mercredi 28 janvier 2026

France Culture : profils perdus… (pour la radio) !

C'est du miel. "Profils perdus" cette émission hebdomadaire de France Culture qui aurait démarré à la rentrée 1987 (j'emploie le conditionnel car je ne suis pas complètement sûr de la date, fin à la rentrée 96, avec différentes productrices et producteurs) me donne une belle occasion de m'intéresser à de nombreux profils perdus (par la chaîne) depuis 1999. 1999, pourquoi cette date ? Tout simplement parce que l'arrivée de Laure Adler comme Directrice de la chaîne va provoquer sa part de "pertes et profils" qui depuis lors deviendront presque une marque de fabrique, une méthode de management (sans ménagement), un renoncement aux fondamentaux de France Culture.

Agathe Mella,
première directrice de France Culture
(1973-1975)






















Au-delà de ses compétences et de ses intuitions radiophoniques, Madame Adler, nommée par le nouveau Pdg de Radio France, Jean-Marie Cavada, doit se plier aux injonctions d'un certain Arnaud Ténèze, ex-conseiller artistique de l'ORTF qui, pour le précédent Pdg, Michel Boyon, a rédigé un rapport sulfureux (1) qui renverse la table et voue aux gémonies la singularité de la chaîne culturelle. Moins d'émissions "élaborées", durée autour de l'heure juste, plus (+) de directs, moins de producteurs tournants et autres préconisations brutales pour désingulariser la "patte" de France Culture.

Alors les profils perdus il y en a une palanquée. Un inventaire à la Prévert sans la moindre trace d'un seul raton laveur (mais plutôt un raton dégraisseur) n'y suffirait pas. Que des producteurs-productrices quittent la chaîne, bien sûr c'est la vie normale (et la mort) d'une société et de ses acteurs, mais que les dirigeants successifs s'emploient à être plus sensibles aux chiffres d'audience qu'aux contenus des émissions, à enfermer la production dans les studios et de plus en plus à ignorer le "terrain", sur-affichant l'information comme l'alpha et l'oméga du média, se pliant aux désidératas du Directeur du numérique (2) en fabricant d'abord des podcasts et des Collections dans le but non-avoué de se plier à la tyrannie du clic.

Alors de ces "profils perdus", toujours vivants dans les Nuits de France Culture d'Albane Penaranda, on pourrait faire une Collection et, pourquoi pas, tentons le mot, une encyclopédie vivante de l'histoire de France Culture. Raconter sa fabrique mais aussi les personnalités qui ont participé à faire, de cette chaîne, pendant longtemps, une exception culturelle et médiatique. Il me faudrait des pages et des pages pour aligner des noms. Un genre de "A à Z".

Ça pourrait commencer par Arrighi (Marie-Dominique, productrice) pour aller jusqu'à Wolinski (Natacha, productrice). Et là, à l'appui de documents sonores, on pourrait produire des "pages et des pages" sur l'histoire de la radio. Une utopie ? Oui, vu le si peu d'intérêt pour les dirigeants de Radio France de mettre en valeur l'histoire même de la radio quand ils sont tous passés à l'audio et à la plateformisation, façon habile de mettre à plat (à terre ou à genoux) les ondes hertziennes, la modulation de fréquence et la temporalité même de la radio au jour le jour, voire même "du jour au lendemain"…

(1) "L'avenir de France Culture", Arnaud Ténèze, document interne, Radio France, 97 pages, 1997, 
(2) Laurent Frisch, Directeur du Numérique à Radio France,

lundi 26 janvier 2026

Un principe archivistique : fouiller… alors fouillons !

Il y aura sans doute des analyses climatiques qu'on pourra rapporter à l'histoire de France… Culture. Si nous sommes entrés depuis 1999 dans l'époque glaciaire, nous pouvons - à façon - revenir à l'âge des dinosaures, toutes les nuits sur la chaîne… Avant, on vivait tous ensemble les mêmes heures, les mêmes jours, les mêmes saisons. C'est fini, chacun vit dans son monde au risque d'être de plus en plus isolé dans sa petite sphère, puisse t-elle au moins avoir la largeur d'esprit du France Culture d'avant ?

Fernand Braudel










Avant, l'Histoire régnait en maître sur la chaîne et les Lundis de l'histoire (1966-2014) rivalisaient de savoir. Parmi les historiennes et historiens qui venaient partager leurs recherches, Fernand Braudel (1902-1985) a pu marquer le temps long d'une histoire toujours en mouvement à laquelle historiennes et historiens ont activement participé. Dans "Les grandes voix du XXème siècle"  Albane Penaranda, productrice des Nuits, lui rend hommage et nous permet d'entendre comment historiens et intellectuels tentent de décrire le parcours d'un "savant" qui, toujours à sa place, ne passait pas son temps à écumer les médias mainstream en quête de légitimité morale.

Au mois d'août 1995, 4h55 d'émission. Un temps où, sous la direction de Jean-Marie-Borzeix (1941-2024) France Culture savait elle aussi installer le temps long…

vendredi 23 janvier 2026

RTL : future filiale de France Inter…

 Les cerveaux quittent France Inter "le navire amiral" de Radio France. Enfin les cerveaux, disons plus simplement des personnes en charge de postes stratégiques… À la précédente rentrée de septembre, après que Jonathan Curiel ait effectué moins d'un an son stage  rémunéré à France Inter de Directeur des programmes, il réintègre à la rentrée 2025 le groupe M6 pour diriger les trois radios du groupe, RTL, Fun Radio et RTL2. Ni France Inter ni Radio France ne sachant valoriser en interne les femmes et les hommes capables d'occuper ce poste, même si exception c'est Laurent Goumarre qui remplacera Curiel (1). Puis avant hier c'est au tour de Philippe Corbé, directeur de la rédaction de la chaîne, de quitter ce qui va finir par devenir un frêle esquif… Plus personne n'a de scrupule pour sortir du jeu en pleine saison, sans attendre l'arrivée à bon port.













Visiblement Mme Van Reeth, directrice de France Inter, a du mal à tenir ses troupes et à construire une équipe sur la durée. Cette chaîne de Radio France serait-elle le lieu où l'on vient se poser "en attendant mieux" ?  Ces mouvements de carrière commencent un peu à faire désordre. Si Corbé rejoint France TV,  il semble bien qu'RTL fasse son marché sur Inter et là on se dit comment se fait-il que Nagui n'ait pas lui même quitté le navire pour rejoindre la radio qui l'avait employé de 1987 à 2006. 19 ans quand même !

Seulement voilà à Radio France Nagui a un statut particulier de bénévole, et ce semble-t-il depuis 2014 où il a intégré les programmes de France Inter. Alors s'il est facile de débaucher les vedettes du service public de la radio, il est plus compliqué de débaucher un bénévole dont on peut imaginer qu'il souhaite garder son statut. Pourtant les audiences de RTL pourraient largement en profiter. Et Curiel qui sait si bien copier les programmes d'Inter n'aurait plus qu'à mettre Nagui à 11h et retirer 1h à Courbet qui, au bout de 25 ans, pourrait prétendre à diminuer la pression.

Nagui n'a jamais été dans le ton ou la couleur Inter. Ce serait l'occasion de réinventer une case qui aurait bien besoin d'être rafraîchie. Quel directeur des programmes oserait ça ? Laurent Goumarre ? Quelle directrice de chaîne ? Adèle Van Reeth avant qu'elle-même ne quitte le navire ? La tempête et les vagues n'ont pas fini d'agiter le bateau. Comme disait l'autre "Et vogue la galère !".

(1) Sous la responsabilité de Jonathan Curiel, directeur général des radios M6, Antoine Blin rejoindra prochainement RTL en tant que directeur de l’antenne en charge de la stratégie éditoriale. Depuis fin 2024, Antoine Blin était directeur des programmes réseau ICI – musique et contenus chez Radio France. Il avait rejoint France Inter en 2019, d’abord en tant que délégué à l’antenne puis en tant que directeur des antennes et de la production (2021-2024). 

lundi 19 janvier 2026

Radio-TV : nous sommes deux sœurs jumelles…

Ces sœurs jumelles-là ne semblent pas être nées sous le signe des gémeaux mais au fil du temps, leur gémellité va croissant. Pour s'en convaincre nous avons bien lu le projet de France TV que le Figaro détaille par le menu dans son article du 16 janvier (1). Misons tout sur le numérique et les réseaux sociaux et abandonnons définitivement progressivement le linéaire, voilà donc le credo de Delphine Ernotte, Pédégère de France Télévisions. La Direction du numérique de Radio France se frotte les mains. Déjà prête pour la bascule elle pourra toujours clamer qu'elle ne pouvait rester à la traîne de la TV ! Ben voyons Léon ! Comme si la radio devait appliquer un modèle définitif, prête depuis longtemps à faire table rase du passé. Mais qui parle de radio ?













Mue de France TV : morceaux choisis
Delphine Ernotte : "J’engagerai dès ce mois-ci la plus importante réorganisation du groupe depuis vingt ans… Celle qui mettra le numérique au cœur de nos activités. Elle fera du streaming et de notre présence sur les médias sociaux la part principale de notre activité." (1) . Et l'article enfonce le clou : "France Télévisions veut devenir un média nativement numérique et va se réorganiser autour d’un modèle "streaming first".

Caroline Sallé précise : "Delphine Ernotte avait déjà souligné qu’elle souhaitait donner la priorité à la plateforme France.tv et repenser l’organisation du groupe public autour de cette dernière." La messe est dite. Il ne reste plus àRadio France qu'à sortir du bois.

Radio France : plate forme… audio
Pour la société (et non le groupe) Radio France tout est prêt. Au dixième étage de la Maison de la radio (2), la Direction amirale du Numérique règne et surplombe ce qu'on appelait autrefois des "chaînes". "Chaînes" que moquait gentiment le journaliste Philippe Caloni car si on y ajoutait "Grilles" (de programmes) et "Cellules" (de montage) donnaient à l'affaire une ambiance… carcérale !!!!!!!!

La mue de Radio France engagée depuis 2014 est accomplie. Les chaînes, fameuses marques, à promouvoir et promues depuis les années 2010, ont fini par s'effacer au profit de Radio France et sa plateforme "radiofrance.fr". Ne reste pour l'identité des chaînes que la promotion surjouée des audiences et la mise en avant des leaders Inter, Culture, Info !

L'identité, la singularité, la différence de chaque chaîne n'existera plus qu'avec un pictogramme de couleur dans un grand fourre-tout de programmes de podcasts et de collections multiples et variés. Un peu comme devant la page d'accueil de Netflix ou de MyCanal. L'embarras du choix. Et surtout l'embarras ! CQFD !

(1) France Télévisions lance sa "plus importante réorganisation depuis vingt ans" par Caroline Sallé, Le Figaro,16 janvier 2026,
(2) Pour combien de temps encore "Maison de la radio", alors que l'audio est sur toutes les lèvres !

lundi 12 janvier 2026

L'affaire Dominici/Giono/Welles…

Je suis assez étonné d'avoir "loupé" en 2017 le documentaire de Stéphane Bonnefoi et Jean-Philippe Navarre (30 avril 2017) "Giono et Welles dans l'affaire Dominici". Rediffusé en flux hier dimanche sur France Culture et quelques heures après dans "Les nuits" comme il est de coutume qu'"Une histoire particulière" soit rediffusée dans les nuits du dimanche au lundi !!!!!!!!  Ou le charme des rediffusions de rediffusions.

Gaston Dominici lors de son procès en 1954 ©AFP












Bonnefoi est à son affaire. Je veux dire qu'il traite toujours avec humanité ses sujets (1). Et là si je puis m'exprimer ainsi "c'est du billard !" tant les personnalités de Gaston Dominici, de Jean Giono et d'orson Welles peuvent épouser la tension romanesque de l'assassinat en août 1952 de la famille Drummond sur les terres de Haute-Provence. Je n'ai pas vu le "film" de Welles mais Bonnefoi qui fait raconter les conditions du tournage nous incite à aller y voir de plus près.
Welles touché par un "fait divers" comme Truman Capote avait pu être touché par le meurtre d'une famille de fermier au Kansas dont il avait tiré son roman de non-fiction "De sang froid".

Giono quant à lui est à son affaire, lui le chantre de la fiction dans sa Provence inventée. Se colleter avec la réalité des secrets de la campagne incitera Giono à suivre le procès de bout en bout et à écrire "L'affaire Dominici" (2). Bonnefoi sait en un peu moins d'une heure mettre à plat tous les éléments du drame et donne envie de relire Giono, de revoir Gabin dans son interprétation de Dominici et surtout de courir après Welles pour en savoir "encore plus".

(1) Dans la colonne de droite de ce blog, dans la case "Vous cherchez quoi ?" en indiquant le prénom et nom du producteur, vous trouverez plusieurs articles le concernant.
(2) "Notes sur l'affaire Dominici", Jean Giono, Gallimard,

lundi 5 janvier 2026

Archives, juste les archives…

Comment faire autrement ? Jean-Marie Borzeix, directeur de France Culture (1984-1997), en créant en janvier 1985 les Nuits de France Culture, imaginait un Himalaya de mémoire radiophonique à explorer (ou à gravir), tant chaque jour grossirait un stock inépuisable. Ce patrimoine inestimable est passionnant pour les années avant 2010. Après ce n'est plus tout à fait la même chose. Dans le ton, dans la voix, dans sa palette d'ouverture au monde. Le documentaire est riche et plusieurs émissions s'y adonnent. Alors c'est plutôt de ce côté-là que j'ai envie de vous parler radio.

©Getty - Chris Ware/Keystone/Hulton Archive












George Martin, ce héros !
Déjà prendre le nom de cinquième Beatles c'est la gloire. Méritée cette gloire tant le producteur a fait ou accompagné les quatre légendaires de Liverpool. Dans "Indigo" (1995), nos beaux dimanches, sur France Culture, Jean-Luc Leray et Patricia Prigent (Réalisation) tissent la toile du "réalisateur artistique", discret, efficace et surtout doté d'une oreille et de doigts en or.

"Free as a bird" ouvre l'émission, comme un clin d'œil aux cinq petits génies plus libres que l'air. Fais comme l'oiseau… Ce que fit George depuis le 6 juin 62 et pendant sept ans et demi. Et l'injonction qu'il s'imposa "Pensez symphonique" fut sans doute une des clefs du succès des ritournelles des quatre garçons dans le vent. Ne retenons que le quatuor à cordes de "Yesterday" pour comprendre l'alchimie du musicien classique Martin et les fous de chansons mélodiques qui - formule éculée - ont fini par créer des airs intemporels.

Avait t-on les oreilles bouchées dans les années 60 pour ne retenir des Beatles que des tubes pop et rock ? L'art de l'arrangeur qui arrange au point de "passer inaperçu"… Réécoutez Eleonor Rigby… pour voir ! Et retenons cette formule de George, placée au coin du bons sens, "Aujourd'hui on écoute avec les yeux !" CQFD.

Et pour faire un petit pas de côté, écoutez "Tin man" d'America produite par… George Martin. 

vendredi 2 janvier 2026

Écrire pour le Nouvel an ou écrire pour la radio (du Nouvel An) ?

Le 31 décembre 1987 (oh Mathusalem !) Louis-Jean Calvet et Marc Legras consacraient une nuit à Léo Ferré. Et quelle nuit (1), Léo accueillant ses amis à la Maison de la radio (2). Joie, malgré mes enregistrements de l'émission sur Mini Disc (Sony) de pouvoir la réécouter en intégrale (3). Albane Penaranda, productrice des "Nuits de France Culture", pour cette nuit du passage de l'An, nous a proposé de réécouter "Un nouvel an en compagnie de Paolo Conte", une émission du 31 décembre 1998.

Paolo Conte en concert en 1994









En dix ans, cette nuit musicale a pris un sérieux coup de rabot (4). Jacques Erwan, cisèle ces deux heures (5) et à son micro, le créateur d'Azzuro est "comme à la maison". Ça parle d'abord de repas du Nouvel an, de vins de la région d'Asti) et sa chanson "Un gelato al limon" est dans le ton. "Une glace au citron, glace au citron, glace au citron, Couler au fond d'une ville Une glace au citron est du vrai citron, Aimez-vous?"

Paolo Conte est entrainant et nous donne envie de chanter, comme si c'était du français sauf que c'est du plus bel italien. "Diavolo rosso, dimentica la strada Vieni qui con noi a bere un'aranciata Contro luce tutto il tempo se ne va" (Diable rouge, oublie la route Viens ici avec nous boire une orangeade À contre-jour, tout le temps s'en va).

"L'italien que j'évoque dans mes chansons c'est un italien qui évoque la gêne de parler italien…" (vis à vis entre autres du dialecte piémontais)… Comme toujours cette langue nous (me) plonge dans une belle empathie et une proximité pour "être avec". On comprend bien comment Léo (Ferré) a pu "finir ses jours" en Italie. Et puis la langue et ses accents manquent sur France Culture… Je pense particulièrement à Francesca Isidori et ses très belles "Affinités électives" (6)

Allez, j'avais envie de vous faire partager ma passion pour l'Italie et pour Paolo Conte…

(1) Réalisation Claude Guerre
(2) Jean-Michel Boris, Jean-Claude Casadesus, Jean-Pierre Chabrol, Jacques Attali, Francis Claude, Maxime Le Forestier, Anne-Marie Houdebine, Paco Ibanez, Sapho, Catherine Sauvage et Jean Vasca,
(3) Enfin presque, aux six heures, il manque 20' (perdues ou quelque part à l'Ina),

(4) Directeur de la chaîne, Patrice Gélinet (1997-1999), 
(5) Réalisation Patricia Prigent