant pas le préalable à l'embauche) pour une société privée qui aura signé un contrat de diffusion avec Radio France. Voilà en quelques lignes les effets délétères du libéralisme de Giscard et de ce qui risque d'être la politique du nouveau gouvernement. En annulant la CAP (Contribution à l'Audiovisuel Public) les resources de l'audiovisuel public sont fragilisées et leur pérennité aléatoire. Ce sont les principes mêmes de la création publique qui sont remis en cause. CQFD !

(1) C'est un peu plus compliqué ou plus subtil quand la personne est directrice ou directeur de la chaîne. Aujourd'hui la directrice d'Inter est Laurence Bloch. La directrice de la rédaction d'Inter est Catherine Nayl,
(2) Même si Devillers dit "vous travaillez à l'extérieur de France Télévisions". À l'extérieur des locaux ? Quand il aurait été si simple de citer le nom de la société de production "Troisième œil production" gérée par Pierre-Antoine Capton. Externe et qui, de fait, vend le programme à FTV. Dans son communiqué le SNJ évoque "la proximité avec le pouvoir en place du patron de cette société",

(3) Les journaux, les émissions d'infos, …
(4) "Laurent Frisch, directeur du numérique à Radio France vient d'annoncer dans "Du grain à moudre" sur France Culture, il est "dans le champ des possibles d'accueillir les contenus d'autres producteurs [que ceux de RF s'entend, ndlr]. Des coproductions pourquoi pas aussi."… CQFD !", 11 juin 2019, (voir billet à cette date),

(5 ) Et ce particulièrement si les conditions budgétaires impliquent des organisations techniques et éditoriales à la baisse,

dimanche 26 juin 2022

Des Tours de bicyclettes… Je me souviens !

J'aurais pu (de jour) réécouter cette nuit dédiée à la "Petite Reine" et assemblée par Albane Penaranda, productrice des "Nuits de France Culture". Mais j'ai voulu écouter la radio en même temps que sa diffusion en temps réel. Comme dès le début des Nuits en janvier 85, où il n'y avait ni site, ni téléchargement, ni podcast. J'ai donc veillé et n'ai pu que me régaler d'un choix qui replace le documentaire aux grandes heures de France Culture. Et surtout avec "Le pays d'ici" ,11 mois/an, sortir des studios parisiens de la Maison ronde

Il n'y a pas que la radio publique qui a suivi
le Tour de France…












Baisse la tête t'auras l'air d'un coureur
Patrice Gélinet avant de migrer sur Inter, puis de prendre pour deux ans la direction de France Culture (1997-1999), animait L'histoire en direct (1988-1997), deux lundis par mois sur Culture. Le premier avec un documentaire, le second avec un débat. Nous avons pu écouter cette nuit le premier volet réalisé par Christine Bernard-Sugy (rediffusion du 1er juillet 1991). Le 8 juillet 1991, Gélinet animera un débat public et en direct de Dijon (le jour de l’étape Villeurbane-Dijon) (1).

"Le Tour de France a été accueilli par des paysans armés de fourche". Il fait bon de nous resituer les conditions des origines du Tour de France inventé par le journaliste sportif Géo Lefèvre en 1913 pour le journal L'auto qui devait assurer ses ventes et les consolider. En propulsant en juillet cette compétition, Henri Desgrange, patron du journal, réussit un coup de maître et décuple les ventes de son quotidien. Dans cet épisode de L'histoire en direct on entend son témoignage. L'affaire est campée on va pouvoir s'échapper sur le Tour 1990.

Le pays d'ici/Geneviève Ladouès - Réalisation François Teste (2)
Les fidèles de ce blog savent mon admiration pour cette émission inventée par Jean-Marie Borzeix, directeur de France Culture (1984-1997). Le principe chaque semaine de producteurs tournants participait de la diversité du programme qui sillonnait les routes de France et de Navarre toute l'année depuis 1984, du mardi au vendredi.

Geneviève Ladouès a animé de nombreux Pays d'Ici avant que luit soit confiée sa propre émission : Un jour au singulier. Je ne sais pas si elle se passionnait pour le sport ou le cyclisme en particulier mais ce Pays d'ici sur trois étapes du Tour de France 1990, elle l'anime avec une foi et un brio assez époustouflant. Sans jamais monter sur la table, elle est dans son sujet qu'elle a beaucoup bossé. S'entourant d'invités et d'intervenants qui subliment à leur façon cette épreuve sportive qui fait partie de l'Histoire de France, des Françaises et des Français.

Je trouve chacun des épisodes charmants, frais, érudits et populaires. Ladouès et Teste nous donnent à entendre des autours auxquels peu de médias sportifs se sont intéressés. C'est parce qu'elle n'est pas spécialiste du vélo et de la technique que son regard et ses analyses sont passionnantes. Et dans la foule des supporters de l'épreuve le "Ya même France Culture"  sonne comme une belle reconnaissance pour la chaîne qui, à l'époque est définitivement sortie des studios parisiens de la Maison de la radio !

















Les Belles histoires de Raphaël Geminiani, le Grand Fusil

Jean-Marc Millanvoye - Réalisation Mehdi El Hadj (3)

Géminiani est truculent et surtout un sacré conteur ! Qui a eu la bonne idée en juillet 2005 avant la grille d'été de proposer cette belle série de souvenirs du Tour de France ? Ce type de programmes très courts, surprenants, entre deux, manquent cruellement sur la chaîne aujourd'hui. Géminiani est à livre ouvert et au présent. Toujours sur son vélo. Toujours dans la course…


Les Iles de France/Simone Douek - Réalisation Olivier Coppin 

90 ans après l'arrivée du 1er Tour de France cycliste à Ville-d'Avray (4)

Belle réussite de Simone Douek qui en 59' nous fait revivre avec Jean Dury quelques fameuses arrivées du Tour de France. Les témoignages de Lapébie et Fachleitner nous plongent dans une époque à la fois révolue et si proche. Un peu comme si toutes ces années depuis 1903 n'avaient été qu'une succession de mois de juillet !


Répliques/Alain Finkielkraut - Réalisation Laetitia Coïa 

Je me souviens de Jacques Anquetil (5) 

Finkielkraut cite Blondin "Anquetil, le gérant de la route" et qui était le mal aimé du public.  Français" ! C'est chouette que Fournel dise "Anquetil et Poulidor ont été la Providence l'un de l'autre, la Providence l'un pour l'autre." Et avec un bond dans le temps en 2012 où lucide Fournel peut dire : 


"Les coureurs ne sont plus tout à fait maîtres du destin de la course. On a l'impression que la course est scénarisée par les managers qui à coup d'oreillettes nous font toujours le même scénario. Ils sont pas bons scénaristes en plus! C'est lassant. Ce sont des scénaristes pauvres. Il y a un côté monotone du script. On a l'impression que les coureurs n'ont plus la liberté…D'abord aujourd'hui on ne les reconnaît pas, ils ont leurs casques, leurs lunettes obligatoires car les sponsors payent sûrement très cher… On a beaucoup de mal à les identifier à la différence des années 60 où on les reconnaissait instantanément. O reconnaissait leurs visages, leur allure. Leur personnalité pouvait s'exprimer. Ils ont un comportement métronomique. Ils n'écrivent pas l'histoire." Guimard : "Aujourd'hui il y a peu d'émotion qui passe…"


La roue tourne…


Raphaël Géminiani

















`

Albane Penaranda avec cette Nuit spéciale Tour de France nous a donné à entendre comment France Culture au début des années 90 savait nous faire découvrir et approfondir un sujet à plusieurs voix (6). Avec chacune sa personnalité et ses angles qui pour l'auditeur ouvre un panorama à 360°. Au cours de toutes ces émissions la radio aura été valorisée et reconnue pour la place prépondérante qu'elle offre à l'imaginaire. Georges Briquet, grand commentateur cycliste à la radio dit des reporters radio "vous êtes les photographes de l’instantané". Bien vu !


Et comme le dit très bien Christian Prigent, écrivain, dans le Pays d'Ici "Le Tour de France est toujours dans le temps de sa propre histoire. Il est entre la mémoire et l'imaginaire que les images présentes peuvent raviver. Le Tour de France est un perpétuel "Je me souviens".


Qu'il me soit donné ici l'occasion de citer mes champions radiovélophoniques : 

Christine Bernard-Sugy, Jean-Paul Brouchon, Simone Douek, Mehdi El Hadj, 

Claude Giovannetti, Geneviève Ladouès, Daniel Mangeas, Janine Marc Pezet, 

Jean-Marc MillanvoyeYann Paranthoën.


















(1) Avec Bernard Hinault, Raphaël Geminiani, Jean Marie Leblanc, directeur du Tour de France, Jacques Augendre, journaliste L'Equipe, Pierre Chany, journaliste l'Equipe. Mixage Yann Paranthoën,
(2) Du 10 au 13 juillet 1990. Saint-Gervais, l'Alpe d'Huez, Villard-de-Lans (208')
(3) Quatre épisodes (28') d'une série de quinze. Juillet 2005,

(4) Avec Jean Durry (conservateur du Musée des sports du Parc des Princes), Josée Lapeyrère (psychanalyste), Roger Lapébie (ex-coureur), Guy Lapébie (ex-coureur) et Edouard Fachleitner (ex-coureur). 19 Juillet 1993, (59'),
(5) Avec Paul Fournel, écrivain, président de l'Oulipo et Cyrille Guimard, coureur cycliste devenu directeur sportif, 21 juillet 2012, 55'

(6) En guise d'apothéose, comme l'annonce Ladouès dans le dernier Pays d'ici sur le Tour 1990, la saga-série de Yann Paranthoën et Claude Giovannetti. "Le Tour de la France 1989 de Vincent Lavenu, dossard 157". Diffusée en août 1992, en vingt-cinq épisodes de 15'. 

samedi 25 juin 2022

Nuit blanche, nuit magique, nuit magnétique…

La nuit prochaine, dès minuit, on pourrait imaginer être plusieurs à écouter la radio. France Culture précisément. Albane Penaranda, productrice des Nuits de France Culture nous a concocté un programme de reine. De petite reine même. On va pédaler toute la nuit. Qu'on en juge…

Raphaël Géminiani

















De très belles heures de France Culture avec des producteurs (et des réalisateurs) qui ont marqué la chaîne. Et des émissions mémorables.

• L'histoire en direct/Patrice Gélinet (Réalisation Christine Bernard-Sugy )
Une rediffusion de cette belle émission d'histoire du 1er juillet 1991. Avec Poulidor, Jacques Goddet et Raphaël Geminiani (60')

• Le pays d'ici/Geneviève Ladouès (Réalisation François Teste)
Du 10 au 13 juillet 1990. Saint-Gervais, l'Alpe d'Huez, Villard-de-Lans (208')

• Les Belles histoires de Raphaël Geminiani, le Grand Fusil/ Jean-Marc Millanvoye (Réalisation Mehdi El Hadj )

Quatre épisodes (28') d'une série de quinze. Juillet 2005


• Les Iles de France/Simone Douek (Réalisation Olivier Coppin) 

90 ans après l'arrivée du 1er Tour de France cycliste à Ville-d'Avray 

Avec Jean Durry (conservateur du Musée des sports du Parc des Princes), Josée Lapeyrère (psychanalyste), Roger Lapébie (ex-coureur), Guy Lapébie (ex-coureur) et Edouard Fachleitner (ex-coureur). 19 Juillet 1993 (59')


• Répliques/Alain Finkielkraut (Réalisation Laetitia Coïa)

Je me souviens de Jacques Anquetil. Avec Paul Fournel (écrivain, président de l'Oulipo) et Cyrille Guimard (coureur cycliste devenu directeur sportif) - 21 juillet 2012. 55'


Dès 7h, dimanche matin, petite sieste, 

puis à 18h je publierai un billet vélocipédique.

vendredi 24 juin 2022

France Bleu(s)… à l'âme !

Pour la deuxième journée consécutive France Bleu Drôme Ardèche est en grève ! Ça n'apparaît pas en accroche sur le site de cette radio locale de Radio France. Le motif de cette grève : le non remplacement d'un salarié (1) et les conséquences immédiates sur la charge de travail du personnel restant. Au réel de toutes les situations humaines et conflictuelles à Radio France s'oppose la roucoule de communication de la Présidence (Sibyle Veil) qui n'a à la bouche que les mots "proximité, proximité, et proximité". Une fois de plus cette communication de façade noie le poisson des réalités de terrain, du délitement même de cette fonction de proximité et des inquiétudes permanentes sur la fusion France Bleu/France 3.



Le drame
Le drame c'est qu'une fois encore les dirigeants de l'audiovisuel public, les tutelles (Bercy, Valois) et la Cour des Comptes ignorent l'histoire des locales de Radio France qui n'a pas commencé le jour où Jean-Marie Cavada Pdg de Radio France (1999-2005) dans un excès furieux de jacobinisme, conjugué à un paternalisme rance, a imposé suite au "Plan bleu" (2001) la normalisation de toutes les radios locales de Radio France. Sous une même bannière. Et avec des orientations décidées en haut, au siège de Radio France. Du local oui mais administré à Paris.

Adieu l'identification forte aux terroirs, aux pays, (Radio Corse Frequenza Mora, Radio Bretagne Ouest, Fréquence Nord, …). Le Bleu horizon de Cavada allait se charger de laminer et/ou minorer les particularismes, les identités, les patois non reconnus comme langues. Et très vite la syndication a encore plus nivelé toutes les radios entre elles (2). Si l'on ajoute la gestion comptable des antennes et non pas l'intérêt des auditeurs-usagers on aboutit à une situation de crise qui depuis longtemps perturbe le réseau France Bleu.

Le rapport sénatorial Karoutchi-Hugonet du 8 juin 2022 sur l'audiovisuel public enfonce un peu plus le clou en évoquant la mutualisation des moyens de France Bleu et France 3 qui dégagera des économies permettant de diminuer d'autant l'ensemble de la "contribution" à l'audiovisuel public (3). Ce ne serait donc pas le "moment" de renforcer des équipes de Radio France et/ou  de France TV si demain tout est à repenser. Cet état de fait ajoute à la perturbation, à l'inquiétude et au stress des personnels concernés. Et aussi à l'immobilisme dont se prévalent les responsables concernés.

La grève à France Bleu Drôme Ardèche est un indicateur supplémentaire de l'état de déshérence dans laquelle tout l'audiovisuel public est plongé. Les effets d'annonce d'un Président de la République en campagne, la charge de la brigade légère (lourde) des sénateurs, le zèle des Pédégères Veil et Ernotte (FTV) créent une situation délétère dont les premiers à en pâtir sont les personnels concernés. Mais ça il semble bien que ça ne concerne pas les décideurs !

(1) "Les personnels doivent régulièrement compenser les postes perdus pour assurer la qualité d’une antenne de proximité sur les 9 heures de programmes locaux quotidiens. L’encadrement doit sans cesse composer pour assurer l’organisation des temps de travail. Aujourd’hui, suite au licenciement d’un animateur qui a dû quitter Radio France à la fin du mois d’avril (pour raison d’inaptitude), la Direction de France Bleu a décidé de supprimer son poste dans notre station de Valence afin de nous faire entrer dans la "norme" artificielle de 7 PARL (Personnel d’Antenne des Radios Locales). Cet animateur licencié n’était déjà remplacé qu’à 50% depuis 2018. S’il était revenu à son poste, il aurait été réintégré à temps plein et son poste maintenu dans les effectifs de France Bleu Drôme Ardèche, d’où un fort sentiment d’injustice. La décision a été prise sans concertation et nous avons le sentiment que ce n’est que le début d’une centralisation régionale puis nationale des programmes". Communiqué des personnels en grève ! 

(2) La syndication consiste à diffuser le même programme par plusieurs diffuseurs. Pour France Bleu soit un programme national, soit un programme d'une autre France Bleu, par exemple dans les périodes très contraintes de personnel aux vacances d'été,

(3) "Cette fusion de France 3 et France Bleu devrait également permettre de repenser les méthodes de travail en adoptant des modes de production plus souples et réactifs." (Synthèse du rapport Karoutchi-Hugonet, Sénat, juin 2022)

mardi 21 juin 2022

Nuit et jour, Billie Holiday : le feuilleton !

Le feuilleton (radiophonique) existe encore. Si, si. Sur France Culture, tous les soirs à 20:30 depuis lurette. Feuilleton, un mot que la chaîne publique a réussi à ne pas éliminer de son vocabulaire quand, sur son site, à la page programme le mot podcast a remplacé celui d'émissions (1). Et, sans la promo tapageuse habituelle et l'auto-satisfaction récurrente, on peut au détour d'un programme changer d'univers, de tendance et de mode. Passer du supermarché du podcast, tout à 2 balles, à la jolie boutique du marchand de couleurs. Faire sonner la clochette de la porte et, dans cette boutique sonore, reconnaître sans hésiter la voix de Billie Holiday, s'asseoir sur le premier tabouret venu et laisser aller deux heures trente d'une histoire sensible.

À Greenwich Village… Billie y chante
pour la soirée d'ouverture










Sophie Lemp a écrit "Billie Holiday, night and day". Dès les premiers mots de son récit l'épure accroche l'oreille. Une conteuse nous parle. Billie nous parle. De l'essentiel. De l'intime d'une chanteuse qui n'en finit jamais de nous bouleverser. Une réalisation (Juliette Heymann) efficace, sobre, aussi épurée que le texte, en symbiose avec une histoire toujours ré-inventée. La voix de Billie (Sandy Boizard) est parfaite. On n'est même pas surpris que Billie parle si bien le français… Tout est juste. Tout de suite. Sans effets secondaires ou autres fanfreluches sonores.

Tout est juste pour ce vrai moment à savourer. Tissé de chansons en ponctuations feutrées. Images affluant sans qu'il soit besoin de les décrire. La magie de la radio opère. L'imaginaire est à l'œuvre et on se demande pourquoi cette magie-là a disparu du quotidien radiophonique. On ne se le demande plus quand on sait ce qui préside à la mue à marche forcée de la radio publique.

Dans la foulée, je n'ai pu m'empêcher de remettre le couvert et de réécouter 2h30 de pur bonheur auditif. Un bel objet ciselé. D'une écriture délicate, de voix qui captent l'attention, d'un rythme à la mesure du blues et des déchirements d'une vie. D'une distinction subtile pour cette chanteuse qui mériterait que le texte de Sophie Lemp soit publié. Pour le lire quelques soirs et quelques matins… Pour sortir du piège implacable de l'actualité.

(1) Sandrine Treiner, la directrice est passée maître (maîtresse ?) en mutation. Sous l'égide du grand ordonnateur Laurent Frisch, directeur du Numérique et de la production à Radio France, elle ne manque pas de zèle pour faire table rase du passé radiophonique de France Culture… et de fait de la radio de flux qui se suffisait à elle-même !

mardi 7 juin 2022

Tumultes… tu mues multiples !

Gard à toi ! À toi, si tu veux bien enlever tous tes oripeaux, tes fardeaux, tes poids du monde (visible et invisible), les sornettes que distillent les matinales radio, les inavalables couleuvres des podcast indus'… Et si "revenir au monde" (avec ou sans Dominique A) consistait juste à changer, d'oreilles, d'yeux et de cœur. Fastoche si le lieu, les gens, les sons te propulsent dans la quatrième dimension et si, chemin faisant, le monde change par le seul fait que les modèles (dominants) s'estompent à la mesure d'une insoumission à la bouillie de chat dégueulée 24/24 dans les médias (faut-il préciser mainstream ?). En clair si t'étais pas à "Tumultes" les 4 et 5 juin au Château de Malérargues (30) t'as loupé le coche ! Re-portage !























Le château niché (1) se prête à l'écoute (et au regard). Et nous n'avons fait que ça - écouter, regarder - nos voisins d'écoute, nos voisines de paroles, des histoires du coin, des quatre coins, des périphéries, des centres, des extérieurs et des… pas si loin. Des tout près même. Tant qu'on aurait pu faire, défaire, refaire le monde à la mesure de nos cercles d'échanges. Pas besoin d'enregistrer. L'affaire est tacite. Le cru bouillonne, vibrionne, affectionne. E la nave va…

Qu'on se le dise, qu'on se l'écoute… Avec l'élégance du chardonneret, de Seham Boutata. Et Radio mémé de Charlotte Bienaimé. Quand quelques hommes de papier de Léo Berthe. Le Débruitage de Christophe Deleu (Monsieur Deleu, ;-),…

Bien sûr dans une telle offre d'écoute on risque l'embouteillage mais, pour pas dérailler, en plein cagnard et à l'ombre on écoute Marie, celle qui reste, et à perte de vue Isabelle. Impossible, absolument impossible de louper ces étranges fruits dont Nina Simone à la suite de Billie Holiday donne une interprétation déchirante.

Et Benoît (Bories) de fixer les paroles bouillantes du cru qu'enchaînent le bouilleur. À son affaire et à la notre de sentir l'impérieuse nécessité de ne pas lâcher l'affaire.

Un merci et bravo spécial à Sarah (2), Lucio et Bastien. Et à tous ceux qui ont fait de ce "numéro zéro" un festival chaleureux et enthousiasmant. Merci aussi à Léa, Odilon, Ninon, Sylvain, Antoine, Tahitia, Johanna, Axeline, Élise, Ines et Justine d'avoir supporté mes histoires (avec et sans castor). On se retrouve (avant) et l'an prochain pour déchirer l'azur gardois… Oh yeah !

P.S. : Oups ! J'ai failli oublier ! En ses terres cévenoles Jean-Pierre Chabrol a du être ému de réentendre sa voix lors de son reportage pour RTL à Aberfan au Pays de Galles en octobre 1966 suite à l'effondrement du terril n°7 qui causa la mort de 114 enfants…
















(1) Centre artistique international Roy Hart - 30140 Thoiras
(2) Je voudrai bien recompter les moutons mais je ne trouve pas de lien ?