vendredi 16 octobre 2026

"Opus" sur France Culture : de la musique avant toute chose !

Y'a pas photo ! Y'a la dark romance d'aujourd'hui qui fait pleurer dans les chaumières et qui désespère Billancourt, Garges-les-Gonesses, Créteil-Léchat et ce coin reculé du Finistère où j'habite. Et puis il y avait les grandes heures du Programme musical de France Culture (1965-1999) (1) qui en 1992 proposait entre autres "Opus" (2)… 




















Samedi 20 juin 1992, Gérard Tourtrol est au micro et va nous raconter "le soleil noir d'un visionnaire" la story de Stevland Hardaway Judkins dit aussi Stevie Wonder. "Enfant aveugle, bercé par les blues et les gospels entendus à la radio, grand admirateur de Duke Ellington, Stevie Wonder a d'abord été l'enfant prodige et la mascotte de la maison de disque Tamla Motown à Détroit. Mélodiste talentueux et multi-instrumentiste inspiré, Stevie Wonder, fut également un militant pacifiste et un combattant pour les droits civiques." (3)

Bon je sais pas vous mais je tiens "Songs in the key of life" pour le joyau de Stevie et il est intéressant d'entendre Glenn Ferris (tromboniste de jazz) l'évoquer, lui qui a participé au double album de Stevie. Ce dernier évoque Berry Gordy et son entrée chez Motown et son premier succès 'Fingertips" (1963) que Tourtol nous fait écouter. Pas sûr que ce titre soit passé dans la première heure du Pop Club (qui démarra en 1965).

Si Stevie reconnaît que "Motown a écrit une grande page de l'histoire des Noirs" il raconte que sa propre vie à été décrite à travers ses chansons par exemple son premier amour, "I was made to love her". Ce titre et d'autres que l'on reconnaît et pour lesquels on (je) n'a fait aucun effort pour traduire les paroles. Pour "You are the sunshine of my life" on fait tout ce qu'on peut, et plus que ça, pour oublier la version mélo de Sacha Distel. Tout coule de source et tout revient à la surface de la mémoire tel "Black man" ou "Uptight". Tourtol et sa réalisatrice Régine Barjou alternent avec légèreté musique et interviews (et traduction), Tourtol plaçant délicatement des bribes de l'histoire de Wonder.


















Pourquoi certains titres sont des "évidences" qui fonctionnent immédiatement ? Parce qu'on les a beaucoup entendus et écoutés ? Parce qu'ils se sont inscrits dans notre mémoire sélective tel que "Village guetto land" ? Parce que Stevie Wonder touche avec ses mélodies à l'universel ? Alors cette "évidence" se vérifie pour "Happy birthday" chanson sortie en 1981 sur l'album Hotter Than July, hymne militant écrit pour faire de l'anniversaire de Martin Luther King Jr. un jour férié national aux États-Unis.

Récemment Thierry Jousse et Laurent Valero ont consacré sur France Musique un "Retour de plage" à Stevie Wonder. Et Michka Assayas, le très brillant érudit de tant de musiques, nous brosse, en 4 épisodes  sur France Inter, un portrait du "Little Stevie" devenu grand. (Et il était à "L'Accor Arena" de Paris hier soir).

(1) Le créateur du Programme Musical de France Culture (PMFC), qui fut longtemps son directeur, était le musicologue Guy Erismann. Le PMFC était une entité à part. Il dépendait directement de la Direction de la Musique, qui alors s’occupait des Orchestres, du chœur, de la création musicale, d'Ocora et des publications discographiques musicales, du Festival de Radio-France et Montpellier et donc du PMFC - sans bien sûr oublier France Musique ! (source, Marc Dumont)

(2) 1988-1999.  Ben oui 1999 et l'opération "coup de balai" de la nouvelle Directrice de la chaîne, Laure Adler. Pour la saison 1991-1992, l'émission avait lieu le samedi soir de 22h35 à minuit,
(3) Sur le site de l'émission,

jeudi 15 octobre 2026

Ettore Scola : Nous nous sommes tant aimés… (nous et le cinéma italien)

Pur hasard ! Revoilà le binôme Isidori/Giovannetti (Mai 1995) pour tourner autour du cinéma italien. Celui-là même qui me bouleverse et me bouleversera sûrement à vie ! On embarque avec le maître Ettore Scola. Si l'on ne connaît pas la langue italienne on est Grosjean comme devant mais, même si on ne la comprend pas et qu'on aime l'entendre, ça change tout. Sa musique nous réjouit. En intro plus de trois minutes de cette langue italienne qui nous ferait aller à pied à Naples, à Milan, à Rome, à Castellina in Chianti chez Ferré en Toscane, à Palerme, à Turin, à Gênes ou à Florence et partout dans les villages et sûrement à Montezemolo chez le grand-père de Giono. Si un jour j'y vais en Italie je ne pourrais plus rentrer chez moi…












Torniamo al punto. Revenons à nos moutons ! On entre dans le dialogue de Sophia Loren et de Marcello Mastroiani dans "Una giornata particolare/Une journée particulière". On peut revoir les images bouleversantes du huit-clos, les regards appuyés de Sophia, les regards dérobés de Marcello et s'imaginer la scène que Luciana Berini va vite nous remettre en mémoire. C'était parfait de commencer par ce film-là. Car il n'y a pas que la journée qui est particulière. Tout est particulier. Chaque plan, chaque scène, chaque personnage. Et quand on retrouve la langue italienne, on est "dans le film", près des acteurs et ça pourrait durer et durer qu'on ne s'en lasserait pas !

"Les scènes en sépia sont magnifiques" dit Berini et Isidori d'ajouter "[Scola] a choisi des couleurs passées, délavées et il a même choisi de ne pas utiliser les techniques comme le zoom parce que ce n'était pas une technique utilisée dans les années trente. Cette couleur passée c'est aussi le caractère de ces deux personnages". Puis Christian Depuyper, historien du cinéma italien, donne les clefs de ce cinéma-là. Le parcours de Scola mais aussi les parcours de ceux qui à côté de lui ont participé à la marque de fabrique d'un cinéma singulier.

Et Depuyper sur la base de "Nous nous sommes tant aimés" (1976) d'évoquer le grand "désenchantement historique qu'a vécu toute une génération, celle qui avait fait la guerre dans la Résistance et celle qui attendait la démocratie et qui voit arriver la démocratie chrétienne et on sait bien qu'aujourd'hui que ça n'a pas été du tout la même chose… Et puis, cette sorte de maladie d'Alzheimer qui s'est emparée de l'Italie après la guerre". Bam ! La très grande force du cinéma italien qui sait porter un regard lucide sur la société en mouvement. Ça ne fait pas de mal et même du bien quand, en France, on tournait des bluettes machistes (1). 

À l'issue de son documentaire, Francesca Isidori nous donne envie de revoir tous les films évoqués "La terrasse", "Une journée particulière", "Splendor", "Nous nous sommes tant aimés" et "Le bal" d'Ettore Scola. Et comme me le signale un follower avisé sur Bluesky, la phrase clef de "Nous nous sommes tant aimés" : "Nous voulions changer le monde, c'est le monde qui nous a changé".

On notera que les "Mardis du cinéma" duraient 1h30, ce qui serait impossible aujourd'hui quand les émissions sont enfermées entre les heures justes.

(1) Et du sirop de guimauve : "Vincent, François, Paul et les autres" ("les autres" ? Les femmes sans doute innommables !) de Claude Sautet, 1974,

mardi 13 octobre 2026

France Musique : Stephane Grant… pipo sans moderato !

Le 10 septembre, Stephane Grant, nouveau Directeur de France Musique, s'exprimait dans la revue numérique "Média+" : «Cette nouvelle saison, nous allons l’écrire ensemble, avec toutes les équipes de France Musique et nos fidèles auditeurs.» On se pince, Monseigneur ! Démagogie poussée aux extrêmes. Depuis quand auditeurs et auditrices pourraient être associés de près ou de loin à l'élaboration des programmes d'une chaîne de radio publique ? En tous cas jamais depuis 1921. Quelle farce alors ! Que des mots creux, une formule toute faite, de la gonflette de camelot de foire qui voudrait à tout prix vendre ses casseroles… inoxydables !














Monsieur Grant vous imaginez sans doute que "France Musique est à vous" (1) ou "Quelle musique entendez-vous ?" (2) puisse correspondre à l'élaboration des programmes par les auditrices et les auditeurs. Choisir des morceaux de musique, les proposer à une productrice … Décider que telle musique s'accorderait parfaitement à telle œuvre picturale, ces propositions, l'une comme l'autre, n'ont rien à voir avec le fait de recueillir des suggestions d'émissions et les mettre en œuvre. Mais plutôt il s'agirait :


• D'ouvrir l'antenne à des expériences radiophoniques dans les conservatoires (et pas uniquement celui de Paris !) dans les universités, les lycées, 
• Passer des commandes de créations radiophoniques sur des thématiques musicales, 
• Varier les écritures radiophoniques, 
• Donner une place à l'actualité de la recherche sur la musique, 
• Autoriser les invités à parler plus de 5 minutes, 

• Rendre publics les critères de sélection des nouveaux producteurs et 
• Ouvrir un appel à projets annuel avec un nombre substantiel d'auditeurs dans le jury de sélection,
• S'engager à répondre à tous les projets,
• Mettre à la disposition des enseignants et étudiants des émissions réutilisables en cours, 
• Garantir une place à la réflexion critique, même quand elle ne sert pas directement la promotion d’un concert ou d’un disque. 

Et… cerise sur le gâteau, renverser la table et ouvrir la chaîne à toutes les musiques et pas seulement à l'hégémonie du classique ou le pré-carré du jazz ! Oui là, Stéphane Grant, on pourrait commencer à croire à votre mantra  "Écrire ensemble"… Et, si vous avez un moment, regardez donc les programmes mijotés par Louis Dandrel (1975-1977) et vous découvrirez le gouffre qui vous sépare de cette époque-là !

Le logo 1999-2005,
avec le fameux "s" que l'on doit à P. Bouteiller
Directeur de la chaîne à cette époque,














Et puis, Monsieur Grant, quid des auditrices et des auditeurs qui, sans plus aucune fréquence hertzienne pour écouter la chaîne dans les 11 000 villes concernées, pourraient alors "écrire ensemble" ? Écrire quoi ? Leur déconvenue ? Les pirouettes de la Direction générale et celles de France Musique disent la déliquescence du service public radio et surtout la volonté des dirigeants de changer d'ère (et de chanson) pour ne plus jurer que par le numérique qui écrase tout… sur son passage au DAB+, entre autres. Revenir à la FM serait pour Sibyle Veil, Pédégère de Radio France, se déjuger et surtout constater son refus de revenir à la position antérieure comme sont en train de le faire les Suisses !


À ce jour, Stéphane Grant, vous n'êtes ni convaincant ni rassurant. Vous suivez, bon gré mal gré, un mouvement de fond porté par Laurent Frisch, Directeur du Numérique de Radio France qui, lui-même, a en ligne de mire l'injonction des tutelles depuis 2014 : "Diminuer drastiquement la masse salariale" et par extension LES MOYENS DE PRODUCTION. On rationne la création radiophonique et on entretient à grand frais une armée mexicaine de cadres inutiles et improductifs.


S'ils existent, M. Grant, donnez-nous vite des faits qui valideraient l'"écrire ensemble". Sinon vous participerez à la désinformation et au renoncement de France Musique à être accessible à l'écoute pour toutes les Françaises et tous les Français. Cette écoute libre et gratuite, un vrai choix de société auquel Radio France vient de poser les bases de son désengagement !


Ajout de 20:30

Dans son édition de demain, Télérama en dernière page du courrier des lecteurs annonce : "Dans nos articles [sur telerama.fr], nous avons vivement regretté ce choix qui nous semble affaiblir la station. Nous en préparons d'autres, qui relateront les conséquences pour les auditeurs de ce qui s'apparente à une réelle fracture culturelle. Concernant la carte des zones dont les fréquences ont disparu, Radio France nous indique ne pas être en mesure de l'établir." 


(1) Le vendredi 6h30/9h et le samedi matin 7h/9h,

(2) Le vendredi 10h30/12h, 

lundi 12 octobre 2026

Claude Giovannetti : hommage par Francesca Isidori…

C'était vendredi soir dernier à la Scam (Société Civile des Auteurs Multimédia) à Paris un hommage à la réalisatrice radio Claude Giovannetti, décédée au mois de mars 2025. Francesca Isidori, documentariste et productrice à France Culture, a écrit et dit son amitié pour Claude…

Claude Giovannetti















"Plus qu’un  témoignage c’est un «bout à bout» qui n’a été précédé d’aucun enregistrement et, ne sera suivi d’aucun mixage. Le premier que je fais toute seule. Des souvenirs épars des photogrammes, des  phonogrammes. Des sons, des mots:  entendus - reçus - écrits - envoyés.  Ou pas. Des fragments de rêves. Des moments de vie, avec Claude. Notre amitié est née à la radio, a grandi à la radio, s’est perdue à la radio et est renée par le biais de la radio, trois ans avant sa disparition.


Je suis perdue dans ce temps qui a été le nôtre, une durée si longue avec lacunes et absence, silences, disparitions,… Retrouvailles à distance et perte. Malgré l’évidence des coupures, un sentiment obstiné de continuité m’habite. Pourquoi alors, pour attester cette continuité, il ne me reste que quelques flashs et échos chaotiques ? Mais très précis le bruit d’un avion dans le ciel de Montfort l’Amaury, griffant, se superposant à la voix de J. L. S. C’était une amitié au travail, la nôtre, c’est ce qui m’importe de vous dire : une forme particulière d’amitié, différente des amitiés d’enfance ou de jeunesse, différente de l’amitié sentimentale.


Maison de la Radio : le studio d'enregistrement, le studio de mixage, et entre les deux la cellule de montage. L'intimité de l’écoute naissait dans le huis clos de la cellule, où la vie  par ailleurs  entrait à flots : au gré des bandes enregistrées qui défilaient sur le magnéto, au gré de ce qui  nous arrivait, de la joie de nous retrouver le matin, des rires et des confidences.


En 2024 elle écrivait : «Notre attachement commun au son qui a irrigué et irrigue encore notre vie.» On aimait les sons, on aimait les voix, passionnément on aimait les écouter. Écouter à deux dans ces cas-là ne double pas le plaisir, Le rend ….  au centuple. Accents - souffle - grain de voix. Voix et, ce que la voix dit au-delà des mots, ce qu’on y entend et qui n’est pas dit. Ce que la voix dit à l’insu de celle - ou celui - qui parle. La tension et l’attention de l’écoute était une expérience partagée. Nous sommes devenues amies dans ce partage.


« J’ai grandi avec toi à la radio »


Nous étions concentrées au même moment sur la voix enregistrée, les yeux baissés, seule l’ouïe était mobilisée, parfois on levait la tête au même moment, on échangeait un regard, on esquissait un sourire. Pour éviter tout malentendu je tiens à préciser que cet attachement 

au son, à la voix, que j’évoque, relève davantage d’un plaisir sensuel, intellectuel, d’une attitude ou aptitude humaine, que d’une quelconque mystique acoustique. Ensemble nous n’avons jamais travaillé autrement qu’avec des bandes magnétiques. 


J’avais dit à Claude - sur le ton « allegro ma non troppo », que avec le numérique la radio faisait le chemin inverse de celui de la révolution freudienne qui avait marqué le passage du regard (l’hypnose) à l’écoute (la cure par la parole). Avec le montage numérique la vue, et d’un seul, prime sur l’écoute. On n’entend pas de la même façon quand on a les yeux fixés sur l’écran. L’écoute partagée est affaiblie, et souvent n’a plus raison d’être.


Claude et Yann Paranthoën

















Photo N/B que je vois pour la première fois en janvier 2024 : Yann [Paranthoën] au 1er plan   olympien, 3/4 profil, image nette, son couple de micros Shoeps à la main, Nagra à l’épaule.Très loin, en arrière plan, Claude, les traits estompés, presque effacés, deux taches sombres, les yeux. Malgré le flou je reconnais cette expression que j’ai vue tant de fois sur son visage, une question muette qui reste sans réponse, dans ses yeux agrandis d’inquiétude, un pli entre les sourcils que l’objectif ne distingue pas.


J’étais fascinée par la maitrise des gestes du montage, par la précision avec laquelle elle coupait la bande après l’avoir effleurée  n faisant des infimes aller/retours sur le magnéto, 

palpation sonore d’où sortait une voyelle étirée jusqu’à se muer en une plainte animale 

ou un son rauque - distendu -  cri de créature préhistorique.Trouver  le point où il fallait inciser.

Couper le son avec des ciseaux. Est-ce que c’était tailler/sculpter le son ? Je ne sais pas, je crois pas : je dirais que c’étaient plutôt les sons, les voix, les sons/sens qui nous façonnaient, 

qui nous travaillaient en même temps que nous les travaillions.


La nuit qui a suivi la découverte de la photo en N/B j’ai rêvé que j’étais dans une rue étroite,

je levais les yeux et je voyais Claude accoudée à une fenêtre tout en haut, elle me faisait signe qu’elle allait me rejoindre / joie immense de ce dialogue en langue des signes / sans voix. Ellipse : j’entre dans un café et je la vois / déjà là, téléportée du dernier étage à cette salle de bistrot déserte, m’attendant, assise tout au fond - mais image nette cette-fois : posé sur la table devant elle le Nagra. Prête. L’enregistrement peut commencer."


© Francesca Isidori, octobre 2026

vendredi 9 octobre 2026

Dim Dam Dom : Les lycéens ont la parole… à la télévision en 68 (mars) !

Pour une fois (ou deux) je vous parle de télévision. Et pas n'importe laquelle le magazine pop de Daisy de Galard "Dim Dam Dom" (1). En mars 68, le 10, douze jours avant le "Mouvement du 22 mars", Marguerite, forcément Duras, interroge Romain Goupil (lui-même) lycéen de 16 ans. Incroyable ! "Pourquoi fait-on de la politique à 16 ans, est-ce que la politique vous empêche de bien travailler, qu'est-ce que la politique ?" (Vous avez trois heures). 

Marguerite Duras













(1) Je téléscope son générique avec la musique de Lalo Schifrin pour le film "The fox" arrangé par Hugo Montenegro pour la pub des bas "Dim". Ça va bien pour donner du pep's aux lycéens !! ;-)

jeudi 8 octobre 2026

France Culture : Francesca Isidori, Didier Daeninckx et tous les ingrédients pour être en bonne compagnie…

Ça commence très bien : l'indicatif - Minellos par Rubin Steiner - puis, après le premier micro de Francesca Isidori, productrice à France Culture, l'indicatif des "Maîtres du Mystère" émission mythique des mardis soirs sur France Inter (1) que Daeninckx écoutait sous la couette dans sa prime jeunesse. C'est important ces repères. La voix, accentuée d'Italien, de Francesca, les indicatifs d'émissions, marqueurs de mémoire. Et puis le saut dans le temps, pour (re)prendre le temps. Et si on l'a lu et qu'on connaît un peu, beaucoup Daeninckx, on est assuré de passer un bon moment…

Didier Daeninckx 















 

Bon, déjà Daeninckx en 69 bosse à l'usine, met de l'argent de côté et part trois mois au Moyen-Orient essayer de comprendre le conflit israélo-palestinien… Alors que tous les hippies et autres frères de la côte qu'ils soient de France ou de Navarre nous incitent à partir pour Katmandou. C'est pas le même rêve ni la même réalité. Touchant d'entendre son souvenir de Saint-Denis, où il est né, et du cinéma "Le Chabrol" photographié par Doisneau. Où les souvenirs de sa mère portant les valises pour soutenir la "Révolution espagnole" face à Franco.

Daeninckx : "Si j'ai commencé à écrire des polars c'est à cause de la proximité des abattoirs [de la Villette]". Il évoque aussi le livre Léon et Maurice Bonneff "La vie tragique des travailleurs" qui décrit, les mines, les filatures, les boulangers avec le langage propre à chacun, l'argot des métiers et leurs centaines de mots disparus. Puis Daeninckx raconte ses affinités littéraires dans lesquelles s'immisce du beau monde (Aragon, Echenoz, Perec).

Gros coup de blues assuré si Francesca nous donne à entendre "Andaluces de Jaen" que nous écoutions en… 1969 ! Les trois ans que Didier Daeninckx a passé à observer la vie d'une région au quotidien quand il est devenu journaliste pour "voir ce qu'il y avait de remarquable dans ce que Pierre Michon appelle "Les vies minuscules", pour moi ça a été une éducation du regard…," cherchant le biais bien plus que la surface des choses. 

Puis Daeninckx évoquera son séduisant parcours d'écrivain…

(1) 1957-1965, sur Paris Inter puis France Inter depuis novembre 1963, par 

Pierre Billard et Germaine Beaumont. Puis d’octobre 1965 à septembre 1974. Suite à un différend entre Billard et Beaumont, alternance entre "Mystère mystère", produit et réalisé par Pierre Billard et "L’heure du mystère", produite par Germaine Beaumont. Chose assez rare en radio qu’un «conflit» se solde par une alternance au micro !