samedi 22 février 2020

Samedis après-midi… Pop-rock et plus si affinités !

J'ai, au chaud (depuis mai dernier), un billet concernant les samedis après-midi de France Culture (années 70 et 80). Mais c'est trop tôt (sic) ! J'ai quelques souvenirs de samedis qui sur W-RTL (RTL), "Rock of the 80'" (Pierre Lescure, Europe 1), et l'inévitable "Oreille en coin" m'allaient à ravir. Sur W-RTL j'ai découvert Sultans of swing, Dire Straits. Avec Lescure quelques groupes in, du moment (1980) et avec "L'Oreille" des histoires à n'en plus finir…



Flânant, ce matin, sur l'oiseau bleu, je découvre le compte d'@Alister, ci-devant rédac-chef de la revue Schnock. Je déroule jusqu'à trouver la référence à Grand Hotel Procol Harum. Bigre ! Whiter shade of pale a largement écrasé la production du groupe et ce Grand Hotel manquait à ma culture ! La chose est réparée. Mais voilà me croyant le D.J. ou le Nightfly de quelques nuits sur Radio Pikez (2018), je suis bien décidé à poursuivre mon après-midi zique.

Procol Harum m'évoquant Genesis je plonge dans Foxtrot. Ce disque, que j'ai usé nuit et jour, pendant des années me procure toujours autant de frissons. Peter Gabriel le formidable créateur de la chanson "Biko" est, avec ce disque de Genesis, au sommet de leur art. Supper's ready en est la preuve formelle. 



Alors plutôt qu'entendre rabâcher et geindre que les "jeunes" n'écoutent plus la radio. France Inter aurait pu "inventer" les samedis après-midi "Pop, rock et plus si affinités" avec des gens très bien comme Rebecca Manzoni, Michka Assayas et Bernard Lenoir, pour voir, et Blanc-Francard pour une rubrique "Father ans son", Trapenard pour le quart d'heure nostalg', Alister pour quelques histoires de vieux schnoques et Benizeau (Thierry-Pol). Et pi j'ajoute Delli-Fiori et Thierry Jousse. Une belle émission longue, foutraque et joyeuse. Ouais, France Inter aurait pu mais elle peut plus… Veut plus surtout !

Quant à France Musique enkystée dans "Classique et jazz" on ne peut rien en attendre d'autre que des miettes à la marge. Désolation absolue et regrets éternels de l'absence absolue de renouvellement.

Alors, pour accompagner en beauté ce samedi en devenir de printemps, Tom Misch que j'ai découvert l'an passé sur Fip (tout l'alboum est pop !)… 

vendredi 21 février 2020

Riester remplace au pied-levé le bon Dr Coué et sa méthode… (du même nom)

Coué n'en peut plus ! Il aimerait prendre sa retraite… À points nommés. Sa méthode a fait flores dans le monde entier. Remportant de nombreux prix internationaux, il n'a pas caché son désir de fuir les honneurs et les citations perpétuelles pour aller cultiver son jardin secret en Abyssinie ou à Créteil-Léchat, la la la ! Faisant ses visites depuis plus d'un an, le Ministre de l'Aculture a toutes les chances d'être élu par l'Académie au mois de mars prochain (1). Un récent article du Figaro (19 février) montrera au profane, s'il en était encore besoin, à quel point la propagande peut faire passer le commun de l'ombre à la lumière. État des lieux.

Maurice Thorez
à la une du "Time"



















À la grève, la grève…
Enguérand Renault, journaliste engagé au Figaro, relate dans un récent tract article comment M. Franck Riester, ci-devant Ministre de la Culture a, le 31 janvier dernier,  terrassé la bête, réduit l'hydre à trois têtes, anéanti le monstre rougeoyant, à mains nues et en… 63 jours quand même ! 

Extrait de la dithyrambe : "Au 60e jour de grève à Radio France, Franck Riester a reçu l’ensemble des représentants syndicaux ainsi que la direction du groupe audiovisuel public. Très ferme, il a rappelé que les économies demandées à Radio France seraient maintenues, qu’il soutenait la direction et qu’il ne se mêlerait pas des négociations à venir. Ce discours a porté ses fruits puisque trois jours plus tard, la CGT, dernier syndicat à maintenir son préavis de grève, suspendait le mouvement pendant les négociations sur la rupture conventionnelle collective.

C'est sûrement le "Très ferme" qui aura fait toute la différence ! Pourtant je ne me souviens pas avoir pu déceler qu'un lien de cause à effet puisse être attribué à la suspension de la grève, suite à la fermeté du ministre. Auquel cas je me demande pourquoi le dit-ministre n'a pas plus tôt usé de sa fermeté pour interrompre la grève dès le… 25 novembre ! Quel manque de perspicacité et de confiance en soi ! Attendre 60 jours pour recevoir les grévistes et les voir aussitôt "savoir arrêter une grève", de quoi faire se retourner dans sa tombe le grand Maurice (Thorez) inventeur de la formule (2) ! 

On pleure (à chaudes larmes) de lire ces lignes dignes du plus petit télégraphiste (3) ! Le Figaro défenseur acharné des causes… capital(es) ne se refuse aucun soutien partisan à un ministre absent, perdu et dogmatique par procuration. Madame Veil, pédégère de Radio France, aura sûrement apprécié l'appui inconditionnel du rubricard. Le Président de la République, quant à lui, ne regrettera plus d'avoir fait le choix audacieux d'un concessionnaire automobile à qui il aura su confier la culture audiovisuelle et plus… si affinités ! 

Les grévistes de Radio France n'ont sûrement pas manqué de rire (sous cape) découvrant - par la presse - l'influence irrésistible du Ministre sur leur vote souverain ! On vit une époque formidable ! Bis repetita placent ! On a hâte de lire les prochaines lignes d'Enguérand Renault quand, la grève ayant repris, il va trouver la bonne formule pour accuser, a minima, le réchauffement climatique et, a maxima, l'endoctrinement collectif du personnel de Radio France sûrement inspiré de la secte Moon. 

(1) Seul personne déclarée au moment où nous mettons sous presse… (sic),
(2) "Il faut savoir terminer une grève dès que satisfaction a été obtenue", Maurice Thorez, 11 juin 1936, suite aux accords de Matignon,
(3) En 1980, Mitterrand traite Giscard, Président, de "petit télégraphiste" (de Brejnev, URSS) quand ce dernier diffuse une information sur le retrait des troupes soviétiques d'Afghanistan. 

mercredi 19 février 2020

Le bureau des projets… Une légende ? (2)

Bien sûr j'aurais trouvé stimulant de titrer "Le bureau des légendes". Que serait venu faire un tel bureau à la radio ? Par contre le Bureau des projets a bien existé et ce n'est pas une légende ! Ce billet et le précédent sont motivés par l'amer constat que la direction de France Culture a finalisé et mis en place un système pour : normer, calibrer, compartimenter la création radiophonique. En l'enfermant dans des processus de contrôle a priori (se nichant de façon insidieuse), de hiérarchies et de mécaniques productives qui n'ont plus rien à voir avec le projet initial de la chaîne qui voulait s'ouvrir à toutes les cultures en multipliant les angles, les formes, et les voix qui en étaient les acteurs.



L'apologie du "tout et son contraire" va bien à France Culture et à sa directrice Sandrine Treiner. À grands renforts de tambours, on apprend que dès le lundi 17h, on peut télécharger les quatre épisodes d'une série documentaire (LSD, du lundi au jeudi, 17h) mais qu'en ce qui concerne "Une histoire particulière" il faudra à l'issue de la première partie (le samedi à 13h30) savoir attendre jusqu'au dimanche même heure pour entendre la seconde ! Pourquoi cette différence de traitement ? Le fait du Prince assurément !

Pour ce qui concerne LSD (acronyme qui nous a mis à genoux et a déclenché chez d'aucuns une séance de larme contagieuse) j'ai fait la démonstration à sa coordinatrice, Perrine Kervran, que 44 semaines x 4 jours représentaient un potentiel de 176 documentaires, soit dans l'absolu 176 producteurs tournants (1). La formule imposée "même sujet pendant 4 épisodes par la même personne" diminue le nombre de producteurs des trois quarts, sachant là aussi qu'une productrice-producteur peut potentiellement produire, deux ou trois LSD/an. Et pourquoi un producteur saurait produire 4 heures imposées sur un sujet quand quelquefois il pourrait être plus en phase avec une, deux ou trois heures ? Cette façon "éditoriale" c'est juste l'antithèse de la création. C'est un pouvoir sur la création individuelle. Quant au format imposé ce n'est plus une direction mais du dirigisme ! 

Et c'est là qu'intervient le "bordereau", le "formulaire", la "note d'intention" qui de quelque façon qu'on l'appelle, a supprimé l'échange informel, la dynamique d'une confrontation orale, la décision rapide particulièrement quand ça fonctionnait dans un processus de création collective, de compagnonnage, de responsabilité d'équipe. Autant dire un monde d'avant qui s'est effondré suite aux nominations de Mathieu Gallet, Sandrine Treiner et Sibyle Veil. Les trois font la paire pour progressivement gommer tout ce qui peut ressembler à une chaine singulière pour la diluer en une "généraliste" qui va bien finir par ressembler à France Inter et inversement.

Cette méthodologie des préalables à la décision de validation d'un projet, ce parcours sup, ces filtres aux ordres de l'éditorial tout puissant ·(2), ces processus de soumission a autant de hiérarchies cassent l'esprit même d'une création libre, originale, bouillonnante quand tant de préalables la brident, la contraignent, l'enferment dans des cases, des modèles, des formats (3). Insidieusement il s'agit de déposséder les équipes de réalisation du principe créatif. En assistant à la standardisation, au formatage et à l'absence absolue d'inattendu. Tout doit être lissé, polissé, cadencé dans une rythmique horaire qui ne laisse plus la place à aucune respiration, temps morts, silences (4). 



  • Le bureau des projetsCe n'est pas une légende, il a bien existé. Jean-Marie Borzeix, directeur (1984-1997) s'est souvenu (au téléphone hier) que "c'était un "bureau" informel. Une réunion plus ou moins régulière de quelques personnes, quelques producteurs. La parole était libre. Ça avait du commencer avec mon prédécesseur Yves Jaigu (1975-1984) et j'ai voulu maintenir ça. L'esprit était celui d'un service de manuscrit d'une maison d'édition. C'était un moment d'ouverture. Du bricolage, mais du bricolage qui permettait d'accueillir des gens qui étaient venus là par hasard." (5)
La contrepartie de cette casse historique d'une chaîne autrefois ambitieuse ce sont "des chiffres, des chiffres, oui mais des Médiamétrie". Avec en contrepoint cette chose sordide qu'on peut appeler en verlan Tchip, (very cheap) et qui donnera peut-être lieu bientôt à une journée grandiose sur la chaîne où des postulants à la création radiophonique viendront au casse-pipe avant d'être autorisés à la prochaine étape dite du "formulaire Cerfa" ! L'antithèse absolue du "Bureau des projets" qui, à jamais, restera dans la légende…

(1) Même si la même productrice ou le même producteur peut signer 3, 4 ou 5 docs dans l'année,
(2) Perrine Kervran pour "La Série documentaire", Christine Bernard pour "Une histoire particulière", "Toute une vie", Sonia Kronlund pour "Les pieds sur terre",
(3) Le mantra psalmodié pour vendre aux auditeurs "L'expérience" c'est juste de la com' bidon : "L’Expérience est un espace libéré des genres radiophoniques (magazine, reportage, documentaire, fiction...), qui s’en affranchit ou qui les mêle. C’est un temps d’expression du singulier."

(4) Ceux d'Alain Veinstein et de ses invités dans "Du jour au lendemain",
(5) À partir des témoignages recueillis, il semble que ce bureau ait fonctionné jusqu'en 1997 ou 1999. Après, il a aussi existé d'autres "lieux" où des projets qui ne trouvaient pas leur place dans une case pouvaient la trouver dans une autre.

Alain Veinstein, Photo L'Est Républicain















La dernière ! "Du côté du silence"… ("Du jour au lendemain"… 4 juillet 2014)

Rappel : cette émission censurée par d'Arvor n'a jamais été diffusée à l'antenne ! Suite à la manifestation des auditeurs elle a été rendue disponible sur le site de la chaîne, le lendemain 5 juillet. La journée rigolote et trop cool inventée par d'Arvor s'appelait "Chamboule tout" (sic) ! Aujourd'hui (février 2020) le lien d'export de l'émission est bridé !

mardi 18 février 2020

Le bureau des projets… Une légende ? (1)

C'est parti ! Je rassemble ici, pêle-mêle, la somme des entretiens que j'ai eus avec des autrices-auteurs, productrices-producteurs pour tenter de montrer l'évolution de la "décision pour validation d'un projet d'émission" à France Culture. La période couvre 1980-2020. Où l'on verra les évolutions de périodes où les artisans-artistes ou les artistes-artisans sont dans un rapport de confiance, de complicité créative et de "co-gestion" des projets. Mais tout ça c'était avant le drame. Avant que l'éditorial, sous forme de direction, vienne s'immiscer dans le cercle (des poètes en voie de disparition). Ou le début de la fin d'une forme artisanale de fabrique radiophonique. Et l'invention des formulaires à remplir en suivant une voie hiérarchique digne d'une administration sourcilleuse de la bonne circulation des Cerfa. Soit l'achèvement constaté de la mue de la radio publique.




Un jour d'octobre 2011, à la Gaité-Lyrique (Paris), Madame Treiner fut nommée directrice de l'éditorial de France Culture. Le sacre fut prononcé par Olivier Poivre-d'Arvor, directeur de la chaîne et Jean-Lux Hees, pédégé de Radio France (1). Les mots ont un sens. Les troupes n'avaient plus qu'à bien se tenir. L'éditorial dans une seule main (de fer), la besogne dans celles des productrices-producteurs, réalisatrices-réalisateurs, techniciennes et techniciens. Soit, ni plus ni moins que la dépossession formelle d'une part de la pensée et de l'élaboration d'une émission dans sa globalité. Une paille ! Une poutre dans l'édifice créatif d'une chaîne originale et singulière.

Pourtant la responsabilité d'Yves Jaigu, de Jean-Marie Borzeix, directeurs de la chaîne (2) était-elle moins engagée que celle de Treiner qui court après les chiffres quand les deux sus-nommés couraient après la culture. Toutes les cultures. Et faire prendre racine à la chaîne jusque dans les campagnes du "Pays d'Ici" ! Et puis avec ce coordonateur ou cette coordonatrice rencontré-e dans un couloir, échanger une idée, se reparler d'une aventure (3) qui commence à s'élaborer dans la tête (et déjà dans quelques formes de production) et avoir l'accord pour aller tourner. Sans autre forme de procédure lourde et fastidieuse.

Certaines-certains m'ont dit "On a commencé dans un bricolage joyeux, puis chemin faisant on s'est retrouvé dans une forme de compagnonnage. On était des artisans et des artistes. Il n'y avait pas de nomenclature à respecter. De l'échange informel, de la discussion orale individuelle ou collective, naissaient des projets. On fabriquait dans un mouvement d'entraînement collectif (le fameux compagnonnage). La direction, les responsables de programmes avaient confiance en nous, savaient qu'on engageait notre responsabilité d'auteur et celle de la chaîne. C'était un contrat moral tacite. Il n'y avait pas d'ingérence. On était libre de produire ce que nous avions, en équipe de réalisation, élaboré. C'était souple et simple. Stimulant pour la création."

Illustration pour le doc. de Sylvie Gasteau
"Âme te souvient-il ?" (2016), Fr. Culture

















Une autre atteinte à la création viendra de la diminution lente et progressive des producteurs tournants, que la directrice, Laure Adler (1999-2005) engagera sans modération. On tient mieux "ses" troupes si elles diminuent comme peau de chagrin. Plusieurs directeurs auront, à sa suite, la même inclination à "cerner de près" des producteurs qui, effet domino de leur diminution, aura pour conséquence la diminution de la diversité (de voix, d'angles, d'ouvertures, de sujets). Qu'il est loin (et oublié) le temps où J.M. Borzeix donnait "carte blanche" à Jean Couturier et Irène Omélianenko pour "Clair de nuit" (1985-1999, 1h, le samedi et le dimanche). Carte blanche ça veut dire sans le début du commencement d'une injonction éditoriale !

Et puis il ya eu ces rencontres fortuites, inattendues, surprenantes qui ont "spontanément" mis le pied à l'étrier à des autrices, des auteurs qui ont comme des écrivaines ou des écrivains produit des "essais" pour… essayer et, quelque fois, obtenir des prix prestigieux. C'était faire son expérience, sur la durée, soit l'exact contraire d'une émission au titre ambigu qui pourrait laisser croire à autre chose qu'un "one shot". Qu'un essai surtout pour tester la coproduction chère au directeur du numérique et de la production, Laurent Frisch !

Et puis aujourd'hui pour arriver à obtenir le "sésame" de la validation d'un sujet, les étapes pourraient ressembler à "Parcours Sup" que je traduirais ici par "Parcours supplémentaire pour justifier a priori d'une création radiophonique"… Avec un argumentaire écrit, le détail de la production et des modalités de réalisation. Un parcours "sans parole". Un comble à la radio !
(La suite, demain)

(1) On gravira une marche supplémentaire à la nomination par Mathieu Gallet, Pdg, de Frédéric Schlesinger (mai 2014), directeur éditorial des sept antennes de Radio France, 
(2) 1975-1984, 1984-1997,
(3) Qui pouvait même être aventureuse et donner de sacrés bons résultats…

lundi 17 février 2020

La fabrique de l'histoire… de la radio !

Alors voilà, hier dimanche, tout se passait bien. Grosse tempête à tribord, Damia à babord. Depuis vendredi, j'enquêtais minutieusement en vue d'un billet solide à publier ce lundi. Et voici que, tel l'archiviste fou, j'accumule des témoignages solides qui vont étayer mon postulat et renforcer quelques convictions sur la modernité absolue d'un mot de cinq lettres, annonciateur définitif du changement d'ère (sonore) dans laquelle nous venons définitivement d'entrer ! Mais, à cet apport massif d'informations utiles, il m'est indispensable d'associer un petit temps de décantation car ça bout, ça remue, ça chavire ! Ne reculant devant rien pour ne pas vous laisser, ce lundi, hagard et sans lecture, je vais, façon gonzo, vous raconter par le menu le off de ma quête qui, à la différence de Don Quijote de la Mancha, ne cherche pas/plus l'inaccessible étoile !

Pierre Chevalier, créateur de "Sur les docks", Fr. Cult.

















Si, il y a neuf ans, aux débuts héroïques de ce blog, modeste et génial, j'avais simplement eu l'idée d'une telle recherche, j'aurais très vite constaté que ma culture encore trop parcellaire de la radio (et mon très minuscule "carnet d'adresse") ne m'auraient jamais permis d'écrire autre chose qu'un bafouillage pour le moins léger. Tandis que là, fort de ma conviction j'appelle Marceline, Paule et Jacqueline (1) et je me régale. Pourquoi ? Je m'en vais vous le dire aussitôt !

Je me régale parce que les histoires qu'on me raconte, les époques (1980-2020), les personnes évoquées, je les connais. Je peux recoller les morceaux quand il manque des bouts, des noms, des situations. La grande histoire de la radio se tisse, se retisse, se développe. Le puzzle se construit à la mesure des mots comme des anecdotes. À la mesure des émissions évoquées et à celle des personnages qui ont participé de la légende (2). Josette, Alain, Pierre, Sylvie, Irène, Alexandra, Michel, Laura, Bertrand, Jean-Marie, Jean, Geneviève et bon nombre de ratons-laveurs (3). 

C'est un moment de grand bonheur de raconter, de se-raconter à deux, trois, dix voix l'histoire microscopique de la radio qui n'en finit pas d'en fabriquer la grande ! Et, alors que tout s'enchaine, s'imbrique, se construit on sent venir le trou béant, le précipice, le vide sidéral qui au début des années 2010 forcera la mue d'une radio publique aujourd'hui malmenée, déchirée et précipitée dans une forme de néant ou de négation de l'avant.

Vous le lirez demain, dans une si grande maison se fabriquait une radio artisanale avec sa part d'essais, de tâtonnements (expérimentaux, aurait dit Célestin Freinet), d'aventures et d'inventions créatives. Mes interlocuteurs n'ont dit "que" ça. Il n'y avait pas de "culs de bus" promotionnels, de kakemonos géants à la gloire de vedettes peoples, de chiffres d'audience psalmodiés à l'envi, d'adorations indécentes d'idoles de pacotille. Il y avait des contenus, des sons et des voix. Sans que ces voix aient besoin en permanence de monter sur la table pour, comme aujourd'hui, "vendre leur soupe".

Nous avons refait le film. En 16 et en 35mm. Quelques fois en Dolby stéréo. En essayant de comprendre comment on en était arrivé là. Comment et pourquoi ?
(À suivre)

(1) Les prénoms ont été changés…
(2) Ce mot vous sera utile demain quand j'entrerai dans l'histoire (pas moi bande de fadas, dans l'histoire que je vous conterai !!!),
(3) Tous les prénoms n'ont pas été changés…

dimanche 16 février 2020

Le bon plaisir de la radio… Damia (23)

Aujourd'hui quelques archives récentes et le joli documentaire d'Arte de Daniel Bernard vous remettront en lumière Marie-Louise Damien, dite Damia. Bien sûr ces chansons réalistes disent quelque chose d'une l'époque qu'elles ont dépassée pour s'inscrire dans la mémoire collective. Damia c'est aussi l'émotion d'une parole populaire avec sa part de tendresse et de mélancolie.

Damia














mercredi 12 février 2020

P.I.T.C.H.

Benoît Bories a eu beau alerter la communauté radiophonique francophone, rien n'a empêché qu'une séance de "Pitch" ait lieu lors du dernier festival "Longueur d'Ondes" à Brest (4-10 février). Le gotha "tendance" de l'éditorial fit office de jury. J'ai délibérément refusé d'assister à cette séance. Pour autant j'ai pu recueillir les commentaires de plusieurs personnes qui y ont assisté. La remarque la plus souvent reprise "C'est "The voice" sans les fauteuils tournants". Où l'on voit comment la télévision une fois encore s'est infiltrée par effraction dans les cerveaux disponibles et comment la radio et les éditeurs sonores se prêtent à ce jeu qu'à la fête foraine on appelle le "tir au pigeon", le "casse-pipes" et dans quelques campagnes reculées le balltrap.


Processus
Ce processus est sidérant. Bories : "Si je grossis à peine le trait, je dirais que le pitch est le développement néolibéral de la note d’intentions". Nous voilà avertis. K.O. debout ! Un festival de promotion de la radio a donc répondu aux sirènes les plus "mainstream" pour jouer avec une sélection d'autrices et d'auteurs tentant de faire éditer leur première œuvre ou celle qui leur tient à cœur. On aurait pu imaginer qu'ils bénéficient de bienveillance de la part de "professionnels de la profession" : éditeurs ou autrices et auteurs. On aurait pu imaginer au lieu qu'il y ait une gagnante ou un gagnant, que chacun reparte avec des conseils, des pistes de développement, des encouragements. Au lieu de quoi le spectacle (ouvert au public) a remplacé la recommandation. 
Misère absolue de ce jeu de massacre.


Intempestif
On imagine facilement que ce "Pitch" vulgaire et tendance va envahir toute la société. Pour obtenir un prêt bancaire, un emploi, une "promotion" et/ou une place pour faire partie du premier équipage sur Mars. Autant dire que la pollution du mot va être massive et donnera très vite envie de gerber. Il va s'en dire que toutes les autrices et auteurs sonores vont être confrontés à cette sélection digne de l'abattoir. Ce processus flippant va devenir un modèle, une norme, un acquis (pour qui ?) incontournable où la dilution de la pensée, la disparition de l'argumentation développée seront les nouvelles formes d'accession à la création.
Misère totale du procédé.


Temporaire
Temporellement le mot "Pitch" s'entend dans la TV, dans les talks-show et chez quelques communicants post-pubères. C'est un mot à agiter pour casser toute tentative d'exposé et d'argumentaire. Un genre de post-it sonore où s'inscrivent trente mots-clefs, six phrases de cinq mots et quelques interjections tendance comme "oups" et "du coup". Le temporaire vise l'incrustation durable.
Misère dégradante de l'écriture.


(de) Concours 
Le truc qui infantilise, qui une fois de plus sublime le podium, qui impose une hiérarchie au "mérite", qui césarise, qui oscarise, qui ridiculise ceux qui n'en sont pas, ceux qui repartent bredouilles. Ceux qui ne veulent pas être dans cette course-là, cette façon-là.
Misère au goût amer de la médaille en chocolat.


Hystérique
Jusqu'où la reproduction des modèles dominants ? Jusqu'où les puissants qui jugent, attribuent, imposent ? Jusqu'où les "faibles" qui travaillent, recherchent, créent ? Jusqu'où la facétie du spectacle ? Jusqu'où l'enfermement dans des stéréotypes absolus ? Jusqu'où cette écoute biaisée par des statuts de stars, de peoples, de "premiers de la classe" ? Jusqu'où cette absence d'égalité pour partager sereins, des sons, des voix, des idées ? 

Jusqu'où ces pitcheries ? Jusqu'où ?

lundi 10 février 2020

Pitch, Patch, Putch…



Le pitch
Il y a quelques jours je vais chez la banquière qui gère ma fortune (de mer) pour solliciter un prêt d'accession à la propriété de quelques fariboles pour rendre plus agréable ma petite cour (avec fenêtre). Quelques centaines d'euros. Une misère. À peine ai-je salué la gente dame et m'être assis sur une chaise en paille (il n'y avait rien d'autre pour s'asseoir dans cet établissement bancaire rural) que celle-ci (la banquière, pas la chaise) me dit goguenarde. "Faites-moi le pitch"… Je feins d'abord de mal entendre et lui fis répéter son injonction pour le moins surprenante dans un établissement rural avec sa part de maritime. Elle réitéra : "Faites-moi le pitch". Bigre, me dis-je, le pitre je sais faire mais le pitch pour un prêt bancaire ? 

Je m'exécutais sans coup férir et enveloppais le tout de jolis mots qui séduisirent la dame au point qu'elle me dit, non sans y mettre un peu de taquinerie, "Vous devriez faire du théâtre". "Mince, que je lui dis, j'aurais tant aimé (Jacquet) faire de la radio". "Faites les deux ! Du théâtre à la radio (là)". Mes yeux étincelèrent tellement qu'elle jugea utile d'éteindre la lampe. "Et pour mon prêt ?" fis-je la voix tremblante. "Je vous l'accorde sur le champ". Je ne vous cache pas que j'aurais préféré qu'elle me l'accorda sur mon compte mais je compris assez vite que "sur le champ" était une expression populaire qui collait parfaitement au blase de l'établissement… bancaire. Voilà pour le pitch.
  • "Si nous regardons d’un point de vue sociologique le dispositif proposé pour cet "appel à pitcher" (à l'occasion du Festival Longueur d'Ondes 2020), en analysant simplement les rapports de classe au sein d’un monde particulier de travail, nous avons d’un côté une arène constituée d’auteur.es individualisé.es devant présenter chacun.e dans une forme contrainte leurs projets devant un comité de producteur.trices, représentant les employeur.ses. Dans ce comité, il n’y a qu’une seule classe sociale représentée, le rapport de domination présent dans les procédés de production déjà existants est tout simplement reproduit. Et se trouve encore amplifié à l’occasion d’un festival, où la communauté sonore francophone se retrouve chaque année." (Benoît Bories, in Faïdos sonore, 2020)



Le patch
Quelques jours plus tard, tout ragaillardi d'avoir enjolivé ma cour, je pris rendez-vous chez notre bon médecin de famille qui ne devrait plus tarder à prendre sa retraite (aux flambeaux). Affable, prenant de mes nouvelles et moi des siennes (de famille) je lui annonçais assez vite que mon addiction à l'écriture commençait à perturber mes nuits et quelques fois mes jours. S'enquérissant sur mon écriture et, lui ayant révélé que c'était sur la radio, il pouffa ! Mais pouffa d'une façon si grossière qu'il me vit dans l'obligation de m'enquérir à mon tour du pourquoi de tant d'hilarité.

Il m'avoua que j'étais sûrement de la race des Mohicans et, peut-être même le dernier à écrire sur un média en voix (sic) lui-même de disparition. Pour me permettre de continuer d'écouter la radio sans que ça déclenche chez moi une frénésie d'écriture, il me proposa de tester un patch mis au point par la société Pédiamétrie capable d'interagir avec la pensée et de se connecter instantanément à une source sonore qui me proposerait un programme radiophonique ad hoc (mais pas que sur le poisson). Après m'avoir appliqué le patch de la taille d'une carte SD il me demanda de prononcer un mot.

"Galet", fis-je triomphant, me rappelant qu'il n'en manquait pas à la grève. Le doc monta le son d'une source sonore (invisible à l'œil nu) qui, instantanément, nous fit entendre les dernières minutes d'un ex-Pdg de la radio publique avant son départ en exil, suite à sa révocation. Je fis grise mine. Le bon toubib s'en aperçu. "Vous n'êtes pas convaincu ?" "Pardi Lulu, si à chaque fois que je prononce un mot ambigu il me narre par le menu ce que j'ai déjà autrefois entendu, où va-t-on Léon ? " Je luis rendis son patch et m'éclipsais promptement. Pédiamétrie devrait revoir sa copie.



Le putch
"Ce mot ! Comme vous y allez", entendis-je dans la foule compacte des aficionados béats. Et pourquoi pas "chienlit" tant que vous y êtes ! Vous vous prenez pour le Général ? (1) À Brest, Il y a quelques jours, lors d'un festival, quelques trublions en joie (et en colère) sont venus, off, pimenter l'installation. Il y avait à entendre ces bonnes choses sonores, puis, alentours, comme venu de très loin ce grondement profond, ce cri, ces cris pour la cause de la parole libre, de la radio libre. De la liberté d'émettre, sur tous les tons. De tendre le micro dehors - tous les dehors -. Sortir du dedans. Du dedans de la ronde. Du dedans de la comédie du spectacle (permanent) et de la société qui va avec. Sortir et…entrer dans la danse. Prendre le temps (et l'espace). Changer de ton. Donner de la voix. Prendre les voix multiples de la rage. Celles de la poésie douce comme celles de la violente. Un chant. Des chants. Le champ libre… 

et, en contrepoint, Pablo, Une chanson désespérée, à la mesure d'un peuple.

C’est l’heure de partir, c’est l’heure dure et froide
que la nuit toujours fixe à la suite des heures.
La mer fait aux rochers sa ceinture de bruit.
Froide l’étoile monte et noir l’oiseau émigre.
Abandonné comme les quais dans le matin.
Et seule dans mes mains se tord l’ombre tremblante.

(1) Le mot du Président-Général de Gaulle, en 1968, pour qualifier les "événements".

dimanche 9 février 2020

Le bon plaisir de la radio… tarantule (22)

Magiciens et musiciens dans l'Italie du sud. N'est-ce pas là déjà tout un programme ? Et puis si c'est "La matinée des autres" c'est le gage d'un merveilleux travail de recherche, d'une émission très élaborée, d'un partage du savoir généreux. Ces "matinées" sont un joyau pur de création et d'art radiophonique. C'est un écrin au moment même où les fossoyeurs s'apprêtent à vider la radio de son sens… piquée par la tarentule !



22 novembre 1977,

mardi 4 février 2020

Le Masque est tombé… La plume s'est envolée !

Ça fait mal ! Dimanche dernier, avant midi, Marine Turchi, journaliste à Mediapart, publiait "Sexisme et misogynie : plongée dans le «Masque et la Plume», l’émission phare de France Inter". Brûlot (de 15 pages) qui pourrait enflammer la chaîne qui, le même jour, à sa demande, annonçait le départ de la chaîne de Guillaume Gallienne. Cette émission, "Le Masque…", à la longévité exceptionnelle se servait de cet argument-là car, peu importe qu'au fil des années l'esprit de Michel Polac et François Régis Bastide (1955) qui l'avaient créée sur Paris-Inter ait pris la poudre d'escampette, toute la parade tenait dans le titre, magnifique subterfuge radiophonique entretenu sur la longue durée. Pareil pour les joutes verbales de Jean-Louis Bory et Georges Charensol éternellement accrochées au panthéon de la radio publique, merveilleux souvenirs qui ne laissaient aucun doute sur la faiblesse de celles d'aujourd'hui. La tambouille que sert Jérôme Garcin usurpe une renommée et un titre pour fanfaronner, dimanche après dimanche, et faire accroire qu'il s'agit de critique, quand il faut constater la reproduction lourdingue de l'ambiance nauséabonde du pire "Café du commerce"…

Jean-Louis Bory, François-Régis Bastide,
















On se demande bien pourquoi le seul titre d'une émission, et son aura passée, suffirait à lui donner ses lettres de noblesse ad vitam aeternam ? Depuis 1989 qu'il a remplacé Pierre Bouteiller (1), Garcin pérore et anime une bande qui, on le lira dans l'enquête de Mediapart, a juste oublié que pendant leur entre-soi érigé en règle, les micros étaient ouverts et que, pour prétendre à la critique encore eût-il fallu que ça en soit, quand la parole débridée a depuis lurette passé les bornes. L'absence absolue de tenue et la lourdeur des connivences de circonstance m'avaient fait déserter l'écoute, dès les premières émissions animées par le journaliste-écrivain Jérôme Garcin.

Hier, sur sept pages, Marine Turchi a publié "Sexisme dans le «Masque et la plume»: les réponses de France Inter". La directrice de la chaîne, Laurence Bloch "se retranche derrière la "particularité" de l’émission. ""Le Masque et la Plume" est une émission très caractérisée : c’est la plus ancienne de la grille, à la fois un endroit de neutralité et de grande subjectivité, à la fois une tribune de critiques, qui font de la prescription culturelle, et une scène de théâtre – on pourrait dire un ring de boxe. C’est aussi un café du commerce. Il y a des gens qui jouent des rôles, surjouent aussi leur rôle, il y a toutes les représentations idéologiques, esthétiques. Ce n’est pas une tranche d’information. Je ne tolèrerais pas ces propos dans une tranche d’information." La rédactrice de l'article ajoute : "Laurence Bloch oublie l’obligation de Radio France en tant qu’employeur : garantir à ses salarié·e·s un espace de travail sans propos sexistes, racistes ou homophobes."

Bloch relativise, Garcin reconnaît quelques erreurs à la marge ! Et vogue le navire ! Cette "relativité" n'a pas, en son temps, servi Daniel Mermet. Son éviction (fin juin 2014) avait été sans appel. De même pour l'hebdomadaire "Un bruit qui court" à la fin de la saison 2018-2019. Mais la liste serait longue de citer ici les choix souvent arbitraires qui ont procédé à la fin d'une émission. Si en plus, l'émission est affublée du critère "plus ancienne émission de la chaîne", on se demande bien comment les émissions pourraient obtenir ce statut si un jour ou l'autre elles sont rayées de la carte (2) ? Et en quoi porter un nom "patrimonial" garantirait que le fond se perpétue ?

François-Régis Bastide tend le micro au public !















Mais surtout une telle émission doit-elle perdurer ? Après 65 ans d'animation par des hommes ne serait-il pas normal de la confier à une femme ? Le principe de bande qui déjà sévit 1h30 en quotidienne sur la chaîne n'est-il pas absolument éculé ? Autant de questions qu'il va bien falloir que Laurence Bloch se pose après avoir "laissé faire" ce rendez-vous dominical, qui permet confortablement de ne rien inventer de nouveau et, pour lequel Mediapart vient de remettre les pendules à l'heure !

(1) L'animateur de renom prenait alors les commandes de France Inter.
(2) Là-bas si j'y suis, (1989-2014), L'Oreille en coin (1968-1990), Pollen (1984-2008) et quelques autres !

Même s'il n'y a que 10' j'ai choisi cet extrait car c'est "une émission du Club d'Essai" et qu'elle porte la marque de ses beaux débuts…

lundi 3 février 2020

Nuit sans ondes… Ondes sans nuit !

Après 20h, ça fait lurette que la radio a vendu son âme à la TV, ne cessant d'inciter ses auditeurs à se pâmer devant la, les "lucarnes" (oh, le joli mot désuet). Jour après jour, sans relâche, tout est prétexte à la promotion du visuel. Alors que "Le live" (1) débarque aujourd'hui, je me demande si une radio peut  tenter le même type d'expérience (20h-minuit), avec les mêmes principes d'interactivité, pour scotcher au poste quelques adolescents épris de sons ou quelques jeunes adultes fadas de la chose sonore ? Sans image, sans les principes et les pratiques visuels ancrés dans les habitudes de consommation, ça semble pour le moins bien périlleux, pour ne pas dire totalement irréaliste.
Je dédie ce billet à tous ceux qui, depuis l'invention du 24/24, 
ont illuminé nos nuits : productrices & producteurs, réalisatrices & réalisateurs,  
techniciennes & techniciens du son…

Merci à Ewen pour cette créa… tip-top !


Je me suis alors rappelé comment, moi-même et quelques gugus-ses de ma génération, nous nous sommes installés "devant la radio" dès 20h pour - rebelles, et fiers de l'être - nous démarquer des adultes qui s'avachissaient devant la télévision, incapables de penser autrement que par ce filtre-là ! Misère et décadence !

Dès la rentrée 1973, Claude Villers, Patrice Blanc-Francard, Olivier Nanteau (réalisateur) créaient sur France Inter "Pas de panique" (20h-22h), autant dire un festival d'inventions, d'espiègleries, de récits, de musiques pop et de punch, pour une émission dynamique. Le directeur de l'époque, Pierre Wiehn, avait demandé à l'équipe d'inventer quelque chose entre "Charlie-hebdo" et "Pilote" (hebdomadaire de bandes dessinées, dirigé par René Goscinny). Wiehn sentait l'époque. Les trois compères allaient la propulser. C'était frais, joyeux et tendance. 

Puis en février 1982 (2), alors que les radios dites-libres fleurissent un peu partout depuis le 10 mai précédent, Europe 1, chaîne généraliste privée, crée en plein milieu de saison "Radio Libre". Pied de nez à ceux qui s'y sont collés (à ces radios-là) et, volonté délibérée de ne pas laisser partir à cette nouvelle concurrence quelques auditeurs, libres de ne plus vouloir de pub à l'antenne ou d'en accepter l'augure avec d'autres fréquences plus neuves, plus fraîches, plus innovantes.


Blassel, Levaï, Jouffa


















"Radio Libre" (20h-22h30), qui démarre le 1er février 1982, ce sera une équipe solide : Ivan Levaï (journaliste et producteur), François Jouffa (journaliste et animateur de l'émission), Vivianne Blassel (co-animatrice), Marc Garcia (réalisateur inventif), (3) assisté de François Lemay (4). Radio Libre est plus punchy que "Campus" (créée en 1968, sur Europe 1 par François Jouffa et animée par Michel Lancelot). De la radio très élaborée (produite, dirait-on aujourd'hui) avec, précise Jouffa, "Un gros budget, une large équipe, mais une grande fatigue. De la conférence du matin tôt après la Revue de presse de Levaï jusqu'à tard le soir, c'était très long !".

Puis, six ans plus tard, Maurice Achard (producteur) et Gilles Davidas (réalisateur, metteur en ondes) inventent sur France Inter "Culture club" (20h-21h30). Voilà ce qu'en dit Le Monde "La quarantaine, Maurice Achard, ancien journaliste à Libération, au Matin, aux Nouvelles littéraires,… est un enfant du rock qui chaque soir à 20 heures et quelque, après l'interminable météo marine, s'élance pour une heure et demie d'antenne où il démontre par A+B que le rock est aussi une manière de vivre, de voir et d'entendre les choses. Gilles Davidas ensuite, le réalisateur, l'un de ces hommes de l'ombre qui ont le don de projeter sur les ondes non seulement des voix et des musiques, mais aussi une sensibilité, une âme." (14 novembre 1988)

C'était furieusement pop et je n'aurais loupé l'émission pour rien au monde. Une émission très élaborée qui, à cette heure-là faisait du bien à la (ma) culture… rock. Oh yeah ! Évoquant ces soirées radio, avec Davidas lui-même, nous en arrivâmes à imaginer qu'il y aurait lieu de remettre à jour… les nuits et de proposer aux "gens de la nuit"  (auditeurs noctambules et professionnels mobilisés la nuit), un vrai programme (et non des rediffs) de minuit à 5 heures avec sa part d'inter-activité (6). 





















Réinventer les nuits serait une très bonne alternative aux écrans. À moins que les dirigeants d'Inter et de Radio France se soient définitivement résignés à la tyrannie du visuel ? Effet secondaire immédiat : cela permettrait à Radio France de remplir à nouveau ses missions de service public, en diffusant 24/24 des programmes, qui s'adresseraient aussi à toute une partie de la population qui vit la nuit et qui a besoin qu'un média vive à son rythme plutôt que d'être ignorée avec le simulacre la nuit de la rediffusion des programmes de jour.

Un merci particulier à la petite fourmi des archives qui a pu accéder 
à trois articles de Télérama sur le sujet "Radio Libre" qui me permettront prochainement 
de vous raconter une autre histoire.

"Gens de nuit, seul France Inter vous tient compagnie…
jusqu'à l'aube" 1965















(1) "Le premier média générationnel, en direct et interactif" (dès le 3 février 2020 sur tous les écrans),
(2) L'élection du Président socialiste François Mitterrand est passée par là depuis le 10 mai 1981 et le monopole d'État de la radiodiffusion vit ses dernières heures. La loi du 29 juillet 1982 sur la communication audiovisuelle marque officiellement la fin du monopole : “la communication audiovisuelle est libre", assure le premier article de la loi,

(3) Marc Garcia, créateur d'Europe 2, responsable de la programmation d'Inter en 1994, puis en 1997, co-créateur de "Le Mouv' (Radio France), décédé en 2005, à l'âge de 54 ans,

(4) Pour préparer ce billet j'ai sollicité François Jouffa qui a eu la gentillesse et la super mémoire de me répondre par mail ! "La première émission fut Radio Libre à Georges Brassens, avec la participation de nombreux artistes (d'Eddy Mitchell à Raymond Devos) et avec la diffusion de plusieurs inédits de la collection de son ami moustachu Claude Wargnier, alors directeur de la technique d'Europe 1."

(5) Comme j'avais enfin fini de passer 4 soirs par semaine à animer des réunions de développement local, je pouvais à mon tour profiter de la radio,
(6) C'est bon Coco, tu le liens le slogan "Inter-actif, la nuit ! "

dimanche 2 février 2020

On vit une époque formidable… (et dingue) !

"On vit une époque formidable"… avec comme sous-titre "Pour rire un peu" (c'est de plus en plus rare). J'ai beaucoup de chance, me souvenant de ce titre et en en ayant oublié l'auteur, je "découvre" que c'est Reiser qui a "inventé" (1978) la bonne accroche et son dessin de couv' est on ne peut plus explicite pour les auditeurs de radio que nous sommes… Voilà l'affaire !



Dans L'Huma, à la fin de la semaine dernière (1), je lis en page 3 "Dégustation de son… à l'aveugle". Bigre ! Lisons. "… pour donner une nouvelle jeunesse au marathon que TCM Cinéma (2) consacre au genre [western, ndlr]… en programmant 14 films, il fallait un format entièrement repensé. Mais comment proposer à un public plus jeune de redécouvrir ces classiques ?" C'est une très bonne question Léon ! Voici la réponse :

"Lors d'une réunion entre créatifs, responsables des réseaux sociaux, etc…, quelqu'un a dit "on n'a qu'à pas mettre d'image".(3) Attends voir, en voilà une idée qu'elle est excellente. Du cinéma sans image ? De quoi filer une attaque cardiaque aux frères Lumière et à Bertrand Tavernier et une collection incommensurable d'histoires pour la… radio. Sont très forts les créatifs de TCM. De purs génies (encore inconnus).

Ni une ni deux, j'imagine qu'avec mon p'tit camarade David, on pourrait créer sur le même principe un "Festival de la radio… sans son". À sa place, des images bien stéréotypées style "Polaroïd". Étonnant non ? À quand alors, la radio sans le son, muette ? Cette perspective ubuesque est, vous l'aurez compris, une autre façon de s'inquiéter sur l'avenir de ce média !

(1)  n° 22855 des 24, 25, 26 janvier par Grégory Marin, 
(2) Chaîne accessible par abonnement, ndlr
(3) Et le journaliste de poursuivre : "Le feuilleton radio, on connaît. Mais le podcast a beau être à la mode, de là à l'imposer à la télé…". Rideau !

Une "illustration" sans image… par Walter Ruttmann ! (proposée par David Christoffel)