mardi 30 décembre 2025

Michel Winock : un passé singulier…

Du 22 au 26 décembre, France Culture a proposé à Michel Winock, historien, cinq "pastilles" (4', plus court tu meurs !) pour revenir sur "150 ans de fièvre hexagonale" (1). Winock, un nom qui sonne radio et qui nous rappelle les belles heures du "Passé singulier" qu'il a animé sur les ondes de France Inter avec Claude Dominique pour la saison 83/84…











En ces temps-là, si, si, pour la petite histoire, Jean Garretto (2), directeur de France Inter; mettait sur orbite "Les pleins et les déliés",un groupe de programmes pour des après-midi décoiffants sur la grille. Décoiffants quand il avait commencé par proposer aux barons (Chancel, Bouteiller, Villers) de sortir de leur "zone de confort" et de ne plus s'appuyer sur l'heure entre deux heures justes. Révolution de palais, crise d'urticaire et plus si affinités.

Garretto, à l'appui de ses innovations communes avec Pierre Codou pour "L'oreille en coin" (1968-1990) tentait de proposer des après-midi innovantes où des programmes courts (environ 10/15') alternaient avec des émissions plus longues, sans jamais être conditionnées par l'heure. Deux animateurs ou animatrices passaient avec subtilité (de 13:30 à 18:00), pertinence et tendresse les plats. Noëlle Breham et Yves Derisbourg, entre autres.

Tout le charme du "Passé singulier" (2) tenait dans le joli duo avec Claude Dominique qui, après ses "Lettres de famille" sur France Culture, racontait d'autres histoires épistolaires. Garretto avait le génie des associations sonnantes et dissonantes et, comme dans L'oreille en coin, Claude Dominique savait donner le meilleur de ses atouts de conteuse hors pair et surtout de nous tenir en haleine de ses récits ciselés.

Un temps où l'histoire à la radio ne se résumait pas à des miettes !!!

(1) "La fièvre hexagonale", Michel Winock, Points Seuil, 1999, 
(2) Prix SCAM du meilleur documentaire 1985,

lundi 29 décembre 2025

Trève des confiseurs… quelle trève ?

J'aurais pu écrire con-fiseurs de cette façon, tant la chape de plomb qui s'abat sur l'audiovisuel public et sur la radio est de bien mauvais présage. Que reste-t-il de nos amours chantait Trenet ? Que restera-t-il de cette radio publique qui - en flux- pendant des décennies a accompagné auditrices et auditeurs au quotidien. À Pâques ou à la Trinité, à Noël ou au premier de l'An. "Accompagner : Se joindre à (qqn) pour aller où il va en même temps que lui", nous dit Le Robert. La radio publique, et plus particulièrement France Inter, tout au long des programmes, était dans le ton de la trève et ne donnait pas envie de lâcher sa radio.











Alors les député-e-s qui mettent en coupe réglée la radio et ceux qui veulent bien encore y croire et la défendre où sont-ils pendant ces fêtes ? Eux qui savent donner de la voix imaginent-ils "les voix de noël" ? Fut un temps où la radio ne se perdait pas dans les rediffusions de rediffusions et ne détemporalisait pas ses émissions au point de n'être plus dans le tempo. La radio avait toute sa place à la cuisine ou au salon. Sa place pour ceux trop seuls qui s'y accrochaient, sa place pour les accros qui ne pouvaient s'en passer.

Jetez vos oreilles sur la première œuvre de Yann Paranthoën "Un petit charriot pour la Grande Ourse" sur France Culture… et faites-vous crooner (sic) avec les deux très bons numéros de "Retour de plage" de Jousse et Valero sur France Musique, des 20 et 27 décembre. Et si vous croisez votre député-e dites-lui à quel point la radio publique est essentielle à notre quotidien. Car de la trève à la grève (des auditeurs) il n'y aurait qu'un pas qu'il serait temps de franchir ! CQFD !

À bon entendeur salut !

P.S. : Le 31 décembre, MTV (Music Television) fermera toutes ses chaînes. Son hymne inaugural, dès août 1981, fut "Video kill the radio star" des Buggles. La video allait donc tuer la radio. La fermeture d'MTV n'est-elle pas le signe supplémentaire de "la fin de la radio" ? 

jeudi 18 décembre 2025

France Inter : le Grand Tragic Circus…

Que Jérôme Savary me pardonne d'usurper le titre de son formidable spectacle des années 70. Puisqu'après avoir fait "mes adieux au music-hall" mes chers lecteurs comprennent que je reviens pour quelques tours de piste, tant la situation de la radio - désespérée - m'impose d'en dire encore quelques mots, non pas en imaginant que ça puisse servir sa cause, mais en voulant croire que le petit staff de dirigeants puisse encore ouvrir les yeux et plus encore les oreilles. Même si j'ai la ferme conviction de me battre contre des moulins à vent. Madame Van Reeth, directrice de France Inter, s'enfonce dans le déni et un aveuglement acharné pour "dé-faire la radio" sans aucun espoir qu'un jour elle puisse la re-faire.

Affiche des Beaux-Arts
de Paris, mai 1968












Après avoir, fin août 2025, inventé l'eau tiède, Van Reeth a, très vite, pris une bonne douche froide en constatant que sa partition de la "Graaaaaande Mâaaaaaatinale" risquait de finir en Titanic parmi les glaces médiamétriques. Quelle rigolade, quelle bouffonnerie, quel désastre ! Il suffirait donc pour Van Reeth d'étirer - indéfiniment - la matinale pour scotcher les auditeurs-auditrices au poste. Rien dans la tradition d'Inter (depuis 1963) n'a jamais été de se protéger derrière les succès d'audience de l'info pour donner à picorer des "programmes émiettés". Madame Van Reeth a beau avoir été productrice sur France Culture, elle n'a aucune connaissance de la radio en général, de la radio publique en particulier et encore moins de France Inter.

Sait-elle que Bouteiller, Ruggieri, Villers, Clark, Manzoni et tant d'autres ont dès 9h (voire 8h45) animer les matinées d'Inter avec pertinence, succès et quelques soupçons d'impertinence bien sentis ? Au diable le passé, soyons modernes semble s'être fixée comme ligne de conduite la philosophe. Reconnaissons que Laurence Bloch (1) a su faire fructifier sa longue expérience pour mettre en œuvre un France Inter qui a plu (et déplu quand le documentaire est passé à la trappe, comme plusieurs autres émissions qui prenaient le pouls de la société, sans concession avec le pouvoir en place).

Etirer cette matinale c'était juste un fou… de gue… ! Rien moins. Qui écoute en continu de 5h à 11h ou de 7h à 11h ? Et pourquoi cette frilosité à ne pas virer le bénévole Nagui et faire de la "Mâaaatinale" une "Matimidinale". Restait plus qu'à inventer la "Vespérâaale" de 14h à 20 h et le tour était joué. C'est Libération qui, le 11 décembre, a annoncé les changements à venir pour janvier et le retour à "la normale" (7h-10h) sans d'ailleurs évoquer le cas de Sonia Devillers dont on peut imaginer qu'elle retrouvera sa case de 9h08 ou 9h10, c'est selon.

On a très envie de citer Roland Dhordain, Pierre Wiehn, Jean Garretto, Pierre Bouteiller Jacques Santamaria et Jean-Luc Hees qui à eux six ont inventé le style Inter et l'ont fait fructifier. L'exact contraire du copié-collé de Van Reeth. pas mieux pour Laurent Goumarre, producteur de radio, bombardé à la hâte, directeur des programmes d'Inter ! L'ombre tutélaire de Laurence Bloch risque de planer encore longtemps sur la première radio de France. Particulièrement quand cette dernière assassine la direction de Van Reeth (2).

Inter, dans la tourmente de l'affaire Legrand-Cohen, des attaques incessantes de la galaxie Bolloré, et des auditions de plusieurs responsables de Radio France (les 17 et 18 décembre) à l'Assemblée Nationale de la Commission "Neutralité et financement de l'audiovisuel public" risque de payer très cher les errements et autres renoncements (à l'innovation et à l'audace) qui jalonnent le parcours d'Adèle Van Reeth. Les auditrices-auditeurs ne sont pas des moutons, ils savent picorer et folâtrer d'une chaine à l'autre, du public au privé et surtout, ils se sont habitués à détemporaliser la radio. Surtout à détempolariser les émissions.

De ce fait, en flux, une "Grande matinale" sur la durée n'a plus aucun sens, pas plus que n'a de sens la grille Van Reeth. Ses jours sont sûrement comptés. La Pdgère Sibyle Veil saura t'-elle nommer une femme ou un homme de radio "maison" (3) pour tenter de redonner à Inter l'esprit qui l'a porté pendant six décennies ? On a du mal à y croire tant même le mot "radio" est en train de partir dans les limbes du néant. Van Reeth n'aura jamais le talent de Savary, Inter-Magic a définitivement viré à l' Inter-Tragic. Et ce n'est vraiment pas drôle !

(À suivre, sans doute !)

(1) la liste des "ex- directrice adjointe" est trop longue, retenons sa Direction d'Inter de 2015 à 2022,
(2) Le point de vue d'Europe 1 à prendre avec des pincettes,
(3) Et non pas quelqu'un ou quelqu'une qui vient de la TV !!!!!!!!!