Le 10 septembre, Stephane Grant, nouveau Directeur de France Musique, s'exprimait dans la revue numérique "Média+" : «Cette nouvelle saison, nous allons l’écrire ensemble, avec toutes les équipes de France Musique et nos fidèles auditeurs.» On se pince, Monseigneur ! Démagogie poussée aux extrêmes. Depuis quand auditeurs et auditrices pourraient être associés de près ou de loin à l'élaboration des programmes d'une chaîne de radio publique ? En tous cas jamais depuis 1921. Quelle farce alors ! Que des mots creux, une formule toute faite, de la gonflette de camelot de foire qui voudrait à tout prix vendre ses casseroles… inoxydables !

Monsieur Grant vous imaginez sans doute que "France Musique est à vous" (1) ou "Quelle musique entendez-vous ?" (2) puisse correspondre à l'élaboration des programmes par les auditrices et les auditeurs. Choisir des morceaux de musique, les proposer à une productrice … Décider que telle musique s'accorderait parfaitement à telle œuvre picturale, ces propositions, l'une comme l'autre, n'ont rien à voir avec le fait de recueillir des suggestions d'émissions et les mettre en œuvre. Mais plutôt il s'agirait :
• D'ouvrir l'antenne à des expériences radiophoniques dans les conservatoires (et pas uniquement celui de Paris !) dans les universités, les lycées,
• Passer des commandes de créations radiophoniques sur des thématiques musicales,
• Varier les écritures radiophoniques,
• Donner une place à l'actualité de la recherche sur la musique,
• Autoriser les invités à parler plus de 5 minutes,
• Rendre publics les critères de sélection des nouveaux producteurs et
• Ouvrir un appel à projets annuel avec un nombre substantiel d'auditeurs dans le jury de sélection,
• S'engager à répondre à tous les projets,
• Mettre à la disposition des enseignants et étudiants des émissions réutilisables en cours,
• Garantir une place à la réflexion critique, même quand elle ne sert pas directement la promotion d’un concert ou d’un disque.
Et… cerise sur le gâteau, renverser la table et ouvrir la chaîne à toutes les musiques et pas seulement à l'hégémonie du classique ou le pré-carré du jazz ! Oui là, Stéphane Grant, on pourrait commencer à croire à votre mantra "Écrire ensemble"… Et, si vous avez un moment, regardez donc les programmes mijotés par Louis Dandrel (1975-1977) et vous découvrirez le gouffre qui vous sépare de cette époque-là !
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Le logo 1999-2005, avec le fameux "s" que l'on doit à P. Bouteiller Directeur de la chaîne à cette époque, |
Et puis, Monsieur Grant, quid des auditrices et des auditeurs qui, sans plus aucune fréquence hertzienne pour écouter la chaîne dans les 11 000 villes concernées, pourraient alors "écrire ensemble" ? Écrire quoi ? Leur déconvenue ? Les pirouettes de la Direction générale et celles de France Musique disent la déliquescence du service public radio et surtout la volonté des dirigeants de changer d'ère (et de chanson) pour ne plus jurer que par le numérique qui écrase tout… sur son passage au DAB+, entre autres. Revenir à la FM serait pour Sibyle Veil, Pédégère de Radio France, se déjuger et surtout constater son refus de revenir à la position antérieure comme sont en train de le faire les Suisses !
À ce jour, Stéphane Grant, vous n'êtes ni convaincant ni rassurant. Vous suivez, bon gré mal gré, un mouvement de fond porté par Laurent Frisch, Directeur du Numérique de Radio France qui, lui-même, a en ligne de mire l'injonction des tutelles depuis 2014 : "Diminuer drastiquement la masse salariale" et par extension LES MOYENS DE PRODUCTION. On rationne la création radiophonique et on entretient à grand frais une armée mexicaine de cadres inutiles et improductifs.
S'ils existent, M. Grant, donnez-nous vite des faits qui valideraient l'"écrire ensemble". Sinon vous participerez à la désinformation et au renoncement de France Musique à être accessible à l'écoute pour toutes les Françaises et tous les Français. Cette écoute libre et gratuite, un vrai choix de société auquel Radio France vient de poser les bases de son désengagement !
Ajout de 20:30
Dans son édition de demain, Télérama en dernière page du courrier des lecteurs annonce : "Dans nos articles [sur telerama.fr], nous avons vivement regretté ce choix qui nous semble affaiblir la station. Nous en préparons d'autres, qui relateront les conséquences pour les auditeurs de ce qui s'apparente à une réelle fracture culturelle. Concernant la carte des zones dont les fréquences ont disparu, Radio France nous indique ne pas être en mesure de l'établir."
(1) Le vendredi 6h30/9h et le samedi matin 7h/9h,
(2) Le vendredi 10h30/12h,