C'est du miel. "Profils perdus" cette émission hebdomadaire de France Culture qui aurait démarré à la rentrée 1987 (j'emploie le conditionnel car je ne suis pas complètement sûr de la date, fin à la rentrée 96, avec différentes productrices et producteurs) me donne une belle occasion de m'intéresser à de nombreux profils perdus (par la chaîne) depuis 1999. 1999, pourquoi cette date ? Tout simplement parce que l'arrivée de Laure Adler comme Directrice de la chaîne va provoquer sa part de "pertes et profils" qui depuis lors deviendront presque une marque de fabrique, une méthode de management (sans ménagement), un renoncement aux fondamentaux de France Culture.
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Agathe Mella, première directrice de France Culture (1973-1975) |
Au-delà de ses compétences et de ses intuitions radiophoniques, Madame Adler, nommée par le nouveau Pdg de Radio France, Jean-Marie Cavada, doit se plier aux injonctions d'un certain Arnaud Ténèze, ex-conseiller artistique de l'ORTF qui, pour le précédent Pdg, Michel Boyon, a rédigé un rapport sulfureux (1) qui renverse la table et voue aux gémonies la singularité de la chaîne culturelle. Moins d'émissions "élaborées", durée autour de l'heure juste, plus (+) de directs, moins de producteurs tournants et autres préconisations brutales pour désingulariser la "patte" de France Culture.
Alors les profils perdus il y en a une palanquée. Un inventaire à la Prévert sans la moindre trace d'un seul raton laveur (mais plutôt un raton dégraisseur) n'y suffirait pas. Que des producteurs-productrices quittent la chaîne, bien sûr c'est la vie normale (et la mort) d'une société et de ses acteurs, mais que les dirigeants successifs s'emploient à être plus sensibles aux chiffres d'audience qu'aux contenus des émissions, à enfermer la production dans les studios et de plus en plus à ignorer le "terrain", sur-affichant l'information comme l'alpha et l'oméga du média, se pliant aux désidératas du Directeur du numérique (2) en fabricant d'abord des podcasts et des Collections dans le but non-avoué de se plier à la tyrannie du clic.
Alors de ces "profils perdus", toujours vivants dans les Nuits de France Culture d'Albane Penaranda, on pourrait faire une Collection et, pourquoi pas, tentons le mot, une encyclopédie vivante de l'histoire de France Culture. Raconter sa fabrique mais aussi les personnalités qui ont participé à faire, de cette chaîne, pendant longtemps, une exception culturelle et médiatique. Il me faudrait des pages et des pages pour aligner des noms. Mais je vais tenter un "De A à Z".
Ça pourrait commencer par Arrighi (Marie-Dominique, productrice) pour aller jusqu'à Wolinski (Natacha, productrice). Et là, à l'appui de documents sonores, on pourrait produire des "pages et des pages" sur l'histoire de la radio. Une utopie ? Oui, vu le si peu d'intérêt pour les dirigeants de Radio France de mettre en valeur l'histoire même de la radio quand ils sont tous passés à l'audio et à la plateformisation, façon habile de mettre à plat (à terre ou à genoux) les ondes hertziennes, la modulation de fréquence et la temporalité même de la radio au jour le jour, voir même "du jour au lendemain"…
(1) "L'avenir de France Culture", Arnaud Ténèze, document interne, Radio France, 97 pages, 1997,
(2) Laurent Frisch, Directeur du Numérique à Radio France,
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