dimanche 13 septembre 2026

Radio France : grève à tous les étages… (de France Inter)


Il y a ceux - chagrin - qui se désolent et ragent, ceux qui se réjouissent et ceux qui ont autre chose à faire (ou à défaire). L'absence de programme sur l'une ou l'autre des sept (six ?) chaînes de Radio France montre à quel point auditrices et auditeurs fidèles peuvent être désemparés tout en étant souvent solidaires du mouvement de grève. Particulièrement si ça heurte leurs convictions. La décision de Céline Pigalle, Directrice de France Inter, de recruter Charles Sapin, directeur-adjoint de "Valeurs actuelles", hebdo d'extrême droite, pour assurer l'édito politique de la matinale dominicale est le baril qui a fait déborder le vase. Tant qu'il n'y avait que les auditrices et les auditeurs qui se plaignaient via la page de la médiatrice, tant qu'il n'y avait que les salarié-es de Radio France, Pigalle comme Veil, Pédégère de Radio France, pouvaient continuer à s'enfermer, droits dans leurs bottes (ou leurs escarpins, c'est selon) et leur choix politique qui a mis le feu aux poudres. Inter est en état 
avancé de poudrière et, c'est très mauvais pour son image de marque, pour les tutelles qui ne roucoulent qu'à la médiamétrique. Très bon pour tous ceux qui, à la suite de la Commission Alloncle, se sont réjouis de mettre au pas cadencé Radio France et son fragile esquif France Inter.

Quelle galère !








Ce matin depuis 8h (désolé avant je rêvassais devant le soleil et la mer) c'est donc un programme musical (pas une playlist comme voudraient nous le vendre quelques personnes zélées) qui défile sur la chaîne rouge. Rouge pour la couleur de son logo. Faudrait quand même pas rêver ! Oh yeah. 

Il y a treize ans deux ex-journalistes de Télérama, Anne-Marie Gustave et Valérie Péronnet, se pensant très drôles et très fines avaient titré leur saga, censée célébrer le cinquantenaire de la chaîne : "France Inter : amour, grèves et beauté". Après les avoir rencontrées, je n'avais pas manqué d'en faire un p'tit billet pour l'histoire. Pour l'histoire de 2026, pour ce qui ressemble à un coup-fourré il faudra retenir que samedi 12 septembre 300 personnalités (1) de la culture ont signé une pétition dans le Parisien. Personnalités qui souvent sont invitées sur France Inter. Mmes Veil et Pigalle peuvent commencer à manger leur chapeau (avec ou sans plume). Car l'une ou l'autre de ces personnalités pourraient très vite à l'antenne faire part de leur désapprobation et ça, la roucoule enchanteresse et habituelle de Devillers et consorts ne pourra rien y faire.

Donc ce matin sur Inter pas de Sapin (Pigalle a les boules), pas de Demorand et sans doute pas de Baddou à 18h. La polarisation battue en brèche. On a pu penser à autre chose et sortir de la nasse insupportable du "tout info".

Bertrand Durand, CGT
devant la Maison de la Radio
1" septembre 2026


















Pour la pétition c'est ici, pour écrire à la médiatrice c'est . Pour réécouter le plaidoyer de Pigalle, face à la médiatrice le 10 septembre sur France inter, c'est .

(1) Quelques noms : Josiane Balasko, Denis Podalydès, Julie Gayet, Bruno Solo, Ariane Ascaride, Romane Bohringer, Dominique Blanc, Gérard Hernandez, Yolande Moreau, Jacques Gamblin, Corinne Masiero, Laure Calamy, des cinéastes comme Patrice Leconte, Valérie Donzelli, Audrey Diwan ou le documentariste Vincent Munier, mais aussi des figures de la musique,Yann Tiersen, Camille, Lio, Aldebert, Emily Loizeau, Jeanne Added, Mathias Malzieu, Miossec, Magyd Cherfi, Lo’Jo ou des écrivains, la Prix Nobel Annie Ernaux,…

Auditrices et auditeurs devant
la Maison de la radio, 13 septembre 26,


vendredi 11 septembre 2026

11 septembre 1973… Allende for ever !

Inoubliable le 11 septembre 1973, même si je l'ai pris en pleine poire le 20 ou le 21 (ce mois-là je n'écoute pas du tout la radio). Abonné au Nouvel Obs je venais de déménager et mon journal m'arrivait avec un certain retard. En rentrant du taf' le soir je prends la couv' en plein cœur. Quelque chose s'écroule (durablement). Les illusions, l'espoir, le changement d'ère. Et vraiment personne avec qui en parler autour de moi… C'est la façon la plus brutale de passer de l'adolescence à l'âge adulte. Cinquante-trois ans après, l'émotion et la peine sont intactes et Salvador Allende inoubliable…

Du 17 au 23 sept. 1973
















Pour le cinquantenaire, Alain Devalpo et Jean-Philippe Navarre pour "Sur les docks" sur France Culture faisaient une "Mise en perspective du programme politique et économique du président Salvador Allende, arrivé au pouvoir au Chili en 1970, à travers des témoignages de Chiliens engagés." (1). J'en veux terriblement à la presse qui sans aucun discernement évoque depuis 2001 le "11 septembre" ! C'est une injure à l'histoire et un très grand mépris pour l'Amérique latine ! CQFD.

(1) Sur le site de l'émission,

Film de Patricio Guzmàn
2004





jeudi 10 septembre 2026

France Musique : auditrices et auditeurs en détresse…

On peut facilement imaginer que le 3 août dernier ni M. Voinchet (Directeur de France Musique), ni M. Grant (futur Directeur de la chaîne) ne prenaient le temps de lire le "20 Minutes" suisse (1). Et pourtant ça aurait pu ébranler leurs certitudes quant à la fin programmée de la FM en France et le test grandeur nature de la bascule que venait d'opérer la chaîne depuis le 22 juillet, incitant auditrices et auditeurs à s'équiper en DAB+ chez Darty (sic). Grant devenu Directeur proclame dans Télérama (07/09) : "Là où la FM a été supprimée, elle ne reviendra pas ». Quel oracle !  On y croit trop.

Le logo c'est un pouce vers le bas, non ?

















"La SSR [Société Suisse de Radiodiffusion et télévision est le groupe audiovisuel public de la Suisse] se prépare à revenir sur la FM dès cet automnePrès d'un an après l'avoir quittée, la SSR va de nouveau émettre sur la bande FM. Des tests sont en cours et les premières radios pourraient rediffuser dès l'automne." (2) Qu'est-ce qu'on se marre ! La France Championne du Monde de ses certitudes veut d'abord vivre son propre "crash test" avant de revenir sur sa position. Voilà une posture (ir)raisonnable que Madame Veil, Pédégère de Radio France, n'en doutons pas, saura défendre, avec son brio habituel, devant les tutelles.

"Pour rappel, la SSR avait cessé de diffuser ses programmes en FM en janvier 2025 pour passer entièrement au DAB+. Mais après le premier semestre 2025, elle a en effet perdu le quart de ses auditeurs sur l'ensemble du pays." précise Christine Talos. C'est ballot ! France Musique devrait donc perdre des auditeurs même si, magnanime, Radio France "a mis un budget à la disposition de la station, qui permet depuis le 22 juillet d’offrir, «chaque jour», des postes DAB+ à certains auditeurs ayant fait part de leur désarroi à la station (3). Auditrices et auditeurs en désarroi vous savez ce qu'il vous reste à faire ! 

Parade misérabiliste qui ne dédouane en rien le staff de Radio France (qui est une société et non pas un Groupe) qui n'aura pas réussi à faire avaler la pilule aux auditeurs et à masquer son intention réelle de basculer, à terme, France Musique exclusivement sur le Net ou en DAB+.

Dans Media + du 10 septembre, Grant annonce : "Nous avons accompagné nos auditeurs sur l’ensemble de l’été, et nous continuons à les guider, notamment en prenant soin de répondre à l’ensemble des mails que nous recevons." Voilà, contentons-nous de recevoir des mails… Grant tente de se voiler la farce, sans jamais y parvenir !

Le Groupe Facebook de défense de la FM !

(1) Pas sûr non plus que s'il avait déjà été responsable de la Revue de Presse, Voinchet ait attiré notre attention sur cette publication, 
(2) Christine Talos, 20 Minutes,
(3) Stéphane Grant, Télérama, 7 septembre 2026,

mardi 8 septembre 2026

Lieu de mémoire : Le certificat d'études…

Renée Elkaïm-Bollinger, productrice à France Culture, en 1996, nous plonge dans les souvenirs scolaires du Certificat d'études, point de repère définitif pour celles et ceux qui allaient poursuivre leurs études et celles et ceux qui allaient les arrêter. Ça sent l'encre violette mais comme pour tous les autres "Lieux de mémoire" ça vaut la peine de s'y retrouver ! Là, pour cet examen, certaines y allaient avec "les habits du dimanche" autant dire la sacralisation absolue d'un diplôme qui a borné l'enfance pendant plus d'un siècle (1866-1989). Un rite de passage tombé en désuétude.












"Le Certif' ce n'est pas toujours le lieu des nostalgies douces et niaises comme celles de Bourvil dans "Le trou normand"… Tout ça pour former ce héros de la laïque ou de l'école chrétienne !" Michel Ragon (1924-2020) témoigne "Il y avait [dans l'enfance] le jour de la 1ère communion et le jour du Certificat d'études… qui était la porte à des emplois aux mains blanches comme disait ma mère." La productrice suggère à juste titre que "la gloire du Certificat rejaillit sur l'instituteur". Et souvent "les parents récompensent l'instituteur" précise Antoine Prost. Renée Elkaïm-Bollinger "Est-ce que le Certif', le CEP a été un lieu de mémoire de l'enseignement laïque ?" Pour autant, "c'est une création de "la Monarchie de juillet…" 

Sujet : "Le cochon s'est échappé, il met toute la basse-cour en émoi. la poursuite est mouvementée. Enfin on ramène le fugitif. Racontez". Eh bien pour ce sujet-là j'aimerais bien passer mon Certif' demain. Je me régalerai ;-) Claude Duneton "Le Certificat d'études c'était l'accomplissement d'une vie… Dans les campagnes c'était le Bac de maintenant."

Ce documentaire en profite pour placer l'examen dans l'histoire sociale du pays. La fierté des élèves reçus, la fierté des parents. L'aura au sein même de la famille particulièrement quand c'est l'enfant qui est chargé de lire ce que les grands-parents voire les parents ont du mal à faire. Cela montre la place de l'école dans la vie quotidienne, la place "sacrée" de l'instituteur ou de la maîtresse et la valeur institutionnelle de l'institution scolaire.

Jean-François Chanet. "L'école laïque avait besoin de rituels festifs pour combattre, avec une certaine efficacité, d'autres rituels festifs, soit les rituels de l'église catholique, soit les rituels de la superstition populaire. Le Certificat d'étude est le saint-patron de l'école laïque".  

L'épisode 2 disponible en écoute ici. (Avec le témoignage sur l'école en Finistère par Pierre Chapalain & Louis Ellegoët… mais pas n'importe quelle école : Skol an diaoul/L'école du diable … la laïque)

dimanche 6 septembre 2026

Tex Avery : ça passe même à la radio…

J'ai écouté ce documentaire hier. Pour sortir de la nasse. Pour changer d'air tellement ce que nous propose Radio France est vicié. La revue de presse bâclé de France Inter. L'empilement des chroniques de "Franche Culture". La posture de la Pédégère. Le tout-info, alpha et omega, de Céline Pigalle, Directrice de la 1ère radio de France. ¡ Ya basta ! Alors, croiser Tex Avery c'est, avant même de l'écouter, l'occasion d'un franc sourire qui n'attend plus que d'éclater en un bon rire qui fait du bien aux zygomatiques. Il y a cinq ans sur France Culture, Serge Corso, nous proposait le "Toute une vie" d'un ouragan loufoque, Tex Avery (Réalisation François Teste).


















Les cinquante-sept minutes du documentaire passeront aussi vite qu'une salve de dessins animés, qu'autrefois à Noël, Patrick Brion nous proposait dans son "Cinéma de Minuit" (FR3). Corso a réuni le gratin du cinéma et plus spécifiquement du cinéma d'animation. Serge Bromberg, Pierre Lambert, Philippe Dana (1). Ces invités redoubleront d'anecdotes et surtout décriront par le menu l'histoire d'Avery qui a dynamité le dessin animé et permis à des générations de spectatrices et de spectateurs de dépasser l'institution Disney. Avery et ses équipes ont tout osé, tout détourné, tout sublimé, sans jamais laisser le temps au spectateur de reprendre son souffle. On en redemande et franchement Corso et Teste ont réussi leur coup. On est dans le train et on n'a vraiment pas envie d'en descendre.

Imaginer que Gotlib et Goscinny étaient fans n'est pas étonnant. Gotlib était absolument dans la veine du gag de répétition qu'Avery magnait de main de maître. Pour qui connait bien les dessins animés de Tex, en entendre ici des extraits en français, avec entre autre la voix de Gérard Surugue (2), est réjouissant. Difficile ensuite de résister et de ne pas foncer dans sa collec' de DVD du Maître et de s'en faire quelques toiles.

On passe un très très bon moment. Bravo Corso ! 

















(1) Tex Avery : l’art de Tex Avery au studio MGM, de Pierre Lambert (Démons et Merveilles, 1993). Tex Avery de Patrick Brion (Chêne, 1984). Au pays des toons ! de Philippe Dana (Kero, 2020),
(2) Acteur, spécialisé dans le doublage, voix française de Bugs Bunny et Droopy. 

Gotlib