Michel Guerrin, rédac-chef au Monde titrait sa chronique de samedi dernier, 25 avril, "Comment peut-on aimer Céline Dion ?"… Coup de bol je ne me pose pas cette question existentielle. Par contre pour ce qui concerne la radio il est temps de se la poser.
Radio Fañch
"Un média de service public n’est pas fait pour l’audience mais pour remplir des missions qui sont de faire vivre des valeurs de démocratie, de culture et de création." Jean-Paul Philippot, administrateur général de la RTBF (Radio Télévision Belge Francophone)
mercredi 29 avril 2026
Comment peut-on aimer la radio ?
mardi 28 avril 2026
Fip… en pile !
Dimanche 26 avril. Juste nous deux ! Fip et moi… Émoi à 8:40 avec "Just the two of us" de Bill Withers (1981). Je viens en terre connue entrer dans l'histoire du jour. L'histoire qui se tisse autour d'un ruban musical unique et surprenant. À 9:15 ça prend bien avec "Billy Jack", six minutes de Curtis Mayfield, mais entre les deux ? Les programmateurs (et une programmatrice) assurent le programme par tranche de deux heures. Et à 9:15 on a changé de programmateur depuis quinze minutes. C'est le jeu. Des fois ça colle (de l'un à l'autre programme) des fois ça colle moins. On se laisse porter. Mais si jamais on fait un peu plus que se laisser porter, on peut être un peu désemparé si Fip, de piles en piles de disques, au lieu d'être dans l'enchaînement, s'engouffre dans l'empilement.
| Merci à Patrick d'avoir extrait de son immense discothèque ces quelques vinyls… de légende |
Aie ! Ce qu'il ne fallait surtout pas dire. Et pourtant le vieil auditeur de Fip que je suis sent bien cette façon irréversible de "changer l'ordre des choses". La programmation reste éclectique, souvent subtile, et donne envie de Shazamer plus que de raison. Mais alors pourquoi cet impression d'empilement ? Ce que Radio Nova appelle le "Grand mix" ? Ben parce que si le programme ne nous plonge pas dans une histoire (un début, un milieu, une fin) qui ne s'empêche pas de virevolter, de faire des écarts, de rebondir et de retomber sur ses pattes, je dirai que notre (mon) cerveau est moins stimulé. Bon, faut dire que les histoires c'est toute mon histoire avec la radio (1). On pourrait se fier à ce slogan : "La pertinence de la programmation, l'impertinence de l'animation !" Ouais, sauf que des fois la prog. n'est pas pertinente, pas plus que l'animation n'est impertinente. C'est selon !
Comme pour d'autres chaînes de Radio France la mutation et le basculement sur le web et/ou sur le DAB+ est en marche (forcée). Pour préparer le terrain Fip aura commencé par empiler les web-radios, comme autrefois on empilait les porte-clefs. Dur constat pour les deux créateurs de Fip (en janvier 1971), Jean Garretto et Pierre Codou, particulièrement quand Garretto, en 1965, inventait la bourse aux porte-clefs (2). Mais beaucoup plus alarmant il semble bien que Fip empile de plus en plus les titres plutôt que de les enchaîner. De lier les titres entre eux. L'enchaînement, l'adn de Fip, que tant de programmateurs ont mis en œuvre, jour après jour, années après années. ¿Que pasa ? C'est quoi ce déchaînement ? Le signe que dans quelques quarts d'heure Fip ne sera plus une chaîne (hertzienne et de flux) mais une web radio parmi tant d'autres ? C'est possible ? On serait tenté de dire oui, tant les basculements vers le Dab+ et le web deviennent à la mode… Comme ce sera le cas pour France Musique dès cet été !
Et puis côté animation il y a des animatrices qui se lovent dans le programme tout en subtilité et mots choisis et celles qui posent leurs textes à plat, sans relief, sans âme. Ça s'entend et ça s'entend beaucoup même. Sauf si l'auditrice ou l'auditeur fait l'impasse sur ces "interruptions volontaires". J'ai été élevé dans l'esprit des créateurs pour ces interventions météorites, fantaisistes, décalées et captivantes. Alors j'écoute les animatrices avec attention et il m'arrive de grommeler… Car si à peine qu'un instrumental démarre on s'attend à ce que l'animatrice ouvre son micro… on frise le systématique ! Et ça enlève beaucoup (trop) de spontanéité !
Je n'écoute jamais les web-radios de Fip (3) car elles sont sans animation. Le jour où Fip basculera sur le web et finira par utiliser des voix IA, il en sera bien fini de l'idée originelle de Roland Dhordain (4), une radio de service (météo, info, radio-guidage, culture) avec le génie d'y associer une programmation musicale "unique au monde". Le tout fait d'humanité et de feeling (d'émotion), pas de robot. The dream is over.
(1) Ben à 9:29 "La fille d'ipanéma" par Jacqueline François (1964), paroles d'Eddy Marnay, je ne m'y attendais pas du tout, et surtout je ne connaissais pas !
lundi 27 avril 2026
Audiovisuel public : ce n'est qu'un combat continuons le début…
Lâcher samedi matin à 8h15, le café noir et la lecture du journal, un soleil radieux et une mer si calme, c'est une astreinte consentie mais un peu anachronique. Au début, en juillet 2011, je pensais qu'écrire un blog ce serait rigolo, fun et dynamique. J'ai écrit dans cet état d'esprit puis j'ai du très vite constater que je ne pourrais pas m'en tenir à la critique laudative des émissions, des chaînes et du service public. Les radicalités engagées depuis 2014 m'imposaient de sortir du "soft" pour entrer dans le dur. Forcément qui aurait pu imaginer que je me rende par deux fois au procès de Mathieu Gallet ou que je passe des heures à lire le rapport Schwartz ou à visionner des heures de séance en commission des affaires culturelles de l'Assemblée nationale (ou celle de la Commission). Mon innocence de "fan de radio" allait en prendre un sacré coup dans la tronche. Il allait falloir sortir de la béatitude pour me plonger dans les coulisses de "la fabrique de la radio" et comprendre (ou ne pas comprendre) jusqu'à l'incompréhensible ! Alors que la publication du rapport Alloncle pourrait ou non être décidée par le Bureau de la Commission, ce lundi à 14h30, tout cela laisse assez pantois ! Mais autant l'annoncer illico, rédiger un tel billet n'a rien d'enthousiasmant !
| 1968 |
"On a redécouvert trop tard que l’audiovisuel public ne se réduisait pas à des chaînes ou à des radios." (1) Eh oui, quelle découverte ! Dans un très long article*, la Fondation Jean Jaurès décrit parfaitement la situation. Et bien sûr pas la situation que le rapporteur Charles Alloncle a si souvent tenté de torpiller plutôt que de s'imposer de comprendre comment et pourquoi l'audiovisuel public est indispensable à la démocratie. Et de réduire le débat aux chaînes, aux radios, aux personnalités a définitivement squeezé toute possibilité de dégager des perspectives dynamiques pour assurer l'audiovisuel public de poursuivre, renforcer, développer ses missions de service public. Ses attaques perpétuelles à charge, ses phobies, ses approximations et autres obsessions scabreuses vont durablement influencer (que le rapport soit publié ou non) citoyennes et citoyens qui risquent d'agiter encore longtemps le hochet sacré des "quatre milliards". Sans discernement, sans analyse, sans autre perspective que faire table rase du passé. Alors que rapporté au nombre d’habitants, le coût de l’audiovisuel public représente environ 4,75 euros par mois et par habitant (2).
Cette Commission "contribue à faire passer l’audiovisuel public du registre de la mission à celui du soupçon… il prépare les esprits. Il installe l’idée qu’un secteur devenu trop cher, trop protégé, trop idéologiquement marqué pourrait légitimement voir son périmètre réduit, son financement reconsidéré, sa structure profondément réorganisée".* Voilà le drame. Le mot n'est pas trop fort. De la même façon que Giscard (d'Estaing, Président de la République, 1974-1981) avait dispersé façon puzzle l'ORTF dès août 1974 (avec effet au 1er janvier 1975), un futur gouvernement à défaut de créer une holding (3) ou une fusion des audiovisuels publics pourrait commencer par "tailler dans le lard" plutôt que d'engager une large consultation citoyenne pour assurer et pérénniser l'audiovisuel public. Projet de société, projet politique que Macron n'aura pas réussi à mener après quatre tentatives et autant de tergiversations, et surtout des a-priori très défavorables à l'audiovisuel public (4).
"C’est pourquoi la bataille engagée dépasse très largement la séquence Alloncle. Ce qui se joue n’est pas seulement le sort d’une commission d’enquête, ni même l’avenir d’un groupe audiovisuel. C’est la manière dont une démocratie accepte ou non de considérer qu’il existe, en matière d’information et de culture, des biens qui ne peuvent être abandonnés aux seules logiques de marché. À ce niveau, la question n’est plus seulement organisationnelle ou budgétaire. Elle devient politique, au sens plein du terme."*
| Années 80 |
Mais dans la cacophonie ambiante les programmes radio en ont pris un coup. Le service public radio ou tv ne peut pas reposer que sur l'information ! Petit à petit l'info surpasse tout. France TV se marie avec YouTube pour un partenariat stratégique autour de l'info en ânonnant un nouveau mantra "L’information, nouvelle ligne de front". Petit à petit les programmes ne risquent-ils pas de combler les espaces entre les séances d'information de plus en plus prégnantes ? On verra comment la grille de rentrée (2026-2027) de Céline Pigalle, journaliste, Directrice de France Inter, n'en fera pas trop pour l'année électorale à venir.
Autrefois outre les journaux de 8h, 13h, 19h France Inter enquillait, 24/24 des programmes riches, distrayants, impertinents avec des flashs d'infos toutes les heures. Aujourd'hui Inter et Culture instillent de plus en plus d'infos (ou d'infotainment) dans les programmes. Ce glissement est un très mauvais signe pour la diversité culturelle. À y regarder de près la représentation nationale et le gouvernement pourraient aussi s'en inspirer pour réduire encore un peu plus les budgets alloués à Radio France, au risque que de façon déguisée, la radio publique se voit contrainte de diminuer la voilure et de poursuivre l'opération de "dégraissage" comme cela a été le cas pour Mouv' sorti des antennes hertziennes.
Ce n'est qu'un combat continuons le début (5). Mais ça va être dur, très dur !
27 avril : puisque la Commission a voté la publication du rapport Alloncle c'est maintenant qu'il va falloir défendre "pied à pied" l'audiovisuel public et peut-être qu'enfin les auditeurs se fassent entendre !
28 avril : le titre de l'éditorial du Monde "Audiovisuel public : une commission aux méthodes d’extrême droite"…
Vous lirez avec intérêt le rapport de contre-enquête sur l’audiovisuel public de la Scam (Société civile des auteurs multimédia) et les 10 conclusions de ce contre-rapport.
vendredi 24 avril 2026
Peut-on se passer du "Pays d'ici" ? Non…
J'ai du écrire sur ce blog la nécessité de refaire le voyage, le tour de la France et des chemins de traverse qu'a parcouru le Pays d'ici (1984-1997), émission quotidienne de France Culture, irremplaçable et irremplacée. Et qu'on ne vienne pas me citer tel gazouillis ou telle ronflette qui occupe indûment les ondes. Sur la longue durée (13 ans) France Culture nous avait habitué à faire un pas de côté, à sortir des sentiers battus et surtout à quitter les "pavés parisiens". Et s'il existe des missions photographiques pour regarder et voir l'évolution des pays (de France) et des paysages, une mission radiophonique devrait être dévolue à France Culture pour mesurer ce qui en quarante ou trente ans à changé en France… en retournant sur tous les lieux visités pendant treize ans.
| Alain Cheiroux (Tech) - Françoise Seloron (Prod)- Monique Veilletet (Réal) - Alain Claudel (Tech) - Pays d'ici, Calvados, Sept 92, devant "la baraque à frites" |
J'imagine déjà Mme Emelie de Jong, Directrice de France Culture depuis 2023, agiter le drapeau rouge à cette idée farfelue et aux coûts prohibitifs. Et puis pourquoi donc passer de la situation (confortable) d'être "assis-e en studio" à celle beaucoup plus risquée d'être "debout sur le terrain" ? Il faudrait pour cela avoir des convictions solides, accepter d'aller plaider sa cause au Ministère de la Culture et surtout faire une priorité d'aller à la rencontre des auditrices et des auditeurs. Autant qu'aujourd'hui rien à Radio France ne va dans ce sens. Les Directrices-Directeurs de chaîne ne s'expriment plus (seraient-ils muselés par la force suprême du numérique ?). On coupe les vivres de Mouv' et on invente Mon Petit France Inter (et on plateformise à outrance).
On peut donc dire, sans se tromper que Jean-Marie Borzeix (1) en inventant le Pays d'Ici était visionnaire. «C'est une approche sensible de la France. C'est l’arpenter en direct et en public. Être à l'écoute de tous les bruissements qui sont là. Redonner à entendre. Trente productrices et producteurs se sont relayés pour dépeindre les coins de la France. Je crois qu'il n'y a aucune émission qui ait fait l'objet de si peu de débat. Qui rende compte de ce qui se passe en dehors de Paris… On est toujours menacé à France Culture par le parisianisme. C'est une émission qui a coûté très cher. Nous avions l'ambition de nous faire connaître en France.» (2)
En février 2022 j'ai pu, lors d'un entretien téléphonique avec lui, l'interroger sur le sujet. "D’où vient cette idée de faire sillonner les ondes de France(s) en France(s)? Borzeix : «C’était mon affaire. J’étais concerné plus que d’autres. À la fois provincial et parisien. Je voulais que la France et ses pays aient toute leur place à France Culture. Je voulais que cette émission soit un repère qui, sur place, rassemble tous les terrains, sociaux, culturels, politiques. Une émission compliquée qui nécessitait beaucoup de moyens financiers et techniques. Elle imposait des repérages. Elle a pu s’appuyer sur les meilleurs producteurs de la chaîne qui, sans barguigner - ils étaient tous jeunes - ont passé beaucoup de temps pour réaliser leurs documentaires, en dépassant les contraintes d’un service public.» (3)
J’insiste sur son inspiration pour de telles déambulations. «À l’origine, le travail et la recherche exceptionnelle d’Ardouin-Dumazé. Pour écrire les 55 volumes du «Voyage en France». Seul, à pied ou en train, il a arpenté lui aussi tous les pays». Borzeix conclut «Le Pays d’ici a été une grande école de la radio culturelle. Tous les jours de la semaine, sur le terrain, elle a permis de mêler les angles : archives, témoignages, actualité de la Recherche. Une émission d’actualité. Curieuse de la modernité pour mettre en perspective et bien mesurer notre temps.» (3)
Marion Thiba, productrice et documentariste : «Le Pays d’ici, c’est sortir des studios. faire de la radio, là où on en fait pas. Aller à la rencontre des gens qui n'ont pas la parole. Trouver les gens avec qui on va pouvoir faire une traversée sensible, poétique. Pour arriver à sortir des clichés. Faire une architecture qui tienne la route. Des approches farfelues, poétiques, sociales, politiques. Le Pays d'ici n'est pas une émission de journalistes, c'est une émission de documentaristes.» (4)
Je rends destinataire par mail, Emelie de Jong, de ce billet. Sans illusion. Pourtant cette mission radiophonique serait absolument du ressort de France Culture et surtout ce serait l'occasion d'une (re)création radiophonique car, jusqu'à preuve du contraire, dans cette esprit patrimonial, cela n'a jamais été fait en radio (5) !!!!!
À bon entendeur, salut !
(1) Directeur de France Culture, 1984-1997,
(2) Le Débat, juin 1997,
(3) Fañch Langoët, "60 ans au poste. Journal de bord d'un auditeur", L'Harmattan, février 2023,
(4)«Le pays d’ici.1984-1997. Une aventure radiophonique», Sur les docs, France Culture, 4 septembre 2013. Émission spéciale pour les 50 ans de la chaîne.
(5) Alors qu'il ya quelques jours j'évoquais une rediffusion dans les Nuits de "Soulac-sur-mer", hier matin Le Monde publiait "Ici, le sable est le seul maître" : à Soulac-sur-Mer, des travaux titanesques pour reconstruire la plage avalée par la mer. Par Maryline Baumard, Le Monde, 23 avril 2026. Comme quoi il est temps de retourner à Soulac !
jeudi 23 avril 2026
"Mon petit France Musique"… On ne va quand même pas l'inventer ?
L'histoire se répète… En ce qui concerne la radio ce n'est pas souvent, pour ne pas dire jamais que cette expression est utilisée. En novembre 1963, à quelques jours de la création de l'ORTF, Roland Dhordain, entre autres chargé de la réforme de la radio, prend la décision de renommer les chaînes de la radio publique qui étaient jusqu'alors affublées de noms barbares ! Il écarte France Bleu, France Blanc, France Rouge et inscrit dans le marbre France Inter, France Culture, France Musique… Visionnaire l'ancien scout et instituteur ! Mais maintenant que France Inter vient de créer "Mon petit France Inter" (PFI) et dans la foulée "Mon tout petit France Inter" rien n'empêcherait de développer ces concepts pour Culture et Musique ! Sauf que…
mercredi 22 avril 2026
Midi magnétique : Catherine Soullard jour et nuit…
Donc "Les nuits de France Culture" nous donne l'occasion grâce à Albane Penaranda, productrice de réécouter les quatre midis de Catherine Soullard (1). Déjà se remettre dans "Les nuits magnétiques" c'est embarquer pour le temps long, aller au bout d'un sujet sans jamais l'épuiser. Quatre Nuits pour quatre midis. Autant dire que Soullard va pouvoir tisser sa toile à l'aplomb du soleil. On peut pour être en phase créer un dispositif : caler chaque réécoute à 22h40. Je voulais entendre parler du midi, la nuit.
On prend à bras le corps les petits bouts de soleil, les éclats, les mots en rayons, on les pend dans sa chambre pour les relire avant de s'endormir… sous la lune. Soullard met toujours de la poésie dans ses documentaires, pas une poésie de la rime, une poésie de l’humanité et de la délicatesse. Elle aborde ses sujets avec son petit bagage, ses notes et son écoute fine. De tout ça elle tisse une histoire qui s’enroule de la meilleure façon. Avec Soullard on sait qu’on aura «une belle histoire» bien plus qu’un documentaire. Et ici, à la pointe de Bretagne il est succulent de l’entendre dire "midi est l’instant de la journée où il y a le moins de vent, Aristote». Je n’en suis pas très sûr pour nos côtes mais c’est intéressant d’y croire… en coup de vent.
Une recette d'écoute : prenez quatre de vos prochaines soirées (dès 22:40) et enfilez le midi à vos pensées nocturnes…