mercredi 9 novembre 2022

Les bleus de Noëlle Breham, les bleus de la nuit, les bleus de l'âme …

Faudrait pas rouvrir la malle des nuits de France Inter. Toutes ces nuits. Des années de vingt-quatre heures sur vingt-quatre. Fidèle au poste diurne et nocturne. Des années d'étoiles plein les yeux et les oreilles. Des années à haute voix et quelquefois à voix douce pour bercer nos nuits et/ou nos insomnies. Faudrait surtout pas que ce soit à cause de quelque chose de très moche. Qui fout encore plus le blues que des bleus. Les nuances de bleus. Car il semble bien que ce soit sans nuance que Noëlle Breham, productrice de milliers de "Petits bateaux" vient de se voir signifier son licenciement après quarante ans d'antenne !











Après avoir réussi à se distinguer et à être sélectionnée dans l'émission "Les bleus de la nuit" (1) qui donnait la possibilité à des jeunes de s'engager dans l'animation radio, Noëlle Breham a très vite intégré la grille de France Inter, de jour et de nuit (2). Mais c'est surtout dans les après-midi de France Inter ("Les pleins et les déliés", inventés par Jean Garretto, le directeur de la chaîne depuis 1983) que je l'entends pour la première fois et… l'écoute assidûment. Elle accompagne et présente les émissions de 16h30 à 19h. C'est particulièrement captivant quand elle donne la parole à Jean-Marie Pelt pour "Histoires de plantes" (1984-1987). Joyeuse, mutine et légère elle donne un sacré sourire à l'antenne et crée une vraie complicité avec le botaniste et écologue.

Jacques Santamaria, en 1997, directeur des programmes de France Inter se souvient : "J’avais entendu sur une des chaînes de Radio Canada une émission où des mômes posaient toutes les questions possibles et imaginables - pourquoi la terre est ronde ? Pourquoi on dort la nuit ? etc…- à des journalistes ou animateurs, et je m’étais dit que sur le format de 30 minutes le dimanche à 19h30, ce serait idéal. Ce que je voulais, c’est que ce soient des spécialistes (scientifiques, principalement) qui répondent aux questions. J’ai tout de suite voulu que ce soit Noëlle qui prenne en charge ce programme. Nous avons trouvé ensemble le titre, inspiré de la comptine « Maman, les p’tits bateaux qui vont sur l’eau ont-ils des jambes?… », qui disait bien le concept simple et surtout l’esprit familial de l’émission." (3)

À l'époque où j'interviewais pour ce blog Michel Bichebois, je me souviens qu'un pote m'avait fait entendre sur cassette audio un "Zig-Zag" animée par Noëlle Breham. La toute nouvelle animatrice, à l'antenne, pour une émission d'été (prenant place des "Bleus de la nuit") de 3h à 4h30 (4). C'est juste terrible de réécouter ça. Les nuits de France Inter, produites la nuit, présentes la nuit, montrent s'il en était encore besoin, la pauvreté des rediffusions de jour et surtout le renoncement de la chaîne (depuis 2012) à être active avec ceux qui la nuit le sont aussi. La nuit radiophonique donne du sens à la nuit… comme un autre jour. (5)








Breham anime nature  son temps d'antenne et crée une complicité avec ses auditeurs. Après 40 ans d'antenne, pour avoir sollicité un CDI et n'ayant pas signé depuis la rentrée son CDDU (CDD d'usage) Breham a donc été licenciée et a décidé de saisir la justice. Après l'enquête en cours concernant la situation du personnel à France Culture, après les révélations de l'humoriste Florence Mendez qui dénonce un harcèlement à France Inter et, le licenciement brutal de Noëlle Breham, il va être impérativement temps que l'Arcom aille plus loin que le satisfecit donné à Radio France en juillet. Trop c'est trop !

(1) De Michel Bichebois (1982-1983), qui a permis de repérer Philippe Dana, Christophe Dechavanne, Philippe Garbit (entre autre longtemps producteur des "Nuits de France Culture jusqu'en décembre 2021),

(2) "Si on comptait les moutons ensemble", en hebdo le samedi 3h-5h, avec Michel Bichebois,
(3) Echange téléphonique du 8 novembre 2022,

(4) Nuit du 5 août 1983,
(5)"Micros de nuit. Histoire de la radio nocturne en France, 1945-2012", Beccarelli Marine (Auteur), Ory Pascal (Préfacier), P.U.R., septembre 2021.

mardi 8 novembre 2022

Arthur Conte : suite et fin à l'ORTF…

De juillet 1972 à octobre 1973, Arthur Conte, 1er Pdg de l'ORTF,  malgré sa volonté farouche d'être libre et de s'affranchir du pouvoir politique (de droite) a du faire face aux injonctions politiques de plus en plus pressantes pour influer sur l'éditorial et le management des deux chaînes de télévision (puis de la troisième chaîne couleur le 31 décembre 1972). Jusqu'au Ministre de l'Information, Philippe Malaud qui finira par le faire tomber sans appel le 23 octobre 1973.











En ce temps-là, le Président de la République (G. Pompidou), comme nombre de politiques commentent, jour après jours les programmes des deux chaînes de télévision, aussi bien les journaux télévisés que les programmes de divertissement et/ou de débats politiques. Tout le monde se mêle de ce qui ne devrait regarder que le Pdg et ses équipes qui subissent une pression directe ou insidieuse permanente. La TV est devenue une affaire d'État. La radio sans broncher fait sa pelote sous la direction de Jacques Sallebert. 

Le livre de Conte, écrit dès le jour de son départ de l'ORTF sera publié le 27 novembre suivant. En forme de bilan (à chaud) de gestion technique et politique et de journal de bord détaillé de sa mission. On se pince souvent d'y lire un luxe de détails sur les programmes, sur les discussions autour de ces programmes et sur les décisions y afférant. Le Pdg est aux affaires de la programmation. Trop, sûrement. Résultat de la pression populaire (et des journaux TV) qui sans relâche, jour après jour, critique les choix de ce que la France entière regarde religieusement chaque soir dans la petite lucarne.











Quant à la réforme imposée par la loi de juillet 1972 elle tarde à concrétiser la création de huit unités autonomes qui ressemblent fort à un démantèlement de l'Office… centralisateur. Ce qui ne lasse pas d'interroger Arthur Conte sur cette décentralisation qui passe mal en interne et qu'il a du mal à imposer. Le Pdg est un fédérateur et un agrégateur de talents pas un coordinateur d'autonomies. Les injonctions du Ministre de l'Information, Philippe Malaud (1) sont de plus en plus pressantes (2) et le ministre de roucouler dans Le Figaro (19 octobre 1973) : "L'ORTF est un milieu difficile, constamment agité, événementiel, je dirai féminin [sic]… et qui a besoin effectivement d'un vrai patron." (3) Le jugement est sans appel. Quatre jours plus tard Conte est demis de ses fonctions de Pdg.

Alors le projet actuel de fusion des audiovisuels publics ou de holding devrait sûrement regarder l'évolution de la radio et de la télévision depuis 1964. Dix ans d'ORTF, presque 50 ans depuis 1974 d'unités autonomes de radios et de télévisions (4), quelques volontés de fusion france info (radio) et france info TV (canal 27) et de rapprochements sensibles France Bleu/France 3.











Le paysage a tellement changé ! Un France Médias ne risque plus de ressembler au petit État ORTF tant la plateformisation est là et, de fait, à venir la méta-plateformisation. Un France Méta Médias alors ? Gaffe, à terme un autre meta pourrait absorber ce petit méta français qui n'aura pourtant pas démérité pour… faire et défaire.

(1) D'avril à octobre 1973, particulièrement nommé pour "cogérer" l'ORTF, soit pour faire plier Artur Conte soit pour le démettre,

(2) Il écrit une note au directeur adjoint Alain Dangeard pour que ce dernier transmette au Pdg les avis suivants : "… Je ne parle même pas de France Culture qui est une tribune qui est réservée au Parti Communiste et à la CGT qui déclare ouvertement que Monsieur Sallebert et Madame Mella [directrice de France Culture, ndlr] sont leurs aliés objectifs. Dans ces conditions et si une réorganisation n'intervient pas immédiatement qui devrait commencer par l'élimination (sic) de M. Sallebert, de Mme Mella et de leurs collaborateurs politiquement engagés, il est inutile d'attendre le moindre accroissement des ressources pour 1974…" cité par A. Conte page 304. 

(3) Cité par Delfeil de Ton dans "Sallebert au stade", Charlie-Hebdo n°154, 29 octobre 1973,
(4) Même si les trois chaînes de télévision ont depuis 1975 fonctionné de façon autonome, dès 1992 France Télévisions coiffe France 2 et France 3. 

lundi 7 novembre 2022

Arthur Conte (ORTF) : la statue du Commandeur…

La stature du commandeur même, tant ce Catalan (1920-2013) d'origine paysanne en imposait. Si je fais un retour en arrière sur l'histoire de la radio et de la télévision publique, c'est parce que bientôt l'Arcom auditionnera trois prétendants au poste de Pdg de Radio France (19 décembre). Suite à mon billet du 17 octobre sur les gazouillis de Madame Veil (Pdgère de Radio France) et citant Arthur Conte, je me suis plongé dans son histoire à l'ORTF (1972-1973), l'ai écouté à la radio et l'ai vu à la télé. Bigre, il y a beaucoup de choses à en dire et les trois postulants aux responsabilités de la radio publique seraient inspirés d'en connaître les péripéties.

Au premier plan A. Conte, à droite J. Baudrier,
derrière elle à droite, J. Sallebert,
et à l'extrême droite P. Sabbagh










D'abord une évidence s'impose : pour  le pouvoir, pour les politiques, pour la presse l'Office de Radio Télévision Française (1964-1974) c'est surtout la Télévision. Télévision qui depuis 1968 accapare, mobilise et inquiète un peu plus le pouvoir, au moins autant que l'impact et le pouvoir des réseaux sociaux au troisième millénaire. C'est phénoménal ! Le président de la République (Georges Pompidou), les premiers Ministres (Chaban-Delmas, Messmer), le Ministre de l'Information (Malaud) entendent bien maîtriser/influencer cet objet nouveau de communication qui n'a pas fini d'être au service du pouvoir bien avant d'être le quatrième pouvoir !

Il aurait mieux valu prévoir un feuilleton d'été pour rendre compte de l'époque (fin des trente glorieuses, premier choc pétrolier) tant le renvoi d'Arthur Conte (en octobre 1973) signe la fin d'un cycle et les prémices du démantèlement de l'Ortf en 1974. Comment en est-on arrivé là ?

La choix même du premier Pdg de l'Ortf par le Président Pompidou est déjà un signe fort, même si on le verra Conte n'accepte le poste qu'"à la condition d'être libre". À l'Office (1) le feu couvait dès sa création et, en 1969, la décentralisation est évoquée par Chaban (2). Le 3 juillet 1972 les changements vont pouvoir être actés par la loi (3). Feu d'artifice, le 14 juillet 1972, Arthur Conte est nommé Pdg. Il tiendra seize mois. Pas évident malgré la rage d'être libre - et libéral - de faire oublier le député (1968/1973) UDR (Union des Démocrates pour la République, en soutien à de Gaulle). Nommé Pdg en plein mandat électoral. Et même s'il se défend, puisqu'il n'est pas fonctionnaire, de ne pas être un exécutant aux ordres de l'État, c'est au pouvoir qu'il rend des comptes et ses visites très régulières au Premier ministre (Messmer, 1972-1974) en témoignent.









Ceux qui le nomment Pdg (Le Conseil des Ministres, sur proposition de Pompidou) imaginent le serviteur d'une mécanique qui a pour objet de démanteler de l'intérieur la télévision en créant des unités autonomes. Si Conte n'est pas contre il veut se donner le temps d'en voir les modalités (et les finalités) et agace d'autant les instigateurs du coup d'État, décontenancés de sa lenteur à réformer. L'ORTF c'est l'État. Un État dans l'État. C'est Le sujet permanent de politique intérieure qui mobilise ministres, hauts fonctionnaires, l'opposition, artistes, syndicats et plus si affinités…

Une chose est sûre Conte regarde la TV. Autant par conscience professionnelle que par intérêt personnel ou familial. Et si, grâce à son livre (4), on découvre ses goûts, ses choix et ses propres projets de création télévisuelles, on ne saura RIEN de ses goûts et de ses pratiques radiophoniques. D'ailleurs à part quelques remarques sur Sallebert (directeur de la radio à l'ORTF), Mella (directrice de France Culture) et Chancel (Inter) soit, en tout, moins de deux pages sur les trois-cent-vingt-six du livre, on peut écrire sans crainte d'exagérer qu'à l'époque l'ORTF c'est surtout la TV et rien que la TV. 

Sallebert est tranquille. Il mène la radio à sa guise sans être épié/contrôlé par le gotha. Le Pdg a d'autres chats à fouetter. Les politiques sont persuadés que cet instrument de pouvoir (la TV) doit être LEUR instrument de pouvoir et être dirigé comme une administration hiérarchisée (très verticalement), très fonctionnarisée, aux ordres et surtout peu libre de ses créations, de ses reportages et encore moins de ses journaux d'information.

P. Desgraupes (dir. 1ère chaîne, 1972) et A. Conte
Photo © AGIP / Bridgeman Images

















Comme nous le verrons demain dans le prochain épisode (sic) tout se met en place insidieusement pour préparer le grand soir, le schisme d'août 1974 qui verra la dissolution de l'Office…
(À demain si vous le voulez bien…)

(1) À ses débuts, l'ORTF a eu comme particularité de gérer directement la redevance audiovisuelle sans passer par l'État en reprenant le modèle de la BBC ! En voilà une idée qu'elle est bonne, alors que le flou intégral pèse aujourd'hui sur les finances de l'audiovisuel public depuis la fin de la perception de la CAP en 2022,

(2) "Pour que cette « nouvelle société » puisse naître, il faut que les hommes soient informés, totalement, c'est-à-dire contradictoirement. L'O.R.T.F. doit conserver son caractère de service public, garant de la qualité de l'ensemble des programmes. Mais, pour qu'il puisse répondre pleinement à sa vocation, son autonomie doit être assurée, une compétition véritable doit être organisée en son sein et il doit être ouvert à tous. Il faut qu'une large décentralisation améliore le fonctionnement de l'Office et permette qu'une véritable compétition soit organisée en son sein, grâce, notamment, à l'existence de deux chaînes et, plus tard, d'une troisième…" (Extrait du Discours de Jacques Chaban-Delmas à l'Assemblée nationale,16 septembre 1969),

(3) Le monopole d'État est maintenu, mais l'office est décentralisé et plusieurs changements sont à mettre en œuvre par la création : d'un poste de Pdg (nommé par le Conseil des ministres), de huit unités autonomes pour huit fonctions principales de l'Office, d'un service minimum pour les périodes de grève,

(4) "Hommes libres", Plon, Novembre 1973.

mercredi 2 novembre 2022

Maïa Wirgin : un projet "à voix haute" pour Radio France…

Pour le graphiste que je suis, s'apprêter à lire un projet stratégique dont la page de couverture est sobre (et le titre étonnant !) ce n'est quand même pas pareil que s'infliger les quarante trois pages d'un projet concurrent… Si l'expression n'était pas si connotée politique, l'écriture de Maïa Wirgin pourrait être considérée comme une profession de foi. Quatorze pages de constats, de perspectives et de convictions ramassées dans un langage simple, sans effets de manche, qui suggèrent des actions concrètes pour faire exister la radio publique dans une ère médiatique survitaminée au numérique.











L'actuelle Secrétaire Générale de la Cour des Comptes connaît la radio publique pour y avoir œuvrer (1) de 2014 à 2018 sous la Présidence de Mathieu Gallet, l'ex-Pdg (2014-2018). Elle connaît donc la chanson. Et on peut même dire qu'elle en connaît les couplets les plus ardus. Particulièrement quand ceux-ci évoquent les vingt-huit jours de grève de 2015 qui avaient fragilisé le Pdg et détérioré les relations avec le Ministère de la Culture. 

La candidature de Wirgin a surpris les médias, toujours persuadés de tout savoir avant les annonces et, de fait, avant les résultats. Quant au grand public, il attendra patiemment, mi-janvier au plus tard, que l'Arcom annonce son choix. Trois candidats en lice et pas sûr du tout que les jeux soient faits. Les quatre ans de Présidence de Madame Veil suffiront-ils à la reconduire pour les cinq prochaines années (2023-2028) alors que le budget de l'audiovisuel public n'est plus affecté à la CAP (Contribution à l'Audiovisuel Public) et que se pose clairement la fusion ou une holding pour rassembler les audiovisuels publics ? Perspective que l'actuelle Pédégère n'accompagne pas de ses vœux.

Sur ce dernier point Maîa Wirgin le joue très adroitement. Sans en faire un cheval de bataille elle écrit : "Je persiste pour ma part à penser que la création d’une holding entre les sociétés de l’audiovisuel public présente le plus d’avantages et le moins d’inconvénients des différents modèles."  Et d'ajouter : "…mieux qu’une présidence commune, de créer un espace pour bâtir une stratégie et un intérêt social communs aux sociétés de l’audiovisuel public, qui préserve chacune mais permet de dépasser les situations où l’intérêt ou le poids de l’une peut l’emporter sur l’autre." C'est un point de vue, mais il semble bien qu'il soit assez proche de celui d'un gouvernement qui a hâte d'engager la fusion ou, comme joker, de s'en remettre à une holding (2).










On retrouve le titre du projet stratégique de Maïa Wirgin dans une proposition originale "Un dispositif « A voix haute » consacré à l’oralité, la prise de parole en public et au débat pourrait également être créé et mis à disposition des jeunes publics comme des enseignants." Et pourquoi pas des auditeurs qui, à haute voix, pourraient être beaucoup plus associés à l'avenir de la radio publique ? Et valoriser la voix ce pourrait être l'occasion pour la radio de se passer aussi de… l'image, non ?


Mais derrière cette vision prospective apparaît aussi la poursuite - inéluctable - de la mue à laquelle la postulante a déjà contribué par le passé dans le cadre de ses fonctions à Radio France. Elle écrit : "Or, ces équipes doivent aujourd’hui relever plusieurs défis : celui de la transformation des métiers d’une part, pour répondre aux évolutions éditoriales et technologiques et aux compétences nouvelles de la production et de la diffusion ; celui de l’évolution des modes de travail ensuite, bouleversés par la crise sanitaire, et qui exige l’adaptation des organisations et l’accompagnement des individus et des collectifs de travail… ". Voilà sûrement le nœud le plus stratégique de son projet car, pour Wirgin, il s'agit bien  de poursuivre, voire d'achever la grande mutation des métiers, de la production et de la diffusion. Une révolution qui ne sera pas sans provoquer des conflits internes si les dirigeants s'obstinent à conduire les réformes à marche forcée, sans tenir comte des savoirs faire et de l'histoire collective professionnelle qui ont assuré la pérennité de la radio publique. 


Maïa Wirgin conclut : "A l’heure où son financement [de l'audiovisuel public, ndlr] va être réformé, il doit enfin revoir sa gouvernance, pour donner toutes les preuves d’indépendance et de transformation qui fonde sa crédibilité aux yeux du public." La balle est dans le camp de l'Arcom et les jeux sont loin d'être faits. Car plutôt qu'une surprise la candidature de Wirgin ressemble bien plus à l'alternative que pourrait tout à fait attendre le gouvernement ! Wait and see.


(1) En 2014, elle est nommée directrice de cabinet du Président directeur général de Radio France, puis secrétaire générale, où elle accompagne les réformes stratégiques de Radio France,
(2) Radio France, France Télévisions, France Médias Monde, Ina (et… Arte ?).

mardi 1 novembre 2022

Serrell : la diagonale du vide… sidérant !

Ce jour férié convient parfaitement au sujet. Qui d'entre vous, d'entre nous a retenu une seule fois, UNE SEULE FOIS, quoi que ce soit d'intéressant qu'aurait pu prononcer à l'antenne (en diagonale de France Culture à France Inter) la "productrice" Mathilde Serrell ? Qui parle sans jamais sortir de sa tête et pense que tout à chacun s'y côtoie.







La quintessence de la chronicroquette qui ne sert à rien, bouche des vides et empêche d'écouter une chanson, une poésie, quelques mots du dictionnaire.

 

Euh, pourquoi t'infliges-tu ça Fañch ? Ben, si vous m'avez lu, vous aurez remarqué que je me suis intéressé au 9/10 de France Inter et donc forcément à ce qui l'entoure. À la différence de ceux qui écrivent sur les émissions, j'écris sur la radio et, désolé, pas sur les podcasts, l'audio et/ou le charabia de geek que promeut H24 M. Laurent Frisch, directeur du numérique audio et de la production.

Serell se raconte des histoires, enfile les perles, se sourit à elle-même de tant d'à-propos creux et inutiles. Hier matin, en remplacement de Devillers, l'important était, comme avec Chancel, d'écouter les réponses de Marc Dugain qui n'avait pas besoin des questions de la chroniqueuse pour développer une pensée intelligente, des questions de fond sur l'avenir de la sollicitation effrénée du web, des réseaux sociaux et autres metavers zuckerisés…

Favorisons le sans contact avec France Inter à 8h52…

Éditions de l'Observatoire


lundi 31 octobre 2022

Projet stratégique de Sibyle Veil : l'assommoir… sans Zola !

Quarante trois pages, un sommaire de master, soixante propositions pour le service public de la radio dont une palanquée d'incantations/pirouettes genre "Innover pour faire du podcast un média social". De quoi se plaint-on ? Gallet (ex-Pdg de Radio France,14-18), enfermé à huis-clos par le CSA n'avait jamais rendu public son "Projet stratégique". Je mets des guillemets car je pense que c'était beaucoup plus un "projet personnel" de roucoule tendance "on doit pouvoir aussi regarder la radio»(1). Avec le projet Veil, on n'est pas assommé, on est K.O. debout, à genoux, en PLS et à deux doigts de faire une syncope (2) ! Franchement les membres de l'Arcom qui vont auditionner Veil (Pédégère de Radio France) vont-ils pouvoir en deux heures balayer ce "Projet pour la France… Radio" ? Ensevelie sous les pavés de bonnes intentions essayons de trouver une plage où le média radio aurait encore sa place…

Une usine à gaz… patcho !













Un catalogue de La Redoute (avec un peu d'Almanach Vermot dedans)

France Inter, quintessence de l’ambition éditoriale. Contribuer à faire société.

Infobésité. Écosystème de l’audio. Accélération de la délinéarisation de la radio. Univers d’hyper concurrence de l’audio. Stratégie éditoriale et numérique décuplée. Déjouer la fatigue informationnelle. Nutriscore de l’information. Créer la « station i » (Ah ?). Une banque commune de sons et d’images. Passer progressivement d’une radio de studio à une radio de terrain. Passer d’une radio d’animation à une radio de conversation. Passer d’une radio de services à une radio de solutions. 


Les 3 Suisses (version petit format, écologique)
Éclairer le renouveau des idées. Un antidote à l’uniformisation. Stratégie d’événementialisation. Mobiliser les imaginaires. Mutation des écritures. Grand casting annuel de podcasteurs (3). Laboratoire dédié à l’expérimentation de nouveaux formats. Hybrider notre culture “de grille” avec une culture de plateforme et une culture de réseaux. Devenir un média audio digital. Construire un aller et retour bien plus intégré entre le direct et le podcast. Aller au bout de la stratégie de plateforme. Géolocaliser certains contenus selon ses affinités. Création d'un écosystème digital commun. Être moteur dans la métamorphose de notre écosystème.











Il se passe toujours quelque chose aux Galeries Lafayette
Défendre la création audio en ouvrant la plateforme Radio France à des contenus tiers. Soutien à la création en prescrivant sur nos antennes l’écoute de podcasts indépendants. Une politique volontariste de distribution de la radio en direct. Assumer la mondialisation de l’écosystème de l’audio. Développer un véritable marché du podcast. Sortir l’audio du silence des textes européensCréer une Académie du Son. Nouveaux usages de l’audio, notamment le son immersif et l’interactivité. Accroître la fluidité entre la production radio et la production numérique. 

Promos géantes toute l'année à tous les étages du magasin
Transformation des modes de production, pour alléger les moyens dévolus à la production de la radio linéaire et les réallouer à la production numérique. «On Air», le nouvel environnement de production et de diffusion. Simplifier le quotidien (4). Gagner en agilité. Les managers sont les piliers fondateurs qui soutiennent notre maison (5). Tous les salariés devront être écoutés dans le prochain projet de l’entreprise (6). Le média radio a passé le cap du siècle en 2021 (7).
Faire de France Culture une université gratuite des savoirs (8). Faire de Mouv’ le média créatif de Radio France pour la génération Internet (9).

This is the end… (Envoyez les hélicos !)
Cette chose a été écrite sans âme. Sans histoire. Mots en enfilades. Préceptes froids, techniques, désincarnés. Avec une métonymie technocratique. À quelques années lumières de l'inauguration de la Maison de la radio le 14 décembre 1963. "À tant d’idées, de mots, d’images, de sons, lancés sur des ondes merveilleuses, à toutes ces rafales de suggestions déclenchées vers la foule secrète des esprits, bref à la radio fallait-il une maison ? Oui" disait de Gaulle (10). La radio quitte la Maison. La maison ne tardera plus à subir le même sort si l'on s'acharne à confier à des managères (de moins de cinquante ans) le développement d'un média singulier qui finirait par y perdre sa voie.
















(1) Le CSA avait rédigé une synthèse que je conserve précieusement,
(2) Mais pourquoi je m'inflige un tel sacrifice ?
(3) Voir Radio-Circus,

(4) Voir le huitième jour d'Adèle Van Reeth,
(5) Je vais relire les notes d'Henry Bernard (architecte de la Maison de la radio) pour essayer de comprendre ce que sont des "piliers fondateurs". Nouveaux piliers qui, sûrement à l'insu de son plein gré se sont multipliés au point bientôt de disposer de plus piliers que de murs (salariés) à soutenir ?
(6) Recyclage des cellules de montage en cellules d'écoute…

(7) Quel siècle, le vingtième ? Il était en retard alors ! Le vingt-et-unième il est drôlement en avance…
(8) Lesquels savoirs ? Phrase fourre-tout qui ne mange pas de pain et qui se pose là pour boursouffler le propos,
(9) C'est qui la génération Internet ? Depuis quand ? Évolutive d'année en année ? Concept bidon et superfétatoire.



jeudi 27 octobre 2022

À voix haute, à voix basse, à voix perdue… ou comment postuler à la Présidence de Radio France !

Le 4 mars 2015, en soirée j'ai eu la mauvaise idée d'interrompre ma lecture de Truman Capote et de me plonger dans celle du rapport Schwartz qui ne pouvait rivaliser d'un point de vue littéraire,  Par contre d'un point de vue stratégique il allait marquer les années audiovisuelles qui ont suivi. On pouvait lire : "Face aux défis à venir, et aux contraintes croissantes pesant sur les finances publiques, il paraît nécessaire que l'État pèse davantage sur le dispositif des médias de service public. Si tel n'était pas le cas, il sera difficile d'écarter la tentation d'un rapprochement organique entre les sociétés ayant appartenu jadis à la même entité. La structuration actuelle qui remonte à l'éclatement de l'ORTF, à une époque où radio et télévisions publiques disposaient d'un quasi monopole, peut en effet être interrogée, à l'âge de la convergence des médias, de la transition numérique et de l'élargissement de l'univers concurrentiel à des acteurs mondiaux venus d'Internet." CQFD.

L'agora de Radio France










Il arrive qu'on me questionne sur les qualités qui me permettent de tenir un blog spécialisé radio ? Quand je précise auditeur à l'écoute tendue, je décèle sur le visage de mes interlocuteurs une moue dubitative. Je me dois alors de préciser que très vite je suis passé de la critique (d'émissions, de chaînes, de Radio France) à l'analyse de l'environnement politique, économique, culturel et social en lien avec la radio. En lisant les rapports de Com (Contrat d'Objectif et de Moyens), en suivant les séances à l'Assemblée ou au Sénat des dirigeants de l'audiovisuel public, en lisant la presse spécialisée. Après m'être constitué un réseau depuis 2011, je ne manque jamais avec ce dernier de confirmer ou infirmer mes intuitions, analyses et/ou perspectives d'avenir. Auditeur oui, blogueur oui, au fait du média dans sa globalité, oui (1). J'aborde la radio dans sa globalité pas comme une succession d'émissions.

Hier, en début d'après-midi, l'Arcom a annoncé les trois personnalités retenues pour être auditionnées en vue de postuler à la présidence de Radio France (fin de mandat Veil, avril 2023). Bim ! Untel dont on murmurait le nom n'en est pas. Telle autre non plus. Les nominés postulants sont : Florent Chatain, Sibyle Veil et Maïa Wirgin. Les dés sont jetés… Ci-dessous un premier point de vue avant de lire à fond les soixante-sept pages (cumulées) des trois postulants.

Florent Chatain


















À voix basse
Journaliste, à France Inter (2003-2010) et de la webradio de Libération, Florent Chatain annonce sa priorité pour France Bleu "C’est incontestablement le chantier prioritaire de ma présidence. La situation, tant au niveau des audiences, historiquement basses, qu’humaine avec des rapports soulignant des comportements hors du commun, requiert un travail de fond urgent."

À voix perdue
En quarante-trois pages, l'actuelle Pédégère de Radio France délaye son projet 60 propositions pour le service public. Oumpff ! Bigre. Aujourd'hui accrochée au nom de Sibyle Veil résonne son "non à la fusion" des audiovisuels publics. Mais il semble bien que l'ambition du gouvernement Macron2 soit justement la fusion. Aie ! Veil a beau être de la même promo Ena qu'Emmanuel Macron, ça ne suffit sans doute plus si on s'expose frontalement à un projet présidentiel. Nous en reparlerons.

Maïa Wirgin
















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À voix haute
C'est le titre du projet stratégique de la deuxième postulante qui a inspiré le titre de mon billet. Maïa Wirgin, secrétaire générale de la Cour des Comptes (par décret présidentiel) depuis le 28 mars 2022 et ancienne de Radio France (2), énarque (Promotion… Simone Veil) imagine vitale la coopération accrue des audiovisuels publics. "L’enjeu n’est pas de regrouper des moyens ou de fusionner les structures pour faire des économies, mais d’unir les forces, immenses, des entreprises de l’audiovisuel public et mettre la coopération au cœur de leur stratégie au service de tous les publics, pour continuer à exercer leurs missions, plus que jamais indispensables." Diriger un service public quand on vient de la Cour des Comptes ça peut aider pour tenir très serré les budgets, particulièrement quand ils risquent de prendre de sacrés coups de rabots. Son engagement dans la bataille est un signal fort pour l'Arcom qui dans un récent rapport faisait état d'avancées trop faibles en ce qui concerne les synergies entre les opérateurs audiovisuels publics (3).

Les deux femmes candidates s'inscrivent dans des stratégies politiques fortes. Comment imaginer alors que les politiques n'aient pas déjà fait leur choix ? Les auditions des trois auront lieu le 19 décembre (juste entre les boules et le … sapin), l'Arcom communiquera son choix au plus tard le 16 janvier 2023.
(À suivre)

Maintenant pour me détendre… je vais reprendre Capote



(1) Ce blog depuis ses origines en juillet 2011, traite plus particulièrement de la radio publique…
(2) En 2014, elle est nommée directrice de cabinet du Président directeur général de Radio France, puis secrétaire générale, où elle conduit les réformes stratégiques du groupe jusqu’en 2018, (les dates exactes de la Présidence Gallet),

(3) "De fait, la coopération au sein de l’audiovisuel public demeure limitée et la convergence TV-radio est très en-deçà de la situation d’autres services publics européens. Ainsi, si certains partenariats inscrits dans le COM sont effectifs (par exemple la plateforme éducative Lumni), tous n’ont pas atteint, à fin 2021, l’objectif fixé par les contrats. Il en va ainsi en particulier des partenariats dans le domaine de l’information régionale, les réalisations étant en deçà des ambitions affichées, qu’il s’agisse des matinales de France Bleu diffusées sur France 3, de la plateforme numérique d’informations locales « Ici », l’ensemble de ces projets souffrant d’une absence de projet éditorial partagé. Les projets communs dans le domaine du numérique se sont traduits principalement par la juxtaposition des contenus produits par les trois sociétés publiques (Lumni, Culture Prime, Ici, etc.). Il appartiendra à l’Etat et aux sociétés publiques de déterminer les nouveaux domaines de convergence dans les prochains COM, en s’inspirant des réflexions déjà menées sur le sujet. Des modalités efficaces de suivi et de mise en œuvre de ces chantiers communs devront également être arrêtées, qui ne peuvent reposer sur la seule initiative des entreprises". [C'est moi qui souligne]. Arcom, Avis n° 2022- du 7 octobre 2022 relatif au rapport d’exécution des contrats d’objectifs et de moyens de France Télévisions, Radio France et France Médias Monde pour l’année 2021.

lundi 24 octobre 2022

Matinale mâtinée… de petits bouts !

À force d'écoutes attentives et scrupuleuses je vais tenter de comprendre le fonctionnement du 9/10 de France Inter. Oui le 9/10 qui contient le journal de 9h, une chronique média, le 9h10 (sic) et à 9h30, Totémic. Trois choses différentes qui, à elles seules, auraient pu faire un … magazine. Mais n'anticipons pas.
















Caser… dans la case
La nouvelle directrice, Adèle Van Reeth, le 30 septembre, assume et défend devant la médiatrice des antennes "sa" nouvelle grille et ses ajustements. Soit mais l'auditeur, l'auditrice continuent d'écouter le programme et peut-être comme moi s'interrogent-ils sur le rythme, le tempo, les voix d'un 9/10 qui visiblement auditivement demanderait encore quelques ajustements… et pas qu'à la marge ?

    9h-9h10 
    Un journal ramassé de quatre minutes (1), puis une chronique médias qui a existé trois semaines dans Zoom Zoom Zen, - titre improbable -, la nouvelle émission de Matthieu Noël (16/17). Pourquoi pas une chronique de plus (en plus) ? Mais ces trois minutes c'est aussi trois minutes en moins pour la chronique suivante…
    
    9h10-9h29
    Ça s'appelle L'invité de 9h10 et remplace, Magma (9h04-9h29), qui, au bout de trois semaines, a fondu comme neige au soleil (2). Une telle originalité de titre laisse pantois quand à fortiori l'animatrice de l'émission, Sonia Devillers est convaincue qu'un titre en radio c'est important. Aucune émission d'Inter n'est sans invité. On mesure donc combien ce titre est plat et fade. 
    Devillers n'a rien changé de ses façons dynamiques, enthousiastes et intrusives d'animer ses entretiens. Très surexcitée, emballée et à quelques exceptions près en totale empathie-admiration devant ses interlocuteurs. Ces derniers toujours en phase médiatique élevée, dans l'actu, si bien que leur place (case) est toute trouvée dans une matinale… d'actus !




    












9h30-10h
    À la rescousse Rébecca Manzoni a accepté d'animer cette tranche (autrefois tenue par L'Instant M, 9h40-10h). J'écris à la rescousse car le départ inattendu d'Augustin Trappenard et son Boomerang (2014-2022, 9h07-9h40) a surpris la Direction. Jusqu'au 1er juillet date de sa dernière, il laissait entendre qu'il continuerait ailleurs sur la grille. Las, Manzonni qui a animé en quotidienne Eclektik deux saisons (2004-2006, 9h05-10h) connait la chanson ! Vous l'aurez compris, je veux dire a toute sa place dans une case du matin juste après la très, très, très longue session d'info (5/9, puis 5-9h30).
    Totémic, après un temps de rodage, a trouvé ses marques. Lundi, mardi, jeudi en studio. Mercredi L'échappée (chez un ou une artiste en vogue). Vendredi en studio et en public. 30 minutes, c'est court quand on imagine - à raison - que Manzonni tiendrait la cadence sur 55'.

Rythme et tempo
Imaginez que vers 9h30, le facteur sonne (toujours deux fois), votre voisine vous hèle pour vous demander des nouvelles de votre rhume ou que vous soyez au téléphone depuis 5'. Puis, libéré-e de ses impondérables vous reprenez l'écoute… Si vous n'êtes pas très attentif, attentive vous pourriez vous laisser porter par une voix féminine qui interviewe une fois féminine (ou masculine). Bien sûr la voix, le rythme, le ton de Devillers n'ont rien à voir avec ceux de Manzonni. Mais le procédé d'interview est le même. Manzonni élabore-produit beaucoup ses émissions, Devillers joue le jeu du face-à-face. Mais il y a une certaine forme de continuité et l'ensemble, malgré la personnalité des deux productrices, n'est pas assez tranché. Sans écoute soutenue on est à peu près sur la même ligne…  Des vedettes se racontent. Coller les deux émissions n'apparaît pas assez distinctif.

C'est quoi ce découpage ?
En 2014, Schlesinger, directeur éditorial des sept chaînes de Radio France invente (3) le découpage du 9/10 en deux sets distinctifs. Un homme (Trappenard), une femme (Devillers) pour une émission culturelle et une émission médias. Pourquoi pas ? Devillers s'en sort très bien en jonglant avec un… 18'. En 2022, France Inter redécoupe la tranche 9/10 et… laisse perplexe. Devillers a perdu (depuis Magma) 3' et doit en plus intercaler une chanson. Manzonni nous laisse sur notre faim/fin quand on sait qu'elle a le jus pour tenir plus longtemps.

Bilan : nécessité à la rentrée de janvier de revoir le découpage/saucissonnage de la tranche 9/10. Et peut-être remettre au goût du jour Le magazine (4) qui dès la rentrée 1969 jusque loin dans les années 2000 a fait les belles heures de France Inter ? À moins que le flux n'ait plus aucune importance et que ce qui compte absolument ce soit l'écoute délinéarisée (soit le replay, soit le dieu podcast). Se pose alors la question "Comment Adèle Van Reeth veut-elle qu'on écoute France Inter ?" Ou plutôt "Comment Laurent Frisch (5) veut-il qu'on écoute la radio ?" Un indice : sur la page dédiée de chacune des émissions la réécoute est proposée "Provenant du podcast" suivi du titre de… l'émission !!!!!!!!!!







En clair, il n'y aura bientôt plus d'émissions mais des collections (infinies) de podcasts qui entraîneront la disparition des programmes. D'ores et déjà les auditeurs nostalgiques de l'œil du tigre de Philippe Colin (pas le sien, son ex-émission) feraient mieux d'applaudir à tout rompre quand ce dernier produit plus de podcasts que d'émissions hebdomadaires qu'il animait dans une saison radiophonique.

Je transmets ce billet à Adèle Van Reeth des fois que mon écoute et mes analyses seraient susceptibles de participer à la réflexion collective. À bon entendeur, salut !

(1) quand depuis 2014 il en faisait plutôt 5' voire 6' et qui imposait à Boomerang de ne jamais démarrer avant 9h07,

(2) "Vous savez, une grille d’antenne n’est jamais complètement fixée. C’est comme un organisme vivant qui a besoin parfois d’un médecin pour venir ausculter le bon fonctionnement de chaque membre et de chaque partie. Et qui, quand on commence fin août et que la grille est lancée, surtout quand il y a des nouvelles formules, a besoin d’ajustements d’auscultation très proche pour essayer de faire en sorte que la meilleure mécanique soit trouvée." (Adèle Van Reeth, RV avec la médiatrice, 30 septembre 2022, France Inter),

(3) Avec sûrement le grain de sel de Laurence Bloch, la nouvelle directrice de France Inter (2014-2022),
(4) Dont Pierre Bouteiller s'est fait le chantre sur France Inter,
(5) Directeur du Numérique et de la Production.

mardi 18 octobre 2022

Et Adèle Van Reeth inventa… le huitième jour !

Adèle Van Reeth, ex-productrice des "Chemins de la philosophie" sur France Culture a été nommée en février Directrice de France Inter par Sibyle Veil, Pédégère de Radio France, en remplacement de Laurence Bloch. Elle a pris ses fonctions à la "rentrée" le 29 août. Bien entendu sa grille a été "ficelée" avec Bloch. Comme elle l'annonce à la médiatrice des antennes le 30 septembre "une grille d’antenne n’est jamais complètement fixée. C’est comme un organisme vivant qui a besoin parfois d’un médecin pour venir ausculter le bon fonctionnement de chaque membre et de chaque partie. Et qui, quand on commence fin août et que la grille est lancée, surtout quand il y a des nouvelles formules, a besoin d’ajustements d’auscultation très proche pour essayer de faire en sorte que la meilleure mécanique soit trouvée."

E. Daviet, médiatrice et A. Van Reeth








De fait pour autant je suis perplexe sur le réajustement du 7/9h30, du changement de titre de la chronique de Devillers (c'est à la rubrique "chronique" qu'elle apparaît sur la grille) qui fait exactement ce qu'elle faisait dans L'Instant M (2014-2022). Cocasse le 9h10 ne commence jamais à l'heure mais… en avance ! 

J'ai trouvé Van Reeth claire, précise et franche, directe. Pour autant j'ai failli tomber de l'armoire quand j'ai entendu ça : "depuis quelques années, les modes d’écoute de la radio ont changé et donc les modes de production d’émissions doivent s’adapter à ces nouvelles écoutes. En clair, ça ne vous aura pas échappé qu’en plus de la grille de flux de l’antenne que vous écoutez tous les jours sur votre radio ou sur votre téléphone, vient s’ajouter une offre de podcasts dont nous sommes très fiers aussi… Il y a comme une grille parallèle de podcasts sur France Inter qui équivaut à une huitième journée (c'est moi qui souligne) en réalité des programmes. Donc il faut les sept jours dans la semaine mais vous en produisez huit exactement." Fortiches les équipes ! 











Si Virgil Georghiu a inventé La vingt-cinquième heure, il faudra reconnaître à Van Reeth d'avoir inventé le 8ème jour et, je ne dis rien des salariés à qui on devra bien reconnaître de se surpasser au travail !!!! En quelques mots la directrice d'Inter met à plat la Nouvelle Mécanique Radiophonique (NMR) plus limpide que toutes les circonvolutions sémantiques de Veil, de Frisch (Directeur du Numérique et de la Production) et autres manitous de la mue définitive de la TSF (Téléphonie Sans Fil).

Cyclage, recyclage et re-recyclage
On est prévenu, comme c'est écrit sur chaque page d'émission des chaînes de Radio France, la source à réécouter provient d'un… podcast ! Ben voyons Léon ! Le gros mensonge, la supercherie, l'entourloupe pour, très vite, faire passer la pilule d'une grille d'émissions à une grille de podcasts !!!!!!! L'été alors dévolu aux rediffusions en flux de podcasts provenant de podcasts jamais diffusés en flux ou… déjà diffusés, c'est selon. Étonnant non ?










Comme j'ai pu l'écrire de nombreuses fois il n'y aura bientôt plus de chaînes mais des couleurs pour repérer les émissions podcasts sur la plateforme Radio France. On l'aura compris Laurent Frisch et son armée mexicaine numérique seront arrivés à leurs fins. Tous les processus traditionnels de production sont abandonnés et les nouveaux vont permettre de :
- diminuer ou de se passer des réalisatrices-réalisateurs,
- faire entrer la co-production à Radio France, avec des studios privés, (1),
- définitivement s'affranchir des grilles de programmes transformées en… banque de données en écoute à la demande !

La démonstration de Van Reeth a le mérite d'être limpide ! Vous voulez des podcasts ? Eh bien ce sera au prix de moins d'émissions, de rediffusions tous les jours, plusieurs fois par jour. Raccourcissant d'autant le temps d'antenne journalier de programmes frais, toutes chaînes confondues ! L'addiction des auditeurs aux podcasts - à marche forcée -, soit l'alpha et l'oméga de la transition numérique, est totalement réussie. Aucun retour en arrière possible. Un nouveau monde radiophonique se met en place. Audio killed the radio star !

(1) Alors que le mantra absolu est " À Radio France nous produisons tout nous-mêmes !"