Radio Fañch
"Un média de service public n’est pas fait pour l’audience mais pour remplir des missions qui sont de faire vivre des valeurs de démocratie, de culture et de création." Jean-Paul Philippot, administrateur général de la RTBF (Radio Télévision Belge Francophone)
lundi 5 octobre 2026
France Inter : le 7h57, y'a pu, en panne… d'humour !
vendredi 2 octobre 2026
France Musique : la messe est dite !
Et redite ! À quelques jours du passage du Pape en France, c'est la Présidente Directrice-générale de Radio France, Sibyle Veil qui, sur France Musique ce matin, a donné l'absolution à sa décision de basculer trois-cent émetteurs de France Musique à France Info et Ici (ex France Bleu) le 22 juillet dernier. Cette séquence radiophonique était animée par Emmanuelle Daviet, médiatrice de Radio France. À la base, juste un problème éthique et déontologique, comment une salariée de Radio France peut-elle en toute objectivité être autrice d'une médiation respectueuse des deux parties ? Les dés sont pipés et depuis très longtemps. Peut-on imaginer que Daviet n'ait pas échangé avec Veil pour préparer l'interview ? Peut-on imaginer que Daviet, se faisant la porte-paroles des auditrices et des auditeurs mécontents, demande à Veil de revoir sa copie et revenir à la situation antérieure, comme par exemple la Suisse qui, depuis le début de l'année, rétropédale sur le Dab+ exclusif ? Ce (triste) moment de com' nous a confirmé, s'il en était besoin, que Veil ne reviendra pas sur sa décision. Aux auditrices et auditeurs dégoutés de se "contenter" de l'aumône d'un récepteur Dab+ pour six cent d'entre eux ! Onze mille villes touchées par la bascule, 600 récepteurs offerts. C'est quoi ce mépris et ce geste indigne ?
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Reconnaissons à Emmanuelle Daviet d'avoir posé toutes les (bonnes) questions qui fâchent. Mais sans jamais aucune relance. Qu'à la première de ces questions, en direction de la Présidente, celle-ci commence par "Euh… Hum…" n'est pas le gage de l'assurance d'un grand moment de vérité à venir. Et très vite on va s'attendre à ce qu'une succession de formules toutes faites tombent du ciel et qu'on pourra aussitôt ramasser à la pelle. Formules qui s'appuient particulièrement sur la méthode Coué, méthode managères de moins de cinquante ans instituée depuis Mathieu Gallet. Qu'on en juge !
"France Musique commence à désinvestir la FM et s'engage dans l'avenir de la radio (le Dab+). Les auditeurs de France Musique prennent de l'avance sur l'évolution". On reste pantois devant une telle affirmation qui ne démontre rien et, pire, renvoie les évolutionnistes privés de la captation en Modulation de Fréquence aux oubliettes de la dite évolution. On se croirait à la foire quand le camelot fait tout ce qu'il peut pour nous vendre un lot de casseroles phénoménal en y ajoutant un lot de serviettes et de gants moches et reches.
Veil, Grant (Directeur de France Musique), Bon (Secrétaire Général de Radio France) vendent en chœur la même lessive d'avenir : le numérique et internet. Et Veil de débiter sa com' bien rodée sur le Dab+ qui d'ailleurs ne peut pas être écouté par toutes les auditrices et auditeurs qui ne captent plus France Musique en FM. Un angle mort dans l'évolution, non ? Et puis un peu comme les incantations du Pape, Veil et Grant disent leur volonté de "faire de France Musique une très grande chaîne". Mais ça ça s'appelle un vœu pieux, ce sont des mots dont on peut attendre longtemps les actes. Quand depuis dix ans France Musique a diminué les moyens de production comme l'ont très bien écrit les personnels de Radio France à Sibyle Veil.
Pour se conforter dans cette succession d'incantations, Stéphane Grant dit avec presque un trémolo dans la voix : "J'ai dans mon bureau une affiche des années 80 ou 90 qui dit "France Musique prend l'air". Pas de pot Monsieur Grant, en 2026, France Musique est plutôt en train de prendre la poudre d'escampette, elle manque d'air et surtout elle n'a plus la chanson !
jeudi 1 octobre 2026
La radio : champ des (im)possibles…
(1) Le pays d'ici, Les chemins de la connaissance, La matinée des autres, Le bon plaisir, Les nuits magnétiques, Le vif du sujet, les ACR et tant d'autres émissions. C'est sous les Directions d'Yves Jaigu (1975-1984) et de Jean-Marie Borzeix (1984-1997) que les producteurs tournants ont pu le plus et le mieux s'exprimer. C'est Sandrine Treiner qui portera le coup fatal à cette forme de production radiophonique,
mardi 29 septembre 2026
Surpris par la nuit : Sur les pas d'Yvonne Verdier, une ethnologue des savoirs des femmes…
Hier en fin d'après-midi à l'écoute de ce "Surpris par la nuit" (1) j'ai remis au lendemain l'écriture de ce billet. On est mardi, il est 9 heures passées de quelques minutes et, on pourrait se croire dans "La matinée des autres" (2). Ce si beau titre d'émission et cette si belle émission. Les autres, qu'Yvonne Verdier a observé entre 1968 et 1975 dans le village de Minot en Bourgogne. Bien sûr on se demande toujours pourquoi - et on désole - que ces deux émissions ("La matinée des autres" et "Surpris par la nuit") aient disparu de la grille, jamais remplacées quand, c'est à Paris dans les studios (au chaud) que sont réalisées aujourd'hui la quasi-totalité des émissions de Radio France. Un renoncement aussi à aller vers les autres…
L'ethnologue Yvonne Verdier (3) décrypte les rites de passage et savoirs pratiques des femmes, leurs gestes et savoirs traditionnels dans le village bourguignon de Minot au début des années 1970. Elle et son équipe, sur le temps long et, à la radio aussi, sur ce temps de la "nuit" propice à l'écoute et à l'attention. Sa démarche repose sur l'écoute attentive des habitants, en particulier des femmes, afin de décrypter les rôles traditionnels et le savoir-faire quotidiens qui régissent la vie rurale. Et l'instituteur, Michel Guyonnet, d'évoquer la réalisation avec ses élèves du "Journal du temps" qui va, à sa façon, participer de la recherche collective engagée par Verdier, en relatant "le présent, le passé proche et les habitudes du village". Ce qui donnera "Le journal des Hommes, le journal des animaux, la vie des champs et la perception de l'actualité" (4)…
Puis l'émission évoque le parcours scientifique d'Yvonne Verdier et le point d'orgue de sa recherche à Minot. Daniel Fabre, ethnologue : "Les rites de passage et la face cachée des agents invisibles de ces rites qui se trouvent être, en Europe, des femmes… C'est le savoir du linge et de l'eau qui qualifie "la femme qui aide"". Yvonne Verdier détaille les étapes successives de transmission auprès des jeunes filles comme celle par exemple "des épingles et des aiguilles… L'épingle symbolisait l'état de jeune-fille qui pouvait aussi s'en servir pour pîquer le garçon qui, au bal la serrait de trop près."
Claudine Vassas, etnnologue, évoque à partir des travaux de Verdier "La part des femmes et le féminin" et lit une phrase de son livre : "Les femmes se transmettent entre elles la faculté toute physique de procréer cependant que le caractère radical de cette transmission met toujours l'aspect conflictuel des femmes sur ce point…" Et l'instituteur ajoute que Verdier a formalisé, en une seule, les trois femmes de Minot "la laveuse, la couturière et la cuisinière". Vassas ajoute : "Yvonne Verdier a ouvert, grâce aussi à cette étude (et à l'époque) une réflexion plus large sur le féminin".
Fabre "Son livre [à Yvonne Verdier] rend sa parole aussi singulière y compris par rapport y compris avec ses trois "amies" avec qui elle faisait le terrain. Elle avait une affinité fondatrice avec cet univers que la parole de ses interlocuteurs renouvellait. Et en même temps elle a une grande fidélité à ce que j'appellerai le "filon romantique" de l'anthropologie… Ce filon romantique prend acte du caractère tragique de l'histoire. L'histoire est une suite d'effacement, de disparitions, de cataclysmes, voire d'apocalypse… Et ce qu'elle entend [à Minot] c'est un monde fini…" (5)
Autant vous dire que ce "Surpris par la nuit" est un vrai moment de radio. Pas quelque chose qu'on jette et qu'on oublie dans le quart d'heure. un moment de radio qui donne envie de lire, d'approfondir, de chercher autour et de trouver. Des qualités que savaient exprimer les documentaires de France Culture. En les écoutant le soir en début de nuit on pouvait on pouvait ouvrir des espaces de rêves éveillés. En les écoutant de jour il fallait arrêter de faire quoi que ce soit d'autre que d'écouter. À chaque fois être "dans la radio" et non pas à côté.
Une matinée des autres avec "Femmes de Sardaigne"
lundi 28 septembre 2026
France Musique : les salariés de la chaîne écrivent à Sibyle Veil…
Vendredi dernier, 25 septembre, Diapason, mensuel spécialisé musique classique, publiait sur son site la "Lettre ouverte des salariés de France Musique à Sibyle Veil". Il était temps. Deux mois après la bascule éliminant du paysage presque trois cent fréquences au bénéfice de France Info ou d'ICI, on attendait les réactions du personnel concerné qui, peu ou prou, devrait pâtir de cette situation si les sondages médiamétriques confirment le désarroi, la stupeur et l'incompréhension des auditeurs et des auditrices de la chaîne appelée autrefois, ironie du sort, "France IV- Haute Fidélité". La haute, voire très haute fidélité de ses meilleurs supporters mise a mal par la précipitation de ladite bascule, l'amateurisme de la communication et le mépris des dirigeants pour faire croire qu'il est si facile de changer d'équipement de réception. En juillet, la prestation de Voinchet (ex-Directeur de la chaîne) sur France Info laissait pantois.
| Visuel Télérama sur Bluesky |
De leur très longue lettre, j'ai surtout retenu leurs chiffres qui nous font tomber de l'armoire. "Un élément peut être pointé sans contestation possible : l’évolution des masses salariales des trois antennes historiques de Radio France. Entre 2004 et 2022 […], la masse salariale de France Musique est passée de 2,7 à 3,5 millions d’euros. Soit une augmentation de 30% qui, sur une si longue période, même sans aucune transformation, aurait tout juste permis de compenser l’inflation cumulée. Or, c’est dans cette enveloppe que toute la politique numérique de France Musique a dû être développée, en amputant d'autant les moyens de production. Sur la même période, la masse salariale de France Inter, déjà considérablement mieux dotée, passait de 15,9 à 24,5 millions d’euros (55% d’augmentation) ; celle de France Culture de 6,5 à 11,3 millions (75% d’augmentation). L’inégalité de traitement entre les chaînes est ici patente. Nous n’évoquons même pas France Info, encore jeune antenne en 2004, qui a vu depuis sa masse salariale augmenter de 125% ! »
Pendant dix ans (2017-2026) Voinchet comme les autres Directrices et Directeurs de chaîne se sont agenouillés devant les chiffres d'audience et ont redoublé de superlatifs pour dire que "tout augmentait". Façon habile de cacher "tout ce qui diminuait" et qui obligeait ces Directions à tailler dans le lard de la… production. Un comble. Si le métier de la radio publique est de produire et diffuser des émissions, c'est toujours sur cet ADN-là que les dirigeants tapent et coupent les vivres en premier. Quand, dans le même temps, l'armée mexicaine de cadres (inutiles) est devenue pléthorique.
Auditrices et auditeurs "perdus en mer" se sont regroupés dans un groupe Facebook "Sauvons la FM. Sauvons France Musique" coordonné par Frédéric Cherpe. Chacun se démène pour interpeller politiques, professionnels de la profession et particulièrement Radio France toujours très habile pour proposer des solutions qui ne répondent en rien aux préoccupations légitimes des auditrices et des auditeurs.
La conclusion des signataires de la lettre ouverte est frappée au coin du bons sens et de l'histoire même de la radio publique. Mais tristement le bon sens et l'histoire n'appartiennent ni au staff de Radio France, ni à sa Présidente Sibyle Veil !
"La marque Radio France n'est pas réductible à l'information. Elle s’est toujours singularisée par un équilibre subtil entre ses propositions culturelles, politiques, divertissantes… Ce juste équilibre, aujourd’hui mis à mal, ne devrait-il pas précisément être préservé au moment où le chaos informationnel rend le présent si anxiogène ? » CQFD.