mardi 4 août 2026

Radio Archives : une chaîne dédiée au patrimoine radiophonique…

Là on entre dans le genre d'une utopie Don-Quichotesque. Personne ne veut de chaîne dédiée aux archives radiophoniques ni Radio France, ni l'Ina. Et si autrefois, sur le sujet (il y a plus de dix ans) une première rencontre entre les deux acteurs a eu lieu, elle n'a donné aucune suite et chacun de rester dans son pré-carré de diffusions aléatoires. J'ai de nombreuses fois écrit sur le sujet mais bon "Faut pas rêver"…

















En 2018, sur mon île, j'ai totalement zappé le colloque "La radio de création après le Club d'essai" (1) où l'on pourra trouver ici un compte-rendu. Les archives radiophoniques et leur conservation, l'Inathèque en fait une présentation exhaustive. Et un moment "archives" à retrouver lors du Festival Longueur d'ondes en 2025 qui évoque les "Nuits de France Culture" et la spéciale qu'Albane Penaranda, productrice des Nuits, avait consacré au patrimoine radiophonique en 12 épisodes.

Les passionnés pourront se reporter au site des Archives nationales. Ou découvrir le "speakerPaul Castan. Ou le "Club d'essai" une radio très différente et audacieuse (2). Et un exemple dans une rediffusion "magique" de Paris-Inter de 1951. Et une autre sur Arte radio.

(1) Olivier Jacquot (4 octobre 2018). [colloque] La radio de création après le Club d’Essai : la part des écrivains (5/10/18). Carnet de recherche. Consulté le 3 août 2026 à l’adresse https://doi.org/10.58079/m3eq,

(2) "À la tête de cette aventure, Jean Tardieu, un homme singulier. Poète de l’absurde, dramaturge de l’avant-garde, ami des surréalistes, Tardieu n’est pas un homme de radio au sens conventionnel. C’est précisément pour cela qu’il est irremplaçable. Il conçoit le Club d’Essai non comme une chaîne parmi d’autres, mais comme un acte de pensée, une manière de pousser la radio vers ses limites, de l’obliger à inventer son propre langage." (Source : "Les radios au temps de la TSF). "Un acte de pensée" une chose totalement oubliée à la radio publique en 2026 !

lundi 3 août 2026

Radio France Rediffs : programmes d'été, programmes ratés…

Radio France Rediffs ce pourrait être la huitième chaîne de Radio France si l'on veut encore considérer que Mouv' exilée sur le web soit la septième. Une huitième chaîne c'était l'occasion de la dédier aux archives. Que nenni, la radio publique, ne doutant de rien, aimerait qu'aujourd'hui on se prosterne devant toute la créativité mise en œuvre pour nous faire vivre un été… (dés)enchanté de rediffusions multi-rediffusées ! Quelle malhonnêteté intellectuelle, quel mépris pour les auditrices et les auditeurs et une fois de plus quel renoncement. Désolé mais ma job m'impose de ne jamais oublier l'histoire et, de fait, l'histoire de la radio publique. O tempora o mores. Comment, en 1969, ne pas mettre en exergue la volonté primordiale de Roland Dhordain, directeur de la radio à l'ORTF, pour tenter "des expériences" pour Inter et Culture. Des expériences de "radio augmentée" (1) quand depuis le 22 juillet Radio France impose aux auditrices et auditeurs de France Musique une "expérience" de radio diminuée.

Logo en 1969

















Donc à l'été 69, Dhordhain décrit dans ce numéro de "Micros et caméras", l'émission mensuelle de l'ORTF pour promouvoir radio et tv, les programmes d'été des trois chaînes publiques. Dans la foulée des Radios vacances inaugurées dès 1960 (2). Cet été-là trois émetteurs temporaires sont installés en Corse avec pour "Radio Corse" dix-sept heures de programmes originaux chaque jour. La radio bouge, la radio se déplace là où Françaises et Français vont en vacances. La radio invente, ose, tente ce qu'elle refuse de mettre en jeu aujourd'hui. La routine étant sa meilleure abdication. 

Dhordain est moins prolixe pour Culture : "France Culture sortira des studios et ira au contact de la culture vivante, Avignon, Aix, Vaison-La-Romaine" quand, aujourd’hui, France Culture s’enferme dans les studios et va surtout au contact des bonnettes. Quant à France Musique, il s'en sortira par une pirouette !

Pour autant personne n'aurait osé Radio-France-Rediffs ou l'apathie généralisée. Petite anecdote pour laquelle je ne peux pas être affirmatif à 100%. J'ai dans l'oreille, pour cet été-là et au mois d'août, Kriss qui faisait ses "essais" avant d'intégrer, avec Emmanuel Den (Michel Gonzalez), TSF à la rentrée 69 (3). Dhordain, à la fin du reportage annonce : "[Nous mettons à profit], juin juillet aout pour faire de nouvelles expériences et présenter en septembre une radio «peau neuve». Oups, une radio "peau neuve" bigre de bigre ! Quand, il y en a tant qui ne la voit pas du tout comme ça la "peau" de France Inter !!!!! 

D'autres billets sur les archives, la mémoire de la radio…

(1) À partir de 32',
(2) Programmes expérimentaux qui permettent de commencer à préfigurer les radios locales du service public,
(3) TSF, 13h de programmes, les samedis et dimanches, de mars 68 à septembre 1971. Puis c'est avec le titre "L'oreille en coin" que le programme prendra son envol (1971-1990),

dimanche 2 août 2026

Feux et contre-feux… documentaires !

D'abord vous dire que chercher des archives sur le site de Radio France c'est soit "Mission impossible" soir le "Parcours du combattant". Essayer de faire une recension de plusieurs émissions sur le même sujet, c'est niet ! Personne, mais jamais personne ne s'est intéressé à créer un archivage (avec indexation) d'une façon logique, rigoureuse et scientifique. Ce qu'il faut c'est du clic, de la clicaille de foire, pour être en permanence détourné de son sujet de recherche pour mieux batifoler (batifouiller) dans le souk. C'est juste insupportable, improductif et lassant. Le magasin de Radio France n'est pas fait pour les chercheurs et il n'existe nulle part ailleurs LE centre de ressources qui permettrait de chercher (et de trouver) (1). Par contre, vous trouverez ci-dessous une tentative (d'épuisement du chercheur) de rassembler plusieurs documentaires sur les Landes et la Gironde (2).

En Gironde, juillet 2026















Des Landes à la Gironde
On commencera par Denis Cheissoux qui, dans un épisode de "CO2 mon amour", en mai 2024 proposait deux escales landaises : l'une au bord du lac d'Arjuzanx, ancien site de lignite revenu à la nature, et l'autre au bord de l’Etang noir, à Seignosse. Et puis en septembre 2022, France Culture proposait "Les landes de Gascogne, géographie d’un territoire blessé". En juin 2019, Jean Lebrun dans "La marche de l'histoire" s'intéressait à Félix Arnaudin. Ce que sa consœur Laurence Bloch avait investigué quelques années plus tôt, en s'intéressant au chasseur de mémoire de la civilisation de la forêt.

En août 2022, "Le cours de l'histoire" sur France Culture prenait la mesure du pin. Et puis pour celle qui avait les Landes chevillées au cœur un hommage. Et pour la suivre en ondes (positives) et dans sa forêt landaise. Et puis on descend vers Soulac… puis vers Cordouan, le phare au bout de l'estuaire de la Gironde…

Souhaitons qu'assez vite, France Culture (ne se réfugiant pas derrière l'argument financier) puisse produire plusieurs documentaires : "comment re-vivre dans les département sinistrés par le feu". Et (dès ce mois d'août) au plus près du retour face à la désolation et à la rage de vivre ici… malgré tout.

(1) S'il l'on s'arme d'encore plus de patience on peut tenter l'Inathèque,
(2) Avec une pensée particulière pour Marie-Paule Vettes (1952-2022), productrice à France Culture, 

samedi 1 août 2026

Robert Arnaut, un bon sauvage… comme ses chroniques !

Le 1er août 2013, Robert Arnaut décédait. Conteur et animateur de belles émissions sur France Inter, ce 1er août est l'occasion de lui rendre hommage.

Robert Arnaut










Prenez les chemins de traverse et laissez le vent vous dire comment Arnaut a transformé nos samedis après-midi. Parce que lorsqu'il ouvrait son micro on ne pouvait faire autre chose que de l'écouter. Et surtout l'écouter sans rien faire d'autre. Furetez , puis . Puis faites un pas de côté et un autre. Et vous pourrez facilement imaginer qu'il a passé toute sa vie à la radio. Sa vie avec un ingénieur du son (opérateur) du nom de Guy Senaux avec qui il a fait des prouesses. Et puis vous irez sur le site de Radio France où plusieurs chroniques sauvages sont disponibles !

vendredi 31 juillet 2026

France Musique : Thierry Jousse… 20/20 !

N'y allons pas par quatre chemins ! Vingt émissions de "Retour de plage" depuis le 6 juillet (la der ce soir avec Prince en guest). Vingt émissions et, sur ces vingts, rien à jeter. Plusieurs perles et quelques diamants. Pas moins. Jousse (Thierry), producteur, enfile les tubes, les inédits, les cachés au fond de l'armoire et même des inconnus venus de la nuit des temps. On se régale, on se pâme et on réécoute car on peut pas tout ingérer d'un coup. Vous me trouvez dithyrambique ? Sorry but nous sommes de la même génération et à quelques années d'écart nous avons été biberonnés aux mêmes tempos qui pour nos années 60 et 70 nous ont définitivement acquis à la cause de la pop, du rock, de la soul, du funk, du blues et du RnB'…"

Dusty, the best choucroute in the world










Difficile d'en dire beaucoup plus que dans mon billet du 6 juillet. Où y'avait à boire et à manger. Pour sa dix-neuvième Jousse nous fait un festival Dusty Springfield qu'il adoooooore et dont il ne manque d'aucun superlatif pour la décrire ! Il le dit pour "Spooky" et s'esbaudit quand, pour le dernier morceau diffusé, la chanteuse a donné pour titre son propre nom et prénom Avant, reprises par Dusty, il aura tissé sa toile autour des chansons de Burt Bacharach et Hal David. La crème de ce que Jousse vénère. Avec un "Alfie" d'apothéose par Cilla Black. Ben oui quand on suit le producteur depuis vingt ans on finit, un peu quand même, par connaître ses goûts. 

Bon je vais conclure. Vraiment réécoutez cette émission, une ode à l'amour et à la joie ! (Et tachez de pas louper "The look of love" de Claudine Longet, "la délicieuse Claudine Longet" précise Jousse…)

jeudi 30 juillet 2026

Radio France : à défaut de l'écouter… la lire (la radio) !

Qui osera dire (quels médias oseront) à Radio France que le  "système rediff'" matin-midi-et soir-et-plus-si-affinités c'est juste du pipeau, un faux nez magistral, une entourloupe de 1ère catégorie ? Nous faire avaler que ce serait l'occasion de réécouter ce qu'on a loupé au cours de l'année ressemble à une parade de cour d'école. Radio France feint d'ignorer que nous sommes capables avec nos petits bras de nous constituer nos propres archives et de sortir de la nasse du "bouque cleub" qui finirait par nous faire détester les boucs, les clubs et le bavardage scolaire. Radio France qui n'a plus aucune culture radio ne sait pas que pendant plusieurs décennies la radio publique faisait des "bancs d'essai" de l'été pour inventer de nouvelles formes, permettre à de nouvelles voix d'émerger et SURTOUT d'être dans le tempo de l'été, des vacances et du farniente. Comme tant d'autres choses Radio France renonce et ce renoncement-là dit tout du mépris du staff pour donner aux auditeurs des occasions de sortir de la routine, d'être surpris et de se laisser porter par des voix nouvelles (1). Madame Veil qui ne rate aucune occasion de se congratuler devra bien un jour rendre compte de ces renoncements qui finiront par tuer la radio…

















Peut-être qu'à défaut de l'écouter, vous pourriez la lire… Vous trouverez sur cette page une amorce de biblio qui mériterait une petite mise à jour j'en conviens. Bonnes lectures, chères auditrices, et chers auditeurs.

(1) Et jeter aux orties celle de Mathilde Serrell.

mercredi 29 juillet 2026

France Inter : Claude Dominique… toujours et toujours !

Puisqu'un lecteur de ce blog m'interpelle sur Bluesky sur Claude Dominique, c'est l'occasion de regarder son histoire radiophonique de long en large. Et avant toute chose Claude Dominique c'est une voix et une façon d'agencer les mots pour en faire des histoires extraordinaires. Tous ses génériques sont des modèles de création radiophonique. De poésie, d'absurde et d'humour. Du très haut vol presque jamais atteint par d'autres. Revue de détail.
Jean Garretto, Robert Arnaut, Claude Dominique…












Née Marie-Claude Concordel (1929-1997) à Clermont-Ferrand, Claude Dominique est une femme de radio aux multiples talents radiophoniques. Son fils, Vincent Labeaume dit d’elle : “Ses créations/collages sont une réalité supérieure, de l’art. Elle invente le slam bien avant tout le monde”Il faut à Claude Dominique une bonne part de folie dadaïste pour compter, à l’antenne, en même temps qu’il les chante, les “Je t’aime” que Johnny Halliday égrène dans sa chanson “Je t’aime, je t’aime, je t’aime”. Elle en dénombrera soixante-seize ! L’album au titre éponyme est paru en 1974. La chanson dure 6’50.
Mais Dominique sait aussi attraper l'histoire par la micro-histoire. Cette vulgarisation a aussi toute sa place à France Inter. En janvier 1983, le nouveau directeur de la chaîne, Jean Garretto, a confié à Claude Dominique, femme de radio et Michel Winock (1937-), historien Le passé singulier. Vingt minutes à deux voix. Celle de lhistorien et celle de la conteuse qui, chaque jour lit extraits d'archives privées ou autobiographies de 1920 au début des années quatre-vingt.
Avec gouaille, voix de rocaille et tournures ciselées, Claude Dominique nous prend par loreille. Nous emmène dans ses histoires extraordinaires. Dans les années 70 déjà, Claude Dominique, dans Matinales de France Culture, lit des Lettres de famille. Elle a le goût des autres, chevillé à sa voix. Du singulier. Du réel quelle aime entrechoquer au surréalisme. Avec un ancrage pertinent dans la culture populaire. Un autre dans la culture savante. Née en 1929, elle débute au théâtre. À la radio elle sublime son art dune écriture vive. Ciselée. De mots pour loreille. Les deux oreilles. Et pour lesprit. Ses façons, sa diction au micro en font un caractère. Une présence singulière. Une voix. De conteuse, de raconteuse, de tisseuse.
Larose, (Les pages rousses du Petit)
Pour la saison 1985-1986, le samedi sur France Inter, Claude Dominique va tenter avec espièglerie, un jeu comique et littéraire, avec ses invités : leur faire rédiger leur notice dans le dictionnaire. Fidèle à sa passion des mots et leur détournement, elle réalise une jolie pirouette avec le titre de son émission. C’est dire immédiatement que Dominique ne pouvait pas ne pas télescoper rose et rousse. On est au bord de la contrepèterie et dans les eaux turbulentes de l’Oulipo (Ouvroir de Littérature Potentielle). 
Son indicatif/générique est à lui seul une féérie de collages. Une voix féminine annonce “Il est 16h15, pardon, excusez-moi, 16h15,… 15h15,… 15h30 il est 15h30”. On sourit. S’en suivent les voix de Robert Raynaud (“Le réveil musculaire”), Pierre Bouteiller (1934-2017) et son Bonjour et Daniel Mermet (1942-) puis de sa voix grave elle annonce Les pages rousses du Petit Larose. C’est l’occasion d’écrire que si Mermet et Dominique n’ont jamais travaillé ensemble ils avaient une vraie proximité créative.
Resteront dans les annales et dans la mémoire de celles et ceux qui l’ont écouté le moment passé avec Topor (1938-1997) dont le rire tonitruant sonne encore à nos oreilles ! Claude Dominique “Roland T., est-ce que vous êtes dans le dictionnaire ?” Roland Topor “Oui… « . S’en suivent le rire de Topor fier de son coup et celui de Claude Dominique qui déjà jubile !
Le principe de l’émission est très innovant. Parler d’une célébrité mais surtout lui faire parler d’elle, prétexte à une conversation pleine de fantaisie, d’humour et d’intelligences. Celle de linvité, et surtout celle de Claude Dominique, qui, tout au long de sa carrière, dans chacune des émissions quelle a imaginées, aura génialement joué avec les voix, les paroles de chansons populaires, les bruits de la vie quotidienne, magnifiant toute la palette sonore, pour offrir à lauditeur un rare et pur plaisir radiophonique.


















Tiroir cœur, sur France Inter, Claude Dominique s’empare du souvenir d’un slow d’une auditrice pour y accrocher des faits, d’autres chansons, d’autres souvenirs. Séquence Le Slow de Pavlov : « Donnez-nous votre slow et nous tenterons de conditionner vos réflexes ». 


Anteclip, kesako ? Dico : «Le préfixe ante signifie contre, exclusivement dans le mot Antechrist » Mazette ! Claude Dominique entre dictionnaire et bons mots. Tentons Anteclip/Contreclip. Occasion en or d’évoquer subtilement, sans rien en laisser paraître, antechrist. Le coup de pied de l’âne. Fustiger l’envahissement depuis le début des années 80, du clip vidéo dans la musique. Laisser libre cours à sa fantaisie débridée pour les mots qu’elle met si bien en musique. Premiers mots. Annonce la couleur avec le proverbe du jour. C’est parti pour une farandole vertigineuse. De mots étalés, pétris, tortillés, tirebouchonnés, tiraillés, compressés, allongés. Dans ses mains. Dans sa bouche. Sous son hachoir. Ses ciseaux de monteuse. Démonteuse de clichés. Enfonceuse de portes ouvertes. Escaladeuse d’aphorismes. Amoureuse de la langue. Tricoteuse des mots. Vertige de l’amour… Claude Dominique réalise d’astucieux et subtils collages sonores de chansons populaires. Raconte de nouvelles histoires avec les paroles des autres. Ça s’en va et ça revient !


«Toutes ses émissions se basent sur un humour à froid. Percutant ». se souvient Guy Senaux, ingénieur du son à l’ORTF et à Radio France. Il ajoute : « Claude Dominique, comme Daniel Mermet, a une très bonne oreille. Ils placent leurs mots en rythme. Dominique utilise les paroles de chansons en fonction de son texte. Mermet cherche des climats de musique, des ambiances sonores». Surtout «Claude Dominique ne lâche pas l’auditeur, elle est physiquement très proche du micro», ajoute Senaux.


Les émissions de Claude Dominique, des bijoux radiophoniques. Des perles. Elle joue, se joue des chansons. Colle. Décolle. Caracole. Juxtapose. Échantillonne. Dialogue… Joue les mots. Plus que le bon mot. Traque les non-sens. Les proverbes. Les phrases toutes faites. Les absurdités réjouissantes. Les évidences pitoyables. Claude Dominique est au verbe ce que Kriss est au jeu. Chacune tourne, retourne et détourne les mots. Claude Dominique les écrit. Kriss les dit. Et inversement. L’une cocasse, lautre espiègle. Ces deux voix de radio magnifient l’écriture radiophonique. Jusqu’à les porter à lexcellence. Les histoires mirifiques de Claude Dominique instillent un plaisir auriculaire. Son sens aigu du montage représente des heures de travail.


Chansons plus

Raviver les refrains des chansons. Les mixer à ses propres paroles. Les malaxer. Les répéter à l’envi. En faire des slogans. À petits pas ou à petit points. Broder dessus. Au point de croix. Comme en zigzag. Tenter un point triple. Une répétition subtile. Un point d’épine. Toucher le point sensible de son sujet. Mais encore. Débusquer la rime riche. Moquer les chabada bada. Et autres la la la. Traquer les paroles surannées de refrains populaires dégoulinant de clichés. Offrir des dizaines de bouquets de chansons intemporelles. Tu me fais tourner la tête… À tant nous faire chanter, nous émouvoir, nous passionner, peut-on imaginer que ce manège puisse s’arrêter de tourner ?


Rentrée 88. Un goût amer. Claude Dominique, renvoyée sans ménagement de France Inter. Eve Ruggieri, nouvelle directrice a tranché. Au cœur. À l’esprit. À la lettre. Choc brutal. Ondes sismiques. Chagrin profond. Que justifie un tel coup d’arrêt ? Rien. Décision injustifiée et arbitraire. Unilatérale. Pour forcer. Imposer à Claude Dominique de rompre avec l’histoire de sa vie. La plonger dans le vide. Laisser l’auditeur pantois et orphelin. Supprimer du paysage une figure aimée, reconnue, brillante. Provoquer l’extinction de voix. Rupture harmonique désastreuse. Quelques années plus tard Claude Dominique revient à la radio (1). Une ombre au tableau. Le mal a été fait. 1995. Dans un an et un slow. Quarante épisodes des Ateliers de Création Radiophonique Décentralisés. Diffusés sur France Bleu. Du souvenir d’une chanson. D’une auditrice, dun auditeur. De son contexte. Claude Dominique tisse en quinze minutes l’histoire d’une année ou d’une époque. Elle ajoute son grain de sel. Un peu de miel. Des tonnes de tendresse.


1996. Jacques Santamaria (2), nouveau directeur de France Inter va proposer à Claude Dominique une émission le samedi. Réinterpréter/Réinventer l’actualité de la semaine à sa façon. Collages, humour, impertinence, chansons. L’émission ne verra jamais le jour. Malade, un cancer l’emporte le 23 janvier 1997. Elle a 68 ans. 

Claude Dominique nous laisse une jolie petite boîte à musique. On l’ouvre sans jamais se lasser. On fredonne. On se rappelle un mot. Un autre. On lève les yeux au ciel. On plonge dans les nuages. Dis quand reviendras-tu ? Dis au moins le sais-tu ?


Dans un an et un slow


À partir du paragraphe "Tiroir cœur" jusqu'à "Dans un an et un slow", c'est la reprise de mes textes in "60 ans au poste. Journal d'un auditeur.", L'Harmattan, Février 2023


(1) «Un loup est caché dans le paysage», 20 épisodes, Ateliers de Création Radiophoniques Décentralisés, Radio France Puy de Dôme, à partir du 1er octobre 1990,

(2) Quand il était responsable FR3 Radio-Auvergne (1975-1982), Santamaria a proposé en 1979 à Dominique une série "Ni hommes, ni femmes, tous Auvergnats" en 20 épisodes de 30' qui seront diffusés à partir de 1980 sur l'antenne.