mercredi 17 juillet 2024

2011-2024 : 2500 billets !

C'est possible et c'est le cas! Treize ans jour pour jour que j'écris sur ce blog - modeste et génial" ;-) Je ne vais pas ici faire de l'auto-satisfaction (i can't get now…) mais plutôt en deux parties distinguer ces treize années de radio et quelque chose qui, en radio, pourrait être un contresens : le silence. J'en profite pour remercier mes lecteurs et lectrices assidu-es et ceux plus volatiles qui ne sont ici venus me lire que… trois fois. Cette expérience qui a conditionné une bonne partie de ma vie m'a donné beaucoup de satisfactions et quelques regrets… éternels.

En pleine action entre presse et radio…




















Treize ans de radio ou le passage d'un monde à un autre
Il y a treize ans le podcast encore frémissant n'était pas devenu le maître étalon de la radiophonie. Les geeks n'avaient pas encore décidé de renverser la table, quelques habitudes agréables et surtout du passé faire table rase. En 2011, Jean-Luc Hees Pdg de Radio France, pur produit maison depuis quarante ans, tenait, encore un peu, sans le savoir les rênes d'une radio qui d'après les experts (du consumérisme) devait à tout prix se renouveler pour ne pas mourrir. L'arrivée du manager agile, Mathieu Gallet (2014-2018) révoqué par le CSA devait initier la mue sans aucune concertation avec les personnels de Radio France et encore moins avec ceux de "la fabrique de la radio".

À sa suite, Madame Sibyle Veil, dont je n'oublierai jamais l'audition (devant le CSA), plate, servile et pathétique, allait sans coup férir poursuivre la mue numérique (à marche forcée) si bien engagée et portée par le geek suprême, Laurent Frisch, Directeur du numérique et de la production. De la production ? Autant dire d'un pouvoir absolu sur les contenus. À eux deux, Gallet et Veil, ont fait cumuler à la radio publique quatre-vingt treize jours de grève. Ne comptez pas sur la presse pour vous en rappeler le souvenir quand celle-ci passe son temps à vanter les mérites de Veil, dusse-t-elle de façon bien timorée remettre à sa place Alain Finkielkraut pour sa saillie gravissime envers les journalistes de France Inter, les accusant de dieudonnisation. Deux poids deux mesure, le licenciement de l'humoriste Guillaume Meurice et la mansuétude pour Finkielkraut. On en est là !

Depuis treize ans la production et les programmes se sont sensiblement appauvris. On a diminué les moyens, les productrices et les producteurs et joué de la rediff' à longueur de journée et de nuit. Avec un grand sens de l'humour (et un joli foutage de gueule) Adèle Van Reeth a inventé le 8è jour (sic) avec moins de brio que Virgil Georghiu inventant la vingt-cinquième heure. Madame Treiner a fini par quitter France Culture après avoir mis tant de personnes en burn-out ou en dépression. Mouv' est restée confidentielle. Bleu en déliquescence aggravée. Musique figée "à jamais" dans le classique des classiques et France Info ne sachant toujours pas où elle habite : un peu à la radio, un peu à la TV ? Fip dans ce concert tirant toujours son épingle du jeu.

La période est plus que morose. Projet de fusion, absence de visibilité budgétaire, incertitudes maximum sur l'avenir politique de la dissolution de l'Assemblée nationale et ses effets à retardement. L'audiovisuel public est malmené. Dans ces conditions comment mettre en œuvre la création radiophonique ? 


















Le silence
À la radio, le silence, à distinguer des "blancs d'antenne" (honnis), sont des moments savoureux, retenus sur un fil, en suspend qui créent quelque chose de vibrant grâce à celui qui l'installe, l'invité et/ou productrice ou producteur au micro. Je me souviens de ceux installés par Alain Veinstein, sur France Culture pour son émission de nuit "Du jour au lendemain"… Et puis quelque fois les silences gênants qui mettent au moins autant mal à l'aise auditrices et auditeurs que l'invité lui-même. Une amie qui travaille à la radio suggère même cette belle image : "un silence, un frisson comme si un funambule était sur le point de lâcher"… Merci amie.

Mais il y a aussi ces silences qui font tellement de bien quand la tendance est au remplissage (au chausse-pied) des matinales qui nous écrasent sans laisser la moindre respiration à la pensée. Aussi quand les silences nous permettent d'être ému-es, troublés, en empathie, conscients d'être en affinité élective avec la radio, compagne des jours et des nuits, même si à leur tour ces silences sont devenus de plus en plus rares. Aussi rares que leur pendant, la création radiophonique.

lundi 15 juillet 2024

All you need is love… même Louis Bozon !

Une fois n'est pas coutume ! Si je reprends ce titre d'une chanson des Beatles c'est que l'époque nous incite à grappiller, de ci de là, quelques miettes d'amour. Et comme les "quatre garçons dans le vent" ont eu la bonne idée pour ce morceau d'envoyer un peu de Marseillaise, j'étais raccord hier quand cette chanson est passée sur Fip ! Ce qui est un peu moins bien passé c'est l'hommage à Louis Bozon sur France Inter vendredi dernier…

Claude Monet*















Amélie Perrier, journaliste dans la matinale annonçait : “C'est un nom légendaire de la radio, une institution indissociable de son émission, tout aussi totémique : Louis Bozon ne dira plus "A demain, si vous le voulez bien". Le décompte du métallophone s'est arrêté.” Les fidèles auditeurs du "Jeu des 1000 €" ont du s'étouffer ! La formule "À demain…" usée jusqu'à la corde appartenait au légendaire Lucien Jeunesse qui avait animé l'émission pendant trente ans (1965-1995). Louis Bozon de 1995 à 2008. Une fois de plus on comprend mal que, sise à Radio France, on puisse commettre de telles bourdes pour évoquer l'histoire de la radio publique et de ceux qui l'ont animée.

Pour ses dix ans, en 2013 je crois, Le Festival Longueur d'Ondes de Brest avait choisi de refaire un "Jeu des 1000 F" animé par Louis Bozon. Les candidats : Pierre Bouteiller, Emmanuel Laurentin, Dies Blau (Ina) et… ma pomme. Je faisais équipe avec Bouteiller. Bozon avait le même charme, la même gentillesse et la même attention à ses concurrents. Avec humour il commença par apostropher Bouteiller. "C'est drôle que tu sois là Pierre, quand il ya quelques années tu avais supprimé "Le jeu des 1000 F de l'antenne". Bouteiller n'avait pas cillé et nous avions passé un très bon moment.

Nous ne sommes pas surpris que ni Adèle Van Reeth (Directrice d'Inter), ni Sibyle Veil n'aient eu un mot pour cet animateur qui avait commencé sa carrière à la RTF (Radiodiffusion Télévision Française) en 1957, où il aura l'occasion de faire ses classes avec Philippe Soupault dans une émission du Club d'Essai "Prenez garde à la poésie" !

*La rue Montorgueil" est souvent vue comme une célébration du 14 juillet. En fait, elle est exécutée le 30 juin 1878 à l'occasion de la fête célébrant "la paix et le travail". (source Musée d'Orsay)


Louis Bozon, 1934-2024


vendredi 12 juillet 2024

Adèle Van Reeth : ça démanage…

Se souvient-on si Madame Van Reeth, Directrice de France Inter, a pris position contre Alain Finkielkraut, producteur à France Culture, qui du haut de sa suffisance au cours d'une émission où il invitait deux comiques (Laurent Gerra et Philippe Val) avait taxé une partie des journalistes de France Inter de « dieudonnisation ». Rien moins. Ça juste après le licenciement de Guillaume Meurice. On notera que la Pédégère de Radio France, Sibyle Veil ne s'était pas non plus empressée pour convoquer Finkielkraut et lui faire part de ce qui a outré et franchement mis en colère tout France Inter. Last but not least, mercredi Van Reeth venait confirmer au personnel que Patrick Cohen animerait à la rentrée l'édito politique (7h44) de la matinale en remplacement de Yaël Goosz qui depuis deux ans en était le titulaire.

Adèle Van Reeth, OEL SAGET / AFP









Là, toute la rédaction est KO debout et vient de signer (à 80% sur 95 titulaires) une motion de défiance à l'encontre de Madame Van Reeth. Un des prétextes fallacieux (ce n'est pas le premier) justifie sa décision au fait que M. Goosz en tant que chef du service politique de la rédaction pourrait brider sa parole d'éditorialiste. C'te blague ! Il eût été pertinent de s'en rendre compte depuis deux ans. Et qui est donc ce M. Cohen qui court après les postes après avoir "lâchement" plaqué l'animation de la matinale d'Inter (2010-2017), après avoir repris l'animation de "L'esprit public" sur France Culture (2021-2023) et l'avoir quittée au prétexte qu'il n'avait obtenu l'animation de la matinale de France Info ?

Après son choix de rejoindre Europe 1 en 2017, Cohen estime sûrement que sa place légitime est à Inter. Et pourquoi donc ? Sans doute comme Jean-François Aquilli qui après avoir quitté la rédaction d'Inter pour RMC et en avoir été viré en 2013 avait trouvé sans difficulté une place au chaud à France Info que lui avait offert sans barguigner Laurent Guimier, directeur de la chaîne.

La position et le management de Madame Van Reeth vont-ils pouvoir durer encore longtemps ? On ne s'improvise pas Directrice au seul argument d'avoir des compétences en philosophie mais à l'évidence aucune en psychologie ! La radio publique dans la tourmente de l'après-législatives et le flou absolu sur le budget de l'audiovisuel public n'avait vraiment pas besoin de ça !

jeudi 11 juillet 2024

Le président des Français… (avant)

Le Général De Gaulle est le président des Français onze mois sur douze. En juillet, c'est Jacques Goddet”. Cette remarque pertinente on l'a doit à Antoine Blondin, écrivain et observateur exceptionnel du cyclisme qui, en vingt-huit Tours de France, rédigea 524 chroniques dans le journal L’Equipe. Avec beaucoup de finesse et un sens incomparable du jeu de mot. Blondin dans l'Équipe qui paraît ce jour aurait sûrement fustigé - avec adresse - le départ du Président de la République pour New York en pleine expectative d'un gouvernement improbable. "Otan en emporte le vent" (de l'atermoiement, de la colère et du n'importe quoi) aurait-il pu écrire ! Pas sûr toutefois que Christian Prudhomme, directeur du Tour de France, ait très envie en ce mois de juillet d'être le Président des Français.











Et, si pour faire diversion, je suis le Tour de France à la télé, j'ai toujours dans l'oreille le magnifique documentaire de Yann Paranthoën et Claude Giovannetti “Le Tour de la France 1989 de Vincent LavenuDossard 157”, diffusé pendant la grille d'été de 1992 en 25 épisodes. C'est peu de dire que c'était extraordinaire. Car à la différence de la TV -tout image - Paranthoën mobilise tout nos sens et si l'ouïe est exacerbée, la vue est titillée au point de nous faire nos propres images "héritées" (ou pas) d'autres images déjà vues ou déjà rêvées.

Vous disant tout ça je vais malheureusement aiguiser votre frustration car il n'existe plus (pour l'instant), ni à l'Ina, ni sur France Culture d'archives disponibles. Pour une question de compression. Yann Paranthoën était farouchement opposé à ce que son travail ciselé autour du son soit compressé et donc ,à cette réserve près, il faudrait comme en 2022 sur France Inter, qu'on débranche les compresseurs. Faudrait-il encore que quelqu'un veuille bien s'intéresser à cette archive qui aurait pu être diffusée dans "Les Nuits" depuis le début du Tour 2024 ? Si vous aimez les sons de bicyclette - et l'ambiance autour - vous pourrez, avec les liens proposés, écouter un "Paris Roubaix" de 1980 où Yann avait pu accompagner la victoire de Bernard Hinault.

jeudi 4 juillet 2024

Thierry Jousse : l'excellence sur France Musique…

Bon ça fait neuf ans, neuf ans qu'année après année, je suis les "Retour de plage" de Thierry Jousse dans le programme d'été de France Musique. Je me régale toujours et découvre - encore surpris - des choses qui m'avaient échappées. Mais hier soir je pense qu'on a atteint le Graal. Le haut du panier. La crème de la crème. Il se trouve que Jousse proposait la première émission d'une série de trois sur l'année 1974. Et il se trouve que cette année-là je m'en souviens particulièrement bien. J'étais jeune (et fringant) et je passais beaucoup de temps à écouter de la musique.











Jousse a tiré le fil de sa pelote. Calmement, sans aucun accroc avec des enchaînements qui m'ont laissé baba. Mais pas baba comme un ravi de la crèche, baba comme un aficionado qui connaît ces musiques-là et qui n'avait pas encore eu l'occasion de les enchaîner de cette façon-là. Allez on commence avec le "Sweet thing" de David Bowie le bon socle pour entamer un tour de piste dans les étoiles. On poursuit avec son pote Lou Reed qui malgré son titre "Ennui" est dans la bonne veine d'une balade à la mode des années 70. On reste dans le ton avec John Cale "Ship of fools". Jousse n'a pas démarré sur les chapeaux de roue d'un rock rageur mais a osé sortir des sentiers battus.

Et bam, arrive John Lennon qui (pov' chéri) ne s'en remet pas d'une séparation avec Yoko Ono et qui lui susurre 'Bless you" (Sois bénie). Alors forcément on ne pouvait pas, derrière, ne pas enchaîner avec un George Harrison, "Far east man", cool, définitivement imprégné de la philosophie du Maharishi Mahesh Yogi, gourou des Beatles. Tout ça ne pouvait mener qu'à "Get ready" de Mr. Eric Clapton lui-même. On était prêt à se planter sous la lune Cajun (Cajun moon) de J.J. Cale. Et si toutes les lunes se ressemblent la "Spanish moon" de Little Feat marque sa différence. Peut-être parce que celle-ci était… nouvelle.

On en vient à une des pépites qui illustre ce billet le "Pretzel logic" de Steely Dan. Et comme le notait à juste titre Jousse, ce disque comme quelques années plus tard "Aja" puis "Gaucho" donne le ton des Californiens au summum de leur art. On trouvera futé que le producteur enchaîne avec Linda Ronstadt "You're no good", Ronstadt que Bernard Lenoir me fera découvrir dès 1978 dans Feedback sur France Inter. Subtil d'enchaîner avec Joni Mitchell, "Court and spark" dont à la première écoute j'ai trouvé la voix plus grave que pour ses enregistrements suivants.

Ça y est on a débarqué à Laurel Canyon (quartier de Los Angeles), repère hippie et de musicos des belles années d'avant la moitié des 70'. Là, Neil Young se la joue farniente avec son "On the beach" enchainé par "Diamonds on my windshield" de Tom Waits. Et quel plaisir d'attraper au vol "Tamp 'em up solid" de Ry Cooder. Tout est raccord et fluide. Logique ! Autant que "Hold on i'm comming" de Jerry Lee Lewis comme le "When i was young" de Memphis Slim. On passe allègrement du folk au rock en passant par le blues. On est tellement dans l'époque. Tellement en 1974 que les cinquante années qui nous en séparent semblent datées juste d'avant hier.











Et voilà Boz Scaggs et son "Hercules", ce Boz qu'à nouveau l'ami Lenoir m'avait fait découvrir en 1980 avec "Jojo" et la fabuleuse pochette de son 33 tours "Middle man" signée Richard Avedon. Johnny Bristol que je ne connais ni d'Ève ni d'Adam fait le job avec "On in there baby". Pour mieux se fondre avec Bobby Womack "I don't wanna be hurt by ya love again" de quoi faire un clin d'œil à son "Across 110th street" qui ouvre magnifiquement "Jackye Brown" de Quentin Tarantino. Bill Withers viendra agréablement ponctué l'affaire avec "Can we pretend" qui annonce "The edge of a dream" de la grande Minnie Riperton. Je ne savais rien d'Otis Shuggie "Rainy day" mais c'est parfait et subtilement dans le ton de Minnie. 

Jousse quand on croit "tout connaître" nous débusque de derrière les fagots Little Beaver et un "Let the goodtimes roll", sûr qu'en ce moment on aimerait laisser le bon temps rouler. Cerise sur le gâteau les Isley Brothers nous mèneront doucement vers la fin de l'émission avec "Hello it's me" que "Caroline" de Gladys knight and the pips allonge délicatement. Et pour finir Thierry Jousse conclura avec une de ses idoles, Curtis Mayfield "Ain't go time". Ce n'est pas le moment et ce ne serait jamais le moment de conclure. Rendez-vous aujourd'hui à 18h pour la suite de la série 1974 et félicitations à Thierry Jousse pour sa programmation "on the top".

lundi 1 juillet 2024

Retour de plage… neuvième saison !

C'est pas possible, on est pas le 1er juillet ? D'habitude le seul mot de juillet porte en lui quelque chose de spécial, même si on est pas en vacances. Ce petit quelque chose de solaire, de sable blond et de bleu d'outremer ou de campagnes verdoyantes. Ces moments décalés où les journées n'en finissent plus et où le jour, à peine couché, se lève déjà. Où l'on sourit un peu plus à la vie. Où le temps s'alanguit simplement parce que c'est juillet. Mais ça c'était avant qu'hier soir ne tombe violemment un rideau de fer. Un rideau qui ferme, et cadenasse même, cet esprit de juillet, sa part de soleils et de joies simples. Pourtant ce soir sur France Musique, Thierry Jousse, fidèle au poste viendra poser, de 18h à 20h, quelques émissions champêtres et vagabondes. En pleine nature pour ces deux premiers jours de juillet. Et ça fera un bien fou.











Et puis trois jours se succéderont pour évoquer l'année 74. Et je ne doute pas que Jousse risque de choisir pour sa programmation "Qui c'est celui-là" de Pierre Vassiliu. Les premières paroles, sur un rythme de bossa nova "Qu'est-ce qu'il fait ? Qu'est-ce qu'il a ? Qui c'est celui-là? Complètement toqué, ce mec-là, complètement gaga“ ne lasseront pas de nous interroger. Mais aussi de nous faire retomber sous le charme de Vassiliu chanteur farfelu, tellement drôle, tendre et sympathique. Un peu de légèreté ne peut pas nuire à l'ambiance.

Et puis tiens je tente "Band on the run" de notre cher Paul McCartney and Wings. Qui pourrait voisiner avec "Tubular bells" de Mike Oldfield enchaînant avec "Time" de Pink Floyd. Bon forcément dès que je me pique de musique ça va un peu mieux. De la même façon la programmation de Thierry Jousse ne manquera pas de nous faire sauter au plafond ou de nous faire rêver pendant ses deux heures quotidiennes de salut public. Allez un dernier pour la route "Goodbye yellow brick road" d'Elton John.

Vive la radio publique !

mardi 25 juin 2024

On va se détendre un peu…

Samedi, fin de journée. Avant l'heure fatidique de 7 heures (du soir) sur Fip, j'ai la joie d'entendre “Amphétamine Annie” des Canned Heat. De quoi faire swinguer un régiment d'ânes morts. Et bing mon petit film “blues, boogie, rock" se projette sur le mur de ma carrée du bout du monde. Je serais capable, si j'avais une émission de radio, de faire toute une soirée avec le deuxième album des Canned Heat sorti en 68 "Boogie with Canned heat".



C'est parti. D'abord je proposerai à une amie de co-produire. Elle saurait trouver les histoires qui iraient bien (elle parle couramment anglais, si !) pour les raconter à l'antenne et… y'a de quoi faire. Histoire d'être synchro, on aurait choisi pour indicatif “Going up the country” façon pop de se mettre en jambes et de faire un clin d'œil au festival de Woodstock, dont le film commence par ce morceau d'une “chaleur bien conservée”. Notre émission s'appellerait "Boogie" autre clin d'œil à Pierre Lattès qui animait cette émission sur Inter (1973-1975).

Et histoire d'empêcher les auditeurs de migrer vers des stations de radio improbables, on attaquerait cash avec “Fried hockey boogie”. 11' 08" dans la calebasse, de quoi définitivement refuser de rester assis. Après un tel “remue-ménage”, au micro elle nous transporte “en Californie en 1965 où le groupe de blues-rock s'est formé à Los Angeles participant activement à la vague du blues revival. Il fut un des groupes les plus populaires des années hippie”. On enchaîne avec "Evil woman” qui ne laisse aucun doute sur l'estampille blues qu'on double sans transition avec "My crime”.

Il faut une voix pour dire ça. Et elle l'a. “Le nom du groupe vient du Canned Heat Blues, un vieux blues de Tommy Johnson, écrit en 1928, dont les paroles évoquent un alcoolique qui se met à consommer du Sterno Canned Heat, un alcool dénaturé et gélifié mis en conserve afin d'y être allumé pour cuisiner (par exemple pour les fondues ou en camping). En pleine Prohibition, les plus démunis en tiraient une boisson hautement toxique.”


On passera les sept morceaux restant du 33 tours, avec une petite mention pour “Marie Laveau”. Concluant avec “On the road again” histoire de pas rester manchot. De prendre la route pour la joie et une certaine légèreté de vivre. Sans jamais renier nos utopies… 


lundi 24 juin 2024

Radio France : les invisibles de la fabrique de la radio…

Radio France n'en peut plus de se repaître de ses idoles (qu'elle a fabriquées ou qu'elle est allée chercher dans les têtes de gondoles de la TV) qu'elle expose à tout va sur les frontons de la Maison de la radio, sur les réseaux sociaux, dans les émissions de télévision du service public. Toujours les mêmes, pour lesquels les dirigeants n'hésitent jamais à mettre en avant leurs préféré.e.s au risque de désespérer celles et ceux qui font le job sans jamais être mis en avant. Mais pire encore, ceux qui dans l'ombre, attaché.e.s de production (AttaPro) et chargé.e.s de programmes préparent assidument le "terrain" et mieux encore apportent sur un plateau ce qui permettra à la productrice ou au producteur et à la réalisatrice ou réalisateur de s'appuyer sur une construction solide avant d'aller en "tournage" ou de rentrer en studio. Et ce travail de fourmi, invisible et invisibilisé, n'apparaît que quelques micro-secondes lors des désannonces du générique d'une émission. De quoi souvent laisser de l'amertume à ces actrices et acteurs indispensables à la fabrique de la radio.




Toutes les émissions n'ont pas les mêmes exigences de travail de recherche en amont. Pour autant ces "petites mains" sont le noyau dur du réacteur. Si l'on remonte aux origines de la radio, on peut considérer, sans trop de craintes d'être démenti, que l'administration des PTT qui gérait la radiodiffusion, utilisait des sténos-dactylos et des secrétaires pour accompagner les balbutiements de la diffusion hertzienne. Après guerre (39-45) les secrétaires totalement invisibles devaient accomplir de nombreuses tâches qui échappaient aux animateurs des émissions. Puis petit à petit, dès le début des années soixante, l'assistante est apparue sans jamais être désannoncée à l'issue d'une émission.

Je me souviens d'avoir interviewé Jacques Pradel, l'homme de radio, qui reconnaissait que pour ses longues après-midi d'animation sur France-Inter de 14h à 17h (1975-1978) il ne disposait que d'une… secrétaire. Bigre ! Aujourd'hui une attachée de production ou une chargée de programmes s'engage dans le parti pris de l'émission, de son écriture et peut être considérée comme autrice de ladite émission (c'est valable bien évidemment pour les hommes qui exercent ces fonctions). En plus de la recherche de textes il y a la recherche de sons qui poussent ces “préparateurs-préparatrices” à développer leur caractère intuitif, à choisir ce qui va au mieux illustrer, étayer, abonder le/les sujets de l'émission.

Et si à l'origine ces personnels étaient formés sur la tas, on est passé à des employé-e-s ultra qualifiés et diplômés, capables d’aller jusqu’à écrire une émission littéraire entière ou de monter des émissions de reportage, où ce sont les Atta pro qui montent. Le réal s’occupant de l’habillage et du mix. Et puis surtout ces fonctions spécialisées sont majoritairement occupées par des femmes et, donc aussi plus souvent invisibilisées. 

Et, s'il est facile pour les productrices et producteurs, d'associer à la création radiophonique les réalisatrices ou réalisateurs, c'est sûrement assez difficile à vivre pour les attapro et les chargés de programme de ne se voir désannoncés qu'avec un nom et un prénom, qui avec leur titre ne veut strictement rien dire aux auditeurs et auditrices. Mais la place qu'ils-elles occupent n'est-elle pas dans une zone de forte contiguité ? Il y a là une association très forte de compétences, de complémentarités et de… frottements. Le producteur est au micro et brille de tous les feux. il a beau s'appuyer sur tout le travail laborieux effectué en amont, c'est lui (ou elle) que l'on entend, dont on retient le nom et dont on vante les mérites, quand ceux-ci devraient largement être partagés.

Les filles de France_Inter, 1979
Cette photo "souvenir" accompagnait un billet ici












Ce travail des Attapro et des Chargé.e.s de programme se joue aussi avec les chargé.e.s de la réalisation. Elles-ils interviennent aussi pour le montage, pour les choix de contenus, pour l'éditorial même, ce qui montre leur engagement formel et incontournable, qui dès lors mériterait mieux qu'une citation désincarnée à l'issue d'une émission. Particulièrement si l'on considère que leur travail pourrait être facilement assimilé à une co-direction artistique et, de fait, à une coproduction.

Seulement voilà, depuis les débuts de l'ORTF (1964) et en cela influencée par la télévision, la radio publique s'est prêtée, de plus en plus, au jeu de la starisation au détriment de la chaîne de fabrication qui implique une équipe de réalisation. Influencée par la TV certes mais aussi par la radio privée qui n'a eu de cesse de fabriquer des vedettes sans que ne soient jamais nommées les équipes qui permettaient à la vedette de briller, comme si de ses seuls petits bras vaillants elle était capable de “faire de la radio”. “Être vu“ ajoute à la discrimination de la radio filmée et de la radio… sans image. Dans les deux cas Attapro, chargé.e.s de programme, réalisatrices  ou réalisateurs ne sont pas en studio et totalement invisibles.

Pourtant il aurait été juste que productrices et producteurs impliquent plus, dans le déroulé des émissions à l'antenne, ces "petites mains" - grosses têtes -, véritables chevilles ouvrières de la fabrique de la radio. Pour redonner au "faire ensemble” tout son sens et envoyer aussi un message clair aux auditrices et auditeurs pour qu'ils n'attribuent plus la seule réussite d'une émission à sa "figure visible”. 

mercredi 19 juin 2024

DAB+ : la messe est dite…

Je devrai même dire la grand-messe ! Hier, l'Arcom réunissait le ban et l'arrière-ban de la radio pour présenter au cours de ce qu'ils appellent “Les assises de la radio", le Livre blanc qui détaille et propose la mise sur orbite du DAB+ à l'horizon 2033. Le Président de l'Arcom, Roch-Olivier Maistre, a dans son discours d'introduction posé les enjeux de l'affaire "La bascule de la radio en tout numérique”. Cela a le mérite d'être annoncé clairement. Mais la bascule a le pouvoir de balancer dans un sens ou dans un autre et, en ces temps d'absolu invisibilité sur l'avenir de l'audiovisuel public, l'engagement de l'Arcom pour le DAB+ laisse une épée de Damoclès au-dessus de tous les acteurs de la filière qu'ils soient publics, privés ou associatifs.









Hervé Godechot, membre de l'Arcom, président du groupe de travail "Radio et audio numérique" a donc présenté en un long exposé, clair et précis, les enjeux - et les nécessités - de ce basculement qu'on peut qualifier de civilisationnel. Les plus passionnés d'entre vous iront écouter l'ensemble des interventions qui ont quand même duré 3h44. Sachant que le DAB+ garantit la souveraineté de la radio et la non-dépendance à un accès Internet ce qui est le cas aujourd'hui avec l'IP (Internet protocole) via les ordinateurs, les tablettes et les smartphones.

La trajectoire que fixe l'Arcom est : la préparation (au basculement), d'aujourd'hui à 2027 puis, de 2028 à 2033, une migration vers une bascule totale. Pour ce qui est de la préparation il s'agit de créer un environnement économique, réglementaire et législatif favorable. C'est aussi mettre fin à la recherche de nouvelles fréquences hertziennes. Et surtout inciter le législateur à défendre une loi pour autoriser l'Arcom à geler les fréquences hertziennes qu'un opérateur aurait abandonné pour basculer en DAB+. (Pour ne pas donner l'occasion, s'il y avait rachat de fréquences, à ce nouvel opérateur de concurrencer celui dont il a pris la fréquence hertzienne). (1). L'Arcom propose, via l'Association "Ensemble pour le DAB+", qu'un pilote pour la transition s'associe aux acteurs de la filière, à l'exécutif et au régulateur (l'Arcom).

Pour l'étape 2028/2033, l'Arcom considère que le parc de récepteurs devra être de 70% avant 2033 et 50% en DAB+ et IP avant cette date “butoir”. L'Arcom s'interroge sur l'extinction de la FM avant 2033, en 2033 ou après, considérant prématuré de fixer une date de fin. Avec une extinction totale ou partielle, Godechot rappelant qu'en Norvège subsistent des "poches" de diffusion FM (2). Mais personne n'a rien dit sur le déclic et/ou la nécessité qui va inciter les consommateurs à l'achat de nouveaux récepteurs. Si c'est acquis pour les véhicules c'est très loin de l'être pour ce qui concerne les radios actuellement en fonctionnement au sein de chaque foyer français.

On me pardonnera cette attention particulière aux silencieux ou aux absents à ce raout professionnel. Si Madame Veil, Pédégère de Radio France, était bien présente à cette présentation du Livre blanc elle n'a pas dit un mot. Quand on aurait pu penser qu'a minima elle remercie l'Arcom pour la qualité de son travail et l'engagement de Radio France dans le processus (3). Silence pesant et inquiétant. De la même façon le tambour-major du numérique à Radio France, Laurent Frisch, était lui absent. Comment le chantre de la mutation pouvait-il manquer une si belle occasion de rappeler l'engagement (forcené) de Radio France pour le numérique (4) ? Ni Hervé Rony, ni personne de la Scam ne semblaient non plus être présents.

J'ai téléchargé les cent-cinquante-deux pages du Livre blanc que je ne désespère pas de lire pendant mes longues nuits d'insomnie ! Alea jacta est

(1) Par exemple si FIP devait migrer en DAB+, aucune de ses fréquences ne seraient pas réattribuables, 
(2) Comme l'a rappelé Emmanuelle Le Goff, Mediametrie, "La moitié du volume d'écoute de la radio se fait à l'extérieur du foyer. Les matinales et les vespérales ont encore de beaux jours devant elles,
(3) Même si le Secrétaire général de Radio France, Charles-Emmanuel Bon, a pris part à l'une des tables rondes, 
(4) Même si, Justine Gheeraert, responsable des partenariats stratégiques à la direction du numérique de Radio France participait elle aussi à une des tables rondes, 

lundi 17 juin 2024

France Inter : jusqu'ici tout va bien… mal !

Les trois font la paire ! Marie Misset (journaliste ex-radio Nova), Marine Baousson (humoriste, comédienne, autrice, podcasteuse et metteure en scène), Maïa Mazaurette (autrice, chroniqueuse, et peintre française). À la rentrée 2023 sur France Inter, il fallait bien combler le vide laissé par la bande à Charline Vanhoenacker (journaliste et humoriste belge) qui officiait depuis 10 ans dans la "belle case" de 17h, partie animer l'hebdomadaire "Le grand dimanche soir".. Adèle Van Reeth, directrice de la chaîne, avait proposé à Mathieu Noël (transfuge d'Europe 1) de s'y installer. Celui-ci “beau joueur” fit remarquer qu'il "remplaçait” déjà depuis un an Charline dans ses billets d'humeur du lundi au mercredi (7h55) et qu'il n'allait pas en plus la remplacer à 17h. On fit donc venir trois ovnis féminins pour combler le vide.












Combler le vide (absolu) par un vide sidéral ne pouvait vraiment rien donner de bon. Pas vraiment à son affaire, Mazaurette quitta le frêle esquif en mars. Fallait-il vraiment qu'Inter soit en mal d'inspiration et de création pour nous laisser croire que du blabla insipide ajouté à du blabla superfétatoire pouvaient faire une émission de radio ? La "belle case" de 17h n'a plus aucune valeur à l'ère du délinéarisé. L'important c'est la matinale XXL (pour parler à la mode Inter) de 5h à 10h, les deux premières émissions de l'après-midi (“La terre au carré” et “Affaires sensibles”), puis la soirée de 18h à 21h (avec encore deux heures de set d'infos avec Fabienne Sintès).

Alors le creux de 16h à 18h, c'est du comblage, de la parlotte, de l'entre-soi du Kleenex à jeter. Misset et Baousson n'étant pas reconduites à la rentrée prochaine, c'est… c'est Mathieu Noël qui officiera une heure de plus de son Zoom Zoom Zen qu'on pourrait qualifier de Zin Zin Zen. Il n'aura pas remplacé Charline mais celles qui ont (furtivement) remplacé Charline. Autant dire qu'il fera bon à la rentrée se balader ailleurs pendant ces heures-là.

Rallonger une émission d'une heure montre une fois de plus la pauvreté éditoriale qu'assigne Adèle Van Reeth aux "heures creuses" de la chaîne. Avant la délinéarisation aucun directeur de programmes n'aurait laissé s'affadir la case de 17h. On rappellera la désolation de Mermet, puni, (“Là-bas si j'y suis”, 1989-2014) quand il était passé de 17h à 15h les dernières années de son émission. Van Reeth ayant inventé le 8ème jour on comprend aisément que le flux soit devenu pour elle, accessoire. Enfin, pour elle, surtout pour le tambour-major de la plateforme, Laurent Frisch, qui doit faire muter la radio de flux en une myriade de “collections” et autres "thématiques” toutes chaînes confondues.

Jusqu'ici tout va très mal pour France Inter qui, derrière des chiffres rutilants, cache une grande misère éditoriale, quand le nouveau principe est surtout de jouer à tout-va rediffusions sur rediffusions, au point qu'à la rentrée les émissions "fraîches” pourraient s'arrêter à 21h.

mardi 11 juin 2024

C'est arrivé demain…

Pour la deuxième fois, en quatre ans, la loi audiovisuelle est suspendue à l'histoire. Quand l'histoire elle-même est suspendue à demain. Un demain de trois semaines dont les vingt jours qui nous en séparent ressemblent à vingt secondes.Vingt secondes qui peuvent changer la France, qui peuvent changer la vie. Pourtant la vie est à nous. "La vie est à nous" comme Renoir l'a écrit et filmé en 1936. En plein Front populaire. Et puis, le 12 mai 1981, Robert Escarpit, dans son billet du Monde, C'est arrivé demain écritJ'ai sous les yeux un journal daté du lundi 11 mai. Un titre le barre : "Le parti socialiste revendique la direction du gouvernement. " Il tire les conséquences de la victoire électorale que vient de remporter la gauche. Ce journal est jaune et poussiéreux, car si le jour est bien le lundi 11 mai, l'année est 1936.”











C'est arrivé demain et il faudra bien que ça arrive le 30 juin et le 7 juillet. Il n'y a plus d'autre alternative. Pour des lendemains qui chantent et qui devront réenchanter la vie. Faire Front populaire absolument. Définitivement.

lundi 10 juin 2024

Plus belle la radio ?

Moins belle la vie… de la radio ! M. Jeanneney n'a pas relevé, le 13 avril dernier dans sa "Tribune" au Monde : «La fusion de l’audiovisuel public nous ramènerait au temps antédiluvien du gargantuesque ORTF» la propension “soudaine” de Radio France de nommer, sans sourciller, des dirigeants qui viennent de la télévision. Au moins du temps de l'ORTF, les vaches étaient bien gardées. Des professionnels de radio à la radio, des professionnels de télé à la télé. Mais tout ça c'était avant le drame !

La radio va finir par tomber…
dans les pommes !









Le drame ? Celui qui voit le zèle exceptionnel de la Pédégère de Radio France à préparer les équipes à la fusion de la radio dans la TV et non le contraire. Sinon pourquoi faire appel à des professionnels du visuel quand Radio France ne manque pas de ressources humaines ? Quel symbole ! Sept jours après l'annonce du départ en retraite de Laurence Bloch, directrice éditoriale des sept chaînes publiques qui a fait toute sa carrière à Radio France, Mme Veil recrute Vincent Meslet, pur produit de la télévision ! Surprenant non ?

Vous voulez faire de la radio… commencez par la télé !
Tout avait commencé “discrètement" avec l'arrivée d'Emelie de Jonq d'Arte, à la direction de France Culture, il y a juste un an. Après le départ de Yann Chouquet, directeur des programmes de France Inter, Jonathan Curiel (qui travaillait au sein du groupe M6 où il était directeur général adjoint des programmes M6, W9, 6ter en charge des magazines et documentaires depuis 2019), est choisi pour le remplacer comme Directeur des contenus, en charge des programmes et du numérique à France Inter. Et de deux !

Jeudi 6 juin alors que la (dé)fête de la radio “bat son plein” (de vide !) Sibyle Veil nomme Vincent Meslet. “…producteur des feuilletons à succès Plus belle la vie et Ici tout commence, il dirige la branche française de la puissante société de production Newen – filiale du groupe TF1 – depuis janvier 2021. Pour autant, cet homme de contenus, considéré comme l’un des meilleurs patrons de programmes français, connaît bien le service public” (1). Le service public (et le privé !) sans doute. Mais la radio pas du tout. Et de trois !

Ça commence à faire beaucoup et ça commence à se voir ! Mme Veil a beau claironner qu'elle est pour la holding et contre la fusion pourquoi ces nominations qui, pour le moins, ne donnent vraiment pas un signe clair et franc de son engagement pour la radio ? Sinon nous persuader qu'en coulisses les grandes manœuvres sont à l'œuvre pour qu'une fois fusionnée la radio ne vienne pas chouiner de l'incompatibilité (d'humeur et de travail) avec la TV. Je reprends toujours cet exemple car il est parlant. En juin 1968, Yves Guéna, nouveau Ministre de l'information n'est pas allé chercher un-une énarque pour reprendre en mains la radio devenue atone. En choisissant Roland Dhordain (le père de la réforme de la radio au sein de l'ORTF) il savait qu'il pouvait compter sur un professionnel qui avait fait ses preuves.

Pas sûr que la TV renvoie l'ascenseur à Mme Veil qui ne doit pas trop compter sur son embauche prochaine à Arte, M6 ou TF1. La radio se mélange mal dans la TV !

(1) Brice Laemle, Le Monde, 6 juin. 

vendredi 7 juin 2024

ORTF : 74, année cata…strophique. 10/10

Alors que fin décembre 1974 les feux de l'ORTF sont prêts à rendre l'âme, il aura fallu dix ans aux pouvoirs publics pour méthodiquement saborder le navire audiovisuel. Dès 1964, le Rapport Peyrefitte vise la "remise en ordre" de la radio et de la télévision. C'est une manie. Ces années-là, les Ministres entendent que l'audiovisuel public soit géré comme EDF ou la SNCF. Aux ordres ! En 1968, le Rapport Dilligent, du nom du Sénateur du Nord examine l'ensemble des problèmes posés par l'O.R.T.F. Juin 1970, c'est le rapport Paye (1). Le 3 juillet 1972 le statut de l'ORTF est modifié. La réforme vise à mettre en place une "décentralisation" (2). C'est pas fini ! Le 27 février 1974 le Plan Marceau Long est adopté. Le 7 août 1974 l'éclatement de l'ORTF est acté par la loi. En dix ans les gouvernements de droite se seront ingéniés à "régenter/contrôler" l'audiovisuel public jusqu'à lui faire rendre l'âme.


 Devant la maison de la radio, 9 octobre 1974
Photo by Michel ARTAULT/
Gamma-Rapho via Getty Images



















Un serpent de mer qui ne meurt jamais

Dans cette administration audiovisuelle gouvernée par des directeurs généraux, des sous-directeurs généraux, des directeurs de cabinet, des chefs de service, des chefs du bureau, des chefs de rayon, des sous-chefs de rayon, des garçons d’étage, des coursiers, des plantons, des administrateurs et quelques laquais serviles, on se demande bien comment la culture peut y trouver sa place et au prix de quel épuisement des hiérarchies toutes plus… hiérarchisées les unes que les autres ? L’État est incapable de gérer l’audiovisuel public autrement qu'avec des méthodes étatiques. Il faut voir l'allure du CA de l’ORTF pour se dire qu’on doit être à une réunion des pompes funèbres qui enterre la culture et le divertissement. 


L'État n'aime rien tant qu'étatiser, contrôler, structurer, hiérarchiser, démultiplier en cascade les sous-directions des sous-directions, créer des pieuvres administratives, bureaucratiser jusqu'à asphyxier l'initiative et la liberté. En 1972, avant que Malaud présente, en Conseil des Ministres, son projet de décentralisation, la création d'un secrétariat d'État à l'audio-visuel est d'ores et déjà envisagée. Au-secours, fuyons !


24 juillet 1964,
Conseil d'Administration de l'ORTF

















Depuis 2015

En 2015, les sénateurs André Gattolin et Jean-Pierre Leleux préconisent de regrouper l’ensemble des sociétés de l’audiovisuel public au sein d’une nouvelle entité qui pourrait être dénommée “France Médias“ et qui serait constituée au 1er janvier 2020. L’état ne peut pas, ne doit pas gérer la création artistique. Heureusement qu’aux débuts de la radiodiffusion il y a eu pour la radio des créatifs libres : Agathe Mella, François Billetdoux, Alain Trutat, Alain Veinstein, Roland Dhordain, Guy Erismann, Jean-Marie Borzeix, Pierre Wiehn, Pierre Billard, Pierre Schaeffer, Jean Garretto, Pierre Codou Jean Tardieu,… Dès 2014 on les remplace par des 0 et des 1, des geeks du numérique, du chiffre médiamétrique et des calculettes d’audience greffées dans le cerveau.


Les nouveaux Pdg Veil (Radio France), Ernotte (France Télévisions), Valet (Ina) rendent à l’État ce qu’il attend, des chiffres et toujours plus de chiffres de résultats d'audience. L'État attend lui les chiffres qui feraient apparaître une diminution de la masse salariale. Peu importe les contenus, les savoir-faire, la chaîne de fabrication en équipe, du moment que les vedettes s'affichent en têtes de gondole, sur les culs de bus et que l’auto-satisfaction et la promotion saturent la communication.


La loi du sénateur Lafon (votée par le Sénat en 2023) sera examinée et soumise aux votes à l'Assemblée nationale le 24 juin prochain. La fusion des audiovisuels publics est en marche (forcée). The dream is over, place aux plateformes dématérialisées, aux multi-clics et aux grandes claques (dans la gueule). 


The dream is over, vidéo kill the radio star. For ever. 

FIN (le début est ici)

(1) Au terme d’une étude de sept mois, commandée par le 1er Ministre Jacques Chaban-Delmas, le rapport Paye préconise, en juin 1970, une réorganisation complète de l’office sous forme d’une société holding qui contrôlera les filiales majoritaires ou minoritaires correspondant aux grandes unités fonctionnelles de l’office, - diffusion programmation production -” (cité par Sophie Bachmann, La suppression de l'ORTF en 1974. La réforme de la "délivrance", Vingtième Siècle, Revue d'histoire,1988,),

(2) La Documentation française. Ce document de 300 pages comporte l'analyse des objectifs et principes de l'O.R.T.F. et l'exposé des réformes proposées.