dimanche 19 janvier 2020

Le bon plaisir de la radio…d'Antoine Blondin (19)

Blondin c'est d'abord une voix ! Enfin non c'est d'abord une écriture. Ici sa voix est jeune pas trop éraillée, pas trop cassée par les vapeurs… d'alcool. Assouline adore Blondin et cette archive nous ramène à une certaine douceur de vivre. Le temps de raconter. Même si je peux lire aujourd'hui toutes ses chroniques du Tour de France en un seul volume, j'aurais du les lire en son temps, chaque jour de juillet, depuis l'origine de ses billets jusqu'en 1982. Car Blondin est un conteur et nous transporte dans ses jeux de mots et de tournures savoureuses…




vendredi 17 janvier 2020

Natacha et le silence…


©Eric Schulthess
Natacha. 
On t'appellera Natacha 
comme ça, je peux saluer François. 
François Béranger. 
Natacha, tu tisses
Entre toutes les voix
Le silence ça veut pas dire 
Un blanc à l'antenne
Ça veut dire écouter.

Natacha, tu tisses
Et, petit à petit 
Au bout de vingt ans 
Ça fait une belle pièce.
Les voix reviennent
Les voix sont là
Celles avec lesquelles 
Tu as assisté, coupé, 
monté, réalisé,
Réalisé un rêve
Réalisé leurs rêves 
Natacha tu tisses
et ta toute petite histoire à la radio 
devient l'histoire de la radio 
tissée avec les voix au micro, 
les voix derrière la vitre, 
les voix off, 
les voix sans voix,

Natacha
Et, avec toi, 
tant d'autres ont été désannoncées 
sur une chaîne puis une autre,
et encore une autre.
Natacha, 
dans la grande chaîne 
de la Fabrique, 
de la Manufacture de la radio. 
Métier : tisser les ondes, entre les ondes, toutes les ondes, 
d'avant, de maintenant, ici...

Natacha tu vibres, bouges, sautes en l'air même. 
Et tisses et retisses avec les voix, 
toutes les voix que tu as mis en avant, 
Et les autres..

Natacha et, avec toi, 

Corinne, Daniel, Patrice, Dominique, Michèle, David, Leslie, Michel, Maryse, Ivan, Caroline, Jean, Pierre, Claude, Frédérique, Emmanuel, Camille, Aline, Bertrand, Anne, François, Guy, Luc, Agnès, Julien, Muriel, Farida, Véronique, Mathieu, Patxou, Paula, Bernard, Irène, Michel, Assia, Alexandre, Caroline,…

Et, pour faire bonne mesure, deux ou trois ratons-laveurs, pour Jacques... 
Jacques Prévert.

Natacha tu tisses le silence,
Et le silence ça veut pas dire se taire 
Ça veut dire écouter !

mardi 14 janvier 2020

Quelle audio… ? Quelle audience… ?

Il est dorénavant admis que la sacro-sainte "règle" qui devait faire le blackout sur les chiffres Médiamétrie jusqu'à leur annonce par les chaînes de radio à 8h le Jour J est maintenant obsolète, puisque Le Parisien aime tellement, la veille, avec tambours et trompettes, annoncer les tendances et confirmer telle en position de leader ou telle en chute irrémédiable ! Las, le pire est à venir ! Demain à Radio France Sibyle Veil risque de danser la carioca avec Sandrine Treiner et Laurence Bloch le tango avec Laurent Frisch. Alors la grève ceci, alors la grève cela ! Et patati et patata ! Pour autant ce baobab chiffré qui cache la forêt ne doit pas nous faire oublier qu'au delà de la roucoule indécente, rien n'a bougé concernant le "Plan de Départs Volontaires" (PDV) et que le ministre de la Culture est absolument sourd aux revendications des salarié-e-s de Radio France. L'euphorie de la direction n'empêchera pas une ombre noire au tableau. Ces chiffres ont un goût amer et n'ont pas plus de sens que les vœux de la Présidente la semaine dernière !













On n'en peut plus ! Comment évitera-t-on aujourd'hui par la porte ou la fenêtre, les "analyses" bidons, les commentaires de complaisance, la méthode Coué en gélules, les slogans de pacotille, les messages subliminaux ?

- "Les français, malgré la grève, sont attachés à leur radio",
- "Les magnolias fleurissent au printemps, je répète, 
les magnolias fleurissent au printemps", 
- "La grève a détaché de nombreux auditeurs de plusieurs de nos radios",
- "Le train sifflera trois fois, je répète, le train sifflera trois fois"
- "Les Français nous envoient un signal fort pour vite 
retrouver les programmes de nos sept antennes",
- "Dans le jardin de mon père les lilas sont fleuris, je répète, 
dans le jardin de mon père les lilas sont fleuris",
Ad libitum…

Mais alors, les Français, les auditeurs, ils ont écouté quoi depuis fin novembre ? Le programme musical ? Des journées entières ? Cette situation absolument inédite ne sert aucune cause. Ni celle de la direction, ni celle des grévistes. Elle laisse pantois et dubitatif. Elle va faire diversion quelques heures et laisser perplexes nombre d'auditeurs qui ne manqueront pas de s'interroger sur la validité des chiffres Médiamétrie. Elle va bien énerver les patrons des chaînes concurrentes qui vont se demander à quoi ça sert qu'ils se décarcassent. Elle va rendre perplexes les tutelles (Finances et Culture) qui ne peuvent quand même pas soutenir la grève pour que les audiences augmentent. 

Allo Ubu ?

Dernière minute : Madame Veil qui devait présenter, ce jour, les sondages aux salariés, sera remplacé par M. Schick, Directeur de la Stratégie du public et du Développement des marques (sic) et Madame Emmanuelle Henry, Directrice des Études et de la prospective…

lundi 13 janvier 2020

Riester : Ministre de la Culture… Twitter !

Alors que ministres, député-es-, sénateurs font la queue pour envahir les matinales radio qui, en quelques années sont devenues l'antichambre des ministères, de l'Assemblée nationale et du Sénat, le salon où l'on cause (la langue de bois) et où l'on répète à l'envi éléments de langage, formules creuses et où la méthode Coué tient lieu de programme, on ne peut que se gausser de l'indignation et de l'incompréhension opportunistes de Franck Riester (Ministre de la Culture) qui n'a rien trouvé de mieux que de communiquer, par Twitter interposé, pour remettre en question le droit de grève (1). Comme si Radio France n'avait jamais pris la mesure de la tuerie de janvier 2015. Comme si en bon réactionnaire, Riester en profitait pour discréditer des salariés qui depuis le 25 novembre 2019, auraient pu imaginer être reçus par leur ministre de tutelle, des fois que le "plan stratégique" de Sibyle Veil, (Pédégère de Radio France), ne soit pas tout à fait le leur.



Ce Ministre de la Culture semble arc-bouté sur la réforme de l'audiovisuel, véritable serpent de mer, repoussée mois après mois alors qu'Emmanuel Macron est aux manettes depuis deux ans et demi. Les modalités de gouvernance des entreprises publiques dont il a la charge ne l'intéressent pas plus que Gallet (2) -dédaigneux- ne s'intéressait aux programmes de radio. Les enjeux que cela implique semblent le dépasser. Dogmatique, il veut pousser une logique libérale qui, il y a plusieurs années déjà, l'avait fait glousser le mantra tendance aux Républicains (LR) : [L'audiovisuel public français il faudrait en faire] "une BBC à la française" (3).

En ne s'impliquant pas dans le conflit qui oppose salariés et direction de Radio France il va finir par ressembler à Ponce Pilate qui de sinistre mémoire avait fini par s'en laver les mains. Est-ce bien un Ministre de la Culture ? Est-ce bien un Ministre du Service public de la Culture ? Comment peut-on élaborer une nouvelle loi audiovisuelle avec les professionnels de la profession et faire l'impasse avec ses salariés qui, chaque jour inventent et fabriquent la radio ? 

C'est parce que la radio doit disposer d'une place équitable dans la future holding "France Médias" que sa position doit être affirmée et confortée, et non préfigurer les bases d'un démantèlement qui semble inéluctable si le "plan stratégique" est mis en œuvre. Alors les postures twittesques de Riester ressemblent fort à des impostures morales. Celles-ci s'ajoutent à tant d'autres dont le gouvernement est responsable ou irresponsable tant l'état des services publics est en mode précarisation, ubérisation et abandon.

Giscard avait, en 74, éparpillé le service public façon puzzle (4). En 2021 ou 2022 ou 2023 ou 2024 la loi audiovisuelle s'apprête à recentraliser quatre entreprises audiovisuelles publiques, (Radio France, France Télévisions, France Médias Monde, Ina) pour mieux les contrôler et, peut-être, à petit feu les vider de leur sens. 

Le coup de gueule de Bruno Donnet, (France Inter, 10 janvier 20, L'instant M)


(1) Ce 7 janvier, la tranche 17/20 de France Info n'a pas été à l'antenne, alors qu'au cours de cette session d'information, le Ministre de la Culture devait y être interviewé,
(2) Managère et Pdg de moins de cinquante ans qui présida aux destinées de Radio France, de 2014 à sa révocation par le CSA en février 2018,
(3) «Il faut créer une BBC à la française, plurimédias et indépendante du pouvoir» Franck Riester, député Les Républicains et spécialiste des médias, Le Figaro, 14 septembre 2015,

(4) Créant au 1er janvier 1975, sept sociétés publiques distinctes : Radio France, TF1, Antenne 2, FR3, SFP, TDF et INA,


dimanche 12 janvier 2020

Le bon plaisir de la radio… d'Aretha (18)

Frédéric Schlesinger, Laurent Frisch, Laure Adler, (1) n'auraient jamais pu travailler avec Yves Jaigu, Jean-Marie Borzeix ou Jean Garretto (2), eux trois qui avaient su inventer une radio non encadrée (ficelée, normée, engoncée) entre deux heures justes ! Quand on écoute "une vie, une œuvre" on se demande bien pourquoi de telles vies, de telles œuvres peuvent/doivent tenir en moins de soixante minutes ! Hein ? On s'le d'mande !

Aretha Franklin















(1) Directeur éditorial de Radio France 2014-2017, Directeur du numérique et de la production, Ex-directrice de France Culture et productrice à France inter,
(2) Directeur de France Culture (1975-1984), Directeur de France Culture (1984-1997), Directeur de France Inter (19831988),

vendredi 10 janvier 2020

Postures, impostures…

Il me fallut bien quelques heures pour digérer cet opéra-bouffe ou cette tragi-comédie institutionnelle des vœux qu'une Présidente d'institution publique s'est prise en pleine poire tel un boomerang venu de très très loin. À force de vouloir imposer certitudes et mantras dans des postures affligeantes, les impostures se révèlent et nous affligent…



Postures
À force de se plier aux cérémoniels les plus conventionnels, les institutions qui les pratiquent, sans discernement, doivent s'attendre à des effets induits pour lesquels elles risquent de rester… sans voix. C'est ce qu'a dû subir Sibyle Veil, ci-devant Pédégère de Radio France, mercredi 8 janvier au studio 104 de la Maison de la radio. Prononcer des vœux en plein conflit social est un exercice de haute voltige qui mérite non seulement des qualités managériales mais surtout des qualités humaines. Qualités humaines qui s'imposent quand en arrière plan de ces voeux plane le gros nuage noir des "299 départs volontaires".

Quels vœux peuvent toucher ces 299 là, non connus à cette heure ? Quels vœux peuvent toucher les autres, connus, qui peuvent imaginer en être ? Quels vœux, autres que des phrases lénifiantes et stéréotypées, peuvent détendre une atmosphère où l'inquiétude, le désarroi et le stress ont envahi les cellules, les grilles et les chaînes ? Alors désolé mais tout ça risquait de ressembler à de la roucoule de bonimenteur et le chœur, au premier rang, ne voulait pas être pris pour un pigeon.

Et le chœur entonna "Le chœur des esclaves"… Nous étions sans voix, les poils dressés sur les bras, les frissons nous parcourant le corps à la vitesse d'un météore. Les voilà les mots. Les voilà les voix. Le voilà le sens. La voilà la musique qu'il fallait jouer. La voilà la bonne partition. Voilà ce que des professionnels de haut-niveau, une partie du chœur de Radio France, peuvent produire, au débotté. Ces notes-là, et quelles notes, valaient mieux qu'un long discours. Madame Veil était K.O. debout. ET la salle (ou presque toute la salle) était en fusion.

Impostures
Le bon sens, l'empathie (minimale), la décence auraient voulu que Madame Veil descende de la scène, quitte son pupitre et fasse un "geste" vers le chœur. Qu'elle change de posture pour être à niveau de celles et ceux qui venaient de lui "parler", de celles et de ceux qui voulaient lui parler. À niveau ? Voilà l'impossible ! Quand on est Pédégère (ou Pdg) on ne se met pas à niveau. Jamais. On trône. Le roi est nu. On regarde de haut "ceux d'en bas". La voilà l'imposture suprême. 

Dans une entreprise culturelle du niveau de Radio France, au passé prestigieux, à l'utilité sociale reconnue, que va t-on désigner quelques habiles serviteurs de l'État qui n'auront de cesse de desservir l'état social, l'état culturel, l'état fraternel d'une communauté radiophonique (émetteurs et récepteurs) qu'on veut tuer. Ni plus, ni moins.

La voilà l'imposture ! 

Alors les vœux… ¡ Ya basta !

mercredi 8 janvier 2020

La trajectoire… du chœur !

Des mots plombent l'aujourd'hui quotidien… "Trajectoire financière", "Trente pour cent du chœur", "Agile"… Lourds de sens. Insensés. Ces mots du langage financier, du marketinge, de la LQR sont, a minima hors contexte dans une entreprise culturelle de service public, a maxima du mépris absolu pour des salariés, des interprètes, des créateurs qui se "déchaînent" pour produire des contenus ! Et pourtant c'est à Radio France, entreprise publique de radiophonie. La même Radio France qui, il y a quarante cinq ans, accueillait presque jour pour jour, Jacqueline Baudrier, journaliste, pour en prendre sa présidence. Las, de l'eau a coulé sous le pont de Bir-Hakeim et les managères de moins de cinquante ans se sont imposées dans tous les rouages de la machine étatique. Désincarnés, hors-sol, interchangeables ils s'expriment dans un verbiage de caste et tentent pour faire avaler, couleuvres et sornettes, de pondérer "tout ça" en employant des mots dont ils ne connaissent ni l'esprit, ni la lettre : contenus, créations sonores, équipes de réalisation, numérique, audio… Comme de petits singes savants ou de funestes perroquets !



Roland Barthes à la fin des années 80 aurait-il peut-être ajouté "la radio" à ses "Mythologies" (1) ? Roland Barthes ? Connais pas, caquettent les épouvantails de la gestion moderne ! "La radio" (publique), cet ensemble cohérent a commencé par être affaibli quand France Inter a émigré à Mangin (l'immeuble proche de la Maison de la radio), puis ce fût au tour des formations musicales de se disperser dans Paris. C'est un peu plus grave quand, quittant le cœur de la radio, le chœur fût transplanté il y a huit ans à dache perpete. Comment une organisation, une société, un ensemble peut-il continuer à respirer, à vivre si son chœur est parti divaguer hors de son "corps" ? 

Et surtout comment ne pas rendre signifiant un tel acte institutionnel ? Comment faire semblant de ne pas croire que le démantèlement progressif, par "petits bouts" n'a pas pour objectif l'extinction… de voix ? Toutes les voix, celles qui parlent, celles qui chantent, celles qui se taisent. Comment ne pas être sûr que Jean-Paul Sartre ne montera pas ce matin (avant les vœux de la Présidente), devant la porte A, sur un lourd bidon d'huile (2) pour constater, amer, qu'ils ont fini par "désespérer Radio France" comme d'autres avaient si souvent "désespéré Billancourt".

La belle maison d'Henry Bernard, reconfigurée, défigurée, arrive au bout de sa mue. Sera-t-elle encore une maison de radio (ou une plate-forme de podcast) ? Sera-t-elle encore le lieu de la création radiophonique ou un "Studio Radio France" prestataire de service et de co-productions. Sera-t-elle l'excellence de la création musicale avec Philar, National, Maîtrise et Chœur ou un baltringue pour happy-few ?

Quels vœux inavouables Madame Veil, Pédégère de Radio France, cachera-t-elle derrière ses vœux de circonstance ? Peu probable qu'à cette occasion elle emprunte la trajectoire… du cœur !

(1) Le Seuil, 1957,
(2) Comme à Billancourt en 68.